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44 résultats trouvés pour premiereguerre

William Faulkner

Quand nous en étions à évoquer les livres ayant trait à la guerre de 14-18, nous avions omis celui-ci:

Parabole

Roman, publié en 1954, 620 pages environ, titre original: A Fable.
Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 A_fabl10
Un exemplaire de l'édition originale.

Long pavé, de lecture qu'on ne qualifiera pas d'aisée, écrit avec cette encre caractéristique de l'auteur et presque paradoxale, en effet elle cascade, agile et libre, telle un torrent, sans en avoir toutefois la limpidité, étant en même temps une encre épaisse et trouble telle un fond de bayou si boueux qu'il est de consistance aussi solide que liquide.

Mais quelle langue, quelle hauteur de vue, Faulkner nous régale d'un livre malaisé d'accès, qui a tombé et tombera sans doute de bien des mains par son exigence, pour le reste il est assez crucial, pour ma part c'est une lecture d'importance, en dépit de la crainte d'être passé à côté d'une partie sans doute non négligeable de ce riche ouvrage.  

Quelques dérangeantes curiosités formelles n'aident pas à la navigation dans ces pages, la plus pénalisante pour le lecteur (francophone ? je ne sais pas si elle est due à la traduction), est qu'on n'identifie pas toujours très clairement, en tous cas du premier coup, quel est le "il" dont on parle, et qui peut être l'un ou l'autre des protagonistes du chapitre.

Cette Parabole constitue sûrement une tentative très ambitieuse de la part de l'auteur, et plutôt risquée, casse-figure, si l'on considère qu'au moment de parution, Faulkner était à peu près au faîte de sa carrière et de sa notoriété.  
Au reste, il y travailla de décembre 1944 à novembre 1953, lui qui boucla pourtant certains de ses chefs-d'œuvre en six mois à peine.

Truffée de référents (plutôt que de références) bibliques, surtout néo-testamentaires, Parabole est l'histoire d'une tentation, le tentateur étant un maître du monde valant antéchrist, et le tenté, le rédempteur si l'on veut, un caporal engagé dans le conflit.

Faulkner emmêle les pistes quant aux passés des protagonistes, passe sous silence des pans entiers par suggestions, mais s'attache à des détails annexes. De longues tirades, monologues, émaillent le propos, même là où l'on attend plutôt des dialogues.

La démonstration parabolique, chacun peut bien entendu se risquer à l'interprétation ou au simple commentaire, est attendue, disons mieux supputée, depuis cent cinquante pages environ: peu sont ceux qui s'appuieront ces 620 pages dans l'attente du suspense final -tant mieux, qui sait si quelques lecteurs réduiraient le livre à cela, sinon ?  

Il est curieux de constater que les deux personnages principaux semblent désincarnés, tandis que décors, comme situations, comme personnages secondaires sont extrêmement tramés, fouillés.  

Bien sûr Faulkner n'oublie pas de parler de ce qu'il connaît, et là, il excelle comme jamais et fait ronronner d'aise tout amateur de littérature, ainsi l'aviation militaire de l'époque (il s'engagea dans l'aviation canadienne durant la Première Guerre mondiale, mais l'armistice de 1918 fut signé avant qu'il n'ait pu faire son premier vol), bien sûr "son" Sud de l'Amérique US du début XXème.

Mais aussi la France d'alors, qu'il sait camper avec altitude et justesse: se souvient-on qu'il vécut à Paris, et entreprit une tournée de certains d'entre les champs de bataille français (Rouen, Amiens, Compiègne, Dieppe), dans les années 1920 ?

Une fois le livre refermé, je méditais cet extrait de son discours de réception du Nobel de littérature, qui me semblait particulièrement bien convenir à cet ouvrage-là, bien que Parabole ne soit à l'évidence pas le seul dans ce cas:  

[le jeune écrivain] doit réapprendre [les problèmes du cœur de l’homme en conflit avec lui-même…] Tant qu’il ne le fera pas, son labeur sera maudit. Il ne parlera pas d’amour mais de désirs, de défaites où jamais l’on ne perd rien qui vaille, de victoires sans espoir et, pis que tout, sans pitié ni compassion. Sa peine devant la mort n’aura rien d‘universel, ne laissera nulle cicatrice. Il ne parlera pas du cœur, mais des glandes. Tant qu’il n’aura pas réappris cela, il écrira comme s’il avait devant lui et observait la fin de l’homme. Pour moi, je refuse d’accepter la fin de l’homme.  


Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Faulkn10
Faulkner avec le jockey-vedette Eddie Arcaro, mai 1955, alors qu'il couvre le Kentucky Derby d'Oxford pour Sports Illustrated.
Il est question d'une édition très antérieure de cette course dans Parabole.


mots-clés : #guerre #premiereguerre
par Aventin
le Mar 5 Sep - 20:21
 
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Sujet: William Faulkner
Réponses: 97
Vues: 8790

John Dos Passos

J'avais moins trouvé mon rythme dans le suivant. Ils ont eu une jolie couverture les espagnols non ? Je l'ai lu en vf (je ne lis ni ne parle l'espagnol) mais comme elle est jolie j'empreinte :

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 51yqww10

1919

Je pourrais faire quasiment le même commentaire que pour 42e parallèle tant pour la forme que pour la facilité de lecture. Même alternance de personnages et d'actualités et de souvenirs. Mais on change de personnages pour traverser la première guerre mondiale.

Marine, croix rouge, journalisme. Le point de vue reste américain et évite assez soigneusement le pire du conflit dont les horreurs du front restent comme un lointain placage. A cette guerre s'oppose la teneur des récits qui ont pour la plupart comme objet les errances sentimentales des personnages... ou leurs laborieux parcours professionnels, ça dépend un peu des moyens qu'on a au départ pour aborder la vie.

C'est l'autre opposition du livre, cette différence des parcours, avec en autre toile de fond la répression des mouvements ouvriers et les espoirs déçus de révolte de part le monde. Mais même cette partie là finalement reste en "rappel historique" (cruel).

La guerre elle-même prend des allures de récréation entre Paris et l'Italie. Désespérée et très alcoolisée d'un côté, mondaine d'un autre et comme si les espérances et les idéaux venaient fondre, se dissoudre, dans ce moment historique. Un moment qui voit se révéler un visage d'ambitions et d'opportunités économiques et politiques : profits de l'économie de guerre, partages de gâteaux, etc.

Facile à lire quoiqu'un peu répétitif, possibles mous dans la traductions aussi (Quarto), provoquant un certain malaise par son ambiance discrète mais très particulière, c'est finalement un drôle de truc. Un drôle de truc dont il ne faut pas non plus exclure la part d'autobiographie et de souvenirs intimement mêlée à cette vision dure de l'histoire.

Un parfum de défaite dans la célébration.

(récup' again).


mots-clés : #social #premiereguerre
par animal
le Dim 6 Aoû - 22:26
 
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Sujet: John Dos Passos
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Fonclare Guillaume de

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Dans_m10

Guillaume de Fonclare : Dans ma peau. - Stock


"Mon corps est un carcan ; je suis prisonnier d'une gangue de chairs et d'os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m'écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d'identiques rengaines ; je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j'aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le poids d'un corps devenu trop lourd. Je ne suis plus qu'un homme mal assis qui songe sans fin, et si j'ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint. G.F."



Si la vie est un combat truqué et perdu d'avance, il nous laisse quand même des plages d'espoir et de plaisirs.
Dans le cas de Guillaume de Fonclare, les souffrances d'une maladie dégénérative, sans cesse présentes, sans cesses renouvelées, ne lui accordent aucun répit.
Ni les illusions vitales dont nous avons tous tellement besoin.
La mort est un non évènement inconnaissable même si universel.
Et que nous essayons d' oublier en espérant que ce sera réciproque.
Enfin peut être...

La vie de Fonclare fut étroitement associée à la mort.
A la tête de l'Historial de la Grande Guerre, il méditait sur tous ces morts, horriblement mutilés. Voués à l'oubli et à l'anonymat la plupart du temps.
Et si inutilement sacrifiés par des officiers et des politiques absolument privés de sensibilité et de sens stratégique.
Cette relation avec les morts fut interrompue par la maladie et contre le gré de l' auteur.

Ce livre est la méditation d' n être souffrant mais encore vivant et attaché à cette vie précaire qui lui est octroyée et avec laquelle il devra compter.
En ignorant quel sera le terme. Et quand.

Tout commentaire de ce livre serait inutile et redondant. il suffit de le citer.



mots-clés : #premiereguerre #pathologie
par bix_229
le Jeu 6 Juil - 21:05
 
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Sujet: Fonclare Guillaume de
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Hélène Gestern

L'odeur de la forêt

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Image138

Le fait que les gens résident outre-tombe ne les rend pas forcément inoffensifs.


Héléne Gestern réussit avec brio, intelligence et sensibilité le pari d'un livre  énorme (700 pages bien denses) qui mêle histoire intime, romanesque  et recherche historique.

Son héroïne, historienne chercheuse spécialisée dans la phottographie, hérite par donation d'un corpus de lettres et de photographies , œuvre d'un soldat de la Grande Guerre. Celles-ci ont une valeur inestimable, d'une part parce qu’elles sont adressées à un éminent écrivain de l'époque sur lequel persistent de nombreuses interrogations, mais encore plus  par leur propos-même : à côté du témoignage du quotidien du poilu, émerge peu à peu un dossier à charge contre les horreurs et absurdités de cette guerre-boucherie, qui mène des fournées entières de soldats à une mort certaine pour un but dérisoire. Les découvertes s'ajoutant aux révélations, peu à peu la recherche, sans perdre son objectif, prend de l'ampleur, s'étend à toute une famille (passions, amours et rébellion) et  s'ouvre sur la guerre suivante.

A cet aspect historique, l'auteur mêle habilement le récit intime de son expérience propre (elle sort d'un deuil éprouvant et ce travail lui permet de reprendre confiance en la vie) avec les destins croisés des personnages dans un récit si haletant qu'il emprunte aux meilleurs polars : énigmes à tiroirs, preuves manquantes, rivalités de chercheurs, messages codés, fausses pistes constituent les étapes de  cette investigation passionnée. Ce n'est pas le moindre intérêt du livre que de donner à voir le travail  de chercheurs dont on découvre l'ambition comme l'humilité, les intuitions et les errances au fil des pages. Les personnages, subtils et attachants, s'incarnent dans ces périodes dont le tragique distord les destins, ceux des hommes partis au combat, de ceux qui restent à attendre, et de ceux qui leur survivront.

Une écriture inspirée, une belle habileté à croiser les destinées et les ramifications de son histoire, une sensibilité à fleur de peau, Hélène Gestern, petite cousine d'Anne-Marie Garat, interroge sur le destin du siècle, le rôle des images, l'impact des morts sur l'existence des vivants, et la nécessité d'affronter ses démons et d'entretenir le souvenir.


mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Dim 18 Juin - 21:02
 
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Sujet: Hélène Gestern
Réponses: 9
Vues: 671

Joe Sacco

La grande guerre - Le premier jour de la bataille de la Somme

  Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 112 Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 212


 
wikipedia a écrit: Bataille de la Somme
   Date : du 1er juillet au 18 novembre 1916
   Lieu : Somme (fleuve), Picardie, France
   Issue : Indécise (retraite tactique allemande de 64 km)
   (...)
   Pertes :    420 000 Britanniques (213 000 blessés et 206 000 morts ou disparus)
                203 000 Français (136 000 blessés et 67 000 morts ou disparus)
                437 000 Allemands (au minimum)(dont 170 000 tués)


   La Bataille de la Somme désigne une confrontation opposant les Britanniques et les Français aux Allemands en 1916 lors de la Première Guerre mondiale, dont ce fut l'une des batailles les plus sanglantes.

   Conçue en décembre 1915, par Joffre, commandant en chef des armées françaises, l'offensive de la Somme dut être amendée du fait du déclenchement de la Bataille de Verdun, le 21 février 1916. Foch fut chargé par Joffre de sa mise en œuvre. Les Français, qui devaient fournir l'effort principal, durent le confier aux Britanniques.

   C'est la première offensive conjointe franco-anglaise. Les forces britanniques lancèrent là leur première opération d’envergure, et tentèrent avec les troupes françaises de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume du côté allemand.

   Il s'agit de l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus.

   La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, fut, pour l'armée britannique, une véritable catastrophe, avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 morts. La bataille prit fin le 18 novembre 19163.

   Le Bilan de cette bataille fut, sur le plan militaire, peu convainquant. Les gains de territoires pour les Alliés furent modestes, une douzaine de kilomètres vers l'est tout au plus, le front ne fut pas percé. Les combats usèrent les adversaires, sans vainqueurs ni vaincus.

   (...)

   La mémoire collective des Français n'a pas gardé trace de la Bataille de la Somme tandis que celle-ci tient une large place dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais. Le 1er juillet est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme de même que l'ANZAC Day, le 25 avril.
   (...)

   [Une] préparation d'artillerie [eut lieu pendant la semaine précédent l'attaque]

   L'artillerie, y compris des canons à longue portée sur voie ferrée de 380 et 400 mm, atteignit des sommets de puissance destructrice.

   Ayant la maîtrise du ciel, les Alliés détruisirent les Drachen allemands. Les Britanniques disposent de 185 appareils chargés de patrouiller et de bombarder, les Français en ont 215 et les Allemands seulement 129.

   La préparation d'artillerie, initialement prévue pour cinq jours, débute le 24 juin par des tirs de réglage et de destruction. Elle s'intensifie à partir du 26 par un bombardement général et continu des lignes allemandes. En une semaine, l'artillerie britannique tire 1 732 873 coups. Les tranchées allemandes des premières lignes sont presque totalement détruites, mais les abris souterrains sont intacts.

   Le 28, l'offensive est reportée de 48 heures à cause du mauvais temps. Il tombe les premiers jours une moyenne de cinq obus pour chaque soldat allemand.

   L'échec britannique du 1er juillet 1916

   Le 1er juillet au matin, c'est par un beau temps et clair que commence le bombardement final des alliés. À partir de 6 h 25, les tirs d'artillerie atteignent une cadence de 3 500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu'il est perçu jusqu'en Angleterre.
   Jeune soldat allemand engagé dans la bataille de la Somme, photo de 1916

   À 7 h 30, au coup de sifflet, l'infanterie britannique franchit les parapets baïonnette au canon et part à l'assaut des tranchées adverses. Les hommes sont lourdement chargés avec plus de 30 kg d'équipement. Ordre avait été donné aux hommes de ne pas courir. En fait, le commandement anglais craignait que les troupes ne perdissent le contact en courant et en se dispersant. Persuadé que les défenses allemandes avaient été anéanties par les tirs d'artillerie, il exigea que les hommes avancent au pas.

   Les Allemands les accueillirent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchèrent en masse. Les officiers étaient facilement repérables et furent particulièrement visés. On estime à 30 000 le nombre des victimes (tués et blessés) dans les six premières minutes de la bataille . Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas.

   À midi, l’état-major britannique annula l'ordre de marcher au pas, et retint les vagues d’assaut suivantes. Lorsque les Britanniques parvinrent aux tranchées allemandes, ils furent trop peu nombreux pour résister à une contre-attaque.

   De leur côté, les Français atteignirent tous leurs objectifs et ne purent progresser davantage du fait, en autre, de l'échec britannique.


      Voilà ce que nous raconte Joe Sacco, journaliste et illustrateur plus habitué aux conflits contemporains, dans une fresque de 7 mètres de long, présentée sous la forme d'un leporello. Illustration à la précision obsédante, aux détails scrupuleux, grâce à un vaste travail d'investigations (lectures diverses, rencontre avec des historiens , collecte de quelques 700 photos dans les archives britanniques) puis huit mois accroché à sa planche à dessin, avec comme référence première la Tapisserie de Bayeux .

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 311

Tout est dans le détail : la moindre arme, le moindre équipement sont le reflet méticuleux de la réalité. Mais tout est aussi dans la vue d'ensemble, ce fourmillement de Tommies donne une vue particulièrement impressionnante de l'ampleur des combats, du nombre des hommes engagés, des blessés et des morts, de la petitesse de l'homme face à la grande machine guerrière. De la vanité et de l'épouvante de tout cela, en fait.

Pas un mot sur le dessin lui-même - cette affaire se passe de commentaires, mais un livret explicatif d'accompagnement – les légendes donnent de l'ampleur à l’illustration, permettent d'approfondir la compréhension.

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 411

Magnifique témoin d'une mémoire centenaire qui se refuse de s'éteindre, objet éditorial impressionnant de beauté et d'invention, parole d'un homme face à l’horreur, tout cela fait de ce livre un objet assez unique, à regarder , poser puis reprendre.

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 510

Commentaire récupéré

mots-clés : #bd #premiereguerre
par topocl
le Ven 9 Juin - 16:34
 
Rechercher dans: Bande dessinée et littérature illustrée
Sujet: Joe Sacco
Réponses: 1
Vues: 699

Alice Ferney

Dans la guerre

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C'est , une fois de plus me direz-vous , un récit de la Grande Guerre, sur le front et à l'arrière, de la mobilisation à l'armistice, auquel n'échappe ni l'horreur, ni l'absurde.

Alice Ferney y glisse son univers propre, fait de l'amour salvateur, de la transmission générationnelle, de l'amour des mots comme des silences. Elle instille à chaque personnage un désir profond d'humanité, un sens du devoir qui n'exclut pas la critique, un besoin de bonté face à l'infortune du destin, l'amour de la terre plus que de la patrie. Elle accompagne chaque personnage, homme ou bête, dans sa douloureuse quête d'un chemin. Ses héros sont humbles et respectueux, ce sont des purs.  Dans un style dont la beauté prend aux tripes, elle partage leur intimité la plus profonde. Son  livre  ne masque pas une atrocité mais, au sien de cet effroyable gâchis, donne paradoxalement comme une impression de paix et d'espoir . On y trouve des raisons de croire en l'homme, en la femme, en leur chien et en l’enfant à naître.

Un livre que l'on conseillerait presque à ceux - ou celles - qui doutent de la littérature française d'aujourd'hui.



mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Mer 22 Mar - 12:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alice Ferney
Réponses: 22
Vues: 1497

Dorison

Le Chant du cygne 1-2

dessin : Babouche
scénario : Dorison - Herzet

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Babouc15  Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Babouc16

Résumé éditeur : Avril 1917. Alors qu'ils reviennent d'une offensive aussi vaine que meurtrière sur le Chemin des Dames, les survivants de la section du lieutenant Katzinski rencontrent un soldat qui leur confie une pétition signée par des milliers de poilus. Il y a là de quoi renverser le gouvernement pour en finir, enfin, avec les boucheries inutiles. Seulement, pour ça, il faut aller à l'Assemblée nationale... Et jusqu'à Paris, le chemin promet d'être long.

Franchement, je me suis laissée complètement surprendre par l'histoire et l'atmosphère de cette BD. J'ai retrouvé l'ambiance débraillée et jargonneuse de Cendrars et Barbusse, les poils des poilus, les relations parfois simples parfois compliquées avec la hiérarchie militaire, la rébellion des uns, la peur des autres, la bouffe qui arrive froide, les feuillées (tinette), l'ambiance arrosée de gros rouge et d'envoi au casse-pipe. Les soldats sont croqués avec des 'tronches' bien éloquentes qui permettent de les différencier immédiatement. Il y a le sergent Sabiane, le fort des Halles, rouquin et grande gueule, vers lequel tout le monde se tourne quand il faut prendre une décision. Il y a le bleu appelé 'la science' qui finit par convaincre les autres de sa témérité. Et puis, le lieutenant Katz dont l'honneur va être mis à l'épreuve par ses hommes : doit-il les suivre jusqu'au bout, lui qui n'en peut plus d'écrire des lettres annonçant aux familles la mort de leurs soldats ou va-t-il choisir le clan des officiers, abrutis, illégitimes, sanguinaires ?

Il faut ajouter à ce très bon scénario, un coup de crayon presque humoristique dans certaines outrances et un recours à l'aquarelle qui rend l'ensemble à la fois particulièrement beau, élégant, automnal et nostalgique. Babouche vient de l'animation et on retrouve dans son trait le plaisir du mouvement, l'attention portée aux arrière-plans pour dynamiser la case et une espèce de fraîcheur zébulonne (parfois même un peu brouillonne) qui prête à sourire et étonne par sa liberté. Quant à l'arrivée du Puzzle, une espèce d'officier rapiécé de partout et totalement mégalomane, elle donne une parfaite intensité à une BD qui se lit avec un immense plaisir.


Totalement séduite, je suis !  

Deux pages :

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Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Babouc13



mots-clés : #bd #premiereguerre
par shanidar
le Mar 21 Fév - 15:09
 
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Sujet: Dorison
Réponses: 6
Vues: 718

Jil Silberstein

Les voix de Iaşi

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Jil Silberstein s'offre le luxe de nous proposer un énorme pavé (700 pages fort denses, quand même), une somme impressionnante de données historiques, sur un sujet des plus austères, et d'y mettre suffisamment d'enthousiasme, d'exhaustivité, de passion et d'humour pour qu'on y adhère sans sourciller.

C'est très tardivement qu'il apprend  que son grand-père Guillaume avait émigré en France, de Iaşi en Roumanie , fuyant l'antisémitisme dans les années 20. Celui-ci échappa ainsi, contrairement à d'autres membres de sa famille, au pogrom pratiqué le 27 juin 41 : 8000 morts, 5000 déportés dont de nombreux vont décéder.

Jil Silberstein n'est pas du genre à en rester là. Certes, il veut retrouver sa famille, mais aussi tout  saisir. Il dévore toute une bibliographie des plus pointues, navigue sur Internet, rencontre en Roumanie des témoins, des survivants, des universitaires, des érudits. Pour lui, savoir, c'est tout comprendre :  le pogrom, l'antisémitisme, l'histoire des juifs de Roumanie dans son ensemble, et à travers elle, l' histoire de la Roumanie. Leur recrutement par les princes moldaves, le caractère indispensable qu'ils ont pris dans la société, les humiliations et discriminations qu'ils ont subies, montant en puissance au fil des régimes et des partenariats. On a droit ainsi au passage à toute l'histoire de la Roumanie, depuis les princes moldaves, l'influence ou l’ingérence de la Sublime Porte, de la Russie, de l'Autriche-Hongrie,  l'horreur nazie et l'oppression communiste. Une communauté de 40 000 juifs à son apogée, qui n'en laisse aujourd'hui que 300.

Cela semble beaucoup pour un seul livre, c'est beaucoup en effet, dans cet ouvrage d'une érudition impressionnante, qui vise à une certaine exhaustivité. Il cite ses sources, ne lâche sur aucun détail, chaque omission serait une insulte aux Juifs qui l'ont vécu.. Cette somme d'informations ferait presque trop,  si Jil Silberstein ne prenait pas le soin de se mettre en scène dans son travail de recherche, nous faisant partager ses enthousiasmes, ses errances, la satisfaction des découverte, les émotions devant l'horreur. Tout cela avec un humour tout à fait particulier qui le fait s'adresser à son lecteur et à lui-même, bousculé dans son humanité. Au passage, il dresse des portraits, raconte les histoires individuelles, rapporte tel récit : on lit  cette histoire à travers les tripes de ceux qui l'ont vécue.

C'est donc une lecture tout à fait passionnante, pleine d'enseignements indispensables, dont les quelques longueurs sont très vite oubliées, une belle aventure historique et littéraire.

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 300px-10   Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Ooo_yi10

(commentaire récupéré)


mots-clés : #premiereguerre #historique
par topocl
le Sam 7 Jan - 10:24
 
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Sujet: Jil Silberstein
Réponses: 1
Vues: 566

Pierre Lemaitre

Au revoir, là-haut

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 97822511

Comment ça s’est passé, au retour de la Grande Guerre ? Comment certains ont-ils largement profité et abusé de la situation ?

Ça se lit très bien, Au revoir là-haut, quand on reste au premier degré. .Pierre Lemaître a un vrai talent pour combiner un récit, enchaîner les rebondissements, donner une vision des scènes très cinématographique, concocter des dialogues aux petits oignons et empaqueter cela avec humour, tirer un parti brillant de quelques idées géniales (les masques, la dernière scène). Mais j’ai rarement vu un livre réunir autant de qualités et de défauts.

Au départ, je n'aime pas le style. Ce côté badin, qui recherche la familiarité, frise parfois la gouaille et le  truculent, et fait parfois penser à Audiard comme l’a dit Tarversay, avec cette perpétuelle recherche de la jolie formule et de la répartie idéale. J’assume mon sectarisme : c'est tout ce que je n'aime pas dans certains  polars, ce qui fait feuilleton  ou film comique plutôt que roman. Mais je vous l’accorde, c'est totalement épidermique et je reconnais que c'est un sacré travail , et que, quand on aime le genre, ça doit être assez excellent.

Ensuite, je n'ai pas beaucoup aimé me sentir manipuler. Déjà me sentir trompée au profit de l’effet de surprise. Annoncer qu'un personnage est mort alors qu'il n'en est rien, non pas parce que les témoins le croient puisqu'il n'y a pas de témoins, mais simplement parce qu'on veut induire le lecteur en erreur ; ne délivrer qu’au bout de 3 pages l’identité du beau-père d’Henri d’Aulnay-Pradelle, alors que tous les personnages qui participent à la scène le connaissent. Mais surtout le côté manipulateur est évident quand on constate l'amalgame de situations fictionnelles et historiques, qui empêche le lecteur de conserver une objectivité, d'avoir foi en ce qu’il lit, de reconnaître le vrai du faux. Ça fait une bien jolie histoire, mais vis-à-vis de l'Histoire, c'est plutôt malhonnête.

Le fait des coïncidences, de faire assumer par 3 ou 4 personnes les rôles qui, dans la vraie vie, devraient être assumés par une dizaine, d’amalgamer les situations, dans le souhait de faire un récit percutant, est la clé de toute l’histoire, et va bien avec le manque total de nuances des caractères qu'on pourrait qualifier de taillés à la serpe pour éviter de dire qu'ils tombent dans la caricature. Les odieux sont bien odieux (et riches en général), le gentil dégourdi, mais finalement benêt, perpétuellement débordé par la situation, reste un gentil benêt qui ne sait pas dire stop. Entre le comique de situation et les caractères archétypaux, les amateurs de vaudeville seront à leur affaire.

Je passe rapidement sur les quelques erreurs médicales, j’en ai l’habitude (des côtes cassées qui ne font plus mal quelques heures après, le bol alimentaire qu'on incère dans la trachée) et sur l'anachronisme de la page 326 (en 1919 Merlin parle d'une loi de 1920)


Malgré tout cela je suis arrivée à lire le livre jusqu’au bout, avec une certaine irritation allant rétrospectivement jusqu'au malaise, mais malgré tout, dans des moments assez fréquents, avec un profond plaisir. C’est sans doute que Pierre Lemaître a un réel talent à la base. Je l’ ai dit, ma réaction est assez épidermique, et je ne pense pas qu’elle doive suffire à décourager quiconque aurait été tenté par ce livre, qui saura plaire par son côté historique très documenté (mais prudence), son caractère enjoué, un petit côté donneur de leçons, un humour qui plaira à certains et la richesse des ingrédients qu'on y trouve.

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mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Ven 30 Déc - 10:22
 
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Sujet: Pierre Lemaitre
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Jérome Garcin

Bleus horizons

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 51pziv10
 
 Pourquoi suis-je incapable de lire autre chose que ce à quoi tout, dans ma vie, me renvoie ?



Jérôme Garcin mène de front deux destins, celui de Jean de La Ville de Mirmont, jeune écrivain fauché dans sa 28e année au 2e mois de la Grande Guerre, et celui de son ami fictif Louis Gémon, qui a partagé les mêmes tranchées, mais, lui, a survécu, modestement blessé. Il voue désormais son existence à rendre hommage et justice au jeune homme qu'il croit avoir trahi en lui survivant. Louis bafoue ses propres rêves d’écriture, de voyage et de liberté pour récolter scrupuleusement la moindre information, rencontrer ceux qui l’ont côtoyé, rétablir sa mémoire, publier ses écrits. On  croise ainsi au fil du livre  de savoureux portraits de Gabriel Fauré, François Mauriac, Bernard Grasset… Et de passe-temps d'un homme qui se reconstruit, cette quête sans fin du souvenir devient l'enfermement d’un homme meurtri, "archéologue névrotique appliqué à dépoussiérer une statue de sable fin ou une momie qui se décomposerait au grand jour".

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 10386910

Il s'agit donc bien plus que de la biographie romancée  de Jean de La Ville de Mirmont. Jérôme Garcin, bien sûr, dénonce la guerre qui a coupé  en route son destin prometteur. Mais son propos ne se limite pas à cela. Peu à peu émerge le sens profond du livre, et le reposant, le lecteur s’interroge. Survivant, ce garçon « resté à quai » aurait-il dépassé le traumatisme des tranchées ? Son image n’a t’elle pas été sublimée par sa mort prématurée ? Aurait-il répondu aux attentes de ses amis et aux siennes propres, écrit les livres qu’ils attendaient, lâché les freins qui l’entravaient et l’empêchaient de concrétiser ses rêves d’aventure ?  N’aurait-il pas, finalement, eu une destinée aussi décevante et improductive que son ami ?

Et quoi de plus intéressant qu’un livre qui commence mine de rien et finit par interroger son lecteur ?


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mots-clés : #creationartistique #premiereguerre
par topocl
le Mer 28 Déc - 9:06
 
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Sujet: Jérome Garcin
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Timothy Findley

Guerres

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Index810

   «  Qu'on nous pardonne, j'en doute. Mais j'espère qu'on se souviendra que nous étions des êtres humains. »



A force de lire des livres sur la guerre, j'attends maintenant un petit plus, le lyrisme de Giono, l’œil cru et mordant de Cruchaudet, l'universalisme de William March... Thimothy Findley a bien conscience de la difficulté d'écrire, en 1977 , « encore » un roman sur la Grande Guerre. Il cherche sans doute à transmettre un message plus universel, puisque son livre s'intitule The Wars, avec un s.

Il se présente comme l'archiviste au travail sur le personnage de Robert Ross, un jeune Canadien parti en 1915, et s'appuie sur  des photos, des lettres , des témoignages. C'est une bonne idée, j'aime toujours beaucoup ce genre de démarche, de recul rétrospectif sur des événements, des hommes qui nous ont faits ce que nous sommes. On ne sait d'ailleurs pas si Robert Ross a existé ou si tout est fiction, et c'est sans importance. Malheureusement, Thimothy Findley abandonne souvent en cours de route ce positionnement, parlant d'un procès  en abandonnant toute idée de s'appuyer sur ses comptes-rendus, et il revient souvent au roman plus traditionnel, bouchant les trous biographiques, pour essayer de tout décrire dans un récit ui redevient classique..  

Tout décrire, il y a donc beaucoup de choses dans ce livres - un peu trop peut-être, qui auraient gagné à être creusées - , les traditionnelles (la boue , l'enfer des bombardement et du combat, la camaraderie, l’hôpital à l'arrière. et même l'inévitable scène de bordel où on finit par se demander s'il y a eu un seul jeune soldat, confronté, force de guerre, à sa première jeune prostituée, qui soit jamais arrivé à passer à l'acte... ) ; d'autres  plus singulières, notamment la traversée de l'Atlantique, le personnage de la mère qui sombre dans l'alcoolisme, et le rapport aux animaux, les chevaux et les autres, qui est un des leitmotivs nous emmenant vers le final.

J'ai regretté que, si on ne lâche pas au fil des pages le personnage de Robert Ross, si on suit la moindre de ses actions, il n'ait finalement guère d'épaisseur, ce n’est jamais qu'un bon garçon. Mais finalement, tous les gars embarqué dans cette guerre n'étaient pas obligés d'avoir une forte personnalité, il a peut-être raison. Seules  les  20 dernières pages, annoncées par le prologue, donnent enfin sa singularité au livre comme au personnage, dans un final hallucinant, qui, une fois de plus, nous montre ce que la guerre a fait de nos « bons garçons ».

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mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Mar 27 Déc - 10:25
 
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Erich Maria Remarque

Après

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Remarq10

C'est le livre du retour. La guerre s'achève sur des tirs sporadiques, bientôt il faut quitter les abominables tranchées, laisser les morts et les compagnons de route pour reprendre 'sa' vie. Mais ce retour est-il possible ? Est-il pensable, envisageable ?

Car ceux qui rentrent sont des soldats, des combattants, des tueurs, ce ne sont plus des frères, des fils, des maris ou des pères, ce sont des hommes perdus, des hommes qui n'ont plus de place dans la société civile, ou une place si petite, si infime, si oublieuse de leurs actions passées qu'elle les détruit plus sûrement qu'un obus.

Alors, ils se réfugient dans la caserne, se cherchant les uns les autres, se retrouvant avec chaleur, incapables d'oublier les tranchées, de se défaire de la solidarité, du compagnonnage d'alors, incapable de reprendre pieds (quand ils en ont encore) dans une vie qui n'est plus à eux, qui ne leur donne aucune place, qui ne leur reconnaît que l'affront de la défaite, des poux et des massacres.

Alors que les premières barricades envahissent la ville, que les premières grèves éclatent, que les tirs sporadiques reprennent, les autorités demandent à ces hommes, ces anciens soldats, anciens étudiants, de reprendre leur place au sein de leurs écoles, d'étudier à nouveaux comme si la guerre n'avait pas eu lieu, comme si la mort ne les avait pas frôlés, endeuillés, comme si la faim, le froid, la peur ne les avaient jamais étreints, mortifiés, meurtris. Faire comme si… ils en sont incapables, comme ils sont incapables de retrouver les gestes d'avant, les gestes des temps de paix, l'insouciance et l'oubli.

C'est de cette incapacité, de ce désespoir dont il est question dans ce livre, récit fidèle d'un retour impossible, d'une réinsertion manquée, de retrouvailles sans goût, sans plaisir, sans désir et de tous ces soldats allemands qui en 1918, libérés de l'armée se mettent à errer, sans attaches, sans travail et sans reconnaissance, grappillant ici ou là de quoi manger, devenant fous, tirant dans le tas, se rebellant ou se tuant. Incapables de se reconstruire dans un monde qui les ignore, que reste-t-il pour eux du monde ? A part un violent sentiment d'injustice.

D'autant plus que la leçon apprise par le narrateur (Ernst) et ses compagnons est amère car l'habit fait le moine et la situation sociale de chacun renvoie les anciens compagnons dos à dos. Même la fraternité des combats s'estompe au retour du civil et l'uniforme qui uniformisait, lissait les différences et permettait même à celui en bas de l'échelle sociale de gagner quelques galons s'étiole. Ce nivellement n'est plus de mise une fois la guerre finie et le petit entrepreneur, soldat sans courage, redevient celui à qui l'argent sourit et que le statut grandit. Jusqu'à ce que d'anciens soldats tirent sur la foule et sur ceux avec qui ils avaient combattus.


mots-clés : #premiereguerre
par shanidar
le Mer 14 Déc - 14:39
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Erich Maria Remarque

A l'Ouest rien de nouveau

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Remarq11

Au moment où la guerre est déclarée, ils sont une poignée de très jeunes hommes à se porter volontaires et à vivre et mourir dans les tranchées d'une guerre dont peu à peu la logique s'effrite. Fiers de leur engagement, les morts successives annihilent lentement toute velléité de combattre et les gestes se font dans l'automatisme d'une vie (sa vie) à sauver.

Le quotidien du soldat est décrit au jour le jour, avec toujours les mêmes angoisses : celle de ne pas manger à sa faim, celle d'être tué, sans que l'on sache toujours laquelle est la plus torturante.

Et puis, il y a les premières lignes... les combats, les trous d'obus où se réfugier, les attaques et les contre-attaques, un quotidien de bombardements qui rend fou même les plus aguerris. Alors chacun rêve de la blessure qui l'éloignera du feu, mais bien souvent les blessés ne survivent pas à une époque où la médecine se résume plus ou moins à un acte de boucher-charcutier... Alors il reste la permission. Mais revenu vers les civils, le jeune soldat, qui n'a ni femme, ni enfant, ni travail, qui n'a au fond que la guerre depuis des mois, ne sait plus vivre parmi les siens et au sein d'une société qui ne cherche que des héros.

Ayant lu précédemment Le feu d'Henri Barbusse, il faut reconnaitre que les deux livres sont à la fois extrêmement différents et très proches. La langue de Barbusse est celle d'un homme de 40 ans qui s'efface pour laisser parler ses camarades, Remarque , lui, fait parler un gosse de 20 ans, sortant tout juste de l'école. Là où Barbusse écrit des histoires basées sur des thèmes, qui sont presque des nouvelles indépendantes, Remarque écrit un récit linéaire, biographique, qui utilise le 'je' et l'introspection pour raconter 'sa' guerre. Les points communs sont évident : l'importance de la camaraderie, l'insistance sur l'absurdité des combats, la faim, la peur.

Là où Remarque se distingue, c'est qu'il évoque largement la vie d'avant de son jeune soldat, ses relations avec ses camarades, leur intense lien d'amitié, cette fraternité guerrière qui n'a rien à voir avec le patriotisme, mais avec la part d'humanité que cette jeunesse tente de préserver. Et c'est bien là toute la force du propos : Paul Baümer n'est rien en dehors de l'armée, il a tout oublié de la vie civile, un bon repas, un lit, des draps propres suffisent à l'effrayer. De ce jeune homme brisé émane un chant déprimé, vidé, noirci par cette guerre. Et il faut bien avouer que cette guerre le fascine, l'obsède, comme un mélange morbide d'Eros et de Thanatos, elle fait battre son cœur, elle vit en lui, elle lui a appris tous ses réflexes de survie qui font défaut aux recrues, elle est sa chair et il ne peut que la détester et l'aimer. Cette ambivalence, troublante et belle, ne se retrouve pas chez Barbusse qui est déjà un homme formé. Paul Baümer, lui, est de ces êtres hybrides, de cette génération sacrifiée qui ne sait rien faire d'autre que jeter des grenades au bon moment et jouer avec la mort.



mots-clés : #premiereguerre

par shanidar
le Mar 13 Déc - 16:04
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Mario Rigoni Stern

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Rigoni10

l'histoire de Tönle; je retrouve le même plaisir qu'avec les Sentiers sous la neige.

Tönle, contrebandier par nécessité, berger, traverse la frontière pour aller travailler, dans divers pays dont d'ailleurs il parle la langue, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne etc .. Obligé, sous peine d'être emprisonné suite à une altercation avec un douanier, de se cacher, il passe la frontière pour travailler à l'étranger car il faut nourrir la famille.
L'amour qu'il porte à sa région, sa maison, sa famille, son village le conduit tous les hivers à revenir.
L'harmonie avec la Nature, les animaux et les hommes est brutalement bouleversée par la guerre de 14/18.
C'est en homme libre qu'il vit même lorsque déjà vieux il est fait prisonnier par les Allemands. Il est libre dans sa tête et dans son coeur. C'est ainsi qu'il a vécu et qu'il mourra.

L'histoire de cette région d'Italie éclaire ce récit.

Toujours cette chaleur des mots, ce regard apaisant sur la Nature, les Hommes et l'incompréhension quant à la guerre et la misère qu'elle jette sur tout ce qui vit.
mots-clés : #premiereguerre #social
par Bédoulène
le Jeu 8 Déc - 18:08
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
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Mario Rigoni Stern

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire - Page 2 Rigoni10

Mario Rigoni Stern.

- Histoire de Tonle. -

Il y a des etres humains qui ont vraiment la foi dans l'humanité chevillée au corps. Quoiqu'il advienne... Pour le vérifier, il suffit de lire L'histoire de Tonle de Mario Rigoni Stern. C'est l'histoire d'un homme simple, dont la maison -pour son malheur- était située du coté italien de la frontière austro-italienne, et cela se passait au tout début du 2Oe siècle.

Tonle était un berger pauvre, très pauvre et pour nourrir sa famille, il devait de temps en temps franchir la frontière en question en tant que contrebandier, pour aller en Autriche... Tonle n'aimait pas les fontières, mais la pauvreté ne lui laissait pas le choix. Il détestait encore plus la guerre, mais celle de 14-18 ne lui demanda pas son avis. Plusieurs fois, il dut s'enfuir, et la dernière fois qu'il revint chez lui, sa maison était détruite et lui-meme mourut au pied d'un olivier.

Voilà. C'était juste l'histoire d'un homme qui a cru jusqu'au bout en l'humanité. Et croyez moi, ce n'est pas une histoire désabusée. Car la foi de Tonle, c'est aussi la philosophie de l'écrivain Mario Rigoni Stern, même idéal, même lieu de vie que son aieul, et qui alla se battre sur le Front russe pendant la 2e Guerre mondiale. Et qui n'a jamais renoncé à sa foi dans la fraternité et la paix malgré l'horreur de la guerre qu'il a connue. J'aime beaucoup cet homme-là, cet écrivain, c'est pourquoi, pour une fois, je me suis attardé sur sa biographie.

Message rapatrié. Pour un de mes écrivains italiens favoris.


mots-clés : #premiereguerre #social
par bix_229
le Jeu 8 Déc - 17:56
 
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Walter D. Wetherell

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Un siècle de novembre
traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

"Il jugeait les hommes et cultivait les pommes, et cet automne -là n'était propice ni à la justice, ni aux vergers." C'est la première phrase de ce livre. Début d'automne 1918, sur l'Ile De Vancouver. Un homme, Charles Marden. Les pommes se couvrent de taches de rouille , car la fumée des incendies , non combattus faute de jeunes gens encore présents pour le faire, a traversé le détroit. Mais les insulaires disent que le coupable, c'est le gaz moutarde, "charrié par les vents depuis la lointaine France".. Quant à la justice, le magistrat Charles Marden n'a pas grand chose à faire non plus, depuis le début de la guerre les comportements sont exemplaires: " On aurait dit que tout le mal du monde ,transformé en liquide tourbillonnant, se déversait sur la France, suivant le cycle désespéré qui soufflait ensuite la fumée sur l'Amérique."
La femme de Charles Marden est morte trois semaines auparavant de la grippe espagnole. Son fils unique, Billy, fait la guerre depuis 2 ans. Et un courrier arrive, annonçant sa mort au combat dans un village belge au nom étrange.
Alors Marden va se mettre en route, pour mettre ses pas dans les pas de son fils, et jusqu'au bout. Pour aller sur place, à l'endroit exact où s'est terminée sa courte vie.
"Pour ne rien attendre......Avoir des attentes, après ce qui est arrivé....c'est intolérable. S'il y a une leçon à retenir de cette guerre, c'est bien celle-là. Il faut enterrer l'espoir là où il ne risque plus de nous déranger."Et puis pour éviter de juger " juger d'avance, juger avant d'arriver, avant d'avoir vu, de ses yeux vu, l'endroit précis."

C'est le journal de cette quête que l'on lit, du Canada aux tranchées. Ils furent nombreux à faire ces sortes de pélerinages ( et nombreux à y mourir aussi volontairement ou non). Charles Marden arrivera à cet endroit précis , et entendra le récit de la mort de son fils. Alors seulement, il pourra juger et ressentir:
" Billy s'est sauvé. En pleine guerre, malgré les responsabilités qui lui incombaient, l'ennemi devant lui, il s'est sauvé. J'avais pleinement conscience de ce que j'étais censé ressentir, de ce que les colonels, les généraux, les politiciens et tous ceux qui avaient envoyé ces garçons à leur perte voulaient que je ressente. De l'embarras, de la gêne, de la honte. Pourtant, je n'éprouvais rien de tel. J'étais heureux pour lui. Heureux de savoir que, au dernier instant de sa vie, confronté à une machine invincible, à une herse impitoyable, il était redevenu un petit garçon. Il avait réagi comme tout garçon l'aurait fait dans ces circonstances, avait couru de toutes ses forces vers la vie, la sécurité....Mon seul regret, celui que je garderai jusqu'à la fin de mes jours, c'est qu'il n'a pas couru assez vite."

C'est un texte magnifique, très retenu, sobre et pudique, très sombre bien sûr, mais avec une petite lueur à la fin. On sait que Charles Marden sera tenu d'"attendre " de nouveau, et que cela s'appellera continuer à vivre.


mots-clés : #premiereguerre
par Marie
le Jeu 8 Déc - 2:28
 
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Sujet: Walter D. Wetherell
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Danielle Auby

Bleu horizon

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Nous parlions avec Marie l'autre jour sur le fils de Mathias Enard d’une nécessité de la commémoration de la guerre mais aussi de la souffrance des soldats, commémoration qui se doit d'être officielle autant qu'intime. Danielle Auby amène là sa réponse personnelle, mêlant dans une poésie pragmatique un tourbillon de destins individuels, reflet du  magma des multitudes et de la chair à canon .

La commémoration officielle, l'Association des Ecrivains Combattants, la rend aux 560 jeunes écrivains en 1924, en publiant en cinq volumes une Anthologie des écrivains morts à la guerre , ouvrage intitulé Le hérisson. Une biographie et des textes de chaque écrivain y sont réunis par un parrain.

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Puis en 1930 on plante une forêt commémorative.

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C'est autour de ces projets qu’est né le livre Bleu horizon.



Danielle Auby, parmi ces 560 jeunes écrivains, en choisit une cinquantaine, dont elle évoque les destins croisés. Une première partie les saisit dans leur enfance, leurs lieux, leurs éducations, parle de leurs familles et de leurs maîtres, de leurs voyages, de leurs espérances, d’une jeune femme qui passe. Ils se croisent et se recroisent, dans la réalité recréée des archives ou dans l’imaginaire de l’auteur, portraits individuels, portrait de la jeunesse d’un début de siècle. Tous des individus, aimants, aimés, portant leur projet d'écriture, un projet que la guerre va interrompre le plus souvent, ou modifier définitivement.

La deuxième partie, c'est la guerre. Les jeunes gens rangent leurs écrits dans leurs cartons, où les emmènent dans leur besace, gardent ou non leurs projets en tête, certains continuent à griffonner. Un à un, les jeunes gens se font prendre par l’horreur, par les blessures, par les gaz, par la mort. Et cette sombre énumération circonstanciée donne une image du chaos, du néant, de l'inéluctable

La troisième partie, c’est l’après. Ils sont beaucoup moins nombreux, ceux qui sont rentrés, meurtris, et on se recentre sur ces quelques uns. Il faut commémorer, rendre hommage, cicatriser, mais aussi essayer de reconstruire :"(...) fermer la douleur, éteindre, et sortir enfin."

Des monuments se dressent, des cimetières  s'organisent, des corps se rapatrient, et Le hérisson s’élabore peu à peu, réunissant des témoignages vaguement élitiste sur « ces morts qui en valent la peine », souvent touchants,  mais au goût de Danielle Auby, trop hagiographiques, lisses,  émoussant les différences,  parlant du bel honneur plutôt que de l’horreur. : elle butine, peaufine, corrige, apporte sa note.

Qui est le dernier mort ? Le dernier mort de la guerre a encore, lorsqu'elle prend fin, des mois et des années à vivre. En quelle année se remet-on simplement à mourir de vieillesse ? De sa « belle mort » ? Combien d'années les germes mortels de la guerre continuent-ils à faire leur chemin dans les corps ? Comme les grenades entrées dans la terre et qu'un coup de charrue fait partir. Les gaz, combien de temps leur faut-il pour tuer à petit feu tout l'intérieur du corps d'un homme ? Les éclats d’obus, combien de voyages encore ? Et les impressions, dans les nerfs, dans la tête, combien d'années tapies ? Arrive-t’ il  qu’elles se réveillent, si fort que rien n'est plus possible sinon de retourner pesamment toujours au point où elles sont venues ? Combien d'années traversent-elles les rêves des dormeurs ? Combien d'efforts doivent-ils faire pour les tenir en respect, pour les cantonner dans la maison des rêves et pour fermer à double tour la porte par laquelle elles pourraient s’épancher dans la vie ? Arrive-t-il que cette porte cède et qu'alors la pensée de tous les morts innombrables vienne occuper le monde, le recouvrir tout entier ?



Il faut accepter de se laisser bercer dans ce cauchemar déroutant, renoncer à un récit organisé pour écouter cette histoire/Histoire chaotique  à travers les témoignages intimes, auxquels   Danielle Auby prête sa parole attentive .De la démarche de l'auteur,  on retient surtout le formidable fouillis, le tressage, les recoupements. Cela   déroute au début, mais au fil des pages, cela a une allure et un charme énorme, ce regard si personnel, cette attention familière à ses personnages, cette multiplication des points de vue, ce mélange des biographies. Tous nommés et renommés pour lutter contre l’oubli dans une obsession de l’entremêlement et de l'interrogation. Comme la forêt qui leur a rendu hommage,  elle construit son livre : quelques allées traçant des directions, et de multiples stèles plantées dans le décor pour un récit qui privilégie le grouillement, le foisonnement, le désordre, cette effroyable misère, qui anéantit les vies uniques et dissemblables de ces jeunes gens « interdits d’avenir » dans un destin commun. Avant l'abandon et l'oubli.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:44
 
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Sujet: Danielle Auby
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Oser Warszawski

L'UNIFORME 3ème livre de la trilogie

Quelle profondeur dans cette cinquantaine de pages !

L'uniforme : celui abandonné dans la rue se mouvant au gré de l'air ? Celui témoin d'un passé, sorti du placard ? Celui qui porte médailles ? Ou celui ensanglanté dans lequel se meurt le soldat ?

Ce vêtement c'est l'honneur, la gloire de la patrie.

L'auteur nous décrit la vie quotidienne d'une famille de Berlin pendant la guerre, une famille convaincue de la justesse de cette guerre parce que l'Allemagne peut et doit dominer les autres pays, c'est son destin ! Le chef de famille fait preuve d'une abnégation totale envers la Patrie et son chef suprême : le Kaiser ! Il s'est démuni de ses avoirs pour l'emprunt de guerre et ses trois fils sont sur le front. Que peut-¬il faire de plus ?.............................s'engager lui aussi.

Dans Berlin affamée les familles amputées survivent au rythme du rationnement, la détresse est commune mais supportée avec cette fierté,  cette rigueur que porte en lui le peuple Allemand.

La guerre continue sa moisson d'hommes, à Berlin certains commencent à s'interroger sur son dénouement d'autant que l'empereur d'un pays voisin est destitué mais pour cette famille là, le Kaiser est une icône. Alors quand il abdique et s'enfuit c'est l'effondrement physique et mental du chef de famille déjà éprouvé par les deuils et son passage au front. Ce personnage a le regret d'un temps disparu et ne reconnait pas sa patrie où s'invitent des étrangers.

L'auteur décrit l'horreur de la guerre sur le front et surtout pour les civils à Berlin, par la profondeur des sentiments, l'oralité n'est dans ce récit qu'accessoire.  Il me semble aussi y reconnaître le regard du photographe et du peintre qu'il est.

Le parcours de Warszawski est analysé en fin de livre par la traductrice Rachel Ertel ; c'est intéressant car elle relate les mouvements culturels, le modernisme notamment dans les grandes villes européennes et aussi aux USA.

Extraits :

"Après le passage des troupes, un uniforme était resté sur le pavé de la ville. Aux fils de ses broderies scintillait encore la rosée des cavaliers de la nuit. Piétiné, tout fripé, il se redressa. D'une grande goulée d'air il regonfla sa poitrine plate qui durcit, s'enfla comme une montagne et fit saillie. Les manches et les jambes du pantalon, semblables à des troncs creux, commencèrent alors à se mouvoir en mesure. Il se mit à marcher, et la nuit alentour s'émerveilla de ce vide en mouvement.


"Comme la plupart d'entre eux, un grand chien noir avait gonflé ses babines et son ventre, se préparant à faire entendre sa voix des grands jours quand les bribes éparses du chant des autres s'égrenaient dans les airs comme les vibrations d'une batterie. Personne, hélas, parmi ceux qui l'entouraient, n'avait remarqué le savoir-faire de ce chien-là, dont le corps avait soudain extraordinairement raccourci, gagnant en largeur ce qu'il avait perdu en longueur. Son museau s'étant coincé dans les jupes d'une dame entre deux âges, et cette position n'étant guère plaisante, d'autant plus que la lumière s'y faisait rare et l'atmosphère confinée, il tendait la gueule vers le haut, comme un tuyau. Il s' imaginait qu'ainsi il pourrait mieux rugir et son petit maître serait content de lui. Le chien n'arriva même pas au bout de sa première note. Une douleur terrible l'envahit et lui coupa le souffle. Il laissa glisser sa gueule ouverte le long de la jambe molle de sa voisine, pousser par l'obscur désir d' exhaler son souffle ultime à l'air libre. Il n'y parvint pas davantage : ses pattes vacillèrent, elles refusèrent de porter plus longtemps son grand corps noir."

"La désolation s'était emparée des grands chevaux d'artillerie et elle pesait sur leur dos. Leur tête pendait de ce côté comme une langue inutile, et à ceux qui les conduisaient ils posaient une question muette : "tout cela va-t-il durer encore longtemps ?" Et comme ils ne recevaient aucune réponse, les croupes couvertes de plaies enflaient, gonflaient - ces croupes qui depuis les semailles sanglantes portaient les fardeaux rouges de minuit, un présent pour la ville... Et voilà que leurs cavaliers eux aussi inclinaient la tête, obliquement."

"Du porche des maisons surgissaient en grand nombre des hommes âgés vêtus d'uniforme d'emprunt qui ne leur allaient certes pas comme à des jeunes gens. Dans les rues, depuis longtemps silencieuses, on entendait le bruit des serrures et des portes qui se fermaient, comme un lointain craquement d'os."

"Lorsqu'un enterrement passait dans la rue, les gens regardaient avec envie ceux qui s'en revenaient, munis d'un petit sac de rations supplémentaires."

"Elle tâta les jambes de Frida, et elle ne se contentait plus de hocher la tête : elle l'agitait en tout sans, contemplant, extasiée, ces deux colonnes de chair qui se métamorphosaient à vue d'oeil en une merveilleuse carte de ravitaillement et, Ô magie, Ô splendeur, en un grenier à pain,  à céréales, à charbon...!"

"En un rien de temps il sombra dans la confusion, commença à jeter par terre et à piétiner les rouleaux de gaze et de charpie. Il se démenait, secouait la table pour en faire descendre son fils, lequel avait déjà rendu une jambe au ciel et se traînait, avec son moignon sanglant, quelque part dans les tréfonds de la démence."


(message rapatrié)
mots-clés : #famille #premiereguerre #viequotidienne
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 17:11
 
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Sujet: Oser Warszawski
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Oser Warszawski

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La grande fauchaison (2ème livre de la trilogie)

Le récit se déroule dans un bourg Polonais sous l’occupation Russe et pendant la Grande Guerre, du départ des réservistes,  Polonais et Juifs, jusqu’à la débacle des armées Russes qui traversent le bourg de Gouranè.

Situation : « La Légion Pulawski aussi appelée 1ère Légion, a été crée en août 1914 à l'initiative du Grand duc Nicolas Nicolaïevitch, qui souhaitait une réunification de la Pologne sous le sceptre russe mais aussi rallier les polonais des territoires autrichiens et allemands pour combattre aux côtés du Tsar contre les troupes du Kaiser et de l'empereur d'Autriche. » (wikipedia)

Les caractères des habitants de ce bourg, qu’ils soient Juifs, Russes ou Polonais sont traduits sans aucune aménité. Les haines entre chrétiens et juifs, entre riches et pauvres sont vivaces tout au long du récit.
L’auteur nous montre des mendiants, des paysans, des commerçants, sur lesquels  on a du mal à s’apitoyer,  mais à regretter leur obscurantisme qu’entretient la religion.

Dans la naissance d’un enfant anormal que sa mère reconnait comme « l’enfant de la guerre » l’auteur montre certainement son aversion pour  la guerre.

Dès le départ des réservistes, les « bergers » le Rabbin et le Curé se sauvent par le train, la nuit, abandonnant leur « troupeau d'âmes ». Lesquelles âmes continuent à prodiguer « longue vie à lui » pour l’un, « béni soit-il » pour l’autre.

L’ambiance est délétère, il faut au chef de la police trouver les espions,  ce sont eux qui font perdre des batailles, car qui oserait penser que les soldats du Tsar sont mal vêtus, mal équipés…. ?
La débacle déverse dans les rues du bourg les armées défaites, les habitants effrayés courent se cacher  dans leur maison. La garde arrière, celle des Cosaques abandonne le bourg à l’ennemi.

Encore une fois j’ai trouvé une belle écriture imagée et poétique malgré le contexte.

Extraits

« Pan Ludwig, le négociant, brûlait d’une sainte colère contre Chaïé Weintraub, son voisin d’en face ; il ne se calmait jamais. Après son père, bénie soit sa mémoire, doté de champs et de forêts, de propriétés foncières innombrables, après ses aïeux, bénie soit leur mémoire, jusqu’ à la plus reculée et la plus obscure des générations, tous portaient cette haine de la famille maudite de Chaïé Weintraub. »

A propos de l’indic : « Au moment où l’on remua la terre, on trouva – outre des serpents gras et peut-être vénimeux – beaucoup de squelettes pourris d’hommes avec des croix rouillées à l’endroit du cou. Petits et grands coururent avec la peur au ventre et une curiosité à peine dissimulée voir les serpents et les hommes. Au heder, Graine de potence surpassa alors tous les bandits-à-cent-têtes de plusieurs dizaines de crânes. »

« Il n’y a pas de fin au nombre de tonneaux. La fosse se transforme en rivière qui déborde sur les pavés, s’écoule dans les caniveaux. Des hommes se jettent à plat ventre, tirent la langue pour lamper le précieux liquide. Paysans, Juifs, tous accourent avec des récipients. »

« Et ce don de Dieu est sa jalousie forcenée à l’égard de Moïshé-Yankev et de Zilberbauguer qu’il cultive depuis des années, depuis qu’ils sont devenus l’un premier et l’autre deuxième conseiller communautaire. Et chaque fois que s’allume en lui le brasier rouge de cette jalousie qui commence, pareille à un ver aveugle, à lui grignoter les entrailles, il verrouille ses portes, ouvre les armoires et commence à compter les liasses accumulées dans ses tiroirs. »

« Les voyant passer, se tenant par le bras, les femmes des réservistes rappelés et celles qui étaient debout derrière leurs tristes étals se les montraient du doigt et crachaient à leur passage. Les Grinberg passaient, chapeautés et dignes, faisant semblant de ne rien voir. »

« Hum, hum, c’est ce que disent tous les juifs – mais tu sais bien Heniek que personne ne te compte parmi eux… Monsieur le curé a même dit que…oui…on savait tous… que ton père était presque un chrétien, presque. C’est pour ça que tu n’es pas obligé de faire ce que tout le monde va faire ; imiter les Juifs, ces usuriers, ces traîtres de toujours ? Moi…moi je vais… »


(message rapatrié)
mots-clés : #communautejuive #premiereguerre
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 17:07
 
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Oser Warszawski

Oser Warszawski (1898-1944)

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Oser Warszawski (ou Oyzer Varshavski; Warszawski ), né le 15 avril 1898 à Sochaczew en Pologne et décédé 10 octobre 1944 au camp de concentration d'Auschwitz, est un écrivain et critique d'art juif de langue yiddish, qui vécut les dernières années de sa vie à Paris.

(source wikipedia)

Oeuvres traduites en français :

Les Contrebandiers : Page 1
On ne peut pas se plaindre ou Résidences : Page 1
La grande fauchaison : Page 1
L'uniforme : Page 1
L'arrière-Montparnasse; gouaches, aquarelles et dessins de l'auteur
Marc Chagall - le shtetl et le magicien

màj le 6/11/2017






Les contrebandiers (ce livre fait partie d’une trilogie mais peut-être facilement lu indépendamment car les personnages ne sont pas les mêmes)

Le récit se déroule au cours de la Première guerre mondiale dans une petite ville de Pologne où vit notamment une communauté Juive, leur quartier :  le » shtetl ».

Les Allemands occupent le pays et les gens modestes  vivent de plus en plus difficilement sous les astreintes et restrictions drastiques imposées. Comment s’en sortir ? A l’initiative de Pantl, charretier de métier, les hommes de la communauté décident de faire de la contrebande. Ils deviendront habiles, ingénieux  à tromper les postes de surveillance placés sur le chemin de Varsovie où ils vendent leurs produits (farine le plus souvent mais aussi viande, alcool..). C’est de nuit que les « voitures » se déplacent au rythme des sabots des chevaux, par tout temps.

Ces voyages pour être périlleux (notamment les cruels frères Gurtchisky véritables truands) n’en sont pas moins cocasses.  Pour passer plus facilement les hommes se font accompagner des «  shiskés » (prostituées non-juives) qui jouent de leurs charmes auprès des allemands et dont  les femmes légitimes  voient bien sur l’arrivée au shetetl  d’un mauvais œil.

Tous s’étaient réjouis du départ du précédent commandant allemand « Aman » (en réf. A Haman) :

« Le shtetl, un beau jour, souffla un peu. Les boulangers, les fabricants d’eau-de-vie, de savon, les marchands de cigarettes, les taverniers, les sans-travail et en outre toute la gamme possible des divers contrebandiers, tout le monde rendit grâce à l’Eternel à qui rien n’échappe, même pas le moindre vemisseau : la fin d’Haman était venue, et ce n’était pas trop tôt. »

Pelté revient de russie où il était le fournisseur du Tsar Nicolas II, il raconte les « petits bonshommes rouges avec des drapeaux, avec des banderoles rouges comme eux et criant : « liberté ! liberté ! »
De retour de chaque expédition les jeunes se délassent dans leur association la  » Bilbothèque » mais ces jeux et rencontres ne sont pas du goût des religieux et des notables qui interviennent auprès du district allemand pour fermer l’association, s’en suit une révolte de ces pauvres gens qui vont contraindre le rabbin à intervenir auprès des allemands pour la réouverture du lieu.

L’ambiance délétère rend difficile les rapports entre les « modestes » et les nantis.  Les contrôles se resserent,  la méfiance s’installe ; mais un évènement en Allemagne va bouleverser le quotidien du shtetl : l’abdication de Guillaume II. Les allemands quittent le village.

L’un des « shaïguets » Yanek, lequel a déjà fait son armée,  prend le contrôle de la situation, il récupère les armes des allemands  et les distribue. Puis sur la place du marché il déploye un drapeau portant le sigle « OMP ».

Le shtetl apprit plus tard que cela signifiait "Organisation militaire Polonaise ». Mais des rumeurs arrivent d’autres villages, bien peu réjouissantes ; qu’allait-il se passer ? Yanek  « commandant en chef » ordonne : Dispersion générale ! Rentrez chez-vous, etc.
Cependant un évènement vient les réjouir ; le mariage de Faïfké avec Raithl est source de joie dans le shtetl. De plus avec l’annonce des fiancailles d’un de ses fils Pantl clame que la contrebande, la vraie va commencer !

«  Vous entendez ? Moi, Pantl, j’vous dis comme ça : la contrebande, ça fait que commencer…La vraie contrebande…Parce que, jusqu’à maintenant, c’était seulement un truc pour les gosses…C’était pas sorcier de faire de la contrebande…Mais maintenant, les gars…
«  Vous entendez ? Moi, Pantl, j’vous dis comme ça : c’est maintenant qu’on la commence, la vraie contrebande, oui la vraie… »


Une bonne lecture qui relate le quotidien d’ un quartier juif en Pologne pendant la Grande Guerre,  l’obligation de débrouillardise pour ces gens démunis, des personnages frustres, violents  et naïfs à la fois. Ils utilisent un langage généreux en images et en insultes. Ils sont bouleversés par une chanson, une danse, le clinquant. Il faut noter aussi l’incompréhension entre les jeunes qui ne respectent plus les lieux du culte ni les cérémonies et les anciens toujours attachés aux traditions et que le passé retient. Le récit se déroule  sur deux lieux : à Varsovie dans un quartier précis où vendre les marchandises et dans le shtetl, cela renvoi à un univers fermé. Le reste du monde n’est représenté que par la présence des allemands et le retour de Russie de l’un d’eux et il n’est intéressant que s’il influe sur leur vie.

"message rapatrié"


mots-clés : #communautejuive #premiereguerre #traditions
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 17:03
 
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