Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Sam 25 Sep - 4:46

143 résultats trouvés pour regimeautoritaire

Karel Capek

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 41mtbb10

La maladie blanche

Ce commentaire suit une relecture et cette pièce est toujours aussi instructive.
Critique du totalitarisme, critique des sociétés où l'ignorance et la superficialité dominent, Capek par un style léger appuie là où cela fait mal.
Le style est toujours ironique, ridiculement emphatique par moment, on est dans la comédie dramatique si l'on peut dire, les personnages sont blasés pour parler d'horreurs et très égocentriques en général, une façon d'insister sur cette superficialité destructrice d'idée.
Le héros le seul à avoir une idée, est le seul au tempérament linéaire, le seule conscient des enjeux, le seul inquiet.
Une jolie leçon qui serait très adaptée à un cours au collège.


mots-clés : #regimeautoritaire #théâtre
par Hanta
le Ven 16 Déc - 20:16
 
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Sujet: Karel Capek
Réponses: 18
Vues: 1508

Anne Brunswic

Les eaux glacées du Belomorkanal


Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Index410

   
Au début, le voyageur étranger s'étonne de rencontrer des Russes qui, directement ou à travers leurs parents, ont subi la répression stalinienne, et pour autant ne sont nullement devenus des adversaires du régime. Le cas est banal. Beaucoup même ont pu gravir les échelons au sein du Parti et s'y sentir à l'aise  jusqu'à l'effondrement du régime. Le visiteur doit se rendre à l'évidence : il n'a pas toutes les clés  Il essaie de comprendre quelles réalités vécues recouvrent pour son interlocuteur « communisme », « stalinisme », « Parti », tâtonne, échafaude des hypothèses, va chercher des réponses chez les historiens, les philosophes... Et plus il apprend, moins il sait.



Ne cherchez pas ici des renseignements exhaustifs (techniques économiques ou historiques)  sur ce canal, qui unit le lac Onega à la mer Blanche,  chantier pharaonique conçu par Staline qui y attela 150 000 zeks dans des conditions atroces.  Un canal aux archives interdites, et tenu secret pour de vagues raisons stratégiques.


 
Pierre le Grand en a rêvé, Staline l'a fait. Le sort des moujiks entre temps a peu varié.


Ou alors lisez un autre livre que celui d'Anne Brunswic. Car elle annonce d'emblée sa façon de procéder.

 
 La vérité est que tu aimes bien frapper à la porte d'un ou d'une inconnu(e), sans projet arrêté, sans nécessairement chercher de réponse à une question qui préexisterait. Il serait prétentieux d'ériger ce tâtonnement en méthode mais c'est bien de propos délibéré que tu joues à te perdre.




Les eaux glacées du Belomorkanal est donc plutôt un livre d'humanité transmise, qu'un document objectif. C'est un livre sans idées préconçues, sans cases toutes prêtes, sans jugement. On y suit le cheminement géographique  de l'auteur, ses rencontres dans les villes avoisinantes, dans des musées, des bibliothèques, des établissements scolaires. Mais aussi chez l'habitant commun, à ce qui reste de l’hôpital psychiatrique, au sanatorium. Là, elle va à la rencontre des hommes ou surtout des femmes, instaure une confiance, recueille des témoignages. C'est au fil de ceux-ci que sont tranquillement distillées les informations  factuelles sur le canal. Et la vie aujourd'hui,  si elle semble sans rapport,  ne serait pas ce qu'elle est sans le canal (son empreinte dramatique  mais aussi joyeuse dans les mémoires puisque certains s'y sont baignés enfants dans l'insouciance) , et les industries (scieries, usines d'aluminium ou de cellulose fabriquant des sacs de papier Kraft) qui en on découlé. Et surtout sans l'Histoire sombre qu'il véhicule, car pour chacun émerge qui un père, qui un frère arrêté, accusé, emprisonné, des vies sous l'emprise de la terreur. Ainsi se tisse peu à peu un regard nouveau sur la répression stalinienne, refoulée ou exprimée, mais toujours inscrite au cœur des Russes.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #regimeautoritaire #voyage
par topocl
le Ven 16 Déc - 12:08
 
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Sujet: Anne Brunswic
Réponses: 3
Vues: 390

Svetlana Aleksievitch

La fin de l'homme rouge

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Images32

Ce livre est une somme, qui, en 550 pages, dit "tout" (ou en tout cas beaucoup) de l'URSS/la Russie depuis un siècle et de cette ahurissante transition. Rien de très neuf pour qui s'y intéresse, par contre, on est dans l'  approfondissement à travers l'intimité du vécu des petites gens.. Svetlana Alexeïevitch continue avec sa technique habituelle, un micro, un stylo, des oreilles, et tout est scrupuleusement noté. L’intervieweuse, bien présente par les choix des histoires rapportées,  s'efface totalement face aux récits de ses interlocuteurs.

Cette technique est à la fois la force et la faiblesse du livre,   ouvrage journalistique et non pas  littéraire. La force, car Svetlana Alexeïevitch a sélectionné ses histoires pour donner un survol historico-  journalistique le plus  complet posssible. Et qu'elle y met  une empathie du fait de sa proximité avec les personnes qui parlent, dans un  respect absolu de leur discours. La faiblesse, c'est que justement ce respect l'a amenée à refuser d'élaguer, ou concentrer, au risque de noyer le lecteur dans la litanie et les redondances  .
Cette démarche est le choix d'une femme pleine de compassion et proche de ses concitoyens, et si la lecture m'a parfois paru longuette, mon intérêt ne s'est pas démenti.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #documentaire #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 16 Déc - 8:32
 
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Sujet: Svetlana Aleksievitch
Réponses: 14
Vues: 1815

Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 519xmy10

Moscou-sur-Vodka


(Originaltitel: Москва — Петушки, russe, traduction littérale: Moscou-Pétouchki)

C’est de loin l’œuvre le plus connu de Venedikt Erofeev. Selon ses propres dires il a écrit ce livre entre Janvier et Mars 1970. Il fût emporté en Israel où on le publia pour la première fois en 1973 dans le journal « Ani ». Mais il ne faudrait pas négliger la distrubution dans le fameux Samizdat russe, ce moyen de reproduction clandestin, avec copies faites à la machine, à la main, des lectures faites en petits cercles. Selon beaucoup de Russes ayant vécu cet époque culturellement dans la clandestinité, Moscou – Pétouchki fut parmi les livres les plus spectaculaires.

Sur première vue il s’agit d’un récit d’une journée, d’un simple voyage en train de celui qui raconte, l’alter ego de l’auteur, Vénja, de Moscou vers Pétouchki, ville de la  région de Vladimir. Il veut y visiter sa bien-aimée...Au cours de l’action le protagoniste alcoolique devient de plus en plus ivre… et ses récits de plus en plus surréalistes, marqués par des rencontres avec des personnages clés de l’histoire et de l’Union Soviétique et de la Russie éternelle. Dans une grande confusion de gare, il se met accidentellement et sans se rendre compte, dans un train qui le ramène à Moscou et au début du voyage, et vers une exécution par quatre figures sombre.

J’ai entendu par certains lecteurs que ce récit est insupportable par l’accumulation grotesque de quantité d’alcool consumé. Une lecture superficielle peut alors arriver à réduire ce voyage à une pure beuverie (ainsi lu dans une description d’article d’amazon.de !!!). Quelle tristesse !
Mais à voir de plus près, l’auteur profite de l’occasion pour parler de beaucoup d’aspects de la vie sous l’empire soviétique. Le langage utilisé est celui de la satire, du grotesque, de l’humour si bien connus dans des situations de tyrannie. On y trouve aussi bien des paroles d’usage du parti que de nombreuses allusions vers d’œuvres d’art, littéraires et religieuses.
Et les lecteurs clandestins ne s’y trompaient pas et voyaient la critique du « paradis des ouvriers sur terre » qui, sous ces yeux là, devient un grand vide. On peut, un moment donné, aussi déduire que cette bien-aimée à visiter est inatteignable, oui, est-ce qu’elle a jamais existé ?
Le livre est divisé en chapitres avec le titre du chemin parcouru (station à station de gare).

Si on est très sensible au sujet de l’alcool, on devrait peut-être s’abstenir. Il est vrai, sans aucun doute que l’alcool était un problème pour l’auteur lui-même, et pour le peuple russe, et un ami russe m’a dit que le verbe de « boire » apparaît avec des variations, synonymes  étonnantes !…
…, mais je ne peux que conseiller une lecture avertie en vue de se faire une image de cet auteur singulier et une description rocambolesque de la réalité du système soviétique, même s’il est tout à fait pensable que le lecteur d’aujourd’hui, surtout occidental, n’est pas (ou plus) capable à déchiffrer toutes les allusions culturelles, politiques, religieuses etc.

Mais on devrait être capable d’entendre le cri de détresse et de mélancolie qui émane de ces pages !


mots-clés : #regimeautoritaire #voyage
par tom léo
le Mer 14 Déc - 7:20
 
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Sujet: Venedikt Vassilievitch Erofeïev
Réponses: 6
Vues: 1135

Olivier Rolin

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 51bwzn10

Solovki - La Bibliothèque perdue

avec des photos de Jean-Luc Bertini
Original : Französisch, 2014

INTRODUCTION :
Le livre se présente dans un format A-4, légèrement moins large, dans un mélange d'un texte relativement court d'Olivier Rolin et de de photographies de Jean-Luc Bertini. C'était en 2010 que l'écrivain avait été la première fois à Solovki, immédiatement sous le charme de ce lieu magique (comme moi quelques années plus tôt...) Depuis il a revisité cet archipel encore deux fois. Le lieu fait référence, dans la mémoire collective, à une histoire réligieuse très riche de par la présence d'un monastère très influent depuis le debut du XVème siècle, et puis par la transformation de l'île en Goulag dès le début des années 1920. Solovki comptait comme le premier Goulag de la sorte ! Au début de la vie du « lager » une vie culturelle même semblait possible. S'y developpa alors entre autre une bibliothèque par les livres apportés par les prisonniers : intellectuels, politiques selon Rolin, mais j'ajoute : aussi des prêtres et autres. Puis avec les années, le durcissement de la situation et la dissolution du Goulag, la bibliothèque « disparaissait », et on ne savait pas vers où. Travaillant sur le sujet de ladite bibliothèque disparue, Rolin revenait en Mars/Avril 2013 pour faire un documentaire pour ARTE. C'est là que naissaient aussi les photos de Jean-Luc Bertini. Leurs investigations les menaient des Solovki vers Kem, Medvejegorsk et Iertsovo.

REMARQUES :
« A quelque cinq cents kilomètres au nord-est de Saint-Pétersbourg, juste sous le cercle polaire, la mer Blanche est une mer presque fermée, un grand golfe de la mer de Barents. A l'ouest c'est la République de Carélie et la Finlande, au nord la péninsule de Kola avec le port de Mourmansk, à l'est la "ville de l'Archange", Arkhangelsk, au sud, près du port presque abandonné de Belomorsk, le débouché du canal Baltique-mer Blanche, autrefois nommé "Staline", dont le percement, de 1931 à 1933, coûta la vie à des dizaines de milliers de déportés. C'est sur les bords de la mer Blanche, à Severodvinsk, que la Russie construit ses sous-marins nucléaires. Terres de sombres forêts, de lacs glaciaires, terres de sang, bourgades délabrées sous la froide lumière du Nord : il faut aimer les paysages mélancoliques pour se balader, surtout en hiver, sur les rivages de la mer Blanche. »
(extrait du livre...)

Restent pour moir l'impression d'une distance vers ce qu'on décrit, un vrai élan, une energie ne sont pas communiqués malgré le sujet plus qu'intéressant. Comme si Rolin faisait ici encore un ajout au film, une exercise de devoir sans vraie particpation. Un peu endormi ?
Il faut être prêt que le sujet du livre (du texte au moins) est alors plutôt la recherche sur les traces de la bibliothèque, même s'il y manque l'élan. Mais il est étonnant, voir pour moi inconcevable que tout en racontant alors sur les Solovki on fait mention en quelques lignes de l'histoire si riche, la place si unique de la tradition monastique. Comment présenter les Solovki sans aucune photo vraie de la vue d'ensemble du Kremlin tellement impressionnant, image que chacun, aussi les prisonniers des sombres années, ont du connaître en arrivant sur l'île ? Comment parler de coté des prisonniers, seulement d'intellectuels et de prisonniers politiques si on sait combien de croyants y furent tués, massacrés, torturés aussi ? Par ces omissions ce livre perd pour moi un grand part de sa vérité, ou de sa percussion.

Parmi les photos il y en a des superbes, des trouvailles de visages, des vues des alentours dans la neige...(un vrai documentaire devrait aussi tenir compte des différentes saisons de l'année!) . Mais beaucoup ne me parlent pas, ne me disent rien. S'y ajoute le manque de titres, de notes explicatives : comme ces photos sont prises aussi sur le chemin des investigations, on ne sait pas où est-ce qu'on se trouve.

Donc, l'impression générale : une certaine vue reductrice et la conviction qu'on aurait pu faire plus. Une occasion ratée pour un sujet extraordinaire dans un lieu magique.
mots-clés : #nature #regimeautoritaire #religion
par tom léo
le Mar 13 Déc - 22:04
 
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Sujet: Olivier Rolin
Réponses: 61
Vues: 3754

In Koli Jean Bofane

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 97827411

Mathématiques congolaises

Entre-temps, la Faim, au milieu de la population, gagnait du terrain, faisait des ravages considérables. Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes. Elle se lovait dans les ventres pareille à un reptile particulièrement hargneux creusant le vie total autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi. En début de journée, avant qu'elle ne se manifeste, on n'y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettait justement de manger et ainsi obtenir un sursis. On faisait semblant d'oublier, mais l'angoisse persistait à chaque moment. En début d'après-midi, avec le soleil de plomb qui accélère à la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L'animal qui, depuis longtemps, avait pris la place des viscères,  manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d'autres substances vitales. On était obligé de vivre sur ses maigres réserves. L'effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s'emballer. Pour calmer la bête, on lui faisait alors une offrande d'eau froide, pour qu'elle se sente glorifiée. Cela ne dure pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d'autres organes de la volonté et du sens combatif. On pouvait avoir tendance à quémander et à mendier. certains devenait même implorants, parce qu'elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l'orgueil et la fierté. Elle était omniprésente et omnipotente. On ne conjuguait plus le verbe « avoir faim ». À la question de savoir comment on pouvait aller, la réponse était :  «Nzala ! », « La Faim ! ». Elle s'était institutionnalisée.


La Faim… La Faim est omniprésente dans ce roman. Les habitants de Kinshasa passent leur journée à tenter de la contrer, sans grand succès la plupart du temps. C'est pour gagner un peu d'argent afin d'apaiser la Faim que de jeunes habitants acceptent régulièrement de jouer le rôle de partisans du gouvernement lors de manifestations factices contre l'opposition.
Mais il peut arriver qu'une manifestation dégénère, et que l'on déplore des morts. Innocentes victimes des petits jeux de dupes auxquels se livrent les puissants du pays… C'est en venant faire taire une famille éplorée que l'homme de l'ombre du président, Gonzague Tsihilombo, remarque Célio Matemona, dit Celio Mathematik.

Celio, que la guerre civile a rendu orphelin, n'a dû son salut qu'à un prêtre missionnaire et à la découverte émerveillée des mathématiques. Dès lors toute situation devint pour lui sujette à analyse, résumée en quelques théorèmes mâtinés d'une ou deux sentences de Machiavel. Gonzague Tshilombo pressent que ce drôle d'énergumène pourrait être utile à la présidence, et l'embauche. L'idéaliste Celio se retrouve donc au service d'un homme sans scrupule, qui "appréciait de vivre cette période de transition. Il estimait connaître des moments privilégiés ou le savoir-faire des hommes tels que lui était nécessaire. Il était non seulement l'expert en écran de fumée, mais aussi le spécialiste en « comment poser une poutre dans l'œil du voisin sans faire tomber la paille qui s'y trouve déjà, des qualités inestimables en matière d'intoxication et de désinformation, car telle était sa véritable tâche."

Désir de s'élever dans la société, de quitter les petits boulots précaires, de jouir de l'argent facile, Celio fait taire sa conscience et met toute la fougue de sa jeunesse au service de son employeur.
L'Europe fait pression sur l'état congolais ? Jouons donc le jeu de la démocratie, si cela peut leur faire plaisir, mais tentons néanmoins de tourner chaque situation à notre avantage…Celio découvre avec grand plaisir que les mathématiques lui permettent de se jouer des hommes à sa guise et d'anticiper leurs réactions pour mieux les influencer. Et tant pis si quelques innocents sont balayés au passage, il est si amusant, et si facile de manipuler les foules !
Mais quand on est un enfant de la rue, un idéaliste, un ami des opprimés, peut-on indéfiniment faire taire sa conscience ? Tel sera le dilemme auquel Celio sera confronté…

La plume d'In Koli Jean Bofane, teintée d'humour noir, est un subtil mélange de décontraction et de recherche, et décrit à merveille la vie quotidienne des kinois. La quête d'argent happe certes toute leur énergie, mais ils n'en oublient toutefois pas de palabrer, d'aimer, et… d'entretenir leur amour de la sape !
Pendant ce temps, les puissants usent et abusent de leur pouvoir pour maintenir le pays sous leur joug, se jouant des hommes et des concepts avec un cynisme qui fait froid dans le dos. Les sorciers et autres féticheurs sont régulièrement mis à contribution, pour aider une ascension sociale ou pour faire taire une conscience trop longtemps bafouée… L'humour sous-jacent ne met que plus en valeur la déliquescence d'un pays gangrené par une corruption généralisée et un pouvoir oublieux de son peuple, qui ne sert que ses intérêts particuliers.
Sans céder à la facilité ni à l'exotisme, l'auteur est parvenu à rendre palpable la réalité de ce Congo ravagé par les luttes intestines. Mais une fois le livre refermé, c'est la dignité et la force de vie du "petit peuple" que le lecteur a envie de retenir, en espérant qu'un jour le mot "démocratie" décrira une réalité bien tangible, et non plus un concept détourné à leur profit par des dirigeants corrompus…

Chaque jour, le pouvoir d'achat s'amenuisait. Les denrées alimentaires étaient rares et hors de prix. Le système de santé n'existait plus depuis longtemps. Le sida et ses conséquences s'étant ajoutés à tout cela, l'ensemble était devenu ingérable. Les gens ne tenaient plus que par la peau qui les recouvrait. Pour l'éducation, c'étaient les parents qui s'organisaient pour payer le salaire des professeurs. Dans ce contexte, seul Dieu faisait des miracles, et encore, il avait un mal fou à suivre.



(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #corruption #regimeautoritaire #social
par Armor
le Mar 13 Déc - 16:41
 
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Sujet: In Koli Jean Bofane
Réponses: 2
Vues: 611

Shumona SINHA

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 51oroo11

Calcutta

Autrefois il y avait un escalier. Raide et étroit. Sa rampe était en ciment rugueux, avec des trous en forme de croix. Trisha se tenait au bord, après s'être dandinée de la chambre du fond jusque-là. Elle avait réussi à se mettre debout, à tomber et à se relever encore, et elle avait marché avec ses petits pieds tout ronds et aussi mous que des raviolis. Le chemin était sans obstacle, elle avait les chaises et les fauteuils comme repères. Sa grand-mère criait depuis sa chambre, mais elle ne pouvait ni marcher ni courir pour attraper Trisha, qui était maintenant au bord du vide. Probablement surprise par le sol qui cessait soudain d'être là, elle oscillait peut-être, attirée par le chemin ouvert, creux, par les marches pointues s'élevant vers  elle comme des dents de scie, leurs bras ouverts et moqueurs, elle avait peur aussi, sans doute. Un peu par peur, un peu par sidération, elle s'était penchée alors, tête en avant.


Depuis des années, Trisha a fait sa vie à Paris. Et c'est à contre coeur qu'elle effectue le voyage retour vers Calcutta pour assister à la crémation de son père. Une fois seule dans la maison de son enfance, les souvenirs affluent... Et en premier lieu, l'image un révolver dissimulé sous une couette rouge… Puis des jeux d'enfants dans les champs et dans le coton, au pied des couettiers itinérants. Et encore et toujours ce révolver, dont il valait mieux ignorer l'existence…

Pour Trisha, le Bengale de l'enfance est un pays sous état d'urgence, en proie aux troubles religieux, et où les soldats d'Indira Gandhi font régner la terreur au sein des groupes communistes. Avoir un père marxiste, c'est l'incertitude au quotidien : la crainte de l'arrestation, ou pire encore, de l'exécution sommaire.

Et puis, il y a sa mère. Une femme éduquée dont un chagrin d'amour a révélé le caractère instable. Même les attentions d'un époux aimant ne peuvent éviter les subits accès de dépression, moments terribles durant lesquels la mère devient un être inerte et insensible à tout ce qui n'est pas sa propre douleur. Alors l'enfant guette anxieusement le moindre signe annonciateur d'une nouvelle crise, et le couple fait de chaque jour heureux une victoire sur le sort et les préjugés.

Tout ceci, et tellement plus encore, nous est révélé par bribes, au fil des souvenirs de Trisha. Des souvenirs dans le désordre, parfois confus, parfois terriblement précis, comme des petites touches impressionnistes. Au lecteur de reconstituer le tableau...

Je l'avoue, je n'ai pas été d'emblée séduite par ce roman malgré ses qualités indéniables. Je suis restée quelques temps extérieure au récit. Et puis, et puis j'ai été cueillie, d'un coup d'un seul, sans trop vraiment savoir pourquoi. Saisie par les émotions qui se succédaient, par cette plume sobre et inventive, par ces images inattendues que seul un poète pouvait trouver.
Quelle est la part de Sumonha en Trisha ? L'auteur a savamment brouillé les pistes, oubliant le récit à première personne du chapitre initial pour se concentrer sur son héroïne. Mais il en fallu du talent pour esquisser en si peu de pages ce Bengale terriblement authentique, et laisser deviner derrière les silences toute la complexité de personnages dont les émotions à fleur de peau et les non-dits pénètrent peu à peu le lecteur jusqu'au coeur.
Un livre qui, une fois refermé, m'a longtemps accompagnée...

Sa mère avait veillé sur lui, jour et nuit, versant des larmes en silence pour ne pas effrayer son fils et cacher son désarroi : elle se sentait coupable d'être en pleine santé tandis que son fils luttait contre un cœur malade. Plusieurs années plus tard quand elle ne put plus se tenir debout, condamnée à un fauteuil roulant que son fils poussait, elle s'était sentie étrangement soulagée, comme tout était rentré dans l'ordre. Se confier aux soins de son fils la rassurait : il y avait là une cohérence. Son fils ignorait tout cela : ils n'avaient pas l'habitude de parler de leurs sentiments. La maison comme une grotte sauvage engloutissait toute parole, toute émotion qui pouvait ressembler à de l'amour. On exprimait sa reconnaissance, sa gratitude, son chagrin, sa déception, sa colère ou sa haine, mais jamais son amour.



(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #initiatique #famille #regimeautoritaire #pathologie
par Armor
le Mar 13 Déc - 6:08
 
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Sujet: Shumona SINHA
Réponses: 4
Vues: 777

Sergio Atzeni

Sergio Atzeni (1952-1995)

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Sergio Atzeni (né le 14 octobre 1952 à Capoterra en Sardaigne et mort le 6 septembre 1995 (à 42 ans) à Carloforte) est un écrivain, journaliste et traducteur italien.

Né à Capoterra, Sergio Atzeni vit à Cagliari dès sa première enfance. C'est là qu'il passe, hormis un court séjour à Orgosolo son enfance et sa jeunesse et qu'il fait ses études. Il s'inscrit à la faculté de philosophie mais la quittera avant d'avoir obtenu son diplôme.

Très jeune, dès 1966, il commence à se consacrer au journalisme et collabore bientôt avec les plus importants journaux sardes : Rinascita sarda, Il Lunedì della Sardegna, L'Unione Sarda, l'Unità, La Nuova Sardegna, ou encore Altair, revue qu'il a fondée et dirigée. Il travaille en même temps pour la radio. Il s'inscrit également au parti communiste italien, participant activement à la vie politique de la cité. Il ne parvient toutefois à trouver un emploi stable, à la société nationale italienne de production d'électricité ENEL, qu'en 1976. Travail qu'il abandonne au moment de ses débuts littéraires, quand il décide en 1987 de quitter l'île, un an après la parution de son premier roman.

Il s'installe durablement à Turin, qui sera jusqu'à sa mort son lieu de résidence, hormis durant un court intermède à Sant'Ilario d'Enza en Émilie de 1990 à 1993. Il travaille comme journaliste pour L'Europa et traducteur pour de nombreuses maisons d'éditions, notamment d'auteurs français. Ce sont des années particulièrement riches dans sa carrière d'écrivain, pendant lesquelles il écrit quelques-unes de ses œuvres les plus importantes, comme L'Apologo del giudice bandito, Il figlio di Bakunin, Passavamo sulla terra leggeri et Il quinto passo è l'addio.

Il trouve la mort tragiquement à Carloforte, le 6 septembre 1995, à l'âge de 42 ans, emporté par une vague, lors d'une tempête, sur les falaises de l'île de San Pietro.

(wikipedia)

Oeuvres traduites en français :

Le Fils de Bakounine
La Fable du juge bandit
Le Cinquième pas est l'adieu
Bellas mariposas
Il existe deux couleurs au monde, le vert est la seconde ; voyage en compagnie de Vincent
Récits avec bande-son
Nous passions sur la terre, légers





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Le Fils de Bakounine

Qui est Bakounine ? C'est le surnom donné par la population de Guspini à Antonio Saba, le meilleur cordonnier de Sardaigne !

C'est sur les traces de son Fils Tullio Saba qu'une mère incite son fils à enquêter, est-il journaliste comme il se présente ?

La mémoire est-elle fidèle ? infidèle ? transforme-t-elle la réalité ? par besoin de l'enjoliver ou au contraire de la noircir ?
C'est au lecteur de décider, s'il le peut, s'il le veut après avoir suivi le jeune homme dans son enquête, après avoir entendu les témoins du passé.

En le suivant le lecteur découvre la vie des pauvres gens de Sardaigne  au moment du fascisme et après la guerre ; les figures qui s'imposent se sont celles des mineurs.
Tous ces hommes ont besoin de moments de bravoure dans cette dure vie, cela peut être un drapeau hissé sur le clocher à la barbe des fascistes qui ont interdit la fête du travail le 1er mai ou l'inscription du nom de Staline sur une poutre de  soutènement dans la galerie de la mine ou encore porter un béret français quand tous portaient un bonnet ou une chéchia.

Le langage est coloré, les divers personnages bien campés dans leur emploi, dans le temps.

J'ai trouvé dans ce petit livre beaucoup de plaisir de lecture, merci à Bix de me l'avoir conseillé !


quelques extraits :

"Certaines nuits il prétendait à ma chaleur, mais il était tellement soûl que je lui faisais un service à la main et il ne s'apercevait même pas de la différence."

"Au bout d'une quinzaine de jours tous ceux qui n'étaient satisfaits, qui auraient voulu un monde ou au moins un travail différent avaient tous un couvre-chef pareil au sien."

"Tu sais ce que je te dis ? Je donnerais tout ce que j'ai pour éprouver à nouveau l'émotion de ce jour, quand nous avons vu le soutènement terminé et cette inscription lumineuse tout en haut, VIVE STALINE."

"Il m'avait parlé de la Grande Guerre, il me semblait impossible que les hommes soient assez stupides pour refaire une telle connerie. Puis j'ai vu de mes yeux que c'était possible."

"Avec ces têtes brulées de communistes il faut être dur et sans pitié dans les actes, mais aussi astucieux, capable de jouer avec les salaires pour créer la division, et de jouer avec les mots pour exploiter leur ignorance."

"Croyez moi. Parole de carabinier. Et n'écoutez pas ceux qui disent que les carabiniers sont idiots. Les blagues sur les carabiniers, nous les inventons nous-mêmes, parce qu'on a le sens de l'humour."


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Lun 12 Déc - 18:42
 
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Sujet: Sergio Atzeni
Réponses: 0
Vues: 495

Elsa Osorio

"Luz ou le temps sauvage" de Elsa Osorio

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Luz-ou10
Luz ou le temps sauvage (A veinte anos, Luz, titre original)
Traduit de l'Espagnol (Argentine) par François Gaudry
480 pages.

Le temps sauvage, celui de la dictature en Argentine, dans les années 70, sauvage ou barbare, le temps de la peur, celui de l'horreur. L'histoire oscille entre 1976 et 1998, l'âge de Luz dans ces 115 premières pages que je dissèque à un rythme beaucoup trop long à mon goût car le style de l'auteur ne lambine pas, lui, dans ce beau roman, beau et cruel, celui d'une jeune femme en recherche de paternité.
Luz rencontre Carlos à Madrid afin d'en savoir plus sur ses parents qui ont connu la dictature argentine, époque de tortures, d'enlèvements, d'assassinats. D'emblèe on comprend que ses parents n'étaient pas du côté des bourreaux, qu'elle même alors qu'elle n'était pas encore née était l'enjeu de l'enlèvement d'un futur enfant, geste qui l'obligera des années plus tard à reconstituer le puzzle.
Et cette reconstitution semble avoir été possible grâce à  Miriam une prostituée rangée des affaires, maquée à un sous-fifre de la junte militaire, une espèce de monstre qui l'idolâtre et qui lui fait peur en même temps par sa brutalité et par ses sautes d'humeurs. Miriam grâce à Luz-Lili ouvrira petit à petit les yeux sur la réalité du monde qui l'entoure et dans lequel elle vit, un monde où on se permet de prendre les enfants des mères détenues, pour des vrais ou fausses raisons politiques, dans un temps où la sauvagerie est de retour...

A suivre...


mots-clés : #politique #regimeautoritaire
par Chamaco
le Lun 12 Déc - 6:47
 
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Sujet: Elsa Osorio
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Ahmadou Kourouma

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 0001010

En attendant le vote des bêtes sauvages (1994).

Comme dans tout roman d'Ahmadou Kourouma, le lecteur européen doit se déchausser avant d'entrer.
Puis se dévêtir, se dépouiller de tout bagage. Il y a de toute manière toujours une voix pour le lui rappeler...

Il existe deux sortes de cécité sur cette terre. Il y a d'abord ceux qui irrémédiablement ont perdu la vue et qui parviennent avec une canne blanche à éviter les obstacles. Ce sont les aveugles de la vue. Et ceux qui ne croient pas, n'utilisent pas la voyance, les sacrifices. Ce sont les aveugles de la vie. Ils entrent de front dans tous les obstacles, tous les malheurs qui empêchent leur destin de se réaliser pleinement. Qu'Allah nous préserve de demeurer, de continuer perpétuellement à vivre parmi les aveugles de la vie !


Après plusieurs semonces, le lecteur mal élevé qui refuse se verra éconduit.
Et prendre la porte, dans un roman, ça s'appelle être condamné à ne pas comprendre. Le rationaliste qui cherchera à esquiver les voies magiques frayées dans cette logorrhée rituelle se voit rabroué sans ménagement : naïf ! enfant !

Le récit prend la forme d'un donsomana, qui est une geste purificatoire, dite par un sora - ce sera Bingo - et accompagnée par un répondeur cordoua, Tiécoura. Le donsomana, divisé en six veillées, doit opérer une purification de Koyaga, ancien dictateur de la République du Golfe. Ce dernier a perdu l'aérolithe et le Coran qui l'auréolaient d'un pouvoir magique sans égal ; d'où le donsomana, préalable nécessaire pour les retrouver, et, par là-même, pour reconquérir le pouvoir.

Bingo. Tiécoura. Deux voix principales auxquelles se mêlent plusieurs autres.
Tout s'entremêle et se confond si bien que le propos n'est jamais clair, car on n'est jamais tout à fait sûr de savoir qui parle.
Koyaga est tour à tour encensé, mythifié puis conspué et condamné.
Car "Tout n'est pas négatif, totalement négatif, même dans un autoritarisme émasculateur. Même dans l'anus de l'hyène, on trouve des taches blanches. Conclut le cordoua."
Une archéologie du texte fera apparaître que Kourouma a mélangé dans son portrait de Koyaga biographie officielle, lumineuse, et biographie non officielle, interlope, d'Eyadéma, dictateur du Togo.
D'où les ambivalences. Mais cela n'explique pas grand chose.

Autre génie de Kourouma : ouvrir des brèches dans le temps.
Par des entrelacs et entrelacements narratifs permanents, le passé ancestral et le présent le plus sordide se jouxtent.
Si bien que tout est embaumé d'une impression de sacralité ; Koyaga, plus qu'un homme, devient acteur de l'Histoire, héros en mouvement.
Héros dans un monde où le sorcier féticheur et le blanc colonisateur sont voisins.
Le lecteur est perdu dans cette "vaste et multiple Afrique" où l'irréel et le réel n'ont pas de frontière connue.
Bien sûr, on pourra reconnaître de véritables dictateurs dans ce roman : Koyaga est l'alter ego d'Eyadéma, le personnage de Tiékoromi, président de la République de la Côte des Ebènes au totem caïman renvoie au président ivoirien Houphouët-Boigny (comme dans les Soleils des Indépendances), l'empereur Bassouma au totem hyène évoque l'empereur Bokassa et l'Homme au totem léopard rappelle Mobutu Sese Soko (président du Zaïre).
Arrivé au seuil du pouvoir, Koyaga décide à la suite d'un songe d'entreprendre un voyage initiatique. Il apprendra auprès de Tiécoromi, de Bassouma, de Bokassa et de l'Homme au totem léopard l'art de la dictature. C'est lors de la quatrième veillée que ce voyage est retracé. Avec, comme toujours, beaucoup d'humour, mais un humour en demi-teinte, comme assourdi ou effacé.

Voici donc les quatre mises en garde de Tiécoromi (entendez le rire sourd de Kourouma) - j'abrège beaucoup :
1/ "la première méchante bête qui menace le sommet de l'Etat et en tête d'un parti unique s'appelle la facheuse inclination en début de carrière à séparer la caisse de l'Etat de sa caisse personnelle. Les besoins personnels d'un chef d'Etat et président d'un parti unique servent toujours son pays et se confondent directement ou indirectement avec les intérêts de sa République et de son peuple."
2/ "la seconde méchante grosse bête qui menaçait un chef d'Etat novice - et même tout homme politique en début de carrière -, était d'instituer une distinction entre vérité et mensonge. La vérité n'est très souvent qu'une seconde manière de redire un mensonge. Un président de la République et président fondateur de parti unique - et Koyaga forcément sera le président fondateur d'un parti unique - ne s'alourdissait pas, ne s'embarrassait pas du respect d'un tel distinguo."
3/ "la troisième méchante grosse bête qui menace au sommet de l'Etat et à la tête d'un parti unique consiste, pour le président, à prendre les hommes et les femmes qui le côtoient, qu'il rencontre, avec lesquels il s'entretient, comme culturellement ceux-ci se présentent. Un chef d'Etat prend les hommes comme ils existent dans la réalité. Il doit connaître - comme le charmeur connaît les parties du corps des serpents - les sentiments et les moyens par lesquels il faut enjôler les humains."
4/ "il vous a alors expliqué ce qu'il appelait la quatrième bête sauvage qui menace le chef d'un parti unique : le mauvais choix. Dans la guerre froide qui régissait l'univers, le choix d'un camp était essentiel, un acte risqué, aussi risqué que prendre une femme pour épouse, etc."



On traverse les espaces (par ce voyage et celui de Maclédio, son bras droit, parti jadis en quête de son "homme de destin") et les temps.
L'action de quelques hommes traverse les âges et les frontières de l'Afrique : ce n'est rien moins qu'une saga.
D'ailleurs, cette impression diffuse d'intemporalité, de sacralité, n'est pas non plus étrangère à l'usage presque rituel des proverbes.
Des proverbes très colorés ; qui sentent la profonde sagesse d'une culture, agrégée au fil des siècles, qui charrient la puissance du verbe. Et dont l'humour est féroce.
"Tiécoura ! Le proverbe est le cheval de la parole ; quand la parole se perd, c'est grâce au proverbe qu'on la retrouve."
Passée la déception de ne pas retrouver le langage des Soleils des indépendances, j'ai retrouvé, subtilement distillée entre les six veillées, la langue colorée de Kourouma. Sa finesse et sa complexité.




mots-clés : #humour #regimeautoritaire
par Fancioulle
le Dim 11 Déc - 15:13
 
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Sujet: Ahmadou Kourouma
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Hans Magnus Enzensberger

HAMMERSTEIN OU L' INTRANSIGEANCE

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Hammer10

Je vais essayer de parler de ce livre en évitant les redites, mais en insistant quand même sur ce qui fait l' interet unique de ce livre de ce livre et de ce qu' il m' a appris.

En tant que document historique, je me suis rendu compte que ce que je savais sur L' Allemagne des années  30 et 40, et qui précédèrent la guerre, était pratiquement nul.
Que j' ignorais aussi les liens militaires qui lièrent L'URSS et l' Allemagne.
Je me souvenais à peine de l'importance du Traité de Versailles qui avait sanctionné l'Allemagne en 1918. Et j'ignorais que l'Allemagne avait cherché à contourner le Traité en essayant de  reconstituer une armée grâce à l'URSS.
On était encore  loin du ¨Pacte Germano Soviétique.

Les Anglais et les Français imposèrent des conditions économiques et militaires draconiennes qui placèrent l'Allemagne dans une situation catastrophique. La république de Weimar dura peu et ne fit pas illusion sinon à l'étranger.
Il ne fallut que quelques années pour que l'Allemagne en crise profonde se laisse guider dans les pires voies. Comme l'écrit Enzensberger, les hommes politiques étaient tous dépassés par la  situation et Hitler en profita pour imposer sa démagogie et prendre le pouvoir.

Comme beaucoup sans doute, j'ignorais la position de l'armée allemande et  de ses dirigeants.
Et je me suis rendu compte que si Hammerstein et d'autres militaires de haut rang avaient réagi à temps, ils auraient pu arreter Hitler. Mais ils ont laissé passer l'occasion.

Enfin, je n' aurais jamais cru qu'un général en chef des armées, tel qu'il le fut officiellement Hammerstein, fut aussi courageux, déterminé, "intransigeant" face à un dictateur et son régime.
Il ne dut quand même échapper à la prison ou à l'exécution  qu'à un cancer non soigné qui le fit mourir en 1943.

Autre étonnement personnel encore que l'attitude de H. en tant que père de famille. Si ses filles lui reprochèrent une certaine distance pendant leur enfance, tous reconnaissent qu'il leur laissa  une indépendance d'esprit et d'action incroyables compte tenu de la situation et de l'époque. Tous d' ailleurs se montrèrent dignes de lui, chacun à sa façon et souvent en flirtant avec le communisme.
Et là comme ailleurs, Enzensberger, mieux que quiconque -en tout cas autrement- montre le rôle des communistes dans la clandestinité et leur efficacité.
Sauf que, ils étaient totalement manipulés par Moscou. Et que, en guise de récompense, ils furent presque tous emprisonnés et exécutés dans les années 3O.

C'était l' époque terrible où Staline inaugura une série de procès politiques qui liquida tous ses ex camarades bolcheviks. Il fit pire sur le plan militaire, en faisant exécuter pratiquement tout l'Etat Major de l' Armée Rouge. Près de 6000 hommes disparurent ainsi à quelques mois de l'entrée en guerre de l'Allemagne contre l'Union soviétique.

En tout cas, c'est à  travers les trois filles de Hammerstein et leurs relations avec leurs amis communistes qu' Enzensberg, intégrant à son récit l'histoire particulière des individus à celle de l'Histoire tout simplement.

Dans un dialogue imaginaire avec Helga, la troisème fille de Hammerstein, Enzensbeerger lui dit
"l'histoire de votre famille m'occupe parce qu' elle en dit long sur la façon dont on pouvait survivre sous le régime hitlérien sans capituler devant lui."

Message rapatrié



mots-clés : #historique #regimeautoritaire
par bix_229
le Sam 10 Déc - 18:25
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
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Chahdortt Djavann

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 51uohx10

La Muette

A travers cette histoire nous découvrons le triste sort fait aux Femmes.

Là où la bigamie est reconnue pour un Mollah, homme de religion, une jeune femme de 29 ans peut-être accusée et condamnée à la lapidation pour adultère, avéré simplement parce que le Mollah recevait d'un membre de sa famille son accord pour la prendre pour femme.

Un homme peut prendre pour femme une adolescente de 13 ans et en "user".

Cette écriture directe est efficace pour nous décrire cette histoire dramatique.

quelques passages !

Il parlait comme si , en somme, la violence n'était qu'une banalité ordinaire, lieu quotidien de ceux qui naissent et meurent dans la misère.
Ma mère répétait souvent un adage qui m'énervait à l'époque : Nul ne peut lutter contre son destin,à chacun le sort qui lui échoie, ainsi va la vie.

Avec sa main elle enfonçait des boules de neige entre ses cuisses, elle semblait ivre, ivre d'amour, de folie. Pendant quelques secondes j'ai regardé ses doigts frénétiques qui fourraient la neige dans son sexe, cette image m'a effrayée.

Elle apportait plusieurs bouteilles d'eau pour arroser la tombe de mon grand-père ; une fois mon oncle lui a dit : je ne veux pas te désespérer mais ton père ne va pas pousser. Ma mère s'est mise à pleurer de plus belle en blâmant son frère : tu n'as pas honte de plaisanter sur la tombe encore fraîche de ton père. Elle disait qu'un peu d'eau désaltérait les morts. Mon oncle et moi retenions nos rires. Ma mère était croyante et pratiquante ; elle était aussi assez stupide, ça me fait mal de dire ça, ça me faisait mal de l'avoir pour mère, sa bêtise nous a coûté très cher.

Elle avait décidé de mettre un terme à ce projet de mariage avec le mollah ; et elle l'avait fait de façon radicale.Elle s'était offerte à l'homme qu'elle aimait, sans rien lui demander en échange. Un acte plus que révolutionnaire pour une femme, et pas seulement dans notre milieu, mais dans ce pays où l'amour est toujours l'affaire de l'honneur des frères et des pères, une affaire de contrat et d'arrangement, un simple commerce.
Dans ce pays où l'amour est interdit.

"A chacun le sort qui lui échoie, ainsi va la vie." Moi je rêvais d'un avenir radieux, croyais avoir un autre destin. Je voulais devenir médecin, je suis devenue assassin.


"message rapatrié"


mots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 17:15
 
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Sujet: Chahdortt Djavann
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Antônio Callado

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 41f5ze10

Sempreviva

Une histoire de vengeance résultant de la période dramatique de  dictature militaire. Quinho revient  d’un exil de 10 ans dans le Pantanal  pour démasquer  des tortionnaires qui se cachent sous un autre nom. Sa bien-aimée disparue, Lucinda,  victime de la dictature l’accompagne dans ses nuits.  Il reçoit l’aide de la ravissante Jupira, de son Père Iriarte et d’un ami Juvenal.

« Quinho, tu n’as vu que ça, du gibier, des bêtes, des onces, des jaguars ? J’aime bien les bêtes , comme tu le sais,  comme tu le vois,  mais au Brésil il y a encore bien plus de gens  qui saignent et qui gémissent que d’onces, bien plus d’enfants qui agonisent, lardés de coups de couteaux par leur père ivres de jaguars écorchés et c’est même une question de …respect pour Claudemiro, Jésus ! pour cette énorme méchanceté qu’il exerce contre les hommes, exceptionnelle, tu le sais, et si naturelle chez lui, dangereuse, qui le brûle, presque belle, Dieu me pardonne, je ne sais même plus ce que je dis. »

Quinho  a beau se conforter dans la bravoure de son grand-père, il manque de vaillance et le sait. Ses  tics dévoilent ses émotions : il fait le geste de desserrer une cravate inexistante et  souffre de douleurs dans la  paume de sa main blessée dans la jeunesse.  Mais n’est-ce pas les remords, les regrets qui l’enserrent  et ses douleurs ne sont-elles pas punition ? Atteindra-t-il le but qu'il s'est fixé ?

Vous le saurez en lisant ce livre !


« Quinho se débattit, cette fois au désespoir, pour ne pas mourir de cet étouffement qui, en état de veille, l’obligeait à desserrer son col, se frotter la gorge, il se débattit étranglé, et ouvrant les bras pour éviter la dyspnée, il sentit à côté de lui un corps tranquille de femme, endormi, ou en tout cas plongé dans la sérénité, sinon réelle, parfaitement simulée. »

« Ce n’est que lorsqu’il se força à accélérer avec élan et détermination, appuyant à fond sur le champignon, comme qui, faute d’un autre choix, aurait fait passer la voiture sur  un corps vivant et palpitant, qu’il se rendit compte qu’il roulait sur l’estafilade de sa propre main : la route de terre étaient identique, dans la paume de sa main gauche, à celle qui allait, allait, allait même sectionner la route réelle, la voie vitale, et, par conséquent, avec le poids énorme de la jeep, il courait le risque permanent de rouvrir l’entaille, non plus, comme cela lui arrivait depuis qu’il s’était blessé en raclant la fourche de goyavier, de façon cyclique, telles des menstrues, mais comme une  incision ouverte qui serait en communication avec l’autre coupure saignante, celle de la ligne de sa vie. »



Les personnages sont  bien décrits physiquement et moralement, mais j’ai une affection particulière pour   une  fillette  Herinha qui passe pour un peu différente, même  aux yeux de sa mère,  et qui délivre fraicheur, sincérité, amour.  Elle a pour compagnons, un Sabià-oranger, nommé Verdurino, un singe  Jouroupichouna, un serpent à sonnette Joselina !

« Quinho se rendit compte, en regardant avec ravissement  la petite Hera, qui de son côté observait le petit ténor Verdurino, que ses yeux, d’un brun iquide et lumineux , étaient grands, très beaux, couleur de miel clair – mais trop grands peut-être, n’est-il pas vrai ? Ils roulaient un peu dans les orbites comme si un sentiment d’ admiration , ou même une fixité dynamique, contemplative, les faisait tourner à peine, se mouvoir, comme se meut le soleil et les autres planètes ? Il ne savait pas. L’important c’est que Herinha avait peut-être le même âge que l’enfant de Lucinda, à côté d’une étoile que Quinho un jour avait appelée – dans un « tendre  latin de cuisine », avait dit, en riant, Lucinda elle-même – sphincter vaginae, et qui aujourd’hui encore l’asservissait, comme ces astres qui pourtant  éteints, c’est-à-dire désincarnés, continuent de nous envoyer leur lumière. »

Les Brésiliens sont extrêmes, comme leur  pays, (beauté, cruauté),  prompts à partir d’un fait, d’une rumeur,  de créer un conte, une légende ; les tortionnaires côtoient les fillettes innocentes, les  pauvres gens ceux  que la dictature a enrichis.  (mais c’est certainement le cas dans tous les pays qui ont eu à subir une dictature, une révolution  et doivent se reconstruire)

« voila le récit, c’est-à-dire l’histoire véridique, toute chaude encore de vie, et racontée,  après être sortie du fond du peuple, du fond de la forêt, peuplée d’animaux, jouée par des animaux, une fable à l’état pur e un document d’archive à la fois »

C’était un très bon moment de lecture qui m’engage à retourner vers cet auteur et aussi d’autres de ce pays.

"message rapatrié"


mots-clés : #politique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 13:48
 
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Sujet: Antônio Callado
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Alejo Carpentier

Alejo Carpentier y Valmont (1904-1980)

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Alejoc10

Alejo Carpentier y Valmont, né le 26 décembre 1904 à Lausanne1 et mort le 24 avril 1980 (à 75 ans) à Paris2, est un écrivain cubain, romancier, essayiste, musicologue, qui a profondément influencé la littérature latino-américaine durant son fameux boom.
Alejo Carpentier est le fils de Jorge Julián Carpentier, un architecte français et de Lina Valmont, un professeur de langues russe. Il a 12 ans quand sa famille s'installe à Paris. C'est là qu'il commence à étudier la musicologie. Quand il retourne s'installer à Cuba, Alejo Carpentier commence des études d'architecte, qu'il ne terminera pas. Il se consacre au journalisme, mais son engagement à gauche lui vaut un séjour en prison (1928), sous la présidence de Gerardo Machado, avant de l'obliger à s'exiler en France. Il y rencontre les surréalistes, dont André Breton, Paul Éluard, Louis Aragon, Jacques Prévert et Antonin Artaud. Durant ce séjour en France, il fait plusieurs voyages en Espagne où il développe une fascination pour le baroque.

De retour à Cuba en 1939, il poursuit une carrière de journaliste et de chroniqueur de radio. Il assiste à une cérémonie Vaudou et s'intéresse à la culture afro-cubaine. En 1943, il est marqué par un séjour à Haïti, durant lequel il visite la forteresse de la Citadelle La Ferriere et le Palais Sans Souci, bâtis par le roi noir d'Haïti Henri Christophe. En 1945 il s'installe à Caracas (Venezuela) où il vivra jusqu'en 1959. Après le triomphe de la révolution cubaine il revient à La Havane. En 1966 il devient conseiller à l'ambassade de Cuba en France où il résidera jusqu'à sa mort. Il compose plusieurs musiques de films pour la Cuba Sono Film, compagnie liée au Parti communiste de Cuba (Cf. La classe ouvrière, c'est pas du cinéma, Éditions Syllepse, 2013, p. 78).

Alejo Carpentier est célèbre pour son style baroque et sa théorie du real maravilloso. Ses œuvres les plus connues en France comprennent Le Siècle des Lumières (1962), La Guerre du Temps (1967), Concert baroque (1974). Son premier roman, Ecue-yamba-o! (1933), est d'inspiration afro-cubaine. Dans Le Royaume de ce monde (1949), son premier grand roman, il évoque le mouvement révolutionnaire haïtien. C'est aussi dans le prologue de ce roman qu'il décrit sa vision du real maravilloso ou « réel merveilleux », que les critiques identifieront au réalisme magique.


Son séjour au Venezuela de 1945 à 1959 lui inspire manifestement la description du pays sud-américain sans nom où se déroule l'essentiel de son roman Le Partage des Eaux (1953).

Son roman Le Recours de la méthode (El Recurso del Método), publié en 1974 est l'un des grands romans de la littérature latino américaine à tracer le portrait type du dictateur (en prenant ici pour modèle la figure de Machado). Il est précédé en cela par Miguel Ángel Asturias avec El Señor Presidente (1946), Augusto Roa Bastos : Yo el Supremo (1974) et suivi par Gabriel García Márquez : El Otoño del Patriarca (1975) et Mario Vargas Llosa : La Fiesta del chivo (2000). Il a été adapté au cinéma par Miguel Littín en 1978 sous le titre El recurso del método (sorti en France sous les noms de ¡Viva el presidente! et Le Recours de la méthode).

La fin de sa vie est marquée par une lutte contre le cancer, tandis qu'il termine son dernier roman
Il meurt à Paris le 24 avril 1980 à l'âge de 75 ans. Son corps est transféré à Cuba, où il est enterré dans le cimetière Colón de La Havane. Ses funérailles sont célébrées le 28 avril, en présence du président Fidel Castro.

 (source : wikipedia)

Oeuvres traduites en français :

Le Royaume de ce monde
Los pasos perdidos
Le Partage des eaux
Chasse à l'homme
Le Siècle des Lumières
Le Recours de la méthode
Concert baroque
La Harpe et l'Ombre
La Danse sacrale
La Musique à Cuba
Ekoué-Yamba-Ô
Guerre du temps et autre nouvelles





Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 51xf1k10

« La danse sacrale »

Tout au long de ce livre la musique (jazz, classique, Cubaine..) et la danse  nous accompagnent, avec  les rapides déboulés,  le lecteur suit les héros en Espagne durant la guerre civile ;  suivi d’un grand jeté qui le projette à Cuba où bientôt le révolutionnaire Fidel Castro prend le pouvoir, installant le Communisme sur l’Ile.

L’aristocratie pompeuse avec ses compromissions à la dictature, voire la mafia nord-américaine,  son insolence,  son racisme est relatée avec des détails pointus qui rendent plus frappant le contraste avec  la situation du  peuple créole.
J’ai beaucoup aimé ce récit foisonnant de citations culturelles, de digressions historiques .

Les révolutions qu’elles soient   artistiques,  technologiques, sentimentales, morales….. m’ont intéressée, surtout celles conduites par le Peuple et qui ont jalonné le destin des personnages.

Ce récit entraîne le lecteur dans une danse éternelle, mais que la vie réinvente selon les contingences
J’ai eu beaucoup de plaisir aux passages dédiés à la cuisine, aux plantes (l’éloge au fromager notamment) comme ceux très critiques et intéressants  envers Paris, Caracas, New-York.

Ce qui m’a troublée ce sont les réflexions en contre-temps,  sur les homosexuels ;   le racisme mais qu’en fin de lecture le gouvernement nouveau éradique. L’amour enfin reconnu de Calixto (Noir) et Mirta (Blanche) en est le bel exemple.

Que des sujets que j’aime dans ce livre dont le fond m’a rappelé « Zones » d’Enard par les références abondantes et dont certaines d’ailleurs se croisent.

Révérence !  à l’auteur et aux centaines de Cubains qui ont perdu la vie pour leurs idées en Espagne et à Cuba

"message rapatrié"


mots-clés : #politique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 13:28
 
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Sujet: Alejo Carpentier
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Ricardo Piglia

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 Livre_12

"Argent brûlé" de Ricardo PIGLIA

1965, Buenos Aires. Gaucho Dorda, "Bébé" Brignone, Mereles "le corbeau" et une poignée d'autres gangsters vont attaquer le fourgon menant le salaire des fonctionnaires municipaux à la mairie. Malito dirige les opérations et a tout organisé. Après le braquage sanglant, les bandits vont quitter le pays mais veulent doubler les civils qui les ont renseignés et qui vont les aider à s'extrader. S'ensuit une traque entre ces derniers et le commissaire Silva sur le territoire uruguayen.

Malgré le synopsis (et la couverture), ce livre n'a pas grand chose à voir avec le roman noir. Il est tiré d'un fait divers qui se déroule durant les années troubles (1955 à 1983) durant lesquels péronistes et militaires se disputent le pouvoir. Ceci est palpable durant la première partie et le début de la fuite. Les gangsters fuient l'Argentine pour garder le butin, mais surtout pour échapper aux tortures et sévices dont presque chacun a déjà été victime.

L'auteur instille un climat d'attente, de violence et de peur utilisant tour à tour le style romancé, journalistique et administratif (rapports), répétant parfois la même scène plusieurs fois sous ces différentes formes.
Lu ainsi, ça peut paraître rébarbatif, mais l'auteur jongle avec ces styles et ces répétitions pour intensifier l'ambiance, la ralentir lors des moments d'attente, la rendre plus poisseuse si le besoin s'en fait sentir.

Les personnages, et ceux des "jumeaux" particulièrement (appelés ainsi non parce qu'ils sont frères mais qu'ils se comprennent sans rien dire) Gaucho Dorda et "Bébé" Brignone sont étudiés (c'est le mot) en profondeur.

La partie de l'attaque finale pour la capture du groupe dure près de 70 pages - le tiers du livre à peu près. Si ça peut paraître long, c'est que l'arrestation dura près de 15 heures, et l'écriture décrit ainsi tour à tour l'attente, la peur puis la folie des assiégés. Mais elle n'oublie pas l'extérieur et les réflexions, les tactiques et tentatives des policiers, l'attroupement des curieux, l'intervention des médias près à tout pour arracher la meilleure audience. C'est aussi à ce moment là qu'on en apprend le plus sur les personnages principaux, empêtrés dans leurs angoisses personnelles, obsessionnelles.

Sans être un roman incontournable, c'est un livre qui tient en haleine non pas dans le suspense, mais plutôt dans l'attente de cette fin que l'on sait inéluctable.

"Sous les feux des camions et des torches électriques, dans la zone éclairée par la lumière des projecteurs pour que les voyous ne puissent pas s'échapper par les fenêtres, gisaient sur le trottoir la dépouille de ces deux garçons morts et du troisième, blessé au ventre. Plutôt que deux jeunes morts, on eut dit (selon le chroniqueur d'"El Mundo"), sortis d'une bétonneuse, des débris d'os, de bouts d'intestins et de tissus qui pendouillaient, dont il était impossible de supposer qu'ils étaient dotés de vie. Car ceux qui meurent blessés par des balles ne meurent pas proprement comme dans les films de guerre, où les blessés font une pirouette élégante avant de s'effondrer, tout entiers, comme des poupées de cire. Non, ceux qui meurent dans une fusillade sont déchiquetés par les balles et des morceaux de leurs corps restent éparpillés sur le sol, comme les restes d'un animal à la sortie de l'abattoir"

Message rapatrié


mots-clés : #criminalite #regimeautoritaire
par Exini
le Mar 6 Déc - 22:18
 
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Sujet: Ricardo Piglia
Réponses: 1
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Tomasz Kizny

La grande terreur en URSS 1937-1938

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 7 51gsix11

Ce livre est énorme. Matériellement d'abord, grand,  lourd, au final assez mal pratique à lire parce que broché. Mais surtout par le sujet qu'il aborde et la façon de le traiter. On remarquera comment Tomasz Kizny s'efface devant son sujet: ni titre, ni nom d'auteur sur la couverture.

Deux parties, l'une basée sur les faits et les archives, l'autre sur la mémoire et les témoignages - qu'ils soient en actes ou en paroles - et les pèlerins, à la fois  humbles et audacieux, partis à leur recherche.

Ce livre est  une pierre de plus  à la mémoire des victimes et pour ne pas oublier l’innommable : tant de victimes et si peu de stèles. Et qui allie le poids des mots au choc des photos.

Les faits sont là. Implacablement répétés pendant 15 mois. Une nuit, le NKVD frappe à la porte et procède à l'arrestation : des anciens responsables politiques, des étrangers, des  opposants, des innocents aussi, qui ont commis l'erreur d'un regard, d'une parole déplacés, ou pas d’erreur du tout. Simplement parce qu'ils ont été dénoncés. Ou qu'il faut remplir les quotas. Tout le monde y  passera. Les bourreaux  d'hier sont les victimes de demain. Tous "ennemis du peuple". Un million sept cent mille arrestations, 700 000 exécutions, les autres déportés. Et derrière ces chiffres, autant de destins individuels.
Les documents sont confisqués, les biens volés, les familles abandonnées à la misère et à l'opprobre générale, les enfants parfois conduits à l'orphelinat. Les victimes, elles, sont incarcérées, interrogées, violentées et photographiées. Jugées, dit-on. Deux sentences : 10 ans dans les camps, ou condamnation à mort . Par balle dans la tête à bout portant - ou par strangulation, parfois. Soit dans les caves du NKVD, soit aux abords des fosses communes, qui seront camouflées, tenues secrètes, exclues des archives, oubliées. Nul ne sait : s'ils  sont morts, comment, où ils sont enterrés. C'est le règne du silence et de la terreur.

On sait tout cela, mais il ne faut cesser de le redire.


Des années plus tard, les faits sont reconnus par les gouvernants. Dans leur globalité, mais les questions restent. L'ouverture des archives, quelques témoignages éparts, quelques découvertes fortuites ou provoquées permettent peu à peu de faire progresser la connaissance, de réhabiliter, de redonner parfois aux enfants une tombe, commune ou individuelle. Des hommes, des associations, rarement des organismes publics (en tout cas jamais des organismes d'Etat) se sont donné cette mission.

Dans la première partie  Tomasz Kizny réunit des photographies des archives NKVD auxquelles il a eu exceptionnellement accès. Des portraits assez fascinants de prisonniers, d'une qualité qui fait parfois croire qu'elles ont été prises en studio, accompagnées d' éléments biographiques succincts.

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On interroge ces regards : qu'on t 'ils vu, qu'on t 'ils vécu, qu'ont ils subi ? Quelques lettres, un journal intime, des ordres de mission, reproduits en fac-similé et traduits, nous l'expliquent.

Des  photos de bourreaux, jamais jugés, sont reproduites avec leur curriculum vitae. Même l'histoire d'un bourreau devenu victime, pour parfaire l'absurde de la situation.

Divers intellectuels réfléchissent sur cette Terreur, et ce qui l'a  tellement occultée à l'étranger, : la « belle » utopie  communiste, les crimes nazis qui ont pris le devant de la scène, le fait que tout cela se passait en interne, au cœur de l'URSS, on n'était finalement pas tellement concernés.

Dans la 2e partie, les photos sont cette fois-ci en couleur, prises par Tomasz Krizny. Ces photos, toujours commentées, parlent de lieux, ce qui reste des sépultures, des charniers, les traces ou l'absence de traces dans le sol, les histoires qu'on raconte, les ossements qu'on a pu extraire, les signes (monuments, stèles, photo) qui marquent les emplacements retrouvés.

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Ces photos parlent aussi d' objets retrouvés dans les sépultures, et qui ont, parfois, permis une identification. Enfin ces photos parlent de personnes vivant encore aujourd'hui, qui ont vu leurs parents, leurs frères, leurs conjoints, arrêtés, qui ont porté ce poids en silence, que la réhabilitation a aidés, mais jamais consolés. Leurs témoignages, retranscrits en face de leurs portraits, sont déchirants.

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La grande terreur en URSS 1937-1938 est  un livre indispensable, unique, monstrueux,
J'ai été un peu longue, car je me suis dit que si beaucoup  ne liraient pas le livre, quelques uns peut-être parcourraient ces lignes, et c'est déjà ça . Et  j'ai eu envie, à mon niveau, de poser ainsi ma stèle.

Ce livre est cher. Je pense que c'est un achat idéal à  suggérer à sa médiathèque.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #politique #regimeautoritaire
par topocl
le Mar 6 Déc - 17:25
 
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Sujet: Tomasz Kizny
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Imre Kertész

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Liquidation

C’est un court « roman » qui n’a pas l’ampleur et l’ambition de « Le Refus » mais qui tourne autour des mêmes thématiques. Un écrivain, nommé Bé, dont l’histoire est liée au camp d’Auschwitz, se suicide. L’un de ses amis éditeur récupère ses archives et se met en quête d’un ultime roman dont il est persuadé qu’il existe et qui résumerait toute la pensée de l’auteur. Il rentre en contact avec plusieurs femmes qui l’ont connu et qui lui révèlent quelques facettes du personnage, pièces qu’il tente d’assembler comme un puzzle. Je ne vous en dirai pas plus, même en spoiler)  Razz

On retrouve ici les interrogations principales de Kertész sur le sens de la vie, parfois sous forme de paradoxe :

« Un homme totalement dégradé, en d’autre terme un survivant, n’est pas tragique, disait-il, mais comique, parce qu’il n’a pas de destin. »

« Seules nos histoires peuvent nous apprendre que notre histoire est finie, sinon nous vivrions comme s’il y avait toujours quelque chose à continuer (notre histoire par exemple). C’est-à-dire que nous vivrions dans l’erreur. »

« La grande désobéissance c’est / De vivre sa vie / Et aussi la grande humilité / Que nous nous devons à nous-mêmes / Le seul moyen acceptable / Du suicide, c’est la vie / Se suicider c’est comme /Continuer sa vie / Recommencer chaque jour / Revivre chaque jour / Remourir chaque jour. »

« ..les hommes ne comprennent pas qu’il est plus facile de haïr que d’aimer, et que la haine est l’amour des perdants. »


Son sens de l’humour noir dans le contexte de la Hongrie communiste (cela fait penser un peu à Thomas Bernhard) :

« L’Etat est toujours le même. Il a toujours financé la littérature pour pouvoir la liquider. Quand l’Etat subventionne la littérature c’est toujours une manière déguisée de la liquider. »

« Ici tout le monde a raté sa vie. C’est la spécificité, le génie du lieu. Par ici, si on n’a pas raté sa vie, c’est qu’on est simplement dépourvu de talent. »

« J’avais pris l’habitude de dormir longtemps parce que je commençais à comprendre que c’était la seule activité sensée à laquelle je pouvais passer mon temps. »


Les considérations sur l’écriture et la littérature :

« En tout cas, la littérature est un piège qui nous retient prisonnier. Plus précisément, la lecture. La lecture est comme une drogue qui confère un agréable flou aux cruels contours de la vie. »

« Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui, pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire. »

« Mais je crois en l’écriture. En rien d’autre, seulement en l’écriture. L’homme vit comme un ver mais écrit comme un dieu. Autrefois, on connaissait ce mystère oublié de nos jours : le monde se compose de tessons qui s’éparpillent, c’est un obscur chaos incohérent que seule l’écriture peut maintenir. Si tu as une idée du monde, si tu n’as pas oublié tout ce qui s’est passé, alors sache que c’est l’écriture qui a créé pour toi le simple fait que tu as un monde et qu’elle continue à le faire, elle est la toile d’araignée invisible qui relie nos vies, le Logos. »



mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:54
 
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Sujet: Imre Kertész
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Imre Kertész

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Le Refus

Quel livre étrange ! il commence comme un « Nouveau roman » des années 50 par sa recherche d’objectivité : description minutieuse des lieux, répétitions, etc. Il continue par des réflexions sur la nature du témoignage, du roman, de l’écriture en général (il est fortement recommandé de lire auparavant « Etre sans destin »). I Kertézs s’/nous interroge sur ce qu’on retient d’un évènement qui a changé la vie d’un adolescent ; en l’occurrence, des images, des idées qui ne correspondent pas à la doxa admise : le souvenir d’un lever de soleil vu du train, les sales gueules des prisonniers, les crématoires perçus comme une plaisanterie. Comment s’étonner alors que les « autorités » refusent la publication de ce «roman» ? Cet échec incite l’auteur à revenir sur son écrit, ce qui nous vaut un superbe passage sur la relation entre l’écrivain et son texte. Comment ce situe celui-ci ? comment peut-il se relire objectivement ? Kertesz livre là une vraie maïeutique de la création littéraire.

La seconde partie narre les aventures d’un certain Köves, sorte de double de l’auteur. L’écriture se fait alors plus fluide, le climat onirique - le souvenir récurrent de situations et de paroles déjà dites- avec des accents kafkaïens. C’est une partie du livre que j’ai trouvé envoûtante. Le récit se prête à quantité de métaphores ; Köves revenant de l’étranger pourrait être Kertész rentrant des camps de concentration dans un Budapest détruit par la guerre et pris dans la tenaille stalinienne. Le héros erre dans ce monde policé jusqu’à l’absurde où les individus peuvent disparaître physiquement et de la mémoire des protagonistes, comme beaucoup dans les geôles stalinienne, comme les juifs dans les fours crématoires, où le travail n’a d’autre utilité que « d’éveiller l’amour propre et la considération générale » des travailleurs envers eux. Köves est un peu perdu dans cet univers – il prend les policiers pour des douaniers – et étrangement absent. A un moment, il échange avec un certain Berg, encore un double de lui-même, côté non plus victime mais bourreau. C’est, à mon avis, un autre moment clef du livre, qui avait déjà été abordé dans la première partie lorsque l’auteur s’interrogeait sur Ilse Koch – une gardienne de Büchenwald - qui, disait-il, faisait son boulot et accomplissait son destin. Là se trouve l’une des interrogations majeures, il me semble, d’Imre Kertész : quelle différence y-a-t-il entre un bourreau et sa victime ? Comment le destin de chacun peut-il échapper aux circonstances extérieures ? Comment une victime peut-elle être amenée à frapper un prisonnier refusant de s’alimenter ? Sur ces questions plane l’ombre de la « grâce » rédemptrice (ou non !). Il y a là un côté qui me rappelle Dostoïevski.

En conclusion, j’avais peut-être trop pris Être sans destin (ces deux termes résument toute la pensée de Kertész) comme témoignage historique. Le Refus m’a montré combien Imre Kertész est un immense écrivain, non seulement par la qualité de ses réflexions, mais aussi par la construction du récit et un style très original. Pour sûr, un Nobel qui n’est pas usurpé. Un grand merci à Églantine qui m’a incité à me plonger dans ce «roman».  cheers


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:21
 
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Sujet: Imre Kertész
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Lola Lafon

La petite communiste qui ne souriait jamais

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Tout d’abord c’est le titre qui interpelle  parce qu’ elle savait sourire Nadia,  mais c’était une façon  pour les USA, notamment, de caricaturer la petit Roumaine, car d’après eux là-bas dans l’Est les petites filles devaient être tristes.

L’auteure a choisi une composition très vivante en organisant ce récit sous forme de dialogue entre elle et la supposée Nadia. C’est très habile et elle fait ainsi passer ses sentiments vis-à-vis de ce pays où elle a passé une partie de son enfance et peut  en connaissance critiquer l’attitude des pays de l’ouest où elle vit aussi. Personnellement je trouve les oppositions Est/Ouest éclairent la situation.

Il me semble qu'il  faut oublier notre regard d'occidental de l'ouest sur la Roumanie, nos à priori pour comprendre le personnage de Nadia et l'époque.

Lola Lafon use de mots très durs dans les dialogues  : pornographie, rideaux d’une chambre close, vous avez contribué à la fabrication de votre image, vos supposées démocraties libérales etc……….. pour provoquer le personnage de Nadia.

La gymnastique est bien le choix de l'enfant, c'est elle qui s'impose des défis, elle obtient ce qu'elle souhaite et ses exécutions sont l'objet de descriptions intenses que se soient la légèreté du corps ou les meurtrissures, par l'auteur.

Tous ceux qui s’engagent dans une carrière « physique » doivent  respecter un rythme de vie sain (entrainement, alimentation, sorties), la réussite demande des sacrifices et ils sont acceptés, voire devancés. C’est ce que l’auteure nous dit à travers la parole de Nadia.

Béla l’entraineur de Nadia et  de l’équipe a été honoré ou critiqué, tour à tour par le « Camarade » suscitant les interventions dans son foyer de la sécuritat. (ceci me parait très réaliste) Cette sécuritat dont tous se méfiaient  ou se servaient.

Le chapitre concernant Véra Caslovska  et son implication dans la politique de son pays s’oppose à l’ attitude inconstante et incertaine de Nadia, l’auteure nous dit son admiration pour celle qui agit.

Sur le plan politique le Conducator est  représenté comme le dictateur qu’il est,  avec « ses arrangements au marxisme » mais   ce qui m’a le plus  heurtée,  sa main mise sur le corps des femmes : l’interdiction de l’avortement et les  auscultations (j’emploierai moi :  la violation), par le médecin de la police des menstruations !

C’est par des anecdotes que l’auteure nous fait mesurer  la dangerosité,  « la folie » ? du couple suprême et l’imprévisible rapidité de l' exécution des Ceausescu. Quant à la révolution : qui l’a déclenchée, qui l’a faite ?  ou  coup d’état préparé ? comme à l’époque en direct à la télévision, c’est la confusion. Toutefois l’auteure fait mention des ouvriers de Timisoara qui eux manifestaient.

Quant à la fuite de Nadia, là aussi chacun a sa vérité, mais  quels que soient ses choix reste pour toujours « la petite fée » Roumaine qui a enchanté le monde  avec son pied menu lancé vers la lune.

Une excellente lecture qui m’oblige à lire un autre livre de cette auteure .

(de toute façon Topocl dit que c'est ma punition )  

oui Shanidar j'en ai encore appris comme la nouvelle catégorie de personnes "sans antécédent" à surveiller !


mots-clés : #biographie #creationartistique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 9:57
 
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Sujet: Lola Lafon
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Héctor Abad Faciolince

L'oubli que nous serons

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Mon grand-père disait parfois à mon propos : « Cet enfant, il faut l’élever à la dure. » Mais mon père répondait : « La vie est là pour ça, qui cogne durement sur tous ; pour souffrir, la vie est plus que suffisante, et je ne l’aiderai pas. »


Poignant hommage à son père, homme extra ordinaire, à travers lequel Hector Abad  nous raconte qui il est, et nous fait pénétrer dans les arcanes de l'histoire colombienne contemporaine. Hector Abad raconte avec une nostalgie joyeuse puis douloureuse les années heureuses suivies des années tragiques.

Père d’exception, aimant, offrant et soutenant sans attendre en retour, pivot d’une  vie familiale radieuse…

J'aimais mon père d'un amour que je n'ai jamais éprouvé jusqu'à la naissance de mes enfants. Quand je les ai eus, je l'ai reconnu, parce que c'est un amour égal en intensité, bien que différent, et, dans un certain sens, opposé. Je sentais qu'il ne pouvait rien m’arriver si j'étais avec mon père. Je sens qu’il ne peut rien arriver à mes enfants s’ils sont avec moi.
(…) J'aimais mon père d’un amour animal. J'aimais son odeur, et aussi le souvenir de son odeur, sur le lit, lorsqu'il partait en voyage et que je demandais aux bonnes et à ma mère de ne pas changer les draps ni la taie d’ oreiller.



…médecin généreux investi dans un travail de prévention sociale en dépit des obstacles, s’impliquant jusqu’à la mort  dans la lutte pour les droits de l’homme dans un pays où la seule puissance est celle de l’argent et du feu

Les villes et les campagnes se couvraient du sang de la pire des maladies affectant l'homme : la violence. Et comme les médecins d’autrefois, qui contractaient la peste bubonique ou le choléra, dans leur effort désespéré pour les combattre, ainsi tomba Hector Abad Gomez, victime de la pire épidémie, de la peste la plus mortelle qui puisse affecter une nation : le conflit armé entre différents groupes politiques, la délinquance tous azimuts, les explosions terroristes, les règlements de comptes entre mafieux et trafiquants de drogue.


A travers cet homme unique, Hector Abad retrouve les jours heureux de son enfance avec une douceur, une joie de vivre que les tragédies n’ont pas su entamer

La chronologie de l'enfance n'est pas faite de cette lignes mais de soubresauts. La mémoire est un miroir opaque et brisé, ou, pour mieux dire, elle est faite d'intemporels coquillages de souvenirs éparpillés sur une plage de vie. Je sais que maintes choses se sont produites pendant ces années-là, mais tenter de s'en souvenir est aussi désespérant que d'essayer de se rappeler un rêve, un rêve qui nous a laissé une impression, mais aucune image, une histoire sans histoire, vide, de celles dont il ne reste qu'un vague état d’âme. Les images sont perdues. Effacées les années, les paroles, les caresses, évanouis les jeux, et pourtant, soudain, en revoyant le passé, quelque chose s'éclaire à nouveau dans l'obscur région de l'oubli.


Il lance le défi de porter à la face du monde la mort de son père, de le sauver de l’oubli, ainsi que tous ceux qui partagèrent sa lutte et son destin


Un coup de chapeau pour ce récit pathétique sans pathos, qui nous emmène au bout du monde et  des hommes, portait magnifique d’un homme magnifique, défi à la cruauté et à l’oubli



Je compris que la seule vengeance, le seul  souvenir, et aussi la seule possibilité d'oubli et de pardon, c'était de raconter ce qui s'était passé, et rien d'autre.
(...)
J’use  de sa même arme : les mots. Pourquoi ? Pour rien ; pour ce qui est le plus simple et le plus essentiel : pour que ça se sache. Pour allonger son souvenir un peu plus avant que ne vienne l'oubli définitif.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #famille #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:41
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
Réponses: 28
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