Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 18 Sep 2020 - 18:16

170 résultats trouvés pour poésie

Collectif - Ombres de Chine (traductions proposées par André Markowicz)

Ombres de Chine

Tag poésie sur Des Choses à lire Bat-co10

Traductions proposées par André Markowicz.

Dans un premier temps Ombres de Chine propose une intéressante remise en question de l’idée que l’on se fait de la traduction. Il est pour le moins inhabituel qu’un auteur propose des poèmes traduits par lui d'une langue qu’il ne connaît pas. Cependant il y a là la même ambivalence, sûrement problématique, que pour toute traduction : ces poèmes ont été écrits (en français) par André Markowicz ― ces poèmes sont de Lu Zhao-Lin, Wang Wei, Li Po, Tu Fu, Han Yü ou Li Ho, etc… les deux propositions sont également vraies. Ce qui change fondamentalement avec Ombres de Chine c’est la méthode : à partir de nombreuses sources et du mot-à-mot, puis suivant l’intuition de Markowicz pour tout ce qui concerne le choix des mots, in fine la composition finale du poème. Il a été guidé en cela par ce qui l’a motivé à écrire ces poèmes et composer cette anthologie : à savoir tout un « monde » de sens qu’il avait perçu dans les traductions en russe de ces poèmes Tang, et qu’il n’avait pas retrouvé dans les autres traductions françaises. Un monde de sens qui a réveillé en lui l’écho de l’histoire du vingtième siècle ― en particulier la seconde guerre mondiale ― un écho qu’il a voulu partager aux lecteurs francophones.

En 755 a eu lieu, en Chine, la révolte d’An Lushan qui a probablement (il y a une controverse sur ce nombre) fait près de quarante millions de morts. Ce funeste record n’a précisément été dépassé que lors de la seconde guerre mondiale (près de mille deux cent ans plus tard !). S’il est vrai que ces poèmes s’étalent sur trois siècles, ceux-ci paraissent tous, de diverses façons, liés à cet événement central.

Malade seul retiré sur ce pic
Las du silence et de la solitude
Mais le Song-shan de la haute retraite
Appelle d’heure en heure le regard.
Le séjour des esprits et des merveilles
Recouvert jour et nuit par les nuages
La bruine ne se lève qu’aujourd’hui.
Le soir rougeoie sur la vallée profonde.
L’herbe est touffue sur le bord des torrents
Les arbres verts au pied de la montagne.
Le cœur se tourne vers l’immensité
Sur les versants du pic les arbres gênent.
La Yi la Luo descendent vers le fleuve
De courant en courant de plaine en plaine.
L’été prend fin ― foison de vie sauvage
L’automne ― les cultures sont semées.
Désirs restreints dans un jardin enclos
La paix revient ― le travail de la ferme.
Mais pas d’ami à qui offrir du vin :
Juste ― au creux de la main ― un peu d’eau pure.


« Malade à la maison des sources chaudes à Yang Chung » Song Zhiwen, 690

Le cœur serré traversant un village :
Sur dix maisons pas une n’est debout.
Les survivants baissent les yeux et pleurent
Ils sont en loques pour vous accueillir.
Ils semblent effrayés quand on leur parle
Mais la porte fermée le cœur s’épanche :
― À droite de Chang An la terre est pauvre
Les gens vivent souvent dans la misère.
Ce pays dans le temps était heureux.


« Poème de deux cent vers écrit en traversant les faubourgs de l’ouest » Li Shang-Yin, 838 (extrait)

Sur trois siècles, plusieurs « écoles » ont eût le temps de se former : nombre ― la plupart j’ai l’impression ― de ces poèmes sont très narratifs. Le dernier poème, que Markowicz a choisi pour clore son anthologie, est peut-être celui qui donne l’image la plus clair ― autrement dit la plus violente ― du climat qui a régné en Chine pendant tout ce temps. Ce dernier poème est de 884, il décrit un autre conflit que celui qui a éclaté lors de la révolte ; il décrit un conflit lié, toujours, à celui de 755.

D’autres poèmes ― je ne sais dans quelles proportions, mais certainement non négligeables ― se concentrent entièrement sur des images poétiques, fort belles ou émouvantes. On retrouve cependant ces images dans tout les poèmes : elles structurent les uns, se trouvent en incise dans les autres. Markowicz partage ― traduit ― un monde d’images, reflets d’un monde intérieur qui se mélangent à la chronique guerrière, à la vie des gens.

Rosée de l’orchidée
Cachée ― des yeux en larmes.
Elle ne nouera plus de liens d’amour.
Fleur de brouillard ― pas de celles qu’on cueille.
L’herbe fait ses coussins
Les pins lui font un toit
Le vent lui fait sa robe
L’eau ― ses pendants d’oreilles.
Rideaux huilés du char
Toute la nuit l’attente.
Bougie d’azur glacé
Vacillante lumière.
Au pied des monts de l’Ouest
Le vent souffle à la pluie.


« La tombe de la petite Su » Li Ho (791 – 817)

Le plus souvent, ce sont les poèmes les moins narratifs que j’ai préférés. Certains poèmes de Li Ho, ou ceux de Tu Fu. Les moins longs. Sans le fait que tous les poèmes du livre se répondent entre eux, sans les explications et les nombreuses pistes proposés dans les notes, ces courts poèmes seraient obscurs. Mais il y a une puissance d’évocation similaire à celle du haïku. L’image s’impose à l’esprit et absorbe un instant le contenu du poème et celui qui le dit : une voix ― dont le locuteur est indéfini ― un personnage, ou bien le poète lui-même, se mettant souvent en scène dans sa poésie.

Il est vrai que l’on sait peu choses sur la révolte d’An Lushan, sur cette Chine du VIIème au IXème siècle. Ombres de Chine transmet des images, raconte une histoire ― ici ces deux actes deviennent équivalents ― dans un même effort pour nous rendre cette Chine contemporaine en quelque sorte.

Au pied des monts de l’Ouest
Le vent souffle à la pluie.
Banni loin de chez moi de ma famille
Je me trouve exilé en terre étrange.
Je me surprends à comprendre que l’âme
Ressente peu d’angoisse et de douleur.
Je retourne aux chapitres de Tchouang-tseu
Je réalise d’où je peux venir
Ma patrie véritable je suppose
C’est le pays qui n’est d’aucun pays.


« En lisant Tchouang-Tseu » Po Chü-I (815)

Pays brisé ― monts et rivières restent
Ville au printemps ― herbe et arbres foisonnent.
Pleurant les temps les fleurs versent des larmes
Coupé de tout l’oiseau perce le cœur.
Depuis trois mois les feux d’alarmes brûlent
Une lettre reçue vaut un trésor
On se gratte la tête ― cheveux blancs
Si rares que l’épingle n’y tient plus.


« Scène de printemps » Tu Fu, mars 757

Mots-clés : #poésie #universdulivre
par Dreep
le Mar 8 Sep 2020 - 10:32
 
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Sujet: Collectif - Ombres de Chine (traductions proposées par André Markowicz)
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Ossip Mandelstam

Arménie
Voyage en Arménie & poèmes

Tag poésie sur Des Choses à lire Armzon10

Lu dans l'édition La Barque parue en 2015, qui réunit à la fois "voyage..." et les poèmes afférents à l'Arménie.
Il reste tentant de lire "voyage..." dans la traduction d'André du Bouchet, ce sera sans aucun doute pour une autre fois.


Voyage entrepris comme une bouffée d'air chipée à nuit totalitaire du Kremlin.
Mandelstam, sentant sa fin proche, est-il déjà le condamné qui couchera les seize vers de l'Épigramme contre Staline ?
La thèse se tient, Mandelstam, en passeur, tente en effet de transmettre quelques bribes d'une Arménie millénaire ou éternelle, une Arménie culturelle, dirait-on aujoud'hui, aussi irrémédiablement vouée à destruction par rouleau compresseur soviétique que ne le fut le peuple arménien de Turquie, victime du génocide que l'on sait quelques années auparavant, incluant aussi la Géorgie (terre natale de Staline, soit mentionné en passant), l'évocation des Kurdes (chapitre Alaguez).

L'Arménie ?
C'est l'exotisme extrême, les confins au midi de l'Empire, une culture, un héritage et une langue non russes.
Mandelstam dévie de son propos, en coq-à-l'âne, pour nous confier quelques admirables pages dans ce curieux fourre-tout, chapitres "Moscou", "Les naturalistes", "Les français"...

Le poésie n'est pas sans sourdre de ces pages, témoin les deux premières phrases de l'extrait ci-dessous, quant aux termes utilisés pour eau et village, ils ont marqué André du Bouchet, dans le recueil "Ici en deux", peut-être en bafouillerai-je trois mots sur son fil un de ces jours:

Chapitre Sevan a écrit:Tout autour frisaient des copeaux. Le sel rongeait la terre, et les écailles de poisson clignaient de l'œil comme des éclats de quartz.
À la cantine de la cooprétavie, toute en rondins comme partout à Noradouz, et dans un style allemand cher à Pierre le Grand, on mangeait côte à côte d'épais chachlyks de moutons élevés en artel.
  Les ouvriers remarquèrent que nous n'avions pas de vin et, comme il sied à de vrais hôtes, ils remplirent nos verres.
  Je bus en mon for intérieur à la santé de la jeune Arménie, à ses maisons de pierre orange, à ses commissaires du peuple aux dents blanches, à la sueur de ses chevaux, au piétinement des files d'attente et à cette langue que nous ne sommes pas dignes de parler, tenus de rester à l'écart dans notre infirmité.
  Eau en arménien se dit: djour.
  Village: gyouk.


Mots-clés : #lieu #poésie #regimeautoritaire #voyage
par Aventin
le Ven 4 Sep 2020 - 13:29
 
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Sujet: Ossip Mandelstam
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Julien Gracq

Liberté grande
(édition enrichie 1969)

Tag poésie sur Des Choses à lire Libert10


Recueil de poèmes en prose, comprenant une série de quarante textes brefs écrits de 1941 à 1943, le bref recueil La Terre habitable (1951), La Sieste en Flandre hollandaise (1951) et deux textes isolés, Gomorrhe (1957) et Aubrac (1963).
Pour galvaniser l'urbanisme
Venise
Transbaïkalie
Le vent froid de la nuit
Pleine eau
Gang
Grand hôtel
Written in water
Le jardin engourdi
Isabelle Elisabeth
La barrière de Ross
L’averse
Vergiss mein nicht
Inabordable
Villes hanséatiques
Salon meuble
Un hibernant
Les nuits blanches
Robespierre
Les affinités électives
Les trompettes d’Aïda
Unité originairement synthétique de l’aperception
Scandales mondains
La rivière Susquehannah
Bonne promenade du matin
Le grand jeu
Les basiliques de Pythagore
Les jardins suspendus
L’appareillage ambigu
Paysage
La justice
La vie de voyage
Truro
Le couvent du Pantocrator
Au bord du beau Bendeme
Le passager clandestin
Cortège
La bonne auberge
Surprises-parties de la maison des augustules.
La vallée de Josaphat

La Terre habitable
Paris à l’aube
L’explorateur
Moïse
Roof-garden
Intimité
Les hautes terres du Sertalejo
Gomorrhe
La sieste en Flandre hollandaise
Aubrac

L’acception de « poèmes » pour ces textes indéniablement poétiques, tels ceux de Ponge, Michaux, Cendrars, me paraît dans certains cas douteuse, s’agissant plutôt de "novelettes", ou de moments notés.
Images surréalistes, liberté de l'imagination, amoureuses évocations féminines, instants préservés, vues de contrées souvent hivernales et septentrionales, scènes de voyage, oniriques ou fantastiques…
« À l'air libre, trempé soudain de soleil tournoyant comme par une fanfare, mes pieds amoureusement ravivant la pente secrète d'une colline longue comme une joue, je redescendais chaque soir aux champs calmes, les mains pleines comme celui qui touche une femme, appuyant le front encore, les yeux fermés, ainsi que le cœur manque et qu'on marche en dormant, au songe odorant et au vide sous le soleil de ce village accoudé à la forêt comme un après-midi d'été au balcon de sa nuit sauvage. »

Difficile de ne pas voir là un prélude d’Un balcon en forêt !
« Le sommeil des persiennes sur l'aquarium de la chambre basse ranime doucement le globe aux fleurs d'orange comme un œuf nocturne au creux des chaumes, la main qui tisonne le loquet de fer, l'horloge qui éclabousse l'enclume du silence. »


Mots-clés : #poésie
par Tristram
le Mar 25 Aoû 2020 - 21:42
 
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Sujet: Julien Gracq
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Forough Farrokhzad

La Captive

Tag poésie sur Des Choses à lire 97829110

Des poèmes majoritairement écrits en 1954 ― Forough Farrokhzad n’avait pas vingt ans ― où l’on ne manquera pas de voir se dessiner, à travers des thèmes et des métaphores récurrents, la personnalité de la poétesse. Elle existe intensément dans ses poèmes, à une époque où il était mal vu pour la femme de ne pas s’effacer. La nuit, l’étang, l’arbre, la pierre appartiennent autant à cette femme versatile secrète et esseulée que son corps et ses sentiments. Ses poèmes appellent le retour de l’amant avec colère, sensualité ou désespoir. Forough Farrokhzad était manifestement plus libre dans sa poésie que dans sa vie.

Forough Farrokhzad a écrit:Sur les vitres sombres,
la nuit se posait en douceur
comme des cendres fiévreuses.
Le vent fouillait de fond en comble
les formes des ombres
dans la cour de la maison.
La spirale du nénuphar déferlait
sur le mur comme une fumée.
Le magicien clair de lune
rampait lentement parmi les pins
avec sa lampe peu éclairante
comme s’il cherchait son âme errante
dans la tombe de l’obscurité.

Je glissai dans le ventre de mon lit,
lasse de l’angoisse et du silence, et je me dis :
« Ô sommeil ! Tes doigts, clés des jardins verts !
Tes yeux, étang sombre des poissons du calme !
Ouvre ta sacoche devant cette enfant pleurante
et emmène-la au pays rose des fées de l’oubli ! »


Mots-clés : #poésie
par Dreep
le Dim 16 Aoû 2020 - 18:51
 
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Sujet: Forough Farrokhzad
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Mathias Enard

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone

Tag poésie sur Des Choses à lire Last10
2016, poésie, 110 pages environ dont une préface d'olivier Rolin.


Alors il y a le titre, tape-à-l'œil.
Puis la carte sur la table: nous irons donc du Liban en Syrie, puis aux steppes russes en passant par l'ex-Yougoslavie, la Pologne et en achevant à Barcelone, avec un tout bref intermède lisboète.
Mathias Énard en ses trajectoires cosmopolites.
La préface, assez copain-copain, sonne son faussement déglingo, le ton dilettante-foutraque mais initié.
Bon, passons.

Tout de même l'assez long poème "Beyrouth", qui ouvre la partie I intitulée "Faire concurrence à la mort" balance à merveille, ça y est on est embarqué.
Illustré d'écrits dans les marges, dont un petit passage en arabe que je n'irai pas décrypter, le poème a du corps, de la consistance et reste concis sous des apparences de fleuve.  

Extrait tiré des pages 6 et 7 du poème, qui en compte 13:
Je suis arrivé en bateau avec les derniers nuages de la guerre
Beyrouth au goût de thym et de pneus brûlés
Il allait se passer quelque chose
En nous peut-être
Le soleil furieux séchait le sang
Les serviettes de plage
Les poubelles
Et les abricots
Le soleil séchait tout sauf l'huile des sardines et la graisse des armes
Il s'est passé quelque chose
Entre nos doigts repliés qui n'avaient aucune détente à presser
Aucune gâchette
Les tiens servaient à faire des pansements
Des injections
J'ai failli tourner de l'œil
Quand je t'ai vue panser la blessure
De ce filc qui avait pris une balle à un barrage:
Passionné par tes mains et ta dextérité j'ai tenu à t'observer
Mal m'en a pris
J'ai vu des étoiles
Soudain toutes les étoiles de Beyrouth m'aveuglaient
Des filaments de mercure
Des poissons volants dans le regard
Le monde tournait
Et tournait et tournait un train envolé
J'ai dû partir
Fuir
Grimper la montagne.

Avec, dans la marge, commençant au vers "Aucune gâchette" et finissant au vers "Des filaments de mercure":
Je n'étais pas ce
poète kurde de
Syrie
Qui maniait la
12.7 aussi bien
que le calame
Le plus grand
styliste de la
langue arabe
Salim "Mutan-
nabi" Barakat
L'abaday à la
mitrailleuse  


De la façon dont on [enfin, je !] l'imagine, frêles semblants, reliques fabriquées en poussière, entre-notes, entr'hachurées de pages de carnet déchiré, coq-à-l'âne et bribes, fragiles fragments venus de loin, ce poème-là surprend le lecteur avant de le prendre.
Bruits, odeurs, visuels s'entrechoquent, mon imagination y ajoute comme un fond sonore de guitare électrique saturée, à faible volume, quelque chose de très insistant.

La suite ?
Un peu moins séduisante, ai-je trouvé. La fin de la première partie "faire concurrence à la mort" ainsi que les poèmes de la partie "Matière de la steppe" (en particulier Balkans - Le Consul de France ivre devant son Consulat, et Park Princeva) m'ont rappelé "La chanson de Passavant", de François Sureau, écrit considéré comme poétique, au travers duquel je suis complètement passé...

Neretva retient toutefois l'attention:
Neretva a écrit: [...]
La rivière coule si verte, si émeraude
Dans le cri des montagnes-
Peut-on obtenir du vert
Avec du rouge et du jaune, du sang et de la pierre ?
De Jablanica à Mostar
Et de Mostar à Pocitelj
Des agneaux rôtissent sur le bas-côté de la route.
Leurs yeux sans regard
Plongent dans la Neretva avant de monter vers le ciel
Puis dévalent les ravins
Jusqu'à la rivière et remontent
Encore et encore.
Des agneaux au gré de la broche.


Pour le reste du corpus, je ne suis guère éloigné de l'opinion de Shanidar:
@shanidar a écrit:il faut se rendre à l'évidence , en dehors de quelques pages l'ensemble manque de relief... Bien sûr, n'étant pas très adepte de poésie, je suis sans doute passée à côté de la plupart des références (en particulier aux poètes arabes) mais si j'ai pu goûter certains passages, teintés par cette noire nostalgie qui semble toujours hanter l'auteur, je reste sur ma faim (et mon enthousiasme total envers Énard quoique non écorné reste sur la réserve).


La dernière partie, éponyme à l'ouvrage (Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, donc) alterne au début, de façon prosodique, l'espagnol et le français.
C'est un peu un jeu, comme on peut retrouver un passage d'une langue à l'autre dans certaines chansons.

Un détour curieux sans doute, valant la peine ?
Moins, à mon avis, que ce qui suit, urbain, blues, malsain, comme  Les Stances de Barcelone (Depuis l'asile psychiatrique du Paradis) - La Ballade de la Barceloneta aussi, et voici quelques vers de Stances de la rue des voleurs, type chansonnette facile bien que crue, mais plutôt bien cadencée et pas désagréable:

La rue étroite moins de trois mètres
Séparent mon visage de son cul
Le client qui vient de la mettre
Se lève aussi il est repu
Il a une moustache de soudard
Un air de Turc ou de Malouin
Un pirate bien doté du dard
Un dur à cuire de loin en loin
Le tapin remet sa nuisette
L'artilleur range son attirail
Vire le plastique de sa quéquette
Jette la capote s'enfile un rail
Elle s'en va se faire un café
Elle m'aperçoit me lève un doigt
La baguette de cette fée
Je disparais le jour blondoie.


Mots-clés : #aventure #guerre #poésie #voyage
par Aventin
le Lun 10 Aoû 2020 - 17:36
 
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Sujet: Mathias Enard
Réponses: 69
Vues: 3214

Paul Valéry

Poésie perdue
Sous-titré: Les poèmes en prose des Cahiers.

Tag poésie sur Des Choses à lire Pozosi10



Le titre aguiche, vous fait de l'œil sur un rayon de libraire.
En fait il s'agit d'une sélection, à subjectivité revendiquée, de fragments extraits des Cahiers, auxquels le sélectionneur-annotateur-préfacier Michel Jarrety trouve des vertus prosodiques, poétiques particulières.
C'est bien sûr un peu patchwork, ou encore décousu, même si l'agencement tient compte de la chronologie.

À le lire dans l'ordre, on obtient ainsi un regard sur l'évolution de la pensée valérienne, on soupèse les divers affinages, suit les circonvolutions, repère les thèmes chers, contemple les idées fixes - même si l'on récusera par avance les lieux communs et conclusions toutes faites, bref ce que nous trouvons dans cette battue en règle de halliers trop désignés, c'est le danger d'une telle visite guidée: remercions toutefois M. Michel Jarrety, pour l'énorme somme de travail et l'obtention d'un résultat, la mise à portée de lecteur, qui a dû sembler une gageure au moment d'entreprendre.

Car oui, l'ouvrage est à recommander. Les pré-classements et les matériaux que Valéry a employés ou ré-employés dont dûment notés, on perçoit par où est passée la sève jusqu'à la foliaison finale.  

Ainsi, lesdits "poèmes", "PPA" (petits poèmes abstraits), "Psaumes" et tout simples extraits des Cahiers, datés, on sent une volonté de pré-classement de la part de Valéry.
La façon aussi, le côté sans apprêt, comme c'est venu dans ces cahiers de l'aube, nous donne un pensum certes, mais brut de décoffrage, pas sans intérêt, loin delà: de çà de là, de nombreux et succulents petits délices s'offrent sans peine au dégustateur.

L'Homme de Verre a écrit:"Si droite est ma vision, si profonde ma sensation, si pure, si maladivement pure ma connaissance et si déliée, - si nette mareprésentation; et ma science si achevée que je me vois et me pénètre depuis l'extrémité du monde jusqu'à ma parole silencieuse, et dès l'informe chose jusqu'au désir se soulevant, le long de fibres et dans des centres, je me réponds, je me reflèteje frémis à l'infini des miroirs - je suis de Verre.
III, 440 - 1903.


PPA - Association d'idées a écrit:À la campagne: sur la terre, un petit cadavre de rougeur, long comme mon petit doigt, argenté et saignant; un pas plus loin, le squelette d'une petite aile où tient encore un plumage vert sombre.
  Puis, un grand arbre me fait penser aux cristallisations. La symétrie est un fait tout général. Loi de Curie.
VII, 78 - 1918.


Poèmes et PPA a écrit:Je vais sur les bords de la mer et je me parle. Je ne vois rien au milieu de la vaste vue. Je marche dans mon incohérence propre, - abtraite et amoureuse et triste et irritée et extralucide et enflammée parfois...Le vent tire la torche, brouille et excite la torche spirituelle.
X, 117 - 1924.


Poèmes et PPA a écrit:Matin. Aube noire et venteuse. Coups de canon du vent -
   Tension remarquable de mes "nerfs"
   Tout marque, sonne, le moindre changement - évènement -  sur le présent chargé issu du sommeil
   Plein de résonnances, d'éclairs, d'attentes,
   Endormi au 3/4 et le reste de l'être, une pointe vibrante.
   Ondes fines très intenses, mais très étroites.
XIV, 104 - 1929.


Psaume a écrit:Mes yeux soutiennent le monde.
Mes regards travaillent la présence colorée, opposée,
Tracent, circonscrivent, confirment - AGISSENT.
Construisent, suppriment - veulent et refusent.
Distribuent le contraste et les similitudes.
XXII, 442 - 1939.


Mots-clés : #ecriture #journal #philosophique #poésie
par Aventin
le Dim 9 Aoû 2020 - 17:51
 
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Sujet: Paul Valéry
Réponses: 8
Vues: 143

NATSUME Sōseki

Oreiller d'herbes

Tag poésie sur Des Choses à lire Oreill11
Titre original: Kusamakura - 草枕, 160 pages environ, 1906.

Bel écrit, à la fois dépaysant, poétique, pittoresque (au sens pictural).
Un peintre, jeune trentenaire, également poète - il compose des haïkus - se retire à la montagne afin de réfléchir sur son art - et aussi se concentrer dessus.
Les rencontres, sur fond de Japon traditionnel (mieux dit: éternel ?) qu'il y fait sont autant de prétextes à prolongements artistiques potentiels, en premier lieu celle de son hôtesse.

Beaucoup de réflexions sur l'art, le rôle de l'artiste, jalonnent cet ouvrage en apesanteur, tout en finesse, très sensoriel.
De haute volée donc, ces pages traversées par les montagnes, la mer au loin, les intérieurs, les monologues et les dialogues, la flore et les harmonies, et la belle et fascinante Nami.

Le peintre, qui ne peint pas en dépit des occasions offertes, est-il venu pour un plus grand accomplissement qu'un tableau, ou bien guette-t-il l'occasion d'un chef-d'œuvre ?  

La porte de la salle de bains s'ouvrit soudain discrètement.

 Quelqu'un vient, me dis-je, en glissant un regard vers l'entrée, et en laissant flotter mon corps. Comme je reposais la tête sur le rebord de la baignoire le plus éloigné de la porte, je pouvais apercevoir de biais les marches qui descendaient vers la baignoire à environ six mètres. Mais dans les pupilles de mes yeux levés rien n'apparaissait. Pendant un moment, je n'entendais que les gouttes qui s'abattaient sur l'auvent. Le son du shamisen s'était arrêté on ne sait quand.
 
  Puis quelque chose fit son apparition sur les marches. Comme la salle de bains spacieuse n'était éclairée que par un lampion, à cette distance, même si l'air était transparent, o n aurait eu du mal à distinguer quoi que ce soit et à plus forte raison dans cette vapeur qui monte et qui, combattue par la bruine, n'a pas d'autre échappatoire possible, il est extrêmement difficile de reconnaître quelqu'un. Si la personne qui descend une marche et s'arrête à la deuxième ne reçoit pas le faisceau lumineux de plein fouet, il est exclu de décider si c'est un homme ou une femme.

  La chose noire est encore descendue d'une marche. La pierre sur laquelle elle a posé ses pieds est d'une douceur si veloutée que, si l'on s'en tient au bruit de ses pas, on peut croire qu'elle n'a pas bougé. Mais ses contours se dessinent plus nettement. Mon métier de peintre rend ma vue plus sensible à l'ossature humaine. Lorsque cette chose inconnue a avancé d'un cran, j'ai enfin compris que je me trouvais dans le bain avec cette femme.  

  Sans cesser de flotter, je me demandais si je devais prêter attention ou non, lorsque la silhouette de la femme m'apparut en totalité. À voir apparaître ainsi entièrement la silhouette gracile de cette femme dont les cheveux noirs ondulaient comme des nuages à travers l'épaisse vapeur qui semblait retenir chaque particule de lumière diffuse, dans la douceur d'un rouge pâle, j'abandonnai tout scrupule de de courtoisie, de bonnes manières ou de civilité, et ma seule préoccupation était que j'avais trouvé un beau sujet de tableau.




NB: Quelques réparties d'humour daté (deux brèves, en tout, je crois) peuvent passer pour blessantes aujourd'hui pour les femmes en général: je crois qu'il convient de contextualiser -époque, lieu...- et ne pas s'y attarder, il s'agit d'un ouvrage vraiment recommandable, petit délice succulent, qui pourrait plaire sinon à la totalité des contributeurs habituels de ce forum, du moins à une très large majorité d'entre ceux-ci.    



Mots-clés : #autofiction #peinture #poésie #traditions
par Aventin
le Mar 21 Juil 2020 - 20:15
 
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Sujet: NATSUME Sōseki
Réponses: 27
Vues: 1748

Mahmoud Darwich

Tag poésie sur Des Choses à lire Darwic11


MUSIQUE ARABE


« Aah si le jeune homme était de pierre… »
Que ne suis-je une pierre.

Faut-il, toutes les fois que deux yeux regardent dans le vide,
Que ces nuages me dispersent,
Nuages ?
Et toutes les fois qu’une oiselle égratigne un horizon,
Que je quête une idole ?

Faut-il, toutes les fois que luit une guitare,
Que mon âme cède
À son trépas dans l’écume des navires ?

Faut-il, toutes les fois qu’une femme se trouve femme,
Qu’un éclair, jailli de ma hanche, m’illumine
Et me consume ?

Faut-il, toutes les fois qu’une mauve se fane,
Qu’un oiseau pleure sur un rameau,
Qu’un mal m’atteigne
Ou que je m’écrie : Ô ma patrie ?

Faut-il, toutes les fois que les amandiers fleurissent,
Que je me consume en eux ?
Toutes les fois qu’ils prennent feu,
Que je sois fumée et mouchoir,
Que le vent du nord
Me déchire et que la pluie efface mes traits ?

« Aah si le jeune homme était de pierre… »
Que ne suis-je une pierre.
                                 1984




.......................................................................................


Sans titre


J’ai la nostalgie du café de ma mère,
Du pain de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

\nMots-clés : #poésie
par bix_229
le Mar 21 Juil 2020 - 15:58
 
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Sujet: Mahmoud Darwich
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Vénus Khoury-Ghata

Les derniers jours de Mandelstam

Tag poésie sur Des Choses à lire Les_de10
Paru en 2016, 120 pages environ.

Plutôt qu'une bio narrative de la fin d'Ossip Mandelstam, avec ce côté source et références et tâcheron du "travail universitaire", Vénus Khoury-Ghata reste poétesse qui parle d'un poète, nul lecteur ne s'en plaindra je crois.

Âpre dans son écriture, ciselant froid, avec cette étrange façon, déjà observée dans d'autres de ses œuvres, de ressasser, ou de remettre à nouveau un point déjà abordé plus tôt dans son ouvrage, une redite en somme, le truc qu'aucun éditeur n'accepterait, le machin à éviter absolument dans les bons conseils à écrivain:
Eh bien, qu'on se le dise: il y a, à la règle, l'exception Vénus Khoury-Ghata.

Par exemple quand elle prend appui sur, puis utilise en leitmotiv ces deux vers de la première version du poème de Mandelstam sur Staline:
On n'entend que le montagnard du Kremlin,
L'assassin et le mangeur d'hommes.

 
D'autant qu'elle remet tel ou tel point (celui ci-dessus et bien d'autres encore) avec un ajout, parfois très ténu, une manière "l'air de rien"...
Et puis, comme un couplet de refrain dans une chanson, on y est appâté, on démarre comme lors d'une reprise en chœur...avec quel autre auteur un tel procédé pourrait-il fonctionner en prose, je me demande ?  

Bien entendu je n'ai pas évité l'écueil prévisible, qui est que ce livre oriente vers de nouveaux livres dont on se fait une joie de les classer parmi les "à lire absolument, bientôt" (PAL en langage du forum):

- En premier lieu l'intégralité de la poésie de Mandelstam bien entendu, en dépit de mon extrême réticence à lire de la poésie traduite en provenance d'une langue qui m'est totalement inconnue.

- Ensuite Le ciel brûle, de Marina Tsvetaïeva (quelqu'un aurait lu ?), et Contre tout espoir, Souvenirs (trois tomes) de Nadedja Mandelstam (idem, quelqu'un aurait lu ?), les poésies de Nikolaï Stepanovitch Goumilev (réitérons: quelqu'un aurait...).

- Bien sûr l'ouvrage de Vénus Khoury-Ghata paru en 2019 sur Marina Tsvetaïeva...

A contrario, subitement, une moindre envie de parcourir à nouveau des pages de Gorki, Boukharine, Pasternak (encore que ce dernier, bien que flageolant sur le chapitre courage, n'a pas été sans aider le couple Mandelstam)...  


On apprend tout de même pas mal de choses sur Mandelstam, sa folie, sa misère, sa fin horrible dans l'univers concentrationnaire stalinien, l'opiniâtreté de Nadedja pour que la poésie de Mandelstam nous parvienne - tard il est vrai, dans les années 1960 et elle s'est imposée très doucement, petit à petit.

Ces éléments-là, pas forcément tous à portée de clic sur moteur de recherches, sont à l'évidence de l'ordre de la bio classique.
Mais en sus, Vénus Khoury-Ghata, la plume acérée, concise et poignante, nous livre un ouvrage plein, fin et sensible - faisons rapide: de grande qualité.

Enfin, il est bon qu'un autre poète (Jean-Paul Michel) me le martèle pour que j'opine quand je n'y crois plus, mais si vous prenez pour une boutade le fait que la poésie a le pouvoir de changer le monde (quoique rarement en temps réel, c'est-à-dire dans l'immédiateté synchrone à l'époque d'écriture), jetez donc un coup d'œil à ces pages-là...  


Mandelstam est le seul à entendre sa voix déclamer ses poèmes à ses voisins, des déportés comme lui.

  La poésie, dernier souci de la horde de prisonniers, susceptibles d'être fusillés d'un jour à l'autre.
  Ils veulent du pain, pas des mots.
  Ils sont en colère, les moins malades brandissent des poings vengeurs.
  Leurs hurlements n'empêchent pas le poète de poursuivre sa lecture.
  Sa voix, il en est certain, finira par couvrir leur vacarme.
  En plus du pain, ils réclament une soupe moins diluée et exigent d'être traités en êtres humains.
  Entassés depuis des mois dans le camp de transit situé à un jet de pierres de Vladivostok sans voir le ciel.

  Sans voir le bout du tunnel, sans savoir la date de départ pour la Sibérie, devenue lieu de villégiature comparée à l'enfer du camp.
  Pas de train pour les transporter en Sibérie, leur dit-on.
  Les rumeurs dans le chaos tiennent lieu de décret.
  Venus de toutes les villes du pays, les wagons déversent sur les quais à déporter ou à fusiller puis repartent à la recherche d'autres suspects, d'autres dissidents à déporter ou à fusiller.

  Comment fait-on le tri ?
  Qui décide d'écourter ou de prolonger une vie ?
  "Écrémer le pays le débarrasser de tous ceux qui pensent autrement que le régime en place" est le mot d'ordre.
  Un bruit de bottes scande le sommeil de Mandelstam alors que personne ne marche; le typhus a cloué ses voisins sur leurs planches.

  "Lève-toi, tu es interdit de séjour au camp. Interdit de mourir sans la permission de Staline".
  Une fausse impression, les mains qui le secouent, la bouche qui crie son nom.
  Peu importe à Mandelstam qu'il soit devenu fou, il sait qu'il est poète et cela lui suffit.
  Il sait aussi qu'il est encore en vie, sinon il ne saurait pas que ses voisins de planches s'appellent Fédor, Piotr, Vlada ou Anton.
  Il connaît leurs noms mais n'arrive pas à coller un visage sur chacun de ces noms.
  Leurs noms, la bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour ne pas sombrer. Mourrait si jamais il les oubliait.    

 



Mots-clés : #biographie #devoirdememoire #exil #poésie #regimeautoritaire #violence #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil 2020 - 9:03
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Francis Jammes

De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir est un recueil auquel je reviens souvent, une des multiples raisons, s'il en faut, est qu'on y trouve -entre autres- des petites choses splendides, délicates, discrètes et fort apaisantes.

Témoin ce joli L'après-midi,
merci cher Poète Rustique, pour les
.                                                bouches
rouges collées auprès des coquelicots rouges


merci pour le                              
.                                         vol-au-vent
serait sucré avec deux gros pigeons dedans


et autres trouvailles prosodiques.
C'est de 1897 si je ne m'abuse, la poésie francophone du XXème augurait décidément bien.
L’après-midi


L’après-midi d’un dimanche je voudrais bien,
quand il fait chaud et qu’il y a de gros raisins,
dîner chez une vieille fille en une grande
maison de campagne chaude, fraîche, où l’on tend du linge,
du linge propre, à des cordes, des liens.
Dans la cour il y aurait des petits poussins,
qui iraient près du puits — et une jeune fille
dînerait avec nous deux seuls comme en famille.
Nous ferions un dîner lourd, et le vol-au-vent
serait sucré avec deux gros pigeons dedans.
Nous prendrions le café tous les trois, et ensuite
Nous plierions notre serviette très vite,
pour aller voir dans le jardin plein de choux bleus.
La vieille nous laisserait au jardin tous deux.
Nous nous embrasserions longtemps, laissant nos bouches
rouges collées auprès des coquelicots rouges.
Puis les vêpres sonneraient doucement, — alors
elle et moi nous nous presserions encor plus fort.



Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Ven 5 Juin 2020 - 18:56
 
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Sujet: Francis Jammes
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Sylvain Tesson

Un été avec Homère

Tag poésie sur Des Choses à lire 414ads10

Un point de vue intéressant sur le legs de l’aède fondateur :
« Il y a la lumière, le brouillard et puis viennent les îles.
Chacune est un monde. Elles flottent, glissent, disparaissent, éparses. On dirait des univers. Parfois elles s’émiettent, taches de soleil dispersées par le vent. Quel est leur trait d’union ? La navigation. Le sillage est le fil d’un collier de perles éperdues. Le marin circule entre les débris. »

Un sens indéniable de l’actualité :
« Les îles ne communiquent pas. Voilà l’enseignement homérique : la diversité impose que chacun conserve sa singularité. Maintenez la distance si vous tenez à la survie du divers ! »

Une remarque qui me paraît pleine de sens sur l’arbitraire freudien :
« On pourrait opposer à l’Œdipe de Freud le Télémaque d’Homère et inventer un nouveau syndrome appuyé sur les retrouvailles au lieu de la rupture. Télémaque ne veut pas tuer le père, ni convoiter la mère. Il lutte pour retrouver son géniteur, le réinstaller sur le trône, réunir ses parents. L’Œdipe freudien, lui, doit profaner ses origines pour affirmer son individualité. »

Le côté païen, anté-Christ et péché, avec références à Noces de Camus, est pertinent :
« Les dieux ne demandent pas à l’homme grec de se conformer à un dogme. Le monde mythologique n’est pas moral. La vertu ne se mesure pas à ce qui est licite ou illicite comme chez les mahométans, à ce qui est bon ou mauvais comme chez les chrétiens. Tout est franc sous le ciel antique : les dieux ont besoin des hommes pour leurs affaires personnelles. »


Mots-clés : #antiquite #essai #poésie
par Tristram
le Dim 31 Mai 2020 - 0:48
 
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Sujet: Sylvain Tesson
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Poésie

@janis a écrit:

Ai-je le droit de dire : Encore ? Embarassed

Tag poésie sur Des Choses à lire 1252659054 avec joie alors, Janis !


Même recueil et à peine quelques pages avant, cet étonnant Nachmittag mit Zirkus und Zitadelle, qui peut être lu en version originale ici.

Après-midi avec cirque et citadelle

À Brest, face aux cercles de flammes,
sous la tente où bondissait le tigre,
j'ai entendu, finitude, ton chant,
et je t'ai vu, Mandelstam.

Le ciel au-dessus de la rade,
La mouette au-dessus de la grue.
Le fini chantait, le constant, —
Canonnière, ton nom : "Baobab".

Je saluai le tricolore
avec une parole russe —
Perdu était Non-perdu,
le cœur une place forte.


(1961).

Bon, évidemment même un ignare en langue germanique de mon acabit suppute quelque chose comme un doux bercement équivoque et équilibré dans Verloren war Unverloren , rendu en Perdu était Non-perdu, ou encore l'espiègle étonnement triomphant da sah ich dich, Mandelstamm, restitué en et je t'ai vu, Mandelstam, etc, etc...

La mouette au-dessus de la grue (die Möwe hing über dem Kran), est-elle à rapprocher le la grue finale et à laquelle Celan s'identifie dans le très bref poème aux mots étrangement découpés de la page qui suit, intitulé Bei Tag ?


Bei Tag

Hasenfell-Himmel.
Noch immerschreibt eine deutliche Schwinge.

Auch ich, erinnere dich,
Staub-
farbene, kam
als ein Kranich.



Au Jour

Ciel peau-de-lapin. Et toujours
l'écriture d'une aile indéchiffrable.

Souviens-toi, couleur
poussière;
moi aussi je suis venu
comme une grue.



Mots-clés : #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Mer 6 Mai 2020 - 19:18
 
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Sujet: Poésie
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Poésie

Kermorvan, de Paul Celan, recueil La rose de personne, éd. Poésie Points.
Recueil bilingue...et tous ces regrets de ne pas comprendre un mot d'allemand...

KERMORVAN

Du Tausendgüldenkraut-Sternchen,
du Erle, du Buche, du Farn:
mit euch Nahen geh ich ins Ferne, -
Wir gehen dir, Heimat, ins Garn.

Schwarz hängt die Kirschlorbeerstraube
beim bärtigen Palmenschaft.
Ich liebe, ich hoffe, ich glaube, -
die kleine Steindattel klafft.

Ein Spruch spricht - zu wem? Zu sich selber:
Servir Dieu est régner, - ich kann
ihn lesen, ick kann, es wird heller,
fort aus Kannitverstan.


KERMORVAN

Petite étoile de centaurée,
aulne, hêtre, et toi, fougère :
avec vous, proches, je vais au loin, -
lieu natal, tu nous prends au piège.

Laurier-cerise, en grappes noires suspendu
près du palmier au tronc barbu.
J'aime, j'espère, je crois, -
elle bée, la petite datte de mer.

Une devise parle - à qui donc ? A elle même :
Servir Dieu est régner, - je peux
la lire, je peux, tout s'éclaire :
loin de J'peuxpascomprendre.


Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Lun 4 Mai 2020 - 18:29
 
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Sujet: Poésie
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Francis Jammes

@Arturo a écrit:J'ai 2 recueils en poésie NRF, tous deux fort appréciés dans mes lectures. Mais dans mon coin je ne tombe jamais sur ses bouquins dans mes farfouillages.

Ceux-ci, non ?

Tag poésie sur Des Choses à lire De_l_a10
Tag poésie sur Des Choses à lire Clairi10
Tout comme toi: "tous deux fort appréciés" !

Par exemple, dans Clairières, on trouve parfois de courts poèmes, comme ces trois ci-dessous, qui m'émerveillent pour plusieurs raisons (comme si l'émerveillement était compatible avec des raisons, je déraisonne ?):
- D'abord ils ont la splendeur de miniatures de maître-artisan, dépouillement et sobriété menant à la mise en évidence d'un essentiel.
- Ensuite, on est en 1906 pour la date de parution de Clairières, et contribuent à illustrer qu'il ne se passe pas rien entre Mallarmé et Apollinaire, ou autrement dit qu'on ne passe pas directement de Mallarmé à Apollinaire;  
- Enfin il n'oppose pas les courants naturalistes et symbolistes (bien que penchant, dans les exemples ci-dessous, davantage du côté symboliste), mais ne se propose pas comme une synthèse ou un syncrétisme de ceux-ci. Disons plutôt qu'ils sont assimilés, digérés. Il n'a pas de label d'école, de mouvement, de chapelle.
Il ne compose pas de vers en rejet ou en rupture de ce qui se faisait auparavant, ne cherche ni le neuf pour le neuf ni à se singulariser, mais avance dans ses vers, gentiment, avec douceur, au pas du montagnard qui tient l'âne en bride, ménage homme et monture et se tient en éveil.

Je ressens, confusément il est vrai, que Jammes n'est pas un intransigeant, qu'il aurait pu prendre à son compte en matière de poésie les propos d'un peintre qui lui était contemporain (ou plutôt peut-être semi-contemporain est-il plus juste), Odilon Redon:
"Je ne suis pas un intransigeant; je n'acclamerai jamais une école qui, quoique préconisée de sa bonne foi, se borne quand même dans la réalité pure, sans tenir compte du passé. Voir et bien voir sera toujours le précepte premier de l'art de peindre, cela est une vérité de tous les temps".

Le premier est un touchant décasyllabes équilibré et versifié, on y entre de plain-pied par l'oxymoron "gravement gaie":
Elle est gravement gaie. Par moments son regard
se levait comme pour surprendre ma pensée.
Elle était douce alors comme quand il est tard
le velours jaune et bleu d’une allée de pensées.


Le second fait fi de la métrique et malmène beaucoup la rime, le jeu d'assonance/allitération "trempé, tant y est épais" traduit fort bien le volume humide, "amertumé" me paraît être une création personnelle pour l'occasion, enfin quelle douceur dans le rôle inversé (pour l'époque) de Jammes sous la protection de sa mie...
Dans le chemin toujours trempé, tant y est épais
le feuillage visqueux de l’aulne amertumé,
nous nous promènerons. Mais comme elle est plus grande
que moi, c’est elle qui écartera les branches
et elle encore qui mettra sur mon épaule
sa joue et ses yeux bleus qui fixeront le sol.


Pour ce troisième, il faut solliciter toute les possibilités plastiques de la diérèse et de la synérèse (fréquent, ça, chez Jammes) et garder en tête la petite musique de l'accent béarnais, mais même en s'abritant derrière cela, l'alexandrin est un peu malmené, pas toujours défendable au yeux d'un rigoriste, comme: "je la verrai surgir, et sa figure claire".
Aussi, ça ne lui eût pas coûté beaucoup de faire parfaitement rimer ces quelques vers. Mais c'est judicieux -et non impertinent- qu'il ne l'ait pas fait (à mon humble avis); quand l'incartade est légère, qu'elle paraît exception, elle dit beaucoup plus long qu'une totale rupture formelle, une façon de raser le monde poétique ancien pour voir ce qui repousse après (ceci sera fait, pour un résultat que je vous laisse apprécier ou déprécier, une vingtaine d'années plus tard).
En attendant:
Jammes arpente-t-il les brisées saute-formalistes du Verlaine de Sagesse ?

Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son œuf dans la poussière.
Par-dessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur.


Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 12 Avr 2020 - 8:10
 
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Sujet: Francis Jammes
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Francis Jammes

Le Roman du Lièvre

Tag poésie sur Des Choses à lire Roman_10
Nouvelle, écrite en 1902, parue en 1903, une cinquantaine de pages.

Exceptionnelle entame, risquée (débuter par une phrase aussi longue, c'est audacieux !), le trajet du lièvre est rendu de façon remarquable par le rythme, syncopé mais irrégulier de cette phrase (les "et", utilisés en pas très académique mais efficace liant) laquelle pourtant "coule" avec une telle fluidité que c'en est incroyable, le lecteur est dans la peau du lièvre !
Le "à cause que" de la seconde phrase, dites-le à la béarnaise sans élider le "e" final de cause, pas acoske quoi, sinon patatras !

Chapitre I a écrit:Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse, et grimpa au sentier de molle argile, et il avait peur de son ombre, et les bruyères fuyaient derrière sa course, et des clochers bleus surgissaient de vallon en vallon et il redescendait, et il remontait, et ses sauts courbaient les herbes où s’alignaient des gouttes, et il devenait le frère des alouettes dans ce vol rapide, et il traversait les routes départementales, et il hésitait au poteau indicateur avant de suivre le chemin vicinal qui, blême de soleil et sonore au carrefour, se perd dans la mousse obscure et muette.

Ce jour-là, il manqua se butter à la douzième borne kilométrique, entre Castétis et Balansun, à cause que ses yeux ahuris sont placés de côté. Net, il s’arrêta ; sa gencive, naturellement fendue, eut un imperceptible tremblement qui découvrit ses incisives. Puis, ses guêtres de routier, couleur de chaume; se détendirent ainsi que ses ongles usés et rognés. Et il bondit par la haie, boulé, les oreilles à son derrière.

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C'est l'histoire de François d'Assise revenu sur terre en mission, afin de guider quelques animaux de rencontre en fin de vie, lesquels sont subjugués d'amour pour lui, vers leur doux Paradis animal, interdit aux humains.

Il pérégrinent ainsi durant la belle saison, puis l'automne, et nous allons de tableaux savoureux en délicatesses de style et de sentiments, douceur, prosodie bucolique mais aussi de louange discrète de la part du poète rustique.  

Vient l'hiver et les privations, il est temps pour les animaux de quitter François en de bien déchirants adieux et de rejoindre le Paradis des animaux. Pour la mission délicate consistant à servir de guide aux autres animaux, François choisit Lièvre, le dernier arrivé...

Il y a, bien sûr, une allusion au Roman de Renart dès le titre, et à l'œuvre de Jean de La Fontaine dès la première ligne:
Nous ne sommes pas surpris que les animaux parlent, soit doués de sentiments, de raisonnements.
Comme dans le Roman de Renart ou dans l'œuvre de Jean de La Fontaine, le choix de tel animal pour illustrer telle situation, tendance outrait de caractère est bien sûr effectué avec la finesse nécessaire.

Peut-être Jammes va-t-il plus loin encore dans l'animalité ressentie et restituée, du moins en tous cas avec Lièvre, le personnage principal.

Nouvelle poétique à souhait, je n'ai pas aimé le final, non que celui-ci baisse en qualité littéraire, non, c'est juste sentimental de ma part, Jammes a cru bon de le raidir, peut-être afin de ne pas se faire taxer de mièvrerie (?).

Tag poésie sur Des Choses à lire Edouar10
Édouard-Paul Mérite, aquarelle sur papier.



Mots-clés : #contemythe #nouvelle #poésie
par Aventin
le Lun 6 Avr 2020 - 19:35
 
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Sujet: Francis Jammes
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Charles Péguy

Le Porche du mystère de la deuxième vertu

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1911, 140 pages (peu denses) environ.



Derrière ce titre, pour ainsi dire médiéval, se cache un opus difficile à cataloguer: Gallimard Nrf le range dans sa collection poésie, pourquoi pas, faute de mieux (?).

Cela commence comme au théâtre, voyez plutôt:
Tag poésie sur Des Choses à lire Pzoguy10


Madame Gervaise s'adresse à un enfant, qui n'intervient jamais, dont nous ignorons l'âge, le nom, le sexe. Ce Porche est un soliloque.

Mais, avec lenteur et au fil de la lecture nous parviennent quelques indices - c'est au temps de la royauté, c'est en Lorraine, il y a quatorze siècles de chrétienté... jusqu'au bout on ne sait pas, mais on suppute quand même, en foi de la parution de Péguy qui précède immédiatement, que l'enfant attentif et silencieux est Jeanne d'Arc.

Pourtant, l'auteur s'est gardé de toute référence d'ordre linguistique ou idiomatique au parler lorrain du quinzième. Ils n'utilise que des mots simples, la limpidité menant à des imprévus, des termes parfois curieusement bricolés (comme recreux ou encore travails au pluriel)

Péguy ose, par le caractère familier, populaire de l'expression, un langage adapté à une jeune oreille; en évitant bien des écueils de fausseté, ce n'est jamais gnangnan, encore moins vulgaire bien sûr, jamais même trivial.

Cette prosodie est assez singulière.
En fait de soliloque, Dieu lui-même vient s'en mêler et s'exprime au "je", puis, sans que l'on ne distingue nettement où est la reprise, la parole revient à Madame Gervaise (comme dans l'extrait, dans lequel la parole est nettement du côté de Dieu).

C'est -à mon avis- très bien traduire, de façon largement inédite, le mécanisme de l'oraison (bien plus certainement que celui de la prière), avec adjonction en guise de procédé littéraire d'un interlocuteur tiers [figuré par l'enfant, mettons Jeanne], qui reçoit mais ne participe pas, et ce tiers est bien sûr aussi nous, lecteurs.

Quant aux allusions à la France, c'est à rapprocher de la position de Péguy face au péril, imminent alors, du conflit avec l'Allemagne.

Très bien rendues les circonvolutions méditatives, à base de répétitions façon mantra, de retour en arrière mais, au bout, toujours une avancée.
Idem la découpe en vers [libres] ne s'achevant pas forcément par une ponctuation, les parenthèses, tout ce cheminement d'apparence inutile, n'allant pas droit au fait mais semblant s'égarer dans les halliers de la réflexion, qu'on pourrait dépouiller: la restitution a ce côté tel quel, intact sous la plume qui n'a pas cru bon de bûcheronner dedans, tout en conservant (écueil bien évité) un coulé facilitant la lecture.    

Le thème est celui d'une des trois vertus théologales, l'Espérance.
Celle des trois qui, selon Péguy, va le moins de soi.
Elle est une jeune enfant semblant menée par ses deux grandes sœurs, en réalité c'est elle qui les mène...


Extrait:

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.
Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point Innocents dans les bras de ma Providence. Ils ont le courage de travailler.
Ils n’ont pas le courage de ne rien faire. Ils ont la vertu de travailler. Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.
De se détendre. De se reposer. De dormir.
Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.
Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.
Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.
Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.
Et c’est la plus grande infidélité.
Parce que c’est l’infidélité à la plus grande Foi.
Pauvres enfants ils administrent dans la journée leurs affaires avec sagesse.
Mais le soir venu ils ne se résolvent point. Ils ne se résignent point à en confier le gouvernement à ma sagesse
L’espace d’une nuit à m’en confier le gouvernement.
Et l’administration et tout le gouvernement.
Comme si je n’étais pas capable, peut-être, de m’en occuper un peu.
D’y veiller.
De gouverner et d’administrer et tout le tremblement.
J’en administre bien d’autres, pauvres gens, je gouverne la création, c'est peut-être plus difficile.
Vous pourriez peut-être sans grand(s) dommage(s) me laisser vos affaires en mains, hommes sages.
Je suis peut-être aussi sage que vous.
Vous pourriez peut-être me les remettre l'espace d'une nuit.
L'espace que vous dormiez
Enfin
Et le lendemain matin vous les retrouveriez peut-être pas trop abîmées.
Le lendemain matin elles ne seraient peut-être pas plus mal.
Je suis peut-être encore capable de les conduire un peu.
Je parle de ceux qui travaillent
Et qui ainsi en ceci suivent mon commandement.
Et qui ne dorment pas, et qui ainsi en ceci
Refusent tout ce qu'il y a de bon dans ma création,
Le sommeil, tout ce que j'ai créé de bon,
Et aussi refusent tout de même ici mon commandement
même.
Pauvres enfants quelle ingratitude envers moi
Que de refuser un aussi bon, Un aussi beau commandement.
Pauvres enfants ils suivent la sagesse humaine.
La sagesse humaine dit Ne remettez pas au lendemain
Ce que vous pouvez faire le jour même.
Et moi je vous dis Celui qui sait remettre au lendemain
Est celui qui est le plus agréable à Dieu.
Celui qui dort comme un enfant
Est aussi celui qui dort comme ma chère Espérance.



Mots-clés : #poésie #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 30 Mar 2020 - 14:48
 
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Sujet: Charles Péguy
Réponses: 9
Vues: 304

Charles Péguy

Je pense que bien peu de monde lit encore Péguy : catholique, nationaliste, belliciste, étendard de la France pétainiste, l’écrivain n’est pas fait pour séduire les jeunes générations. Et pourtant ! Le penseur est aujourd’hui revendiqué par des personnalités aussi différentes qu’Edwy Plenel ou Alain Finkielkraut ! Mais l’écrivain, le poète...
En ce qui me concerne, la récente vision des deux films de Bruno Dumont : « Jeannette » et « Jeanne » m’a rappelé la grande beauté de la poésie de Péguy.

Jeanne d'Arc

Tag poésie sur Des Choses à lire Jeanne10

« Jeanne d'Arc » est donc un drame de trois pièces écrit par Péguy en 1897 sous le pseudonyme de Pierre Baudouin (boursier d’agrégation, il ne peut écrire sous son propre nom). C’est la première œuvre importante de l’auteur. En trois pièces, « Domremy », « Les Batailles » et « Rouen » elle retrace trois épisodes importants de la vie de Jeanne d’Arc. Autant vous le dire tout de suite, ce texte est très difficile à se procurer. Vous trouverez facilement le « Mystère de la Charité de Jeanne », mais « Jeanne »… A part la Pléiade ! Et c’est dommage !
La dédicace de l’ouvrage donne tout de suite le ton. Il n’est pas inintéressant de préciser qu’à cette époque, Péguy est socialiste et athée.


« A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts pour tâcher de porter remède au mal universel ;
En particulier,
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour tâcher de porter remède au mal universel humain ;
Parmi eux,
A toutes celles et à tous ceux qui auront connu le remède,
c’est-à-dire :
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour l’établissement de la République socialiste universelle,
Ce poème est dédié.
Prenne à présent sa part de la dédicace qui voudra »


Basée sur des phénomènes de répétition, de monumentalité, la poésie de Péguy est ample, puissante et prend volontiers un côté épique qui l’apparente aux œuvres antiques : "L’Iliade", « Les Perses » d’Eschyle…
Elle est à l’image d’une vague régulièrement redoublée qui vient tout recouvrir en poussant au plus loin :

« Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les flèches se glissaient aux cuirasses de fer ;
Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les haches entaillaient la cuirasse et la chair.

Et j’étais chef de guerre, et tous ces marteaux-là
S’abattaient et broyaient pour m’obéir, à moi ;
J’étais chef de bataille, ô Dieu ! ces haches là
Taillaient et retaillaient pour m’obéir, à moi :

J’ai connu la douleur d’un chef de guerre. »


«  Mais l’Enfer sera clos sur ta Prière aussi,
Et vous, Dépossédés éternels d’Espérance,
Clamerez la Prière éternellement vaine,
Clamerez la Prière éternellement folle ;

Et les hurlements fous d’éternelle souffrance,
Et les hurlements fous d’éternelle prière
Seront comme un silence au flot de la souffrance

Noyés comme un silence au flot de la souffrance :

Car ta mort éternelle est une mort vivante,
Une vie intuable, indéfaisable et folle ;
Et dans l’éternité tous les hurlements fous,
Tout le hurlement fou de souffrance et prière
Sera comme un silence… »


« Alors commencera l’étrange exil sans plage,
L’étrange exil d’absence où vous n’êtes pas là,
La savoureuse absence, et dévorante et lente
Et folle à savourer, affolante et vivante…

Je me sentirai folle à savourer l’absence
Et vivante en folie et folle à tout jamais… »


«  Mon frère, « L’Esprit souffle où il veut » ; l’Esprit souffle quand il veut ; l’Esprit souffle comme il veut ; là où est l’Esprit, là est la liberté, l’entière indépendance. »


Péguy campe une Jeanne qui pourrait être proche de cette jeune femme de l’histoire à qui sainte Marguerite, sainte Catherine et saint Michel ont ordonné de libérer la France des Anglais.
Il en montre la volonté farouche

«  Les hommes ne valent pas chers, madame jeanne ; les hommes sont impies ; les hommes sont cruels, pillards, voleurs, menteurs ; ils aiment la ripaille : c’est bien triste à dire, mais ils sont ainsi, et pendant cinquante ans que j’ai passé ma vie avec eux, mon enfant, c’est toujours ainsi que je les ai connus.
JEANNE
- Mon maître, les hommes sont comme ils sont ; mais il nous faut penser, nous, à ce qu’il faut que nous soyons. »


« Mais à présent que je serai maîtresse de moi, je vous assure, maître Jean, oui je vous assure que je ne dirai plus de mensonges, à présent !
Non ! je ne dirai pas la parole menteuse, et je ne sais pas si j’irai loin, mais je sais bien que je marcherai droit. »


Mais aussi les faiblesses, les doutes, la peur…

« J’aurais mieux fait de filer tranquille. Tant qu’il n’y aura pas eu quelqu’un pour tuer la guerre, nous serons comme les enfants qui s’amusent en bas, dans les prés, à faire des digues avec de la terre. La Meuse finit toujours par passer par-dessus. »


« Mais j’avais peur ;… j’avais peur de la partance,… peur de la bataille,… peur de la défaite,…et je crois bien de la victoire aussi ;… J’avais peur de tout ;… et d’abord j’avais peur de moi, car je me connaissais, et je savais bien qu’une fois partie j’irais jusqu’au bout ;… j’avais peur comme une bête ; et j’étais seule sous ma désobéissance, et j’étais malheureuse, et mon âme s’étouffait sous la désobéissance lourde,… et j’avais peur, j’avais peur, j’avais peur… »



C’est la dure loi de la guerre

« Mais cette piété-là, même, c’est trop beau pour que ça dure. Je connais les soldats, moi : ils sont entrés dans la dévotion parce que c’était du nouveau, parce que ça les reposait du pillage, et de ce qui s’ensuit. C’est comme le vrai carême pour les vrais gourmands. Ca va durer l’espace d’un carême… »


« Oui, ces hommes qui ne vivent que de la guerre, qui ne vivent que par la guerre, qui ne vivent que pour la guerre, qui ne respirent que la guerre, qui ne jouissent que de la guerre, et par elle, vous allez leur vanter les bienfaits de la paix ! ».


Et cette formule, dieu délivrez-nous des imbéciles, je l’appliquerais volontiers à certaines personnes de l’administration…

«- Oh ! les imbéciles ; ce sont eux qui retardent tout, ceux qui entravent tout, eux qui empêchent tout de réussir. Et très finement ils découvrent après cela qu’il y a des entreprises qui ne réussissent point, que la vie est ainsi ; et comme des docteurs, avec des airs de sage, ils veulent bien nous enseigner leur découverte, et que nous finirons bien par nous lasser, nous aussi… Mon Dieu sauvez-nous de ceux qui sont fins, sauvez-nous de ceux qui savent la vie ; mon Dieu sauvez-nous des imbéciles. »


Peut-être inattendu dans un climat semblable, il y a beaucoup d’humour chez Péguy, humour noir bien sûr dans ce contexte…

« GILLES DE RAIS
- Les Anglais n’auraient pas été furieux. Ils n’auraient pas été aussi bêtes que ça ; ils n’auraient pas commencé par tuer les femmes ; on ne peut plus s’en servir quand on les a tuées
Après réflexion
… c'est-à-dire que l’on peut encore se servir d’elles, quand elles sont mortes, seulement…
RAOUL DE GAUCOURT
… Seulement il faut laisser ça aux sorciers. Vous n’êtes pas sorcier ? monsieur de Rais.
GILLES DE RAIS
- Non messire : pas encore… »


«  Malheureusement c’est un métier qui s’en va : si vous saviez comme on en voit, à présent, des questionneurs qui gâchent la besogne, des maladroits, qui tuent les hérétiques sans que cela serve à les sauver. »


«  MAITRE FRANCOIS BRASSET
- Qu’est-ce qui fait le plus d’effet ? dans tout ça, maître Mauger
MAUGER LE PARMENTIER
- On ne peut pas dire, maître François, parce que c’est difficile à comparer… Et puis ça dépend des personnes… Enfin, avec le brodequin, la souffrance est plus pénétrante, plus entrante, plus fausse, plus faussante ; elle porte mieux au cœur ; et surtout on a mieux la force de la sentir… Avec l’eau, la souffrance est plus large, plus envahissante, plus troublante ; c’est à peu près comme de se noyer, seulement on peut respirer, après chaque fois. »


« LE PREMIER
- Oui : on dit qu’elle a voulu faire la guerre à monsieur saint Georges pour faire plaisir à saint Michel, et que c’est pour ça qu’elle est en prison.
LE DEUXIEME
- Ca ne m’étonne pas : c’est toujours comme ça, les affaires des saints. »


« - Moi, je n’aime pas voir brûler des hérétiques, parce que, quand on est du côté du vent, ça sent la graisse brûlée. »



Mots-clés : #guerre #historique #moyenage #poésie #théâtre
par ArenSor
le Dim 29 Mar 2020 - 20:21
 
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Sujet: Charles Péguy
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François Cheng

Cinq méditations sur la mort (autrement dit sur la vie)

Tag poésie sur Des Choses à lire Cinq_m10


(Même couverture qu’Ouliposuccion, mais avec intégralement visible la citation du Yi Jing ou Livre des Mutations calligraphiée par François Cheng : « La vie engendre la vie, il n’y aura pas de fin. » ; il existe une « nouvelle édition » de ces cinq méditations, mais je ne sais pas ce qui a/ aurait changé).
Se faisant « avocat de la vie » (qu’il croit sans fin), François Cheng rejette le hasard et prône une sorte de « dessein intelligent » du monde :
« Mais pour nous, le principe de vie est contenu dès le départ dans l’avènement de l’univers. Et l’esprit, qui porte ce principe, n’est pas un simple dérivé de la matière. Il participe de l’Origine, et par là de tout le processus d’apparition de la vie, qui nous frappe par sa stupéfiante complexité. »

Et c’est l’antédiluvienne quête du sens (« sensation », « direction », « signification ») de la vie…
« La vie comme aventure en devenir, pleine d’une virtualité de transformation et de métamorphose… »

Rappel utile ?
« La conscience de la mort, faisant naître en nous l’idée du sacré de la vie, confère à celle-ci toute sa valeur. »

Participant des civilisations orientale et occidentale, d’ailleurs rescapé du « tiers-monde », François Cheng fait référence au Tao, la Voie de Lao-zi, comme à Le livre de la pauvreté et de la mort, de Rainer Maria Rilke :
« Seigneur, donne à chacun sa propre mort
Qui soit vraiment issue de cette vie,
Où il trouva l’amour, un sens et sa détresse. »

Ou la mort comme le fruit de la vie…
Une autre idée, rimbaldienne, « l’éternité se trouve dans l’instant ».
Le concept d’âme revivifié, comme principe de l’unicité.
La beauté :
« Tout être, de par son unicité, tend vers la plénitude de sa présence au monde, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre. Tels sont le commencement et la définition même de la beauté. »

« Attachement-arrachement, voilà la condition de la beauté : elle aiguise notre conscience de la mort. »


Mots-clés : #poésie #spiritualité
par Tristram
le Sam 7 Mar 2020 - 19:58
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 18
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Paul Verlaine

Du recueil Sagesse, oui, j'ai tendance à le défendre, Écoutez la chanson bien douce

Spoiler:
(NB: Les poèmes du recueil sagesse ne comportent aucun titre mais un simple numéro de recueil, I, II ou III suivi de son numéro d'ordre. Celui-ci est le seizième du recueil I. En général, histoire de savoir au moins de quoi on parle, on désigne les poèmes par leur premier vers).


Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire.
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile
Qui palpite aux brises d'automne,
Cache et montre au cœur qui s'étonne
La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c'est notre vie,
Que de la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire
D’être simple sans plus attendre,
Et de noces d’or et du tendre
Bonheur d’une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame
Allez, rien n'est meilleur à l'âme
Que de faire une âme moins triste !

Elle est en peine et de passage
L'âme qui souffre sans colère,
Et comme sa morale est claire !...
Écoutez la chanson bien sage.


Une superbe composition pour piano de Nadia Boulanger en 1905, ici interprétée par une soprano (un ténor, à mon humble avis, correspond mieux au chant de ces vers):

(Léo Ferré, mais je crois aussi Rita Mitsouko, s'étaient aussi essayés à transcrire cette chanson bien douce...en chanson.)

Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Ven 6 Mar 2020 - 15:17
 
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Sujet: Paul Verlaine
Réponses: 28
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James Joyce

Giacomo Joyce

Tag poésie sur Des Choses à lire Giacom10
Éditions Multiple, 2013, traduction de Georgina Tacou - la première version traduite, par André du Bouchet en personne en 1973, est épuisée et ardue à trouver. Non daté, sans doute écrit entre 1905 et 1920, lorsque Joyce séjourna longuement à Trieste, première publication intégrale en langue originale: post-mortem en 1968. Une douzaine de pages environ.


Texte en langue originale ici.

Giacomo est bien sûr la traduction de James en italien, mais c'est aussi, à ce qu'il paraît et merci la postface de Yannick Haenel, une désignation, en italien, pour quelqu'un qui en fait trop dans sa cour amoureuse.


En un mot il s'agit d'un désir amoureux pour une de ses élèves, Amalia Popper. Les pages traduisent un crescendo palpable de l'auto-échauffement amoureux, son rendu littéraire et Joycien...

Le mécanisme du désir est bien sûr fouillé, ponctué de descriptions qui, si elles ne constituent pas de l'érotisme à proprement parler, ont valeur suggestive et poétique avancée, c'est un des nombreux charmes de ces quelques pages, voyez par exemple (euh...par pure prétention pédante j'ai substitué ma propre trad' à celle proposée par l'édition: ne pas taper  Tag poésie sur Des Choses à lire 1038959943 ) :

Again. No more. Dark love, dark longing. No more. Darkness.

Twilight. Crossin the piazza. grey eve lowering on wide sagegreen pasturelands, sheddin silently dusk and dew. She follows her mother with ungainly grace, the mare leading her filly foal. Grey twilight moulds softly the slim and shapely haunches, the meek supple tendonous neck, the fine-boned skull. Eve, peace, the dusk of wonder.......


À nouveau. Plus jamais. Amour illicite, noir désir. Jamais plus. Noirceur.

Crépuscule. À travers la piazza. aube grise s'atténuant en vastes pâturages vert-sauge, se débarrassant en silence de la brunante et de la rosée. Elle suit sa mère avec une élégance disgracieuse, jument conduisant sa pouliche. Le crépuscule gris moule en douceur les hanches minces et galbées, le doux souple et tendineux cou, la délicate boîte crânienne. Soir, paix, le crépuscule du questionnement......
   






Mots-clés : #amour #humour #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Mer 4 Mar 2020 - 15:21
 
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Sujet: James Joyce
Réponses: 42
Vues: 1947

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