Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 20 Jan - 1:23

155 résultats trouvés pour nature

Jim Harrison

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Dalva

Dalva, femme libre, émancipée, est originaire du Nebraska où sa mère, Naomi, vit toujours dans leur grand ranch. Dalva a toujours eu besoin de bouger et pour le moment, elle vit à Santa Monica (Californie) où elle travaille dans un centre social.
Elle n'est pas mariée mais a des aventures. Elle a eu un enfant à l'âge de 16 ans avec Duane, son amour de jeunesse, enfant qu'elle a dû laisser à une famille d'adoption, son unique fils qu'elle voudrait rencontrer ou du moins avoir des nouvelles. Elle décide donc, à 45 ans, d'écrire une espèce de journal pour son fils, pour qu'il sache qui était sa mère.
Parler de son histoire, c'est parler de Duane qu'elle aime toujours même si leur histoire a été "avortée" du fait qu'ils étaient demi frère et soeur. Et c'est sans doute parce qu'elle sait cet amour toujours bien présent que Dalva bourlingue un peu partout pour ne pas avoir à revenir au Nebraska.

Dalva va perdre son travail car elle s'est trop impliquée en voulant protéger un gamin qui a été violé par son oncle. Finalement, cet oncle violeur va la menacer et Dalva va prendre la décision de retourner dans sa maison dans le Nebraska.
Parallèlement à cela, Michael, ami et amant de Dalva, va vouloir l'aider à retrouver la trace de son fils en échange de quoi il lui demande la grande faveur de le laisser consulter les journaux intimes de ses arrière-grand-père, grand-père et  père, c-à-d les 3 générations de Northbridge qui ont toujours été très proches des Sioux.

Ces 2 retours dans le passé vont être riches car à travers l'histoire de Dalva et sa famille, c'est la douleureuse histoire des Indiens d'Amérique que l'on découvre. On est parfois révolté car Harrison ne maquille rien et établit un constat réaliste sur les méfaits commis sur les hommes mais aussi sur la nature. C'est un roman qui crie la Nature et la liberté de ses espaces, qui crie l'Homme, l'homme et son lien à la Terre, un roman qui bat avec l'Amour, l'amour des hommes, des mères, des pères, un roman qui met les Traditions en avant, le fait de mémoire.
Le livre est divisé en trois parties: Dalva - Michael - Retours. Le style coule comme le flux d'une rivière fraîche, les personnages sont attachants, forts en constrastes. Beaucoup de dérision chez les hommes. J'ai trouvé intéressante la façon dont l'auteur prend la voix d'une femme. Les descriptions des grands paysages américains sont splendides.
Une lecture d'une intense émotion.

(A mon grand regret, je n'ai pas d'extraits à vous proposer.)

Mots-clés : #famille #nature #traditions
par Cliniou
le Lun 1 Avr - 13:56
 
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Sujet: Jim Harrison
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Chris Offutt

Nuits Appalaches

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 1920-c10

Originale : Country Dark (Anglais/E.-U., 2018)

Quatre chapitres titrés entre 1954 et 1971. Tucker rentre de la guerre de Corée, juste âgé de dix-dept ans. En train, à pieds et en stop il rentre au pays, le Kentucky des Appalaches, assez isolé, oublié par tous, comme cette guerre qu’il vien de quitter. En chemin il libère Rhonda, quinze ans, assez énergiquemment des griffes de son oncle qui voulait l’abuser. Coup de foudre ! Et ils se marient rapidemment. Dix ans après ils ont cinq enfants, dont quatre avec des signes de retardements… Ils habitent dans des conditions simples dans un « settlement » et se sont construit une vie pauvre, certes, mais aussi quelque part heureux. Tucker travaille chez un traffiquant d’alcool. Et les institutions s’intéressent aux conditions des enfants dans de « telles » conditions. Simples ? Ou déjà inacceptables ? Des nouveaux problèmes apparaissent et Tucker se voit dans l’obligation d’agir...


REMARQUES :
L’auteur lui-même est de ce milieu des Appalaches, de villages réculés, à la limite de l’abandon : sans vrai reseau de routes, sans accès simple à des hopitaux, sans eaux courants. Des endroits oubliés où des gens travaillent dur, proche de la nature dont ils font en quelque sorte partie. Celle-ci est parfois cruel, mais offre aussi à Tucker un cadre dans lequel il se meut avec une certaine aisance. Cet homme est capable d’une forme de romantisme, d’un savoir faire naturel, d’une intelligence pratique. Et aussi : comme ancien combattant il avait appris à tuer, à exprimer une violence, à maitriser un savoir faire guerrier qui peut s’apparenter à la maxime de Sunzi : « Penser lentement, agir rapidemment. » (L’art de la guerre).

Edité chez Gallmeister, ce livre est classé sous la série des « natural writing ». Mais l’auteur disait (lors d’une lecture) que cela lui est bien égale comment on veut prendre ses livres. Certains parlent même de « policier, de thriller, de roman tout simplement ». N’importe : le livre dépasse les limites, à mon avis, est pourrait parler à différents types de lecteurs. Il y a aussi cette grande tendresse vécué envers ses enfants handicappés et surtout la complicité avec Rhonda. Et cela coexistent – comme en nous tous – avec une violence possible, surtout quand il s’agit de défendre les siens.

« Il ne réflèchissait pas en termes d’innocence et de culpabilité, de bien et du mal, de justice ou de mérite. Il ne regrette rien et n’en voulait à personne. »

Peut-être on trouve des motifs « américains » de l’innocent persécuté par le destin qui doit se défendre car il ne trouve pas de justice ? Il y a là un « déjà vu » par d’autres films et livres américains.

« J’entends et j’observe », dit Tucker. Combien c’est vrai ! Et on le souhaite aussi pour tous. Bonne découverte d’un auteur jusqu’ici inconnu pour moi !


Mots-clés : #guerre #nature #polar #violence
par tom léo
le Sam 30 Mar - 18:43
 
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Sujet: Chris Offutt
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Stefano Mancuso

La Révolution des Plantes :

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 51-cqc10

Un ouvrage fascinant qui fera culpabiliser de manger de la salade. Petit pied de nez aux végans et végétariens qui se moquaient de moi quand je plaignais également les végétaux et le traitement qu'on leur infligeait.
On y apprend que les plantes peuvent voir, ressentir, et auraient une sorte de conscience et d'intelligence leur permettant de s'adapter à tout milieu et d'évoluer au gré des événements. On y apprend également les travaux qui sont faits en matière d'architecture, d'agriculture, et d'ingénierie appliquée grâce à ces êtres fantastiques dont Aristote disait que ce n'était pas parce qu'ils ne se mouvaient pas comme nous que leur importance n'était pas capitale.
Je préfère ne pas trop en dire tant  il y a de jolies perles (notamment des stratégies effectuées par les plantes pour manipuler autrui) mais je vous recommande de lire cet ouvrage te les autres de son auteur. Celui-ci ayant réussi à me passionner pour la botanique si bien que ma libraire sera surprise de mes futures commandes.


Mots-clés : #nature #science
par Hanta
le Ven 29 Mar - 8:48
 
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John Steinbeck

Au Dieu inconnu

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Joe Wayne (mais oui, le fils de John) défriche des terres à l’Ouest pour lui et ses frères, à l’ombre tutélaire d’un chêne où il voit son père disparu.
Signes avant-coureurs du désastre dont l’attente lourde imprègne tout le récit : le sanglier qui dévore ses petits, le jeune charretier terrorisé par « ce lieu mort et desséché » dans son sommeil, la sinistre chapelle protestante du mariage…
L’hostilité du protestantisme avec le christianisme, le paganisme, voire l’animisme (l’arbre ; le rocher et la source du bois de pins) sourd également tout au long de l’histoire, qui parle du sacré (donc du sacrifice) sous différentes formes : dès le commencement, Steinbeck souligne le besoin de possession charnelle de la terre chez Joseph, sa « passion pour la fertilité », peut-être biblique, mais pas que…
« Dès le premier jour de mon arrivée, j'ai compris que ce pays était peuplé de fantômes. Il s'arrêta, incertain. Non, ce n'est pas ça. Les fantômes sont de pâles reflets de la réalité. Ce qui vit ici est plus réel que nous. C'est nous, les fantômes de cette réalité-là. »

« "Gardez-moi de ce qui est ancien dans mon sang." Elle se rappela que son père lui avait dit que ses ancêtres mille ans auparavant avaient suivi le rite druidique. »

À ce propos, To a God Unknown n’aurait-pas été mieux traduit par À un Dieu inconnu ?
On est peut-être là à une source du nature writing, tant est prégnant le portrait rendu de cette vallée californienne luxuriante puis désertique.
Il y a une dimension shakespearienne aussi, à la limite du fantastique (on pense à Arthur Machen et Algernon Blackwood), avec quelque chose, mais oui, d’Henri Bosco.
Parmi les quatre frères, dont le benjamin séducteur qui chante et boit, et le protestant rigoriste, Thomas est un personnage qui m’a particulièrement plu :
« Thomas aimait les animaux et les comprenait : il ne ressentait pas plus d'émotion à les tuer que les animaux lorsqu'ils s'entretuent. Il avait trop l'instinct d'une bête, pour être sentimental. »

« Thomas avait capturé un ourson grizzli dans la montagne et il essayait, sans grand succès, de le domestiquer.
– C'est plus un homme qu'un animal, affirmait Thomas. Il ne veut rien apprendre. »

Une étonnante représentation de la nature dans sa temporalité si éloignée de celle des hommes :
« Très haut, sur une énorme cime surplombant les chaînes de montagnes et les vallées, siégeaient le cerveau du monde et les yeux qui regardaient le corps de la terre. Le cerveau était incapable de comprendre la vie qui grouillait sur son corps. Il demeurait inerte, vaguement conscient du fait qu'il pouvait bouleverser et détruire la vie, les villes, les petites demeures champêtres dans la fureur d'un tremblement de terre. Mais le cerveau était assoupi, les montagnes tranquilles et, sur la falaise arrondie qui descendait vers l'abîme, les champs étaient paisibles. Et cela s'érigeait ainsi durant un million d'années, masse immuable et tranquille où le cerveau du monde somnolait vaguement. Le cerveau du monde se chagrinait un peu, car il savait qu'un jour il lui faudrait bouger et, par là même, secouer et détruire la vie, anéantir le long travail des labours et faire crouler les maisons de la vallée. Le cerveau était navré, mais il n'y pouvait rien changer. Il pensait : « Je supporterais même d'être mal à mon aise pour préserver cet ordre qui s'est établi accidentellement. Quel dommage d'avoir à détruire ce qui s'est ordonné de la sorte. » Mais la cime terrestre se fatiguait de rester dans la même position. Elle se déplaça soudain : les maisons s'écroulèrent, les montagnes se soulevèrent affreusement et le travail d'un million d'années fut perdu. »

« Joseph méditait lentement sur ce sujet : "La vie ne peut pas être coupée d'un seul coup. Une personne n'est morte que lorsque les choses qu'elle a modifiées sont mortes à leur tour. L'unique preuve de la vie est dans ses répercussions. Tant qu'il demeure d'elle ne fût-ce qu'un souvenir plaintif, une personne ne peut être retranchée de la vie, ne peut être morte." Et il pensa : "C'est un long et lent processus pour un être humain que de mourir. Nous tuons une vache et dès que sa chair est mangée, elle n'existe plus, mais la vie d'un homme s'éteint comme un remous à la surface calme d'un étang, par petites vagues qui s'étendent et meurent dans la quiétude." »

« – Je ne veux pas de toi ici, dit-il d'un ton malheureux. Ça prolongerait l'attente. A présent, il n'y a que la nuit et le jour, l'obscurité et la lumière. Si tu devais rester là, il y aurait mille autres pauses qui retarderaient le temps, les pauses entre les mots et les longs intervalles entre un pas et un autre pas. »



Mots-clés : #fratrie #lieu #nature #ruralité
par Tristram
le Sam 23 Mar - 20:52
 
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Sujet: John Steinbeck
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Pierre Jourde

Pays  perdu

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 41f6ni10

« C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant puisse s’en emplir.


Ce pays perdu auvergnat, il faut des heures pour le rejoindre par de petites routes tortueuses au-delà de l’autoroute. Pierre Jourde y a passé de grands temps de son enfance, y a fait les foins avec les paysans, pris des cuites en sa jeunesse. Il y est retourné au fil des années dans la ferme familiale désormais confiée à un métayer, nourrissant les liens d’amitié, visitant les vieux solitaires accrochés à leur terre, à leur maison.

Lorsqu’il y arrive avec son frère pour deux jours, il apprend le décès de la jeune Lucie, 15 ans, dont la leucémie avait vaincu la chevelure mais pas le sourire. Chez les parents de Lucie, ses amis, chacun « entre » l’un après l’autre pour un dernier salut à la jeune morte, un moment de silence et d ‘émotion partagés.Aux obsèques, tout le village est là.

C’est l’occasion de parler de ce pays sauvage, dresser un portrait  de chacun, de ces hommes et femmes qui vivent dans ces vallées  pleines de rudesse , des gens dont les citadins ne savent même pas qu’ils existent - et qui ignorent comment vivent les citadins.  

Pierre Jourde livre dans une très belle écriture  ces portraits qui n’épargnent personne mais font transparaître la tendresse, mêlée  de compassion,  qu’il éprouve pour eux, ces gens en voie de disparition dont on parle moins que des pandas et des dauphins. Ils sont pour Pierre Jourde un élément indispensable de son paysage intérieur, un lien avec quelque chose de solide, d’attachant, des hommes et femmes qui vivent de plein pied dans leur milieu, dans la nature, alors que la société les ignore, et impose de ce fait un jugement, une exclusion, une souffrance.

Les morts aussi sont là, tout aussi présents que les vivants, au cimetière , sur le monument au mort, dans les pensées et dans les cœurs, ils sont là comme s’ils étaient dans la pièce. Son père qui dit si peu sur lui-même de son vivant, si présent dans ce paysage, que, comme beaucoup, il regrette de n’avoir pas assez questionné.

La petite stèle qui énumère les morts de la Première Guerre mondiale a été érigée, comme d’habitude, devant l’école qui sert peut-être encore de mairie. Bessègues, à peu près inhabitée, est une commune. Commune à l’étrange territoire, composé de vallées parallèles, séparées par des arêtes montagneuses, et sans communication entre elles. La stèle anodine, au fond de ce grand calme, diffuse tranquillement sa  double ironie funèbre : dérisoire parcours, de l’instituteur à l’adjudant et puis à rien, quelques décimètres de l’école communale au cénotaphe collectif ; dérisoire population de morts, une quinzaine, pour ce village qui compte un habitant. Ils sont là, tous ensemble, serrés sur la même pierre, leurs maisons s’effondrent, leur noms n’ont plus de sens et ne sont plus lus par personne.


J’ai moins aimé les deux passages plus « sociologiques », sur l’alcoolisme endémique et sur la merde où, c’est le moins qu’on puisse dire,il n’y va pas de main morte. Il s’éloigne des gens gens spécifiquement,  j’ai trouvé ça long et lourds, - regardez comme je suis sans tabous, comme j’écris bien sur les différents états des bouses,  de leurs éclaboussures, des murs et culs de vaches embrenés. Comme quoi, la limite est subtile, et c’est sans doute ainsi qu’il l’ a franchie, avec les conséquences que l’on sait, la complicité s’y est perdue, un pas était franchi pour attiser la haine de certains villageois, qui déclencha le caillassage familial à son passage suivant. j’ai essayé de mener ma lecture à l’écart de ce fait divers, c’est quand même le plus souvent un  très beau texte, Zola en zone rurale, la poésie en plus.

mots-clés : #autofiction #lieu #nature #ruralité #solitude #vieillesse
par topocl
le Ven 15 Mar - 11:58
 
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Olga Tokarczuk

Sur les ossements des morts

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_su10

Dans ces paysages enfouis sous la neige où le soleil  n’apparaît que quelques heures par jour, où les habitants sont de vieux originaux taiseux, sont commis des crimes curieux, sans vrai mobile, symboliques peut-être, qui terrorisent les habitants. L'histoire est racontée par une vieille « folle » solitaire qui court les montagnes, complice des animaux et de la nature, hantée (un peu trop) par l'astrologie et la poésie de William Blake. L'ambiance est assez curieuse, on ne sait trop si l'on est dans le fantastique, l’ésotérique, en fait on ne sait pas trop où l'on va.

Malgré la belle étrangeté de cette  nature retirée et toute puissante, j'ai mis longtemps, très longtemps à m'attacher à ce faux polar philosophico-écologique. Seule, cette idée « où me mène -t'elle ? », m'a tenue, car je me disais bien que la fin serait décisive. Et en effet, malgré une lecture un peu poussive, j'ai trouvé le dénouement très réussi, il a fait pencher la balance dans le bon sens.

Récup 2015
mots-clés : #nature #polar
par topocl
le Dim 24 Fév - 10:16
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Gottfried Keller

Henri le vert

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Henri_le_Vert

Comme au fond pour tous romans, résumer Henri le vert dans les grandes lignes revient à en masquer les qualités. Mais le « Bildungsroman » (Roman de formation) genre auquel il appartient, semble déjà l’inscrire dans une sorte de programme, et certes on suit bien l’évolution du peintre de sa naissance jusqu’à sa maturité, avec ses phases familières et bien distinctes entre elles : l’enfance, l’école, puis la jeunesse et les premiers idéaux, les premières amours puis l’indépendance, l’apprentissage du métier. Mais bien loin de n'être qu'une structure, la "formation", c'est ce qu'on raconte (le mot français rend pas bien). La narration restitue les retranchements ― psychologiques ou philosophiques ― dans le temps du récit, ses doutes et préjugés et la manière dont ils font achopper sa réflexion, la manière dont ils se dissipent quand ils sont confrontés à l’expérience.

Henri Lee est parfois exaspérant, il impressionne néanmoins le lecteur par l'acuité de son regard sur les choses : Keller le rend admirablement dans des descriptions très vivantes de la nature, puis comment celle-ci se réalise dans sa peinture. Cette formation devient nettement plus passionnante quand elle touche au métier. Sans doute le fait que Gottfried Keller se soit essayé à la peinture (sans succès) n'est pas étranger à cela. Il n'y a pas trop de termes techniques pour perdre un lecteur non-initié, seulement, il n'y a que l'avis  des autres personnages, ignares ou experts, pour nous faire comprendre quand Henri Lee a du génie et quand il n'en a pas.

Le roman n'est pas uniquement centré sur son personnage, on y dépeint un pays dans son époque (1830, 1840) ; avec comme l'a justement souligné Sebald (grand admirateur de Keller) les mouvements sociaux et politiques en fond : des aspirations démocratiques ou républicaines étouffées par le carriérisme ou le corporatisme, les mouvements de migrations à travers le pays ou le monde (quand on revient d'Amérique...). Quand on nous parle d'un livre à la jonction du réalisme et du romantisme, on fait peut-être référence aux histoires étranges ou aux rêves qui nourrissent le roman de Gottfried Keller, lui donnant une dimension poétique qui côtoie doucement l'élégie.


mots-clés : #creationartistique #initiatique #nature #xixesiecle
par Dreep
le Mar 19 Fév - 19:40
 
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Sujet: Gottfried Keller
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Frans de Waal

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 519kwt10

Bonobos : le bonheur d'être singe

Connaissez vous les bonobos ? Peut-être pas...
On les a souvent confondus à tort avec les chimpanzés à qui ils sont apparentés. Et puis leur habitat est limité aux forêts tropicales de la République démocratique du Congo où on les a découverts au début du 2Oe sicle, mais sans les identifier. En fait, ils sont encore plus proches de nous que les chimpanzés. Nous avons en commun 90°/. de l'ADN, et un ancêtre commun mais éloigné...
Leur originalité tient surtout dans leur caractère paisible et égalitaire. La sexualité est le véritable ciment de leurs sociétés, parce qu'elle empêche le développement de l'agressivité et des conflits. Le rôle des femelles et particulièrement des mères, est prépondérant. Elles forment un matriarcat paisible qui pourrait être une alternative au modèle traditionnel de l'évolution, dans lequel l'homme est avant tout un chasseur et un fabricant d'outils.
Et c'est la seule société animale ou le rôle de la femelle est central et supérieur à celui du mâle.

Leur ambition sociale est limitée, mais semble t'il pas leur aptitude au plaisir !
Ils ne connaissent certes pas la société de consommation. Ni le travail salarié, la sécu ; le chômage et la lutte des classes...
Si on compare leur comportement et leurs agissements, il n'est pas sûr que la comparaison soit toujours en notre faveur. Après tout, ils s'accommodent du milieu où ils vivent et de leur voisinage, sans chercher à les détruire.
Par contre les forêts sont défrichées et partent en fumée, et les Congolais mangent les bonobos... Leur avenir, comme celui des autres primates, est désormais très menacé.

Sinon les Bonobos, il ne leur manque que la parole. Et encore... Pas sûr... Dans tout ce qu'ils font, ils nous ressemblent beaucoup - et c'en est troublant. -

Récupéré


mots-clés : #nature #science
par bix_229
le Lun 18 Fév - 11:47
 
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Sujet: Frans de Waal
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Frans de Waal

Je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce livre que j'ai littéralement dévoré, et qui, je pense pourrait plaire à certains d'entre vous. (Marie, Bix, Bédoulène... ?)

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 41jrxl10

Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux ?

Frans de Waal est éthologue. Spécialisé dans l’étude des primates, il a consacré sa carrière à la discipline de la cognition évolutive. Ce livre est donc le fruit de longues années d’observations, de débats, d’expériences et de réflexion, tant sur l’interprétation des données que sur leur finalité. Les animaux sont-ils capables d’empathie, d’altruisme ? Peuvent-ils coordonner leurs actions dans un but précis ? Peuvent-ils d’eux-mêmes réfréner leur impulsivisité ? Sont-ils capables de ruse, d’alliances politiques ?
Si les amoureux des animaux n’ont jamais douté des réponses à ces questions, il n’en est pas de même de tout un pan de la communauté scientifique. On a longtemps dénié aux animaux nombre de capacités pour la seule raison qu’elles se devaient de rester purement humaine. La recherche a souvent été (et est encore quelquefois) entravée par ce postulat de la supériorité humaine, parfois jusqu’à l’absurde. Ainsi, lorsqu’on a découvert que la durée d’un battement de cil était suffisante pour que le chimpanzé Ayumu retienne l’emplacement (dans l’ordre!) d’une suite de 9 chiffres apparus aléatoirement sur un écran, certains ont été jusqu’à entraîner des hommes à faire de même afin de prouver que nous avions nous aussi cette capacité... (Ce fut un échec lamentable.)

S’il n’a de cesse partager son enthousiasme pour les étonnantes facultés animales, Frans de Waal reste extrêmement prudent dans ses déductions, préférant la rationalité des observations scientifiques aux extrapolations. Son récit revient non sans humour sur les querelles entre disciplines pour nous faire comprendre la lente et difficile évolution de la recherche sur la cognition, mais sans nier ce que ces oppositions frontales ont apporté à la rigueur des éthologues, forcés d’adopter la méthodologie la plus irréprochable possible. Leur réflexion sur la pertinence de certains travaux a d’ailleurs démontré que les gibbons ou les éléphants, jugés auparavant incapables de telle ou telle chose, avaient simplement été confrontés à des expériences ne tenant aucun compte de la spécificité de leur espèce...

On apprend une foule de choses dans ce livre : saviez-vous, par exemple, que les daurades et les murènes peuvent s’allier pour chasser, que les singes ont le sens de l'équité, que les chimpanzés utilisent jusqu’à 25 outils différents dans la nature, ou que leurs stratégies politiques sont dignes de L’art de la guerre de Sun Tzu ?
La cognition évolutive n’en est qu’à ses débuts, mais les perspectives sont fascinantes. Sorte de bilan des connaissances actuelles à l’usage du profane, ce récit est aussi une réflexion sur l’humain, et sur le regard forcément partial qu’il porte sur la nature. En résumé c’est un livre intelligent qui se lit comme du petit lait et qui donne terriblement envie d’en savoir plus. Passionnant.


Si vous voulez voir Ayumu sans ses œuvres, c’est par exemple ici : clic
Et pour voir plus d'expériences, là : clac


mots-clés : #nature #science
par Armor
le Lun 18 Fév - 3:24
 
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Sujet: Frans de Waal
Réponses: 10
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Niels Labuzan

Ivoire

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 3187ip10

On est au Botswana, pays d’Afrique Australe dont le livre nous dit qu’il s’en sort, chemine vers une démocratie digne, lutte contre la corruption, et s’engage contre le braconnage qui menace l’extinction de nombreuses epsèces, notamment les éléphants, chassés pour l’ivoire . Le commerce de l’ivoire est reconnu illégal par de nombreux pays, mais pas tous, pas également partout, et cela entretient les marchés clandestins.

Trois personnes, Erin, anthropologue anglaise responsable d’un Parc National, Bojosi, ranger ancien braconnier repenti et Sereste qui représente le ministère, se lancent dans une dangereuse opération qui devrait permettre de donner une impulsion majeure à cette lutte : infiltrer de fausses défenses, porteuses d’une puce, dans un lot vendu à un trafiquant, de façon à pouvoir pister « la route de  l’ivoire ».

Sujet alléchant qui va permettre aux lecteurs de mieux connaître ce trafic international méconnu, qui gère des capitaux à l’égale de ceux des trafics de drogue ou d’êtres humains, nous dit l’auteur. Cette intéressante partie didactique aurait gagné à être mieux intégrée au romanesque. L’originalité du sujet et l’aspect tumultueux du style ne suffisent pas à masquer une  certaine fadeur, une expédition au demeurant assez convenue, des personnages, malgré  les casseroles qu’ils traînent (ou à cause d’elles), plutôt survolés.


mots-clés : #aventure #criminalite #nature
par topocl
le Jeu 31 Jan - 9:54
 
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Sujet: Niels Labuzan
Réponses: 7
Vues: 411

Andreï Makine

L'archipel d'une autre vie

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 41wrtv10

Originale: Français, 2016

CONTENU :
Aux confins de l'Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s'étendent des terres qui paraissent échapper à l'Histoire... Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l'immensité de la taïga ? Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée.

REMARQUES :
La narration longue de Pavel Gartzev est encadré dans le premier et le dernier chapitre par le narrateur proprement dit. Il se trouve proche du « moment présent », mais avait fait connaissance de ce Pavel au début des années 70, devenant témoin de sa narration et nous laissant devant une fin ouverte. Ce narrateur là, orphelin et arpenteur un peu perdu dans l’Extrême-Orient de la Russie, avait alors observé à un hélioport un homme, paraissant bizarre. Attiré et fasciné il le suit dans la Taïga. Mais cet autre, apparemment un vrai expert des environs, le remarque rapidement et surprend l’adolescent. Quand le garçon raconte son histoire d’orphelin, Pavel est visiblement ému et raconte alors son propre histoire :

En 1952, ancien correspondent de guerre, âgé de 27 ans, il voulait se marier avec Sveta. Ce Leningradois pensait que la blessure énorme, presqu’un handicap, ne sera pas un empêchement et que Svetla le mariera par amour. Mais elle avait juste voulu s’implanter à Leningrad pour avoir un appartement… Trahison, tricherie ! Mais elles le libère, lui, d’être dupe.

Dans le cadre de la mobilisation générale au temps de la guerre en Corée, il sera muté à l’Extrême Est, proche de la mer d’Okhotsk. Il subira des mauvais traitements avant de ne devenir membre d’une troupe de cinq soldats de grades et caractères différents : A eux de rechercher et capturer le détenu évadé d’un camp voisin en vie, en vue d’une condamnation exemplaire. Eh bien : ils trouvent vraiment rapidement une trace, suivant cet homme parfois en vue. Mais celui-ce semble s’y connaître ici…, et les mène au bout du nez.

Laissons là la description, mais disons encore que chaque soldat sera décrit en soi et dans ses rapports avec les autres : la Taîga révèle les personnes. Le meilleur et le pire… La chasse à l’homme mène Pavel peu à peu à un rapprochement intérieur, oui, une sympathisation avec l’évadé. En particulier quand son identité se révèlera…

La recherche extérieur deviendra peu à peu quête existentielle : Où est la vraie vie ? Est-elle possible , autrement?

Makine décrit magnifiquement la nature et notre appartenance en alle (ou notre distance). Probablement il parle de son propre expérience. Quelle langue merveilleuse, cherchant sa pareille. Mais presqu’encore plus touchant : comment le clair et l’obscure, le bon et le mauvais, se trouvent parfois en grande proximité. Et comment le désir, parfois en nous tous caché et obnubilé, d’une vraie vie, d’une autre vie croît, une vie où nous ne serons plus des marionnettes de nos peurs et de nos pulsions, mais des êtres debouts.

Je tire mon chapeau… Merci, Monsieur Makine !


mots-clés : #aventure #nature #regimeautoritaire
par tom léo
le Dim 27 Jan - 22:24
 
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Sujet: Andreï Makine
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Claudie Hunzinger

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 La-sur10

Claudie Hunzinger : La Survivance

A l'époque d'Amazon et des librairies en ligne, peut on encore faire vivre une librairie de livres d'occasion  et accessoirement en vivre ? Pour Sils et Jenny la réponse est négative. La librairie en faillite, ils sont contraints de partir.
Mais où aller ?
Jenny se souvient d'une maison désaffectée dont elle a héritée. Une ruine en fait et perchée à 1000 mètres dans les Vosges. A 20 ans ils y passaient les vacances. Y retourner 40 ans plus tard pour y vivre est une épreuve totalement inconnue. D'autant qu'ils ont embarqué tous leurs livres et quelques rares objets personnels.
Les accompagnent Betty, la chienne et Avanie, l'ânesse, compagnons d'infortune mais pas seulement.

Ce qu'ils vont découvrir c'est que le vieux monde n'est plus pour eux, il les a rejetés et continuera à le faire. Et de plus, c'est un monde fini ou en voie de l'être.
Continuer c'est tenter de survivre en autarcie, en cachette, avec la seule compagnie de quelques cerfs. Mais s'adapter à la solitude et à la promiscuité, à l'isolement et aux intempéries est une forme de révélateur inéluctable de leur condition humaine  et de leur absence d'avenir.
Ils sont au bout du chemin.

Sils et Jenny sont des survivants d'une époque où les illusions et les utopies tenaient lieu d'avenir. Où les livres comblaient tout ce qui manquait dans une société matérialiste et anonyme.
Ce qu'ils vont vivre va les souder mais aussi leur faire comprendre qu'ils ont perdu la partie.
Ce sont ces perdants magnifiques dont parle Leonard Cohen.
Si nous les aimons c'est parce que le coeur n'est pas qu'un muscle ou un homme de coeur une simple métaphore.
Ces personnages sont inoubliables et l'écriture de Claudie Hunzinger nous entraine et nous transporte loin des clichés et des sentiers battus.
Et nous les suivons.


mots-clés : #amour #nature #solitude #universdulivre
par bix_229
le Jeu 24 Jan - 19:53
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Jorn Riel

La vierge froide et autres racontars

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 La-vie10

Ici, c'est plus pour les grands.
Une station par district, au Groenland, avec chacune la cabane pour un à deux chasseurs qui y hibernent ; une suite d’histoires assez courtes, autant chapitres que nouvelles, autant de récits quasi autonomes qui racontent chacun une péripétie des reclus dans l’immensité.
Le trait marquant, c’est l’humour, même si les évènements portent a priori rarement à rire (la scène de l’enterrement à laquelle Topocl fait allusion constitue en effet un sommet du genre).
« Museau était un chasseur de premier ordre jusqu’à ce qu’il perde ses lunettes. Mais à partir de ce moment-là ç’a été la nuit pour lui. La nature n’accepte pas qu’un chasseur perde ses lunettes. »

Les accidents qu’occasionne cette existence isolée sur des individus qui n’ont pas inventé l’eau tiède fourni le thème de chaque épisode.
Ils sont durs voire cruels, plus ou moins excentriques voire insensés, et forment une superbe petite galerie de personnages à la fois comiques, originaux et affreux.
« Il se fit tatouer quatre cœurs sur les avant-bras, avec quatre noms de filles différents. C’était beau, mais ça faisait un brin vantard. En plus, il eut droit à un trois-mâts carré, toutes voiles dehors, et, sur le dos, à un dragon crachant des flammes. C’était fantastique de regarder Bjørken depuis qu’il s’était fait peinturlurer. Lui n’était pas du genre à se faire prier. "Un tel dragon, disait-il le soir, en enlevant son maillot de corps, ça vous réchauffe. Autrefois on pouvait rester à l’intérieur avec maillot et chandail islandais et tout, mais depuis qu’on a ce gars sur le dos, on se sent mieux le ventre nu." »

« Il a décroché le gigot de renne, que nous avions toujours, suspendu au plafond, et il s’est pendu à la place. Quand je suis rentré de la tournée des pièges et que j’ai voulu me couper une bonne tranche en guise de quatre heures, j’ai failli trancher une des fesses de Monsieur le gibier de potence. Quelle histoire, Lasselille ! On doit toujours être prudent quand on fréquente des gens qui ont des idées. »

Il n’y a que des hommes, et les plus jeunes sont douloureusement frustrés de femmes qui les hantent :
« – Emma, tiens, c’est comme si elle était faite rien qu’avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge. »

« Oui, elle est rose et ferme et lisse comme un cochon de lait qu’on aurait rasé. »

Les conditions de vie sont assez ahurissantes :
« La station était vieille et mal entretenue. Tout le monde savait ça. Quand le vent de nord-ouest soufflait, Herbert devait monter des paravents de boîtes de biscuits autour des bougies pour qu’elles ne s’éteignent pas. Et par vent chargé de neige, il lui fallait déblayer le plancher à grands coups de pelle, plusieurs fois par jour. »

« Ils allumèrent la cuisinière et firent bouillir de la viande. Après ils mirent du thé dans l’eau de cuisson et ils la filtrèrent à travers un bonnet tricoté pour séparer les feuilles de thé et les poils de renne. »

J’ai ressenti la vive impression que ces histoires étaient fortement imprégnées de vécu (ce qui fait s'interroger dans certains cas).
Les visites entre solitaires, occasions d’abus de distillats maison, m’ont ramentu Dans les forêts de Sibérie, de Tesson.
J’ai gardé le sourire tout le long de ma lecture, sans compter les moments où j’ai franchement ri ; je recommande cette lecture ‒ d’autant plus qu’il y a une dizaine de livres à la suite ‒ en cas de crise de mélancolie importune.
« Ils restèrent assis, s’enfoncèrent en eux-mêmes, abandonnant leurs ombres énormes et laineuses sur le mur de bois rugueux. »


mots-clés : #huisclos #humour #nature
par Tristram
le Jeu 3 Jan - 15:06
 
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Sujet: Jorn Riel
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Tony Hillerman

La Voie de l'Ennemi

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 La-voi10


Premier "polar ethnologique" de Tony Hillerman, il s'agit aussi de la première enquête de son célèbre personnage, le lieutenant de la police tribale navajo Joe Leaphorn.
L'anthropologue Bergen McKee et son collègue, le professeur J. R. Canfield campent dans la région désertique de Four Corners, dans la réserve navajo du plateau du Colorado. Parallèlement, une de leurs connaissances, le lieutenant Joe Leaphorn du Service de la Loi et de l’Ordre (Bureau des Affaires Indiennes), est à la recherche de Luis Horseman, un jeune Navajo déculturé, qui se terre dans le désert parce qu'il a poignardé un Mexicain.
L’histoire s’organise autour des croyances navajos en sorcellerie d’une sorte de loup-garou, ce qui sera l’occasion d’évoquer les rituels (tel "La Voie de l'Ennemi") et le mode de pensée, mais aussi la déculturation des Indiens, leurs rapports avec notre société et l’argent :
« Mise à part la satisfaction de besoins élémentaires simples, la culture navajo fait peu de cas de la propriété. En fait, être plus riche que ses frères de clan s’accompagne d’un discrédit social. C’est contre nature et, par conséquent, considéré avec méfiance. »

A ce propos, dans le glossaire des traducteurs, Danièle et Pierre Bondil, on trouve :
« Richesse : le désir de posséder est, chez les Navajos, le pire des maux, pouvant même s’apparenter à la sorcellerie. Citons Alex Etcitty, un Navajo ami de l’auteur : « On m’a appris que c’était une chose juste de posséder ce que l’on a. Mais si on commence à avoir trop, cela montre que l’on ne se préoccupe pas des siens comme on le devrait. Si l’on devient riche, c’est que l’on a pris des choses qui appartiennent à d’autres. Prononcer les mots “ Navajo riche ” revient à dire “ eau sèche ” ». (Arizona Highways, août 1979). »

Outre l’aspect "ethnologique", qui bien sûr est ce qui m’a attiré chez cet auteur, le fait de situer le thriller dans un tel contexte présente beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que la confrontation entre « la piste de la beauté » qui fonde le mode de vie du "Peuple", et l’énigme policière.
Il est aussi intéressant de voir comment le personnage principal "d’origine", McKee, laissera la place à Joe Leaphorn.
En répons à la citation de Topocl sur le fil "Vincent Hein" :
« La légère brise, soufflant soudain dans l’axe du canyon, apporta l’odeur légèrement âcre de l’ozone libéré par la décharge électrique ainsi que le parfum de la poussière humide et de l’herbe frappée par la pluie. Elle emplit ses narines de nostalgie. Il n’y avait là rien de ces odeurs de goudron fumant, de poussière en dissolution ou de gaz d’échappement prisonniers de l’humidité qui caractérisaient les pluies urbaines. C’était une odeur d’enfance passée à la campagne, d’autant plus évocatrice qu’elle avait été oubliée. »



Mots-clés : #aventure #contemythe #identite #nature #polar
par Tristram
le Mar 1 Jan - 14:35
 
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Sujet: Tony Hillerman
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Baron de Lahontan

Récup' de souvenirs pour une lecture qui laisse sa marque durablement. Dépaysant, riche, instructif, inhabituel, charismatique, ...

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 97823610

Un baptême iroquois
Les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693)


Une source oubliée des philosophes des Lumières ! Le récit initiatique d’un jeune aventurier français, le témoignage d’un des premiers explorateurs des immenses territoires la Nouvelle-France, une peinture pleine d’empathie du mode de vie et de la pensée des peuples autochtones, une réflexion philosophique sur l’idée de civilisation, une étude des mœurs politiques de la Colonie, et l’histoire vécue des premiers temps de la rivalité franco-anglaise au Nouveau Monde.
En 1683, à l’âge de 17 ans, le Baron de Lahontan embarque pour le Canada. Il y passe dix ans d’une vie libre et aventureuse, entre Québec et la région des Grands Lacs : officier auprès du gouverneur de la Nouvelle France, libertin en butte à l’autorité des jésuites, coureur des bois dans les vastes territoires de l’Amérique du Nord, il met en lumière le rôle du commerce des fourrures dans la guerre franco-anglaise, palabre avec les indiens dont il apprend les langues, les coutumes, les ruses et la philosophie.
Composé de lettres adressées à un lecteur inconnu, les Nouveaux voyages en Amérique déploient la verve d’un authentique libertin, l’esprit libre d’un homme curieux des mœurs et de la culture des peuples autochtones, la franchise politique d’un gentilhomme ruiné en rupture avec la cour du Roi Soleil.
Si l’ironie de son style, l’humanité de son regard et l’audace de ses observations annoncent la philosophie des Lumières, elles condamneront surtout son auteur à l’exil, et son œuvre à l’oubli et au mépris des partisans d’une histoire édifiante. Bien après Michelet qui vit dans ce « livre hardi et brillant le vif coup d’archet qui, vingt ans avant les Lettres persanes, avait ouvert le XVIIIe siècle », il faut attendre la fin du XXe pour qu’en France on redécouvre cet auteur au travers de Dialogues avec un sauvage.
Mais l’œuvre du baron de Lahontan ne saurait se limiter à ce livre et c’est pour rendre justice à cet écrivain de l’exil que nous rééditons les Nouveaux voyages en Amérique dans leur version originale de 1702.

lepassagerclandestin.fr


Pas facile de catégoriser ce livre entre voyage (professionnel), géographie et témoignage d'une histoire en train de se faire. C'est qu'en cette fin de 17è siècle le Canada pour un européen, et certainement pour la plupart de ses habitants, cela signifie beaucoup de points d'interrogation.

On découvre au fil des lettres adressées à un protecteur l'organisation politique et économique de la colonie française. Une économie qui repose pour beaucoup sur le commerce des peaux de la faune locale dont le prix grimpe à chaque étape les rapprochant de la France. Parmi les fournisseurs il y a des tribus indiennes, autre volet et peut-être le plus important de ce qu'on découvre dans cette lecture.

Fourrures contre breloques et matériel à un rapport avantageux mais pas pour les indiens mais surtout un regard curieux et attentif sur l'organisation politique des indiens et leurs pratiques. Les guerres et paix entre les tribus, la chasse et certains usages, plus ça va plus on sent notre baron à l'aise avec les sauvages comme il les appelle. Lassé sans doute des difficultés rencontrées avec une vie sociale et les politiques d'intrigues qui font que empêché à l'autre bout du monde il ne pourra jamais conservé ou reprendre ce qui lui vient de son père (puis pire encore qu'il ne soit promis au cachot). Plus à l'aise dans l'action et l'aventure, pas sans espoir de fortune mais sensible à la découverte le jeune homme prend de page en page de l'épaisseur.

Les tribus amies pas forcément tendres sont souvent la proie des Iroquois qui s'entendraient donc mieux avec les Anglais (et qui menacent aussi les "villes" de Montréal et Québec), chaque camp profitant de ses alliances pour gêner le commerce de l'autre et tenter de s'imposer sur le territoire. De rivière en rivière et de fort en fort de Lahontan fait son job, ne manque pas d'idées (qui ne trouvent pas souvent d'oreilles) et exerce un regard critique sur la politique et les manœuvres françaises.

Mais c'est aussi le goût d'une nature riche voire débordantes en ressources et parfois rude avec des hivers rigoureux qui se transforme petit à petit en mélancolie. La terre d'accueil et de possibles se fermera malgré tout à lui sans qu'il puisse aller plus loin encore, la faute à la politique et au service d'un pays et d'un roi qui lui auront probablement mal rendu.

Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est dépaysant. C'est aussi très instructif d'un point de vue historique et pour le rapport à l'autre, au sauvage pas si sauvage que ça sous certains aspects. Proposé dans un compromis de version originale et de modernisation le texte est agréable et facile à lire*, l'immersion favorisée par les notes qui proviennent pour bonne part d'autres écrits de l'auteur.

Bref, un drôle de truc qui mérite bien de revoir le jour !

*: le style ou genre épistolaire (de lettres qui ne nécessitent pas forcément de destinataire) fait très bien l'affaire.


mots-clés : #colonisation #historique #lieu #nature #québec #voyage
par animal
le Mer 26 Déc - 22:17
 
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Sujet: Baron de Lahontan
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Jim Harrison

Nageur de rivière

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Nageur10

Il s’agit en fait de deux novellas sans grand rapport entr’elles, Au pays du sans-pareil et l’éponyme.

Au pays du sans-pareil


Clive est un sexagénaire qui a renoncé à sa carrière de peintre vingt ans plus tôt suite à son divorce, et vit depuis des à-côtés de la culture à New York. Il retourne dans sa ferme d’enfance dans le nord Michigan pour s’occuper de sa mère, une femme encore très alerte et passionnée d’oiseaux, y retrouve un amour d’enfance, et surtout le goût de peindre.
« Clive ne portait jamais de cravate, car il croyait dur comme fer que tous les malheurs politiques et financiers de la nation étaient dus à des hommes qui en portaient une. »

« Il soutenait la liberté de chacun de faire ce qu’il avait envie de faire, à condition que tous ne fassent pas la même chose. »

« "Il est intéressant de voir ce qui arrive à l’art quand il descend le long de la chaîne alimentaire, déclara-t-il en se calmant.
‒ Que veux-tu dire ? demandèrent-elles ensemble.
‒ Je veux dire qu’historiquement l’art n’a pas forcément besoin d’inclure les maniques au point de croix ou les cache-pots en macramé. Eisenhower coloriait très bien en suivant les chiffres indiqués et Charlotte Moorman jouait du violoncelle toute nue. La thérapie du hobby prend vite la poussière. Essayer d’enseigner la créativité est la principale arnaque de notre époque, avec la guerre en Irak et la chirurgie esthétique. »

« Elle se contentait d’un bol de soupe d’orge qu’elle prenait au petit salon, à cause de son intense empathie pour le monde naturel, laquelle n’incluait pas l’espèce humaine sauf les Noirs et les Indiens. »



Nageur de rivière


Thad est un jeune nageur infatigable, fort proche de la nature, à la fois attiré par le monde et soucieux de sa liberté, qui se trouve confronté à l’univers cupide et violent des hommes.
Dans un style vif et un récit ramassé, il s’agit en fait d’une histoire fantastique, avec d’étranges bébés aquatiques d’origine indienne.
« Certains êtres doivent brûler s’ils ne veulent pas se liquéfier. »

« Une part de l’aspect le plus maléfique des hommes maléfiques, c’est qu’ils vous font les haïr. »

« Quand on n’est pas jaloux de sa liberté, qui le sera à votre place ? »

« Il se disait maintenant que le sentiment de la mort était partout présent dans le monde naturel. »

On retrouve les jubilations habituelles de l’auteur, déjà franchement septuagénaire : cuisine, cul, nature, réflexions percutantes sur la société états-unienne et sa principale valeur, la cupidité.


mots-clés : #nature #nouvelle
par Tristram
le Mer 26 Déc - 12:43
 
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Sujet: Jim Harrison
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Thomas Vinau

Le camp des autres

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 31fc2l10

C'est une découverte, mais une semi-découverte.

Gaspard, garçon a l'âge indéfini, se réfugie dans les bois, après s'être débarrasse d'un père qu'on devine infâme, coup de surin  dans le ventre, fuit, halète, portant un amical bâtard blessé dans l'aventure. Un homme brut et sauvage, braconnier mi-sorcier mi-herboriste l'accueille, le réconforte, l'initie à la survie dans les bois, à l’écoute et l'observation du milieu forestier qui, d'hostile se transforme ainsi en bienveillant. La peur cède la place à la confiance. L'enfant suit des visiteurs étranges qui s'avèrent des membres de la cararavane à pépère, une bande cosmopolite d'exclus, déserteuse, bohémiens, hors-la-loi libertaires auxquels l'auteur voue une sympathie certaine. A la foire de la Tremblade, le garçon observe leurs rapines, mais aussi leurs déboires puisque c’est là qu' a lieu le premier exploit des fameuses Brigades du Tigres.

Il y a là une prose exigeante, sauvage, haletante à l'image de cette vie sauvage, frôlant le danger en permanence, par  petits chapitres d’une à deux pages qui sont autant de poèmes en prose, hommages à la nature et à la liberté. Le lecteur ou la lectrice  trouvent là une large place pour  l'imaginaire et le rêve.

Malheureusement ce récit proche de la volupté s'interrompt d'un coup pour des  pages plus didactiques : on sort du conte pour l'information historique, et celle-ci est trop allusive pour être vraiment instructive. C'est une rupture assez bizarre, assez frustrante pour l'imaginaire qu'avait vivement attisé le souffle envoûtant de la première partie. Celle-ci, ainsi que l'attachement de l’auteur à la forêt, aux marginaux et aux déclassés, impressionnent cependant suffisamment l'émotion et  la curiosité pour donner envie de mieux rencontrer cet écrivain.

Ici  , le début pour voir l'écriture.


mots-clés : #enfance #historique #initiatique #nature
par topocl
le Mar 4 Déc - 16:19
 
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Sujet: Thomas Vinau
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Rick Bass

Là où se trouvait la mer

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Lze_oz10


Contrairement à ce que rapporte la notice Wikipédia de l’auteur, ce livre n’est pas un recueil de nouvelles, mais un roman !
Le Vieux Dudley est un géologue pétrolier qui a fait fortune, pervers et tyrannique mentor subjuguant de jeunes géologues qu’il domine en les exploitant jusqu’à l’épuisement (comme ses faucons) : ce sont Matthew, amant de sa fille Mel depuis vingt ans, et Wallis, qu’il envoie au début de l’hiver dans la petite vallée retirée du Montana où Mel étudie les loups, pour y trouver le gisement de pétrole jamais découvert jusque là. Hiverner ainsi perturbe Wallis, qui ne peut se livrer à sa passion, plonger sous la terre, car celle-ci est illisible, ensevelie sous la neige.
Etant fort sensible au regard géologique dans l’observation des paysages, ainsi qu’à la notion du temps qui en découle, cette approche explique en partie pourquoi ce livre a été pour moi un véritable page-turner (oui Topocl, je devance ta question, j’ai beaucoup aimé ce bouquin).
Ce très long roman (600 pages en petits caractères, commodément aéré en paragraphes séparés par une ou trois lignes) est aussi fort dense en péripéties et observations diverses ; il y a nombre d’impressionnantes scènes, de chasse, etc., des images fortes comme le mur de Matthew, le trappeur immergé, le fumoir de la cabane, le jeu du coyote. Les personnages sont vigoureusement campés, hors du commun, comme le fabricant de cercueils par exemple.
L’histoire c’est justement celle des rapports de quelques personnes de cette communauté isolée (ceux déjà cités plus Helen qui éleva Matthew, Amy et son fils Colter), où le goût de l’effort (gratuit) est prégnant, dans une sorte d’héroïsme bon enfant ; alternent de nombreuses images, âpres et belles, de la nature qui s’impose à eux.
« "‒ Tu ne peux pas apporter ça ici avec toi, dit Artie. Tu ne peux rien apporter avec toi. Tout est nouveau, par ici, il faut tout recommencer." »

« …] il réfléchissait à la différence qui existe entre être seul et être solitaire. C’était comme lorsqu’on part à pied pour un voyage, se disait-il, et qu’on traverse un paysage varié. On ne fait que marcher plus avant. Après un moment, le paysage change. Après un autre long moment, il y a probablement un autre changement. Mais on continue à marcher. Quand se fait sentir la paix de la solitude, on marque une pause ; quand cela redevient une sorte d’esseulement, après un temps, on se relève et on repart. »

L’ensemble est chronologiquement articulé, qui s’écoule de l’hiver au printemps, puis viennent l’été et l’automne, au début d’un nouvel hiver (saison qui prend beaucoup de place).
De petites incohérences gâchent un peu le récit, c’est dommage.
Une part d’irrationnel est sensible dans le récit, au-delà des invraisemblances ‒ peut-être cette pensée superstitieuse qui semble inséparable de l’homme dans la nature sauvage.
Il y a une sorte de parallèle entre les démarches de Mel et Wallis (quand la première ne porte pas le second Smile), pistage à l’envers des loups, étude des indices géologiques, qui toutes deux conduisent à des cartes pour figurer les structures des déplacements à découvrir.
« C’était la même chose, là où Wallis allait pour ses cartes : la surface, la peau du monde, n’était pas différente des profondeurs. Il avait toujours su cela de manière intuitive. Mais c’était une source d’émerveillement et de peur, que de se rendre compte que la forêt de Mel, à la surface, était semblable à ses champs de pétrole souterrains à lui.
Il soupçonnait même que les similarités ne s’arrêtaient pas là ; que si l’on étirait suffisamment l’échelle du temps ‒ une autre expansion ‒ toutes les choses, à un point ou à un autre ‒ les loups et les humains, les forêts et les montagnes, les morts et les vivants ‒, devenaient semblables et que c’était seulement dans la compression des choses ‒ dans le moment précis ‒ qu’il paraissait y avoir le moindre frémissement significatif d’individualité.
Il comprenait comment de telles perceptions pouvaient amener quelqu’un à mépriser, voire à craindre, l’avenir. La paix et la beauté qui pouvaient exister dans le moment précis seraient toujours en danger ‒ danger d’être atténuées, attirées vers le néant par l’assimilation du futur, ou bien d’être comprimées dans le passé, massées et concentrées en un seul bloc gris d’oubli. »

De larges extraits d’un journal de Dudley adolescent (ses débuts de psychopathe libidineux) sont reproduits en italiques, sorte de cours (et panégyrique) de géologie et recherche pétrolière, aussi une ode au progrès industriel, puis une reprise de l’évolution (d’un point de vue finaliste) qui m’ont paru en grande partie inutiles, et qui me laissent largement dubitatif.
Je rappelle juste l’influence autobiographique (géologie, Montana).
J’ai pensé à John Fowles (?), et surtout à Jim Harrison (sans oublier, de par le contexte, Construire un feu, entr’autres de London, encore Indian Creeks de Pete Fromm, et Dans les forêts de Sibérie, de Tesson).

« Pendant un moment, Wallis appréhenda l’ensemble avec une grande clarté, comme lorsqu’une brusque rafale de vent amène de nouvelles odeurs ‒ comme une soudaine compréhension, là où, avant, il n’y avait même pas eu de question. Il vit comment les longs moments endormis de la vie peuvent reposer en de calmes étirements ou remous, que nous persistons à considérer comme des moments sereins et paisibles ‒ rien de plus que de lents passages du temps ‒, alors qu’ils ne sont en fait que des replis profonds préparant les vagues, les poursuites soudaines et frénétiques ‒ la montée des désirs. Il vit comment, au cours de la chasse, tout a sa place ‒ combien ces éléments qui auparavant semblaient tous dénués de sens se lançaient maintenant dans le feu de l’action : combien chaque élément, chaque atome a du sens ‒ combien tout cela correspond au désir parfait de la nature, ce moment vers lequel tend toute attente, qui n’est jamais vraiment de l’attente. »

« "Qu’est-ce qu’il y a ?" demanda-t-il.
Mais elle se contenta de poser un doigt sur ses lèvres, tout en continuant à écouter et en regardant Wallis comme si elle voulait vraiment qu’il entende ; enfin, il perçut quelque chose. Il dut se pencher davantage, et il entendit alors une sorte de bruit de fond qu’il percevait en fait déjà depuis un moment, mais auquel il n’avait pas prêté attention. Il s’agissait d’une sorte de bourdonnement.
"C’est là qu’il vient dormir chaque année, annonça Mel à Wallis, qui crut un instant qu’elle parlait encore de Matthew. C’est un vieil ours noir, ajouta-t-elle. Il doit bien peser deux cent cinquante kilos, maintenant. C’est son ruisseau, ça. Il s’installe là, sous l’avancée rocheuse, chaque année en novembre, et il laisse la neige le recouvrir, dit-elle en montrant un petit trou dans le monticule de neige. Il ne respire qu’une fois par minute, à peu près. Là, tout de suite, son sang est à zéro. Mais son souffle est toujours chaud. C’est ça qui fait fondre la neige et qui fait les trous pour qu’il puisse respirer. »

« "C’est Amy, dit Danny. Et son fils, Colter. Son mari, Zeke, est mort au printemps dernier. Il est passé à travers la glace. C’était un trappeur. On peut encore le voir, là-bas", ajouta-t-il, et Danny crut d’abord que Danny voulait dire qu’on voyait le père dans la ressemblance du fils. "Il n’est qu’à six mètres sous la glace, reprit Danny, qui parlait doucement, malgré le bruit du bar. L’eau est claire comme du gin, froide comme la mort. Il n’a pas changé, il est exactement comme le jour où il est tombé. Il a les bras levés comme ça, dit Danny ‒ en montrant à Wallis, comme s’il signalait une touche au football. Et ses cheveux flottent toujours dans le courant, aussi noirs que ceux de celui-là ‒ il désigna Colter ‒ sauf qu’ils sont plus longs. Ils ont continué à pousser après sa mort." »

« Il y avait du sang partout, un sang encore rouge vif.
La piste tracée dans la neige était rouge de sang, comme si quelqu’un l’avait parcourue en courant, avec des seaux de peinture qui perdaient un peu de leur contenu à chacune de ses enjambées ; ils virent aussi que tous les troncs d’arbres étaient éclaboussés de rouge vif. Il y avait des cratères dans la neige, là où l’orignal avait titubé et était tombé, avant d’arriver à se relever pour aller plus loin : même si quiconque pouvant lire les traces comprenait combien c’était inutile et voyait que l’orignal n’avait jamais eu le moindre espoir d’arriver à un point situé au-delà de l’endroit où les corbeaux appelaient.
Il y avait du sang partout. Les buissons d’aunes étaient rouge vif, là où l’orignal s’était effondré, pris de panique ‒ il avait traîné son corps affaibli dans les broussailles, peignant le paysage dans sa reptation. Avec les loups qui le tenaient, qui le déchiraient. »

« Elle leur parlait des phrases que les plantes et les animaux écrivaient sur la terre, ainsi que de leur écriture invisible dans le ciel ‒ la façon dont les corbeaux suivaient les loups qui suivaient le daim qui suivait les premiers signes de verdure au bord des congères, au printemps ; elle leur expliquait la façon dont la transcription était ensuite inversée, entre une marée de sang doucement attirée par le mouvement des étoiles et de la lune : comment les loups se retrouvaient avec les graines prises dans leur fourrure, tout comme les ours, quand ils venaient manger dans ces îlots de verdure, ou qu’ils dévoraient les restes de chair encore accrochés aux squelettes des daims ‒ des daims morts gisant le long des pistes des loups, comme des carcasses de saumon sur une grève ‒ comment, alors, les graines se dispersaient du fait des allées et venues des ours, des loups et des corbeaux, comme si un harmonieux filet ou un plan ordonné avait été lancé sur la surface irrégulière de la confusion.
Il y avait une disparité, disait¬-elle, une confusion similaire dans nos âmes, ainsi qu’un chagrin dans notre sang, qui naissait alors que les étoiles ordonnaient encore ces mouvements et ces rythmes, mais que ces ordres ne pouvaient déjà plus être exécutés, à cause de trop nombreux obstacles : des barrages, des autoroutes, des villes ; quand la plupart des personnages principaux du plan avaient disparu, ou se retrouvaient en nombres si réduits qu’ils en étaient devenus insignifiants. »

« Les jeunes proies naissaient la première semaine de juin. Les prédateurs avaient eu leurs petits plus tôt ‒ les loups, les coyotes et même les chouettes donnaient naissance en avril, et les ours, de gentils omnivores pour la majeure partie d’entre eux, sortaient en rampant de la terre avec leurs oursons en avril ‒ si bien qu’en juin, quand le reste du monde serait né ‒ les petits des daims, des cerfs et des orignaux ‒, les jeunes prédateurs seraient prêts et les attendraient. Seuls les caribous, qui mettaient bas sur les hauteurs les plus élevées et les plus enneigées, étaient à l’abri ; mais en contrebas, c’était le carnage.
Les faons étaient les principales victimes. Pendant une semaine ou deux, les bois retentissaient de leurs glapissements et de leurs plaintes, tandis que les pumas, les ours, les coyotes et les loups les attrapaient et les dévoraient avant même qu’ils n’aient vécu un seul jour. Les déjections des prédateurs souillaient leurs litières, et on pouvait y retrouver les petits sabots noirs révélateurs, pas plus longs que l’ongle d’un pouce ‒ c’était l’unique chose qui, chez les faons, ne pouvait être digérée ; ces faons étaient pour les jeunes prédateurs ce que les épanouissements de couleur étaient aux humains fatigués par l’hiver : une poussée d’énergie qui leur faisait franchir l’obstacle et les faisait avancer. »

« Le plan consistait à tuer un grand mâle dans les hauteurs ‒ là où les mâles étaient partis s’isoler ‒, puis de l’empaqueter et de le descendre par morceaux ‒ quatre voyages, chargés de soixante-dix kilos chacun, plus les bois et la peau. Ils allaient aussi tuer un grand daim en partant, près du fond de la vallée, pour ne pas avoir à le porter trop longtemps au retour. Ils essayeraient aussi d’accumuler le plus grand nombre possible de grouses, mais ils devraient les tuer silencieusement, à jets de pierre, ou en les attrapant à mains nues ; ils ne pouvaient prendre le risque d’effrayer les cerfs en tirant des coups de feu. Ils attraperaient les grouses à collerette dans les premiers bois de pin et les autres dans les enchevêtrements des cèdres, pour finir avec les énormes grouses bleues sur les crêtes enneigées.
Plus tard dans la saison, Mel pourrait tuer un autre daim, s’ils pensaient avoir besoin de plus de viande. »

« Ils le regardèrent un moment nager en cercles, seule sa tête et les pointes de ses andouillers dépassaient de l’eau. Il s’étranglait avec son sang et crachait de grosses gerbes rouges à chaque quinte, qu’il ravalait à chaque inspiration. La balle avait manqué l’artère, mais elle avait touché une veine. Son museau était un masque rouge de sang.
Le daim leur lançait des regards furieux tout en nageant ; comme un roi sanglant et farouche, il les défiait. Matthew leva de nouveau sa carabine, il attendit que le daim se tourne vers eux et s’approche encore un peu.
Le daim continuait à nager vers eux en les regardant, il gardait la tête haute, alors qu’il se noyait dans son sang. Matthew tira à hauteur du cou, qu’il brisa, cette fois ; le daim cessa immédiatement de nager. Les andouillers s’enfoncèrent dans l’eau. »



mots-clés : #nature
par Tristram
le Ven 23 Nov - 19:25
 
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Sujet: Rick Bass
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André Bucher

Au risque de paraître entêtée ... Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 1390083676

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Un-cou10

C'est avec un grand bonheur que j'ai retrouvé l'écriture d'André Bucher avec ce roman.

La poésie est toujours omniprésente que ce soit pour décrire la faune, les oiseaux et leurs habitudes qu'il faut savoir lire : cette fois, nous avons la présence des corbeaux - véritable totem des indiens, ce n'est donc pas un hasard pour le lecteur de Jim Harrison qu'est A Bucher ! - qui nous sert de guide, ponctuellement.
La nature s'anime sous la plume de l'écrivain et les cieux qu'ils soient déchaînés ou cléments sont tellement bien décrits qu'il suffit de fermer les yeux pour "les voir" !
Bien sûr, il y a une "intrigue" dans le roman : un projet de déforestation pour "nourrir" une centrale électrique et c'est l'occasion pour l'écrivain, de nous parler d'écologie intelligente, de croquer quelques travers humains, d'esquisser quelques traits de la folie humaine mais aussi de croire qu'il y a toujours des hommes simples et sages dans nos sociétés...

J'ai adoré cette lecture et j'ai pris mon temps pour cheminer au fil des pages ne quittant qu'à regret ce coin de montagne.

Et que dire d'un écrivain qui, dans le même roman, cite "Exile On Main Street" , Edward Abbey, John Steinbeck et nous quitte en nous laissant, dans la tête, des vers d'Emily Dickinson ? Juste que c'est un rêve de lecture pour moi....

Cela tombe bien, j'ai un autre livre d'André Bucher qui m'attend sur les étagères histoire de continuer la féerie poétique de la lecture !

Mots-clés : {#}ecologie{/#} {#}nature{/#}
par Invité
le Dim 28 Oct - 18:11
 
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Sujet: André Bucher
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Mick Kitson

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles


Tag nature sur Des Choses à lire - Page 3 Kitson11

Originale : Sal (Anglais, 2018)

Présentation de l'éditeurPrésentation de l'éditeur a écrit:Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d'un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l'odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.


REMARQUES :
Ce qui pourrait sonner comme une simple fuite de jeunes (enfants?) est en fait l’essai dramatique de ces deux demies-sœurs de quitter une vie, un milieu malsaine où elles ont grandies pratiquemment sans vraie présence aimante parentale, entre une mère dépendante de l’alcool et son copain Robert. Celui-ci, drogué, petit criminel, avait même commencé de « visiter » la petite Sal depuis que celle-ci avait 10 ans. A treize ans elle craind le même destin pour sa sœur Peppa, plutôt encore l’image de l’innocence car gardée par Sal. Pour la préserver elle planifie une solution…

… qui mènera les deux sœurs au coeur des Highlands écossais, décrits ici comme un paysage encore sauvage, isolé. Elles vivront la recherche de nourriture, la lutte contre la maladie, mais recevront aussi de l’aide insoupçonnée dans la personne d’une ancienne hippie et doctoresse allemande, vraie sorcière et fée des forêts qui y vit aussi dans un petit abri. C’est d’un coté Sal au centre de l’histoire, c’est elle la narratrice, en quelque sorte traumatisée par ses expériences, mais aussi infiniment prévenante envers sa sœur. C’est l’amour envers elle qui la motive, et qui lui donne une perséverance et un but.

Presque tout le roman se joue dans cette nature qui a aussi force de guérison. On y intercale des flash-back en arrière sur l’enfance des héroïnes et les histoires de quelques personnes. A propos : la description de la vie d’Ingrid, la sorcière allemande, est excellente et très juste, par rapport à l’histoire allemande.

Bien sûr on pourrait se demander si une fille de treize ans avait pu, grâce à un « manuel des forces spéciales » et des vidéos sur youtube, acquérir un tel savoir pratique, car elle sait tout faire, la gamine ! Mais pas si gamine : en phase de devenir femme. Dans la narratrice on voit une maîtrise de langue qu’on attend pas de ce personnage, mais qui a au même moment une tonalité de distance, de fille traumatisée et prévenante (pour sa sœur), aimante à la fois. Une histoire de survie semble à la fois classique et contemporaine (si on évoque certaines gadgets, instruments d’aujourd’hui).

Derrière une histoire d’abus il s’agit d’un hymne à la vie et à une jeune femme en devenir !

Un beau premier roman fort !

(J'ajoute que j'ai pu rencontrer lauteur lors d'une lecture dans la region. Très sympathique.)


mots-clés : #enfance #fratrie #nature #violence
par tom léo
le Sam 20 Oct - 7:20
 
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Sujet: Mick Kitson
Réponses: 4
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