Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 5 Aoû 2020 - 11:29

179 résultats trouvés pour psychologique

Richard Brautigan

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 512bxp10

MEMOIRES SAUVES DU VENT

Un homme de 43 ans se remémore les évenements qui se sont passés trente-deux ans auparavant. Il avait alors douze ans et vivait avec sa mère et ses deux soeurs une vie de misère. Sans voiture, sans livres, sans même une radio.
Ils errent dans l'Oregon, d'un motel miteux à l'autre. Et sa mère est souvent absente. Et sinon obsédée par la misère, la solitude et les fuites du gaz.

«Un soir, elle rentra vers 10 heures, plus tot que prévu. J'entendis la camionnette du couvreur au chomage s'arrêter devant la maison... Je sus que quelque chose n'allait pas quand j'entendis ma mère claquer la porte de la camionnette.
- Tu ne dors pas encore ? dit-elle quand elle rentra, la colère au visage.
Je voulais me concilier ses bonnes graces : je lui dis que j'avais lu le Reader's Digest. Je ne sais vraiment pas pourquoi je croyais obtenir ses bonnes grâces avec ça. J'étais un gosse bizarre. Je crois même que vous pourriez ajouter «très». Ma mère se contenta de me regarder lorsque je lui dis que j'avais lu le Reader's Digest. Ça n'avait pas marché. C'était l'heure d'aller prestement au lit. Quelques instants plus tard, j' entendis ma mère au salon, qui se répétait sans arrêt, dans murmure chuintant : «Le gaz, le gaz, le gaz, le gaz.» À y repenser aujourd'hui dans la quarante-quatrième année de ma vie, la seule chose qui fuyait vraiment chez nous, c'était ma mère.»


L'un des rares plaisirs du gamin, c'est de bavarder avec un «vieux» de 35 ans, chez qui il récupère les cannettes de bière vide pour se faire un peu d'argent et bavarder avec lui. Et il aimait beaucoup parler avec les «vieux» de tout âge !
Mais sa grande distraction, c' est de voir chaque année arriver dans un vieux tacot un couple extravagant et de les observer. Ils viennent pêcher le poisson-chat dans un étang, mais d'abord ils débarquent tous leurs vieux meubles d' occasion sur l' herbe. Y compris une cuisinière à bois !

«Je ne voulais pas les mettre en colère contre moi, parce que, pour parler franchement, ils étaient ce que j'avais de plus intéressant dans ma vie. Parfois je souhaitais qu'il y en eut tout un lot comme des jouets que je pusse emporte chez moi pour m'amuser : des petites figurines miniatures en bois sculptés représentant un homme, une femme, tous leurs meubles et leur camionnette avec un morceau de tissu vert qui aurait eu la forme exacte de l'étang et sur lequel aurait été disposé tout ce qui l'entourait avec chaque chose exactement à sa place.»

Et la vie aurait pu continuer ainsi...
Mais ce livre est surtout l'histoire d' une blessure d' enfance qui ne s' est jamais refermée parce que le destin est parfois cruel et qu'on ne peur refaire ce qui a été défait à jamais.
Ce jour-là, un jour comme les autres, l'enfant aurait pu acheter un hamburger au lieu d'acheter des balles pour sa carabine. Mais il a acheté des balles, et un peu plus tard, il a tué accidentellement son meilleur ami, en tout cas son ami secret.
Et tout est dit.

Mémoires Sauvés du Vent
Poussières d' Amérique...

Il remâche son histoire, il remonte le fil du temps.
Mais c'est une histoire impossible, parce qu'il essaie de remettre en question un simple fait, un choix fortuit qui ont un jour pourri sa vie. Alors, 32 ans après, il multiplie les parenthèses, les digressions avant de se raconter une fois encore cette histoire fatale et dont il connait la fin.

L'histoire, celle que nous raconte Brautigan, n'est que la sélection de souvenirs que la mémoire de son personnage a fixé à jamais. Tout comme les personnages qui ne sont que des silhouettes, mais que Brautigan a le don magique de faire surgir devant nous et de les rendre inoubliables.

Comme le dit Marc Chenetier, l'excellent traducteur du livre :

«Les images chez Brautigan constituent un récit parallèle qui relativise l' importance des faits narrés et invite à lire en creux dans les trous et manques ces récits qui débordent les faits rapportés. Il avait la volonté de casser les cadres.»

Message récupéré


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Lun 12 Déc 2016 - 11:51
 
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Elizabeth Strout

Olive Kitteridge

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Ab36010

Olive Kitteridge est une femme lunatique, parfois arrogante, parfois à l’ écoute. Elle a vite compris que la vie n‘est pas forcément simple, qu’elle est injuste, mais qu’il ne faut pas en faire un plat si on veut s’en sortir. Dire ce qu’on a à dire, tenir le cap et passer à travers les gouttes sans s’arrêter à l’opinion des autres.
Elle a épousé Henry, un pharmacien dont la gentillesse flirte avec la naïveté. Il forment un couple plutôt mal assorti, où l’amour n’est pas de la passion, où chacun étaye l’autre avec une certaine connivence, mais sans le ménager, ce qui leur permet de s’en sortit à leur façon.
Un personnage secondaire, commentant un drame qui touche l’une de leur connaissance dit : « Je pense qu’elle s ‘en sortira. On s’en sort, généralement ». Et Elizabeth Strout va gratter là dessous, voir ce que cela veut dire, de s ‘en sortir , ce que cela comprend de solitude, d’amertume et d’envie d’avancer quand même.

Olive Kitteridge n’est absolument pas un personnage de roman, mais bien une femme ordinaire, de ces femmes qu’on croise aisément dans le microcosme des petites villes : ni haïssable, ni franchement aimable. On vous raconte des histoires sur elle ; elle-même vous confie un élément complémentaire, parfois une chose extrêmement intime qui vous surprend, plus souvent des choses plus superficielles, qu’elle a peut-être arrangées à sa façon (en a t’elle conscience elle-même ?), la bande transporte vaguement des histoires de sa jeunesse, qui eut sa note de tragédie (c’est un peu flou, des éléments manquent). On la croise aussi au concert , et d’aucun se permettent un commentaire sur elle, on ne la croise justement pas l’église, et cela aussi alimente les discussions. Votre fils a un copain qui l’a eu comme prof des maths et rapporte son comportement ou une parole qu’elle a eue. On l’aperçoit au bureau de poste , étonné de lui voir mettre certaines lettres à la poubelle, ou elle vous frôle dans un magasin où vos ne vous attendiez pas à la voir.

C’est cette façon très originale qu’Elizabeth Strout adopte pour nous parler d’elle qui nous désarçonne au début (où veut-elle revenir ?), puis nous apprivoise : on n’ a pas absolument, toutes les cartes en main comme dans un roman, classique, certains chapitres nous parlent d’autres habitants de la ville et ne font qu’effleurer Olive qui passe en quelques lignes, mais cela permet un portrait tout en nuances, en distances focales variées (ce q’elle pense elle-même, les impressions qu'elle inspire), qui nous permet une approche vraiment interpelante. Cela donne un livre dont on ne sait plus guère s'il s'agit d'un roman ou de nouvelles imbriquées les unes dans les autres, dans une progression d'une grande liberté. Il n’y a pas un début et une fin, non seulement car la chronologie est explosée, mais aussi parce qu'il n'y a pas ce désir de construire une histoire avec ses tenants et aboutissants, ses buts et sa logique, ses chemins tracés mais bien de dresser une chronique d'une vie qui s'écoule, le grand âge qui s’installe et on n’en est pas moins femme…

Sans spoiler, la fin est non une espèce de happy end, mais plutôt un doux apaisement au terme d'un livre plutôt sombre, où l'auteur pleine d'humour joue habilement avec la mauvaise foi de son héroïne.

Bref, l'histoire d'une femme ordinaire (mais qui est ordinaire ?) racontée d'une façon extraordinaire.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Sam 10 Déc 2016 - 6:32
 
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W.G. Sebald

Austerlitz

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Auster10

CONTENU:
Le conteur non-nommé rencontre dans la Belgique des années 60 Jacques Austerlitz. Il va le croiser dans les décennies à venir plusieurs fois et c’est bien lui qui devient le centre de l’histoire et nous revèle de plus en plus le fil de sa vie. Né en 1934, il a grandi dans une famille pasteur galloise qui ne soigne pas beaucoup la communication. C’est seulement au cours d’examens scolaires, après la mort de sa mère et la lente glissade de son père vers le démence qu’il découvre que son vrai nom n’est pas Dafydd Elias, mais bien Jacques Austerlitz. Mais il n’y a plus personne pour l’éclairer sur ses vraies origines et ainsi il reste pour les décennies à venir comme « sans racines et patrie ». Plus que cela, il est dans une certaine isolation, un état d’écart jusqu’à ce que lui, le professeur pour l’histoire d’architecture, a une expérience de « Déjà Vu » au début des années 90 dans une gare londonienne : d’un coup, il se rappelle comment il y est arrivé en 1938, ayant quatre ans, venant avec un transport d’enfant de Prague. Maintenant il se met à la recherche de ses parents et va à Prague où il trouvera vraiment à travers d’archives l’ancienne adresse et par là même la gouvernante très agée. Le voyage vers ses origines va le mener encore plus loin et le mettra en contact direct avec les horreurs du régime fasciste.

QUELQUES REMARQUES:
C’était mon premier Sebald et cela fut la découverte pour moi d’un genre tout à fait originale : un mélange entre roman, descriptions précises (comme des bâtiments, des gares etc.), des notes semblables à un diaire, mais aussi des photos noir et blancs, des esquisses qui soulignent le réalisme (apparent ou fictif) de ce qui est raconté. Il est évident que derrière un tel travail se cache une multitude de recherches. Si on connaît cette « Gründlichkeit », ce désir d’aller au fond et de se baser sur des recherches, on comprend bien pourquoi il n’a écrit que 4/5 romans !

Dans une grande partie de la vie d’Austerlitz, son énorme et incroyable savoir sur les aspects les plus divers de l’architecture est en parallèle avec un certain refus du souvenir. Significatif pour cette grande période dans sa vie sont alors des expressions – je cite – comme « Heimatlosigkeit » (être sans patrie/terre natale), « l‘isolement », « l’état de se sentir perdu, exilé, banni » etc. Comme question on pourrait très bien formulée pour Austerlitz la suivante : Comment de l’étranger arriver vers un chez soi, chez soi ? C’est seulement au cours du livre que la guerre et le bannissement se révèlent lentement comme ayant étés et étant omniprésents dans cette vie dès le début.
Dans cette question de l’identité, de la guerre et de la manière de vivre avec la mémoire se trouvent des sujets essentiels dans la vie de Sebald lui-même : à cause de sa rébellion contre l’Allemagne de l’après-guerre et sa façon de traiter son passé, il quitta l’Allemagne et s’installa en Angleterre.

Le souvenir, le travail de mémoire devient un devoir qu’Austerlitz confie dans un certain sens au conteur et, Sebald indirectement à nous, ses lecteurs.

Dès le début c’est la langue de Sebald qui frappe : précise, belle, fluide malgré des phrases quelques fois interminables (allant jusqu'à trois pages d'affilé!), innovatrice. Mais aussi fatiguante ou exigeante, souvent dans le discours indirect, rapporté, presque sans paragraphes jusqu’à la fin qui nous donneraient un temps de souffler.  Mais la maîtrise de Sebald, en allemand, se montre, que cela tient la route ! Que cette langue reste fluide. Ecrire sans s'interrompre: est-ce qu'une pause est alors nécessairement une rupture, un arrachement ? Peut-être l’auteur insiste par là sur cette quête d’identité sans relâche… ?

On y trouve par ailleurs quelques remarques très fines sur la langue et sa perte.

Je fus spécialement impressionné par la parenté, le parallélisme entre  les descriptions des paysages, des constructions (par exemple les gares, des remparts, la nouvelle Bibliothèque nationale à Paris…) ET PUIS, pour ainsi dire, le paysage et l’état intérieurs. Là, l’extérieur devient un miroir pour les données intérieures et les apparentes descriptions si anodines recevront un sens.

Alors, c’était mon premier Sebald, mais je me suis promis d’explorer son univers le plus possible.

Un chef-d’oeuvre!


mots-clés : #deuxiemeguerre #psychologique
par tom léo
le Ven 9 Déc 2016 - 18:16
 
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Tarjei Vesaas

La blanchisserie

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 417hne10

À travers ce roman court mais intense , fidèle à son style , Tarjei Vesaas nous entraine dans une blanchisserie (lieu déjà symbolique !)qui sera le décor d'une tragédie :

C'est l'histoire banale d'un homme mûr, marié et sans histoire , propriétaire d'une blanchisserie ,qui sombrera au fil des pages dans un état obsessionnel grandissant face à l'arrivée d'une jeune employée ...... Vouant une haine farouche à l'égard du fiancée de celle-ci , ce sentiment le hante jour et nuit , l'accapare , le dénature , l'éloigne de la réalité : très rapidement son entourage perçoit le danger qui émane de Tander et les réactions des uns et des autres sont surprenantes ! Telles les schémas de tragédie classique , on assistera à une montée en puissance des sentiments dans une atmosphère de plus en plus oppressante jusqu'au dénouement final où la mort ne semble être que la seule issue libératrice et rédemptrice!

Tarjei a su habilement créer un climat ambivalent et malsain très bien traduit dans ce passage :

«Elles travaillent certes silencieusement ces jeunes filles , mais de temps à autre , elles dirigent leurs regards vers la fenêtre ou la porte . Car dehors le soleil brille ,les nuages défilent et le linge claque au vent . Comme si passait un cortège invisible . Quelque chose d'étrange porté par le vent . Loin , très loin d'une blanchisserie installée dans une cave . Des chants . Des chants d'hommes . Perçus par le coeur . tel le chant de marins partis vers de nouveaux horizons ou quelque autre absurdité venue de la terre ferme .Tout simplement quelque chose qui est dans l'air et que chacun porte en soi .Comme issu de quelque chose pour quoi l'on a été créé mais ne peut obtenir puisque le vent souffle sur les vastes espaces et que l'on est jeune et neuf .C'est tout cela le chant .»


Certains ont vu dans la folie qui menace Tander , une simple obsession issue d'un amour non partagé : pour ma part je n'ai pas ressenti les choses ainsi et j'ai plutôt perçu cet «attachement» à cette jeune fille comme une réaction inconsciente due à un traumatisme antérieur ( la perte d'un enfant ) .Plusieurs passages ont orienté mon regard vers cette analyse :

«Et voici Vera .......C'est là que se trouve Vera . Et c'est là qu'elle restera».

«Depuis que Véra est venue travailler chez lui . À peine était-elle arrivée qu'il avait senti un nouvel espace s'ouvrir en lui . Avec la soudaine puissance d'une révélation......Vera aubeau milieux de piles de linges immaculées, toujours ! Et dans cela personne ne peut entrer . C'est ainsi . Il faut se contenter de regarder et de rester à proximité».

Quelques lignes plus loin :«Vis-à-vis d'elle il avait senti se développer en lui un absurde sentiment de propriété. Il fallait que Véra demeure telle qu'elle avait été en arrivant , avait-il décrété ».


Plus loin encore alors qu'il est confronté à une explication avec le fiancé de Véra, il parle de :

«celle que personne ne devait toucher!»


A travers ces passages , Tander semble plutôt victime de perturbations psychiques importantes que soumis à une passion dévorante : Véra n'est que l'objet de son obsession dans ce qu'elle représente de virginité , pureté lui apportant un sentiment de sécurité !

J'ai apprécié cette lecture pour la qualité d'écriture toute en finesse , poétique et rythmée... envoûtée par cette histoire qui témoigne de la fragilité du sens de la vie , de l'interdépendance des êtres, de la frontière ténue entre la raison et la folie...
Mais la présentation de ce livre dans laquelle on parle d'amour me heurte. Je serais aussi ravie de susciter l'envie de quelques lecteurs pour confronter nos lectures !!!!


mots-clés : #psychologique
par églantine
le Ven 9 Déc 2016 - 13:13
 
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Philip Roth

@Bédoulène a écrit: Tu as lu les 4 livres du cycle Topocl ?


Oui, j'ai lu les quatre
wikipedia a écrit:Cycle Nemesis
Un homme, 2007
Indignation, 2010
Le Rabaissement, 2011
Némésis, 2012


Et j'avais commenté Némésis

Némésis

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Images50

wikipedia a écrit:
   Dans la mythologie grecque, Némésis est la déesse de la juste colère des dieux, parfois assimilée à la vengeance. Elle est aussi interprétée comme étant un messager de mort envoyé par les dieux comme punition.


Destin d’un homme, destin du monde, le dernier Philip Roth abandonne toute légèreté. C’est le constat amer d’un homme au seuil de sa vie, un écrivain dont on a l’impression qu’il a plutôt été gâté par les dieux, mais qui s’interroge : qu’est ce qui fait la valeur d’un homme, qu’est ce que le hasard, qu’est ce que la fatalité ? quel est notre responsabilité face au déroulement implacable de nos vies incertaines ? Bucky Cantor a cru naïvement qu’on pouvait prendre sa revanche sur le destin à la force des poignets, que travail, honneur et moralité suffisaient à écarter l’adversité et à nous offrir le bonheur sur un plateau. Cruelle déconvenue, histoire tragique d’un homme qui croit porter la responsabilité du monde sur ses épaules, alors que celui-ci se joue de lui, le ballote, l’égratigne, le rattrape, comme un chat avec sa souris. Et puis la grande fluidité d’écriture de Philip Roth, les habituelles scènes de sport, l’éclatement lumineux de la nature, des petites filles qui jouent à la corde au bord d’un square en chantant, très loin au loin les bruits d’une chanson sur un phono alors que Bucky s’épanouit dans les bras de Marcia. Quel talent d’écrivain !


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Ven 9 Déc 2016 - 4:09
 
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Stig Dagerman

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41jedy10


Notre plage nocturne

Après avoir découvert Stig Dagerman – je pense justement grace à Bix ? - il y a déjà quelques années, j’ai pris cela comme une invitation de m’attaquer à ce recueil «Notre plage nocturne ». Il réunit (suite page de couverture : ) des nouvelles qu’on pourrait appeler « psychologiques ». Dagerman y donne une image de notre monde dans son mélange de cruauté et de futilité, de richesse égoïste et de misère, de crasse et d’attendrissante pureté. On y retrouve l’atmosphère de ses romans. Le thème essentiel en est la solitude.

Quelle écriture coupante, précise, quelques fois nerveuse, fiévreuse, toujours lucide. Mais je me demande, qui peut « supporter » de telles paroles jusqu’au bout ? Pourtant il faut les lire, ces descriptions si profondément empreintes de désespoir. Mais comment ne pas se détourner ET ne pas être attiré par le vertige ? Y-a-t-il un chemin d’espoir ? Je ne l’aperçois pas chez l’auteur et sa fin tragique laisse penser qu’il n’a pas vraiment vu une possibilité honnête de s’en sortir de ses observations sur la bassesse, ou « la crasse ». Impossible pour moi, de recommander ce livre à des cœurs sensibles et pas enracinés. Pourtant : quelle force de la parole qui pourrait reveiller l’un ou l’autre ???


mots-clés : #nouvelle #psychologique
par tom léo
le Ven 9 Déc 2016 - 3:37
 
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Tarjei Vesaas

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41abtr10

[b][i]LES OISEAUX[/b][/i]

Les Oiseaux, c'est essentiellement l'histoire de Mattis, un innocent, un peu comme le Benjy du Bruit et la fureur de Faulkner. Il sait des choses qu'il ne peut dire, et en voit d'autres invisibles aux autres.
En somme, il est doté de sens mystérieux qui le rendent inférieur aux autres - du moins en apparence - parce qu'incapable d'affronter ce qu'ils nomment "réalité" ou de nommer celle qu'il percoit avec leurs mots à eux. Il bouillonne pourtant d'une sensibilité intérieure qu'il voudrait montrer, mais dont il se sent incapable. Il est plein de visions merveilleuses mais qui s'évanouissent dès qu'il se met en devoir de les raconter ou de les vivre.
Alors il choisit de vivre ses reves comme s'ils étaient la seule réalité.

Comme Benjy, il ne peut vivre que par les autres, parce que sous son apparence d'homme, Benjy est resté un enfant à bien des égards, et comme eux, il a besoin d'être aimé et protégé. Mais les adultes ont franchi le seuil définitif qui les rend inaptes à le comprendre. Pour eux, il est un homme et doit assumer sa condition d'homme comme eux, sinon il n'est qu'une sorte d'infirme pitoyable.

Seuls les oiseaux semblent aimer Mattis véritablement. Et lui, comprend toujours leurs messages. C'est dans leurs bruits d'ailes, dans leurs empreintes légères qu'ils laissent dans les fossés, que Mattis déchiffre une écriture qui lui est destinée.

Le temps d'une journée, ses reves les plus fous deviennent réalité, et le font sortir de lui meme, devenir l'égal de ceux qu'il admire le plus. Ce jour-là, il est accueilli gentiment par deux jeunes filles avec qui il fait une promenade en barque. Mais la promenade s'achève, et avec elle l'espoir d'être devenu quelqu'un d'autre. Comme un malheur n'arrive jamais seul, sa soeur, l'être le plus aimé jusque là, se détourne de lui.

Alors, désespérément, mais de toutes ses forces et de toute sa volonté, Mattis essaie de forger lui-meme son propre destin, et c'est ce qui rend ce livre pathétique. Je crois que Vesaas a voulu montrer que seuls les simples ont accès à une réalité cachée, parce qu'ils savent aimer simplement et rêver naturellement.

Message rapatrié


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Jeu 8 Déc 2016 - 19:40
 
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Philip Roth

Le rabaissement

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Captur74

J'ai accroché à fond à ce petit livre qui nous raconte une descente aux enfers dans un texte d'une cohérence et d'une efficacité remarquables. Simon Axler, acteur reconnu à qui tout réussit, sent brusquement le sol s'effriter sous ses  pas à l’âge de 63 ans. Ses certitudes, son aptitude à jouir de la vie et à se rendre excellent, laissent la place à un questionnement existentiel mortifère. Il se croit sauvé quand il rencontre Pegeen, une jeune femme compliquée qui lui redonne le goût de vivre, l’estime de soi, le goût du jeu, l'aptitude à se projeter dans l'avenir, mais se révèle, sous ses dehors enfantins une cruelle mante religieuse. Le dégoût et le désespoir ont tôt fait de le rattraper… J'ai adoré la description de l'effondrement de cet homme à son zénith, incompréhensible pour lui-même comme pour les autres, son infantilisme et la fragilité de son égo apparaissant au plein jour. Simon s'accroche à cette idée folle de se croire sauvé par le seul fait de se payer une jeune femme dont il fait son jouet, et s’effondre en découvrant que le plus manipulateur n’est pas celui qu'on croit.

La blessure narcissique, la peur de vieillir sont décrits avec le brio habituel et l’humour de Philip Roth, une ironie tendre pour son personnage qui croyait tout avoir et se retrouve comme un enfant abandonné et désespéré. Il y a bien quelques pages où l’auteur s'est laissé aller à quelques techniques narratives un peu lourdes (un discours indirect qui enchaîne les « je lui ai demandé » et les « elle m'a dit »), quelques scènes de sexe un peu gore (mais qui finalement se justifient assez bien). Mais, une fois de plus je suis prête à tout pardonner à l’œil perçant et malicieux de Philip Roth ; (Je pardonne beaucoup moins à la traductrice Marie-Claire Pasquier –à moins que ce ne soit l’éditeur- qui n’ a rien trouvé de moins laid pour le titre que ce Rabaissement)

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #psychologique #vieillesse
par topocl
le Jeu 8 Déc 2016 - 10:06
 
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Iouri Mamleïev

Chatouny

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Captur59

Roman d'un abord difficile, je ne sais si c'est la traduction, mais j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire.
Une histoire complexe, comportant beaucoup de personnages excentriques pour ne pas dire fous dans une Russie pauvre et en perte d'identité.
L'histoire de personnages réunis par un désoeuvrement, des réflexions philosophiques et mystiques, Un Fiodor, homme au caractère clichesque d'un homme de Cro-Magnon, Une Claudia nymphomane, un Padov grand prêtre de son Moi spirituel, un père croyant devenant par sa perte d'esprit voyant la mort arriver, un poulet caquetant tout le temps.
Des scènes particulièrement glauques parsèment cet ouvrage, dérangeantes mais qui font réfléchir, ainsi que de longues réflexions sur l'usage des mots, l'usage des idées, la responsabilité des actes.
D'un rythme inégal mais avec un humour toujours présent l'auteur nous dévoile les carences identitaires d'un peuple russe qui ne sait plus quoi penser, d'une frange marginale qui se cherche.
Soyons honnêtes, je pense que l'on pourrait enlever un tiers du livre pour éviter les longueurs et les répétitions, mais ce livre demeure savoureux, il nous marque, nous pousse à réfléchir, nous fait douter aussi parfois.
C'est une belle découverte avec pour seul bémol la longueur, 300 pages en édition du Serpent à Plumes collection Motifs (j'aime beaucoup la taille, plus petite qu'un livre de poche), l'on peut en garder 200-220. Il n'était à mon sens pas utile de tant s'arrêter sur certaines situations ou réflexions. Malgré tout un bon moment.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Mar 6 Déc 2016 - 19:14
 
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Sujet: Iouri Mamleïev
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Giacomo Sartori

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 31ak3a10

Sacrificio

4e de couverture a écrit:Inspiré par un fait divers qui secoua voici quelques années le Trentin, Giacomo Sartori raconte ici une histoire noire et violente, celle d'un groupe de jeunes gens amis à qui tout semblait sourire. Mais un soir, au retour d'une virée, alors qu'ils s'emploient à guéer un torrent en crue à bord de deux véhicules tout terrain, l'un d'eux meurt noyé. Bouleversée par la tragédie - dont certains des témoins se sentent à juste titre coupables -, cette belle jeunesse aisée et désabusée va, tant bien que mal, tenter de recommencer à vivre, tout empêtrée qu'elle est dans les tracas du quotidien, alcool, drogues et amours difficiles. L'échec semble évidemment guetter ces personnages plus ou moins en situation de rupture et dont on se demande, au fil de ce récit d'une belle et fascinante rudesse, comment ils vont pouvoir s'en sortir.


Une lecture très poignante, très vive et brutale en émotions qui furent elles-mêmes nombreuses et multiples. L'on suit les péripéties de ce groupe survivant, en crise d'identité, en crise de vie finalement, l'on assiste à leurs relations sociales amicales et amoureuses difficiles, leurs interrogations envers l'avenir plus complexes qu'auparavant et cette perte fatale de l'innocence laissée derrière eux avec le drame qu'ils ont vécu.
Pas de mélodrame, pas de mièvrerie c'est brut, à fleur de peau, Marta la narratrice et héroïne possède une douceur désincarné dans son récit et c'est cette désincarnation, cette passivité face à ce qui est dramatique qui fait le plus de mal.
Le style est sans fioriture, clair et simple, le message délivré possède suffisamment de forces pour que l'auteur ne s'encombre pas de techniques esthétiques pour épaissir la densité de l'oeuvre. ce fut un moment de lecture très émouvant qui va indéniablement me marquer très longtemps et que je relirai à l'occasion.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Mar 6 Déc 2016 - 19:10
 
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Sujet: Giacomo Sartori
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Jonathan Franzen

Freedom

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Jonath11

Il y a fort longtemps, je racontais souvent à mes enfants un conte africain où la mère répétait à son enfant « Épaminondas, Épaminondas, qu’as-tu fait de la conscience que je t'ai donnée à la naissance ? ». Dans Freedom, l'Amérique serine à ses personnages « Patty, Walter, qu'avez-vous fait de la liberté que je vous ai offerte à la naissance ? ».

Pour s'en tenir à l'intrigue, Franzen raconte l'histoire de deux amis, aussi différents l'un de l'autre que peuvent l’être deux amis, qui sont pendant quarante ans amoureux de la même femme. Jules et Jim à l'américaine en quelque sorte, mais vraiment très américain. Un pavé subtil et tragique qui nous montre comment , bien qu'ils soient nés dans un pays démocratique, dans un milieu intellectuel et aisé, nos trois héros, gavés de bons sentiments, mais totalement immatures et égocentriques, vont écrire au fil des années leur propre malheur.

Cette toile de fond est l'occasion pour Franzen de  nous peindre une société américaine en pleine errance, pas une petite Amérique bêtement consumériste et sans cervelle, non, des Américains qui réfléchissent, pensent prendre du recul, mais dans un tel individualisme, un tel besoin de marquer leur territoire et montrer leur excellence, qu’ils n'arrivent pas à trouver leur place et détruisent tout sur leur passage.

Cela donne un livre joyeux et sarcastique, d'une richesse foisonnante, éblouissant d'idées et de détails, riche de scènes inoubliables, un portrait sans complaisance d'une société dans l'impasse.(Impasse que refuse Franzen dans les dernières pages fâcheusement un peu trop gentillettes). Tout au fil des 700 pages, il n’y a pas une baisse de régime, toutes les phrases sont pensées , brillantes, intelligentes, indispensables. Franzen aurait eu matière à 10 romans avec ce livre, et il choisit de nous offrir sa version du Grand Roman Américain.

(commentaire rapatrié)
mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Mar 6 Déc 2016 - 11:22
 
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Sujet: Jonathan Franzen
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Henry James

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41q5wi10

Un portrait de femme

Certains disent que « Un portrait de femme » est l’un des meilleurs romans de James. N’en ayant lu jusqu’à présent qu’un petit nombre, je ne peux me prononcer sur ce jugement. Mais, incontestablement, il s’agit là pour moi d’un vrai chef-d’œuvre.
L’auteur a construit un livre ambitieux, remarquablement construit, centré sur le personnage d’Isabel Archer, autour de laquelle gravitent des individus aussi très intéressants. Comme souvent avec James, la personnalité de ces protagonistes s’élabore par petites touches successives, non sans laisser en réserve des zones d’ombre, certains paradoxes et ambiguïtés.

L’ouvrage peut se diviser en deux parties. Dans la première, la jeune Isabel Archer, belle, intelligente, spirituelle, éprise de liberté, est avide de découvrir le monde, elle vit une sorte de conte de fée en Angleterre puis en Italie. Presque grisée, elle décline deux demandes en mariages dont l’un émis par un lord fortuné et « qui lui plaît ». Ses dialogues avec son cousin Ralph sont de petites merveilles, sortes de duels virevoltants à fleurets mouchetés ou chacun se dévoile (pas trop), cherche à deviner l’autre, s’agace, touche où cela peut faire mal (mais pas trop) ; scènes à mi-chemin entre Marivaux et Laclos. Mais bientôt le piège va se refermer sur Isabel, sans qu’on puisse définir quel en est le ressort principal : la fortune qu’elle a reçue grâce à Ralph qui voulait lui donner les moyens de laisser libre cours à son imagination ?  Le complot de Me Merle ? Le propre choix d’Isabel ? Toujours est-il qu’elle assumera jusqu’au bout sa condition, objet de la seconde moitié du roman. Maintenant, face à une triste réalité, Isabel a mûri, elle sait masquer ses sentiments, tempérer sa nature bouillante, faire preuve de patience. Vaincue, elle n’est pas brisée, elle reste entière, conservant toute son intégrité, elle a surtout gagné en profondeur. La preuve en est dans la dernière rencontre avec Ralph, d’une intense émotion, où chacun se livre enfin complètement à l’autre.

Clin d’œil : il y a une histoire de fantôme au début du livre qu’Isabel souhaiterait voir mais qu’elle ne peut pas, cette apparition étant réservée, selon son cousin, à ceux qui ont souffert « Il faut d’abord avoir souffert, et souffert beaucoup, avoir acquis quelque douloureux savoir » ; très logiquement Isabel apercevra le fantôme à la fin.
Pour terminer, un bout de dialogue qui résume bien pour moi ce beau portrait de femme libre :

« Vous tenez trop à votre liberté.
- Oui, j’y tiens beaucoup, je crois. Mais cela ne m’empêche pas de toujours souhaiter savoir les choses qui ne se font pas.
- Pour les faire ? demanda sa tante.
- Pour choisir, répondit Isabel »


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par ArenSor
le Mar 6 Déc 2016 - 9:34
 
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Sujet: Henry James
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Javier Cercas

A la vitesse de la lumière

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41hcwk10

A Urbana, dans le Middlewest, le narrateur, jeune écrivain espagnol qui n'est jamais qu'un double de Cercas, s’est lié avec Robney, un vétéran de la guerre du Vietnam  hanté par son passé (je fais court, c’est beaucoup plus compliqué et subtil que ça). Pendant des années, le jeune écrivain va souhaiter écrire cette histoire, la différant perpétuellement. Il lui manque quelque chose. Puis peu à peu les pièces du puzzle se combinent. L’écrivain  un temps aveuglé par le succès de son dernier livre (Les Soldats de Salamine à l’évidence) découvre peu à peu les pièces manquantes du puzzle, pour qu’enfin il arrive à mener à bien cette histoire de souffrance et de culpabilité. La propre culpabilité de l’auteur en est un élément primordial, qui lui fera effleurer une meilleure compréhension de son ami.

C’est donc la même histoire, transposée, que Les soldats de Salamine. Le parallèle entre les 2 est impressionnant, des coups de téléphone répétés pour retrouver la piste des témoignages manquants jusqu’aux trains  en partance qui interrompent les confidences. On croit, longtemps, lire le même livre.

Mais ici Cercas va beaucoup plus loin, car le narrateur et son « héros » sont des contemporains, des amis, des doubles. L'écrivain aussi est pris dans la culpabilité.


Trouver des coupables, c’est très facile ; ce qui est difficile, c’est d’accepter qu’il n y en ait pas.


Et cela donne une dimension émotionnelle qui manquait aux Soldats de Salamine avec de très belles scènes d'intimité. Les diverses rencontres entre les personnages, tous souffrants à leur manière, sont d'une tendresse mélancolique et souvent désespérée. Cercas joue avec un grand talent sur les silences, les regards, les gestes, les non-dits. A la vitesse de la lumière, qui parle de guerre et d’abominations, de la violence et de l’abjection de l'homme, réalise le tour de force d’être aussi un roman d’une grande tendresse. L’amitié y a une expression forte et pudique. La vie est bien différente de ce que la jeunesse en attendait,  mais, quoique complexe et impitoyable, elle n’interdit pas une certaine réconciliation, avec le monde, avec soi-même.

L'écrivain est le seul qui puisse sauver la mémoire de Robney, il le sait, écartelé entre son amitié et l'horreur des actes que son ami a commis. Il sait que cette écriture sera pour lui une délivrance qui lui permettra, peut-être, un départ vers le meilleur. Pardonner à Robney, c’est se pardonner à soi-même. Et tous, Robney, son père, sa femme comptent sur lui pour défendre la mémoire du soldat, même s’ils savent que :

je mentirai sur tout, mais uniquement pour mieux dire la vérité.



On ne peut qu’être fasciné de  voir s’entremêler le roman et de l’autobiographie, non par une espèce de curiosité morbide, mais parce que c'est le sens-même de l'écriture que Cercas interroge ici : l'écriture donne sens à la vie et la vie donne sens à l'écriture. Qu’est ce que la vérité, qu’est ce que la fiction, qu’est ce que l’art si ce n’est un moyen de survie ?

Ce roman, qui ressemble d’abord à un remake de Les soldats de Salamine, ouvre peu à peu d'autres pistes, il est encore plus achevé, il fouille au plus près l’intimité de l'homme et de l'écrivain, ses interrogations, ses errances et sa possible rédemption.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #psychologique
par topocl
le Mar 6 Déc 2016 - 9:04
 
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Ernesto Sábato

Le tunnel

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Images68

Juan Pablo Castel un peintre torturé, pris dans un tunnel d'incommunicabilité. Il croit un jour en sortir en tombant follement amoureux de Maria, en qui il  reconnaît la seule femme capable de comprendre le sens profond de ses tableaux et donc son sens profond à lui. Mais son amour ne s'entend que dans l' absolutisme, et Maria est une jeune femme libre... Il raconte dans cette confession comment, incapable d'admettre l'échec de cette résurrection  attendue, il en vient à assassiner Maria.

Plus que la description de cet amour contrarié par la jalousie, c'est l'implacable auto-analyse de  m'a tenue à ce livre. On endosse dès les premières pages une  chape de plomb dont aucun souffle n 'arrive à se libérer. Dans une lucidité totale,il dissèque sa propre personnalité et analyse les situations jusqu’à l'obsession, et, enfermé dans ce moi qui fait tout à la fois  sa fierté et son malheur mène à son terme son  un raisonnement implacable  .

L'écriture précise et économe de Sabato est à la hauteur de cet enfermement. On en sort oppressé, tenté malgré soi par une empathie pour ce personnage déchiré.



(commentaire rapatrié)



mots-clés : #psychologique #pathologie
par topocl
le Mar 6 Déc 2016 - 8:54
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Magda Szabó

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Captur57

La porte

Il s'agit d'un splendide portrait de femme, une vieille  femme, servante mais libre, et qui s'est construite sur les drames de sa vie. Mais surtout d'une relation tout à fait ambiguë, à travers  l'humble allégeance d'une femme de lettre face à une femme du peuple.
En effet, si elle tend à sacraliser Emerence, l'auteur trace un portrait d’elle-même, sans indulgence : psychorigide, pleine de de préjugés, accrochée à sa machine à écrire autant qu'à son intellect, à sa rationalité plus qu'à son cœur. A tel point qu'on se demande parfois pourquoi elle est fascinée par Emerence, avec ses humeurs, sa tyrannie, ses leçons perpétuelles, ses excès. Mais cette femme a un charisme, un passé et une intelligence affective qui l'expliquent.
Et on se demande encore plus pourquoi Emerence s’attache à sa « maitresse », ce n’est pas seulement pour Viola, le chien, c'est bien elle qu'elle l'aime, c'est que dans sa finesse elle perçoit en Magda (décidons de l'appeler ainsi et de faire la part belle à l’autobiographie) ce que l'auteur ne sait trouver en elle-même.

J'écrivais, j'étais encore jeune, je n'avais pas analysé à fond à quel point l'affection est un sentiment illogique, mortel, imprévisible


C'est au final dans le commentaire d'églantine que je me reconnais le mieux, c''est aussi pour moi
@églantine a écrit:Un récit qui dérange

de par
@églantine a écrit:l'incapacité qu'il nous est donné de comprendre toute sa complexité : il en découle un inévitable sentiment de frustration ......

En effet on n'est pas dans une histoire romanesque où tout colle et se suffit à lui-même, mais dans la vraie vie, où on ne comprend pas grand chose, où les mystères demeurent, où on se satisfait de ce qu'on a. et ce d'autant plus que ce bout de vie est raconté par une femme fascinée par autre qu'elle même, honteuse de sa propre « grandeur » et de ses petitesses.

La vraie vie ? Mais plus encore.
Par sa façon d'aduler Emerence, ( cette femme admirable par certains côtés, généreuse, «chrétienne» sans foi, mais aussi capricieuse, pire qu'exigente, et incapable de se mettre à la place de l'autre) mais aussi en se présentant elle-même comme si revêche, incapable d'un amour désintéressé, l'auteur fait entrer une part de subjectivité complète dans son récit, elle en est à la limite du pathétique par moment. Cette histoire est comme un conte où les personnages sont emblématiques et non de chair et d'os. Il y a d'ailleurs comme dans un conte des mystères, des pouvoirs quasi magiques,  une cache inviolable et tentatrice, la mort qui finit par ouvrir les yeux. Le chien  est  un compagnon fidèle et omniscient, qui prend par moments des allures de chœur antique. Tout  le véritable travail de l'écrivain apparaît là dans la transformation d'un récit autobiographique en un roman à la limite de l'onirique qui rend hommage aux petites gens.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Lun 5 Déc 2016 - 5:19
 
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Sujet: Magda Szabó
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Mathias Enard

Ou un autre genre, court et flamboyant:

L'alcool et la nostalgie  

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Images20
Longtemps que je n'avais rien lu aussi beau, et si triste.
À Moscou où Jeanne est partie étudier à la recherche de « l'âme russe », elle a formé avec Mathias jeune écrivain français paumé, jeune homme seul et désespéré : « ma vie à moi était bien vide », et Vladimir/Vlako/Volodia, russe brillant et cultivé, un trio infernal. Éperdus de drogue et alcool, ces trois se sont aimés, et déchirés, courant après d’inatteignables  chimères. Fuyant à Paris cette relation aussi passionnelle que délétère,  Matthias y apprend un an après la mort de Vladimir, et saute dans un avion. Plutôt que de rester à Moscou pour protéger  Jeanne (ou s’en faire protéger ?), il voyage trois jours le transsibérien, à la recherche vaine du village natal de Vladimir, dans un huis clos terrible. C’est une descente aux enfers solitaire, où il se remémore cette histoire, s'adressant désespérément à son ami mort. On est bien loin de l’exotisme sentimental habituel de ce genre de voyage. Malgré les bois de bouleaux qui défilent aux fenêtres  et le samovar au fond du wagon, il se laisse submerger par les forces maléfiques de ce pays qu’il a  adoré autant qu’haï, ses écrivains déchirés, son histoire sanglante.

Il ne s’agit pas, on s’en doute, d’une banale histoire d’amour à trois. C’est la rencontre désespérée de trois êtres en perdition, conscients de la déchéance que leur imposent les drogues, dans un pays lui-même en déliquescence. L’histoire marque son sceau par ses événements les plus terribles et Mathias Enard, adepte d’une commémoration intime et littéraire, nous parle de la révolution, du communisme, de la Kolyma, et des dérives du libéralisme. On croise au passage, et cela prend tout son sens après avoir lu Tout sera oublié, le mausolée de Lénine, le musée de la Kolyma, la cathédrale où on rend un culte aux Romanov, le monument qui marque la limite de l’avancée allemande . On est plongé comme dans beaucoup de ses autres livres, dans un monde terriblement violent qui écrase  des peuples impuissants.

Enard se dépeint en écrivain débutant stérile, ne sachant plus s’il se drogue pour écrire ou et parce qu'il ne peut écrire. C'est l'occasion de réflexions sur la littérature, les auteurs qui nous ont construits, les grands Américains, les géants Russes, ce que les livres nous ont apporté, comment ils nous font grandir, et nous protègent .

Quand je l'ai rencontré à Paris nous avions dix huit ans à peine, je débarquais de ma province j'avais l'impression de sortir de prison, de rentrer du Goulag, de Magadan ou d'ailleurs et de retrouver une liberté qu'en réalité je n'avais jamais connue, à part dans les livres, dans les livres qui sont bien plus dangereux pour un adolescent que les armes, puisqu'ils avaient creusé en moi des désirs impossibles à combler, Kerouac, Cendrars ou Conrad me donnaient envie d'un infini départ, d'amitiés à la vie à la mort au fil de la route et de substances interdites pour nous y amener, pour partager ces instants extraordinaires sur le chemin, pour brûler dans le monde, nous n'avions plus de révolution, il nous restait l'illusion du voyage, de l'écriture et de la drogue

.

L’écriture de Mathias Enard est proprement époustouflante. Il a un rythme, fait de grandes phrases entrecoupées, de répétition, on croirait entendre ce train, qui ne s’arrête jamais, ne reprend pas souffle, et la résonance rythmée que donnent les traverses. À moins que ce ne soit les chocs que la vie envoie  dans la figure de Mathias. Ecoutez ça.

Le café me remet dans les narines l'odeur de l'opium, j'ai une demi-tablette de rohypnol dans ma valise, mais je les garde en cas de coup dur, maintenant je préfère me laisser aller à la drogue douce du souvenir,  percé par les errances de ce train qui danse comme un ours sur ses retraverses, des arbres, des arbres de haute futaie, des arbres à abattre, holzfallen,  holzfallen, comme criait ce personnage de Thomas Bernhard dans son fauteuil à oreilles, en maugréant contre les acteurs et la bonne société de Vienne, jamais je n'écrirai comme ça, Vlado, tu sais, jamais jamais, cette langue inouïe, répétitive jusqu'à l'hypnose, méchante, incantatoire, d'une méchanceté, d'une méchanceté hallucinée, j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui explosait dans une étoile de tristesse parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue est un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras, dans la  douleur que signifiait la voir dans tes bras, dans mon absence apparente de jalousie, dans cette consolation joyeuse que ce soit toi dans ses bras, je savais qu'elle faisait ce que je ne pouvais pas faire, par éducation, par volonté, par destin, par goût tout simplement, elle occupait la place que je ne pouvais pas prendre et je vous regardais sans vous voir comme Thomas Bernhard  dans son fauteuil à oreilles, et c'était bien comme ça.


Parfois, Enard  donne la parole à Jeanne, et le ton est plus calme, fragile, presque humble. Quant à la forme, ce petit livre de 88 pages, Enard ne l’a sans doute pas choisie (c'était la copie qu'il devait rendre pour remercier d’avoir été invité avec une vingtaine d’écrivains, pour un voyage de deux semaines en transsibérien, une résidence mouvante en quelque sorte). Et certes,  j’aurais apprécié un énorme pavé, qui m’aurait laissé le temps de me morfondre et m’ennuyer à plaisir, comme Mathias dans son compartiment. Cependant, cette forme brève aussi m’a énormément séduite, avec une intensité, une violence, qui n'aurait peut-être pas été soutenable sous un plus grand format.



C’est un roman follement romantique c’est à dire romantique à la folie, d’un romantisme  des plus terribles et des moins mièvres.


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #mort #psychologique #regimeautoritaire #voyage
par topocl
le Dim 4 Déc 2016 - 5:33
 
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Sujet: Mathias Enard
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Joyce Carol Oates

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41zdof10

Les chutes


Ce livre nous fait traverser une vingtaine d'année de la vie d'Ariah, tout d'abord jeune mariée et qui finira, malgré son déni par être veuve 2 fois. Ariah se considère damnée, condamnée. Elle a perdu son premier mari le lendemain de ses noces... dans les chutes.... C'est de cette façon que commence le roman. Heureusement, il s'en suivra des années heureuses lors desquelles elle deviendra de nouveau épouse puis maman, sans oublier, toujours, son piano. Mais le sort s'acharne et elle cachera à ses 3 enfants les raisons de la mort de leur père, elle n'en parlera pas. Les enfants, adultes, ados, chercheront, tout naturellement, à mieux comprendre ; car au sein de la ville, leur nom de famille semble connoté.... Quelques longueurs parfois, mais c'est un livre où l'auteur nous entraîne dans le suspens et les ressentis de chaque personnage de la famille.


Lu en novembre 2014


mots-clés : #psychologique #famille
par Allumette
le Dim 4 Déc 2016 - 5:19
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Joyce Carol Oates

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41c3li10

CORKY

Corky, cet Irlandais issu des quartiers pauvres qui va se hisser jusqu'à la classe supérieure, jusqu'à devenir Conseiller municipal, grâce à ses amitiés, son audace, à son mariage avec la fille d'un riche agent immobilier. Le père de Corky a été tué par balles dans le dos devant la porte de leur maison alors qu'il n'est âgé que de 10 ans et il sera aussi privé de sa mère devenue folle et qui mourra elle aussi jeune. De ce drame, Corky en ignorera très longtemps l'origine mais en gardera une appréhension qui le fera se tenir toujours dos au mur dans les lieux publics. Corky ne sait résister ni à la boisson ni aux femmes et se trouvera embarqué dans des situations aventureuses, embarrassantes, dangereuses car comme beaucoup d'hommes au fond il est naïf. Parfois le lecteur à envie de le plaindre de se laisser attendrir par Corky, à d'autres moments on le trouve haïssable, opportuniste. Il sait qu'il a été lâche à plusieurs reprises, il se dégoûte parfois et cette lucidité sur lui-même nous permet de l'excuser.

Corky aime qu'on l'aime, qu'on l'apprécie. Il est dans une mauvaise passe en ce moment, problèmes financiers importants, rupture avec sa maîtresse et soucis avec la fille de son ex-femme. Il doit gérer tous ces problèmes et le suicide d'une amie de sa «belle-fille» ajoute à son malaise car il en vient à soupçonner son meilleur ami, le fils de l'actuel maire. Il ne maîtrise plus rien et pense à dénoncer son ami mais sa belle-fille joue les justiciers et il s'interpose. Gravement bléssé il reste quelques jours dans le coma mais finalement Corky l'Irlandais s'en sort et l'horizon s'éclaircit, il peut encore rêver à son avenir.

Ce livre est vraiment puissant, déroutant ; l'auteure «habite» le cerveau et le coeur de son personnage principal et elle nous en livre le contenu sans censure aucune. Une connaissance des arcanes de la politique et de l'émancipation de cette ville et de ses habitants. J'aurais voulu mettre des extraits mais il y en avait beaucoup trop que j'avais noté tellement ce livre est intéressant dans sa plongée libre dans les sentiments d'un homme.



mots-clés : #criminalite #psychologique
par Bédoulène
le Dim 4 Déc 2016 - 4:11
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Hubert Mingarelli

Un repas en hiver

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 97822310

Un court roman dans l'épure stylistique mettant en scène trois allemands , un polonais et un juif prisonnier autour d'un repas improvisé dans une vieille maison désaffectée lors de la seconde guerre mondiale .

Quelques minutes de réchauffement , quelques secondes de bien-être dans la communion pourtant improbable dans d'autres conditions , un élan fugace de compassion , un regard de haine engendrant une réaction compassionnelle impossible l'instant d'avant , un refuge névrotique pour l'un , un refuge éphémère dans le rêve pour l'autre , une armure d'insensibilité encore ou une absence à soi ....


Il a fallu faire partir le décor en fumée pour se réchauffer de la bonne soupe sur la cuisinière à bois : pour taire la faim , pour retrouver une étincelle d'humanité et d'éclat de fraternité ...Mais bientôt le bruit de la cuillère contre le quart vide annonce la fin de la trêve .


Cinq hommes dans la survie , l'âme abimée par l'histoire de l'humanité et le rôle que le destin leur fait porter : quel que soit le choix restreint du moment , les conséquences seront tragiques , comment garder un peu d'humanité face à une implacable destinée historique ....


La trivialité du moment décrite avec une sobriété quasi minimaliste laisse hurler le silence et fait résonner les pensées secrètes de chacun ou les absences intellectuelles ....Que reste-t-il de l'homme lorsque sa conscience se trouve prisonnière de l'absurdité de l'histoire ...


On pourrait disserter à l'infini : Mingarelli éveille les blessures secrètes de l'humanité par la petite porte intimiste ....


Inutile de vouloir refermer le livre : il vit en nous , c'est toute l'histoire du monde et de l'humanité auquel il est vain de vouloir échapper puisque nous en sommes créateurs ....


mots-clés : #psychologique #guerre
par églantine
le Ven 2 Déc 2016 - 14:41
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
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