Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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184 résultats trouvés pour social

Mario Vargas Llosa

La ville et les chiens

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La ville, c’est Lima, et les chiens, des cadets (élèves encadrés par l’armée) dans toute l’ignominie qu’on peut supposer en matière d’obscénité, de bizutage, d’indigences diverses. Alberto, « le Poète » (où l’on peut reconnaître une personnification autobiographique de Llosa, au moins jusqu’à un certain point), trouve sa place entre « Jaguar », le dur chef du « Cercle » et « l’Esclave », Arana, le bouc émissaire ; il louvoie entre les deux pôles, grappille un peu de monnaie en produisant de « petits romans » pornographiques. La première partie de ce roman de plus de 500 pages (divisé en deux parties sensiblement égales, avec un épilogue) décrit assez longuement l’univers violent de la jeunesse péruvienne dans la première partie du XXe ; elle réveille des souvenirs de service militaire, pour ceux qui ont expérimenté cette découverte des brimades, de la promiscuité, des confrontations sociales et racistes, ici entre serrano (pas le jambon ou le piment, mais Indien ou métis originaire de la Sierra, la cordillère des Andes) et citadin (généralement blanc), de la côte maritime. Dans la seconde partie, l’Esclave étant mort d’une balle de fusil au cours d’un exercice, l’intrigue se développe. Dans l’ombre portée par la dictature, Llosa expose le problème de la dénonciation, et la grande règle de l’armée (laver son linge sale en famille), dans une dialectique de la loyauté et de la vengeance. Seul, l’intègre lieutenant Gamboa s’attache à éclaircir l’affaire, suite à une accusation du Jaguar par le Poète (devenu proche de l’Esclave avant sa mort, non sans avoir pris sa place auprès de la jeune fille qu’il aimait).  

« ‒ Pardon mon capitaine, dit Gamboa. Aussi longtemps que je ne m’en rends pas compte, les cadets de ma compagnie peuvent faire tout ce qu’ils veulent, je suis d’accord avec vous. Mais maintenant je ne peux plus faire semblant de l’ignorer, je me sentirais complice. » (II, 4)


« Il serait plus facile de ressusciter le cadet Arana que de convaincre l’armée qu’elle a commis une erreur. […]
Vous m’entendez, rentrez au collège et faites en sorte qu’à l’avenir la mort du cadet Arana serve à quelque chose. » (épilogue)


Les chiens (cadets de première année), c’est aussi la chienne Malencouille, adoptée par le Boa (bien qu’il lui ait cassé une patte dans un moment de colère)...
Un ultime et inattendu entrecroisement de destins boucle le livre, nettement plus captivant dans sa seconde partie.

« Je [Jaguar] ne savais pas ce que c’était de vivre écrasé. » (épilogue)


La composition caractéristique du style de Llosa, fait d’allers-retours temporels, d’entrelacements simultanés de différents fils narratifs, de monologues ou conversations de chacun des personnages (autant de narrateurs), paraît moins innovante de nos jours, après avoir lu par exemple Faulkner (qui l'aurait inspiré).
Cette histoire rejoint l’universel, comme on dit, et renvoie par exemple à La punition, de Tahar Ben Jelloun, qui vient de paraître.
Ce premier roman, écrit à 23 ans à Paris, est peut-être finalement celui que je préfère de Llosa (dont je ne suis autrement pas trop "fan").


mots-clés : #discrimination #jeunesse #regimeautoritaire #social #violence
par Tristram
le Sam 17 Fév - 18:24
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
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Sylvain Pattieu

Le bonheur pauvre rengaine

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C'est un fait divers de l'après Grand Guerre, qui fit la une des journaux pendant plusieurs mois, et que  Pattieu, historien avant d'être écrivain, a ressorti des archives.

Il s’agit d'un crime trivial et sordide, survenu à Marseille dans le milieu de la pègre, parmi les souteneurs et les "femmes galantes", tout un petit monde issu du prolétariat et qui souhaite s'offrir mieux, à un moment où le désastre de la guerre laisse des "places à prendre" à un prolétariat miséreux et pas décidé à en rester là.

On se croirait dans une balade de Fréhel. C'est un saisissant portrait d'un lieu et d'une époque, mais surtout d'un milieu qui a alimenté de nombreux films noirs en noir et blanc, relaté ici  en un récit mêlant fiction, photos et archives judiciaires.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #faitdivers #historique #social
par topocl
le Lun 5 Fév - 9:51
 
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William Faulkner

Le hameau

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Premier tome de la trilogie des Snopes (suivi de Le domaine et La ville), c’est un terrible assortiment de personnages (de « characters », selon l’heureux vocable anglais, d’acception plus vaste), les incarnations de passions/ instincts mythiques et monstrueux dans la tragédie humaine, ici dans la misère rurale. Ratliff le colporteur perspicace (et dénominateur commun du livre), Flem le retors flegmatique et sans états d’âme, Ike l'idiot (récurrence faulknérienne), Eula, la « génisse » amorphe telle une sensuelle patate (il y a beaucoup d’animaux intervenant dans cet ouvrage, commensaux mais aussi intervenants ou supports métaphoriques ; par ailleurs, on est plus dans l’éthologie que dans la sociologie, et plus dans la mythologie gréco-romaine que biblique ou shakespearienne)… Et Houston (appelé "il" lors de toute la narration de son histoire personnelle, et on peut hypothétiquement y voir une allégorie partielle de l’existence de Faulkner lui-même, qui quitta le Mississipi pour y revenir, et n’eut pas de fils) : c’est l’opiniâtre victime du destin qu’il a défié. Ou encore Mink, l’assassin au summum du répugnant, avec la même obstination brute. Campés à la limite de la caricature, têtus et lamentables, ils demeurent là, pathétiques et incapables de changer.
Le livre est constitué de quatre parties, Flem, Eula, Le long été et Les paysans, elles-mêmes subdivisées en chapitres, voire en sous-chapitres. Chaque épisode portraiture plus particulièrement le devenir d’un personnage, mais l’ensemble forme un tout.

« …] un petit village perdu, sans nom, sans beauté, abandonné, et cependant qui recelait dans son sein, par hasard et par accident, un germe aveugle émis par la Divinité prodigue et qui ne le savait même pas, qui avait été conçu et s’était développé comme un bref été lumineux, concentrique [… »

« …] rêve et désir de tous les mâles sous le soleil, capables de faire le mal, depuis le jeune garçon qui ne rêve qu’aux ruines qu’il est encore incapable de provoquer, en passant par les malades et les estropiés suant dans leur lit, sans sommeil, impuissants, hélas, à faire le mal, jusqu’aux vieillards, maintenant privés de leurs glandes et avançant courbés, à pas lents [… »

« Il [Ike l’attardé mental] apprend vite maintenant, car il a appris le succès, à prendre ses précautions et à agir en secret, à voler et même à être prévoyant. Et il n’a plus à acquérir que le désir violent, l’avidité, la soif de sang et une conscience morale qui le tienne éveillé la nuit. »

« Il [Houston] n’était pas sauvage, mais seulement non dressé, pas tellement vif que possédé du violent désir, non pas de vivre, pas même de mouvement, mais de cette immobilité sans chaînes qu’on appelle la liberté. »

« Il [Houston] fuyait non pas son passé, mais son avenir. Il lui fallut douze années pour apprendre qu’on ne peut échapper ni à l’un ni à l’autre. »

« …] (Géographie ! cette pauvreté d’invention, cette foi imbécile de l’homme dans la distance qui ne trouve rien de mieux que la géographie pour s’évader ; lui-même [Houston] parmi tous les êtres, pour qui ‒ il croyait qu’il le croyait ‒ la géographie n’avait jamais été quelque chose sur laquelle on pût marcher, mais le moyen dont les êtres libres d’aller et de venir avait besoin pour respirer.) »


J’ai retrouvé avec bonheur cet auteur démiurge, torturé par la fatalité humaine, et son style de même, dense et serré (par moments, les passages à la ligne disparaissent, le texte se comprime en long paragraphe comme sa plume s’emballe, coupant la respiration). Le hameau n’est pas une œuvre mineure, même si elle n’a pas l’unité de souffle de ses chefs-d’œuvre ; sans doute moins ambitieuse dans la forme que certaines autres, elle est aussi plus accessible (bien que le lecteur bute sur quelques obscurités, qui s’éclairent lorsqu’il progresse). On touche au truculent, à l'épique, et c'est souvent dramatique. Et autant prévenir : c’est parfaitement trash, superbement odieux et formidablement écrit !


mots-clés : #social
par Tristram
le Mer 24 Jan - 21:26
 
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Sujet: William Faulkner
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Philip Roth

La tache

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Bon j'ai fini la tache . Je l'ai lu d'une traite cette nuit .
C'est évidemment impressionnant .
Que l'on soit sensible ou pas à cette approche des choses , sculpturale je dirais, puissante , avec une écriture qui me ferait penser à un bon Bordeaux si j'étais amatrice de vin , on sait tout de suite dès les premières lignes qu'on a affaire à un grand écrivain , un incontournable , un classique en puissance.

Alors oui la tache .
Déjà en bonne ménagère que je suis , ou que je me veux , je m'empresserais presque de chercher fébrilement l'éponge pour effacer. .
Zut ce n'est qu'un titre .
N'empêche que , ça me titille au fond de moi .

L'histoire de Coleman Silk , professeur d'université en retraite qui fut mis à l'index par la société bien pensante de l'amérique des années Clinton , pour un mot , mal interprété et lui prêtant une portée raciste , c'est le prétexte .

A partir de là ,intervient Nathan Zuckerman ( qui est le narrateur ) : ami de Coleman qui lui a demandé d'écrire son histoire , se sentant lui-même incapable de se lancer dans cette entreprise introspective , Nathan remontera le cours de l'histoire de son ami ,cet homme blessé victime d'un climat social délétère , afin de témoigner, rendre justice , et finira par découvrir le mystère qui confère à Coleman une aura particulière , indéfinissable et probablement cause de frustration pour ces proches incapables de déceler la part manquante , le bout de puzzle qui permettrait d'établir le lien en profondeur . Lorsque Nathan effectue ce travail d'enquêteur pour écrire son livre , Coleman est mort , d'une fin aussi brutale que sordide , le jetant en pâture à la faim de ses congénères toujours plus avides de se nourrir de la pourriture tout en cherchant à se purifier car tel est le paradoxe de l'humanité .
Qu'en toile de fond Philip Roth n'oublie pas de rappeler tout au long de son récit l'affaire Clinton/Léwinsky, , on aura bien compris qu'il s'agit pour lui d'ancrer sa petite histoire dans la petite histoire de la grande histoire , qui au final se résume à une affaire de sexe , de pouvoir et de domination .
C'est l'époque ou sévit le politiquement correct , la chasse non plus aux sorcières mais aux vilains qui saliraient l'image de l'amérique avec des idées racistes , de ces idées pas si lointaines pourtant qui étaient admises comme vérité et qui constituent une partie de l'histoire des USA mais qu'il faut oublier , nier,et contre lesquelles il faut s'insurger , et dénoncer , quitte à inventer , parce qu'au final c'est bien dans l'accusation de son semblable qu'on croit se dédouaner et se sentir plus innocent . (A part que , d'innocence il n'y a sur cette terre , la tache , originelle elle est et restera ) .
Mais la grosse farce de l'histoire , c'est que Coleman accusé injustement de propos raciste , est noir . Noir dans ses gènes sans que cela se voit ,parce que , avec la génétique et ses caprices , ça sort comme ci ou comme ça .
Toute sa vie s'est construite sur une imposture . Avoir fait le choix d'appartenir à la race blanche , et devenir celui qu'il veut être , non pas véritablement dans le rejet de sa négritude et de ses racines , mais probablement plus par volonté d'accéder à une plus grande forme de liberté , et se définir comme acteur de sa vie , en échappant au déterminisme pour se créer son identité .
Sans concession, au prix de grandes fractures nécessaires à son projet , Coleman rompra avec sa famille , pour effacer . Gommer . La tache .
A plus de soixante-dix ans , après un parcours universitaire brillant , il sera rattrapé par son destin .
Maîtriser jusqu'au bout chaque page de sa vie , dans la quête de cette pureté originelle qui n'appartient qu'à la fable , en dehors de l'histoire de l'humanité , telle est la gageure sur laquelle s'appuya toute l'histoire paroxystique de cet homme qui voulut s'affranchir , s'élever , au prix de sa propre humanité : parce que le surhomme n'existe pas , parce que l'appartenance est inhérente à toute forme de vie , parce qu'il faut porter la crasse de l'histoire de l'humanité dans le partage , et que la vie ne se joue pas en solo , Coleman perdra .
La tache , en bonne ménagère que je suis , ou que je me veux , j'ai décidé de l'accepter, parce qu'au final elle est en dedans-de moi . Et que je n'y peux rien , c'est mon humanité .


mots-clés : #social
par églantine
le Lun 15 Jan - 15:36
 
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Sujet: Philip Roth
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Carlo Levi

Le Christ s'est arrêté à Eboli.

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« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Grande émotion.

(carnet retrouvé...)


mots-clés : #autobiographie #exil #politique #ruralité #social
par Cliniou
le Lun 15 Jan - 12:08
 
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Sujet: Carlo Levi
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Henrietta Rose-Innes

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L'Homme au lion

Stan revient au Cap au chevet de son ami d'adolescence Mark, grièvement blessé par un lion dont il avait la charge au zoo. Marqué par les souvenirs et les traces de son propre passé qui semble lui échapper, il remplace Mark comme gardien du zoo auprès de la lionne Sekhmet, dernière de son espèce après que le lion ait été abattu.

Ce roman d'Henrietta Rose-Innes m'a beaucoup touché par sa sensibilité, sa délicatesse et son attention aux personnages. La situation complexe et déstabilisante de la ville du Cap, entre l'urbanisation et la nature sauvage, apparait comme le miroir d'un trouble plus vaste et plus ample qui s'enracine dans l'histoire. L'Homme au lion est le récit d'une confrontation nécessaire face à des doutes et des cauchemars, afin d'envisager enfin un apaisement.


mots-clés : #amitié #nature #social
par Avadoro
le Ven 12 Jan - 18:10
 
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Sujet: Henrietta Rose-Innes
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Laurent Mauvignier

Ce que j'appelle oubli

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Un livre basé sur un fait réel, un homme de 25 ans résidant dans un foyer de jeunes travailleurs, précaire est surpris par des vigiles d'un "supermarché qui positive" en train de voler des bières. il sera amené de force dans une réserve et frappé jusqu'à la mort.

On peut retrouver des articles sur Internet. Le livre s'en inspire librement créant les pensées de personnages et extrapolant leur psychologie.
C'est une lecture douloureuse comme souvent avec Mauvigner. C'est court, mais violent dans l'expression des émotions.
C'est magnifiquement écrit comme toujours.

On en ressort indignés, blessés, tristes. on en ressort aimant la victime, méprisant la justice et haïssant les vigiles.

Un ouvrage à lire quand on est solides.


mots-clés : #faitdivers #justice #social #violence
par Hanta
le Mer 3 Jan - 11:27
 
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Sujet: Laurent Mauvignier
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John Steinbeck

Tortilla Flat

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Dignité, solidarité et goût de la liberté des misérables, en plus du sens de la débrouille et du sybaritisme. En ligne directe de Mark Twain, avec aussi des parentés comme Jorge Amado, ou même Raphaël Confiant.
« Deux gallons, c'est beaucoup de vin, même pour deux paisanos. Moralement, voici comment on peut graduer les bonbonnes. Juste au-dessous de l'épaule de la première bouteille, conversation sérieuse et concentrée. Cinq centimètres plus bas, souvenirs doux et mélancoliques. Huit centimètres en dessous, amours anciennes et flatteuses. Deux centimètres de plus, amours anciennes et amères. Fond de la première bouteille, tristesse générale et sans raison. Épaule de la seconde bouteille, sombre abattement, impiété. Deux doigts plus bas, un chant de mort ou de désir. Encore un pouce, toutes les chansons qu'on connaît. La graduation s'arrête là, car les traces s'effacent alors et il n'y a plus de certitude : désormais n'importe quoi peut arriver. »


mots-clés : #addiction #social
par Tristram
le Lun 1 Jan - 0:03
 
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Elena Ferrante

L'Amie prodigieuse

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« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Il nous arrivait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour ; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C'était la vie, un point c'est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
Prologue, 5


La misère, avec ce qu’elle fait ignorer, supporter et commettre : violences familiales et dans la rue, jusqu'au gâchis des dons. Au fil chronologique d'une narration à résonance autobiographique, Elena Greco nous rapporte sans misérabilisme ses enfance et adolescence dans un quartier populaire du Naples des années cinquante, notamment marquées par l’ascendant de son amie du même âge, Rafaella Cerullo, dite Lila, surdouée dont les parents ne peuvent payer les études, « méchante » dure et déterminée, perspicace et intransigeante, qui l’influence, ou plutôt la tire en remorque. Le motif dominant du récit, c’est cet écrasement de la narratrice, toujours effacée par l’ascendant de son amie qu’elle ne peut au mieux que suivre (sans que celle-ci en ait voulu ainsi, uniquement acharnée à apprendre, comprendre). Une sorte d’émulation, voire de rivalité sourde, unit les deux jeunes filles : toujours en avance lui semble-t-il, Lila demeure cependant la référence indispensable d’Elena, seule à aller au lycée.
Le meurtre d’un voisin enrichi sans scrupule, Don Achille, constitue un fil d’intrigue. Machisme foncier et susceptible ; espoirs de réussite sociale ‒ l’argent, qui généralement manque : la plèbe, qui contamine et enferme.

« Quels signes pouvais-je donc porter ? Et quel était mon destin ? Je pensai au quartier comme à un gouffre d’où il était illusoire d’essayer de sortir. […]
"J’emploierai toute ma vie, me dit-il comme s’il s’agissait d’une mission, à m’efforcer de ne pas lui ressembler [à son père]." »
Adolescence, 32

« C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. »
Adolescence, 43


Tome premier d’une saga de quatre romans, il se termine sur une amorce de la suite.


mots-clés : #enfance #famille #jeunesse #social #violence
par Tristram
le Dim 24 Déc - 15:53
 
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Alice Rivaz

Je rapatrie mon souvenir qui n'est pas aussi précis :

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Sans alcool

Des nouvelles donc écrite à différents moments de la vie de l'auteur mais ayant toutes en commun deux thèmes qui se retrouvent étroitement liés, l'amour (ou son absence) et quelque chose qui a à voir avec la condition sociale. Dans cette suite de portraits, surtout des femmes, on trouve principalement de jeunes actives ou des fins de carrière qui sont autant d'effacement de la vie (sociale ?).

Trop attendre, ou ne pas voir, ne pas savoir tourner la page, ruminer. Entre le bureau ou la chambre/appartement en ville, plusieurs fois on croise ces restaurants bon marché, sans alcool. Il y a des touches très vivantes qui esquissent un désir pas forcément raisonnable mais la tonalité principale est sombre, et le sentiment de solitude omniprésent. Le ratage, l'isolement qui est à la fois affectif et social. L'espoir déçu...

Une répétitive tristesse, amère mais empathique et volontaire dans son féminisme. D'ailleurs de ce côté-là on n'a pas forcément l'impression que les quelques décennies écoulées renversent complètement la donne, sans doute parce que la question d'un lien affectif particulier, de la recherche de ce lien indépendamment d'un devoir de sacrifice n'a pas forcément de réponse toute faite.

Un peu déroutant (pour un bonhomme, ou un panda ?), un peu contraint sans doute aussi ça m'a moins accroché que ma précédente lecture néanmoins il est probable que ces nouvelles me restent en mémoire. Le gâchis c'est triste, ça parle, et cette vision qui se construit au fil des nouvelles, ça parle aussi.


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #solitude
par animal
le Dim 26 Nov - 14:00
 
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Sujet: Alice Rivaz
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Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

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Au prologue, lors d'un partie de pêche, Martial Kermeur passe Jean Lazenec par dessus bord et s'en rentre tranquillement chez lui.

Le texte est ensuite un long huis clos entre Kermeur et le juge d’instruction, très discret. Dans un monologue tourmenté, d'une oralité travaillée, (long monologue mais court roman), le narrateur raconte cette débine qui lui a collé à la peau et l'a mené à ce geste si impensable, et pourtant si logique. Cela commence  comme un roman social, le licenciement, le divorce, l'arnaque immobilière, la machine de guerre ordinaire du capitalisme au quotidien ... Et cela va vite  sonder des sentiments des  plus intimes et profonds, la lente dérive du loser, sa solitude, l'envahissement de la honte qui  finit par l'anéantir quand il en voit le reflet dans l’œil de son fils.

J'ai marché à fond dans ce thriller psychologique sobre et pudique sur fond de petite vie misérable de province.

Certes l'interprétation par le juge du fameux Article 353, m'a paru bien peu juridique, mais plutôt littéraire. Ma foi, qu'importe, n'est pas justement de la littérature, que je demande?


mots-clés : #criminalite #psychologique #relationenfantparent #social
par topocl
le Dim 26 Nov - 10:55
 
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Sujet: Tanguy Viel
Réponses: 14
Vues: 804

Alice Rivaz

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 31ncmb10

" Longtemps le visage maternel se posa sur mes yeux pour les fermer à tout ce qui n'était pas lui. Il me masquait jusqu'à la couleur des jours, jusqu'à l'odeur de l'herbe et des fleurs. Il étouffait la voix des enfants qui voulaient jouer avec moi. Mes yeux ne savaient que le regarder, tout mon être que le respirer, et plus encore, le boire! Mes mains n'étaient faites que pour toucher la robe qui recouvrait un corps si précieux; mes oreilles pour me repaître de ces mots tendres à moi destinés.
Tout devenait félicité  quand la main, la voix, le regard de celle que j' aimais peuplaient mon proche univers, mais tout se ternissait, se couvrait de brume
quand ils s' en retiraient.
[...] Je me sentais trop bien. Comme un poisson dans l' eau. Elle était l' eau."



Ainsi commence l' autobiographie d' Alice Rivaz, née à Clarens, un lieu aimé par Byron et Rousseau. Si le premier amour, profond et fusionnel d'Alice
fut pour sa mère, il est justifié parce que cette mère-là avait les pieds sur terre, ayant très tot voyagé en Europe pour enseigner le français et fui la misère
du foyer. Ce qui ne l' empêchait nullement d' être une mère et une épouse tendre.
Le père lui, était souvent absent, meme quand il était là. Perdu dans ses pensées et convaincu de  la nécessité d' une révolution sociale. On était au début
du 20e siècle et l' espoir du' une révolution faisait son chemin. Du moins dans les milieux ouvriers et intellectuels.
Le père, menaçait souvent de démissionner de son métier d' instituteur et la mère était profondément angoissée par la crainte de perdre leur gagne pain.

Meme si son père était souvent distant, Alice l' aimait l' aimait et l' admirait profondément. Elle n' était donc jamais à l' abri des tensions familiales.
Troublée de voir de plus en plus souvent ses parents se déchirer sans comprendre le sens des mots utilisés ni la position de chacun.
Le monde des adultes lui semblait incompréhensible et blessant. Et les roles qu' ils affectaient en guise modus vivendi l' effrayaient.
La vie est triste et injuste, disaient-ils,  et la consolation est dans la religion pour certains, dans l' utopie et l' action révolutionnaire pour les autres.

Le livre s' achève au moment où un profond changement va affecter leur vie. Le père a fini par avoir gain de cause. Il va devenir journaliste et ils vont
vivre à Lausanne. Changement de  vie, de décor.
Un jour, en lisant le journal, le père bouleversé s' écrie : "Ils ont tué Jaurès." La guerre se profile...Mais c' est une autre histoire.

Tel est ce récit d' une enfance revisitée. Celui d' une femme intelligente, sensible et courageuse. Et en plus, elle a du talent.


Récupéré



mots-clés : #autobiographie #enfance #social
par bix_229
le Sam 25 Nov - 23:38
 
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Sujet: Alice Rivaz
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Colombe Schneck

Sœurs de miséricorde

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Images35

Azul, petite fille Quechua, est élevée par sa mère qui ne sait pas lire mais qui sait aimer, et transmettre l'amour du travail bien fait, et l'amour du prochain. Pauvre parmi les pauvres, déterminée, elle offre à ses neuf petits, sans jamais se plaindre, une enfance qui ressemble au paradis avec son verger croulant sous les fruits.
Mais dès 10 ans, Azul doit quitter l'innocence et, tout en étudiant, travailler pour survivre, subir la dure loi du machisme bolivien, élever à son tour deux enfants, et pour se faire, s'expatrier seule, à Rome ou à Paris. Dans cette solitude étrangère, recueillie par la générosité de religieuses, elle conserve précieusement cette force irradiante héritée de sa mère, et la transmet autour d'elle.

La matière de base du roman était riche, car toute la société bolivienne transparaît ici, c'est très documenté; et touchante, dans cette enfance bolivienne, cette lutte perpétuelle, cette immigration économique vécue par une jeune femme que la force ne quitte jamais. Voila, l'histoire sociale, cette proximité avec la résilience des personnages,  c'est le point fort de ce bouquin.

Seulement Colombe Schneck oublie trop souvent qu'elle écrit un livre et non un article de reportage, le style est  quand même  indigent.

Tant pis pour le style dirons-nous, mais alors , le message? Et bien j'ai été carrément gênée par ce discours implicite : le bonheur des pauvres, aux innocents les mains pleines, la bonté qui vient à bout de tout, etc...La jeune et riche patronne  parisienne d'Azul enviant sa capacité à si bien faire le ménage et convertie à la bonté, non, je dois dire, je n'ai pas marché...(mais j'ai le cœur sec, je sais pale )




mots-clés : #biographie #conditionfeminine #immigration #social
par topocl
le Ven 10 Nov - 14:23
 
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Sujet: Colombe Schneck
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George Orwell

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 51h01m10

Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)

Littérature, parcours personnel, socialisme, engagement, Guerre d'Espagne, fascisme, Angleterre, patriotisme, politique tels sont les sujets abordés dans cette sélection de textes.

Rentre dedans sans se laisser aller au tape à l’œil facile, Orwell a l'air d'un homme en... révolte plutôt qu'en colère, une révolte constante qui ne doit surtout pas exclure le choix et l'engagement, y compris physique, y compris le choix du combat. Ce qui frappe dans son exercice de la critique, car c'est surtout de ça qu'il s'agit, c'est qu'il n'hésite pas plus à relever ce qui lui plait, par exemple chez un écrivain comme Dickens, qu'à nommer ce qui ne luit plait pas. De la même manière sur le versant politique il ne se présente jamais les mains vides, il a des idées et des solutions à essayer.

Avec la touche d'humour et d'ironie qui ne manque pas de faire mouche quand il le faut on tient donc une lecture diversifiée et vivifiante. Je reconnais avoir pataugé un brin dans certaines longues tirades sur l'Angleterre et le patriotisme mais c'est assez emblématique du bonhomme et complexifie sa figure d'homme de gauche contrariant pour tout le monde. Sa défiance envers les grands mouvements politiques ne s'arrête pas à la Guerre d'Espagne et on retombe plus tard sur un jeu de vocabulaire qui laisse penser que des décennies après les occasions ratées sont toujours là.

On peut apprécier qu'il apparaisse plus normal, quoique avec une pensée aussi active... que prophète et goûter ainsi un peu plus pleinement la lucidité qui guide sa démarche. La même lucidité qui motive l'urgence quand le monde s'emballe, abandonne l'Espagne et se précipite à reculons dans notre deuxième conflit mondial.

C'est fort intéressant pour qui est sensible à cet auteur et recoupe ce qu'on apprend de lui au travers de ces romans et récits.

Quelques lignes mal ordonnées (désolé ça mérite tellement mieux) avant de laisser place à des citations/extraits.

Et une pensée pour les lectures communes de Bédou et Shanidar sur la Guerre d'Espagne et les mouvements de pensée du siècle dernier !


Mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre #essai #guerredespagne #historique #social
par animal
le Jeu 26 Oct - 22:24
 
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Sujet: George Orwell
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Horacio Quiroga

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 419n6d10

Contes d’amour, de folie, et de mort

Le titre annonce d’emblée la couleur. Et le premier conte, La poule égorgée, se charge d’enfoncer le clou : il y aura en effet beaucoup de folie et de mort, dans ce livre, et l’amour n’ira jamais sans l’un ou l’autre…

Ces contes (que je qualifierais plutôt de nouvelles), ont été écrits sur une période de quinze ans, et sont selon moi assez inégaux. Celui qui ouvre le recueil, La poule égorgée, est tout bonnement abominable. Tout y est outré, déformé. Atroce. Je crois que je n'aurais pas tenu si le reste avait été à l’avenant...
Pour résumer grossièrement, je dirais que certains contes, mettant en scène des animaux ou des petits bourgeois en mal de sensations fortes, m'ont paru longuets. D’autres (les bateaux suicides, La mort d’Isolde), m’ont semblé un peu surfaits, par le fond comme par la forme ; j'avais le sentiment de les avoir déjà lus. J’ai préféré l’auteur dans des textes plus courts et tranchants, à la réalité crue. Et puis j’ai été marquée, forcément, par sa dénonciation du statut des forestiers -la plupart du temps indiens guarani -, quasiment réduits en esclavage par les propriétaires des exploitations. Pour ceux-là, la nature, l’ivresse ou la musique sont les seuls échappatoires possibles.. A moins qu’il ne s’agisse de mirages ?

Apparement, Horacio Quiroga est régulièrement comparé à Maupassant. Si je peux comprendre cette comparaison par certains aspects, Quiroga n’a pas, selon moi, ce qui fait tout le génie de Maupassant : le sens du « basculement », de la phrase lapidaire qui change tout, qui remet tout en perspective. Et puis, les personnages de Quiroga, tracés à grands traits, réduits à leur amour fou, leur folie, leurs outrances, manquent de finesse, quand Maupassant a le don d'installer des êtres infiniment complexes. C’est peut-être cela qui m’a le plus manqué durant cette lecture, de sentir toute l’humanité de ces hommes au bord du gouffre.

Restée relativement en retrait, je ne retiendrai donc aucune nouvelle en particulier. Et pourtant, c’est un recueil qui laisse une impression durable. Il y a la patte de l’auteur, tout d’abord ; un style, une plume. Et puis cet univers étrange, en demi-teinte, qui, lorsqu’il ne sombre pas dans le fantastique, navigue sans cesse aux frontières d'une réalité nimbée d’une aura inquiétante et désespérée.
Enfin, je ne puis penser à ces contes d’amour, de folie et de mort sans immédiatement visualiser la nature uruguayenne, omniprésente, oppressante. Ce ne sont que serpents tueurs, fourmis dévoreuses, miel paralysant et marécages impénétrables... La promesse d’aventure et de liberté que cette nature-là semble parfois porter n’est qu’illusoire : toujours, l’homme se retrouve dompté, réduit à sa triste insignifiance. Comme avalé. Effacé.
Et c’est ce désespoir, je crois, cette lutte vaine et acharnée, contre la nature, contre la mort, contre la vie-même, que je retiendrai.


mots-clés : #fantastique #nature #nouvelle #social
par Armor
le Mer 18 Oct - 1:00
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Erskine Caldwell

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_le11


Le petit arpent du Bon Dieu


A sa sortie en Amérique ce roman fut sottement poursuivi pour obscénité.Quarante-cinq écrivains américains, et parmi eux les plus grands, protestèrent contre ce procès, et l’attorney de l’Etat de New-York abandonna les poursuites.

La préface et d’André Maurois




C’est l’histoire de la famille du patriarche, Ty Ty, ses deux fils Buck et Shaw, sa fille Darling Jil et Griselda la femme de Buck, dans leur ferme de Géorgie. Ty Ty est persuadé qu’ il y a un filon d’or dans sa propriété et depuis une quinzaine d’années il creuse des trous profonds dans sa terre, aidé de ses deux fils. Croyant, il réserve un arpent au Bon Dieu dont les revenus sont donné chaque année à l’église de sa ville. Mais pour les besoins Ty Ty déplace le « petit arpent du Bon Dieu » car pas question d’ en priver Dieu mais pas question non plus de donner l’or qu’il y trouverait, peut-être.

Ty Ty souhaite faire ses recherches « scientifiquement » mais il kidnappe cependant un homme Albinos, censé découvrir le filon. Ce dernier creuse aussi ainsi que les « métayers » noirs de la ferme. Sans plus de succès.

« J’aimerais mieux me faire péter les boyaux plutôt que de renoncer à cet homme tout blanc. Mais j’veux point de manigances de sorcier. Faudra faire ça scientifiquement »


Darling Jill et l’albinos se plaisent un temps, ce qui fait réagir Ty Ty :

« J’aime pas voir une blanche se mettre en ménage avec un nègre trop noir, mais ça c’était pas mieux, parce que lui c’est un homme trop blanc. »


La deuxième fille de Ty Ty, Rosamond est marié à Will, un ouvrier des filatures ; le couple habite la vallée. Et comme dans toutes les familles il y a souvent le « réprouvé » c’est Jim Leslie marié à une fille aisé qui tient le rôle ; voilà 15 ans qu’il ignore le reste de la famille.

Les filles de la famille sont belles ; Darling Jill est très libre, Griselda est d’une beauté exceptionnelle que Ty Ty vente dans des compliments très sensuels et une imagination érotique.

Will et Jim Leslie sont très sensibles à la beauté de Griselda et se moquent qu’elle soit la femme de Buck, ils la veulent.

« : j’finirai bien par l’avoir cette gosse, dit will avec énergie en remuant la tête de droite à gauche. Il y a assez longtemps que je la veux et j’commence à n’plus pouvoir attendre. Je vais me l’envoyer.
- Je te prie de te taire Will, dit Rosamond.


« Griselda, assise devant Will, le regardait comme s’il était une idole précieuse gratifiée soudain du don de la vie. Elle sentait comme un désir de se jeter à terre devant lui, de lui enlacer les genoux de ses deux bras, et de lui demander de bien vouloir daigner lui poser la main sur la tête.
Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois.
-Lève-toi Griselda, dit-il calmement.
[…] Griselda était debout devant lui. Elle avait les yeux fermés. Ses lèvres étaient entrouvertes et sa respiration oppressée. Quand il lui dirait de s’asseoir elle s’assoirait. Jusque-là, elle resterait debout jusqu’à la fin de ses jours.
Ty Ty avait raison dit-il en la regardant. »


Dans la vallée, l’usine de Scottsville s’est tue, depuis 18 mois les ouvriers, exploités sont en grève. Will Thompson est un homme écouté, un meneur.

« Je vous en fous, avec des salaires pareils ! Les autres usines marchent parce qu’ils ont réduit les tisserands à la famine pour les forcer à reprendre le travail.
Mais nom de Dieu, nous n’en sommes pas là, à Scottsville. Tant qu’on pourra se procurer un sac de farine de temps en temps, on pourra tenir. Et l’Etat s’est mis à distribuer de la levure. Y a qu’à en faire fondre une tablette dans un verre d’eau et le boire et ça vous retape pour un moment.
On n’retournera à l’usine que s’ils diminuent les heures de travail, suppriment les heures supplémentaires ou reviennent aux anciens salaires. Du diable si je vais travailler neuf heures par jour pour un dollar dix quand tous ces salauds de patrons, avec toute leur galette, se baladent dans la vallée dans leurs bagnoles de cinq mille dollars. »


Les ouvriers suivent Will car ils savent qu’il n’y a pas d’autre solution. Il leur faut travailler !

« -Will a rétabli le courant, cria Griselda en dansant de joie. Elle était sur le point d’éclater à nouveau en sanglots. « Will l’a fait ! c’est Will ! C’est Will qui l’a rétabli ».
Soudain, le bruit cessa dans l’usine. Les machines tournèrent moins vite, s’éteignirent. Le silence fut complet, même dans la foule. »


Griselda fait des confidences à Pa :

« Vous vous rappelez ce que vous disiez de moi quelquefois… vous disiez ça, et j’essayais de vous faire taire… et vous ne vouliez jamais vous taire… c’est ça que je veux dire.
Vous et Will êtes les deux seuls hommes qui m’ayez jamais dit ça, Pa.
Will m’a arraché mes vêtements. Il les a mis en pièces, et il a dit qu’il voulait me faire ça. Et il l’a fait. Pa. Je ne savais pas, alors, que j’avais bien envie qu’il me le fasse, mais après, j’en ai été bien sure. »


Jim Leslie vient à la ferme chercher Griselda, Ty Ty n'arrivant pas à le chasser appelle Buck et Shaw, une terrible dispute oppose Buck et Jim Leslie.

« Je veux pas de toutes ces histoires de femmes chez moi, dit Ty Ty d’un ton soudain très décidé. »

Dieu a fait les jolies filles et Il a fait les hommes. Il n’en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sur de n’avoir plus que des ennuis jusqu’à la fin de ses jours. »

Quoi qu'il arrive Ty Ty se retrouve dans son obsession, rien ne peut l’en détourner, il s'y réfugie.

« Il descendit lentement dans le trou. Il avait les reins un peu raides et ses genoux tremblaient. Il se faisait vieux, à creuser comme ça dans ces trous. Bientôt il serait trop vieux pour pouvoir creuser. »


J’aime ces histoires, les vies simples, paysannes ou ouvrières, les gens qui luttent pour vivre, voire survivre.
L’écriture de l’auteur magnifie ces hommes et ces femmes qui réagissent simplement, logiquement ; si l’amour, le désir sont pour eux naturels, s’ils y trouvent une part de bonheur, pourquoi s’en priveraient-ils ?
Rien de pornographique dans cette histoire, de l’érotisme ( l’érotisme que c’est une évocation des plaisirs charnels, nous sommes donc dans le domaine de l’imagination, de la suggestion et de la fantaisie) et de la sensualité (La sensualité est attachée aux plaisirs des sens.).
C’était une relecture faite 40 ans plus tard et même si les mœurs ont évoluées et moi aussi, j’en retire du plaisir.


mots-clés : #famille #sexualité #social
par Bédoulène
le Dim 8 Oct - 23:26
 
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Sujet: Erskine Caldwell
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Juan de Recacoechea

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American visa

Mario Alvarez est, de son propre aveu, « un faible, un amoureux de l’impossible, un rêveur qui n’arrive pas à se décider, un homme incomplet. »  Ancien professeur d’anglais, il vivote aujourd’hui de petits trafics. Sa femme l’a quitté, et plus rien ne le retient vraiment en Bolivie ; il décide donc de tenter l’aventure américaine pour rejoindre son fils. Direction La Paz.
Malheureusement, une fois arrivé dans la capitale bolivienne, il apprend que le consulat américain paye des détectives pour vérifier l'authenticité des justificatifs fournis par les demandeurs de visa. Dès lors, c'est tout l’édifice soigneusement érigé par Mario à grand renfort de prêts et de fausses attestations qui s’effondre. Et s'il apprend rapidement l'existence de chemins détournés pour obtenir le précieux sésame, les moyens d’y parvenir sont pour le moins risqués...

Réfugié dans un hôtel minable de La Paz, Mario traîne son spleen dans les rues et les troquets de la ville, ne sachant plus trop ce qu’il doit décider, ni même ce qu’il attend de la vie… Un temps, il se prend presque à rêver, lorsque son amour de la littérature américaine l’amène à rencontrer une jeune (et sublime) héritière. Par ennui, par curiosité aussi, elle l’intègre quelques jours à sa vie, avant que les clivages sociaux indépassables ne le rendent à son destin, à son errance, à ses amis de bric et de broc.

Avec un héros aussi indécis, l’intrigue n’est évidemment pas l’intérêt majeur de ce livre, même si l’auteur arrive parfois à instiller le doute dans l’esprit du lecteur. Selon moi, tout le charme réside dans l’évocation des petites gens de La Paz : vieillards excentriques, prostituées au grand cœur, patrons de bars miteux…  Pour eux, le rêve américain a depuis longtemps perdu de sa superbe, et ils survivent au jour le jour dans une société bolivienne cadenassée. Toutes illusions perdues, mais sans jamais oublier d’en rire…

Je l’avoue, j’ai été embarquée par ce livre. J'ai vraiment eu l’impression d’y être, dans cette ville de La Paz dont l’altitude vous coupe le souffle. (Et les ailes ?)  A grands traits, l’auteur a su créer des personnages attachants jusque dans leurs failles. Je regretterai tout de même quelques métaphores inutilement appuyées, et, surtout, le traitement de la fin. Cinquante dernière pages à mon sens inabouties, dont le goût doux-amer n’est toutefois pas parvenu à dissiper la jolie impression laissée par tout ce qui avait précédé...


mots-clés : #corruption #social
par Armor
le Sam 16 Sep - 4:08
 
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Sujet: Juan de Recacoechea
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José Saramago

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La Caverne


Original: A caverna (portugiesisch)

CONTENU:
Cipriano Algor et sa fille sont des potiers modestes qui livrait régulièrement le „Centre“, complexe de supermarché et plus que cela, se trouvant dans la ville proche. Un jour on lui dit que ses pièces ne sont plus demandées : le plastique serait bien plus utile et ainsi on lui coupe le contrat. Sa fille est mariée avec un garde du « Centre », qui réfléchit d’y déménager bientôt avec sa petite famille. Mais pourtant, Cipriano se met à chercher une nouvelle stratégie...

OPINION:
J’avais interrompu la lecture du „Siège de Lisbonne“: Le style de Saramago est bien si exigeant que d’y ajouter de le lire en français, qui n’est pas ma langue maternelle, revient à un vrai exploit. Alors je lui ai donné une deuxième chance avec « La caverne » que j’ai lue donc en allemand (« Das Zentrum ») et, comment dire, j’ai eu de la chance ! Je suis ravi du livre, pas seulement parce qu’il parle de manière bien crédible d’un potier et décrit certains aspects de son travail très bien. Non, d’un coup son style sans points et virgules etc m’apparaissait beaucoup moins artificiel et lourd, mais presque rafraichissant dans les dialogues, accélérant la vitesse, y mettant du sel. Cela demande une attention au lecteur, mais on s’y habitue.
Certains sujets du livre – comme par exemple la globalisation, un totalitarisme capitaliste, la mise à l’écart de tout ce qui appartient au passé dans une société anonyme etc. - sont graves. Pourtant on trouve aussi une certaine dose d’humour et des descriptions pleines d’humanité des relations en famille et amoureuses. Puis – pour les amateurs des chiens – il y a même une bonne place pour ce compagnon qui apparaît dans le moment le plus obscur.
Quelques fois une certaine langage laconique semble contredire des propos graves, mais c’est la façon de l’auteur !

Peut-être trouvera-t-on l’importance du „centre“ sur la vie des hommes absurde ou grotesque, mais on peut y voir des critiques justifiés par rapport au «système ». Et la réalité n’est peut-être pas si loin que ça ! La fin du roman surprendra l’un ou l’autre : quel chemin choisir avec ou contre le système ?

Ce livre m’a fait apprécier Saramago et me donne envie, plus tard, d’y revenir.

mots-clés : #mondialisation #social
par tom léo
le Mer 13 Sep - 22:13
 
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Sujet: José Saramago
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Marie-Hélène Lafon

Nos vies

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Eh bien , elle s'en sort plutôt pas mal Marie-Hélène Lafon quand elle s'immerge dans le monde citadin .

"J'ai l'oeil , je n'oublie à peu près rien , ce que j'ai oublié , je l'invente ."

Et selon ce principe de vie , plutôt fort judicieux pour une romancière , avec son regard toujours pointu et qui ne laisse rien dans quelque flou artistique ou pas , munie de sa plume aussi précise qu'un scalpel , mais toujours dans la bienveillance , l'altérité naturelle , sans artifices , austère par nature , religieuse laique , Marie-hélène raconte . Raconte des bouts de vie ,entremêlés ...la vie de son héroine probablement son alter-ego à quelques entournures , la vie de Gordana caissière aux cheveux jaunes à l'accent qui ne chante pas la douleur des pays de l'Est , la vie d'Horacio , l'homme du vendredi à la caisse de Gordana ....
Et puis de souvenirs en rêveries , Jeanne la récente retraité , entretient une vie sociale intériorisée , nourrie des grands ferments de solitude . Une solitude qui en appelle d'autres et qui se croisent , se devinent , s'effleurent délicatement . Du passé , du futur , du présent , du conditionnel , Jeanne en fait une danse , une audace , une gourmandise de dame silencieuse , porteuse du poids des âmes , mais soufflant sur la grisaille du monde pour faire naître l'espoir , accepter les traces du temps , s'unir à l'autre , dans la vérité ou les chemins de  traverse de l'imagination .
C'est juste terriblement humain . Sans fioriture . Honnête . Solitaire et embrassé . C'est Marie-hélène Lafon sans surprise , intègre , exigeante et sans détours .

Pas mal , mais ce petit interlude n'a qu'un goût de diversion , bien entendu que nous lui saurons gré de retourner vers sa terre et son cri des entrailles où on la sent plus à l'aise .


mots-clés : #social #solitude #vieillesse
par églantine
le Mar 12 Sep - 1:33
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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