Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 11 Aoû 2020, 23:59

184 résultats trouvés pour social

Alessandro Manzoni

Les Fiancés (I Promessi Sposi)

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 70331010

L’histoire se déroule en Lombardie à la fin des années 1620. Deux jeunes villageois, Renzo et Lucia veulent convoler. Hélas, un seigneur local, Don Rodrigue, à la suite d’un pari avec un parent, a jeté son dévolu sur la belle. Il va tout faire pour empêcher ce mariage, en premier lieu faire pression sur le curé du lieu. Cette situation va entraîner nos deux promis dans une série d’aventures toutes plus périlleuses les unes que les autres entre malfrats repentis, religieuse traîtresse, foule en colère, sans oublier la grande peste de Milan de 1630.  

Quel plaisir de lecture ! Pourtant, j’ai horreur des romans historiques ! Mais justement, le livre de Manzoni est bien plus que cela. Toutefois, sous ce simple aspect, le lecteur ne devrait pas être déçu. En effet, les péripéties s’enchainent les unes aux autres et maintiennent sans difficulté l’attention. Quel spectacle un Visconti, par exemple, aurait pu tirer de ce roman ! Ce qui m’a beaucoup plus intéressé est la psychologie des personnages qui n’a rien de caricaturale. Manzoni nous livre de beaux portraits d’hommes et femmes dont parfois les décisions sont surprenantes, le secours ou la détresse ne viennent pas forcément de ceux que l’on pense. Surtout, l’auteur en fin politique analyse remarquablement les relations sociales de l’époque. Dans un monde où les règlements ne sont pas respectés, ce sont de petits potentats locaux qui font la loi aidés de quelques hommes de main. Par leur parentèle plus élevée en noblesse, par quelques hommes de loi corrompus, ils arrivent toujours, ou presque, à leur fin. Don Rodrigue en est un parfait exemple. Heureusement, parfois un grain de sable déjoue leurs pronostics. Certaines situations sont clairement expliquées par Manzoni ; ainsi les causes de la disette à Milan liée à de mauvaises récoltes, et aggravée par une taxation du blé imposée par quelques « populistes » afin de calmer le peuple mais qui ne mènent qu’à l’émeute. Sur cela vient se greffer la fameuse épidémie de peste qui ravage le Milanais à la suite de la descente des troupes de lansquenets sur Mantoue. Nous retrouvons cette litanie de l’époque « a peste, a fame, a bello, liberere nos domine ». Manzoni montre parfaitement l’enchaînement de ces trois fléaux. « Les Fiancés », c’est aussi comment les appétits de puissance de quelques individus provoquent des ravages parmi le peuple ; heureusement, c’est aussi quelques hommes dévoués qui avec des moyens dérisoires tentent de remédier au pire, tentent de secourir et de soulager dans une ville de Milan ravagée par la peste dont Manzoni donne une description apocalyptique, mais malheureusement véridique. « Les Fiancés » est un très très grand livre.
Rien de mieux pour vous donner envie, je l’espère, que deux passages qui montrent toute la finesse d’analyse de l’auteur et aussi son humour, comme le souligne Quasimodo.
 
« Quant à ce qui forme la masse, et comme le matériel du tumulte, c’est une mixture accidentelle d’hommes qui tiennent plus, ou moins, selon une gradation infinie, de l’un ou de l’autre extrême : un peu échauffés, un peu fripons, un peu enclins à une certaine justice, telle qu’eux-mêmes l’entendent, un peu curieux aussi du spectacle d’une grosse affaire, prompts à la férocité et à la miséricorde, à détester ou à adorer, selon que se présente l’occasion de ressentir avec plénitude l’un ou l’autre sentiment ; avides à tout moment d’en apprendre, ou d’en croire de belles, avec le besoin de vociférer, d’applaudir quelqu’un ou de le conspuer. »


«Ayant tout bien pesé, le comte invita un jour à dîner le père provincial, qui trouva là un cercle de convives assortis entre-eux avec une intention raffinée. Quelques parents, des plus titrés, de ceux dont le seul nom patronymique était un titre , et qui par leur seul maintien, une certaine assurance native, une nonchalance hautaine, une manière de parler de grandes choses en termes familiers, réussissaient, sans même le faire exprès, à imprimer ou à rafraîchir, à tout moment, l’idée de la supériorité et de la puissance ; et quelques clients, liés à la maison par une dépendance héréditaire, et aux personnages par une servitude de toute leur vie ; lesquels, commençant, dès le potage, à dire oui, de la bouche, des yeux, des oreilles, de toute la tête, de tout leur corps, de toute leur âme, vous avaient, au dessert, réduit un homme à ne plus savoir comme on peut faire pour dire non. »
(traduction Yves Branca)




mots-clés : #guerre #historique #social
par ArenSor
le Mar 02 Mai 2017, 19:06
 
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Sujet: Alessandro Manzoni
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Flavio Steimann

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Couv_310

Bajass

quatrième de couverture a écrit:« Amérique. Le mot était sur toutes les lèvres.
De la gueule écumante des hommes ivres, il sortait en titubant dans le noir. Tout en haut dans le fumoir, il circulait de table en table comme un paquet d’actions, prenant l’accent des hommes du monde. Mais tout en bas, dans le ventre du navire, on le trouvait gravé, puis rageusement barré au charbon sur des murs dont la peinture s’écaillait, craché, noir et amer entre les mains calleuses qui l’envoyaient par pelletées dans les trouées de feu, parce que dans l’obscurité de la cale, le sens du voyage importait peu. »

Dans la Suisse des années 1900, où la modernité tarde à arriver, un couple de paysans est retrouvé mort, assassiné à la hache. Appelé sur le lieu du crime, l’enquêteur Albin Gauch se heurte au silence unanime des villageois. Soupçonnant un orphelin que le couple employait comme garçon de ferme et qualifiait de Bajass (“vaurien”), il embarque à sa suite pour New York sur le paquebot Liberté. Les semaines passées à bord de ce miroir grossissant d’une société de classes profondément inégalitaire, théâtre des craintes et des espoirs qu’inspire l’émigration à des Européens fuyant la misère, l’amèneront à désobéir à sa mission policière.


L'arrivée sur les tables de nos librairies d'un nouvel auteur suisse allemand (une première traduction en français) ça mérite bien la curiosité. Enrobé policier et annoncé enfumé par le quatrième de couverture doit on obligatoirement penser à Dürennmatt ? Pourquoi ne pas commencer par là. Non. On comprend vite que c'est noir mais ce n'est pas du réchauffé et il n'y a pas de recherche de la même tonalité.

Pas très joueur Steimann avec son policier vieillissant qui arpente la montagne enneigée, pas très causant non plus. Mais très bien écrit (et traduit, ça doit aller de paire). C'est précis et la vision est plus précise que le lent épuisement ne le fait apparaître directement.

Ce n'est pas non plus vraiment un révision de littérature prolétarienne, l'époque et la traversée de l'Atlantique ne doivent pas non plus nous tromper là-dessus. Il est actuel, sans forcer le propos, ce fonctionnaire pas modèle mais certainement efficace, actuel et fatigué.

Bonne lecture. Un texte à la fois très accessible et très solide et bien édité (par Agone).

Recommandation.


mots-clés : #polar #social
par animal
le Mer 26 Avr 2017, 22:00
 
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Sujet: Flavio Steimann
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William Faulkner

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 51yx8h10

Le bruit et la fureur

Par rapport à la discussion amorcée sur le côté compliqué de Faulkner, j'ai fini par relire Le bruit et la fureur. Il a fallu que le prof nous explique le projet narratif complexe de Faulkner pour que j'arrive à le saisir. J'en avais échappé beaucoup au cours de ma première lecture. Je dirais que dans l'économie du récit, il est important de comprendre qu'il y a un terrain de golf sur la terre vendue par les Compson. Benjy, le simple d'esprit, est l'un des narrateurs au début du roman. Il offre une perception distordue, faisant appel à d'autres sens. Il comprend à peine les choses, mais les comprend à partir de la perception qui nous est offerte à travers le récit.

Je vous ai parlé du terrain de golf, de Benjy, il faut également mentionner Quentin, le suicidé. La famille Compson s'est saignée en vendant la terre pour payer les études de Quentin à Harvard. Ils sont quatre enfants. Il y a Benjy, Quentin, Caddy et Jason. Le patriarche de la famille a nommé un de ses fils du même nom et Caddy a baptisé son fils du nom de Quentin. La relation entre Caddy et Quentin fut compliquée. Ces gens vivent avec des domestiques noirs et Dilsey occupe le rôle de mère que Caroline, leur vraie mère, n'est pas capable d'assumer.

Le récit se déroule en quatre chapitres, trois s'échelonnant sur trois jours consécutifs et un autre revenant sur un épisode passé en 1910 quand Quentin prend la parole. Nous sommes au cœur des romans du courant de la conscience des années 1920-1930. Nous voyons vraiment la décrépitude morale dans laquelle les gens du Sud des États-Unis composent avec les relents de racisme que ça suppose - à l'encontre des Noirs et des Juifs de New York. William Faulkner est très lucide de par la manière qu'il apporte les éléments de cette déchéance sociale.

Dans Le bruit et la fureur, nous nageons en plein délire par bouts... nous voyons à quel point c'est torturé, compliqué et que les gens ont de la peine à en sortir. Nous sentons ce côté «prisonnier du passé». Les dialogues sont transcrits en suivant une forme très orale et même relâchée dans sa construction et ponctuation défaillante... c'est particulier comme projet de roman.

Voici un extrait que j'avais remarqué et que d'autres ont cité sur Babelio :

C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l'emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s'en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.



mots-clés : #social #famille
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 15 Avr 2017, 09:28
 
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Sujet: William Faulkner
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Roger Vailland

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 0410

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Unknow11

325000 francs

Un court roman de Vailland :

325 000 francs, c'est la somme que doit se procurer Bernard Busard . Busard est un coureur cycliste, un bon. mais aussi un homme amoureux. Il courtise apparemment en vain une femme amère.

Il va s'atteler, avec un jeune paysan, à l'une des presses à injecter de l'usine d'une petite ville jurassienne pour fabriquer sans discontinuer, pendant six mois, des objets en plastique.
Parce qu'il a trouvé une solution pour que cette femme lui sourit enfin pleinement.

C'est un livre assez dur,
on y parle vélo, chiffres, beaucoup.
Un monde ouvrier s'y déploie, avec , je trouve, véracité. Des années 50/60.

Le ton de Vailland, qui m'avait accrochée, se retrouve intact ici :
un style direct, factuel.
(j'ai pensé à Céline Minard, pour son Grand Jeu, à cause de l'excellent talent à décrire le technique de celui-ci. On baille mais on est captivé tout à la fois.)

Amateurs d'évasion : passez.
Ici tout est foi, mais rênes. Talent, mais destin ?

J'ai beaucoup aimé, malgré que je ne goûte en soi guère le cyclisme et les productions industrielles.

Je pense que ce qui m'a plu tient à la maitrise du récit que Vailland démontre. On s'attend bien à un certain nombre de choses, pas de chute à proprement parler, mais sous ses airs factuels, ce roman naturaliste a des stries aux couleurs du Fatum.

Très différent de Bon pied Bon oeil. Mais il claque bien fort. Dans son genre.
Un court roman aux semences de fresque.


mots-clés : #social
par Nadine
le Mar 14 Mar 2017, 20:46
 
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Sujet: Roger Vailland
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Gérard Mordillat

Ce que savait Jennie

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Tylych43

À vingt-trois ans, Jennie n'a qu'un but dans la vie : réunir ses soeurs et son frère dispersés dans des familles d'accueil et un foyer afin de les emmener voir la mer depuis les falaises d?Étretat.
Au cours de cette quête à travers la France, Jennie va rencontrer Quincy, un acteur qui ne veut plus l'être. Lui aussi est animé d'une volonté sans faille : venger le suicide de sa mère.
Unis face au pire et portés par une détermination farouche, ces amants tragiques mettront tout en oeuvre pour parvenir à leurs fins.


Ce que savait Jennie s’entremêle avec « Ce que savait Maisie » d’Henry James , chef d’œuvre de la littérature.
Jennie dévisage le monde, Jennie  gribouille Maisie, inscrit  ses poèmes, Jennie a sa bible abrupte, ce livre dans lequel elle y appose sa vie laborieuse et douloureuse.
Jenny est la droiture, inflexible,  c’est la rigidité de sa haine qui l’anime, armée de vengeance.
La mécanique du cœur s’emballe, l’animosité fait rage, les représailles s’abattent. Évanouis les rêves, seul persiste celui d’une dernière réunion familiale…
Ce livre est une claque, profond et grave, on touche le fond de la violence psychologique, d’une vie détruite sous fond de capitalisme destructeur et de lourdeur sociale.
Gerard Mordillat nous offre une bombe  littéraire  qui éclate nous laissant  face aux débris du cœur.

Qu’est-ce qu’on t’apprend à l’école ? À être le meilleur, le plus performant, celui qui a les meilleures notes, celui qui rafle les prix… En réalité, on te dresse pour le marché. Pour te fourrer dans la tête l’idée de concurrence. Tu dois être concurrentiel, tu dois battre la concurrence, être un winner, comme on dit aujourd’hui. Et les profs, à quoi servent-ils ? Ils servent à te former à la consommation. Tu dois apprendre à choisir le « bon » prof, à vouloir la « bonne » filière, à obtenir le « bon » diplôme. Ça sert à ça, l’école. À faire de toi un type qui ne pourra pas penser en dehors de la concurrence et de la consommation.

mots-clés : #social
par Ouliposuccion
le Mar 14 Mar 2017, 07:08
 
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Sujet: Gérard Mordillat
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Sarah Waters

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Produc12

Derrière la porte

Ce dernier roman de Sarah Waters apparait d'abord comme une synthèse de ses précédentes oeuvres, avec une intrigue centrale autour d'une relation lesbienne et une trame historique marquée par le poids de l'héritage de la première Guerre mondiale. De multiples rebondissements et l'appropriation d'un sensualité rappellent donc l'univers néo-victorien de Caresser le velours ou Du bout des doigts, alors que la description d'une ville de Londres portant au quotidien les souffrances de la guerre met en lumière une désagrégation socio-économique.

Frances est une jeune femme qui semble sans avenir et sans perspectives, habitant avec sa mère. Afin de payer des dettes, elles louent un étage de leur maison à Leonard et Lilian Barber, couple dont la présence bouleverse immédiatement Frances et fait revivre une personnalité dissimulée. Sa relation avec Lilian devient le fil conducteur d'un roman dont la tension monte progressivement, tant leur avenir se heurte à une impasse.

Derrière la porte est une lecture souvent passionnante dans sa dimension policière qui explore à la fois des aspects intimes et sociaux, mais le récit est parfois surchargé dans son ambition. Sarah Waters veut montrer la duplicité et la fragilité des êtres, l'intensité de passions fiévreuses et d'errances affectives face à un contexte hostile. Les coups d'éclat romanesques laissent cependant trop souvent les protagonistes à distance.


mots-clés : #identitesexuelle #social
par Avadoro
le Dim 05 Mar 2017, 10:42
 
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Sujet: Sarah Waters
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Albert Cossery

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Cosser10

LA MAISON DE LA MORT CERTAINE

Il arrive qu'on rate un rendez vous avec un écrivain et ça m'est arrivé avec Cossery.
Peut-être avais-je été refroidi par la franchise brutale de l'écrivain. Pas plus qu'Ettore Scola, Cossery n'hésite pas à montrer que la misère extrême dans toute son impudeur rend les humains méchants, cruels, cupides et lâches.
Comment être autrement quand on meurt de faim littéralement dans une maison complètement pourrie… Et qu'on mobilise son énergie pour survivre. Dans les pires conditions.
Tels sont les quelques habitants de la maisons de la mort certaine dans une venelle du Caire.

Tapie au sommet de la venelle des Sept Filles, la maison de Si Khalil, le propriétaire dégoutant, craquait sous la rafale et achevait de se convertir en ruines. Il faut dire l'atroce vérité. Cette maison ne tenait debout que par miracle.
Seuls des fils de putain, aveuglés par une misère abjecte, pouvaient abriter leur chétive existence entre ces murs délabrés...
Aussi, pour prévenir tout danger, avait-on interdit l'accès à la venelle à tout genre de véhicule et même à certains vendeurs ambulants, dont la voix trop puissante risquerait de préciiter la catastrophe.

P. 7

Car enfin qu' est-ce qui les maintient en vie ? Leur vie est un enfer et même la mort refuse de les prendre.
Mais vivent ils encore ou sont-ils seulement des fantômes affamés, exangues et et furieux ?
Condamnés à attendre la chute de leur maison.
Comme si le seul malheur autorisé résidait là. Attendre et mourir.

Pourtant derrière leurs colères, leurs gesticulations, leurs disputes, on perçoit l'humanité asservie des gens de rien.

A bout de résistance, ils font venir un écrivain public pour adresser une supplique au gouvernement.

Cher gouvernement.
Nous voulons te dire, par la présente, que notre maison est en train de s'écrouler et que Si Khalil, ce propriétaire dégoûtant, ne veut plus la réparer.
Il nous a présenté un soi-disant ingénieur possédant plusieurs diplômes, mais nous avons tout de suite compris que ce n'était qu'un inverti n'ayant en fait de diplôme que la rondeur de ses fesses.

Nous l'avons traité comme il convient, en le renvoyant d'où il était venu...
Nous espérons que tu viendras voir la maison, pour que tu puisses t'en rendre compte, sinon nous l'apporterons chez toi, ce qui est la même chose.
Nous te saluons avec respect et sommes tes serviteurs jusqu'à la fin de nos jours qui sont comptés.

P. 90

Récupéré


mots-clés : #social
par bix_229
le Jeu 02 Mar 2017, 20:46
 
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Sujet: Albert Cossery
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Albert Cossery

Mendiants et orgueilleux

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Mendia10

Gohar est un intellectuel, professeur à l’université du Caire. Un jour, il se rend compte de l’inanité de son enseignement et abandonne tout pour vivre en mendiant dans les quartiers les plus déshérités de la ville indigène.

« Tous ces grands esprits, qu’il avait admiré durant des années, lui apparaissaient à présent comme de vils empoisonneurs, dépourvus de toute autorité. Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l’ignorance la plus détestable »


Il habite maintenant une pièce sombre d’une maison en ruines, son seul mobilier consistant en une chaise, lui-même dormant sur une couche de vieux journaux. Ses besoins frugaux, à l’exception du haschich, il les contente avec l’entraide de ses amis. Gohar passe la plus grande partie de son temps à  observer  la vie qui l’entoure, professant un fatalisme heureux, sans se leurrer sur la nature humaine :

"Ce qu’il y a de plus futile en l’homme, pensa-t-il, c’est cette recherche de la dignité. Tous ces gens qui cherchaient à être dignes ! Dignes de quoi ? L’Histoire de l’humanité n’était qu’un long cauchemar sanguinaire qu’à cause de semblables sottises. Comme si le fait d’être vivant n’était pas une dignité en soi. Seuls les morts sont indignes »

«  Gohar s’insurgeait de toute son âme contre la conception d’un univers absurde. En fait, c’était sous le couvert de cette prétendue absurdité du monde que se perpétraient tous les crimes. L’univers n’était pas absurde, il était seulement régi par la plus abominable bande de gredins qui eût jamais souillé le sol de la planète. En vérité, ce monde était d’une cruelle simplicité, mais les grands penseurs à qui avait été dévolue la tâche de l’expliquer aux profanes ne pouvaient se résoudre à l’accepter tel quel, de peur d’être taxés d’esprits primaires. »


De fait Gohar est insensible au remord. Le jeune Yéghen, poète difforme, survit difficilement grâce au trafic de haschic, il  voue une admiration sans borne pour Gohar et sa philosophie n’est pas très éloignée de celle de son maître. Les armes absolues de Yéghen sont le rire et la dérision.
Le troisième compère, El Kordi, est un peu différent. Miséreux également, il bénéficie cependant d’un poste au ministère, travail qu’il sabote délibérément par ferveur révolutionnaire. En effet, El Kordi se veut redresseur de torts et rêve de délivrer la société de l’oppression des puissants. Toutefois, ses bonnes intentions peuvent disparaître subitement lorsqu’il croise une belle jeune femme dans la rue.
Autour du trio gravite un autre personnage Nour El Dine, officier de police inverti. En effet, un crime vient d’être commis. Représentant de l’autorité, il a peur de ces mendiants qu’il ne comprend pas :

« Le spectacle de cette humanité livrée aux loisirs d’une fête perpétuelle le rendait furieusement envieux. Il leur en voulait de leur insouciance, de leur capacité à méconnaître les principes du monde dont les fondements étaient la tristesse et la contrition. Par quels sortilèges échappaient-ils à la commune détresse »


Son incompréhension va grandir lors de la rencontre avec l’homme-tronc qui donne du plaisir à sa femme et qui se permet de chanter au lieu de s’apitoyer sur son sort :

« - Il est réconfortant de savoir, dit Gohar, que même un homme-tronc peut donner du plaisir
- Un pareil monstre !
-  ce monstre possède un avantage sur nous, monsieur l’officier. Il connaît la paix. Il n’a plus rien à perdre. Songe qu’on ne peut plus rien lui enlever.
-  Crois-tu qu’il faille en arriver là pour avoir la paix ?
- Je ne sais pas, dit Gohar. Peut-être qu’il va falloir devenir un homme-tronc pour connaître la paix. Tu te rends compte de l’impuissance du gouvernement devant un homme-tronc ! Que peut-il contre lui ?
- Il peut le faire pendre, dit Nour El Dine.
- Pendre un homme-tronc ! Ah, non, Excellence. Aucun gouvernement n’aurait assez d’humour pour se livrer à un acte pareil. Ce serait vraiment trop beau »




J’ai pris énormément de plaisir à lire les premiers chapitres au point que je me disais avoir découvert un ouvrage « magique ».  Le début notamment m’a enchanté, lorsque Gohar se réveille envahi par l’eau, pensant à une crue du Nil, puis réalisant qu’il s’agissait de l’eau servant à laver un mort dans la pièce d’à côté ! Sa balade dans le quartier avec ses rencontres amicales dans la foule grouillante sont également réjouissantes :

« Des individus, affalés contre les murs ou bien debout dans des poses immuables, prodiguaient leur inertie séculaire à déjouer la circulation. »  


Puis, le meurtre avec l’enquête policière qui s’ensuit ont quelque peu refroidi mon enthousiasme. J’ai l’impression qu’Albert Cossery n’avait pas besoin de ce genre d’intrigue pour mener sa barque. Avouons toute de même que les derniers chapitres sont à la hauteur des premiers. En conclusion, un excellent livre qui aurait pu être un vrai chef-d’œuvre. Smile


mots-clés : #psychologique #social
par ArenSor
le Mer 01 Mar 2017, 19:09
 
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Sujet: Albert Cossery
Réponses: 10
Vues: 1000

Martin Veyron

Ce qu'il faut de terre à l'homme.
Mise en couleur : Charles Veyron

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je crois bien que c’est Eglantine qui en avait parlé, alors j’ai suivi.
C'est un conte philosophique, dans la Russie des moujiks, qui montre, en gros, que l'argent ne fait pas le bonheur. Mais ce n'est pas sa faute, à l'argent, c'est surtout que les hommes sont trop cons, en veulent trop et tant pis pour eux..
C'est inspiré d'une nouvelle de Tolstoï et c'est raconté avec une légèreté et un humour de bon aloi sur un thème si grave.

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il fait partie de la  Sélection officielle du Festival d'Angoulême 2017


mots-clés : #bd #humour #social
par topocl
le Sam 28 Jan 2017, 15:46
 
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Sujet: Martin Veyron
Réponses: 2
Vues: 444

Tom Cooper

Les maraudeurs

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Dans le bayou assommé de chaleur, malmené par Katrina, dévasté par  la marée noire, les hommes traînent leur désespoir - ou leur colère? -  (les femmes sont parties ou mortes, Tom Cooper ne s'encombre pas). Pas de pêche, c'est à dire pas d'argent, pas d'avenir , peu de présent hors les saouleries et les blagues débiles. Plus rien qui n'attache à ce pays tant aimé. Alors chacun cherche sa solution, une prolifique culture de cannabis, des bêtises à la  petite semaine, une chasse au trésor compulsive, une mauvaise humeur permanente, ou un deal avec BP pour achever de trahir les survivants (et se trahir soi-même). Ah! mais si ! il y a Wes le petit ado dont ce livre constitue le roman d'initiatique,  celui qui a perdu sa maman, est bien propre, bien courageux et honnête, et qui va s'en sortir au milieu de tous ces débris d'humanité...!!!

Bon c’est quand même plus subtil que ça, et au pire, l'originalité est ailleurs, Les portraits sont attachants, joliment troussés et souvent drôles,  la nature est un mélange de splendeur et de désespoir illustré par les flaques de pétrole qui surnagent. Il y a un petit côté anthropologique à voir la vie dans le bayou, la pêche la nuit, toutes ces lumières des bateaux qui circulent sont splendides. Et une  dénonciation de l'incurie face à la marée noire , quoique un peu superficielle.
Tout cela baigne dans un  certain humour, souvent au dessous de la ceinture, mais plaisant dans la façon de traiter  les situations et notamment les crocodiles. Et la construction à plusieurs point de vue soutient habilement le suspense.


mots-clés : #social #initiatique
par topocl
le Sam 28 Jan 2017, 10:07
 
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Sujet: Tom Cooper
Réponses: 4
Vues: 421

Silvia Avallone

D’acier

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2001, les tours jumelles, l'année où le monde a basculé. Pour Anna et Francesca,, qui s'en fichent pas mal, l’année de leurs 14 ans, l'été où leur vie intime a basculé.

A Piombino, en face de la paradisiaque île d’Elbe, c'est l’aciérie qui nourrit la plupart des familles. On la respecte pour cela, mais en même temps on la déteste, pour le travail exténuant, les rêves déçus. Les pères vengent comme ils le peuvent leur incapacité à mieux satisfaire leurs enfants, les mères assument ou n'assument pas les erreurs de leurs maris. La jeune génération, elle, recherche les plaisirs pour mieux masquer son désarroi : le soleil, la plage, quelques pétards ou parfois plus, les fêtes, les boîtes…

Anna et Francesca, un pied encore dans cette enfance ballottée, le corps déjà épanoui, la tête comme un grelot, le cœur en bandoulière, vont connaître le cataclysme des premiers émois, des premières amours, des amitiés et des déceptions : des disputes de petites filles, des chagrins gros comme ça, et des peurs inmaîtrisables.

Sylvia Avallonne dans un style sauvage et percutant comme ses héros, sans rémission, nous décrit ce quartier écrasé par le sommeil ou paralysé par le froid, des êtres qui se cherchent, qui se frôlent, se font mal : qui se débattent pour donner un semblant de couleur à l'ordinaire de la misère. Elle a une vraie compréhension de l'intimité des adolescents, si changeants, prêts à tout pour un peu de chaleur humaine, capables d'amour et de haine dans la même seconde. Pas mal de casse au passage, les choix ne sont pas toujours les bons, et un peu d'implication des adultes les aurait bien aidés. Ses héros sont ancrés dans le réel, dans le combat d'une cité ouvrière pour sa survie. C'est toujours touchant, parfois drôle, jamais dans le jugement. Certes les personnages et situations sont souvent stéréotypés (ne le sommes-nous pas tous ? et les adolescents les premiers ?), les coïncidences parfois lourdes : c'est sans doute pour cela qu’Aériale parle de séries télévisées, mais la verve et la dynamique de Sylvia Avallonne l'emportent dans ce roman que l'on n’a guère envie de lâcher (même si le mot génie est exagéré , bien sûr, c'est sans doute la précocité de l'auteur qui a séduit) et qui nous place en attente du suivant.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #social
par topocl
le Sam 28 Jan 2017, 09:32
 
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Sujet: Silvia Avallone
Réponses: 5
Vues: 575

Silvia Avallone

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Marina Bellezza

"L'avenir est à réinventer dans cette vallée coincée entre des montagnes de granit. Une départementale bordée par les carcasses de filatures abandonnées mène à des villages silencieux, un no man's land aux confins de l'Italie."

Le décors est planté.

Deux personnages principaux dans ce roman :

Pour Marina Bellezza, jeune femme de 22 ans, très belle, dotée d'une voix magnifique, courant de concours en concours,l'avenir se joue ailleurs, sur les plateaux-télés.

La revanche sur un passé de petite fille pauvre, ayant grandi dans un village désormais déserté, dans une famille désunie où un drame s'est noué qui a précipité la désunion d'un père adoré et absent et d'une mère alcoolique.

Andrea, lui, issu d'une famille de notables, a d'autres traumatismes familiaux, un frère idolâtré par ses parents, lui-même se sentant floué, et il choisira au lieu de la voie toute tracée, ....de rester dans ce village et de s'installer dans la ferme de son grand-père afin d'y faire du fromage, renouant ainsi avec une tradition abandonnée.

Evidemment, un amour passionné uni ces deux protagonistes et vu le choix de vie de chacun, ce sera très très compliqué.

Un très bon roman, bien écrit, on s'attache aux personnages et on suit le déroulement de l'histoire avec un vif intérêt. Smile

En parallèle de cette histoire d'amour, toute la complexité de notre époque apparaît, partir ou rester dans son fief natal : "enracinement ou abandon ?".


mots-clés : #social
par simla
le Ven 27 Jan 2017, 21:29
 
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Sujet: Silvia Avallone
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Gyula Krúdy

L'affaire Eszter Solymosi

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Krudy10

J'avais envie d'un livre long, d'un livre lourd, d'un livre qui prenne le temps de me raconter des choses que je sais (un peu) et d'autres que je ne sais pas (du tout). Ce livre s'est incarné grâce à Gyula Krúdy. Je suis passée au large de certaines références historiques et littéraires (en me promettant d'y revenir) mais j'ai complètement cédé au charme incroyable d'un conteur déroutant et lucide, poétique et politique, dense et dansant. C'est en 1931 que Gyula Krúdy s'empare de L'affaire Eszter Solymosi (prononcer choyemochi) qui défraya la chronique hongroise des années 1880. Et le lecteur ne peut que se réjouir d'avoir entre les mains ce que Krúdy appelle des notes (qu'il fera publier en feuilleton dans un journal et ne seront éditées en livre que quarante ans après sa mort en 1970) et qui se compose de pas moins de 640 pages fort adroitement hypnotiques ! Une somme ! Un roman passionnant parce qu'il nous raconte le temps d'avant : avant la Shoah, quand être antisémite était l'apanage des riches propriétaires, nationalistes et érudits et d'avant la mondialisation, quand les nouvelles ne parvenaient que par l'intermédiaire des journaux, quand on voyageait encore à cheval, quand la Hongrie était plus vaste et parlait bien des langues : le hongrois, certes, mais aussi le yiddish, le ruthène, le slovaque, le souabe ou bien l'allemand…

Terre de métissage, aux élites effrayées par l'arrivée massive de juifs issus de la diaspora russe (les premiers pogroms ont alors lieu là-bas), la Hongrie est alors un pays qui se remet à peine de la Révolution de 1848. La Hongrie où les pauvres sont aussi pauvres que ceux de la Bible, où les flotteurs de bois descendent aux beaux jours sur leur radeau le bois qu'ils ont coupé l'hiver, une Hongrie à la fois pleine d'un charme désuet et dangereux que se plaît à nous décrire Krúdy. Car il faut bien reconnaitre que les deux cents premières pages de ce gros roman fabuleux mélangent pêle-mêle cette société hétéroclite, passant allègrement des juifs nécessiteux aux chrétiens qui ne le sont pas moins, d'un commissaire en suspension disciplinaire, à un dirigeant violemment antisémite (mais qui bien sûr adore ses amis juifs), d'un couple d'aristocrates où madame porte la culotte, jusqu'à ces Ruthènes taiseux qui font flotter le bois sur le fleuve Tisza. Fleuve qui est sans doute le personnage le plus inattendu de ce roman.

Mais quid d'Eszter Solymosi qui donne son nom au roman ? Eszter est une jeune fille de quatorze ans, chrétienne, servant dans la maison de la mère Huray (qui n'est pas commode). Un samedi matin, sa maitresse l'envoie acheter de la peinture. La gamine ne réapparaitra jamais. Au même moment, ce samedi-là, le bedeau a réuni dans la synagogue un groupe de juifs parmi lesquels il doit trouver un nouveau sacrificateur pour sa communauté (en effet pour que la viande soit kasher, l'animal doit être tué selon un rituel précis, il ne doit pas souffrir et doit être vidé de son sang). De l'un à l'autre de ces deux évènements, l'amalgame se fait tout naturellement entre voisins qui s'ignorent ou parfois se haïssent et voilà les juifs accusés (par un des leurs, ce qui est bien le comble), de crime rituel. Les juifs auraient attiré la jeune fille dans la synagogue, l'auraient maintenue au sol, lui auraient coupé la gorge, auraient récupéré son sang dans des bassines et ce sang aurait servi pour fabriquer le pain azyme de la Pâque. Vous n'y croyez pas ? Pourtant en 1882, à Tiszaeszlár tout le monde y croit, une furieuse vague antisémite gagne le village, puis la région et enfin la Hongrie toute entière ! Qui sont ces juifs qui viennent tuer nos enfants chrétiens ? Du plus pauvre au plus riche, on s'indigne, on fouille, on observe, on se méfie. Et les autorités appuient. Fort. Du juge d'instruction au commissaire en passant par les médecins tout le monde accepte la version de Moric (le fils du bedeau). Las ! Le seul moyen pour réhabiliter les juifs d'Eszlár est de retrouver le corps d'Eszter… Les grandes familles juives d'Europe (oui, l'affaire en est arrivé à mobiliser -un peu- l'ensemble des riches juifs d'Europe) promettent cinq mille florins (une somme formidable) à celui qui retrouvera le corps d'Eszter. Et on le retrouve ! Ce sont les flotteurs de bois qui la font surgir miraculeusement de l'eau ! Mais ! Non ! Ce n'est pas elle ! Ce n'est pas le corps de la petite Eszter ! Sa mère est formelle, sans même jeter un regard à la dépouille elle le sait ! Une mère sait cela ! Surtout le corps repêché dans les eaux boueuses de la Tisza n'a pas été égorgé. Ce n'est donc pas Eszter ! CQFD !

Alors commence en juin 1883, en pleine canicule, le procès le plus retentissant de l'époque et c'est à nouveau toute une cohorte de juifs s'arrachant les poils de la barbe, de bourgeois fondamentalement antisémites, de juges taciturnes, d'avocats belliqueux, de journalistes fiévreux qui viennent user leurs fonds de culotte sur les bancs du tribunal. La société décrite par Krúdy est formidablement bien rendue, l'enquête et le jugement (même s'ils sont racontés 50 ans plus tard) valent largement le récit de Capote et son Sang froid de légende, le procès est également à peu près aussi fou, fort, formidable que celui de Kafka. On nage en pleine fournaise, dans le halètement des hommes qui comme des bêtes appellent le sang. Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre. Il m'a totalement emporté. A la fois pour ce qu'il dit de la condition juive à l'époque (mais sans tomber non plus dans une démagogie débilitante, les juifs d'Eszlár sont sales, bêtes et méchants et ceux de Hongrie ne connaissent déjà plus la solidarité), les bourgeois sont pour la plupart antisémites par tradition comme ils sont nationalistes à un moment de l'histoire où la Hongrie est sous le joug autrichien… Le récit de Krúdy est incroyablement riche, coloré, parfois farfelu dans sa chronologie et ses choix narratifs, tendu vers la vérité, rendant hommage à l'intelligence et au courage de ceux qui ne crurent pas à l'histoire racontée, voulue, martelée par les autorités d'un crime rituel dont tout le monde s'accorde à accuser les Juifs.

Mais au final… qu'en est-il du corps d'Eszter Solymosi ? Et bien trouvez ce livre, lisez-le, dévorez-le et vous saurez peut-être un bout de la vérité, en tout cas vous apprendrez que :

Ce monde est la maison des êtres sans nom, où chacun doit travailler, jour après jour, pour conserver sa place dans l'existence.


N.B. : j'ai bien conscience que ce roman de Krúdy est très particulier au sein de sa production littéraire, écrit tardivement alors qu'il avait besoin d'argent, il n'est sans doute pas très représentatif de son Art, il n'en reste pas moins un roman dans lequel on retrouve les préoccupations et la construction/circonvolutions de l'auteur, un roman qui me donne furieusement envie de découvrir toute l'œuvre de Krúdy !


mots-clés : #antisemitisme #communautejuive #social
par shanidar
le Lun 23 Jan 2017, 16:57
 
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Sujet: Gyula Krúdy
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Friedrich Gorenstein

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Gorens10

CHAMPAGNE AU FIEL


J'ai lu  Champagne au fiel il y a quelques temps. Ces trois longues nouvelles ont en commun la désignation de trois fléaux qui ravagèrent la Russie : la misère extrême du petit peuple, la persécution politique, l'antisémitisme.
Gorenstein les dénonce avec vigueur, mais ce qui m'a frappé avant tout, c'est peut-être sa tendresse attentive pour tous ceux qui ont souffert, pour sa Russie bien aimée.
"Que nul ne peut comprendre, écrit-il, pas même les Russes, et que l'on ne peut qu'aimer."

"Il est hors de doute que l'ivrognerie n'est pas un trait psychologique naturel, inné du peuple russe.
Il est hors de doute que ce peuple, on l'a saoulé.
Qui ? Le cabaretier juif, comme, l' affirmaient autrefois les Cent Noirs et l'affirment leurs successeurs d'aujourd' hui ?
Les livres de publicistes disent clairement qui est responsable de l'ivrognerie russe : le pouvoir, l'Etat, qui en introduisant le monopole de production et de vente des spiritueux a cherché les moyens de développement d'une voie qu'il avait définitivement choisie dès Ivan le Terrible...
Voilà plus de quatre cents ans que ces cabarets de ruine et les magasins impériaux, même si aujourd' hui ils portent un autre nom, dominent la Russie."


La liberté de ton dont il fait preuve tient au fait que Gorenstein a quitté son pays pour se réfugier à Berlin Ouest.
C'est sans doute pour cela que j'ai particulèrement apprécié Dernier été sur la Volga.
L'auteur se prépare à quitter son pays. Et là, attendant un bateau, il se promène près du grand fleuve. Et il y rencontre Liouba, mendiante lumineuse.
Humble femme humiliée et offensée mais généreuse.

"La voilà devant moi, la Russie. La voilà, ma petite mendiante.
Non ce n' est pas une beauté aux joues rouges, au corps droit, à la poitrine abondante en sarafane brodé qui vous offre sur un plat doré un grand pain tout frais sorti du four....
Mais Liouba misérable, meurtrière sans péché, au regard humble et clair, à l'âme amère et automnale. Une fille du temps née sans auciun droit. Telle que je voulus la graver dans ma mémoire, telle que je voulais l'emmener au loin."


A travers cette femme dostoievskienne, on peut voir si l'on veut, le symbole d'une Russie malheureuse et persécutée mais généreuse malgré ses souffrances.

"L'attente en Russie, est indissolublement liée aux espaces du pays et constitue une autre hypostase de l'idée de la Russie qui, comme quelqu'un l'a,  à juste titre fait remarquer, s'exprime clairement dans la chanson russe, pleine de profonde tristesse ou de gaieté débridée.
Les heures et les kilomètres y sont infinis. Que l'on marche, que l'on roule, que l'on demeure assis, on n'en voit pas le terme.
Par son horrible monotonie, le temps d'attente vous étreint l'âme d' angoisse, tout comme la nature égale de la steppe, la forêt profonde toujours pareille à elle-même, la nuit d'automne, l'hiver sévère."


Ces phrases me font beaucoup penser à la superbe nouvelle de Tchekhov : La Steppe.
Mais c'est aussi l'expression de l'identité juive dans un pays férocement hostile à cette identité.

Message récupéré


mots-clés : #antisemitisme #regimeautoritaire #segregation #social
par bix_229
le Dim 22 Jan 2017, 13:34
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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Friedrich Gorenstein

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Compag11

Compagnons de route

Train mixte n° 27 de Kiev à Zdolbounov

Une phrase jetée dans le wagon couchette et voilà que l’un des deux hommes qui l’occupent commence à raconter sa vie à celui d’en face. L’ un devient le Narrateur, l’autre l’Auditeur, mais ce n’est pas si banal, il s’agit là d’un Auditeur conscient de son « métier d’Auditeur », car il lui faut faire comprendre au Narrateur qu’il est bien son Auditeur celui qui lui est destiné, celui qui accepte  le récit à lui confié. Ensemble ils vont participer à une « création »,  leur création conçue par la mémoire de l’un et l’imagination de l’autre ; inconsciemment le Narrateur utilise la mémoire de son Auditeur, il y déverse son récit.

Le récit, celui de cet Ukrainien , un raté de la vie, un homme né handicapé « pied-bot » et que ni les hommes ni l’Histoire n’ épargneront. Son sort est  lié à celui de l’Ukraine, qui a subi les exactions de la révolution Bolchévique et la guerre civile,  la grande famine générée par la collectivisation et la guerre internationale ;  tous ces évènements sous fond d’antisémitisme criant et de nationalisme.

L’Auditeur est un écrivain humoristique reconnu aussi ce récit à la fois dramatique et cocasse sera-t-il le sujet du livre que le lecteur (la lectrice en l’occurrence) vient de lire avec beaucoup de plaisir. Il nous décrit les lieux traversés et connus par lui, comme la ville de Berditchev où il a vécu ses premières années, cette ville où les Juifs sont chez eux ; il exprime ses convictions sur l’avenir de l’Ukraine.

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Un récit rythmé par la voix assourdie du train, par les haltes aux nombreuses gares traversées. Une très intéressante lecture non seulement parce que servie par une écriture vivante, caustique parfois bien qu’ accompagnée d'humour mais aussi par l’ histoire de l’Ukraine sous le joug soviétique et la présence allemande.




Extraits


Le terrain à Kiev et dans ses environs est très accidenté, les tumulus y sont nombreux, ce qui rend plus faciles les fusillades de masse et les enterrements collectifs.

Heureusement que tout destin humain, aussi horrible soit-il, est assaisonné de quelque agrément, même infime, comme cette gousse d’ail.

Une femme en chair et en os, qui faisait les mêmes choses que vous et moi. C’était presque vexant qu’elle sente le parfum, qu’elle soit vivante et non pas une statue, éternelle et sans odeur. J’ai compris alors pourquoi c’était le Tatar qui avait trouvé « l’œil humide et joyeux » et pas moi.

« la mort du stalinisme doit passer par un nationalisme russe, ukrainien, disons slave, et tant pis pour les conséquences. C’est bien triste, mais c’est comme ça. Le stalinisme doit être relégué dans les montagnes du Caucase, devenir une relique des peuples caucasiens. » (les slaves ont toujours considéré Staline comme un Perse)

Comme j’ai envie de sentir à nouveau une vraie odeur d’homme…Des baisers à la vodka, à l’oignon et au hareng !

Je me suis élancé, j’ai saisi la culotte sur ses hanches lisses, et je l’ai tuée en la déchirant.

Le métal indifférent au sort des humains applaudissait ses propres succès ferroviaires, c’est-à-dire l’arrivée à la station Brovki.

Je n’avais pas oublié : elle m’attendait ! Enfin, c’était la feuille blanche. […] J’avais du papier de toutes sortes, comme il se doit quand on est un humoriste professionnel : du papier vierge et du papier déjà enceint de moi, du papier qui avait mis au  monde pour ma femme et pour moi de nombreux sketches, vaudevilles et scénarios. Du beau papier acheté dans un magasin pour privilégiés.


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Dim 22 Jan 2017, 11:24
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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Antonio Moresco

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Fable_10

FABLE D' AMOUR

"Il était une fois un vieil homme qui s'était éperdument pris d'amour pour une fille merveilleuse. Ce n'était pas simplement un vieil homme, c'était aussi un clochard, un de ceux qui dorment la nuit dans la rue sur des cartons, un homme perdu, un déchet humain. Personne ne savait qui il était, pas même les autres, parce qu'il restait toujours seul, et ne parlait jamais à personne."


Lui aussi ignore qui il est parce qu'il est devenu amnésique et muet. Il survit à peine dans la grande ville. De temps en temps, comme à regret, il va fouiller dans les poubelles pour survivre. Chercher des cartons secs et des vieilles nippes. Mais il a quand même un compagnon, un pigeon éclopé qui partage sa solitude et les miettes de pain sec. Le bruit court parmi les clodos qu'il fut riche jadis, et qu'il a tout abandonné... Un jour passe une belle, pas celle de Disney, non, une fille merveilleuse. Elle passe et repasse devant lui, le regarde  attentivement, au fond des yeux, lui sourit et finalement l'invite chez elle. Elle le déshabille, le douche, le nourrit. Stupéfait il se laisse faire d'abord passivement, puis il retrouve gout à la vie. Il retrouve l'amour, tout ce qu'il pensait perdu et oublié à jamais. Et les mots pour le dire.

"J'avais éteint toutes les lumières commença-t-il à dire, tout à coup une nuit...D'abord une, et puis une autre, recommençait-il à dire tout de go le lendemain... J'avais fait le tour de toutes les pièces, reprit-il au bout d' un moment, d'une voix si basse qu'on l'entendait à peine... J'avais éteint toutes les lumières de de ma maison et de ma vie...J'avais fermé toutes les portes... je m'étais mis à coucher dehors..."


Les histoires d' amour, comme vous le savez, ne durent pas, finissent mal... Oui, mais non! Enfin, vous verrez! Une histoire impossible ? Improbable ? Qui sait ? Quand on quitte la réalité factuelle et décevante du réalisme, on peut atterrir sur les territoires libres de la fable et du conte, se trouver dans l'espace surréel de l'imaginaire comme Peter Ibbetson.

Antonio Moresco  le dit très bien dans sa postface :

"Pour peu qu'elle se libère de ses intentions édifiantes comme de ses morales consolatoires, défensives et normalisatrices, la fable peut être révolutionnaire. Car elle continue à nous rappeler -en ce temps d'expansion strictement horizontale et de fermeture de l'horizon des possibles - que l'impossible et l'inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. Car elle nous dit que la réalité n'est pas le simple reflet en miroir du monde, mais la traversée de ce miroir, qu'elle ouvre grand et qui nous permet de passer de l'autre coté."


Message récupéré


mots-clés : #social
par bix_229
le Jeu 12 Jan 2017, 22:29
 
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Sujet: Antonio Moresco
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Véronique Olmi

Bord de mer  

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Image332

C'est une histoire du genre des frères Dardenne : une jeune femme, submergée de misère, de solitude et de déprime, tenant à bout de bras ses deux garçons, Stan et Kevin (à moins que ce ne soit elux qui la tiennent à bout de bras) décide, coup de folie désespérée, d'une virée au bord de la mer, à la fois première et ultime :  hôtel miteux, plage sous la pluie, fête foraine, intimité à trois fusionnelle et rejetante.

Un texte très court, écrit à la première personne. Sur les premières pages j'ai été gênée par l'absence de négations (logique mais dérangeante) puis  cela m' importait de moins en moins, saisie par la description de cette noirceur ordinaire, de ce désir de se grignoter un petit bout de bonheur à soi. C' est une œuvre compacte et éprouvante, mêlant  pathétique et sobriété, une histoire de gouffre sans fond, à faire pleurer (ou hurler) les plus insensibles.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #social
par topocl
le Sam 07 Jan 2017, 17:41
 
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Sujet: Véronique Olmi
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Giuseppi Bonaviri

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Captur64

Le tailleur de la grand-rue

L’auteur nous raconte à travers les souvenirs de 3 personnages, l’histoire d’une famille rurale Sicilienne.
Pietro tailleur, auprès duquel les jeunes paysans venaient quêter l’écriture de lettre à leur promise car disent-ils ses mots sont savoureux ; Pina la sœur célibataire de 45 ans qui partage le foyer et Peppi le jeune fils de 11 ans.

Chacun a sa version de l’histoire de la famille mais tous partagent la difficile et ingrate vie et les rares moments de répit, tels la fête de sainte Agrippine, la clémence du temps et une bonne commande.
Ils ont hérité des rêves, des espoirs mais hélas aussi de la misère de génération en génération.
Dans ce village de montagne les habitants survivent difficilement dans la pauvreté et le lourd labeur qui emportent indifféremment les vies. Superstitions, croyance se mêlent et s’expriment chez les enfants comme chez les adultes et confinent leur nuit dans les maisons.
Pietro envisage de partir vers une grande ville dans l’espoir d’y trouver un travail lui permettant de nourrir sa famille, exil qui tourmente sa Femme et sa Sœur et déconcerte les enfants.

Quelle belle écriture, riche, vraie, juste, cette lecture m’a procuré un grand plaisir.
L’auteur fait partager, tout simplement, à la Nature, aux objets et aux Animaux la vie des Hommes.  
L’insalubrité, le défaut d’instruction, la dureté du labeur et des éléments naturels sont décrits généreusement mais sans emphase avec le fatalisme inhérent aux Paysans.


mots-clés : #famille #social
par Bédoulène
le Ven 06 Jan 2017, 23:24
 
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Sujet: Giuseppi Bonaviri
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Leonardo Sciascia

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Produc14

Les Paroisses de Regalpetra

Où on en apprend beaucoup sur les rapports des habitants avec l'église et la mafia.
Où tout le monde a plus ou moins un passé "fasciste", où les ouvriers des mines, sauniers ou de la terre ne sont pas dupes de toutes les turpitudes dont ils font l'objet d'où qu'elles émanent (église, politique, mafia...).
La pauvreté a toujours la même couleur, la même odeur.

Et lui l'Instituteur que peut-il faire ? sous la coupe de l'inspecteur et de l'église. il constate, connait les souffrances, il reçoit parfois les confidences des élèves.
Le dernier chapitre consacré à la mort de l'Inquisiteur  était très intéressant.


(message récupéré)


mots-clés : #religion #social
par Bédoulène
le Dim 01 Jan 2017, 11:26
 
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Sujet: Leonardo Sciascia
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Gyula Illyès

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Produc13

Ceux des Pusztas

Qu’est une Puszta ? un domaine : un château où vit soit un aristocrate, un membre de l’église ou un régisseur, au gré des siècles ou des années et autour sous leur responsabilité, mais à distance respectable, car dérangeantes, des familles vivant dans une grande promiscuité  dans un long bâtiment scindé en pièces, s’y ajoutent les bâtiments indispensables à la vie d’une ferme, étable, porcherie etc.
C’est dans une grande misère qu’au début du 20ème siècle ces domestiques agricoles vivent exploités par les propriétaires du domaine, à l’écart des villages, du reste de la Hongrie. L’auteur est né dans une de ces pusztas, s’il raconte la vie de sa famille c’est simplement pour faire connaître au monde, et  honorer à travers eux tous les habitants des pusztas.

Dans les pusztas aussi, il y a une hiérarchie sociale, les Bergers sont par exemple d’une classe supérieure et les statuts sont hérités par les fils : le fils d’un valet ne sera à son tour que valet etc.
La plupart des gens des pusztas  ont pour origine les Magyars, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient malgré des siècles conservé les traits de caractères de cette tribu. (Je reprends un passage de la LC 13ème tribu car là aussi étaient les Magyars : Les Magyars qui ont été les alliés des Khazars, de nombreuses années ont reculés (harcelés par les Pétchénègues) à l'ouest jusqu'au territoire actuel de la Hongrie)

L’auteur rappelle les différentes invasions subies par la Hongrie et les dates importantes de l’Histoire.
J’apprécie que l’auteur ne se dérobe pas quand il avoue qu’ après avoir vécu en dehors de la puszta, à l’étranger, qu’à son retour dans le foyer familial il soit lui aussi dérangé par l’atmosphère prégnante, difficilement supportable.
Il explicite les conditions de vie de ceux de la puszta en citant les textes de lois et des documents comme les « conventions » qui un temps liaient les domestiques agricoles au propriétaire du domaine. Souvent personne parmi les domestiques agricoles ne peut bénéficier des « avancées » sociales inscrites dans les lois.

La génération des grands-parents de l’auteur restait aussi esclave après la guerre d’Indépendance qu’avant ou pendant celle-ci.
Lorsque les parents de l’auteur quittent la puszta pour habiter une maison dans un village la mère et le fils sont apeurés par toutes les habitations, ils craignent les villageois, se cachent.
Alors qu’ils se rendent avec appréhension dans une mercerie acheter du fil :

« Nous rapportons la bobine de fil en souriant, comme si elle était un trophée de victoire.
C’ est alors que nous avons pris conscience vraiment que nous étions des gens d’une puszta. »


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Ce récit rend justice à ceux des puszta et représente pour l’auteur je pense un rachat pour les années où il n’ a pas mesuré l’importance qu’ils avaient pour lui, pour la force et l’humanité dont il a hérité de ce lieu de vie. Il s'agit d'une bonne lecture! Je poursuivrai avec un petit texte de cet auteur.

Extraits :

« Le droit de participer aux affaires nationales se trouvait lié à la propriété terrienne : l’histoire de la Hongrie était donc celle des grands propriétaires ; le compte-rendu de leurs querelles. »

« Combien l’évolution historique est rapide chaque fois qu’elle peut se faire dans un sens inhumain ! »

« Bien sûr le servage a été aboli en 1848 et le Parlement a supprimé les droits féodaux. C’eût été très beau de sa part, s’il l’avait fait plus tôt. Dans ce cas là, la noblesse aurait mérité le qualificatif de magnanime, mais étant donné qu’elle avait pris ces mesures, acculée et morte de peur, elle n’a pas le droit d’y prétendre. »

« Malheureusement, il ne leur était pas donné souvent de devenir des êtres humains. Les blasphèmes et les rixes réveillent l’ambiance des pusztas plus souvent que les rires. »

« Moi, j’avais des ennuis surtout avec mon odorat, ce qui n’ a pas échappé à la perspicacité de ma grand-mère. Elle ne me reprochait ni ma lavallière, ni mes souliers cirés d’une façon ostentatoire ; mais elle observait, avec inquiétude et méfiance, mon idée fixe de l’aération. « Ferme donc cete fenêtre, disait-elle en croisant frileusement sur la poitrine son vieux châle tricoté. Ne peux-tu même plus supporter notre odeur ? » Effectivement, je la supportais mal et j’en rougissais. Je me faisais d’amers reproches, je me santais un traître. »

Je dirais que l'affectif a amené l'objectif mais comme le dit Louis Guilloux dans l'intéressante préface

«En lisant Ceux des pusztas, on sent partout que l'auteur lui-même paysan par naissance, l'est resté aussi par sa manière de savoir et de voir, de dire, qu'il a hérité des qualités foncières des paysans de tous pays qui sont la prudence, l'exactitude dans le jugement, l' honnêteté quand il s'agit d'expliquer les choses ou de prévoir le Temps qu'il fera.»

«Avant  d'être bonne ou mauvaise, une chose est vraie ou elle ne l'est pas. Gyula Illyès ne triche jamais. On ne triche pas avec l'évidence. Si on se pose en témoin, on ne triche pas non plus avec soi-même. On fait attention. L'art de Yula Illyès en fait à chaque instant la preuve.»


Un autre extrait car je pense qu'il faut connaître la vie de ces gens :

«La nature procède par bonds, le processus de réadaptation ne se fait pas sans excès. Il a fallu que j'échoue sur les rives de l'océan atlantique, que je fasse l'orateur enflammé aux réunions des débardeurs noirs de Bordeaux, avant de comprendre les raisons qui m'avaient mis en route. Il a fallu que je retourne souvent chez moi, en rechignant, que je trouve non seulement les étables et les bicoques sans charme, mais même les couchers de soleil de la puszta plus tristes qu' ailleurs, avant de pouvoir y rapporter mon coeur. Ensuite, il a fallu du temps pour que mes yeux voilés par l'amour fanatique de la paysannerie et l'enthousiasme des enfants prodigues rentrant au bercail, s'ouvrent et contemplent le paysage dans sa réalité. Les vallées et les collines me connaissaient mieux que je ne les connaissais»

La 4ème de couverture explique l'intérêt du récit suivant, Déjeuner au château :

«Complément indispensable, où, à travers les rapports complexes qui se sont établis entre les aristocrates déchus et leurs anciens domestiques, se dessine, sur l'ancien tableau en ce qu'il a de permanent la figure nouvelle des pusztas.»


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Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 31emlp10

Le déjeuner au château

L'auteur à présent «reconnu» fait des séjours au château de la puszta de son enfance, il est invité par le dernier propriétaire le Comte au château de Ürgöd car le seigneur de la puszta n'y vivait pas. À la réforme agraire de 1945 les terres des aristocrates ont été redistribuées aux paysans, domestiques agricoles qui travaillaient pour beaucoup depuis plusieurs générations pour les seigneurs des pusztas. Ce passage des terres est appelé "la relève". Le Comte se retrouve donc hébergé par son ancienne secrétaire et ne dispose que d'une surface très modeste.


«L'aristocratie Hongroise, dépouillée de ses terres, a vécu une expérience curieuse : elle s'est approchée de l'humain.»

«Depuis des siècles, l'aristocratie hongroise redoutait la couche de la population à qui elle devait ses fabuleux privilèges  - ceux qui travaillaient sur ses terres la faisaient trembler. D'ailleurs cette peur hystérique était justifiée. Les grands propriétaires méprisaient, opprimaient le peuple, avec une rigueur qui dépasse l'imagination. Jadis les manants étaient mieux traités.»


Ce déjeuner est l'occasion pour l'auteur d'une joute verbale avec celui pour lesquels ses grands-parents et parents travaillaient. Le Comte essaie de convaincre Illyès de sa proximité avec le peuple paysan en flattant son grand-père berger, lequel était apprécié, mais l'auteur mène la conversation, à chaque tentative du Comte sur le grand-père de la Princesse (la femme du Comte) Metternich qui a inculqué à sa petite fille, la peur du Hongrois.

«Elle jeta un regard embrasé sur son mari, puis sur moi aussi . L'angoisse brillait au fond du brasier. Ce n'est pas la surdité qui l'empêchait de répondre.»

Je l'ai rassurée; le peuple Hongrois, tout au moins la partie du peuple qui sème et laboure les champs voisins, n'éprouve pas les sentiments de rancune incoercible à l'égard du noble chancelier que ses cauchemars lui faisaient croire. Et, pour la première fois, le démon de la familiarité insolente des subalternes s'exprimait par ma voix :

«Grand-papa exagérait !»

L'auteur qui est retourné sur la puszta pour écrire dans un lieu tranquille (son étude de la puissance sur la psychologie), explique à son hôte qu'il n'est intéressé que par l'état psychologique des aristocrates. Le Comte pense que l'aristocratie a contribué à faire l'Histoire ; Illyès lui répond qu'«Ils ont guidé cette nation vers l'une des plus sanglantes catastrophe de son Histoire.»

C'est à l'aide d'exemples que l'auteur fait entrevoir au Comte les exactions, les turpitudes, les actions les plus saugrenues des aristocrates sur le peuple des pusztas. Nombres d'aristocrates sont morts, délaissés par leurs anciens domestiques, ne sachant ni s'habiller, se nourrir etc.... «être servi à ce point devient une servitude» Seule une tranche plus en phase avec la Nature, donc plus proche du peuple paysan a été soutenu et a pu se reconvertir.

La secrétaire à propos d'une parente démunie du Comte -«Pourquoi ne regretterait-elle pas ce qu'elle possédait légalement, puisqu'elle en avait hérité?»

Silence. Un silence légèrement accusateur qui m'incitait à répondre :

- Je crois qu'on ne peut hériter légitimement l'injustice.

Le Comte : Et si vous aviez hérité une ferme ?

- Hériter un outil de travail, à l'usage personnel, c'est différent. Hériter un moyen d'exploitation, c'est illégitime, puisqu'on avait déjà dû le prendre à la communauté de manière illégitime.

L'intervention de la parente du Comte relevant certainement d'un état pathologique l'auteur a hâte de quitter le château mais comme le Comte le pique encore c'est sur une correction grammaticale vexante pour ce dernier qu'Illyès prend congé de l'«aristocratie»!

Le Comte : - Vous aviez dit que vous étiez le dernier Petchenègue qui en ait conscience !

Pour la première fois, le rire du Comte était dur et son ton n'admettait pas de contradiction.

- Le dernier Petchenègue qui en eût conscience, aurais-je dit, monsieur le Comte.

Conclusion d'Illyès : «Une gifle vieille de cinq cents ans, a dû m'être rappelée par un de mes gènes, ce coup de malotru devait être sa réaction.»

Je le regrette.

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C'était une lecture intéressante car contradictoire avec Ceux des pusztas. Par l'Histoire qui y est intégrée, par la connaissance des deux peuples, celui des paysans et celui de l'aristocratie.



mots-clés : #autobiographie #social
par Bédoulène
le Dim 01 Jan 2017, 00:56
 
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Sujet: Gyula Illyès
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