Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Sam 25 Sep - 5:58

143 résultats trouvés pour regimeautoritaire

Mathias Enard

Ou un autre genre, court et flamboyant:

L'alcool et la nostalgie  

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 8 Images20
Longtemps que je n'avais rien lu aussi beau, et si triste.
À Moscou où Jeanne est partie étudier à la recherche de « l'âme russe », elle a formé avec Mathias jeune écrivain français paumé, jeune homme seul et désespéré : « ma vie à moi était bien vide », et Vladimir/Vlako/Volodia, russe brillant et cultivé, un trio infernal. Éperdus de drogue et alcool, ces trois se sont aimés, et déchirés, courant après d’inatteignables  chimères. Fuyant à Paris cette relation aussi passionnelle que délétère,  Matthias y apprend un an après la mort de Vladimir, et saute dans un avion. Plutôt que de rester à Moscou pour protéger  Jeanne (ou s’en faire protéger ?), il voyage trois jours le transsibérien, à la recherche vaine du village natal de Vladimir, dans un huis clos terrible. C’est une descente aux enfers solitaire, où il se remémore cette histoire, s'adressant désespérément à son ami mort. On est bien loin de l’exotisme sentimental habituel de ce genre de voyage. Malgré les bois de bouleaux qui défilent aux fenêtres  et le samovar au fond du wagon, il se laisse submerger par les forces maléfiques de ce pays qu’il a  adoré autant qu’haï, ses écrivains déchirés, son histoire sanglante.

Il ne s’agit pas, on s’en doute, d’une banale histoire d’amour à trois. C’est la rencontre désespérée de trois êtres en perdition, conscients de la déchéance que leur imposent les drogues, dans un pays lui-même en déliquescence. L’histoire marque son sceau par ses événements les plus terribles et Mathias Enard, adepte d’une commémoration intime et littéraire, nous parle de la révolution, du communisme, de la Kolyma, et des dérives du libéralisme. On croise au passage, et cela prend tout son sens après avoir lu Tout sera oublié, le mausolée de Lénine, le musée de la Kolyma, la cathédrale où on rend un culte aux Romanov, le monument qui marque la limite de l’avancée allemande . On est plongé comme dans beaucoup de ses autres livres, dans un monde terriblement violent qui écrase  des peuples impuissants.

Enard se dépeint en écrivain débutant stérile, ne sachant plus s’il se drogue pour écrire ou et parce qu'il ne peut écrire. C'est l'occasion de réflexions sur la littérature, les auteurs qui nous ont construits, les grands Américains, les géants Russes, ce que les livres nous ont apporté, comment ils nous font grandir, et nous protègent .

Quand je l'ai rencontré à Paris nous avions dix huit ans à peine, je débarquais de ma province j'avais l'impression de sortir de prison, de rentrer du Goulag, de Magadan ou d'ailleurs et de retrouver une liberté qu'en réalité je n'avais jamais connue, à part dans les livres, dans les livres qui sont bien plus dangereux pour un adolescent que les armes, puisqu'ils avaient creusé en moi des désirs impossibles à combler, Kerouac, Cendrars ou Conrad me donnaient envie d'un infini départ, d'amitiés à la vie à la mort au fil de la route et de substances interdites pour nous y amener, pour partager ces instants extraordinaires sur le chemin, pour brûler dans le monde, nous n'avions plus de révolution, il nous restait l'illusion du voyage, de l'écriture et de la drogue

.

L’écriture de Mathias Enard est proprement époustouflante. Il a un rythme, fait de grandes phrases entrecoupées, de répétition, on croirait entendre ce train, qui ne s’arrête jamais, ne reprend pas souffle, et la résonance rythmée que donnent les traverses. À moins que ce ne soit les chocs que la vie envoie  dans la figure de Mathias. Ecoutez ça.

Le café me remet dans les narines l'odeur de l'opium, j'ai une demi-tablette de rohypnol dans ma valise, mais je les garde en cas de coup dur, maintenant je préfère me laisser aller à la drogue douce du souvenir,  percé par les errances de ce train qui danse comme un ours sur ses retraverses, des arbres, des arbres de haute futaie, des arbres à abattre, holzfallen,  holzfallen, comme criait ce personnage de Thomas Bernhard dans son fauteuil à oreilles, en maugréant contre les acteurs et la bonne société de Vienne, jamais je n'écrirai comme ça, Vlado, tu sais, jamais jamais, cette langue inouïe, répétitive jusqu'à l'hypnose, méchante, incantatoire, d'une méchanceté, d'une méchanceté hallucinée, j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui explosait dans une étoile de tristesse parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue est un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras, dans la  douleur que signifiait la voir dans tes bras, dans mon absence apparente de jalousie, dans cette consolation joyeuse que ce soit toi dans ses bras, je savais qu'elle faisait ce que je ne pouvais pas faire, par éducation, par volonté, par destin, par goût tout simplement, elle occupait la place que je ne pouvais pas prendre et je vous regardais sans vous voir comme Thomas Bernhard  dans son fauteuil à oreilles, et c'était bien comme ça.


Parfois, Enard  donne la parole à Jeanne, et le ton est plus calme, fragile, presque humble. Quant à la forme, ce petit livre de 88 pages, Enard ne l’a sans doute pas choisie (c'était la copie qu'il devait rendre pour remercier d’avoir été invité avec une vingtaine d’écrivains, pour un voyage de deux semaines en transsibérien, une résidence mouvante en quelque sorte). Et certes,  j’aurais apprécié un énorme pavé, qui m’aurait laissé le temps de me morfondre et m’ennuyer à plaisir, comme Mathias dans son compartiment. Cependant, cette forme brève aussi m’a énormément séduite, avec une intensité, une violence, qui n'aurait peut-être pas été soutenable sous un plus grand format.



C’est un roman follement romantique c’est à dire romantique à la folie, d’un romantisme  des plus terribles et des moins mièvres.


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #mort #psychologique #regimeautoritaire #voyage
par topocl
le Dim 4 Déc - 9:33
 
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Sujet: Mathias Enard
Réponses: 82
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Bohumil Hrabal

Une trop bruyante solitude


Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 8 Tylych11


Un livre magnifique, un chef d’œuvre, l’un des livres les plus importants de la littérature tchèque. Peut être le livre que j’emmènerais sur une île déserte. Longtemps que je le lis et que je le relis. Longtemps qu’il continue de me toucher. Un langage simple utilisé par l’écorché vif qu’est cet écrivain tchèque, celui qui parle de petits rien pour les magnifier, qui décrit sa vie pour la fantasmer, qui combat par un phrasé grandiose. L’émotion frappe, elle choque, elle nous tire de notre torpeur. Cet amour du livre et cette détestation de la bêtise humaine caractérisée par une soif de progrès au détriment de la tradition, ce combat contre l’inculture et le « tout-politique » de sombres époques nous fait réfléchir et nous bouleverse. Un style simple certes mais terriblement séduisant dans son articulation avec une ponctuation maîtrisée, ce qui est rare, une utilisation du point-virgule en l’occurrence qui est habituellement inappropriée et qui là ajoute une cadence et un rythme intéressants.

Bohumil Hrabal déclarait qu’il «a existé pour écrire Une trop bruyante solitude». Je suis content qu’il ait existé car il me semble être né pour lire ce livre. Je crois en fait que ce livre concerne tout lecteur, toute personne intéressée par l’éveil de la conscience, la curiosité et l’étonnement philosophique. Un grand roman, écrit par un grand homme. Longtemps j’ai aimé lire, grâce à ce livre la lecture est une passion. C’est ce genre d’écrivain pour qui j’ai de l’admiration, un écrivain qui m’impressionne par sa simplicité et son talent et qui arrive à me transformer alors que je connais son ouvrage par cœur.


mots-clés : #regimeautoritaire #solitude
par Hanta
le Sam 3 Déc - 23:27
 
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Sujet: Bohumil Hrabal
Réponses: 23
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Jean-Michel Guenassia

Je l'avais adoré Le club des incorrigibles optimistes. De l'excellent roman, fluide, bien construit, avec des personnages fouillés et attachants, de l'émotion, inséré dans l'histoire. un beau parcours initiatique.

Par contre j'avais été déçue par:

La vie rêvée Ernesto G.

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 8 Images71

Je préviens que je vais révéler une péripétie qui survient après la première moitié du livre, mais, comme Guenassia la révèle allègrement dans tous ces interviews, je m'y crois autorisée, et il  serait en outre difficile de rendre compte du livre en passant à côté. Je ne révèle cependant pas la toute fin.

Après avoir écrit Le club des incorrigibles optimistes, qui racontait l'exil parisien de quelques exilés de l'Europe de l'Est, Guenassia s’est donné avec ce nouvel opus deux  mission. Il souhaitait raconter la Tchécoslovaquie à travers un héros qui la voyait de l'intérieur, et il y a ajouté le projet (la fameuses péripétie) d’imaginer une explication pour les quatre mois que Che Guevara passa en Tchécoslovaquie en 1966, sans que personne ne sache jamais ni pourquoi ni comment.

Le premier objectif, c'est à travers Joseph Kaplan, un médecin juif pragois qui a la bonne idée de partir à Paris avant que les ennuis ne commencent à Prague. Il passe la guerre en Algérie, où il est contraint à un exil de 3 ans dans le désert pour échapper aux lois de Pétain et échappe au désastre. Il rentre à Prague avec l'amour de sa vie, Christine, enthousiastes face à ce nouveau régime qui va rendre tout le monde heureux… On assiste peu à peu à la totale mainmise sur les libertés, aux surveillances, aux arrestations, aux exils clandestins.

Bien évidemment, ce destin entre nazisme et communisme aurait dû me captiver, je dois dire que si je l'ai lu sans déplaisir cela ne m'a pas passionnée non plus, Joseph est un peu trop parfait, tellement magnanime qu’on a l'impression qu'il est à peine égratigné par tous ces drames auxquels il est mêlé. Guenassia a une façon de raconter ce qui se passe, en égrenant de petites propositions juxtaposées entre des virgules, qui met une distance, élimine l’ émotion. Pas de pathos dans  son style, alors qu'il y a du pathos dans l’histoire, la fin qui donne des réponses à toutes les questions, retrouve le destin de chaque personnage croisé, sans craindre ni les coïncidences ni les grosses ficelles est là pour le confirmer.

Quant à la fameuses péripétie, le séjour du Che, Guenassia se l’approprie totalement , il y a une histoire d'amour nunuche, qui est absolument non crédible sur toute la durée. Il a la prétention d'éclairer la personnalité du Che, de justifier ses combats ultérieurs et ses échecs. Ce n'est pas tant une insulte à Ernesto Guevara  qu’une insulte à l’ histoire. Certes Guenassia a mis en exergue cette phrase de Neruda « La vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité. ». Ne reculant pas dans le choix de mes références, je répondrai par cette phrase de Topocl : la vérité, c'est que n'importe quoi, c'est vraiment trop n'importe quoi".

Dommage.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #guerre #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 3 Déc - 9:08
 
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Sujet: Jean-Michel Guenassia
Réponses: 14
Vues: 733

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