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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Sam 25 Sep - 5:07

143 résultats trouvés pour regimeautoritaire

Alice Zeniter

Sombre dimanche

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Images34

Est-ce que la vie pouvait être que ça ? cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ? Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ?


C'est, paraît-il, totalement hongrois.
Alors la Hongrie est un bateau qui prend désespérément l'eau depuis un siècle, et si on ne le quitte pas, on ne peut que se noyer avec lui. Les personnages sont englués dans un immobilisme atone et mélancolique, pris dans le carcan des non-dits familiaux, étouffés par le climat politique, par l'enchaînement d'une histoire malsaine qui leur a confisqué leur identité.

Elle était née à la fin du conflit, tout comme Pàl, et elle avait compris très tôt que ne pas avoir vécu la guerre constituait une frontière inamovible entre sa génération et celle de ses parents, celle du grand-père. Ils n’habiteraient jamais le même monde, ils n'auraient jamais les mêmes yeux.


C'est joliment raconté et plutôt bien construit : on suit le parcours d’Imre , garçon en retrait, jeune homme désenchanté, homme désespéré, et quelques allers-retours temporels racontent les épisodes douloureux et enfouis qui ont marqué les membres de sa famille. Il y a une poésie désenchantée, qui mène les personnages tels des marionnettes désincarnées, de désillusions en désillusions, de désespérance en tristesse.

Leur relation était pleine de la gêne et de la maladresse des corps qui ne sont pas habitués à marcher côte à côte.


Prise dans une mélancolie languide, Alice Zeliter ne cède ni au misérabilisme ni au pathétique, elle sait instaurer une distance. C'est sans doute pourquoi je ne peux pas dire que ce roman m’ait réellement enthousiasmée.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #famille #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 4 Mar - 9:01
 
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Sujet: Alice Zeniter
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QIU Xiaolong

J'ai lu Les courants fourbes du lac tai

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych27

Après sa lecture je me souviens avoir regardé mon livre l'air dubitatif .Où est le Qiu Xiaolong et le vénérable inspecteur Chen dont j'ai tant entendu parler?
J'ai pallié le manque de noirceur et d'intrigue associés au polar par un goût amer de déception.Les personnages ne sont pas creusés mais à défaut sonnent creux.
L'intrigue ( ou ce qui devrait être une intrigue ) est soporifique à souhait.
La noirceur , oui , il' y en a ! les eaux du lac...
Petite note positive qui a sauvé ce livre de la noyade , la poésie chinoise distribuée au gré des pages.
Conclusion: Je ne l'ai pas conseillé.
Cependant, après multiples avis recueillis qui vont dans ton sens sur ses polars antérieurs , je vais retourner à la rencontre de L'inspecteur Chen en espérant que "les courants fourbes du lac tai" ne soit qu'une erreur de parcours...


mots-clés : #polar #corruption #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Ven 24 Fév - 17:42
 
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Sujet: QIU Xiaolong
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Négar Djavadi

Désorientale

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Images23


Négar Djavadi nous parle d'une famille iranienne très proche de la sienne sur trois générations, et à travers elle de la dissidence, et de l'histoire de l'Iran. Mais aussi de son homosexualité et de sa  grossesse par procréation assistée. C'était sans doute beaucoup pour un premier roman, qui cependant ne manque pas de brio.

Au début, elle réussit un quasi sans faute, à la fois virtuose et attachante sur tout le versant iranien.  Dans des allers et retours perpétuels, seulement guidés par les caprices de sa mémoire, elle raconte le poids (mais aussi les bienfaits) de la tradition et du mode de vie iranien, où la famille est à la fois un carcan et un refuge, quoique dévorant et castrateur. Elle raconte, à travers ses yeux de petite fille qui comprend beaucoup mais pas  tout,  comment ses parents s'y sont singularisés, par leur opposition résolue et courageuse aux régimes successifs, comment ils ont dû ensuite s'exiler en France pour sauver leur peau.
C'est l'occasion de parler de  différence au sein d'une société qui courbe parfois l'échine, et n'a guère le choix, d'ailleurs,  puis dans l'exil. Ces pages par leur foisonnement, nous perdent par moment (et c'est sans doute voulu), mais qu'importe c'est une immersion généreuse : il y a là une attention aux émotions, une proximité avec ses personnages et une luxuriance assez irrésistibles.

Les choses se gâtent après le retour en France, car oui, la vie devient pus sûre, croit-on, morne, et la lecture aussi, malheureusement. Certes il y a encore quelques pages sur l'exil, d'autant plus douloureux que le retour est impossible, et une belle envolée au moment de la description de l'EVENEMENT, qu'elle nous a fait miroiter  depuis le début, on finissait par se demander si elle allait arriver à nous en parler. On assiste à la marginalisation rebelle de notre héroïne mais celle-ci devient vite lassante, assez banale, et survolée.  Le fil rouge de l'insémination artificielle (un peu rocambolesque) parait longtemps assez factice, et s'il s'éclaire sur la fin, il est tellement chargé de symbole que c'en est un peu lourd. Négar Djavadi ne sait pas résister aux symboles : les naissances et les morts sont liées, la mère perd la mémoire (bien sûr) mais dans son délire a le mot de la fin qui est celui de toutes les réconciliations.

Les deux premiers tiers du livre sont donc totalement séduisants; ils ne sont pas du tout redondants par rapport à d'autres récits sur l'Iran : du fait même qu'il se situent du côté de la dissidence active, et celle-là observée par la fillette, et aussi parce que c'est une espèce de conte aux tiroirs astucieusement imbriqués. Ils  laissent la place à quelque chose de plus poussif et convenu. C'est dommage, mais malgré tout, c'est le tourbillon initial qui l'emporte et m'a laissé sa bonne impression.



mots-clés : #identitesexuelle #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 24 Fév - 17:38
 
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Sujet: Négar Djavadi
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QIU Xiaolong

Cité de la poussière rouge

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych21

Shanghai, cité de la Poussière Rouge. Dans cet ensemble de maisons traditionnelles, les habitants aiment se réunir dans l'une des allées pour leur "conversation du soir".
De la prise de pouvoir du Parti communiste en 1949 jusqu'à la période actuelle du "socialisme à la chinoise ", en passant par la Révolution culturelle, chacun tisse son récit.
Travail, précarité, ambition et amour se déclinent selon la grammaire socialiste, car rien n'échappe à l'idéologie.
Avec ces nouvelles, Qiu Xiaolong pose un regard pénétrant et lucide sur la Chine contemporaine. Certaines d'entre elles ont été publiées dans Le Monde durant l'été 2008.


La cité de la poussière rouge , quartier central de Shanghai fait l'objet dans ce livre d'une exploration au cœur du communisme socialisme sous forme de récits relatant le quotidien des Chinois durant les dernières cinquante années en passant par la révolution culturelle.
Qiu Xiaolong , au même titre que son acolyte Ma Jian dresse un constat sur la précarité , le système des travailleurs et la propagande traditionnelle que l'on connaît confinant toute âme dans les rouages de l'idéologie sous peine que celle-ci soit broyée par un système répressif et arbitraire.
Pour ceux qui sont quelques peu étrangers à cette partie de l'histoire de Chine , c'est une bonne base qui permet de s'insinuer dans l'ordinaire des couches sociales désillusionnées et d'entendre en off la voix des habitants ainsi que de saisir au gré des anecdotes les moments de vie de ceux qu'on entendait pas.
La Chine de Mao Zedong et la montée des gardes rouges n'auront pas eu raison de ces voix qui s'élèvent de cette poussière rouge , des hommes de lettres qui aujourd'hui , nous restituent avec cynisme le parcours touchant de toute cette population ballottée.
Si les ruelles de cette cité étaient la chambre des murmures , c'est armé d'une mémoire collective qu'ils sont devenus cris lors des révolutions afin d'illustrer les rêves de liberté.
Un livre qui me paraît essentiel par le simple fait d'écouter la version du petit peuple , même si j'avoue que Ma Jian garde mes faveurs dans ce registre , il en reste que Qiu Xiaolong fait également partie de ceux qui sont passés sous le rouleau compresseur ayant été interdit d'école lorsque son père fut la cible des révolutionnaires lors de la révolution culturelle , ce qui en fait un interprète majeur

Il était devenu Petit Garde rouge, puis membre des Jeunesses communistes et finalement technicien aux Télécommunications de Shangai, entreprise d’État rentable - il avait un "bol de riz en fer".
L'expression était issue de la tradition de manger le riz dans un bol. Les gens n'ayant pas toujours les moyens de se nourrir, quand quelqu'un perdait son emploi, on disait souvent qu'il avait perdu son bol de riz, ou qu'il l'avait cassé

.


Alors que les quatre générations du roman avaient vécu dans une grande maison, la famille de Liang, elle, partageait une seule pièce à tout faire de quatorze mètres carrés dans une maison shikumen de la cité de la Poussière Rouge. Les quatre générations devaient utiliser des rideaux pour isoler le lit de son grand-père, le lit de ses parents, la couchette de son frère aîné accompagné de sa femme et de son nouveau-né, le lit de camp pliant de Liang lui-même, et une table qui servait à manger, à étudier, à boire le thé, à coudre et à repasser selon l'heure et l'occasion


"[...] une histoire est censée avoir une fin, heureuse ou malheureuse. Rien de tel dans la vie. Vous pensez pouvoir mettre un terme à votre récit un soir, comme sur une dernière page, mais dans quelques années surviendra un événement ou un virage inattendu dans l'histoire réelle. Une suite ou une histoire différente. Une comédie devient une tragédie, ou inversement. Nous le savons. Parfois nous jouons aussi un rôle, aussi involontaire et insignifiant soit-il, dans la vie des personnages, qui nous affecte à son tour."




mots-clés : #nouvelle #regimeautoritaire #revolutionculturelle
par Ouliposuccion
le Ven 24 Fév - 17:18
 
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Sujet: QIU Xiaolong
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Karel Schoeman

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 51gphk10

La saison des adieux ( Afskeid en Vertrek)
Traduit de l'afrikaans par Pierre Marie Finkelstein

Karel Schoeman est un écrivain fidèle au vieux parler de source batave, l'afrikaans.Même si c'est un intellectuel polyglotte, il a traduit Schiller, Schnitzler et Tchekhov.

Les années 70, au Cap. Il pleut, il ne fait que pleuvoir, et la ville glisse lentement dans les ténèbres.. Ces ténèbres, on ne sait pas tellement bien ce que c'est ,en fait, car les personnages du livre ne veulent surtout pas le voir. Ils appartiennent à la communauté blanche, recroquevillée sur elle-même, désarçonnée par les changements autour d'elle, et dont la plupart des membres n'a plus qu'une envie, partir.

Et dans cette communauté, un petit groupe d'intellectuels cherche encore à faire semblant , dans de tristes réunions mondaines où presque tous -même un journaliste...- vivent dans un déni complet de la tragédie de leur pays. Presque tous car un écrivain, poète,un des seuls à exercer sa lucidité, va apprendre le détachement , la solitude et le renoncement.

Ceux qui avaient frappé autrui furent frappés à leur tour, ceux qui avaient fait tomber autrui trébuchaient et tombaient à leur tour; soudain nous comprîmes que ce sang sur nos mains était le nôtre et plus celui des autres. Les gens gisaient à terre dans la position qu'ils avaient en tombant et nous, qui errions parmi les cadavres en hésitant afin de ramasser les vêtements épars ,nous rendions compte avec surprise que cette veste était la nôtre, que ces chaussures étaient à notre pointure: pour la première fois, ces visages que nous voyions, tombés face contre terre, le nez dans la poussière, nous étaient familiers; désormais,ces visages étaient les nôtres. De quel droit pensions nous que nous serions les seuls à être épargnés?
Nous apprîmes l'humiliation et nous apprîmes aussi à être humbles, à courber l'échine, à chercher parmi les cadavres , à nous traîner au-delà des barbelés des postes de contrôle,à attendre dans des files interminables dans les halls de gare et sur les quais; enfin, du moins le croyons- nous. Laissez-nous espérer que nous avons appris à réfléchir, à comprendre, que nous avons appris la pitié et la compréhension, sans quoi nous n'aurions rien appris, et tout aurait été vain.



Ce n'est pas la violence de Coetzee,mais la puissance du texte est la même, c'est extrêmement mélancolique et triste, magnifiquement écrit ( avec là aussi une mention pour le traducteur!)


mots-clés : #regimeautoritaire #solitude #violence
par Marie
le Mar 21 Fév - 1:22
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Arthur Koestler

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Ooozer10



Le zero et l’infini


comme pour mes précédentes lectures j'ai beaucoup apprécié.

Tout d'abord je trouve que le fait que Koestler ne nomme ni le pays, ni le Parti, ni le n°1 force le trait dramatique (certains écrivains invente des noms).

(en réponse à topocl me semble) Bien sur que ce qui se passe dans la cellule est connu aujourd'hui moins à l'époque de sa sortie non ? (depuis sa sortie en France en 45 d'autres livres relatant les mêmes faits ou tout simplement la vie dans les prisons ont été édités)

pour ce qui concerne le deuxième interrogatoire l'extrait mis en exergue ma parait  d'un choix édifiant :

"Lorsque l'église est dispensée des commandements de la morale. L'unité comme but sanctifie tous les moyens, l'astuce, la traîtrise, la violence, la simonie, l'emprisonnement, et la mort. Car tout ordre existe pour les fins de la communauté, et l'individu doit être sacrifié au bien général.   Diestrich Von Nieheim évêque de Verden


suffit de remplacer l'église par le PARTI !

Les extraits du journal de Roubachov permettent de voir l'évolution de sa pensée et aussi qu'il espérait après qu'Ivanov l'ait rejoint dans sa cellule, une sortie grâce à la reconnaissance de ses fautes. Il souhaite faire une étude sur "la maturité politique des masses". L'immaturité des masses serait l'un des facteurs d'échec de la révolution.

Le discours d'Ivanov est sans ambiguité mais il commet l'erreur de s'être entretenu avec Roubachov dans sa cellule, il est rapidement  exécuté.

"La plus forte tentation pour des hommes comme nous, c'est de renoncer à la violence, de se repentir, de se mettre en paix avec soi-même. La plupart des grands révolutionnaires ont succombé à cette tentation, de Spartacus à Danton et à Dostoïevsky ; ils représentent la forme classique de la trahison d'une Idée."

Roubachov a pris conscience bien trop tard des exactions commises sur le Peuple, mais son analyse qui répond au discours  Ivanov est explicite :

"Le pouvoir arbitraire du gouvernement est illimité, et reste sans exemple dans l'Histoire ; les libertés de la presse , d’opinion et de mouvement  ont totalement disparu, comme si  Déclaration des Droits de l’Homme n’avait jamais existé. Nous avons édifié le plus gigantesque appareil policier, dans lequel les mouchards sont devenus une institution nationale, et nous l’avons doté du système le plus raffiné et le plus scientifique de tortures mentales et physiques. Nous menons à coups de fouet les masses gémissantes vers un bonheur futur et théorique que nous sommes les seuls à entrevoir. »

Koestler fait par les paroles de Roubachov une dénonciation de la dérive d'une révolution qui se voulait améliorer la vie du peuple et qui n'a fait que le crucifier.


Les interrogatoires avec Gletkin sont des temps forts, le mécanisme de la machine à broyer est en marche. Roubachov connait la mécanique pour en avoir usé aussi, comme il le dit "Je paie". La mort ne sera pas à crédit !

Roubachov se posait une question sur la douleur avec ou sans raison ; à chaque fois que le taraude les souvenirs de ses méfaits (sa lâcheté envers Arlova, le suicide de Loewy etc....) la rage de dents se déclenche, comme une réponse.

ce sont les petits détails qui parfois font ressortir  l'absurdité et la criminalité des raisonnements du N°1 comme le fait de choisir de petits sous-marins  plutôt gros" et d'être puni pour le mauvais choix.


Quant au "sentiment océanique" qu'ici se résume pour Roubachov en la réapropriation du "JE", c'est un thème cher à Koestler (cf le passage intitulé "au bord de la fenêtre" dans les Hiéroglyphes)


"Nous n'admettions l'existence d'aucun secteur privé, pas même dans le cerveau d'un individu. Nous vivions dans l'obligation de pousser l'analyse logique jusqu'à ces dernières extrémités. Notre pensée était chargée de si haute tension que le moindre contact provoquait un court-circuit mortel. Nous étions donc prédestinés à nous détruire les uns les autres.
J'étais un de ces esprits. J'ai pensé et agi comme je le devais ; j'ai détrauit des êtres que j'aimais, et j'ai donné le pouvoir à d'autres qui me déplaisaient. L'Histoire m'a placé là où j'étais ; j'ai épuisé le crédit qu'elle m'avait accordé ; si j'avais raison, je n'ai pas à m'en repentir ; si j'avais tort, je paierai."



je pense que je me suis attachée à l'écriture de Koestler, peut-être que je ne suis pas assez objective.

(en réponse à Shanidar me semble) Comme tu le dis toujours la lucidité de Koestler. Sa technique pour démontrer et démonter le pouvoir dictatorial, oui vraiment c'est sur il est d'une rigueur scientifique.


(récupéré)
mots-clés : #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 18 Fév - 17:38
 
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Sujet: Arthur Koestler
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Stefan Zweig

Le monde d'hier

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Images10


Nous sommes en 1941. Stephan Zweig, désespéré de l'homme et du monde, dévasté par un nouvel exil, joue une fois de plus son rôle d'écrivain : témoin et penseur se retournant sur son histoire et l'histoire de ce siècle . Ce livre se partage entre l' autobiographie à orientation littéraro-intellectuelle, et un témoignage historique. On sent dès le début que c'est un cri désespéré.

La première moitié du livre est consacrée au tournant XIXème-XXème siècle , cet avant guerre insouciant.  De Vienne, à la fois libérale et puritaine, Zweig, jeune homme précocement brillant et descendant d'un bourgeoisie plus qu'aisée, voyage sans limites à travers l'Europe et le monde, tisse des amitiés artistiques dans toutes les capitales... jusqu'à l'assassinat de Louis- Ferdinand et au déclenchement de la 1ere guerre mondiale, où, citoyen européen qui commence à être reconnu en tant qu'auteur, il se retrouve l'un des seuls à prôner un pacifisme résolu, attaché à sa « liberté intérieure».

C'est un récit à la fois fort instructif, élégant et très maîtrisé , les différences de mentalités entre les capitales sont finement analysées, Zweig décrit de belles figures d'amis artistes. Par contre absence totale de femmes,  on est là pour parler de choses sérieuses...
J'ai également  été gênée par une vision du monde tout à fait biaisée par sa situation privilégiée, ignorant tout du sort des moins favorisés (les ouvriers étaient bienheureux en ces temps où l'on avait réduit leur temps de travail, explique-t'il) et l’impression que tous les citoyens partagent, et son bonheur, et ses points de vue. Comme s'il régnait une fraternité universelle, comme si la notion de nationalisme n'avait émergé que le jour de la déclaration de guerre, pour mieux exploser dans les décennies suivantes. Cette « naïveté » explique sans doute sa  surprise à découvrir les excès de la haine et les enthousiasmes belliqueux.

Dans l'après-guerre, les blessures du traité de Versailles qu'on croit enterrées, la misère et la famine jugulées, l'inflation maîtrisée, s'installe un temps que Zweig veut croire serein.
Il y connaît un succès planétaire, fréquente les grands de ce monde en matière de pensée et d'art, sa collection d’autographe trouve un essor éblouissant, dans le temps-même où le festival de Salzbourg s'épanouit. Quelques confrontations avec les chemises noires mussoliniennes, lui mettent la puce à l'oreille, mais son ingénuité est toujours là, ce sont des temps heureux. Là encore il semble curieusement croire que cette plénitude est commune à tous.

Ce n'est que peu à peu qu'émergent Hitler et ses sbires, « dressés à l'attaque, à la violence et à la terreur », sans trop attirer l'attention. Puis, brutalement, les interdictions aux Juifs, les brimades, et pour Zweig, le choix de l'exil d'où il sera confronté aux tentatives de conciliation qui n'empêcheront pas la déclaration de guerre. C'est la fin des choix, la perte d'une nationalité, l'effroyable statut d'apatride, puis d'étranger ennemi. Là encore une certaine ingénuité, l'idée qu'en Amérique du Sud, loin de l'Europe explosée, un monde meilleur de tolérance est possible.

Témoignage et réflexion sur un monde en mutation qui perd une certaine innocence et qui court à sa perte, on ne doit pas attendre de Le monde d'hier une objectivité historique ; c'est le regard désespéré d'un homme des plus choyés,  naufragé au sein d'un monde en perdition. On découvre cet homme et sa vision de l'histoire des quarante premières années du XXème siècle. Car Stefan Zweig a choisi de s'épargner de voir la suite.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Mer 15 Fév - 11:31
 
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Sujet: Stefan Zweig
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Tchulpân

Tchulpân

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylyc112

Tchulpân, de son vrai nom ‘Abd al-Hamid Sulayman, est né à Andidjan, capitale de la province orientale éponyme de l’actuel Ouzbékistan, à une date incertaine comprise entre 1883 et 1898 (celle de 1897 est la plus retenue en vue de sa double instruction islamique et russe). En 1908, le jeune ‘Abd al-Hamid envoie son premier poème au quotidien Shuhrat (« La Renommée »), de Samarcande. Au printemps 1914, il fait partie du cercle des chroniqueurs du mouvement moderniste musulman, appelé localement « djadidisme ». Début 1916 survient au Turkestan, contre la conscription dans l’armée du Tsar, le soulèvement dit « des saisonniers », qui laissera une cicatrice profonde dans l’œuvre de Tchulpân. Celui-ci accueille la révolution de février 1917 comme la promesse d’une rupture avec l’ordre colonial en Asie Centrale. Mais les bolcheviks répriment dans le sang l’Autonomie du Turkestan proclamée en novembre 1917. Son œuvre littéraire et journalistique demeurera dominée par le thème de la lutte contre la domination russe. Après la création, en 1924, de la République socialiste soviétique (RSS) d’Ouzbékistan, Tchulpân s’éloigne à Moscou où il rencontre Maïakovski et Essenine. À leur contact, son œuvre poétique se teinte d’une ironie de plus en plus sombre. Populaire en Asie Centrale, Tchulpan se retrouve dans la ligne de mire des censeurs.



Son roman Nuit paraît en 1936, croisé, un homme et une femme n’ayant pas de langue en commun et fuyant à la veille du déclenchement de la « terreur rouge ». Il offre d’intéressantes variations de ton (parfois truculent) et de style (témoin la trouvaille romanesque qui fait dialoguer, en un journal vers Moscou). Vaste tableau du Turkestan pendant le soulèvement de 1916, il apparaît comme un roman anticolonial et antistalinien. S’il est bien accueilli par le public (l’unique tirage est vite épuisé), il vaut en revanche à son auteur une réaction violente de la critique bolchevique orthodoxe, qui l’accuse de « nationalisme bourgeois ». Arrêté le 8 avril 1937 avec d’autres auteurs apparentés au djaddisme, Tchulpân est envoyé en camp de relégation, où il est condamné, le 5 octobre 1938, à la peine capitale pour « activités contre-révolutionnaires », et exécuté.
La volonté d’éradication du « tchulpanisme » pousse les autorités politiques de Tachkent à faire arrêter les traducteurs et commentateurs de l’écrivain en russe et en tatar, tandis que plusieurs de ses avocats dans le milieu littéraire ouzbek sont durablement exclus des instances officielles de la République. Ce n’est qu’à la veille de l’indépendance de l’Ouzbékistan, en septembre 1991, que paraîtront les premières rééditions d’œuvres de l’écrivain proscrit et que sera reconnue sa place, centrale, dans l’histoire littéraire de cette région du monde.



Son œuvre, abondante, est éparse. La partie connue à ce jour est constituée pour l’essentiel des nombreux poèmes édités en recueil du vivant de leur auteur. Une proportion importante de l’œuvre en prose de Tchulpân reste encore à exhumer, à commencer par une seconde partie, Jour, probablement inachevée et restée manuscrite, de Nuit : confisquée en 1937, elle n’est pas réapparue depuis. Il ne faut pas exclure, en outre, qu’un certain nombre d’œuvres en prose de forme brève nous demeurent inconnues, car disséminées sous divers pseudonymes dans la presse musulmane du Turkestan et de Russie d’Europe entre 1914 et 1937. Or, ces œuvres occupent une place significative dans la biographie intellectuelle de leur auteur, dans la mesure où les reportages de voyage et les nombreuses nouvelles de Tchulpân ont pavé la voie de son grand roman mémorial, Nuit et Jour.


Ouvrage traduit en français :

Nuit




Nuit

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylyc119

traduit de l’Ouzbek par Stéphane A.Dudoignon , chercheur au CNRS
Edition Bleu Autour ; 434 pages.

Par le truchement d’une fiction à rebondissements, bâtie sur une intrigue de harem, Tchulpân dresse un tableau cinématographique du Turkestan en proie à la colonisation russe à la veille de la soviétisation
.

1916. Sous fond d’animosité et de félonie dans le harem du mingbochi (administrateur d’un canton) se trame le destin d’une jeune fille, Zébie, acculée à devenir la quatrième femme de celui-ci. A Tachkent, le mouvement du Djadidisme fait écho.
Non loin de là, le Padishah blanc (tsar de Russie) lutte contre l’ennemi extérieur : l’Allemagne, et l’ennemi intérieur, « les révolutionnaires » : les bolcheviks.
L’Empire du Turkestan russe tremble.
Mais quelle différence pour le peuple du Turkestan entre Djadidisme et Bolcheviks ?
Tchulpân revient souvent dans son livre sur l’illettrisme, l’inculture de son peuple. Il le compare à « Un peuple de moutons » « des vaches à lait qui se font traire par les russes. »
La perte de l’empire a pour cause première l’ignorance.
C’est en effet dans le personnage central de Mir Yacoub , homme de profit , respectable notoire que Tchulpân soulève les questionnements de ce peuple entre foi , modernisme voulant une réforme islamique afin de s’ouvrir au monde occidental mais le soviétisme changera la perception du monde de l’Islam sur l’occident et amène la thématique anticoloniale , anti russe.
L’histoire de « Nuit » se passe en grande partie à Andijan, vallée de Ferghana, deuxième plus grande ville d’Ouzbekistan dans laquelle la tension endémique est toujours d’actualité, elle est un foyer de résistance, du tsar au colonialisme, du soviétisme à l’état Ouzbek actuel né de L’URSS. A ce jour, Ferghana la rebelle renferme toujours de par son isolement culturel des vagues d’islamisation radicales.
Une immersion dans la culture d’Asie Centrale, une partie de son histoire, sa domination, celle d’un peuple qui n’aura jamais goûté aux prémices d’une liberté.
Les scènes de vie et les traditions propres à l’Ouzbékistan sont relatées au travers de la traduction avisée de Stéphane A Dudoignon qui ne faillit pas, elle est d’une grande justesse.

Un livre que je conseille à toute personne intéressée par l’histoire de l’Asie Centrale, bien trop méconnue encore à ce jour.

Un hommage à Tchulpân et à toute la classe intellectuelle disparue au Goulag, à toute la classe intellectuelle présente d’Ouzbékistan, opprimée et toujours sous le joug de la dictature.


mots-clés : #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Lun 6 Fév - 19:40
 
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Sujet: Tchulpân
Réponses: 7
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Tchinguiz AITMATOV

Les rêves de la louve

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Livre sociétaire sur la Russie des années 86, alors que celle-ci est en pleine restructuration durant  la  perestroïka  de Gorbatchev (dont l’auteur a été le conseiller). Aitmatov  soulève  les tabous d’une nation qui jusqu’alors démontre au monde entier l’absence  « du mal » et se félicite de l‘ordre établi. Pour autant, les dessous du soviétisme, tabous dissimulés au regard de tous  nous sont relatés dans ce roman empli d’esprit. C’est bien un peuple désorienté  et ébranlé par les problèmes de  drogue, de la délinquance, de la corruption et de la censure.Une analyse, une réflexion  sur  l’héritage culturel, la place de la religion et la perversité doctrinaire du Parti.
Abdias , voué à être un homme d’église mais  excommunié par celle-ci en vue de ses idées réformatrices , prône  la nécessité d’une pensée nouvelle , progressiste et moderne à l’instar d’un monde de plus en plus novateur , s’enrôle dans le  commerce de la drogue afin d’écrire un article et d’ouvrir les yeux du public  , de marquer le début d’une campagne morale destinée à sauver les âmes des jeunes égarés sur ce fléau grandissant et dissimulé.il dénonce ce que le Parti censure. Son article ne sera jamais publié portant trop atteinte  au prestige du pays.
Puissance et soumission, pouvoir et parité, c’est tout un chapitre que consacre Aitmatov à l’échange entre Jésus et Ponce-Pilate juste avant la crucifixion.  L’auteur dénonce en prenant Rome comme exemple, La propagande soviétique, les grandes puissances de ce monde, « la religion d’armement » se soustrayant  à la religion aujourd’hui trop obsolète et qui serait la cause de notre perdition, de l’assujettissement d’une société dominatrice et écrasante dont la pernicieuse doctrine est « tout est permis »
Et puis... il y a Boston , ce berger du Kirghizstan ,travailleur et volontaire , cherchant à devenir propriétaire de ces terres qu’il travaille mais qui appartiennent au peuple , à l’état , au Parti , que ses acolytes du sovkhoze abattraient bien en vue de sa réussite , proférant l’idée qu’un koulak (paysans riches et premières  victimes de la collectivisation en 1929/1934) devrait être envoyé en Sibérie si seulement ces temps fastes existaient encore..
Et puis encore… la louve Akbara, qui au gré des pages  démontre son non droit d’existence, celle dont plus aucun territoire ne peut lui permettre de vivre librement.
Le règne est celui d’un tout autre loup, arrogant, vaniteux, qui divise pour mieux régner, instaurant la loi du plus fort et détruisant le plus faible…l’Homme.
Pourtant, serait-ce une faiblesse d’avoir les rêves de la louve ?
Tchinguiz Aitmatov nous délivre, avec cette oeuvre, un message universel, une  philosophie très humaniste.


mots-clés : #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Jeu 2 Fév - 7:51
 
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Sujet: Tchinguiz AITMATOV
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Marjane Satrapi

Persepolis

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 410

La petite Marjane avait 10 ans lors de la révolution iranienne, 11 ans au début de la guerre Iran-Irak, 14 ans quand ses parents l'ont envoyée en Autriche poursuivre ses études, 18 ans quand elle est revenue chez elle, dévastée par la solitude et  l'exil, 21 ans quand elle s'est mariée, 24 ans quand elle a définitivement quitté l'Iran pour faire l'Ecole des Arts décoratifs à Strasbourg.

C'est donc un récit autobiographique en noir et blanc des plus intéressants, réaliste, tendre, plein d'humour. Je l'ai sans doute moins apprécié que je ne l'aurais fait si je n'avais pas lu très récemment En censurant un roman d'amour iranien, de Shahriar Mandanipour, car on retrouve, très proches, les mêmes  informations sur l'oppression des islamistes, et les capacités de résistance souterraine dans ce milieu instruit et occidentalisé. De même Le jeu des hirondelles, qui raconte l'histoire de l'enfance gâchée de Zeïna Abirached pendant la guerre au Liban, jette une certaine ombre sur ce récit par un esprit encore plus frondeur, plus poétique et un graphisme plus original et ludique.

Il n'en demeure pas moins qu'on voit grandir la petite Marjane, vieillir son entourage, qu'un trait discret, voire un point suffisent à exprimer la psychologie des personnages. Les illusions s'effacent peu à peu, mais il est plaisant de voir cette capacité  continuer à penser par soi-même et à résister en frôlant (et jouant avec) les limites,  et à se garder son petit coin de bonheur, à se serrer les coudes, s'aimer et rester soi.

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mots-clés : #bd #autobiographie #regimeautoritaire
par topocl
le Jeu 26 Jan - 13:50
 
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Sujet: Marjane Satrapi
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Sergueï Lebedev

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 L_anne10

L'année de la comète

Ce livre n'est pas totalement de la littérature, n'est pas seulement une narration, il est bien plus que cela, à la fois étude historique et sociologique, mais aussi recherche intellectuelle des plus motivantes, il raconte l'histoire d'un petit garçon russe, moscovite, âgé de dix ans dans les années 1980, élevé par deux grands-mères veuves (la guerre est passée par là) et par des parents scientifiques. Il est donc un pur produit soviétique. Il est à la fois privé d'individualité et en quête d'un destin, persuadé que derrière les choses se cachent une vérité tue, une Pravda secrète, l'enfant observe ce et ceux qui l'entourent avec les yeux acérés du guetteur. Assuré d'être l'Elu, puisque seul descendant rescapé des temps barbares, il est aussi privé du droit à la propriété et cherche à saisir ce qu'on lui cache et en particulier à découvrir ce qu'il y a derrière le silence qui entoure ses grands-pères.

C'est à l'aide d'une langue remarquable, d'un questionnement intellectuel rare que Lebedev nous permet de découvrir les pensées intimes, les rêves, les angoisses de son narrateur. Ce petit bonhomme qui sent des choses, devine des déchirures, cherche à comprendre les silences des adultes et qui par là-même se découvre unique, indivisible au sein du collectif et riche, riche d'une histoire personnelle qui tend à raconter celle plus globale de l'Union Soviétique et de son apocalypse. Car c'est sur les ruines de la Grande Guerre patriotique que se construit le destin du garçon, c'est sur les ruines de l'Empire soviétique que le roman s'achève.

L'année de la comète n'est pas une œuvre virtuose, il n'est pas toujours passionnant, parfois la narration semble s'enliser ou plus ou moins tourner en rond, les journées d'un petit garçon ne sont pas toutes palpitantes ou troublées, certains évènements (entourant par exemple la recherche d'un certain Mister) peuvent paraître insolites, superfétatoires, il n'empêche, le livre est par sa liberté même d'un charme fou et d'une présence habitée. En cherchant à traduire les signes qui l'entoure, l'enfant puis l'adolescent raconte sa construction-destruction, suivant ainsi pas à pas celle du pays immense et désordonné dans son ordonnance que fut l'URSS.

Enrichissant.


mots-clés : #initiatique #regimeautoritaire
par shanidar
le Mer 25 Jan - 14:29
 
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Sujet: Sergueï Lebedev
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MA Jian

Beijing Coma

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych18

Le héros, Dai Wei, blessé par un coup de revolver à la tête infligé par un policier en civil lors de l’écrasement par l’armée de la révolte du « Printemps de Pékin », va vivre dix ans dans un coma qui lui permet seulement d’entendre son entourage. Pour tenter d’en sortir, il se raccroche à ses souvenirs et aux souffrances de ses parents.


ma Jian décrit  l’effroyable occupation  de la place Tianamnen en 1989 lors de la répression du mouvement étudiant, mais aussi  toutes les horreurs qu’a pu subir le peuple chinois  entre sévices corporelles et psychologiques.  Beijing Coma soit l’ignominie du communisme chinois et  de ses millions de morts. C’est avec effroi que l’on parcourt les pages, qu’on y lit les infâmes tortures , qu’on y voit des âmes martyrisées et l’on se demande alors  pourquoi personne dans un pays comme le nôtre, celui qui prône les droits de l’homme, n’a  jamais réellement évoqué l’ignoble totalitarisme, du moins jamais à cette échelle.
C’est le cœur au bord des lèvres, écœurée de l’inhumanité que l’on découvre la face cachée de ce régime.
Le meilleur réquisitoire traitant de ce sujet.
Un chef d’œuvre bouleversant à la mémoire de ces millions d’oubliés.


mots-clés : #revolutionculturelle #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Lun 23 Jan - 20:05
 
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MA Jian

Nouilles chinoises


Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych19

Beijing, 1990. Tous les dimanches, l’écrivain professionnel et le donneur de sang dînent ensemble. L’écrivain est un idéaliste, qui surmonte sa déception en prenant un air d’indifférence quand il est confronté à la réalité et à ses propres échecs. Le donneur de sang est un homme de profit, qui croit que les gens devraient utiliser tous les moyens possibles pour prendre au monde ce dont ils ont besoin. Si leurs conversations ne mènent jamais nulle part, l’écrivain confie pourtant à son ami la nouvelle tâche que lui a attribuée le secrétaire du Parti du syndicat des écrivains local : l’écriture d’un court roman sur le thème « Mettons-nous à l’École du Camarade Lei Feng », en mémoire à un héroïque soldat de l’ALP qui a voué sa vie à servir la cause de la Révolution et du peuple. S’il fait une bonne histoire sur un nouveau Lei Feng, les organes du Parti lui enverront un formulaire de demande pour entrer dans le très convoité « Grand Dictionnaire des Écrivains Chinois ». L’écrivain aspire à l’immortalité, mais où va-t-il trouver un Lei Feng contemporain ? Chez l’entrepreneur qui dirige le crématorium ? L’écrivain public ? L’actrice qui a décidé de se suicider en public ? Une fille nue ? Seuls lui viennent les personnages d’un roman en gestation…

Après avoir lu différents auteurs ayant écrit sur la révolution culturelle chinoise, Ma Jian est pour moi le plus compétent pour nous amener dans une chine à deux facettes, celle du peuple et celle dépeinte par l'état.
« Nouilles chinoises » ou les nouvelles contées par un écrivain  qui se doit d'écrire sur le nouveau représentant travailleur de la nation.
Il  ne souhaite pourtant pas s‘intéresser  à un personnage qui somme toute, ne serait pas représentatif de la société, aussi attache-t-il bien plus d’importance aux cas  qu'il contemple de sa fenêtre ou  personnages croisés dont il narre les péripéties et qui seraient donc bien plus significatifs.
Lorsqu’un  écrivain idéaliste  qui ne gagne pratiquement pas sa vie mais souhaite évoquer les travers de  sa nation, et que son ami donneur de sang, impartial, faisant fortune avec son sang à la solde du Parti s’entretiennent autour de leur pays, ça donne une Chine grotesque, burlesque mais tellement réaliste...
On en retient toujours la plume magistrale, onirique et cynique de Ma Jian qui encore une fois, décrit avec brio  l’impensable.


mots-clés : #nouvelle #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Lun 23 Jan - 20:01
 
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Sujet: MA Jian
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Karen Connelly

La cage aux lézards

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych52

Teza est un étudiant de vingt-cinq ans quand il est arrêté par les services secrets birmans pour avoir trop chanté contre la junte militaire qui dirige le pays depuis des décennies. Jeté dans une geôle putride et sombre de la prison de haute sécurité de Rangoon, appelée la " cage ", il est condamné à vingt ans de détention en isolement total. Coupé de sa famille depuis sept longues années et interdit de contact avec les autres prisonniers, il est la victime jour après jour des violences sadiques d'un gardien-chef fou. Pour seuls compagnons de cellule il n'a que quelques lézards et insectes, pour uniques nouvelles du " Dehors " des fragments de journaux qui font office de papier à cigarette ; pour toute ressource, ses convictions bouddhistes. A l'issue d'un événement dramatique, Teza noue une amitié avec Nyi Lay, un orphelin de douze ans élevé dans l'enceinte de la prison. C'est ce lien extraordinaire entre eux qui fait naître enfin une lueur d'espoir au cœur de l'obscurité, de la violence et de l'injustice, brillante comme une promesse de fraternité et d'humanité. Premier roman de Karen Connelly, il a déjà pris une place de choix auprès des célébrations littéraires de la résistance et de la dignité humaines.


Difficile de parler d’un tel livre, nous sommes dans une fiction qui nous révèle de part de nombreux témoignages de dissidents Birmans entre autres, l’horreur quotidienne de sa dictature. La politique du pays y est très bien décrite, les conditions de vie dans les geôles font froid dans le dos entre sévices physiques et psychologiques, un huis clos où la faim dévore les entrailles, et où la corruption régit tout un quotidien. Et puis il y a le bouddhisme, ses préceptes adoucissant les pages de ce roman, ultime recours pour un prisonnier, Teza et cet enfant vivant dans l’enceinte d’une prison, dans les yeux desquels tout espoir est vain , où sa seule maison ressemble à de la tôle , où seules les odeurs nauséabondes , à l’instar d’une vie écœurante écrasent toute vie pour ne laisser place qu’à la survie. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de cette lecture un moment riche, mais à mon grand étonnement, malgré que je ne trouve aucune critique négative à émettre, je n’ai pas réussi à rentrer dedans, ma lecture a été longue et saccadée. Paradoxalement je ne peux que le conseiller en vue de la documentation et de la grande humanité qui en ressort.


mots-clés : #regimeautoritaire #religion
par Ouliposuccion
le Dim 22 Jan - 20:08
 
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Andrei Platonov

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Platon11

MOSCOU HEUREUSE

La jeune Moscou, (c'est une femme) est née pendant la "révolution d' Octobre". Orpheline, sans passé, elle garde pourtant de son enfance, des souvenirs épars, confus et obsédants.
Enfant vagabonde en quete de nourriture, elle est recueillie dans une maison d'enfants. La révolution lui a tout pris, mais lui a donné le gîte et le couvert, une instruction et un métier. Elle se sent donc redevable envers la société. Elle a l'impression d'être une femme émancipée, libérée.
Belle et charismatique, elle attire le regard des hommes, mais après un mariage précoce et raté elle adopte une ligne de conduite déconcertante.
Elle accompagne la vie de quelques uns pendant un bout de chemin. Des hommes honnêtes et idéalistes. A qui elle inspire des sentiments amoureux mais en conflit avec leurs idéaux sociaux.
La vie l'appelle ailleurs, toujours ailleurs. Rayonnante, obstinée, combattive, elle semble invincible. L'incarnation même d'un avenir nouveau.

Ainsi sont ces personnages qui, comme tous ceux dans l'œuvre de Platonov veulent contribuer au bien être de l'humanité. Des idéalistes aveuglés par eux-mêmes plus encore que par la situation réelle du pays ou par la propagande officielle.
Tous se perdent dans des espérances rêveuses, des illusions, des chimères. Qui les sauvent au moins un moment. Et d'ailleurs, les années 30 renforcent le pouvoir de la tyrannie de la bureaucratie stalinienne. Et la technique est impuissante à réchauffer l'humanité. Moins encore à la sauver.

Et Moscou se rend bien compte de l'omniprésence de la misère, de la souffrance, de la solitude. D'autant que ses aspirations profondes seraient d'aller vers l'égalité, le bien-être, la beauté.
Moscou observe les autres, toujours avec générosité. Parfois elle les envie, allant jusqu'à leur imaginer provisoirement une vie somme toute, où les attachements humains seraient bénéfiques.

"Moscou ne savait à quoi s' attacher, chez qui entrer, afin de vivre d'une vie heureuse et ordinaire. Il n'était pas pour elle de joie dans les maisons, elle ne trouvait pas de paix dans la chaleur des poêles ni la lumière des abat-jour. Elle aimait, certes, la flamme des bûches et l'électivité, mais comme si elle était elle-même la flamme et l' électricité, et non un être humain. Comme si elle était cette force en émoi, au service du monde et du bonheur terrestre." P. 115

Mais la vraie vie est ailleurs.
A force de se projeter dans un avenir abstrait, elle se découvre des frustrations qu'elle n'ose s'avouer. Et que le roman ne dit pas.

Ce livre est noir. Forcément. Plus encore que d'autres de Platonov, tels que le célèbre Tchevengour. Il est bien possible que son époque ait perçu Platonov comme un gêneur. Sans même parler de la hiérarchie bureaucratique.
Mais les lecteurs d'alors n'ont pas eu l'occasion de le juger. La censure était passée par là.

Platonov est inclassable. Il ne ressemble à aucun autre écrivain et c'est intrigant.
Platonov est un écrivain déroutant. Je ne peux en dire plus, il faut le lire, mais je souhaite que le lecteur surmonte l'obstacle.
Parmi les écrivains que j'aime et que j'admire, Platonov est l'un de ceux qui me touchent le plus.
Depuis sa réhabilitation, il ne cesse d'être admiré et commenté en Russie par des écrivains de premier plan comme Brodsky ou Golovanov.

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mots-clés : #regimeautoritaire
par bix_229
le Dim 22 Jan - 16:09
 
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Friedrich Gorenstein

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Gorens10

CHAMPAGNE AU FIEL


J'ai lu  Champagne au fiel il y a quelques temps. Ces trois longues nouvelles ont en commun la désignation de trois fléaux qui ravagèrent la Russie : la misère extrême du petit peuple, la persécution politique, l'antisémitisme.
Gorenstein les dénonce avec vigueur, mais ce qui m'a frappé avant tout, c'est peut-être sa tendresse attentive pour tous ceux qui ont souffert, pour sa Russie bien aimée.
"Que nul ne peut comprendre, écrit-il, pas même les Russes, et que l'on ne peut qu'aimer."

"Il est hors de doute que l'ivrognerie n'est pas un trait psychologique naturel, inné du peuple russe.
Il est hors de doute que ce peuple, on l'a saoulé.
Qui ? Le cabaretier juif, comme, l' affirmaient autrefois les Cent Noirs et l'affirment leurs successeurs d'aujourd' hui ?
Les livres de publicistes disent clairement qui est responsable de l'ivrognerie russe : le pouvoir, l'Etat, qui en introduisant le monopole de production et de vente des spiritueux a cherché les moyens de développement d'une voie qu'il avait définitivement choisie dès Ivan le Terrible...
Voilà plus de quatre cents ans que ces cabarets de ruine et les magasins impériaux, même si aujourd' hui ils portent un autre nom, dominent la Russie."


La liberté de ton dont il fait preuve tient au fait que Gorenstein a quitté son pays pour se réfugier à Berlin Ouest.
C'est sans doute pour cela que j'ai particulèrement apprécié Dernier été sur la Volga.
L'auteur se prépare à quitter son pays. Et là, attendant un bateau, il se promène près du grand fleuve. Et il y rencontre Liouba, mendiante lumineuse.
Humble femme humiliée et offensée mais généreuse.

"La voilà devant moi, la Russie. La voilà, ma petite mendiante.
Non ce n' est pas une beauté aux joues rouges, au corps droit, à la poitrine abondante en sarafane brodé qui vous offre sur un plat doré un grand pain tout frais sorti du four....
Mais Liouba misérable, meurtrière sans péché, au regard humble et clair, à l'âme amère et automnale. Une fille du temps née sans auciun droit. Telle que je voulus la graver dans ma mémoire, telle que je voulais l'emmener au loin."


A travers cette femme dostoievskienne, on peut voir si l'on veut, le symbole d'une Russie malheureuse et persécutée mais généreuse malgré ses souffrances.

"L'attente en Russie, est indissolublement liée aux espaces du pays et constitue une autre hypostase de l'idée de la Russie qui, comme quelqu'un l'a,  à juste titre fait remarquer, s'exprime clairement dans la chanson russe, pleine de profonde tristesse ou de gaieté débridée.
Les heures et les kilomètres y sont infinis. Que l'on marche, que l'on roule, que l'on demeure assis, on n'en voit pas le terme.
Par son horrible monotonie, le temps d'attente vous étreint l'âme d' angoisse, tout comme la nature égale de la steppe, la forêt profonde toujours pareille à elle-même, la nuit d'automne, l'hiver sévère."


Ces phrases me font beaucoup penser à la superbe nouvelle de Tchekhov : La Steppe.
Mais c'est aussi l'expression de l'identité juive dans un pays férocement hostile à cette identité.

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mots-clés : #antisemitisme #regimeautoritaire #segregation #social
par bix_229
le Dim 22 Jan - 13:34
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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Friedrich Gorenstein

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Compag11

Compagnons de route

Train mixte n° 27 de Kiev à Zdolbounov

Une phrase jetée dans le wagon couchette et voilà que l’un des deux hommes qui l’occupent commence à raconter sa vie à celui d’en face. L’ un devient le Narrateur, l’autre l’Auditeur, mais ce n’est pas si banal, il s’agit là d’un Auditeur conscient de son « métier d’Auditeur », car il lui faut faire comprendre au Narrateur qu’il est bien son Auditeur celui qui lui est destiné, celui qui accepte  le récit à lui confié. Ensemble ils vont participer à une « création »,  leur création conçue par la mémoire de l’un et l’imagination de l’autre ; inconsciemment le Narrateur utilise la mémoire de son Auditeur, il y déverse son récit.

Le récit, celui de cet Ukrainien , un raté de la vie, un homme né handicapé « pied-bot » et que ni les hommes ni l’Histoire n’ épargneront. Son sort est  lié à celui de l’Ukraine, qui a subi les exactions de la révolution Bolchévique et la guerre civile,  la grande famine générée par la collectivisation et la guerre internationale ;  tous ces évènements sous fond d’antisémitisme criant et de nationalisme.

L’Auditeur est un écrivain humoristique reconnu aussi ce récit à la fois dramatique et cocasse sera-t-il le sujet du livre que le lecteur (la lectrice en l’occurrence) vient de lire avec beaucoup de plaisir. Il nous décrit les lieux traversés et connus par lui, comme la ville de Berditchev où il a vécu ses premières années, cette ville où les Juifs sont chez eux ; il exprime ses convictions sur l’avenir de l’Ukraine.

                                                     ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Un récit rythmé par la voix assourdie du train, par les haltes aux nombreuses gares traversées. Une très intéressante lecture non seulement parce que servie par une écriture vivante, caustique parfois bien qu’ accompagnée d'humour mais aussi par l’ histoire de l’Ukraine sous le joug soviétique et la présence allemande.




Extraits


Le terrain à Kiev et dans ses environs est très accidenté, les tumulus y sont nombreux, ce qui rend plus faciles les fusillades de masse et les enterrements collectifs.

Heureusement que tout destin humain, aussi horrible soit-il, est assaisonné de quelque agrément, même infime, comme cette gousse d’ail.

Une femme en chair et en os, qui faisait les mêmes choses que vous et moi. C’était presque vexant qu’elle sente le parfum, qu’elle soit vivante et non pas une statue, éternelle et sans odeur. J’ai compris alors pourquoi c’était le Tatar qui avait trouvé « l’œil humide et joyeux » et pas moi.

« la mort du stalinisme doit passer par un nationalisme russe, ukrainien, disons slave, et tant pis pour les conséquences. C’est bien triste, mais c’est comme ça. Le stalinisme doit être relégué dans les montagnes du Caucase, devenir une relique des peuples caucasiens. » (les slaves ont toujours considéré Staline comme un Perse)

Comme j’ai envie de sentir à nouveau une vraie odeur d’homme…Des baisers à la vodka, à l’oignon et au hareng !

Je me suis élancé, j’ai saisi la culotte sur ses hanches lisses, et je l’ai tuée en la déchirant.

Le métal indifférent au sort des humains applaudissait ses propres succès ferroviaires, c’est-à-dire l’arrivée à la station Brovki.

Je n’avais pas oublié : elle m’attendait ! Enfin, c’était la feuille blanche. […] J’avais du papier de toutes sortes, comme il se doit quand on est un humoriste professionnel : du papier vierge et du papier déjà enceint de moi, du papier qui avait mis au  monde pour ma femme et pour moi de nombreux sketches, vaudevilles et scénarios. Du beau papier acheté dans un magasin pour privilégiés.


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Dim 22 Jan - 11:24
 
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Artur Klinau

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 54001-10

Minsk cité de rêve

quatrième de couverture a écrit:“Je suis né dans la Cité du Soleil. Y ai-je été heureux ? Oui, certainement. Chaque être humain a sa propre Cité du Soleil – son enfance, pour laquelle le lieu de naissance importe peu. Ai-je été heureux au Pays du Bonheur ? Oui, certainement. Aussi longtemps que j’ai cru en lui. Nous croyions en cette scénographie merveilleuse dressée à la frontière entre utopie et réalité.?
Artur Klinau n’avait pas 25 ans lorsque le mur de Berlin est tombé. Son enfance, il l’a passée dans ce qui était alors le Pays du Bonheur – l’Union soviétique – avec les défilés sur la place du Kremlin conduits par le Métaphysicien et ses ministres Amour, Sagesse et Droiture.
Il se souvient de Minsk, la ville où il a grandi, la Cité du Bonheur, à l’époque où les habitants imaginaient qu’elle était l’utopie réalisée. Aujourd’hui il sait que l’utopie n’existe pas, mais sa tendresse pour sa ville est intacte et il nous la fait partager.


Un souvenir de la ville agrémenté de photos de l'auteur (qui est aussi photographe) pour ce livre d'abord publié en allemand en 2006. On pense souvenir forcément car c'est le point de vue de l'enfance qui est choisi et sa tonalité candide qui perdure assez longtemps dans l'ouvrage. C'est un peu déroutant car on sent bien que tout n'est pas si simple mais justement. C'est ce qui lui permet de petit à petit nous emmener plus profondément dans la ville, ses histoires et celle de son pays au voisin très encombrant. C'est aussi le ton qui permet de résoudre une partie du problème et de témoigner de chaleur et de nostalgie pour une ville presque neuve qui devait elle faire vivre une utopie. Un voyage forcément dépaysant qui conserve des masques sur certaines de ses figures mais lève un coin du voile pour le voyageur étranger.

Minsk cité de rêve, Cité du Soleil bâtie sur la rivière Nemiga aux portes du Pays du Bonheur. La tendresse n'empêche pas les années et la maturité d'arriver, ni même le dégel mais ce monde, excessif, factice, dur, complexe n'est pas rejeté. On sent qu'Artur Klinau à sa manière l'intègre à sa personnalité et à ses espoirs d'un pays différent et meilleur. Il y a une brume dans cette exploration, un mystère, une incertitude qui doit perdurer en longeant les palais et en traversant les places immenses de Minsk ou si l'on doit s'arrêter un instant dans une arrière cour ou laisser vagabonder une pensée jusqu'aux faubourgs.

Le vocabulaire et la tournure faussement enfantine peuvent gêner, dérouter mais le texte est bien construit et dans cette mouvance des livres qui parlent d'une ville il choisit non pas le catalogue documenté (on a l'impression que les informations distillées au fil des pages coulent de source pour l'homme du cru) mais l'affectif. Un affectif apaisé pour une histoire douce mais pas si simple. Ça m'a bien plu, ça travaille beaucoup la curiosité, ça raconte un peu au gamin de la fin de la guerre froide que je suis de cette énigme de l'Est. Une énigme qui perdure et une énigme qui est aussi la nôtre, la «forme de la ville» qui voudrait être celle de la pensée ?  Pas mal du tout et beau petit livre. J'ai bien fait de céder au traducteur et à l'éditrice lors de mon dernier passage au salon de l'autre livre !Et c'est volontiers que je lirai autre chose de leur répertoire : signesetbalises.fr


mots-clés : #autobiographie #initiatique #lieu #regimeautoritaire
par animal
le Dim 15 Jan - 20:10
 
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Sujet: Artur Klinau
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Elio Vittorini

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 31zq4q10


Les Hommes et les autres (titre original Uomini e no)

La note de l'auteur est importante : le titre français n'est pas en accord avec l'idée que donne l'auteur au titre original  Uomini e no.
Soit "que nous les hommes pouvons aussi être des «non-hommes».

L'histoire se déroule à Milan en 1944 pendant la guerre. Situation propice à illustrer l'idée de l'auteur ; Tous les hommes ont en eux le bien et le mal, du moins la possibilité de le faire.

Le narrateur qui est-il ? le spectre d'un des personnages N2 ? l'autre MOI de N2 ? ou sa conscience ?
Le lecteur suit un groupe de «camarades» dans sa lutte contre l'occupant et ses milices, découvre les horreurs. Mais surtout est interpellé par le narrateur, par ses réflexions sur l' homme. Qui est un homme ? qui ne l'est pas ou ne l'est plus ? N'importe quel homme peut se conduire en «non-homme»? Résister pour se libérer mérite-t-il de se perdre ?

Ce récit est lancinant par le style de l'écriture, la construction des phrases dans une alternance d'affirmation et de questionnement, des phrases courtes mais qui curieusement rendent le  rythme lent. Et malgré que les chapitres soient courts et nombreux le récit conserve cette lenteur ou plutôt cette pesanteur.

C'est une réflexion banale, ne dit-on pas souvent «pour faire cela» ce n'est pas un homme.
Je sors un peu perturbée, mais c'est certainement parce que la réponse n'est pas simple, puisque l'homme ne l'est pas ou bien elle est simple et là encore c'est dérangeant. Ou bien suis-je passée à côté ?

complément :

Il y a aussi dans ce récit qui dans l'ensemble est pesant, troublant avec des morts qui parlent, des morts qui disent l'être pour sauver les Hommes, tous, même Berthe répondirent-ils à sa demande.

-Les hommes sont tués et il ne faut pas pleurer ?
-Si nous les pleurons, nous les perdons. Il ne faut pas les perdre.
-Et il ne faut pas pleurer ?
- Bien sur que non ! Que faisons-nous si nous pleurons ? Nous rendons inutile tout ce qui a été.
-Etait-ce cela pleurer ?
Rendre inutile tout ce qui avait été ? Et quoi encore ? Effacer le sang répandu . Rendre inutile la douleur même ? Est-ce cela ?


Berthe et N2 ont une «chose» entre eux qu'ils portent depuis 10 ans. Le narrateur perd le lecteur et est complice de N2 même si parfois il ne le comprend pas. Dans l'organisation de N2 il y a Fils-de-Dieu qui essaie de convaincre Klut l'un des chiens du fasciste et craint de tous «Chien Noir» de changer de «métier»; ont-ils le choix les chiens ?

"Il fit entrer Kaptän Blut dans sa chambre et lui apporta à manger, sur une petite assiette qu'il avait mise de côté ; il lui apporta aussi à boire.
- Ouh disait Blut
- Ouh lui disait Fils-de-Dieu
Il lui retira sa muselière, et , du museau, Blut lui toucha la main, puis il se mit à manger, et il mangeait pendant un momemnt, relevait un moment la tête et lui touchait la main.
- Qu'est-ce que ça te rapporte, ce que tu fais ? lui dit Fils-de-Dieu. Enfermé dans une chambre, de longs jeûnes, et de la viande crue de temps en temps. Ca te plait, ça ? Ce que tu fais, c'est pour ça que tu le fais. Moi, à ta place, je serais déjà loin.
Blut releva la tête. Ouh ! lui dit-il. Et il lui toucha la main.

...

-Vaou, dit Fils de Dieu. Comment, non ? Vaou, vaou. Tu ne la sens pas leur puanteur ? Et tu ne peux même pas dire de qui elle est. Celle de hyène, tu peux le dire. Elle est de hyène. De même celle de vautour. Elle est de vautour. Mais la leur ? Et toi aussi tu pueras si tu restes avec eux. Comme le capitaine Clemm et comme Chien Noir. Tu veux puer comme Chien Noir ?

- Vaou dit Nlut.


(message rapatrié)


mots-clés : #fantastique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 7 Jan - 9:37
 
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Sujet: Elio Vittorini
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Brigitte Giraud

Nous serons des héros

Tag regimeautoritaire sur Des Choses à lire - Page 5 Index221



Olivio a fui le Portugal avec sa mère, après la mort de son père dans les geôles de Salazar. Ils se réfugient à Lyon où la mère forme un nouveau couple avec Max, un pied noir bravache. Et Olivio se noue d'amitié avec Ahmed, qui habite l' HLM d'à côté, fils d' immigrés algériens, empli d'une violence mal contenue.

Dès la première ligne on sent que le mélange de ces trois exils sera explosif. On suit la formation d'un adolescent sans repères, par une plume assez douce habilement située à hauteur d'enfant, avec ses énigmes et ses espoirs. Le suspense monte face à ce mélange de trois personnages si similaires et si  différents à la fois, et puis sur les cinq pages finales la violence explose dans un sens qu'on n'attendait pas, ou en tout cas pas comme ça, qui, malgré une belle ferveur, surprend par son manque de lien avec les forces en puissances. Tout ça pour ça?  Certes, c'est comme dans la vie où les faits ne suivent pas une logique organisée, mais dans un roman cela m'a déconcertée: toutes ces pistes abandonnées.


(commentaire récupéré)
mots-clés : #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 6 Jan - 17:16
 
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Sujet: Brigitte Giraud
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