Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 5 Aoû 2020 - 16:23

179 résultats trouvés pour psychologique

Fédor Dostoïevski

Les Carnets du sous-sol

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Parmi tout ce qu’on peut retenir de cette lecture (l’influence du romantisme européen, les parentés avec Baudelaire et Poe ‒ voire le Moravagine de Cendrars ‒, une possible prémisse de la métamorphose kafkaïenne en insecte, une première version de Crime et châtiment avec la rencontre de la prostituée et du anti-héros, que ce dernier est une victime des livres, comme madame Bovary et don Quijote, etc.) j’ai particulièrement été frappé par le souci constant du narrateur (confondu avec l’auteur) de se sentir intelligent, cultivé ‒ supérieur aux autres. La rage opiniâtre de se sentir méprisé (persécuté/ offensé), ou méprisable, est affaire de pouvoir :
« Je ne peux vivre sans exercer mon pouvoir sur quelqu’un… sans tyranniser quelqu’un… […] Un sentiment de domination et de possession. »

On pourrait croire à une réfutation anticipée de Freud : le vrai moteur, ce n’est pas le sexe, mais le pouvoir (qui se fait d’ailleurs nettement sentir dans les rapports sexuels). C’est si vrai que la "conclusion" charnelle avec Liza a eu lieu d’entrée dans leurs rapports. Et l’observation clinique du [maniaco-dépressif] (mettre le terme à la mode du moment) n’est pas le moindre intérêt de cette confession (rousseauiste), cette crise d’adolescent écorché vif.
« Tout d’abord, il m’était impossible d’aimer, car, je le répète, aimer, chez moi, voulait dire tyranniser et dominer moralement. Je n’ai même jamais pu me représenter l’amour sous une autre forme et j’en suis arrivé à ce point que je songe parfois aujourd’hui que l’amour consiste pour l’objet aimé à accorder de plein gré le droit de le tyranniser. Dans mes rêves souterrains je n’ai jamais pu m’imaginer l’amour que sous forme de lutte : je commençais par la haine pour finir par l’assujettissement moral, mais ne parvenais pas à me représenter ce que je ferais ensuite de cet être assujetti. »

« Tout cela provient de ce que je ne m’estime pas : mais celui qui se connaît peut-il s’estimer, ne fût-ce qu’un peu ? »

« En tout cas, je n’ai cessé d’avoir honte en écrivant cette histoire : ce n’est plus de la littérature, c’est un châtiment, une peine correctionnelle. »




Mots-clés : #psychologique
par Tristram
le Jeu 28 Mar 2019 - 23:43
 
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Sujet: Fédor Dostoïevski
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Kate Atkinson

Dans les replis du temps

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ça fait longtemps que je n'avais pas lu un livre de Kate Atkinson. Ce recul m'a fais penser à des trucs, liés à ce que j'en dis plus haut (du bien et que c'est drôle et psychologue) : c'est en effet assez drôle, mais j'ai été frappée par le fait que j'aime, alors que ma lecture de Kasischke, une autre auteur qu'on ne relie en général pas, avait soulevé des points que je trouve communs, et que j'aime ici, et pas chez Kaschiche, mais j'y reviendrai parce que ça m'omnibule :
le style.

Il n'existe pas réellement, à mon sens.Cette litterature ne cherche pas à briller par les tournures, elle est directe,  les phrases veulent dire quelque chose , elles avancent le sens, mais il n'y a pas d'identité qui nait de ça. Non la manière d'Atkinson c'est d'articuler les strates et la psychologie.

Ici on suit la narratrice, une très jeune adolescente, Isobel, et son regard froid, mais sensible, cynique mais sensible, pragmatique, enfin, mais passionné, est le fil rouge de la narration. On la suit, elle raconte ce qu'elle vit , ce qu'elle rêve, ce qu'elle pense.

En cela c'est aussi du Kasischke tel que je n'aime pas, "Regardez vous un peu, espece de trainée !glapit la Veuve, tandis qu'Isobel, les orteils tous contractés, se hâtait d'avaler son porridge".  Ainsi cette phrase en exemple, au pif. çanme fais aussi penser à certaines maladresses de Philippe Besson, qui question style est de la même famille , mais façon francophone. "Glapir", "porridge" (Besson ce sera "Martini") etc, normalement ça me gave.
Et j'ai détesté Kasischke et suis passée à côté de sa construction dramatique pour ça.

Alors pourquoi Atkinson me tient jusqu'au bout, pourquoi d'elle je dis "c'est de la grande Littérature Populaire" avec tout ce que ça a de très noble pour moi ?
Alors je pense que c'est d'abord parce que ça penche d'apparence sur la comédie, le ton est lèger, on dit des trucs grâves sur un ton mi figue mi raisin, et la comédie sociale prend le dessus sur des velleités qui paraitraient au fond snob. Grand bon point.

Mais surtout, en fait, cette fois, j'ai trouvé qu'en fait ce n'était pas si drôle que cela, mais profond , surtout profond.

Atkinson choisit la parole d'un personnage, elle la tient jusqu'au bout, et toute une psychée est explorée de manière impressionnante, de manière impressionniste mais très fine, Atkinson a certainement une empathie extrèmement bien rodée.

Isobel, le personnage, a grandit auprès d'une mère qui disparait du jour au lendemain. Tout le livre enclot ce mystère, l'éclaircit, mais à travers les strates de déni, de quête et de souffrance de cette enfant, et de son frère, et c'est une plongée au coeur des chocs affectifs, des dysfonctionnements de mémoire pour survivre.
un très très très beau livre. Accessible aux adolescents en plus. Je ne la vois plus comme avant. ce n'est plus un doudou, c'est une passeuse, un thérapeute, qui montre dans ce roman comment l'esprit se débat face à ce qui ne peut être ni énoncé ni admis.

Parlant avec une copine elle me dit que Kasischke a aussi écrit sur une histoire un peu similaire. Un roman où le père tue la mère.
La complexité de ses restitution du chaos mental semble me convenir infiniment moins. peut être parce qu'il est morbide.
Ici , chez Atkinson, le ton fait passer la pilule, pourtant se dessine plus d'une fois la terreur d'un geôle enfantine totale.

J'aimerais bien que l'un/l'une de vous ait lu ces deux auteurs pour m'aider à dépasser ce parallèle manichéen.

Voilà.



mots-clés : #culpabilité #enfance #famille #fratrie #psychologique
par Nadine
le Sam 2 Mar 2019 - 18:47
 
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Sujet: Kate Atkinson
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Fédor Dostoïevski

Le Rêve d'un homme ricidule, Bobok et La Douce. J'aime aussi ces trois nouvelles souvent réunies.
Si Dans mon souterrain est un livre en partie métaphysique, sa problématique est celle de la condition humaine. Et sur ce plan, il est étonnamment prophétique.

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 41d02p10

Dans La Douce, le personnage central interpelle lui aussi des interlocuteurs imaginaires. Mais contrairement au souterrain où le protagoniste cherche uniquement à se ronger et, finalement, à se détruire devant le corps de sa femme,  le mari de La Douce, lui, est hanté par des questions précises : que s'est il passé, et pourquoi serait-il responsable du suicide de sa femme ?
La quête angoissée d'une réponse, c'est le sujet même de la nouvelle.
"L'homme est est seul sur la terre", conclue t-il, ayant essayé  en vain de prier un Dieu absent.
C'est aussi un des premiers exemples de ce qu'on appellera plus tard "monologue intérieur."

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Le rêve d'un homme ridicule est un récit très curieux. Voilà un homme qui rentre chez lui désespéré et songe à se suicider.
Il s'endort et fait un rêve carrément édénique qui l'arrache à sa mortelle inertie.
Il a eu la révélation de l'amour et pense que sa mission désormais est d'apporter la bonne nouvelle aux hommes. Mais il se heurte à leur incompréhension. A leurs yeux, il est devenu plus ridicule encore. Pire, il est peut-être devenu dangereux.

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Quant à Bobok , c'est un exemple rare d'humour dans l'oeuvre de Dostoievski.
Un humour grinçant, méchant.
Voilà que les morts parlent entre eux dans un cimetière.
Quel est le sens de cette boufonnerie macabre, mélange de fantastique, de dérision et même d'érotisme ?
En tout cas, c'est un exemple d'une noirceur qui en surprendra plus d'un, habitué à une autre image de l'auteur.


mots-clés : #fantastique #humour #nouvelle #psychologique
par bix_229
le Mer 9 Jan 2019 - 19:00
 
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Sujet: Fédor Dostoïevski
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Philippe Lançon

Le lambeau

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Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.


Le lambeau est la version de Philippe Lançon sur un événement qui a  bouleversé sa vie, après avoir bouleversé toute une nation. La part intime de cet événement après lequel rien n’a plus été pareil : l’attentat de Charlie Hebdo où, si la France et le monde y ont perdu une naïveté, une légèreté,  Philippe Lançon a perdu ses amis, son visage et ses dernières illusions : il s’est perdu lui-même, « un événement qui, dans ma propre vie, mettait le reste entre parenthèses »

C’est une année de reconstruction, entre humilité et obstination, par un homme qui n'a pas pu parler ni manger pendant des mois.  Il s'y réinvente dans une prose qui est très loin d’être journalistique, mais au contraire profonde, brillante, littéraire pour tout dire.  Philippe Lançon n'a aucun souci de de l’universel (il n’y entre même pas): pas de revanche, pas de haine, pas de réflexion convenu sur le fanatisme…. dans une attitude qu’il ne juge même pas utile de justifier:le propos n’est pas là.

Alors n’est-ce pas se regarder le nombril que de ne parler que de soi, de reconstituer au jour le jour, détail après détail, sans en lâcher aucun,  une lutte certes admirable mais ô combien personnelle ? Certains penseront cela. Pour ma part j’y ai surtout vu un partage dans une complète sincérité - qui n’empêche pas les jardins secrets. Voilà ce que c’est d'être un homme, cet homme-là, en lutte tel qu’il est, et est devenu, dans ses faiblesses et dans ses forces, tel qu’il nous le relate dans une impudique pudeur. Car ce livre à lui seul est un oxymore géant, une perpétuelle mise en confrontation de la nuance et de la subtilité, du sérieux et de l’humour, de l’homme et de l’enfant, de l’intellectuel virulent et du patient désarmé, du sachant et de l'ingénu.

C’est aussi un magnifique hommage à ceux qui l’ont aidé : les amis, la famille (dans une recomposition circonstancielle), bien sûr : les toujours-là et toujours-prêts. Mais aussi  les soignants, menés par Chloé, la chirurgienne charismatique, auprès desquels il a trouvé non seulement une technicité hors pair, mais aussi un nid protecteur et stimulant où se ressourcer, constituant pour lui une sorte de balai de dieux et de héros. Et les policiers qui l’ont sécurisé 24 heures sur 24, tout à la fois d’agresseurs potentiels que de ses visions de reviviscence terrorisantes (oui il le reconnaît lui-même un journaliste de Hara-kiri qui remercie ceux qu’il n’appelle plus des flics, c’est assez savoureux). Et puis, aussi Proust dont il lit et relit la mort de la grand-mère, Kafka écrivant à Milena, La Montagne magique de Mann et son enfermement cotonneux , Bach, et toutes ces lectures, ces films, ces musiques,  cette vie antérieure qu’il ne  reconnaît plus, dans ce grand chambardement de la personnalité, de la mémoire et de la cognition, mais qui fut nourrissante, affectivement culturellement, qui fait ce qu’il est quand même, et ce qu’il devient , et, alors même qu’il ne se connaît plus lui-même, lui donne un terreau comme tremplin.

« La réflexion sur ces choses n’apporte rien. C’est comme si l’on voulait s’efforcer de briser une seule des marmites de l’enfer, premièrement on échoue, et deuxièmement si on réussit, on es consumé par la masse embrasée qui s’en échappe, mais l’enfer reste intact dans sa magnificence. Il faut commencer autrement. En tout cas s’allonger dans un jardin et tirer de la maladie, surtout si elle n’en est pas vraiment une, le plus de douceurs possible. Il y a là beaucoup de douceurs. »Ces phrases [de Kafka] me servaient depuis lors de bréviaire, et même de viatique.


C’est un texte somptueux, par son humilité dans une démarche qui aurait vite pu être auto-promotionelle, auto-apitoyée, larmoyante, vainement égocentrique, et aussi par son écriture, sa richesse en humanité et en culture, son émotion et sa pensée.

Philippe Lançon apporte ici une réponse à cette question qui , peut-être, je ne sais pas, rôde parfois en vous : à quoi sert la littérature? N’est ce pas, entre autres, apporter une parole réfléchie, intense face à d’imbéciles agissements, à un monde qui se disloque, donner encore une petite foi en l’homme, fourmi agissante, pensante et créatrice face à l’obscurantisme obtus. Une preuve d'humanité résiliente, en quelque sorte.

j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourrait un nombre incalculable de fois dans sa vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver.



mots-clés : #autobiographie #identite #medecine #psychologique #terrorisme
par topocl
le Dim 6 Jan 2019 - 13:08
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Elisa Shua Dusapin

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 31uysc10

Hiver à Sokcho

Originale : Français, 2016

CONTENU:
A Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune femme franco-coréenne rêve d'ailleurs dans une pension modeste. Chaque jour, elle cuisine pour les rares visiteurs venus s'isoler du monde. L'arrivée d'un Français de Normandie, auteur de bandes-dessinées, vient rompre la monotonie de l'hiver qui teinte tout et ralentit la vie par sa froideur. Ils s'observent, se frôlent, et à mesure que l'encre coule, un lien fragile naît entre ces deux êtres aux cultures si différentes, en quête d'absolu. Vont-ils se trouver ou rater une occasion ?

REMARQUES :
La narratrice travaille chez l’aubergiste Monsieur Park et retourne le week-ende chez sa mère. Celle-ci est vendeuse de possions sur le marché, très proche de sa fille. Mais on trouvera une sorte de résistance chez celle-ci. Pareillement une sorte de rejet-attrait, une harmonie une peu tordue, finement et délicatement dessinées dans le mariage qui se profile à l’horizon avec le mannequin Jun-Oh. Son père à elle, un Français, avait rapidemment disparu…, malgré cela : ses études à Seoul de la littérature française. Des questions qui demeurent dans le coeur, espaces vides ?

Mais ce petit roman d’une langeur presque typiquemment coréenne commence même ailleurs : L’arrivée d’un dessinateur français en recherche d’inspiration. Ici aussi : une forme de dissonance bizarre, un être à coté ET être attiré à la fois. Oui, une sorte de ballet d’évitements et d’attractions, me rappelant p ex un film comme « In the mood for love » de Wong Kar-Wai. Mais jamais une banale histoire de (seulement) de corps, mais quelque chose de « plus ».

Les phrases, la langue sont courtes et compréhensibles : pas de pose avec des grandes manœuvres et phrases. Ainsi le livre vient dans un certain sens dans une certaine simplicité et est plutôt un livre des tonalités douces. Qui cherche le brouhaha ordinaire et le grand bruits sera mal servi. Mais qui s’attarde un peu et essaie de comprendre les gestes à peine effleurées et dessinées, presque impalpables, trouvera une jeune auteure qui n’a pas pour rien gagné le prix Robert Walser.

Ce roman est en dehors de la soupe ordinaire et me plaisait beaucoup. Et j’y ajoute le plaisir personnel de retrouver la Corée où j’ai séjourné deux fois plus longtemps...


mots-clés : #psychologique
par tom léo
le Dim 6 Jan 2019 - 9:41
 
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Sujet: Elisa Shua Dusapin
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Claude Simon

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_10

Le vent, Tentative de restitution d'un retable baroque

Bon, il y a des points au bout des phrases et il se passe des choses. D'accord. Il y a même une belle part de mystère et une large place faite au dialogue. Mais cette drôle d'histoire de type pas encore vieux mais plus jeune (intermédiaire alors ?), Montès, qui débarque dans une petite ville du Sud pour une histoire d'héritage et semble errer seulement avant de rencontrer, de sembler ne pas interagir avec d'autres... en fait c'est très intense. Certes, il y a du mordant dans ce portrait de vie provinciale, et peut-être une petite part d'autobiographie avec son appareil photo autour du cou. C'est intense dans les sensations, les hésitations, les mots qui ne se prononcent pas ou les gestes qui ne se font pas. C'est tout sauf froid. Dénuement mélancolique mêlé de grande douceur pour entourer quelques débordements, des ignorances et des drames aussi.

Grand plaisir ou grande satisfaction ou satiété dans cette lecture. Manière, rythme, ça a beau être plus actif que le Tramway par exemple, à la fois ça se démarque par la recherche évidente, surtout on retrouve une manière d'atmosphère et de regard, des moments. Attentes, souffles, une patience et un retour vers le marquant discret. Une grande force aussi.

Expliquer le sous-titre je ne saurais pas le faire mais ça n'empêche pas d'être captivé par ce portrait fragmenté et profond. C'est merveilleux de pouvoir lire des écritures pareilles...

Mots-clés : #lieu #nouveauroman #portrait #psychologique
par animal
le Mar 1 Jan 2019 - 20:59
 
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Fédor Dostoïevski

Le Bourg de Stépantchikovo et sa population

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Dosto10

Titre original: Степанчиково и его обитатели (Selo Stépantchikovo i iévla obitatli).
Sous-titré: Extrait des carnets d'un inconnu.
Roman, publié en 1859, 370 pages environ.

C'est un des premiers écrits parus après ses dix années de bagne, concrètement le second roman post-Sibérie, après Le Rêve de l'Oncle. Comme Le Rêve de l'Oncle, c'est une comédie.

Le narrateur, Sergueï, en général désigné par le diminutif affectueux Serioja, étudiant de 22 ans, est convié par son oncle propriétaire terrien à l'époque du servage (c'est-à-dire "gens et biens"), un certain Iégor Illitch Rostanev, lequel est colonel et fortuné, à se rendre au plus vite à sa propriété de Stépantchikovo.
Cette demande est faite par une lettre un peu confuse, où transparaît l'urgence, dans laquelle l'oncle laisse entrevoir au neveu (le neveu n'a que l'oncle comme famille) l'obligation d'épouser une jeune gouvernante qui est à son service.

Peu avant Stépantchikovo, il rencontre chez un forgeron un familier de la maison de son oncle, Stépane Alexéïtch, qui lui dépeint les gens vivant sous le toit familial comme possédés par un certain Foma Fomitch, qui règne là-bas sans partage, et fait la pluie et le beau temps sous la protection de la Générale, la mère de l'oncle Iégor Illitch.

En effet, après un conciliabule avec son oncle, le jeune homme rate son entrée dans cet "asile d'aliénés" (c'est l'impression qu'il en a), en se prenant les pieds dans le tapis du salon, salon peuplé comme il se doit ce jour-là d'yeux non désintéressés guettant son arrivée...

Il y a une grande théâtralité dans ce Dostoievski-là.
C'est assez enlevé, drôle mais grinçant, douloureux par séquence.
Foma Fomitch est un caractère de manipulateur intéressé, type Tartuffe de Molière, pervers narcissique, pas très loin par instants de Thierry Tilly dans la vraie vie (vous savez, l'affaire dite des Reclus de Monflanquin), mais peut-être d'une moindre dangerosité que ce dernier spécimen.

Son emprise est totale, et il foule, rejette, ridiculise ou assouvit ceux qui le rejettent (au nombre desquels se comptera Sergueï).
(NB: Toujours à propos des Reclus de Monflanquin, j'ai lu que l'avocat des victimes, Me Daniel Picotin, ferraille toujours pour que le délit d'emprise soit juridiquement reconnu).

Iégor Illitch est riche, maladivement pusillanime et soucieux au plus haut point d'une tranquillité, disons même d'une harmonie dans les relations humaines, Foma Fomitch tient là une victime idéale...

Mais, c'est une comédie et non un drame, quelques amours, quelques plans plus ou moins pitoyables échafaudés, quelques pantalonnades pimentées d'un zeste de grandiloquence et d'affectation (du moins à nos yeux d'aujourd'hui -et d'ici- pour ces deux derniers qualificatifs), quelques imprévus et autre improbabilités rendent le livre d'un parcours fort agréable.  
 
Et puis il y a...

Cette façon de Dostoievski de fouiller au scalpel les âmes, d'exacerber les caractères, une manière d'aller au bout du travail d'écrivain lorsqu'un personnage est sorti de sa plume.
C'est un roman fort peuplé de personnages, Dostoievski excelle, comme toujours direz-vous, à d'abord le peindre en trois ou quatre traits efficaces, à bien le marquer dans l'esprit du lecteur, et ensuite à en tirer le maximum.

Et puis il y a...

Cette lave d'écriture parfois, ces élans d'encre bouillante, toujours contenus, dont les exemples les plus vifs qui me restent en tête proviennent de Souvenirs de la maison des morts, et qui font qu'une fois Le Bourg de Stépantchikovo... refermé, je me dis, comme ça, que mes lectures de L'Idiot comme des Frères Karamazov, lectures que j'avais reçues de plein fouet en fin de lycée (oui, je sais, ça remonte !) mériteraient d'être effectuées de nouveau...


mots-clés : #humour #psychologique #xixesiecle
par Aventin
le Lun 31 Déc 2018 - 18:29
 
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Sujet: Fédor Dostoïevski
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Leopoldo Alas dit Clarín

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La Régente

Voilà un livre que j’ai lu tout à fait par hasard : je l’ai aperçu en regardant les rayons d’une bouquinerie. Je ne connaissais même pas l’auteur de nom. J’avais trouvé quelque part un autre livre assez étrange, très intriguant, dans cette même édition Fayard, et c’est ce qui m’a fait tilter sur La Régente ― je dois dire que je trouve ces bouquins affreux, mais il s’agit ici d’aller au-delà des apparences ― qui était un autre livre absolument inconnu. C’était L’Ile du second visage d’Albert Vigoleis Thelen. Mais je veux parler ici du livre de Leopoldo Alas, connu sous le nom de Clarín. Il était par ailleurs un journaliste et critique très actif à son époque. On a l’idée en examinant ce livre d’un peu plus près, d’un écrivain très au fait de la littérature contemporaine (surtout française et espagnole) et des idées modernes, et qui souhaite y apporter une réponse originale.

Sur La Déshéritée de Benito Pérez Galdós publié en 1881 (soit quatre ans avant que La Régente soit entièrement publié), Clarín écrit :

Clarín a écrit:Un autre procédé employé par Galdós […] est celui déjà employé par Flaubert et Zola, avec des résultats si impressionnants : remplacer les observations sur la situation d’un personnage, faites fréquemment par l’auteur au moyen de sa propre voix, par l’observation du personnage lui-même et avec son propre style, mais non sous forme de monologue, mais comme si l’auteur était à l’intérieur de celui-ci.


Avec sa Régente, Clarín donne à lire un roman dont la narration multiplie ses formes, descriptive ou ironique, s’immisçant dans les pensées des personnages, dans leurs souvenirs, dans leurs stratégies ou leurs élucubrations. Le roman a quelque-chose de théâtral et même de musical, on aimerait bien voir les monologues s’interpréter, et voir quelques-unes de ses scènes se jouer. On dirait que tout Vetusta ― pendant fictif d’Oviedo, où l’intrigue du roman se déroule ― semble faire chorus aux incidents du récit, pour exprimer sa désapprobation. Dans un village, tout se sait, et La Régente (notre personnage) a une certaine notoriété. Par moments la narration nous laisse aussi imaginer la ville imaginaire dans son architecture, dans sa mentalité ambiante ainsi que son atmosphère météorologique : quelques passages où Clarín parle de l’humidité qui plombe les personnages ou les rendent malades, ou bien dans des moments apaisés, la lumière, les arbres et les feuillages de Vivero.

Tout le roman est en quelque sorte le portrait de Vetusta, en contraste avec tous ces efforts de modernité littéraire, cette ville porte bien son nom. Vétuste, figée et dans le passé et l’hypocrisie des traditions. Vetustain n’est pas seulement le nom de ses habitants, mais aussi le qualificatif d’un certain état d’esprit. Les personnages sont tous victimes (ou bourreau), des ragots des uns envers les autres, des médisances, ou des assiduités érotiques d’intrigantes ou de vicieux, à moins d’en être exclu par disgrâce. Par ailleurs il faut croire et respecter dieu (l'athéisme est "accepté" pourvu qu'il ne fasse pas trop de vagues), mais pas trop, c'est-à-dire ne pas l'adorer. Dans la même logique, on ne laisse pas trop voir qu’on est débauché. Tout ce qui sort de ce bon ton est stigmatisé, a-t-on un mot un français, pour désigner tout cela simplement ?

Clarín a écrit:Rien de plus ridicule à Vetusta que le romantisme. Et l’on appelait romantique tout ce qui n’était ni vulgaire, ni grossier, ni commun, ni routinier. Visita était le pape de ce dogme antiromantique. Regarder la lune pendant plus d’une demi-minute était pur romantisme ; contempler en silence le coucher du soleil… idem ; respirer avec délices l’air embaumé de la campagne à l’heure où soufflait la brise… idem ; parler des étoiles… idem ; saisir une expression d’amour dans un regard, sans qu’il fût besoin de rien dire… idem ; s’apitoyer sur les enfants pauvres… idem ; manger peu… Oh ! C’était le comble du romantisme.


Ana Ozores, la fameuse régente, s’inscrit donc en faux de cette tendance qui l’a répugne en son for intérieur ― elle est très loin, hélas, de manifester un engagement quelconque ― elle reste attachée à une vie de l’esprit qui se convertit suite aux circonstances et aux influences, en une piété vertueuse voire bigote. C’est que Don Fermín de Pas, un chanoine aussi nommé Le Magistral, avide d’influence sur les autres et habile dans l’expression cherche à la garder dans le giron de l’Eglise puis à la séduire physiquement. Il a pour adversaire un Don Juan plutôt matérialiste ― mais un matérialisme fort peu intellectuel ―, Don Alvaro Mesía. Les deux découvrent qu’ils sont amoureux.

On voit Ana balancer entre une forme de transcendance ― qui n’a rien de naïf, mais qui n’a ni le temps ni la possibilité de se développer de manière autonome ― et une attirance inavouée pour l’amour physique. L’origine de cette irrésolution entre deux penchants que Ana n’arrive pas à concilier est en quelque sorte raconté par elle-même, toujours dans un style indirect libre qui fait la spécificité du roman : elle se rappelle d’une escapade ― finalement tout à fait innocente ― avec un garçon. Une culpabilité toujours sous-jacente est née du scandale et des reproches que cela a causés. A la suite de cela, elle se promet une vie dénué de l’élément masculin, mais on lui impose vite un mari (le personnage au demeurant le plus drôle et le plus touchant du roman, un ornithophile créateur de machines vivant dans le monde de Calderón). Les souvenirs lumineux de ses premières lectures, la manière dont celles-ci résonnaient en elle, a favorisé en contrepoint une ferveur que son libidineux confesseur appelle panthéisme. Avec tous ces éléments, je n’ai pu m’empêcher de repenser à Anne-Marie, le personnage des Deux Etendards. La comparaison n’est pas à l’avantage d’Ana Ozores ― il est vrai qu’on est un demi-siècle plus tôt ― mais avec toutes ces promesses on aimerait la voir moins vulnérable, plus dégourdie.

Clarín a écrit:Pendant ces nuits-là, Ana fit des rêves horribles […] Une nuit, La Régente reconnut dans ce souterrain les catacombes, d’après les descriptions romantiques de Chateaubriand et de Wiseman ; mais au lieu de vierges vêtues de blanches tuniques, elle voyait errer, dans ces galeries humides, étroites et basses, des larves dégoûtantes, décharnées, revêtues de chasubles d’or, de chapes et de manteaux de prêtres qui, au contact, étaient comme des ailes de chauves-souris. Ana courait, courait à perdre haleine sans pouvoir avancer, à la recherche de l’ouverture étroite, préférant y déchirer ses chairs plutôt que de supporter la puanteur et le contact de ces masques repoussants ; mais quand elle parvenait à la sortie, les uns lui demandaient des baisers, les autres de l’or, et elle cachait son visage en distribuant des monnaies d’argent et de cuivre, tandis qu’elle entendait chanter des requiems sardoniques et que son visage était éclaboussé par l’eau sale des goupillon qui s’abreuvaient dans les flaques.


Le livre est épais, oui, mais les pages sont épaisses. On dirait que Fayard cherche à canaliser ses textes fleuves dans de longues lignes et de grandes pages... un monde se referme lorsqu'on a terminé le livre. Mais qu'on se rassure, la bêtise, comme l'a dit l'autre, est infinie.


mots-clés : #psychologique #religion #romanchoral #xixesiecle
par Dreep
le Ven 30 Nov 2018 - 12:47
 
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Sujet: Leopoldo Alas dit Clarín
Réponses: 4
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Marie Darrieussecq

Tom est mort

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Aucune école, aucun pays, aucun livre, aucune conversation, ne nous avait préparés à ça.


Dix ans après, la mère de Tom jette des mots sur un cahier, des mots, des phrases, dans un style haletant et écorché, un chaos de douleur, de solitude, d'anéantissement, ce cri perpétuel en soi. Tom est mort il y a dix ans, il avait quatre ans et demi, il est là tous les jours avec elle. Ses souvenirs sont à la fois précis et vagues, nets ou reconstruits, de cette longue errance, ce retrait du monde,  ce trajet déchirant à continuer avec Stuart, son mari, et Vince et Stella ,ses enfants qui eux sont devenus ados. A ne pas s'habituer ( à refuser de s'habituer), à chercher à faire un deuil impossible, qui ne soit pas un abandon.

Celle qui est morte avec Tom c'est la mère de Tom. Reste la mère de Vince et la mère de Stella. La mère de Tom n'est plus. Celle que Tom voyait. Celle que j'étais dans le regard de Tom, née avec Tom et pour Tom. 10 ans après, je me souviens mal d'elle. Je me souviens de Tom. Il me semble que je pourrais, pendant quatre ans et demi plus une grossesse, faire défiler, minute par minute, sa vie entière. De la première échographie à la dernière image. Je le contiens, il est avec moi. Mais dans les blancs, dans les moments où il était à l'école, dans les moments où il était loin de mon regard, qui était la mère de Tom ? Je ne la vois plus. Dans les blancs elle disparaît. Il m'a peut-être emportée. Il m'a prise avec lui. C'est une idée presque apaisante. Me dire que je l'accompagne, où qu'il soit. Que je lui suis un peu d'aide. Et qu'une écorce vide reste ici à faire mes gestes et à garder mon souffle, une femme de paille.


Je dois dire que je me suis laissée prendre, j'ai cru que Marie Darrieussecq avait réellement vécu cette chose-là, que c'était une autofiction. J'avais oublié l'histoire du plagiat lancée par Camille Laurens à la parution du livre (il va me falloir lire le livre de Camille Laurens...). Ce n'est  qu'au dernier paragraphe, tant attendu, mais qui révèle le caractère écrit, structuré, romanesque, que j'ai compris. Non, c'était bien une fiction de bout en bout.
Et puis : qu'est ce que ça change ?



mots-clés : #culpabilité #mort #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Ven 23 Nov 2018 - 16:31
 
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Sujet: Marie Darrieussecq
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Friedrich Dürrenmatt

La Promesse ‒ Requiem pour le roman policier

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 La_pro10


Un policier très capable et rigoureux promet à la mère d’une fillette massacrée de retrouver le meurtrier. Il abandonne tout pour mener une enquête privée, se servant d’une fillette similaire comme appât, se diluant peu à peu dans l’attente et l’alcool.
C’est le supérieur hiérarchique de l’enquêteur qui narre les évènements. Sans être Suisse, je m’y reconnaîtrais facilement :
« Je passais dans ce que j’appelais ma "boutique", un petit réduit tout enfumé à côté de mon bureau officiel, où je me fis monter une bouteille de Châteauneuf-du-Pape que j’envoyai chercher dans un restaurant proche du pont de la Sihl. Je bus un verre ou deux. Cette antichambre, j’aurais mauvaise grâce de le nier, était dans un désordre épouvantable, et l’on pouvait y voir quantité de livres au milieu des dossiers ; je professe l’opinion que c’est un devoir qui incombe à chacun, dans notre pays d’ordre et de propreté, de se ménager quelque part, de constituer par principe de petits îlots de désordre, quand bien même ce ne serait qu’en cachette. »

L’épreuve du guet auprès de l’"appeau humain" use aussi ce commandant, le menant à un état d’esprit paradoxal :
« A force de m’user les yeux sur elle, je la trouvais si banale, si quelconque, si commune et si vulgaire, cette gamine idiote, que j’aurais pu la tuer, l’étrangler de mes mains, la piétiner rien que pour ne plus l’entendre recommencer à chanter sa chansonnette imbécile ! »

Une atmosphère vaguement sordide, horrible, amorale ou immorale, en tout cas difficile à définir, baigne la Suisse pas si prospère et policée de ce roman policier ‒ il n’y a d’ailleurs pas de morale finale à cette chronique d’un effondrement obsessionnel (et/ou malchanceux ?!) dans la folie, même si elle mène à un dénouement inopiné.
Peut-être plus encore que La Panne, qui aborde aussi la fatalité avec humour noir, La Promesse est très bien écrit, déployant toutes les ramifications imbriquées du thème abordé : voir par exemple la conception du piège due aux observations sur la pêche.
Le sous-titre prévient que ce livre a pour vocation de rendre obsolète la logique appliquée des enquêteurs en littérature policière ; dès le début, le narrateur affirme ce credo que l’auteur veut illustrer :
« Dans vos romans, par contre, le hasard n’intervient pas, ne joue aucun rôle ; ou alors, s’il intervient tant soit peu, c’est pour aussitôt se travestir en Destin ou en Providence. Avec vous autres, les écrivains, la vérité finit toujours par être sacrifiée sur l’autel des Règles de l’art dramatique. Mais bon sang ! Fichez-les donc en l’air une bonne fois pour toutes, ces sacro-saintes règles ! La vie ne se présente pas comme un simple problème arithmétique ; une affaire ne saurait se régler comme une équation, pour la bonne raison que nous ne connaissons jamais tous les éléments, que nous ne possédons que quelques données seulement, et qui ne sont la plupart du temps jamais que très accessoires. Le grand rôle, c’est pour le hasard, l’imprévu, ce sur quoi l’on ne peut pas compter, la part énorme de l’incommensurable. »

En la circonstance, le hasard prendra une forme inattendue, celle de l’absurde.




mots-clés : #polar #psychologique
par Tristram
le Mer 14 Nov 2018 - 20:27
 
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Pierre Jourde

Winter is coming

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_76

C'est l'un des livres les plus terribles, les plus noirs que j'aie lus. Quand on ouvre ce genre de livre, c 'est ce qu'on cherche, vous me direz.

Alors que la vie coulait pour Pierre Jourde un peu comme pour tout le monde, sans doute même un peu mieux que la moyenne,  on a diagnostiqué chez son fils de 19 ans un cancer du rein, d'une forme très rare, 12 cas au monde, et très virulente, pas de survie au-delà de 2 ans. Gabriel, dit Gazou, cet enfant pas encore homme, cet homme encore enfant,  aura droit à 11 mois.
Une histoire sans espoir aucun, racontée rétrospectivement, pas encore sorti de cette douleur dont il ne sait pas s'il en sortira jamais.

N'attendez pas une histoire de petits faits au jour le jour, de petits détails, de petites anecdotes qui permettent de reprendre souffle, de beaux détails sauvés dans ce marasme qui font quand même croire en la vie, C'est au contraire, malgré un vague souci chronologique, une grande déferlante sans répit faite de noirceur, de colère, de rage, d'impuissance et de fatalité. Cela reste sobre et contrôlé, parfois superbement écrit, avec parfois une note d’humour pour mieux cibler la naïveté  de l'équipe patiente (Gazou et sa famille), la vanité des espoirs et des dénis, mais il n'y a pas une seconde où souffler. C'est un homme qui se noie à voir son fils se noyer. Ce n'est pas un cri, mais une longue et déchirante vallée de larmes.

Si je comprends bien à quoi ça sert d’écrire cela, j'en suis toujours à me demander à quoi ça sert de le lire, et à y retourner, quand même. Un partage d'humanité, une oreille à ce qui se doit d'être dit ? Une façon de conjurer le sort? Une honnêteté à reconnaître que mes petits emmerdements, je ferai bien de ne pas trop m'en soucier ? Professionnellement une façon de comprendre ce qui se passe de l'autre côté de mon bureau ? Je ne sais pas. Mais mon cœur serré  doit bien y trouver quelque chose....


Mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #psychologique #relationenfantparent #temoignage
par topocl
le Mer 7 Nov 2018 - 18:22
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Jens Christian Grøndahl

Quelle n'est pas ma joie

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 31n7g111

La narratrice, Ellinor,  vient de perdre son époux. Elle écrit à sa meilleure amie Anna , ancienne première épouse, décédée depuis longtemps et dont elle a « pris la place ». Cette meilleure amie avait eu une liaison avec le premier époux d'Ellinor. (Oui, c’est compliqué, mais c'est le livre qui est comme ça.) C'est l’occasion de revenir sur ce qu'Ellinor a été enfant, d'où elle vient (une union éphémère de sa mère avec un soldat allemand), et de cette impression d'être toujours « de trop », de la honte.

C'est une histoire biographique compliquée, avec un matériau très riche, peut-être un peu trop pour la brièveté du livre. On y retrouve ce qui a l'air de faire la marque de fabrique de Grondahl, une femme qui se retourne sur son passé, une certaine apologie des renoncements, l'empreinte d'une enfance qui ne s'est pas épanouie. C'est un peu la même histoire, d'une certaine façon, que Quatre jour en mars et c'est un peu aussi les mêmes maladresses qui alourdissent, avec cette complexité du récit du fait des flashbacks, et aussi ici du fait quelle s'adresse (« tu ») à Anna mais d'une façon si indifférenciée que  tout au fil du livre je me retrouvais à croire qu’elle s'adressait en fait à son défunt mari et qu'il fallait me recentrer. Cette histoire de vie est un éloge de la simplicité, et d'un certain dépouillement, et elle aurait sans doute gagné à un récit linéaire.


Mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Jeu 1 Nov 2018 - 10:00
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Jens Christian Grøndahl

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Gronda10

SILENCE EN OCTOBRE

Après dix huit ans de vie commune, Astrid quitte le narrateur de cette histoire.
Elle lui a seulement dit qu'elle allait voyager. Il n'en saura jamais plus. Sinon indirectement. Elle a quitté le Danemark pour le Portugal où ils avaient voyagé ensemble dix ans auparavant...
L'assaillent aussitôt toutes les questions qu'il ne s' était jamais posées. Trop absorbé par son travail de critique artistique, sa famille, ses habitudes. Parce qu'il n' était pas besoin de mots entre sa femme et lui. Pensait-il.
Etait-il heureux avec elle ? Etait-elle heureuse avec lui ? Etaient-ils heureux ensemble ?

"Il m'est apparu soudain que nous n'avions pas vécu ensemble, mais l'un à côté de l' autre, chacun dans notre monde, avec les enfants comme dénominateurs communs."

Plus sa réflexion s'approfondit et plus le doute  s'installe en lui.
Que savait-il, que croyait-il savoir ? Se refusait-il de voir ?
Les souvenirs se brouillent, s'estompent, se modifient.

"Je dois tout réinventer, tout en sachant bien que je risque ainsi de recouvrir le peu que j' aurais peut-être mis au jour pendant ce temps. Tout en brodant mon histoire, je me rends compte à quel point une vie reste pleine d' ombres et de silences. Comment prend-elle forme ? Pourquoi a-t-elle pris cette direction-là, cette direction décisive ?"

Les seuls témoins, les enfants, sont devenus adultes et vivent leur vie. Le narrateur a parfois envie de les interroger, mais les scrupules l'empêchent de le faire.
A certains moments, la nouveauté de sa situation, la solitude, l'incitent à envisager ce qu'il n'a pu faire pendant ses années de vie commune. Il se dit qu'il va s'habituer peut-être.
A reconsidérer sa vie passée, ses fréquents voyages, les femmes qu'il a connues et aimées, avant et après son mariage, il réalise qu'il s'en est fallu de peu  pour que sa vie change radicalement.

Son questionnement ne l'a pas vraiment aidé. Il l'a conduit à des impasses, des questions sans réponses. Et qui le resteront, puisqu'on n'a qu'une vie.

"Peut-être avais-je passé toute ma vie à rêver, peut-être est-ce ainsi que nous passons tous nos vies jusqu'à ce qu'arrive l'instant, tôt ou tard, où nous nous réveillons face à un néant intégral."

Tel est ce roman introspectif que je qualifierai de psychologique, même si c'est un qualificatif lourd à porter.
Pourtant ce genre est classique et indémodable quand il est réussi.

Récupéré


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mer 31 Oct 2018 - 15:16
 
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Jens Christian Grøndahl

Quatre jours en mars

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 31n7g110

L'idée de départ est assez séduisante. Une femme architecte approchant la cinquantaine, dont tout porte à croire qu'elle a assez bien réussi sa vie, est confrontée, au cours de quatre jours, à des difficultés qui vont l’amener à un retour en arrière sur son passé familial, puis un changement radical de conditions de vie. Dans ce temps singulier de quatre jours, son fils adolescent est arrêté pour avoir participé au tabassage d'un jeune arabe, et la relation qu'elle a avec un homme marié plus âgé va entrer dans une phase de rupture. C'est l'occasion pour elle, par petits flash-backs intriqués les uns dans les autres, de revenir sur son histoire personnelle ainsi que sur celles de sa mère et de sa grand-mère. Toutes trois sont  des femmes qui ont souffert dans leur enfance d'un certain manque affectif, ont échoué dans l'accomplissement de leurs relations amoureuses, et n’ont pas su transmettre à leur enfant l'amour que celui-ci aurait souhaité. Comme si une certaine fatalité se transmettait d'une génération à l'autre.

Ce n'est pas pour rien que le roman se situe en mars, puisque, une fois le livre refermé, on imagine que l'héroïne pourra courageusement renaître de ses cendres, sans pour autant que cela soit un happy-end niais

Le récit se constitue sur quatre jours, qui constituent les quatre parties du livre, où on ne lâchera Ingrid d'un pouce, la suivant dans ses actes et dans ses pensées. Elle recherche ce qui dans son passé et celui de sa famille a pu être déterminant dans les échecs qu'elle rencontre. Ce qui gêne,  c'est ce parti pris de flash-backs menant eux-mêmes à un flash-back puis un autre encore etc. selon le système des poupées russes. On se perd  dans ces personnages multiples aux histoires complexes, on ne sait plus toujours si on est dans le présent ou dans le passé d'une telle ou de l'autre. Il règne une certaine confusion qui « alourdit » la lecture . L'histoire reste pour autant attachante, en prise très directe avec la vie, et fait passer un assez bon moment.

Commentaire récupéré 2011

Mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par topocl
le Mer 31 Oct 2018 - 9:46
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Henry James

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 97827510

La Coupe d'Or

Même si la fascinante et complexe façon dont la narration se déploie a nettement plus d'importance que l'intrigue à proprement parler, qu'elle développe, mettons tout de même quelques-mots dessus : deux couples mariés se fréquentent, discutent entre eux avec la plus délicate mais apparente bienveillance. Personne ne se dit la vérité, tandis que l'époux de Maggie a une liaison avec Charlotte, elle-même épouse du père de Maggie.

James alterne les points de vue au cours de son livre, ce qui nous permet d'opposer les perceptions de chacun. Une attention à ce que ressentent les personnages ainsi qu'à tous les détails infimes est portée par cette écriture avec son réseau d'images et de subtilités qu'on suit pour mieux comprendre son développement. On a l'impression que le style de James se dompte, avec les charges qu'il envoie, et malgré tout on fait face, on enchaîne les pages avec plaisir s'il on est sensible à cette façon de caractériser des choses à plusieurs facettes, les ambiguïtés des personnages ou des situations parfois nébuleuses d'autres fois très drôle. On se sent complice avec James, on a envie de continuer après la page final...
Définitivement une conquête.

Mots-clés : #psychologique
par Dreep
le Dim 21 Oct 2018 - 21:37
 
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Marie Cardinal

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Une vie pour deux

Un couple, Simone et Jean-François, essaie de s'en sortir tant bien que mal. Ensemble, ils vont entreprendre un voyage de quelques mois. En compagnie de Simone, nous serons témoins de certains épisodes de sa vie de même que de cette démarche qu'elle entreprend avec Jean-François. Comment retrouver le fil perdu des années et communiquer à l'autre son histoire de femme? Jean-François découvre une femme morte sur la plage, qui est-elle? À deux, ils réécriront l'histoire de cette femme et, en filigrane, celle de Simone s'exprimera.


Simone, après vingt années de mariage, une fois les enfants partis, lors d’un voyage prévu pour se re-rencontrer avec son mari, va explorer sa vie, ses interrogations, ses doutes, son sentiment de sacrifice à ses enfants… Elle se retrouve à Corvagh, lieu de leurs vacances, avec son marin, cet inconnu avec lequel elle a partagé 20 ans, celui qu’elle ne connait plus vraiment, comme il ne la connait pas non plus. Chacun étranger l’un à l’autre. Elle exprime ses doutes, ses interrogations, ses frustrations, ses souvenirs de vie, de solitude à côté de lui, leurs divergences, etc, comment elle était la mère et non la femme, comment lui s’est tourné vers d’autres femmes, comment la société lui enjoignait d’être cette bonne mère, comment elle s’en est oubliée et le lui a reproché.

Au-delà de l’histoire de ce couple, ce roman est surtout une introspection, une rencontre de Simone avec elle-même, cela d’une manière assez originale. En effet, après quelques jours de vacances, le mari de Simone, Jean-François, découvre sur la plage un cadavre. C’est ce cadavre qui va ranimer les accusations et crises  de Simone envers son mari, car elle sent dans ce cadavre comme une nouvelle maîtresse entre son mari et elle. Puis, ils vont se l’approprier à deux, tentant ensemble d’écrire l »histoire de la morte, lui prêtant des sentiments, lui inventant une vie, ce non sans désaccords. Au travers de cette vie inventée, Simone se confronte à la sienne, car, au final, cette vie qu’elle construit à la morte avec son mari, c’est la sienne, ses non dits, ses frustrations, ses rêves avortés déçus, etc, qu’elle projette sur la morte.
Au ravers de l’histoire inventée de cette incinnu, elle apprend à se découvrir, tout en même temps qu’elle montre et dit enfin qui elle est à son mari, qu’elle lui livre des bribes de ce quelle a vécu.

C’est l’histoire d’une femme enfermée en elle-même, qui n’a jamais, jusque là, pu se libérer du carcan sociétal et familial, qui n’a pu sortir des chemins tracés, de la figure de ce que doit être une mère imposée, et n’a pu se rencontrer elle-même, en tant que femme, et en tant que libérée, que lors de rares événements de sa vie

Cette vie de femme, qui pourrait je pense être celle de nombreuses femmes de l’époque, est écrite avec toute la profondeur de la plume de Marie Cardinal, avec son style si particulier alliant, juxtapositions et métaphores en association libre. Une écriture où elle emmêle réalité et fantasme sans filtre, où elle nous amène dans les tréfonds de la pensée de Simone, dans ses aspirations, ses « perversions » dans cette jouissance scopique qui a pu être la sienne, ses renoncements, …
Ce roman est comme une psychanalyse du personnage, en tous les cas il en suit les rouages, de la mise en mots à la découverte de soi.  

Pour autant, parcourir cette vie de femme, aujourd'hui, là où j'en suis personnellement, n'a pas pu m'amener à vraiment entrer dans le roman et apprécier. Ce roman est superbe à mon sens, mais il vient interpeller, interroger, certaines part en nous qui vont, ou pas, faire résonnance. Et cette vie de femme, bien que très bien analysée, menée, présentée, n'a pas retenue mon adhésion car c'est simplement pas ce que j'ai envie de lire en ce moment.


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par chrysta
le Jeu 4 Oct 2018 - 7:52
 
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Willa Marsh

Le prix de l'innocence :

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 W_mars10

Pique-nique et virées en décapotable le week-end, premières cigarettes, premiers slows : poussée par ses amis Vanessa et Tony, si joyeusement délurés, l'innocente Fiona prend goût à la liberté. Ce n'est pas la même chanson pendant la semaine. Au grand magasin Winslow, elle doit subir les remontrances de la terrible Mme Ferrars, chef du rayon verre et porcelaine. Elle découvre, stupéfaite, un monde d'intrigues et de coups bas.
Trois décennies plus tard, Fiona reçoit une lettre de Vanessa lui annonçant la visite de son fils Alex. Les souvenirs affluent... Peu à peu, pour Fiona, tout s'éclaire.

(Quatrième de couverture.)

Honnètement, le résumé ne rend pas vraiment l'atmosphère du roman.
On côtoie deux amies, essentiellement, en découvrant leur jeunesse, leur monde du travail et leurs sorties et alternent les chapitres où l'une des deux nous raconte leurs histoires, ce qu'elles sont devenues, leurs vies; leurs couples, leurs familles, leurs chagrins d'adultes.
C'est très "british" autant dans la personnalités des protagonistes que dans les situations, les tasses de thé, le tweed...

Mais c'est aussi bien autre chose : le bilan de vies, les caractères bien décrits, ce que la vie fait de toutes ces personnalités , qu'elle malaxe et façonne.
Et bien sûr, il y a de la retenue, des secrets, des bassesses , des bavardages, des regrets.

La fin risque de différer de ce que vous attendez. L'auteur sait bien nous manipuler et j'ai aimé cela !

mots-clés : {#}initiatique{/#} {#}psychologique{/#}
par Invité
le Lun 1 Oct 2018 - 17:55
 
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Sujet: Willa Marsh
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Patricia Highsmith

Monsieur Ripley

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Monsie10

Encore un livre lu de Highsmith, qui confirme son procédé d'écriture : elle nous fait suivre de l'intérieur les pensées d'un homme , la logique qui l'habite, et c'est assez magistral. Ce n'est pas du point de vue stylistique, bien qu'un certain génie préside à la manière de dérouler, ralentir ou accélérer les soliloques, mais du point de vue de la psychologie qu'elle fait mouche : l'auteure singe si bien nos mouvements émotionnels que l'intériorité de Ripley sait montrer comme la base du criminel ressemble à la nôtre, comme pourtant un léger pas de côté, supplémentaire, fait dérailler le Droit. C'est une lecture qui m'a happée, mise mal à l'aise, d'ailleurs je vais cesser un peu l'exploration de l'auteur.
Après cette lecture , mes pensées intérieures me semblaient toutes douteuses, vous savez , les mouvements d'orgueil, les fantasmes, les opinions sur nos cercles sociaux, toute la dialectique du masque me semblait avoir potentiellement investi ma psychologie, l'auto critique était prégnante, la quasi peur d'être dysfonctionnelle socialement !! Franche poilade, en rire jaune.
Le pire étant qu'on a de la compassion pour Ripley, qui est totalement en incapacité émotionnelle d'être au monde, sauf en le filtrant via un scénario pour y paraître.
Effrayant, aussi, parce qu'une part de ces dysfonctionnements que Highsmith sait si bien décrire me semblent fonder bien des psychoses, sans que celles-ci heureusement, ne permettent des passages à l'acte criminel, mais la paranoïa, le narcissisme , sont décrits de manière aigüe et si empathiquement qu'on est pris dans cette perception totalement tragique.
Je pense à ces personnes  qui une vie entière mentent à leur entourage, Jean Claude Romand, par exemple. J'ai l'impression que c'est la même gamme de fonctionnement, ce n'est pas un polar qui définit le "Mal" clairement, il plonge plutôt dans la logique brillante d'un esprit différent et dangereux.
Glups


mots-clés : #criminalite #pathologie #polar #psychologique
par Nadine
le Lun 3 Sep 2018 - 9:56
 
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Sujet: Patricia Highsmith
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Irvin Yalom

Ca va un peu prolonger ce qu'écrivait Arturo dans le précédent post...

Comment je suis devenu moi-même ? (2018)

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Devenir soi-même, c’est toujours un peu con, si on le savait on irait droit dessus. Nonobstant, certains bouquins de développement personnel se mettent en tête l’idée de nous faire advenir à nous-mêmes à l’aide de petits trucs et de petites astuces qui permettent également, et assez insidieusement, d’augmenter notre aptitude à entrer dans le rang d’oignons sans faire pleurer les éplucheurs de légumes. La méthode de Yalom est un peu différente : devenir soi-même, c’est vieillir, tout simplement. Appréciez la subtilité de l’idée : chaque instant qui passe, au lieu de vous rapprocher de la mort, vous rapproche de l’essence même de votre être. Bravo à vous, bravo à nous, nous devenons plus authentiques à chaque seconde, même nos égarements finiront par le confirmer.


Le parcours n’est pas aisé pour autant, tout le monde le sait. Les premiers chapitres du livre sont laborieux voire rebutants. Ils présentent le schéma rigide suivant : évocation de la situation d’un patient sur un paragraphe, création d’un lien entre cette situation et celle de l’enfant Irvin, narration du souvenir, brève échappée non détruite par le temps sur le court filament chronologique d’une vie d’enfant. L’évocation du cas clinique semble n’être qu’un prétexte vite écorché, le souvenir peine à remonter à la surface, le vieil Irvin semblant avoir tout oublié du jeune Irvin un peu angoissé qu’il dit avoir été, sans doute parce que le reste de sa vie fut un triomphe relatif, sans doute aussi parce que la colère qu’il dit avoir ressenti dans sa jeunesse semble avoir désormais laissé place à la compréhension et au pardon.

Ce voyage était divin, pourtant je me sentais souvent impatient et agité, peut-être à cause du « choc des cultures » ou parce que je ne savais pas vivre sans bûcher. Ce sentiment de mal-être a empoisonné mes premières années d’âge adulte. Vu de l’extérieur, je réussissais formidablement : j’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.



Ce n’est qu’à partir de la page 100 que la biographie devient plus fluide et plus captivante lorsque Irvin, enfin marié et sûr de sa voie professionnelle, nous raconte les petits et grands événements sa vie de couple et de famille, ses découvertes psychothérapeutiques et ses relations professionnelles avec des personnes plus ou moins connues du lecteur. Même s’il se montre parfois un peu agaçant à vouloir nous faire comprendre à quel point sa vie a été merveilleuse, pleine d’amour, d’enfants, d’amis riches et célèbres, de best-sellers et de maisons à Hawaï, il reste aussi attendrissant et il n’hésite pas à mettre à l’œuvre dans son bouquin ce qu’il a toujours préconisé en tant que psychothérapeute : pour briser la cuirasse de méfiance de son patient, il faut savoir prendre des risques soi-même et ne pas hésiter à révéler sa vulnérabilité la plus profonde. Si la méthode a fait ses preuves en psychothérapie, elle fonctionne aussi en littérature, permettant de surmonter les moments d’ennui et d’agacement et procurant un plaisir de lecture simple sans être non plus transcendant.

Plus je vieillis, plus je ressens cet isolement. Je pense au monde de mon enfance – les réunions du samedi soir chez tante Luba, les odeurs s’échappant de la cuisine, la poitrine de bœuf, le ragoût et les carottes à la juive, les parties de Monopoly et les parties d’échec avec mon père, l’odeur du manteau de laine d’agneau bouclé de ma mère – et je frissonne en comprenant que tout cela n’existe plus que dans ma mémoire.


Cette profession, qui nous offre l'occasion de dépasser notre petite personne, fait de nous des explorateurs, plongés dans la plus grandiose des recherches - le développement et la préservation de l'esprit humain. Main dans la main avec les patients, nous savourons le plaisir de la découverte - le moment décisif où des fragments idéels disparates glissent brusquement l'un vers l'autre pour former un tout cohérent. Je me fais parfois l'effet d'un guide escortant des étrangers à travers les pièces de leur propre maison. Quel bonheur de les regarder ouvrir les portes de chambres où ils n'étaient jamais entrés, de découvrir dans des parties inexplorées des éléments de leur identité, beaux et novateurs.



mots-clés : #autobiographie #medecine #psychologique
par colimasson
le Lun 13 Aoû 2018 - 16:49
 
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Sujet: Irvin Yalom
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Søren Kierkegaard

La reprise

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« Essai de psychologie », certes, mais avec tant d’esprit et d’ironie qu’elle confine au facétieux (sans oublier la certaine misogynie d’époque).
« Il est assez rare de trouver en pareil état une jeune fille abandonnée. Quand je la vis, quelques jours après, elle était encore vive comme un poisson tout frais péché ; d’ordinaire, une jeune fille est alors plutôt hâve, affamée comme un poisson qui a séjourné dans un vivier. »

« Quand le malheur atteint une jeune fille, aussitôt surviennent tous ces monstres affamés qui veulent assouvir leur faim et leur soif de psychologie ou écrire des nouvelles. J’oserai donc me précipiter pour éloigner du moins ces œufs de mouches de ce fruit qui m’était plus doux que tout, plus délicat, plus tendre à regarder qu’une pêche, à l’instant le plus favorable, quand elle se pare avec la plus grande magnificence de soie et de velours. »

Vu, écouté, lu et conseillé par le narrateur-observateur, le personnage de composition (et d’origine autobiographique) du jeune amoureux que cela rendit poète et inéluctablement malheureux fuit l’aimée. Il y a une vision idéalisée de la femme-leurre à garder à l’esprit lorsqu’on lit des auteurs du XIXe, aussi la notion d’honneur, la mélancolie de rigueur, les adjurations peu ou prou religieuses, etc., et toutes ces exaltations forment le moteur d’un mode de comportement pour le moins daté (nous parlerions peut-être de sens de la responsabilité, culpabilité, dépression). Après l’examen approfondi de ces transes et tourments (malentendu, culpabilité, etc.), non sans une longue digression sur la farce théâtrale, et encore des affres et lamentations entre romantisme allemand et Baudelaire,
« Les nuages vont et viennent,
Ils sont si las, ils sont si lourds ;
Voilà qu’ils s’abîment à grand bruit,
Et le sein de la terre devient leur tombe. »

(le personnage de) Kierkegaard en vient à s’identifier à l’épreuve transcendante de Job, évite une solution religieuse et enfin, dans un glissement de sens des mots qui ramène à la reprise, au retour, à la duplication du même, parvient à une sorte de renaissance à se consacrer à la pensée
« dans le for intérieur, là enfin où, à chaque instant l’on met sa vie en jeu, pour, à chaque instant, la perdre et la gagner de nouveau. »

Ouvrage assez décousu (dans le fond comme la forme), où la part existentielle est assez réduite :
« Comment ai-je été intéressé à cette vaste entreprise qu’on appelle réalité ? Pourquoi dois-je être intéressé ? N’est-ce pas affaire de liberté ? Et si je suis forcé de l’être, où est le directeur ? J’ai une remarque à lui faire. N’y a-t-il aucun directeur ? Où dois-je adresser ma plainte ? L’existence est assurément un débat ; puis-je demander que mes observations soient prises en considération ? Si on doit prendre l’existence comme elle est, ne serait-il pas bien mieux de savoir comment elle est ? »

La part "philosophique" et/ ou "spirituelle" est encore plus congrue, et c’est dans les exégèses qu’on cherchera l’approche du concept de répétition/ reprise dans toutes ses acceptions, comme le renouveau.
« …] la reprise est le terme décisif pour exprimer ce qu’était la « réminiscence » (ou ressouvenir) chez les Grecs. Ceux-ci enseignaient que toute connaissance est un ressouvenir. De même, la nouvelle philosophie enseignera que la vie tout entière est une reprise. »

Ici, on en parle beaucoup plus clairement.
Sinon, il m’a semblé que cette étude de la fuite d’un homme devant sa fiancée éclaire le cas Kafka.


Mots-clés : #amour #philosophique #psychologique #spiritualité
par Tristram
le Sam 11 Aoû 2018 - 20:31
 
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Sujet: Søren Kierkegaard
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