Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 20 Jan - 2:20

188 résultats trouvés pour psychologique

Carsten Jensen

La première pierre

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_la10

Dans la Zone Noire, la panique vous envahira, et quand la plupart d'entre vous crieront qu'ils n'en peuvent plus, ils n'auront encore rien vu. Vous serez  sur le point de vous écrouler. C'est comme ça, c'est dur. Et quand vous aurez le goût du sang dans la bouche et que votre coeur cognera dans vos oreilles -, ce sera le signe que, maintenant, tout est sur le point de commencer.


Cela commence comme un classique (bon) roman de guerre, . Basés à à Camp Price, dans le désert d'Afghanistan, paysage aussi splendide qu'inhospitalier, les soldats danois de la troisième section sont gonflés à bloc, sûrs de leur probité. Ils traînent les histoires personnelles qui les ont amenés ici. ils s'ennuient souvent, sont envoyés en patrouille, se livrent à des attaques protégées par la force  aérienne. Il croient fraterniser avec la population. Ils sont convaincus de leur mission, même si parfois des loupés et des "dommages collatéraux"  génèrent des états d'âme.

Maintenant, c'est pour de vrai, pensent-t-ils. Et, plein d'espoir, ils cils comptent les battements de leur cœur.


Et puis, il y a l'ignoble trahison, et la troisième section pète un câble, se soustrait à l'autorité, est prête à tout pour livrer sa vengeance. Et là, il s'avère que la guerre, c'est beaucoup plus compliqué. Les ennemis sont complexes : ces humains qui ont vécu toute leur existence entière dans un pays en guerre, cruel et imprévisible. Ils défient toute compréhension avec leurs croyances, leurs divergences et leurs fidélités; les relations des populations locales avec les talibans, le rôle des chefs de guerre sont insaisissables pour l'observateur occidental naïf. Et s'en mêlent l'armée américaine, les soldats britanniques, les milices, les sociétés mercenaires, les renseignements danois, les technologies de pointe … Cela devient une sacrée débandade, une marche forcée obsessionnelle où il faut sauver sa peau coûte que coûte.

Et justement, cela coûte très cher. Il n'y a plus aucun repère, plus de bien ni de mal, plus de vrai ni de faux, plus de civilisation ni de barbarie, plus d'amis ou d'ennemis reconnaissables. Ils n'ont plus aucune certitude, le monde n'est plus que questions et danger.Ils n'ont d'autre option que d'avancer dans cette vertigineuse descente aux enfers, guidés par le radar de la survie, ballottés dans une cascade de choix de Sophie. On assiste à une effroyable escalade de la violence (Jensen ne lésine pas, il faut bien le savoir), de non-sens, une absolue perte de contrôle. La guerre n'est plus une stratégie sérieuse qui répond à des lois, c'est  une immense manipulation, un jeu vidéo géant,   dont nul ne connaît plus les limites.

- Tu as vu tous ces murs en Afghanistan ? - ce n'est pas une question, il continue : ils tiennent depuis deux mille ans et ils seront toujours debout dans deux mille ans. Nous nous vantons d'avoir inventé les armes avec lesquelles ils nous tirent dessus. Les mines, les mortiers, tout cela vient de chez nous. Les télécommandes qui permettent de déclencher les bombes à distance. Leurs communications par radio. Oui, nous sommes supérieurs par notre technologie et notre savoir. Nous le pensons, en tout cas. Mais ne serait-ce pas l'inverse ? Notre science ne serait-elle pas une preuve de notre bêtise ? Quel est le résultat de tous nos efforts, de toutes nos actions ? Un bouleversement climatique qui va nous emporter tous. Mais pas les Afghans. Ils survivent depuis 2deux mille ans. Ils survivront deux mille ans de plus. Le désert partout, des températures astronomiques, pas de pluie. Depuis longtemps ils ont appris à vivre avec. Dans le futur ils n'auront pas besoin de nos armes, de nos roquettes  ou de nos mines. Nous  nous trainerons comme des lépreux au pied de leurs murs et nous jetterons sur leur poubelle comme des chacals. À la fin, les Afghans seront vainqueurs.



Ce roman est terrible car il est parfaitement maîtrisé, contrôlé, s'appuyant sur  quarante ans d'expérience de l'auteur en Afghanistan. C'est un triller parfait sans relâche, sans temps mort, sans concession au politiquement correct, avec une écriture, dense, implacable, chirurgicale (âmes sensibles s'abstenir). Chaque personnage se déploie, dans l'enchevêtrement de ses contradictions, et je me suis curieusement  totalement  identifiée à ces personnages pourtant si différents de moi, aux aspirations et à la vie si étrangères à  la mienne qui voient s'écrouler leur monde fantasmatique au profit de la réalité de la guerre dans cette espèce de tourbillon de folie et de violence où les circonstances les entraînent. Ils sont médusés, annihilés. Ils n’abandonnent pas leurs illusions , ce sont leurs illusions qui les abandonnent. Il est ridicule de dire qu'ils ne rentreront pas indemnes : en fait ils ne rentreront pas, ils abandonneront derrière eux leur peau originelle. Ce monde est si terrible qu'il n'existe que peu de mots pour le décrire - cependant Carsten Jensen a réussi  à en faire ce roman  impitoyable dont on sort un peu dévasté par sa propre ignorance, son impuissance et le caractère dérisoire de ses propres petits problèmes.

(et on ajoute trahison  Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 1384701150 ?)

mots-clés : #aventure #culpabilité #guerre #psychologique #vengeance #violence
par topocl
le Ven 11 Mai - 19:51
 
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Sujet: Carsten Jensen
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Darian Leader

À quoi penses-tu ? Les incertitudes de l’amour
Titre original : Why Do Women Write More Letters Than they Post?

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Ye_quo10

La psychanalyse me paraît ici comme de fabuleux jeux de l’esprit : on échafaude dans le vide d’épreuves expérimentales (quelques commentaires d’œuvres littéraires et cas cliniques, rien de représentatif). Au passage, il semble que beaucoup de ce qui a été énoncé par Freud soit dorénavant jugé caduc (ce qui me rassure au passage, n’ayant jamais été terrifié par la terrifiante vagina dentata) au profit de nouvelles interprétations fort conjecturales ; la psychanalyse, comme les mythes, se réactualise (et je ne parle pas de la référence préférentielle de Darian Leader à Lacan). Mais cela ne laisse pas d’être brillant par moments. Je me demande quand même quel peut être le regard porté par tous les nouveaux genres actuels sur ces décryptages de notre psyché qui n’ont pas même vingt ans, basés qu’ils sont sur la masculinité (la féminité n’étant qu’une béance…)

« Chez Freud en effet, on aperçoit difficilement la possibilité de rapports harmonieux entre un homme et une femme. L’homme sera attiré par deux femmes (au moins) [l’idéal digne d’amour, et l’objet sexuel] et les femmes par des rapports hors mariage ou le concubinage. […]
En effet, les femmes sont tout aussi possessives, mais pour un objet différent ‒ l’amour de l’homme ‒ de celui des hommes ‒ le corps de la femme. »


Qui ne s’y reconnaît pas serait-il mal formaté ?
Pour ce qui est de la psychanalyse ici déployée, il ne s’agit en dernier ressort que de réflexions sans méthode, de cheminements de pensée contingents, d’hypothèses heuristiques, de théorisations conjecturales, de rapprochements hasardeux, de fulgurations inspirées qui n’ont pas plus ou moins de valeur intrinsèque que celles de l’art, des rêves… Ces dernières productions, le psychanalyste les rationalise a posteriori, en retirant ce qui convient sur le moment, avec virtuosité… Sur le fond, tout ça coïncide autant qu’un quelconque horoscope.
Sans s’étendre sur les biais de (re)présentation, on aura au moins compris les règles du jeu. Une variante du jeu d’échecs (ou de dames) qui épuise toutes les combinaisons possibles (ici, dans un couple "étendu", au moins aux parents). A moins d’être troublé à l’idée de ne pas avoir songé à prêter son amante à son meilleur ami, on appréciera à son juste prix l’inventivité, la verve de cette littérature (cependant, lorsqu’on lit un roman, on peut s’intéresser à la psychologie qu’il analyse éventuellement, sans pour autant se présenter comme patenté).

Pour ce que j’en peux juger, il y a des assertions étonnantes sur la sexualité, manifestement basées sur un panel d’observation trop réduit et peu représentatif, voire fort lacunaire (ainsi, « les femmes demandent souvent à l’homme de leur parler en faisant l’amour »). Dans le même registre, les exemples pris sont parfois d’un particularisme si anglo-saxon qu’ils frôlent l’absurde : la femme a plus d’imagination que l’homme, parce ce dernier joue aux machines à sous, « …] forme de jouissance concrète, bruyante (liée, sans doute, à son pénis) […] L’imagination des hommes se réduit au souci de savoir pourquoi les choses montent et descendent. »
Ces approches psychologiques sont cependant dérangeantes : elles nous menacent sourdement d’un inconscient tout-puissant, par définition hors de notre contrôle, presque plus transcendant qu’immanent, une sorte de divinité "indiscutable" ‒ alors qu’il n’est tout bonnement que ce qui reste sous la conscience. Pour l’explorer, je privilégierais plutôt le comportementalisme ; les démonstrations du structuralisme, par exemple, sont d’une rigueur incomparablement plus soutenue, et nettement plus étayées d’observations vérifiables (tout en étant au moins aussi absconses).
L’emploi d’artifices logiques comme le paradoxe (l’homme est aimé pour ce qu’il a, sinon pour ce qu’il n’a pas ‒ impuissance, castration et toute la lyre) pourrait rappeler la philosophie ‒ mais celle-ci ne promet pas de miracle, ni autant le rétablissement mental (à part "la grande santé" nietzschéenne, notamment) ‒, elle ne se réclame pas de la science médicale.
Autre aspect douteux : il semblerait, à écouter Leader, que nous soyons tous formatés au même moule ; les généralités énoncées ne s’adaptent pourtant pas à tous, tant s’en faut.
Mais ne boudons pas : il y a des éclairages, par exemple des pièces de Shakespeare, qui renouvellent la vision du lecteur, attirent son attention sur certains aspects de ce qu’il lit (moins cependant que dans Ce que l'art nous empêche de voir). D’autre part, le propos affiché de l’auteur est de soulever des questions matière à discussion ; soit, mais il ne faut surtout pas chercher là le moindre enseignement pratique.

En fait, il demeure des règles en psychanalyse : tout vient d’un manque (généralement de pénis), la culpabilité est primordiale, tout a un prix (le grand credo !) ‒ et il semble que ces fondements subsistent, sans remise en question, de la sphère limitée du religieux judéo-chrétien. L’empreinte est réelle, mais il n’est pas interdit de soupçonner que notre univers mental puisse fonctionner autrement que selon ce canon :

« Je ne suis pas du tout convaincu comme Platon ou Lacan que le désir implique un manque. Au contraire, moins il y a de possibles, plus il y a de réel. Et plus il y a de réel, plus le désir peut s’exercer de manière concrète et permettre un accès au plaisir. Il est extraordinaire que cette évidence soit niée par la plupart des philosophes. L’idée selon laquelle on ne pourrait désirer que des objets inexistants ne peut venir que de gens que la difficulté de vivre a fini par rendre fous. Quand Levinas dit que la vraie caresse ne touche rien, je me demande s’il ne devrait pas consulter ! Non seulement on peut désirer ce qui est, mais surtout on ne peut désirer que ce qui est. Associer le désir au manque est le reflet d’une souffrance, d’un grave déséquilibre. »
Clément Rosset, entretien avec Louisa Yousfi, décembre 2012, Sciences humaines

De toute façon, tout cela est dépassé : aujourd’hui, on se confie à Facebook, pas à un psy.

« Moins une civilisation offre de cadre symbolique à l’initiation, plus elle retourne à une forme réelle, folle. »

Bizarre quand même... La folie du réel... Et faut-il, dans le doute (et pour cause de "perte des valeurs") réhabiliter le bizutage ?

J’ai fait cette lecture suite à la LC psychanalyse axée sur Leader ici.

La vraie question demeure : est-ce que les hommes écrivent moins de lettres qu’ils n’en postent ?


mots-clés : #essai #psychologique
par Tristram
le Mer 11 Avr - 17:07
 
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Sujet: Darian Leader
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David Foster Wallace

Petits Animaux inexpressifs

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Nouvelle narrant l’histoire de l’équipe de production et de réalisation du jeopardy. Dans es années 80 quand il fallait relancer ce jeu célèbre. Précisions que cette histoire est intégrée dans le recueil de nouvelles La fille aux cheveux étranges que je n’ai pas lu.
Cette histoire globale est incrémentée dans l’histoire d’amour de deux jeunes femmes abîmées, la candidate phare du jeu et l’encyclopédiste chargée des questions. Des personnages avec une forte psychologie, un style mi sarcastique mi cynique font de cette histoire une fiction intéressante. L’autisme et le lesbianisme sont des thématiques de société qui n’ont malheureusement pas évolué dans le bon sens et on y décèle les mêmes enjeux et les mêmes incompréhensions. Que dire à autrui ? Comment l’expliquer ? C’est notre vécu ? Notre nature ?
Une fiction simple avec un propos émouvant et intelligemment mené.

****
mots-clés : #amour #identitesexuelle #pathologie #psychologique
par Hanta
le Jeu 5 Avr - 10:30
 
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Sujet: David Foster Wallace
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Henry Miller

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Un Diable au paradis

Quelques années après la fin de la deuxième guerre Miller invite Téricaud (Conrad Moricand en vrai) à venir habiter chez lui à Big Sur (sur la côte californienne). Il faut dire que le bonhomme a de l'esprit, de la conversation, qu'il ne se connaisse pas si mal et qu'il vivote aux trois quarts dans la dèche en Suisse.

Ce n'est pas le grand luxe chez Miller et il se débrouille comme il peu pour lui payer la traversée puis...

Miller retrace et épluche la déconstruction de cette relation, Téricaud/Moricand ne tardant à être non pas forcément envahissant mais 'exigeant' et peu concerné par son entourage. Si on doit mettre de côté quelques aspects pratiques on assiste aussi à la définition et à l'opposition de deux approches de la vie. L'un est tourné vers l'astrologie et un fatalisme froid, l'autre vaille que vaille espère, risque, des réinventions non sans s'acharner sur son quotidien. Le tout sur un fond d'analyse de personnalités, la sienne à Téricaud/Moricand et la sienne à Miller.

Pas trop de faux semblant dans l'agacement et le ras le bol, dans la volonté de refiler son fardeau à d'autres, ce qui peut sembler assez dur mais qu'en savons nous vraiment ? Ce qui m'a intéressé c'est le regard sur des attitudes considérées finalement comme choisies, des choix pas si simples c'est vrai mais dont les complications n'occultent pas une possibilité d'action.

On frôle des pensées orientales et on navigue dans l'ombre des rues d'un Paris habité de grands noms et de misère le temps de peser le déterminisme de nos personnalités et le poids de nos destins. Au passage un paquet de phrases et formules qui font mouche.

Loin d'être glacial, nocif ou simplement abrasif voire rancunier, j'ai trouvé à ce livre quelque chose de positif. Je vous le résume très mal mais j'ai beaucoup apprécié ma lecture (qui avec des mondes de différences se trouve tomber peut-être à un bon moment) !

Merci Nadine Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 1798711736 !!!

Mots-clés : #amitié #autobiographie #psychologique
par animal
le Mar 3 Avr - 21:05
 
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Sorj Chalandon

Le jour d'avant

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Quarante ans après la catastrophe minière se Saint-Amé, Michel revient dans son village natal pour venger son frère qui y a trouvé la mort. On ne peut pas en dire plus de l'intrigue, qui tient surtout aux coups de théâtre, révélations et changements de cap qui vont apparaître au cours de l'enquête et du procès.

C'est du vrai Chalandon, celui qui traine toute la misère du monde sur ses épaules, logé à l'Auberge de la Fraternité Trahie et du Prolétariat Humilié. Chalandon qui creuse son sillon, tout à la fois appliqué et inspiré, n'hésitant pas à y revenir pour enfoncer son clou. Chalandon fidèle à son message, à ses phrases brèves qui pèsent 100 tonnes, qui ne lésine pas avec le souffle romanesque. Et arrive, ainsi à vous embarquer malgré vos réticences.

Car l'Impression globale est finalement plutôt bonne pour ce montage, parlant et astucieux, trouvant son apothéose dans deux splendides  plaidoiries contradictoires, pour dénoncer  brillamment la responsabilité des Houillères du Nord dans cette catastrophe qui a fait 42 morts. Il n'en demeure pas moins que  pendant les 2 premiers tiers de la lecture, je me suis sentie patauger dans une certaine déception, face à un récit assez convenu (auquel  les fameuses révélations vont donner son originalité), un peu malsain dans ses incohérences, (lesquelles vont également s'éclairer), parsemé de coïncidences très coïncidentes et de hasard  peu hasardeux (était-il bien utile que l'avocate ait les traits de la merveilleuse femme décédée  de Michel ?).

Livre refermé, je me suis dit que l'erreur était peut-être de faire raconter l'histoire par Michel lui-même, que le récit aurait pu gagner en finesse, moins outrageusement piéger le lecteur, s'il avait été fait par un tiers extérieur.

Ces réserves faites, et une fois accepté que Chalandon est un pur, un dur, pas vraiment drôle, il y a ici de quoi trouver quelque bonheur , dans un livre qui n'est pas dans les meilleurs, mais pas dans les pires non plus de son auteur.
Bien qu'il soit parfaitement écrit, la place faite aux dialogues, à la mise en place de la procédure d'incarcération, et à la machine judiciaire, laisse présager la possibilité d'un film assez prochain, qui pourrait peut-être, une fois n'est pas coutume, être meilleur que le livre.

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mots-clés : #culpabilité #justice #lieu #mondedutravail #psychologique #vengeance
par topocl
le Dim 18 Mar - 10:33
 
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Sujet: Sorj Chalandon
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Gustave Flaubert

Madame Bovary

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Livre_11


Comment le récit d’une banale histoire d’adultère dans la bourgeoisie provinciale du 19e siècle devient-il un chef-d’œuvre de la littérature ? Et comment lire aujourd’hui ce roman en tentant de faire abstraction des multiples exégèses dont il a fait l’objet depuis sa parution ?

Tout au long de ma lecture, j’avais en arrière-plan cette affirmation de l’auteur : « Madame Bovary, c’est moi ! », phrase d’ailleurs qu’il n’a peut-être jamais prononcée (voir ici)
Quelles interprétations lui donner ?

La première qui me soit venue à l’esprit est l’investissement que Flaubert a mis dans cet ouvrage sur lequel il a travaillé de nombreuses années et qu’il a constamment modifié pour en faire une sorte d’œuvre d’art parfaite. La maïeutique a été longue et douloureuse. On comprend que Madame Bovary lui ait tenu à cœur. Ce livre, c’est lui !
J’ai été sensible à ce fameux « style », marque de fabrique de l’écrivain, mais peut-être plus à la construction du récit dont on parle moins souvent. Il s’agit pourtant d’une architecture élaborée avec une montée progressive des périls jusqu’à la catastrophe finale.

Mais « Madame Bovary c’est moi !» peut aussi s’entendre comme identification de l’auteur avec son héroïne, ce qu’on entend sous le terme de bovarysme. Qui est en fin de compte Emma ? une jeune femme de la petite bourgeoisie agricole de Normandie, nourrie dans sa jeunesse par la littérature romantique, qui rêve du grand amour, d’un destin hors du commun. Elle rencontre « Charbovari », grand cœur mais très terre à terre et manquant quelque peu de poésie. C’est l’histoire donc de deux mal mariés, ce qui entraîne l’un dans l’incompréhension de sa femme et l’autre dans la haine de l’époux.

En effet, Emma se trouve enfermée dans un village perdu de la campagne, monde fermé, mesquin, petit-bourgeois qui suinte l’ennui, la routine, l’espionnage des voisins. Il suffit d’en voir les descriptions qu’en donne Flaubert pour comprendre à quel point cette situation est un mouroir à petit feu.
Invitée à un bal par le châtelain, Emma découvre qu’il existe une autre vie, faite de plaisirs, de luxe, de raffinement, de rêve et d’idéal également. Elle est fasciné par les jeunes aristocrates.

« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »"]« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »


Plus tard, elle pense rencontrer ce bonheur sous les traits de Léon, le jeune clerc de notaire. Il est beau, sensible à la poésie, possède une âme romantique. Les deux oiseaux isolés se plaisent, mais Léon doit poursuivre ses études à Paris. Amour resté platonique, mais première fêlure dans l’univers romanesque d’Emma et première trahison de Charles.

Le bonheur le voici vraiment cette fois, en la personne de Rodolphe, plus âgé que Léon, ayant du « vécu », bien fait de sa personne, beau parleur, disposant de substantiels revenus et habitant le manoir d’Yonville-l’Abbaye. Emma tombe rapidement sous le charme. S’engage alors une liaison passionnée.

« Quant à Emma, elle ne s’interrogea point pour savoir si elle l’aimait. L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, -ouragans des cieux qui tombent sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le cœur entier. Elle ne savait pas que, sur la terrasse des maisons, la pluie fait des lacs quand les gouttières sont bouchées, et elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu’elle découvrit subitement une lézarde dans le mur. »


Mais Emma est trop passionnée justement, elle veut fuir en Italie avec Rodolphe. Celui-ci prend peur, l’affaire va trop loin et puis cette maîtresse commence à l’ennuyer. Il l’abandonne donc et s’enfuit sur Paris.
C’est une profonde trahison pour Emma et une secousse qui l’ébranle de la tête aux pieds, au point que commencent de vrais troubles physiques : évanouissements, sautes d’humeur, repli sur soi, haine de plus en plus marquée pour Charles.

« Oui, murmurait-elle en grinçant des dents, il me pardonnera, lui qui n’aurait pas assez d’un million à m’offrir pour que je l’excuse de m’avoir connue… »


Elle pense trouver le repos dans la religion, mais comme toujours en adoptant une approche exaltée. Le brave curé est à mille lieux de pouvoir comprendre quoi que ce soit au désarroi d’Emma.

Enfin elle retrouve Léon, plus mûr mais toujours aussi amoureux ; nouvelle liaison, nouveaux mensonges, passion hors du commun, folle course à l’abîme d’un être qui a perdu tout repaire, toute dignité… Là encore, l’amant se révélera d’une rare lâcheté.
En fin de compte le seul vrai amant d’Emma fut Charles, amant qu’elle n’a pas su, qu’elle n’a pas voulu voir. Pourtant le seul mâle qui serait à sauver dans cette histoire sordide.

Madame Bovary n’est-ce pas Flaubert engoncé dans la médiocrité du quotidien, rêvant d’Orient, de Salambo… ? N’est-ce pas nous ?

Emma Bovary c’est le romantisme porté à son extrême, une femme de caractère qui rêve d’idéal et qui se heurte sans cesse à la médiocrité du monde, à la lâcheté des hommes. Dans la dernière partie du livre c’est un papillon affolé, qui perd pied, qui va au bout de la trahison, de l’humiliation. C’est également, un être capable de rouerie, de désirs mesquins et qui peut se révéler futile et boursouflé de vanité. Emma est séduisante, agaçante, répulsive tout à la fois. Multiple Emma dans laquelle le lecteur trouvera toujours une part de lui-même. Emma qui exercera sa fascination à différents âges de la vie, des relectures. Peut-être une clef pour la transformation de ce récit en chef d’œuvre ?

Curieusement, j’ai beaucoup pensé à des chansons de Brel qui a su trouver des mots justes pour décrire le heurt de l’idéal à la médiocrité du réel.

« Car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fut-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé de sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète. »


« N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait-elle jamais été. D’où venait cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?... »


« Elle avait des paroles tendres avec des baisers qui lui emportaient l’âme. Où donc avait-elle appris cette corruption, presque immatérielle à force d’être profonde et dissimulée ? »


« Il s’efforçait même de ne pas la chérir ; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes. »


« Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu’elle l’avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. »


Petite anecdote : j’ai rencontré dans le livre un lointain ancêtre qui ne faisait pas un métier très joli !

« Elle fut stoïque, le lendemain, lorsque maître Hareng, l’huissier, avec deux témoins, se présenta chez elle pour faire le procès-verbal de la saisie. »


Autre anecdote : je vois une pastille sur la couverture du livre "bac 2015". Je me souviens vaguement avoir lu "Madame Bovary" dans le cadre scolaire, sans en avoir gardé aucun souvenir....


mots-clés : #amour #psychologique #xixesiecle
par ArenSor
le Mar 6 Mar - 19:13
 
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Sujet: Gustave Flaubert
Réponses: 55
Vues: 2523

Richard Thaller - Cass Sunstein

Nudge, comment inspirer la bonne décision.

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Image101

Il y a 10 jours,  je ne connaissais pas ce mot, nudge, je suis tombée dessus lors de mes pérégrinations sur Internet, j'ai cherché un peu et je suis tombée sur cette page
J'ai voulu aller voir un peu plus loin, le bouquin était  disponible chez mon  libraire. Parfois, la vie est simple.

Nudge, ça veut dire« coup de pouce » ; c'est une méthode douce pratiquée pour orienter discrètement nos choix, sans tapage,  sans obligation ni interdiction. C'est de l'économie comportementale.

L'idée, c'est une procédure qui coûte peu, qui peut avoir des effets puissants, menée par des architectes du choix, pour aider les "simples mortels" dans leurs prises de décision, a priori pour leur bien. C'est ce que les auteurs appellent le « paternalisme libertaire". Paternalisme parce qu'on guide, libertaire parce que tous les choix restent possibles, pour ceux qui ne seraient pas convaincus. Cela peut être l'installation des plats à la cantine, l'ergonomie d'un appareil ménager, la rédaction d'un formulaire, l'introduction d'un smiley encourageant dans un texte....Les applications sont infinies et quotidiennes,même si le sauteurs parlent de problématiques à plus grande échelle, sociétales, je dirais..

Cela s'appuie sur une fine connaissance de la psychologie humaine. Un choix se structure par un équilibre entre un comportement instinctif et un comportement réflectif. Cet équilibre est modulé par des connaissances, des émotions, une certaine tendance à l'inertie, une tendance à la grégarité (la pression sociale), une détestation de la perte, une facile intoxication par les événements présents plutôt que par une vue à long terme.

La première partie, "théorique", est épatante, très claire, pleine d'humour. On y comprend qu'on a tous pratiqué et subi le nudge sans le savoir, et comprendre, bien sûr, c'est toujours mieux, ça permet de mieux pratiquer et de mieux se protéger.

La suite est moins lumineuse, parfois redondante, avec des exemples empruntés à la vie sociale parfois un peu compliqués (gestion de l'argent : crédit, épargne-retraite, investissement ; assurance-maladie dans le système États-Unien ; don d'organes, mariage)

Enfin, la dernière partie est  consacrée à réfuter les critiques qui pourraient  être émises (et le sont réellement), proposant soit une attitude  plus conservatrice (non pas orienter les choix mais les limiter), soit une attitude plus  libertaire refusant cette ingérence, même légère, dans les affaires d'autrui, dénonçant la manipulation. Thaller et Sunstein ne me réfutent d'ailleurs l'idée, qui m'a tenue tout au long de ces  pages, que le nudge pouvait aussi tomber dans de mauvaises mains : que le « bien d'autrui" n'est pas forcément ce que les autres imaginent, et que par ailleurs la même méthode peut être appliquée  altruisme, et se limiter au seul profit de l'architecte du choix.




mots-clés : #economie #essai #psychologique
par topocl
le Sam 3 Mar - 9:54
 
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Sujet: Richard Thaller - Cass Sunstein
Réponses: 7
Vues: 420

Alice Miller

Hop, y en a qui voulaient savoir ce que j'avais pensé de :

C'est pour ton bien

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C’est assez marrant tout ce qu’on peut connaître consciemment et tout ce qu’on n’arrive pas à réaliser factuellement. Savoir que l’on répète toujours les mêmes schémas conflictuels par exemple mais ne pas arriver à s’en extraire. Savoir pourquoi, selon quelles modalités et à quelles fins on ne cesse de faire tourner les rouages maudits de ce qui devient, au fil du temps, une malédiction, mais continuer à entretenir le mouvement en y investissant toute son énergie. Bon eh bien, c’est plutôt drôle de lire ce livre après pris connaissance du témoignage de Martin Miller sur sa mère Alice dans son livre « Le Vrai « Drame de l’enfant doué » ». Martin règle en quelque sorte ses comptes avec sa mère et remet en question son enseignement en lui demandant, par-delà la mort et les blessures de l’enfance, la raison pour laquelle son propre fils n’a pas pu bénéficier de ses principes théoriques.

L’enfance d’Alice Miller a été particulièrement traumatisante. Née au sein d’une famille juive en Pologne, elle s’échappe du ghetto où elle a toujours vécu à l’âge de 17 ans pour séjourner dans la partie aryenne de Varsovie. Elle change alors de nom et prend une identité polonaise pour cacher ses origines. Elle réussit à sauver quelques membres de sa famille en leur donnant de faux passeports. Sa jeunesse se déroule dans la crainte d’être démasquée, d’être trahie et d’être déportée. Cette crainte ne la quitta plus et elle érigea un mur de silence. Les questionnements de son fils, sa curiosité naturelle, prirent la forme d’attaques contre lesquelles elle ne put réagir autrement qu’en se défendant contre cet enfant qu’elle percevait comme un persécuteur.

Alice Miller était sans doute parfaitement conscience de ce qui se passait dans sa famille et c’est avec cette conscience qu’elle a pu décrire la manière dont la violence se transmet de génération en génération. Cette violence est souterraine. Ses origines sont occultées, si bien qu’on a pu dire que la violence représentait la nature de l’homme non civilisé. Alice Miller ne prône pas une éducation émilienne à la Rousseau puisqu’elle reste encore une éducation, c’est-à-dire la satisfaction des besoins qu’un adulte projette sur cette matière neuve qu’est l’enfant. C’est cette innocence originelle qui fait de la violence éducative un mal indélogeable.

Ouais, c’est vrai, la souffrance qu’on se prend tous en plein dans la gueule ne provient pas seulement de notre famille. Tous les jours, la société nous fait courber le dos. Oui mais du fait que la répression parentale survient dès les premiers jours de la vie, par l’intermédiaire de parents qui pensent être pleins de bonnes intentions (et qui ne voient pas que leur bonté n’est qu’une mascarade pour permettre à leurs besoins de se frayer un passage), « l’individu n’est pas en mesure de retrouver en lui-même sans aide extérieure les traces de cette répression ». Et Alice Miller poursuit, mettant en avance l’utilité de l’analyse psychanalytique pour dépasser cette forclusion : « C’est comme un homme à qui l’on aurait imprimé une marque dans le dos et qui, sans l’aide d’un miroir, ne pourrait jamais la découvrir. La situation analytique est une de celles qui présentent cette sorte de miroir ».

Cette forclusion laisse une trace psychique mais n’est pas accompagnée de représentation mentale, si bien que l’événement se trouve quelque part mais il ne peut être retrouvé et il continue d’agir en sourdine. De là : « il ne peut y avoir de colère ni de révolte de l’enfant contre cette manipulation déguisée, car il n’est pas en mesure de déceler la manipulation. Il ne peut s’éveiller en lui que des sentiments de peur, de honte, d’insécurité et de désarroi, qu’il oubliera sans doute assez vite, dès lors qu’il aura trouvé sa propre victime ». Voici les racines de la violence (qui peut être aussi une absence de tendresse ou de manifestations sentimentales adressées à l’enfant) selon Alice Miller. On s’en prend plein la gueule mais c’est normal, on nous dit que les parents ont toujours raison, alors on avale sa colère et on la projette ailleurs, sur soi-même ou sur d’autres victimes. On apprend à faire profil bas, on comprend que la seule façon de se faire dorer le blason c’est d’obéir et d’être gentil, on devient finalement maître dans l’art de refouler ses sentiments et d’adopter un comportement qui pue la fausseté et l’abnégation. Et ceux qui paient, ce sont nous-mêmes et nos propres enfants. Au lieu d’avoir des parents qui osent exprimer leurs sentiments, qui savent montrer leur amour et qui peuvent supporter les sentiments négatifs que leur inspirent parfois leurs enfants, les gosses se heurtent à des parents fermés, mutiques, méfiants, toujours dans le contrôle sentimental et la retenue. La source d’eau vive s’évapore aussitôt au contact de cette aridité affective.

Alice Miller étudie trois cas pour soutenir sa thèse. A travers des récits, elle nous parlera de Christiane F., auteure de « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée », d’Adolf Hitler et de Jürgen Bartsch, tueur en série allemand qui a tué quatre enfants après bien d’autres tentatives de meurtres non abouties. Au-delà de l’intérêt de ces histoires qu’Alice Miller retrace en s’appuyant sur de nombreuses sources qu’elle commente tout au long du développement, des points communs finissent par relier ces trois parcours qui s’originent d’une même souffrance et qui prennent des voies d’expressions différentes en fonction du contexte environnemental ou de la personnalité des sujets :
- Une même extrême destructivité qui apparaît comme décharge de la haine accumulée et refoulée de l’enfance et qui est transférée sur d’autres objets ou sur soi-même.
- Tendresse reçue seulement en tant que soi-objet, propriété des parents. Négation de l’individualité de l’enfant.
- De la maltraitance et de l’humiliation d’une façon continue pendant l’enfance (pas de possibilité donc de retrouver, même momentanément, des parents aimants).
- Impossibilité de réagir sainement par une fureur narcissique ou de confier ses sentiments de haine à un adulte pendant l’enfance.
- Besoin pulsionnel consécutif de profiter du pouvoir d’expression que confère l’adolescence ou l’âge adulte pour communiquer au monde l’expression de la souffrance endurée. Toutefois, cette souffrance ne peut pas être communiquée par la parole car elle a été trop souvent refoulée. Elle se laisse donc démontrer à travers des mises en scènes inconscientes qui permettent d’attirer l’attention sur soi, comme l’enfant battu s’attirait aussi, bon gré, mal gré, l’attention du parent maltraitant.

Pour Alice Miller, il faut faire exploser le carcan de silence qui entoure la réalité de la maltraitance de l’enfant pour permettre à ceux-ci de sortir de la malédiction d’une violence qui se transmet de génération en génération. Le titre de la troisième partie de son livre est explicite : « Angoisse, colère et deuil mais pas de sentiment de culpabilité sur la voie d’une conciliation ».

« Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, ce n’est pas le traumatisme en lui-même qui rend malade mais le désespoir total, inconscient et refoulé de ne pouvoir s’exprimer au sujet de ce que l’on a subi, de n’avoir pas le droit de manifester de sentiments de colère, d’humiliation, de désespoir, d’impuissance ni de tristesse, ni même le droit de les vivre ».

Certes, on peut se dire que la mémère Alice, elle exagère, à suggérer que Hitler ne serait pas devenu le Führer s’il avait été bien dorloté par ses vieux. Si son daron, un mec aux origines juives dissimulées, ne l’avait pas tabassé régulièrement. Mais en fait, pourquoi cette idée nous semble si ridicule ? Peut-être parce qu’on l’aborde avec notre esprit rationnel d’adultes qui ont bien appris à jouer les gros durs, à ravaler leur fierté et leur tendresse, qui ont oublié ce que ça fait d’être un enfant, de vouloir de l’amour et de recevoir de l’agacement, de la colère ou de la peur. Même moi je me suis dit au début que c’était un peu abusé toute cette histoire mais en fait, je n’ai aucune raison de penser que Miller déconne de bout en bout. Bien sûr, il serait naïf de croire qu’un jour, grâce à méthode d’Alice, nous pourrons éradiquer complètement la violence de nos comportements. La violence a de nombreuses origines et de multiples formes d’expression mais si la violence reçue et refoulée au cours de l’enfance est la plus sournoise et la plus déterminante pour l’avenir d’un individu et d’une culture, c’est parce qu’elle est inconsciente, c’est parce qu’elle prend les manettes pour contrôler l’être à sa guise, sans qu’il ne se doute de rien.

« Le drame de l’individu bien élevé réside dans le fait qu’une fois adulte il ne peut pas savoir ce qui lui a été fait, ni ce qu’il fait lui-même, s’il ne s’en est pas aperçu tant qu’il était enfant. Des foules d’institution en profitent et en particulier les régimes totalitaires. »

Alors ouais, Alice Miller a bien essayé de défricher la violence qui se cachait dans son inconscient mais elle n’a pas réussi à ne pas la projeter sur son fils, comme celui-ci semble vouloir nous le dire, mais d’autres peut-être réussiront mieux qu’elle. Peut-on dire que les nouvelles méthodes d’éducation limite laxistes sont des rejetons de son enseignement ? ça serait mal comprendre son message. Ce n’était pas seulement contre la pédagogie noire que se positionnait Alice mais aussi contre la pédagogie blanche, contre toutes ces pédagogies créées par des adultes pour satisfaire les besoins supposés des enfants qui ne sont, en fait, que les besoins inconscients des adultes. Que faire de son gosse alors ? L’éduquer sans y penser ? L’éduquer comme on laisserait pousser une plante librement chez soi, en se contentant de l’arroser, de la mettre au chaud et à la lumière, de lui dire qu’elle est belle et qu’on l’aime ? Je n’en sais foutre rien, et personne d’autre non plus.


mots-clés : #psychologique
par colimasson
le Jeu 1 Mar - 13:21
 
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Sujet: Alice Miller
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Piero Chiara

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Lune_r10

La Lune rousse. - Cambourakis

Qui a tué Pylade Spinacroce en ce printemps de 1955 ? Ce natif de Parme est revenu cousu d' or et de devises gagnées plus ou moins honnètement en Argentine.
Il a acheté une belle et grande maison et s' est logé dans une vaste chambre mansardée, fermant le 1er étage et abandonnant un appartement à une servante/gouvernante/maîtresse.
Naturellement la fortune du potentat excite les convoitises du voisinage et notamment celles de jeunes gens un peu voyous sur les bords.
Mais le plus interessé est le gendre, "signore Salmarani".
Il ne veut meme pas attendre que sa femme hérite logiquement à la mort de son père.
Il veut l' argent tout de suite et pour lui.

Docteur en médecine et portant beau, il séduit la gouvernante pour mettre la main sur le magot avant tout le monde. Et pour cela, il doit mentir à sa propre femme  qu' il rejoint tous les week ends dans une villa en bord de mer.

Décor et personnages sont en place, la pièce peut commencer. Le vieux richard est tué et aussi la belle Maria. Qui a tué qui ?
C' est ce  que vont essayer d' élucider les policiers de Parme.
Malgré ses ruses et ses mensonges, le dottore est mis en examen et raconte des bobards. Condamné à la prison, il invente une nouvelle version des faits. Authentique et véritable cette fois...Jure t-il !

Le dottore est imaginatif et faute preuves, il est remis en liberté.  Et son épouse qui l' a soutenu meme après avoir appris qu' il la trompait, lui demande en confidence s 'il a vraiment tué son père.
Il se lance dans une plaidoirie très embrouillée et qui met en cause d' autres suspects que lui.
Et il conclut :

"Tu vois combien de visages peut avoir la vérité. J' ai proposé aux juges,non pas la plus vraie des  solutions, mais la plus vraisemblable,la plus propre à résoudre cette affaire et à permettre de conclure par un verdict assez logique.
Tu voudrais une version différente parce que tu penses que la vérité n' est jamais celle qu' on dit, que c' est toujours une autre !
Tout le monde pense que c' est toujours une autre" conclut-il en hochant la tete."


Et voilà : à chacun sa vérité déclare ce sophiste pirandellien.
Et tel est ce vrai faux polar, bien écrit, bien conté et carrément cynique et drôle.

Récupéré
mots-clés : #polar #psychologique
par bix_229
le Jeu 25 Jan - 16:53
 
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Sujet: Piero Chiara
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Todd Rose

La tyrannie de la norme

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Images80


Cette notion de norme repose sur la théorie moyenniste (Quetelet), apparue au XIXe siècle postulant qu'à partir d'un échantillon d'individus, on pouvait établir une moyenne,  représentative de l' individu moyen. A cela s'est ajouté l'idée (Galton) que quand on était bon quelque part, on l'était à peu près partout. Le taylorisme s'appuie sur ce mode de raisonnement, ne demandant à l'individu que de se conformer à la norme, de la réaliser ou d'être meilleur, sous l'ordre de managers, sans révéler ses talents cachés. Le travail est défini d'après cette norme, à l'individu de s'y conformer.

De nouvelles théories sont venues bouleverser cette conception du monde, montrant que l"individu moyen", n’est en fait le reflet d'aucun individu réel. Elles s'appuient sur le principe de discontinuité (on peut être bon quelque part et  mauvais ailleurs), le principe de contexte (on peut être bon dans une situation et mauvais dans l'autre) et le principe des parcours,  ( le fait qu'on soit rapide où l'on n'implique pas qu'on soit plus ou moins performant au final). D'où  l'idée du livre qu'il faut considérer l'individualité et non le système.

Après ces éléments théoriques, Todd Rose raconte quelques  expériences d'entreprises qui ont basé leur mode de recrutement et de progression professionnelle sur cette négation de la moyenne, cette recherche des talents ignorés dans une conception du  capitalisme comme  gagnant gagnant. Il donne des pistes qui permettraient d'introduire ces principes à l'université, pour le plus grand bénéfice de l'étudiant, futur professionnel, mais aussi des entreprises dans lesquelles il va s'insérer.

Une bonne synthèse, quelques idées nouvelles mais aussi quelques portes ouvertes enfoncées, au total une piste de réflexion qui n'est pas inintéressante.


mots-clés : #education #essai #mondedutravail #psychologique
par topocl
le Lun 15 Jan - 10:22
 
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Jean-Paul Dubois

Dubois et moi, ça n'a pas très bien commencé:

Hommes entre eux


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C’est ça, des hommes entre eux ? Cette suffisance auto apitoyée vaguement bestiale sous prétexte de désenchantement ?
Et bien, je les laisse à leurs divagations sans humour sous la tempête de neige Ce livre inabouti s’appuie sur des psychologies sommaires, lance des pistes qu’il ne suit pas suffisamment, il ne se passe au demeurant pas grand chose, et si l’écriture plutôt moyenne tente quelques morceaux de bravoure , je n’ai pu me laisser emporter par ces combats d’hommes à mains nues, ces strip-teases glauques, l’amour dans une voiture ou la tempête de neige magnifiée par la fièvre. La chute, plus improbable que surprenante, ne sauve rien.
Je n’ai vraiment rien trouvé pour me retenir dans ce livre.

Commentaire récupéré


mots-clés : #pathologie #psychologique #violence
par topocl
le Lun 8 Jan - 20:50
 
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Sujet: Jean-Paul Dubois
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Kōbō ABE

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La femme des sables

Exercice difficile. Un homme a disparu, nous le suivons. Professeur et passionné d'entomologie il est parti en bord de mer en quête de découverte. Il se retrouve hébergé dans une étrange maison au fond d'un trou dans la dune... et s'y retrouve prisonnier. Avec la femme qui habite la maison il doit empêcher le sable de dévorer, écraser ou pourrir la maison.

Différemment tordu d'autres textes de l'auteur ou alors pareil mais juste un peu différent on est bel et bien en face d'un épineux problème de condition humaine.

Plusieurs choses troublantes dans cette captivité. Le rapport au temps dans et hors des répétitions. Au fil des monologues et des tentatives d'action il y a agacement, renoncements, fuites, sans issue prédécoupée.

Le couple aussi est envisagé comme dans un miroir écrasé. Gestes élémentaires, mensonges, comparaisons, surprises, apaisements, pulsions. Mais aussi enchaînement ou espoir. Oubliées les bluettes ou les apitoiements...

De même pour les différences sociales entre ce bonhomme éduqué (et professeur) de la ville face à ses très simples villageois aux aspirations réflexes, presque animales, ou un peu moins.

Il y a encore le travail, celui de balayer et pelleter le sable, ou d'échafauder un plan d'évasion. Un travail qui peut, presque, se refuser ou dans lequel on peut se jeter jusqu'à épuisement ou accident. Un travail qui peut aussi amener apaisement ou laisser entrevoir une amélioration des conditions. Il peut aussi être une nécessité, sans travail pas de nourriture et surtout pas d'eau.

Et la lecture dans tout ça ? Curieuse, très vivante, dans la tête de cet homme... apeuré et qui teste différentes solutions sans... sans solution ? Mieux vaut être en forme pour se jeter là-dedans. La traduction ou le texte de départ ? est un peu déroutant en plus. Mais ça se lit bien, on a forcément envie de savoir comment ça va évoluer, envie de savoir comment on se regarde ou n'a pas envie de se regarder à travers cette étrange histoire aux allures de farce.

Ce n'est qu'un aperçu.

mots-clés : #identite #psychologique
par animal
le Mar 19 Déc - 22:07
 
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Sujet: Kōbō ABE
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Ivan Alekseïevitch Bounine

L’amour de Mitia

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Je n'ai pas grand chose à ajouter aux propos de mon éminent confrère dont je partage en tous points l'analyse. Ce qui m'a surtout intéressé dans ce livre ce sont les correspondances entre le tragique de l'histoire : amour fou, jalousie, trahison et les descriptions d'une nature en fête au printemps et au cœur de l'été. C'est très russe avec une pointe de nostalgie tchekhovienne Very Happy
Je recommande.

Mots-clés : #jalousie #mort #nature #psychologique
par ArenSor
le Mar 19 Déc - 19:06
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Raphaël Haroche

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Retourner à la mer


Originale : Français, Février 2017

CONTENU :
Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d'amour...
L'employé d'un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l'usine fermée pour le week-end...
A sa sortie de l'hôpital, un homme part se reposer dans le Sud avec sa vieille maman...
Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde...
Un homme arrive enfin de "posséder" la plus belle femme du monde? Et alors?
Un ivrogne, sans-abri (?) déambule à travers Paris, parcouru par des hallucinations...
Un enfant au camp de vacances reçoit la nouvelle de la mort de sa mère...

Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d'un contact, peau contre peau, d'un regard, d'une caresse, pour racheter l'humanité. Raphaël Haroche nous décrit dans un style fin et épuré les états d'âme d'êtres malmenés. Les questions qu'il pose au lecteur sont profondes, inattendues, parfois drôles ; elles sont toutefois traitées de telle manière que l'étrangeté ou le tragique touchent au poétique, au sensoriel.

REMARQUES :
En totale teize nouvelles de 2 à 25 pages. Il y a dans les descriptions d’un contenu (voir en haut) la tendance de trouver ce qui unit alors ces morceaux différents. Bien sûr on trouvera ces choses en commun. Néanmoins j’étais étonné qu’il m’est très difficile de parler de la totalité de ces nouvelles. Personnellement je trouve les approches différents et il y a des « cassures, des frictions, des tensions«  souterraines qui peuvent troubler. Des personnages d’un coté blessé, voir fragiles, puis d’autre coté parfois même plein d’aggression plus ou moins retenue qui risque d’éclater. Ici tendresse, la vie, là une violence, voir la mort. Perdition et salut (même des idées empreintées de la symbolique réligieuse apparaissent dans trois-cinq des nouvelles…). Ce ne sont pas des personnages lisses et « unifiés ». On y trouvera une certaine beauté, même des idées fortes et vraies à partir desquelles on peut se poser des questions. Mais on pourrait aussi parfois voir des histoires qui se terminent « abruptement » et qqui nous laissent en faim. Je peux m’imaginer que cela pourrait laisser perplexe des lecteurs ou n’est pas apprecié, compris.

J’ai découvert après la lecture que ce livre avait gagné le Prix Goncourt de la nouvelle 2017. Cela m’étonne quand même, mais c’est sûr qu’il y a quelque chose, et la promesse que peut-être Haroche va encore progresser.

Mais ce sont mes impressions à peine argumentées… Je serais curieux de l’avis d’autres lecteurs francophones. Cela m’a paru très difficile de me former une opinion...


mots-clés : #nouvelle #psychologique
par tom léo
le Sam 9 Déc - 17:24
 
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Robert Walser

L'Institut Benjamenta

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« Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes. » Dès la première phrase, le ton est donné.
Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement.
Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa sœur Lise, la douceur même. Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame.
« L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé », écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands. »

Quatrième de L’imaginaire (Gallimard)

C’est le journal d’un jeune homme insolent, fier, venu de l’aristocratie, qui entre dans un médiocre établissement de formation pour expérimenter l’existence, « commencer par le bas », se préparer à un avenir servile. Il s’opiniâtre, railleur, à épiloguer sur cette "éducation" sans accès à la connaissance, aux allures militaires, soumise au règlement comme une fin en soi, et sur cette prédestination imparable, sa "mise en conformité" subie dans un sentiment d’indignité et d’insignifiance personnelles.
Narré sur le ton d’un conte de fée à la fois caricatural et puéril, tantôt espiègle, tantôt fantaisiste, souvent déroutant, alternant amertume et absurde, le récit est traversé, comme par des émois de liberté inatteignable, de rêveries exaltées (notamment à propos de la vénérée maîtresse d’école, et de la réussite, surtout pécuniaire) :

« Mon Dieu, j’ai encore le droit d’espérer être quelqu’un un jour. Mais comme dans le rêve tout frôle la folie ! »


Bien que ce texte ne propose aucune thèse ou message explicite, et que sa lecture soit loin d’être univoque, j’y ai vu une critique assez acerbe du système éducatif, de la façon dont une société formate inexorablement ses jeunes membres pour un destin tracé d’avance, auquel ils se résignent sans alternative, se soumettant dans une adhésion née de l’impuissance (c’est particulièrement le cas de son condisciple Kraus) :

« Kraus est un véritable ouvrage de Dieu, un rien, un laquais. Inculte, tout juste bon à faire le travail le plus dur, c’est ainsi que tout le monde le jugera, et chose étrange : on ne se trompera pas non plus en le jugeant de la sorte, on aura tout à fait raison, car c’est bien vrai : Kraus, la modestie incarnée, la couronne, le palais de l’humilité, veut accomplir des travaux médiocres, il le peut et il le veut. Il n’a en tête que le désir d’aider, d’obéir et de servir, on ne tardera pas à s’en apercevoir pour l’exploiter, et dans le fait qu’on l’exploitera se manifeste une justice divine si rayonnante, si resplendissante de bonté et de lumière ! »

« Du reste il y a beaucoup, beaucoup d’esclaves, parmi nous autres hommes modernes orgueilleusement prêts à tout. Peut-être sommes-nous tous quelque chose comme des esclaves, dominés par une idée universelle grossière, irritante, toujours en train de brandir son fouet. »

« Depuis quelque temps, le monde tourne autour de l’argent et non plus de l’histoire. »
« La masse est l’esclave de notre temps, et l’individu, l’esclave de la grandiose idée collective. Il n’y a plus rien de beau ni de parfait. Tu n’as plus qu’à rêver le beau, le bon et le juste. […] Tâche de réussir à gagner beaucoup, beaucoup d’argent. L’argent n’est pas encore gâché, tout le reste l’est. Tout, tout est corrompu, partagé, privé d’agrément et de magnificence. […] Reste pauvre et méprisé, cher ami. Chasse de ta tête même l’idée de l’argent. Le plus beau, le plus triomphal est d’être un pauvre diable. Les riches, Jacob, sont très mécontents et très malheureux. Les gens riches d’aujourd’hui n’ont plus rien. Ce sont eux les vrais affamés. » [Conseils de son frère aîné]


Jacob trouve même une forme de jouissance masochiste dans l’oppression, prend goût aux réprimandes, non sans une certaine rébellion dans l’interdit contourné en cachette :

« Oui, oui, je l’avoue, j’aime bien être opprimé. […] Il suit de là qu’il me faut supposer, et me tenir fermement à cette conviction, que les règles rendent l’existence argentée, peut-être même dorée, en un mot pleine d’attraits. »


Monsieur le Directeur Benjamenta est une sorte d’ogre déchu et paradoxal, irascible et faible, lui aussi avili avant même de vivre, avec lequel Jacob a des rapports ritualisés et ambivalents de crainte et de bravade. Le drame final, préparé de loin et présenté de façon parodiquement grandiloquente, glisse dans une envolée onirique qui s’échappe enfin.
Etrange narrateur aussi, qui se tient soigneusement – sournoisement ‒ à distance de toute familiarité, et même de toute sympathie ou affection de la part d’autrui : un « zéro » assumé, qui voudrait cesser de penser.

« Bah ! Laisse là l’interprétation. »


Impasse existentielle de l’individu dérisoire, l’impossibilité d’une réussite personnelle est placée d’entrée comme un axiome dans ce récit.
Paru (en allemand) en 1909, le conformisme infus qui y est précisément dépeint éclaire de façon sinistre l’Histoire subséquente : le consentement incontesté des disciples est effrayant (mais je vois une lueur d’espoir dans les réflexions ironiques de Jacob).

« Il y a quelque chose de déshonorant dans toutes ces petites exigences ridicules en vérité, mais seul doit nous importer l’honneur de l’Institut Benjamenta, non point le nôtre, et c’est probablement le mieux, car un élève a-t-il de l’honneur ? Pas question. Notre honneur consiste tout au plus à être brimé et tenu en tutelle. Etre dressé, voilà ce qui est honorable pour nous, c’est clair comme le jour. »


(kafkaïen, psychologie, éducation)

mots-clés : #education #psychologique
par Tristram
le Sam 9 Déc - 13:43
 
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Sujet: Robert Walser
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Gerbrand Bakker

Des mots retrouvés

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Là-haut tout est calme

Une atmosphère très particulière, tout au long du livre , pesante ,traduisant un certain fatalisme et qui semble propice à tenir le lecteur en haleine , dans l'attente d'une libération .....

Helmer a repris la ferme de ses parents , contre son gré : C'est son frère jumeau qui aurait du avoir ce rôle là , alors qu'Helmer continuait des études littéraires ..... le sort en a décidé autrement puisque celui-ci meurt brutalement dans un accident de voiture aux côtés de sa fiancée qui , elle , en sortira indemne !
De là ,Helmer sombrera dans une sorte de léthargie sans plus se poser de questions que celles que lui imposeront les gestes triviaux de la vie quotidienne à la ferme en le mettant à l'abri de la souffrance psychique .

"Durant toute une moitié de mon existence , je n'ai pensé à rien . J'ai remis tous les jours ma tête sous les vaches .En un sens , je les maudis , ces vaches , mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand , front appuyé contre leur flanc , on leur met la trayeuse .Rien n'est aussi rassurant , rien n'est aussi protecteur qu'une étable bien remplie de vaches respirant paisiblement ; par un soir d'hiver . Jour après jour , été, automne , hiver , printemps ."


Mais on pense à une célèbre phrase de Victor Hugo ("Le plus lourd fardeau , c'est d'exister sans vivre ) en lisant certains passages :
"C'est samedi, le soleil brille et il n'y a pas un souffle de vent.Une claire matinée de décembre où tout est nu et net . Un jour propice à la nostalgie. Non pas d'un "chez moi", puisque j'y suis , mais celle de jours exactement semblables, il y a longtemps.Et la chose a un autre nom, disons _la mélancolie."
Alors qu'il cohabite avec son vieux père grabataire , en fin de vie , dans un climat de rancoeur rendant l'atmosphère lourde , imprégnée presque d'une odeur de rance tant la force immuable des choses semble être leur quotidien , un évènement va bouleverser l'ordre établi et laisser entrevoir un bout d'horizon : la lettre de Riet , l'ancienne fiancée du jumeau après toutes ces années de silence ........
Helmer accepte le requête de Riet en embaûchant le fils de celui-ci pour quelques temps : le passé ressurgit à ce moment là(Riet a donné à son fils le nom de son fiancé parti "Henk"en plus !) et ainsi on entrevoit toute la complexité psychologique d'HELMER à l'automne de sa vie :
Ce nouvel Henk , dans la jeunesse éclatante , réveille ses penchants sexuels refoulés ......
réveille aussi la douleur de l'absence de son jumeau :

"HELMER ?"
_Oui ?
_Comment c'est d'avoir un frère jumeau?
_C'est la plus belle chose qui soit Henk.
_A présent tu te sens diminué de moitié ?
Je veux dire quelque chose , mais n'y parviens pas . Je suis même obligé de m'agripper à l'une des barres métalliques pour ne pas tomber. J'ai toujours été ignoré , papa et maman comptaient davantage ,Riet a revendiqué_si peu que cela ait duré _ son veuvage, et me voilà le fils de Riet ici, face à moi , en train de me demander si je me sens diminué de moitié.Henk m'attrape par les épaules , je lui fais lâcher prise.
"Pourquoi pleures-tu ?demande-t-il .
_Pour tout, dis-je.
Il me regarde.
Je le laisse me regarder ."

Cet extrait traduit avec grande pudeur le fond de l'âme de Helmer et ses souffrances intérieures .........

Si certains ont vu à travers la fin , une ouverture enfin ....... je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'une "happy-end" après un tel chemin ne peut être qu'illusoire .......
Un livre tout en retenu et pourtant intense , empreint de pudeur et pourtant trivial , poétique et pourtant rustique ....... Pour évoquer la profondeur de l'âme humaine , la souffrance dans les relations familiales , l'abnégation , le déterminisme , la nature incontournable .....


mots-clés : #psychologique
par églantine
le Sam 2 Déc - 14:33
 
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Sujet: Gerbrand Bakker
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Gerbrand Bakker

Le détour

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_le10

C'est l'histoire d'une femme qui décide de disparaître, clin d’œil parfait à ma lecture de David Le Breton. Étrange fuite sans explication - mais non sans raison - d'une universitaire limogée, réfugiée quelques mois dans une ferme isolée du pays de Galles, avec pour seule compagnie quelques oies, des moutons noirs et un blaireau, animal habituellement pacifique qui la mord lors d'une promenade vers le cercle de pierres.
Contrariant (et illuminant) ce projet de retour à soi-même par la solitude et le silence, un jeune homme la ramène à des émotions sans doute oubliées.
Son mari la cherche, ayant appris le secret qui n’est jamais qu'allusivement dévoilé.

Mais en fait ce n’est pas une histoire, ce sont des sensations, des gestes convaincus de leur bon droit, de menus faits accolés, des odeurs, des bruits, des impressions. Des jours qui passent et coulent, et dont l'auteur se refuse à donner la clé:

elle ne voulait rien connaître du pourquoi et du comment, ne pas en entendre parler.


J'ai été désarçonnée au début par cette distance, ce mur dressé entre le personnage et le lecteur. Puis j'ai peu à peu mieux habité cette ambiance sensuelle, sèche, secrète. Cet espace de liberté infinie où les mots sont à l'égal des silences. Cette femme étrange, qui décide de se trouver en fuyant ce qu'elle vit et qui n'est pas elle.


mots-clés : #nature #psychologique #solitude
par topocl
le Sam 2 Déc - 10:28
 
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Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Images45

Au prologue, lors d'un partie de pêche, Martial Kermeur passe Jean Lazenec par dessus bord et s'en rentre tranquillement chez lui.

Le texte est ensuite un long huis clos entre Kermeur et le juge d’instruction, très discret. Dans un monologue tourmenté, d'une oralité travaillée, (long monologue mais court roman), le narrateur raconte cette débine qui lui a collé à la peau et l'a mené à ce geste si impensable, et pourtant si logique. Cela commence  comme un roman social, le licenciement, le divorce, l'arnaque immobilière, la machine de guerre ordinaire du capitalisme au quotidien ... Et cela va vite  sonder des sentiments des  plus intimes et profonds, la lente dérive du loser, sa solitude, l'envahissement de la honte qui  finit par l'anéantir quand il en voit le reflet dans l’œil de son fils.

J'ai marché à fond dans ce thriller psychologique sobre et pudique sur fond de petite vie misérable de province.

Certes l'interprétation par le juge du fameux Article 353, m'a paru bien peu juridique, mais plutôt littéraire. Ma foi, qu'importe, n'est pas justement de la littérature, que je demande?


mots-clés : #criminalite #psychologique #relationenfantparent #social
par topocl
le Dim 26 Nov - 10:55
 
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Jonathan Safran Foer

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Foer10

Me Voici


Isaac a choisi d’immigrer aux USA quand les nazis ont investi la Galicie où il est né.

Des horticulteurs allemands avaient élagué toutes les branches de l’arbre généalogique d’Isaac jusqu’au sol de Galicie. Mais avec de la chance et de l’intuition, et sans aide de l’au-delà, il en avait repiqué les racines dans les trottoirs de Washington et avait vécu assez longtemps pour en voir les repousses. Et à moins que l’Amérique ne se retourne contre les Juifs –jusqu’à ce qu’elle se retourne, le corrigeait son fils Irv -, l’arbre continuerait à produire des rameaux et des bourgeons. »

Jacob, le petit-fils,  est l’un des  rameaux ; il s’est marié avec Julia, de religion juive également, ils ont eu 3 enfants, des garçons, Sam, Max et Benjy.  De l’amour, du bonheur il y en a eu ;

« Chaque matin,  au réveil,  Jacob embrassait Julia entre les jambes – pas un geste sexuel (le rituel exigeait que le baiser ne donne pas matière à développement), mais religieux. Ils se mirent à collectionner, au cours de leurs voyages, des objets dont l’intérieur donnait l’impression d’être plus grand que l’extérieur : l’océan contenu dans un coquillage, le ruban usé d’une machine à écrire le monde dans un miroir au mercure. Tout semblait tendre vers le rituel – Jacob passait prendre Julia au travail le jeudi, le café du matin partagé en silence, Julia qui remplaçait les marque-pages de Jacob par de petits-mots, jusqu’ à ce que, tel un univers en expansion qui atteint ses limites avant de se contracter vers son commencement, tout se défasse. »

Mais 16 ans plus tard sous les dehors d’une famille heureuse, le couple bat de l’aile. Les mots tus comme  les mots dits ont eu pareillement raison de leur entente.  

Le quotidien continue,  les gestes habituels,  Jacob travaillent à la série tv de ses employeurs, Julia, architecte se construit sur papier une maison, mais une maison où inconsciemment ?  elle ne pourrait vivre que seule.

Un  évènement va  contribuer à l’instabilité du couple : Julia et Jacob sont convoqués par le Rabbin du Lycée car Sam a écrit des  insultes, et notamment un terrible mot en « n » que le lecteur ne peut qu’imaginer. Il lui est demandé de faire des excuses, qu’il refuse et nie être l’auteur de l’écrit. Julia croit en la culpabilité de Sam alors que Jacob la rejette. Leur position reflète bien le caractère opposé des deux parents. L’une est forte, l’autre « mou », il fuit, se cache la réalité alors qu’elle affronte.

Mais c’est une découverte  par Julia, qui va précipiter la séparation du couple ; celle d’un téléphone. Jacob envoie des messages salaces et très évocateurs à une femme, lui qui n’a plus de relation sexuelle avec la sienne et qui, comme lui jette Julia à la face,  a des projections au-dessus de ses moyens .   (ce dialogue est crument évocateur).

« L’intérieur de la vie devint beaucoup plus petit que son extérieur, ouvrant une cavité, un néant. Voilà pourquoi la bar-mitsva (celle de Sam) était si importante : c’était le dernier fil d’une corde effilochée. »

L’arrivée des cousins Israëliens va concorder avec un tremblement de terre en Israël ;  les sentiments de Jacob et Tamir, le cousin,  sont explicitement ceux des Juifs américains et des Juifs Israëliens avec leur antinomie, leur culture différente. Les juifs américains s’ils se sentent juifs, ne se sentent pas devoir quoi que ce soit à Israël (même s’ils donnent financièrement,  ce qui pour beaucoup se ressent comme une obligation)  alors que les juifs d’Israël se sentent avant tout  Israëliens.

Julia et Jacob divorceront,  mais il restera néanmoins un lien entre eux, au-delà de leurs enfants.

"Alors,  elle comprit Jacob. Elle l’avait cru quand il lui avait dit que les mots qu’il avait écrits n’étaient que des mots, mais elle ne l’avait pas compris. Désormais, elle comprenait : il avait besoin de mettre la main dans la porte. Mais il ne voulait pas la refermer lui-même."

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J’ ai beaucoup apprécié les dialogues, la dégradation graduelle du couple bien visible, le comportement  des enfants, des grands-parents. Les personnages sont bien croqués dans leur physique et leur psychologie.

Mais j’ai trouvé des longueurs, notamment :
dans les rites religieux, car même si intéressants ils sont digressifs  dans le processus de dégradation du couple,
le passage sur les trouvailles masturbatoires de Sam,
le tremblement de terre et les implications géopolitiques du proche-orient. (d’autant que j’ai eu beau chercher je n’ai pas trouvé trace de ce tremblement de terre qui devrait se situer en 1969 – année de l’incendie du Dôme du rocher évoqué -)

Cela reste néanmoins une bonne lecture grâce à l’écriture, à l’intelligence des rapports humains.



autres extraits :

« Ils continuèrent à coucher ensemble, même si ce qui s’était toujours produit spontanément réclamais désormais un stimulus… Ils se disaient parfois des choses dont, juste après l’orgasme, ils avaient tellement honte qu’ils se sentaient obligés de s’éclipser, au prétexte d’aller chercher un verre d’eau, alors qu’ils n’avaient pas soif. »

« Julia pouvait couper des ongles de nouveau-né d’un coup de dents, allaiter tout en préparant des lasagnes, faire en sorte que les enfants la supplient de leur passer le peigne à poux dans les cheveux, et les forcer à s’endormir grâce à un massage du troisième œil – mais elle avait oublié comment caresser son mari. Jacob apprenait aux garçons la différence entre éloigné et lointain, mais il ne savait plus comment parler à sa femme.

« Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts. »

« Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide. »

Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts.

Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide.

Les rituels domestiques étaient assez enracinés pour que leur façon de s’éviter soit naturelle et passe inaperçue.

Et quelqu’un  doute t-il vraiment qu’un jour, quand les conditions seront réunies, l’Amérique ne décide qu’on est trop bruyants, qu’on pue, qu’on est casse-pieds et bien trop intelligents pour ne pas nuire à tout le monde ?

En un instant, frappé d’une fulgurance, Jacob fut submergé par la terreur d’avoir démoli les trois plus beaux êtres humains sur terre.




mots-clés : #communautejuive #famille #psychologique
par Bédoulène
le Sam 25 Nov - 17:27
 
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Sujet: Jonathan Safran Foer
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Ivan Alekseïevitch Bounine

L’amour de Mitia

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 L_amou10

Ou les affres de la jalousie chez Mitia, étudiant moscovite amoureux d’une belle comédienne en herbe, jeune ingénue un peu suspecte d’émancipation. De vagues dissonances dans leur relation l’alarment ‒ petits signes imprécis de la rupture ?

« Mitia accompagnait Katia au théâtre, au concert, il se rendait chez elle et y demeurait jusqu'à deux heures du matin. Elle passait aussi parfois chez lui, dans son meublé de la Moltchanovka, et leurs rendez-vous s'écoulaient tout entiers dans le lourd enivrement des baisers. Cependant Mitia ne pouvait se défaire de l'idée qu'une chose terrible s'était enclenchée tout soudain, qu'un changement s'était produit, qu'une transformation s'opérait peu à peu en Katia, dans son attitude envers lui. »


Plongée dans l’angoisse de la séparation, qu’un épisode de diversion plutôt sordide ne fait qu’aggraver, pour le malheureux reparti chez lui.
Intéressant rapprochement de l’obsession pour son amante absente avec la prégnance de la mort suite au décès du père : sa perception de son environnement est métamorphosée lors de chacune de ces expériences majeures, ayant lieu au printemps qui transfigure le monde.
Description psychologique minutieuse d’un drame romantique, en regard avec celle de la campagne russe.


mots-clés : #mort #nature #psychologique
par Tristram
le Lun 20 Nov - 20:13
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
Réponses: 13
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