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80 résultats trouvés pour violence

Erik Orsenna

L'entreprise des Indes

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych46

« Le 13 août 1496, au large du Portugal, le bateau que commande Christophe Colomb fait naufrage. Le futur amiral vient d’avoir vingt-cinq ans. Par miracle, il réussit à regagner la côte et trouve refuge à Lisbonne auprès de son frère cadet, Bartolomé. Lequel exerce la profession de cartographe. Depuis le début de ce xve siècle, le monde s’ouvre. Et le Portugal est le moteur principal de cette ouverture. La Renaissance commence par des expéditions lointaines. Sous l’impulsion d’Henri le navigateur, des caravelles partent chaque mois pour aller explorer les côtes de l’Afrique. À Lisbonne, capitale du savoir, se retrouvent toutes les corporations de la découverte : mathématiciens savants du ciel, cosmographes, géographes, constructeurs de bateaux et des outils de navigation… cartographes. Huit années durant, les deux frères vont travailler ensemble et préparer le voyage auquel Christophe songe depuis l’adolescence : c’est l’Entreprise des Indes, gagner Cipango (le Japon) et l’empire du Grand Khan (la Chine). Mais au lieu de la route habituelle, celle de la soie, vers l’est, on affrontera l’océan, plein ouest.
En 1484, leur projet sera rejeté par le Comité des Sages qui conseille le Roi Jean II. C’est la raison pour laquelle Christophe ira tenter sa chance auprès des monarques espagnols, Isabelle et Ferdinand. Un maître cartographe, un rhinocéros, un fabricant de veuves, une maîtresse d’école pour les oiseaux, une bécassine, une prostituée réputée principalement pour la qualité de ses oreilles, Marco Polo, quelques Dominicains, des chiens dévoreurs d’Indiens, tels sont quelques-uns des personnages secondaires de ce récit.


Il y a des livres où après lecture, on se demande pourquoi nous sommes passés devant autant de fois, sans pour autant les choisir. L’entreprise des Indes fait partie de ceux-là.
Cette fois-ci , après Colomb l’explorateur ,c’est bien Orsenna qui  sillonne l’Espagne et le Portugal du 15eme siècle , ces puissances riches et orgueilleuses , avides de savoir , de partages à l'instar des génocides.
C’est pourtant sous l’œil de l’inquisition, de l'église qui méprise le savoir des cartographes, des explorateurs, préférant inculquer « le savoir de l’ignorance » que cohabitent les esprits, les marins, ces hommes rapportant les trésors d’Afrique, les esclaves aussi, le tout clarifié par l’auteur .C’est une mine d’or que ce roman qui nous fait vivre la naissance des cartes ainsi que leur confection ,  la vérité esquissée et les mensonges sciemment  répandus… la vie des marins , les veuves …
Le projet « colomb »  se retrouvera chez le roi  du Portugal qui refusera cette expédition,  ce sera donc sous le drapeau espagnol qu’il s’accomplira.
Mais la découverte n’est-elle que vectrice d’horreurs et d’ignominies sur des peuples décimés ?
Elle n’a été que sauvageries et atrocités pour un meilleur profit.  
Est-ce  là le plus grand remord de l’entreprise des Indes ?
C'est bien sous forme de confessions et sous l'emprise de la honte que le récit se construit.
Un roman très riche.

Dieu seul sait comme j'ai aimé mon travail de cartographe, tout de précision et de rêverie mêlées. Mais, dans une autre vie, je sais que je m'adonnerais à la dissection ; avec une préférence pour les cadavres de dominicains. Quelle tâche plus exaltante que de chercher dans le corps d'un de ces saints hommes l'origine de la violence? Il doit s'agir d'un organe minuscule en forme de trébuchet, une balance interne qui le fait passer sans prévenir de l'extrême bonté à la pire sauvagerie.



mots-clés : #historique #violence
par Ouliposuccion
le Lun 20 Mar - 17:30
 
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Sujet: Erik Orsenna
Réponses: 4
Vues: 505

José Frèches

Gengis khan

tome 1 L'homme qui aimait le vent

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych36


tome 2 Le conquérant

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych37

De la Chine aux frontières de l’Europe, il a régné sur le plus grand empire de l’Histoire.
Dès son enfance, Temüdjin, futur Gengis Khan, rêve de grands espaces. Son précepteur chinois, Vieille Cime, lui parle d’Alexandre le Grand : il veut le surpasser en nombre de conquêtes. Il apprend à manier l’arc, à monter à cheval, à apprivoiser les aigles. À la mort de son père, ce nomade prend la tête du clan des Quiyat, puis, en 1206, est élu chef des Mongols.
Séducteur, autoritaire, il rallie à lui de nombreux peuples, bousculant les grandes civilisations sédentaires qui l’entourent : à l’ouest, l’Europe des cathédrales, à l’est, la Chine des Song.
Pour atteindre son rêve de grandeur, Gengis Khan doit se révéler impitoyable.
Avec virtuosité, José Frèches nous raconte les années d’apprentissage et l’ascension fulgurante de ce guerrier implacable qui faisait corps avec ses chevaux et aimait les femmes avec passion et sensualité. Un homme qui voulait vivre tous ses rêves.
Le destin fascinant d’un personnage de légende


Ca faisait un moment que j'attendais de lire une biographie sur Gengis Khan , sans jamais en trouver une vraiment intéressante.
José Frèches qui ne m'était pas inconnu l'a faite , romancée certes , mais étant un historien de la Chine , ça me semblait une bonne chose de choisir celle-ci.
Fascinée par ce guerrier , les mongols , ces steppes d'Asie Centrale , cet empire gigantesque qui fut le plus grand au monde , je voulais connaître la psychologie de ce personnage , sa stratégie guerrière et déterminer si oui ou non , Gengis Khan n'était qu'un tyran sanguinaire ou un héros , puisqu'il est encore l'un où l'autre selon les contrées de l’Asie. Un despotique ou le père d'une nation , il reste un personnage qui encore aujourd'hui fait rêver ou trembler.
Ayant eu la chance de connaître divers endroits de la route de la soie , dont Boukhara , Ourgench et Samarcande qui fut des capitales détruites et pillées par l'armée de Gengis Khan , des lieux d’exactions et d'extermination massive , il m'a semblé qu'au travers de ces romans , José Frèches reste dans une narration assez crédule bien loin de la réalité que peuvent relater les historiens de toutes ces régions.
Encore à ce jour , une haine féroce gronde toujours en Ouzbekistan et au Kirghizistan lorsque l'on évoque Gengis Khan , 800 ans plus tard.
Difficile de juger un tel personnage quand on sait que les mongols défendaient un territoire peu à peu envahit par la grande puissance de Chine , les guerres de clans et les passages de plus en plus étendus de la route de la soie , faite de profit et de stratèges bien loin d'un système mongol proche de la nature et faite de trocs , luttant pour la liberté nomadisée et voyant la sédentarité comme une petite mort.
Sanguinaire peut-être , mais surtout réfléchi , instruit par une éducation auprès d'un sage chinois , Gengis Khan n'était pas le mongol inculte et imprudent , mais un homme qui avait un rêve «  outrepasser Guillaume le Conquérant et construire le plus grand empire mondial »
D'un idéal naît la vanité. Après avoir brisé la muraille de Chine , L'occident devient prenable et accessible.
Pourtant sous cette façade d'homme autoritaire , de conquérant implacable, existe le questionnement, le trouble et la naissance d'une question «  A quoi tout cela a t il servi ? »
2 353 000.
C'est le dernier nombre de morts qu'il a noté avant son décès sur un cahier qu'il ne quittait jamais, un décompte quotidien d'une vie.
Je n'ai pas ressenti ce côté sanguinaire , tout est enjolivé dans ce roman , l'auteur démontre bien plus le côté intellectuel de Gengis Khan , la naissance d'une nation ainsi que son système de répression.C'est un parti pris.
Il aurait pourtant été intéressant de ne pas survoler ce qui a fait de lui l'homme le plus impitoyable , d'aller au delà de la narration des villes prises et des déplacements d'une armée. Finalement très peu de passages illustrent la violence subie au delà de quelques lignes sur des amas de gens brûlés , décapités ou lapidés.
Non pas que j'aime lire cette violence , mais qu'elle est représentative de ce qu'étaient Gengis Khan et son armée barbare.
Représenté comme un homme sensuel et amoureux des femmes , on parle très peu des viols de masse et des meurtres de celles-ci , leurs enfants compris.
Ce n'est sans doute pas pour rien qu'encore à ce jour , il reste l'homme qui a la plus grande descendance au monde...
J'ai pu néanmoins m'égarer dans les steppes de Mongolie et d'Asie centrale avec grand plaisir , dans ces lieux que je connais tant , c'est la grande force narrative de José Frèches qui sait donner vie aux paysages.
Pour conclure , je dirais que ça reste une lecture très intéressante pour ceux qui méconnaissent ce pan de l'histoire fascinant , cet homme qu'est Gengis Khan , un peu moins pour ceux qui sont déjà sur un terrain connu , bien que quelques clés m'aient été données , je reste un peu sur ma faim du fait de tout ce qui n'a pas été relaté.


mots-clés : #biographie #historique #violence
par Ouliposuccion
le Lun 6 Mar - 18:05
 
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Sujet: José Frèches
Réponses: 2
Vues: 527

Karel Schoeman

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 51gphk10

La saison des adieux ( Afskeid en Vertrek)
Traduit de l'afrikaans par Pierre Marie Finkelstein

Karel Schoeman est un écrivain fidèle au vieux parler de source batave, l'afrikaans.Même si c'est un intellectuel polyglotte, il a traduit Schiller, Schnitzler et Tchekhov.

Les années 70, au Cap. Il pleut, il ne fait que pleuvoir, et la ville glisse lentement dans les ténèbres.. Ces ténèbres, on ne sait pas tellement bien ce que c'est ,en fait, car les personnages du livre ne veulent surtout pas le voir. Ils appartiennent à la communauté blanche, recroquevillée sur elle-même, désarçonnée par les changements autour d'elle, et dont la plupart des membres n'a plus qu'une envie, partir.

Et dans cette communauté, un petit groupe d'intellectuels cherche encore à faire semblant , dans de tristes réunions mondaines où presque tous -même un journaliste...- vivent dans un déni complet de la tragédie de leur pays. Presque tous car un écrivain, poète,un des seuls à exercer sa lucidité, va apprendre le détachement , la solitude et le renoncement.

Ceux qui avaient frappé autrui furent frappés à leur tour, ceux qui avaient fait tomber autrui trébuchaient et tombaient à leur tour; soudain nous comprîmes que ce sang sur nos mains était le nôtre et plus celui des autres. Les gens gisaient à terre dans la position qu'ils avaient en tombant et nous, qui errions parmi les cadavres en hésitant afin de ramasser les vêtements épars ,nous rendions compte avec surprise que cette veste était la nôtre, que ces chaussures étaient à notre pointure: pour la première fois, ces visages que nous voyions, tombés face contre terre, le nez dans la poussière, nous étaient familiers; désormais,ces visages étaient les nôtres. De quel droit pensions nous que nous serions les seuls à être épargnés?
Nous apprîmes l'humiliation et nous apprîmes aussi à être humbles, à courber l'échine, à chercher parmi les cadavres , à nous traîner au-delà des barbelés des postes de contrôle,à attendre dans des files interminables dans les halls de gare et sur les quais; enfin, du moins le croyons- nous. Laissez-nous espérer que nous avons appris à réfléchir, à comprendre, que nous avons appris la pitié et la compréhension, sans quoi nous n'aurions rien appris, et tout aurait été vain.



Ce n'est pas la violence de Coetzee,mais la puissance du texte est la même, c'est extrêmement mélancolique et triste, magnifiquement écrit ( avec là aussi une mention pour le traducteur!)


mots-clés : #regimeautoritaire #solitude #violence
par Marie
le Mar 21 Fév - 1:22
 
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Sujet: Karel Schoeman
Réponses: 35
Vues: 2237

David Morrell

Rambo  / Premier sang

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Shoppi10

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 41kh1310

Dialogue imaginaire.
-Tu lis quoi en ce moment ?
-Premier sang, de David Morel.
-Ah ouais ? C'est quoi ça ?
-Le livre dont a été tiré Rambo.
-Ah ouais ? Rambo?  Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 575154626
-Oui, c'est animal  qui m' a dit !
-Aaaaaaaah! animal!
-Ben oui Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 1384701150
-Et c'est bien?
-Oui, pas le coup de génie, mais vachement bien  Very Happy  !

Donc si on se dit que c'est Rambo, le Rambo de Sylvester Stallone, en effet, ça peut faire un peu peur, au début.



En fait si  on a l'impression que le film suit scrupuleusement le scénario objectif du livre, si on est embarqué dans une course-poursuite haletante, totalement in-crédible mais à laquelle on croit  quand même à chaque instant, si plus on avance, plus ça devient dément et violent, le livre est loin de n'être que cela. C'est beaucoup plus nuancé, il n'y a pas de vrai salaud, les héros, dont j'imagine que dans le film on peut croire qu'ils n'ont que des muscles, ici, ont un cœur et un cerveau.

Sous couvert d'action, le livre est une réflexion navrée, quoique enlevée, sur le thème : Regardez ce que nous faisons de ces hommes que nous envoyons à la guerre. La guerre ne fait pas que des morts au combat, elle nous détruit tous à petit feu (enfin, grand feu un peu dans le livre, hein...). Un jour au Vietnam ce sont nos héros, un jour aux USA ils devraient rentrer dans le moule qu'on leur a soigneusement fait quitter et il deviennent inacceptables .
On est impressionné par ces trois hommes pris dans des sables mouvants  de haine, de fascination, de fierté et qui le paient le prix fort.
Et le dosage est plutôt habile entre la pensée et l'action.

(commentaire récupéré)

Mots-clés : #captivite #guerreduvietnam #thriller #violence
par topocl
le Ven 17 Fév - 11:14
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: David Morrell
Réponses: 5
Vues: 682

Wajdi Mouawad

Anima

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Image281

On se sent tout petit face à un tel livre, d’une telle ampleur, d’une beauté aussi déchirante, d'une violence aussi définitive.
Un livre que je ne saurais conseiller , tant il est cru et impudique, mais qui parviendra à’ s'y colleter sera payé en retour par une émotion qui laissera en lui une trace, qui n’est pas près de s’effacer. Il faut en être prévenu, et plus d'un abandonneront la lecture. C'est d'ailleurs une des questions que pose le livre : Mouawad a écrit un chef-d'oeuvre douloureux à la noirceur flamboyante, mais il est certain que ce qu'il gagne en majesté, que ses excès lyriques, vont lui faire perdre une bonne part du public. Ce que son message gagne en force risque de n'être accessible qu'à un petit nombre  – et il en est de même dans le choix de ne pas traduire les dialogues prononcés en anglais, même en note, qui a un petit coté élitiste gênant.

Les premières pages décrivent le meurtre atroce de Léonie. Quand son mari découvre son corps violenté, cela déchaîne en lui l’émergence d'un déchirement refoulé et inexploré que Wahhch Debch n'aura de cesse de ramener au jour, la révélation du traumatisme étant le passage obligé pour un possible retour à une vie plus normale. Ainsi Wahhch Debch, muré comme pierre dans sa douleur, étranger aux hommes qui l'entourent, part pour une errance à travers le Canada et les États-Unis, à la rencontre de son passé-destin (que je ne révèle pas mais qui le lie à l’histoire d’aujourd’hui dans ce qu’elle a de plus atroce, histoire des Etats Unis à travers la guerre de sécession et le destin indien, histoire du monde à travers la tragédie palestinienne). C’est une odyssée désespérée qui le mènera à la découverte de son propre sens dans un dénouement en apothéose cathartique d’une violence sauvage.

Cet homme est lié par une étrange communion aux animaux qu’il frôle et rencontre. Et ce sont eux, les animaux, chats et chiens familiers, chevaux, mais aussi oiseaux de passage, insectes, mulots…, étonnant chœur antique, qui se passent le relais pour raconter l'histoire, histoire d'un homme tellement désespéré des hommes que seuls les animaux peuvent le comprendre. Il ne s'agit pas là d'un anthropomorphisme niaiseux, mais d'une façon autre de voir notre monde et de le décrire. Eux seuls savent que :

 
le monde est vaste, mais les humains s’entêtent à aller là où leur âme se déchire.


Ce qui pourrait n'être qu'une astuce, un procédé, nous emporte dans des moments d'émotion littéraire intense. Le style de Mouawad alterne des enchaînements de petites phrases haletantes, sujet-verbe-complément, puis une envolée magique nous fait perpétuellement retourner sur le texte, pour mieux le savourer, en apprécier la portée.

Il faut donc savoir qu'on aborde un livre cruel, insistant dans cette cruauté humaine, souvent à la limite du soutenable, mais un livre totalement unique, bouleversant dans l'écriture, ouvert sur l'histoire et les racines, émerveillant dans une compréhension noire des hommes, crûment descriptif de leurs déchaînements les plus atroces. Mais pas un livre dont on redemande, on en sort épuisé : il prend justement sa valeur parce qu'il est totalement unique et qu’on va l’assimiler peu à peu, On se sent boa, digérant cette prose sublime et malfaisante qu'on a pris un plaisir farouche à avaler.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #psychologique #violence
par topocl
le Mer 4 Jan - 14:44
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Wajdi Mouawad
Réponses: 25
Vues: 3215

Jonas T. Bengtsson

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Bengts10

SUBMARINO

Ce roman est l'histoire d'un naufrage. Celui de deux jeunes hommes vivant à Copenhague dans les années 2000 et qui ignorent que le Danemark est considéré en Europe comme une sorte de paradis.
Mais on aurait sans doute tort de considérer que ce roman est misérabiliste ou même naturaliste. Et même si l'auteur est considéré dans son pays comme un provocateur, le tableau qu'il nous présente n'est pas caricatural.

Il s'agit en fait d'humains trop humains, frappés de plein fouet dès l'enfance. Éternelles victimes de ce qu'on nomme trop facilement le sort ou le destin et qui n'est que le résultat de la misère sociale, de la violence, de la cruauté.
De l'absence de tendresse d'une mère trop tôt détruite par l'alcool et la misère affective.

Chacun des deux frères - de caractères très différents - réagit à sa manière, mais leurs efforts maladroits pour se hisser hors de l'eau sont voués à l'échec. Alors, ils sombrent dans la violence, la drogue, l'alcool, victimes anonymes d'une grande ville au cœur froid.
Pathétiques victimes qui inspirent de la compassion mais aussi de la colère. Tant de gâchis!

Messages récupérés


mots-clés : #violence
par bix_229
le Ven 30 Déc - 20:25
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Jonas T. Bengtsson
Réponses: 4
Vues: 420

Hakan Günday

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Image232 Encore

Un peu too much.

Certes ce roman est intéressant mais j'ai trouvé que Günday en faisait parfois un peu trop avec son personnage. Il est possible d'écrire 370 pages introspectives sans lasser son lecteur, d'autres l'ont fait, mais je dois avouer que par moment cette plongée univoque dans la vie du jeune Gazâ a été un peu asphyxiante. Pas seulement parce qu'il a vécu de sombres horreurs mais surtout à cause de l'accumulation, de la surabondance de ces horreurs. Qu'on en juge : viols, meurtres et lynchage, passeur de clandestin, enfant surdoué, joueur d'échecs, angoissé post-traumatique, enfoui vivant sous un monceau de cadavres, trahissant son seul ami, passant par la folie, la drogue et le sulfate de morphine… un père alcoolique, une mère morte (c'est salé), un passage brillant à l'école, puis l'internat, puis l'asile psychiatrique pour finir (presque) à l'hôtel, un trésor enfoui dans le sable, trois jours en cellule, une étude sur le pouvoir sous forme de spirale, une grenouille en papier, etc.

Cela fait tout de même vraiment beaucoup…

Alors la langue !! L'écriture !! Le style parviennent-ils à sauver de l'asphyxie programmée le lecteur apnéique ?? Pas vraiment… D'abord parce que Günday ne nous épargne aucun détails, aucun des nombreux questionnements qui hantent  Gazâ, aucune des nombreuses péripéties qui jalonnent son existence. Et de temps en temps, je me suis demandée (avec un peu d'effroi) si ce livre n'était pas en partie autobiographique... La haine de Gazâ trouvant dans la logorrhée de Günday comme un écho troublant, une ressource hallucinatoire, un bienfait morphinique fait trembler le lecteur au bord de la crise de nerfs…

Finalement, c'est dans le recours à la gémellité que j'ai trouvé le plus d'intérêt à ce texte. Le double étant dans l'imaginaire de Gazâ le lieu possible de la joie, du partage, de l'amitié. Ainsi de sa relation avec les deux frères Dordor et Harmin ; ainsi de la grenouille en papier offerte par un clandestin et qui une fois dépliée offre le dessin gémellaire des Bouddhas de Bâmiyân. Comme si Gazâ pouvait trouver un exutoire, une sortie, une possible rédemption, s'il acceptait de confier à son double la part hideuse de son existence et de pouvoir ainsi continuer à vivre, solitaire, scindé mais (un peu) pardonné.

Et bien sûr, la solution que retient Günday est de passer par la gémellité détruite pour atteindre l'unicité  qui apporte une sorte de paix à Gazâ.


En tout cas après cette lecture on rêverait presque de trouver une capsule de sulfate de morphine ou de voir reconstruire les deux Bouddhas de Bâmiyân… Et puis on pense à tous ces clandestins confiés aux mains de salauds et on voudrait alors inverser les règles des mouvements migratoires, exactement comme nous y invite Günday.


mots-clés : #initiatique #violence
par shanidar
le Mer 28 Déc - 14:04
 
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Sujet: Hakan Günday
Réponses: 8
Vues: 643

Hakan Günday

Encore
Prix Médicis du roman étranger

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Image232

   
Le fait qu'il y ait un enfer ne prouve nullement qu'il y ait un paradis !


 
En fait, ce qui éclaire le monde, ce n'est pas le soleil, c'est le feu de l'enfer.



On ne ressort pas de ce livre comme si on avait pris une claque ; on en ressort comme si on avait été roué de coups, qu'on vous avait abandonné au fond d'une cave humide et sombre, et qu'on en émergeait enfin, au-delà du désespoir, partagé entre soulagement et culpabilité : ah bon, ce n'était pas moi…et impuissant face à ce constat .

Gazâ a survécu à sa première journée parce que son père a assassiné sa mère qui voulait l'enterrer vivant. Il doit donc désormais tout à ce père infâme et  tyrannique, à la fois aimé et haï, passeur de clandestins en Turquie. Par le chantage affectif, la domination et la terreur, le père impose à son fils son destin : tu seras passeur mon fils, deviens fort, deviens dur, deviens insensible, prends plaisir à la manipulation des autres, oublie ta conscience, transforme ton pouvoir en haine et tu survivras. Dans quel état ? Roi ou bouffon ? quelle importance !

   Le fait d'obéir et de se soumettre permettait de commettre en toute sérénité tous les péchés, tous les crimes du monde sans être l'auteur de ses propres actions. L'obéissance était un vrai miracle. On pouvait lancer une bombe atomique et afficher ensuite son innocence. Plus de responsabilité, plus de remords. Tout le monde aurait dû obéir, pour rejeter ses fautes sur autrui. Que l'on dirige une nation ou une bande de gamins, c'était l'unique moyen de rester sain d'esprit.



Aucun détail ne nous est épargné, de l'effroyable souffrance des clandestins ou de la désespérance mortifère et manipulatrice de Gazà. C'est d'une lucidité terrifiante, d'une obsessionnalité  dans les détails sordides absolument plombantes. Jusqu'à l 'accident en forme d’apothéose apocalyptique, à la noirceur expressionniste, qui met fin à cet enfer.

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 35627310


La chute des anges rebelles, Rubens

Quand on a atteint ce stade-là (à peu près la moitié du livre), on ne passe pas à de la lecture facile et douce, mais le plus dur est fait.
La société se donne facilement bonne conscience et veut croire qu'il suffit de donner sa chance à Gazà pour qu'il devienne un homme meilleur. Cela ne va pas être facile, on va passer par la drogue, la folie, la violence gratuite et le déchaînement haineux, et au bout de toutes ces "épreuves", les dernières pages, vraiment les dernières pages,  apportent une possibilité  de rédemption.

Le message, après avoir reposé le livre, bien pris son temps, avalé toutes les couleuvres proposées, laissé retombé la nausée, est peut-être un  message d'espoir . Il faut cependant prendre une bonne distance pour arriver à cette conclusion. Dans cette société implacable, rejetante, égoïste à outrance se lèvent un ou deux passeurs de bonté, et ils peuvent , parfois, être entendus. Mais qu'il faut de la persévérance, au héros comme au lecteur, pour qu'émergent ces fragiles signaux bienveillants, au milieu d'une fange de violence, d'égoïsme et de détestation !

(commentaire récupéré)


mots-clés : #violence
par topocl
le Mer 28 Déc - 9:25
 
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Sujet: Hakan Günday
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Vues: 643

Chigozie Obioma

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 41fe6m10


Les Pêcheurs

Nigeria, les années 90 : le narrateur Benjamin et ses frères, en l'absence de leur père, bravent un interdit et pêchent sur les rives d'un fleuve déclaré maudit par les habitants. Un jour, l'aîné est témoin d'une malédiction lancée par un marginal craint et rejeté pour ses prophéties. Ce moment précipite une spirale auto-destructrice qui bouleverse le quotidien de la fratrie.

Ce premier roman de Chigozie Obioma a été une lecture marquante parmi mes récentes découvertes. Le style de l'auteur met en valeur une dimension symbolique et donne au récit la portée d'un conte, d'un mythe, d'une tragédie, alors que le contexte contemporain reste toujours visible à l'arrière-plan. L'univers décrit est parfois étrangement familier à travers le regard d'un enfant, puis terrifiant dans la révélation d'un chaos et d'une démesure.

Si la violence est souvent tétanisante, reflet d'un cataclysme face auquel l'être humain ne semble pouvoir lutter, Obioma utilise l'écriture comme instrument d'une réhabilitation et d'une fragile rédemption. Les mots, d'abord le miroir d'un imaginaire effrayant, incarnent peu à peu un potentiel libérateur bien qu'incertain.


mots-clés : #contemythe #enfance #traditions #violence
par Avadoro
le Lun 26 Déc - 13:41
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Chigozie Obioma
Réponses: 11
Vues: 724

Pavel Hak

Trans

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 313zqc10

Toujours pour mon plus grand plaisir ce même style brut et imposant de la part de cet auteur. L'on y suit les péripéties de Wang Tse, émigré clandestin qui quitte donc son pays pour rejoindre l'occident. Mais les choses se passent dramatiquement et peut être même fatale.
Le récit est violent, mais Hak n'exagère jamais cette violence pour la rendre malsaine d'exubérance. le propos en est quasiment documentaire si ce n'est que le héros est le narrateur dans beaucoup de situations et que ses pensées nous sont dévoilées.
Certains passages sont très dérangeants notamment sur le cannibalisme, mais il demeure toujours ce pragmatisme et cette simplicité de la narration (très traditionnelle de la littérature tchèque) qui occasionne le fait que si l'on est choqués par les situations décrites, l'on n'est pas choqués par les procédés de descriptions ni par l'intention de l'auteur.
Il s'agit de nous raconter l'histoire de la monstruosité humaine, dans la survie comme dans les systèmes horribles qu'il a mis en place.
Un excellent ouvrage.


mots-clés : #immigration #violence
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:37
 
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Sujet: Pavel Hak
Réponses: 2
Vues: 425

Simon Leys

@bix_229 a écrit:Tiens ! Je ne connaissais pas ce titre. Merci Tom Leo !


Bix,

il est possible que Prosper soit seulement parue ensemble avec Les Naufragés du Batavia. Mais j'en ai fait deux récensions différentes... Voici donc pour l'autre pièce dans l'édition:

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 41fjsu11

Les Naufragés du Batavia
Anatomie d'un massacre


2003

Première publication : « La Revue des Deux Mondes », N° 2486

CONTENU :

Dans ce récit d'une longeur d'environ 70 pages, l'auteur nous raconte les circonstances du voyage et du naufrage de la Batavia en 1629. Elle avait devié de la route maritime entre la Hollande et les colonies sur Java, et s'est échoué sur un archipel d'îlots au latge de la côte australienne. Leys se concentre alors dans sa description sur la survie des 300 passagers et marins qui seront peu à peu manipulés, isolés, voir massacrés par un psychopathe jusqu'à ce que de l'aide arrive. Comment a-t-on pu y arriver ?

REMARQUES :
On aura la chair de poule quand on lira de ce naufrage, et plus encore, de la terreur qu'un homme manipulateur exerçait via l'art du discours et une stratégie maléfique pour s'emparer du « pouvoir », voir des trésors échoués. Et le lecteur, avec les expériences du XXième siècle et ses dictatures de terreurs, ne peut que se poser des questions similaires : Comment a-t-on pu arriver là ? Qui resistera, et comment ? Où commence, où se termine la culpabilité et la co-culpabilité ? Etc...

Et ainsi Leys souligne aussi qu'à l'époque déjà le récit de ce voyage a trouvé un écho immédiat. A sa façon, ce naufrage aurait même eu plus d'influence sur l'imaginaire de l'époque que celui de la Titanic dans son temps !

Selon l'introduction, Leys a rassemblé (et on le sent) à travers des années des documents sur ce sujet, mais il mentionne que récemment Mike Dash a écrit une œuvre maîtresse sur le sujet et son propre livre ne peut que humblement diriger le lecteur vers celui de Dash : Batavia's Graveyard: The True Story Of The Mad Heretic Who Led History's Bloodiest Mutiny.

L'auteur belge essaie d'analyser les facteurs multiples qui ont pu conduire au desastre. Par exemple déjà en soi le voyage claustrophobe et sous des conditions à bord difficiles sur ce trois mats de la VOC pendant sept mois ! Les tensions internes à bord, les caractères des personnages principaux et leurs histoires. L'ambiance environnante dans laquelle certains ont grandi (surtout le grand guide, Jeronimus Cornelisz). Et ainsi de suite. Puis la survie, et la systématique procèdure de Cornelisz...

C'est d'un coté une maîtrise des documents, l'assemblage d'informations d'une façon très convaincante, mais aussi une interrogation constante autour du pourquoi, qui anime Leys. Il allie objectivité et une certaine interrogation personnelle. Les liens avec des questionnements modernes (après les horreurs du Xxième siècle) me semble évidents. Donc « une étude du mal », qui était bien présent déjà dans le passé...

Terrible, , informativ, néccessaire !


mots-clés : #historique #violence #voyage
par tom léo
le Mer 21 Déc - 15:59
 
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Sujet: Simon Leys
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Sandor Marai

La nuit du bûcher

Tag violence sur Des Choses à lire - Page 4 Index212


   « Ils étaient d'accord : le livre représentait un énorme danger car, pour beaucoup de gens, il était susceptible de provoquer la terrifiante possibilité d'une réflexion indépendante. D'accord également quand le padre, soufflant et transpirant, déclara que le seul moyen de lutter efficacement contre le danger était d'incarcérer tous les suspects. D'accord aussi pour dire que la méthode souveraine dans le combat contre l'hérésie était de réduire à néant tous les livres, auteurs et lecteurs louches, parce qu'il n'y aurait pas d'ordre dans le monde tant que vivraient des hommes qui feraient l'expérience de penser par eux-mêmes. »  


.        

Au déclin du XVIème siècle, un jeune carme espagnol est envoyé à Rome en « stage d’observation » pour rapporter chez lui tous les enseignements qui permettront à la redoutable Sainte Inquisition d'être encore plus performante.

Au terme d'un séjour fait de dévotion  et d'admiration pour la grande charité qu'il prête au censeurs romains, celui-ci assiste à un ultime bûcher, celui de Giordano Bruno, prêtre apostat et intellectuel hérétique. Son obstination  à prêter la moindre allégeance à ses bourreaux l'amène à renoncer à l'Inquisition.

Non parce que celle-ci est un acte abjecte et inadmissible... Mais parce qu'elle est vouée à l'échec : si des hommes aussi fiers et courageux s'opposent à elle, notre carme estime que c'est en vain qu'elle exercera son pouvoir, les irréductibles ne seront jamais vaincus (ou sauvés, selon le point de vue).

Sandor Marai nous propose, sous forme d'une lettre de confession, un récit à l'écriture à la fois ample et compassée. L'Inquisition y est décrite dans tous les détails, fort peu réjouissants, par un homme qui lui est totalement dévoué,  dans une complaisance liée à son aveuglement, selon un procédé par moments un peu trop didactique. Ce n'est qu'à la page 206 (sur 254)  qu'il a brusquement son illumination, par un mécanisme qu'on s'explique mal, puisque jusque là le doute ne s'était pas le moins du monde immiscé en lui. Ce retournement brutal est certainement la faiblesse du livre. S'ensuivent alors l'exil en Suisse où il côtoie la société civile et les protestants, et une ouverture à l'autre sans pour autant qu'il renie sa foi. Il découvre une liberté, ainsi que le prix qu'elle peut coûter : celle d'autoriser le savoir, et l'écrit, au côté de la foi.

A travers l'Inquisition, Marai dénonce tous les régimes totalitaires, et postule que par la résistance et la persévérance, les opprimés détiennent une force et peuvent vaincre.

(commentaire récupéré)

mots-clés : #religion #violence
par topocl
le Mar 20 Déc - 17:40
 
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Lola Lafon

Une fièvre impossible à négocier

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   Je pense à cette sensation d'être tenue à terre par le pouvoir et l'ordre. Être à genoux sans rien pouvoir y faire ou presque. Je ne veux pas me dire, demain ou plus tard, que je n'ai rien fait.
   Je ne veux pas laisser des personnes décider d'en allonger d'autres, étouffées. Alors mon envie se précipite, plus bruyante que la peur des flics, des ennuis potentiels ; il faut que je bouge, rouge, il faut que ça se fasse. Je veux aller un peu plus loin que parler.



C'est encore une fois l' histoire d' une gentille fille, Landra, qui un soir se fait violer dans l'intimité de sa chambre par un jeune homme respectable et tout ce qu'il y a de plus insoupçonnable. Et après, elle ne veut pas mourir, mais elle ne peut plus vivre. Ou en tout cas, vit avec la peur. Et, comme disent les surfeurs, « La peur n'est une émotion comme les autres, il faut l'accepter » . Alors , si Landra cache cette peur intime, elle décide de  hurler une peur plus générale devant notre humanité humiliée, bafouée, violentée par les politiques, les capitalistes,les intégristes de tous poils. Finis les commentaires aux terrasses de bistrot, elle va jouer sa révolte au plus fort, dormant dans des squats, frayant et agissant avec des groupuscules d' extrême gauche. Elle veut que cette fois-ci, son NON soit entendu.


  Alors que, c'est dommage, il suffit de :
   Mettre un poing final dans la figure de la Peur…
   Pour réapparaître à soi-même, en entier, rêves compris, tout recousu.
   Je suis là.
   Terrain d'entraînement : ma Vie


Il faut écouter Lola Lafon, s'attacher à cette jeune femme qui se débat,il faut comprendre sa rage contre un monde manipulé par des mains impitoyables.il faut se demander si, finalement, elle n'a pas raison, s'il n'y a pas que l'action, même  illégale, pour répondre à cette  violence qui domine le monde, s'il ne faudrait pas arrêter de se croiser les bras, de commenter et de juger, arrêter de « négocier », en se réjouissant d'être du bon côté.

   
La résignation est un suicide quotidien.


Elle me remue, cette Lola Lafon. A chaque lecture.
Et elle me fait peur.
Peur qu'elle n'ait que trop raison.

   «  À Régis, j'écrivis quelques lignes où je précisais que je ne voulais pas entrer dans le vieillissement sans avoir connu le feu d'un combat réel, qu'aucune jeunesse n'avait de sens qui ne risquât de mourir violemment et qu'à ma jeunesse je voulais donner un sens qui ne fût pas de me vautrer dans le plaisir de vivre. » Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France.



mots-clés : #politique #violence
par topocl
le Dim 18 Déc - 16:24
 
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Jérôme Ferrari

Où j'ai laissé mon âme

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Beau livre, très fort, très dense, très remuant.

« seul compte ce qu'il a fait, non ce qu'il a voulu. »


La guerre d'Algérie et la torture : une guerre de plus dont les hommes sont revenus muets, marqués à vie. Sans doute pouvaient-ils refuser, mais bien peu l'on fait. Une chose est sûre, à la lecture  de ce roman, c'était quasiment infaisable. On le lit terrorisé en se disant : j'aurais pu en être, j'aurais pu être confrontée à ce choix-là, en fait à ce non-choix là.
Au delà des idées, Ferrari nous offre un petit roman parfait, de concision, de qualité littéraire. Roman du doute, magistral de maîtrise. Quel est le pire des tortionnaires, du chrétien tourmenté, du terroriste charismatique ou du va-t-en-guerre droit dans ses bottes ? Dans ce trio fascinant et diabolique la violence avance triomphante, l'homme est toujours perdant, et Dieu semble s'en laver les mains.

Il a le pouvoir de faire apparaître ou disparaître une paire de chaussures, de décider qui doit rester nu et combien de temps, il peut ordonner que le jour et la nuit ne franchissent pas les portes des cellules, il est le maître de l'eau et du feu, le maître du supplice, il dirige une machine, énorme et compliqué, pleine de tuyaux, de fils électriques, de bourdonnements et de chair, presque vivante, et il lui fournit inlassablement le carburant organique que réclame son insatiable voracité, il la fait fonctionner mais c'est elle qui régit son existence, et contre elle, il ne peut rien. Il a toujours méprisé le pouvoir, l'incommensurable impuissance que son exercice dissimule, et jamais il ne s'est senti aussi impuissant.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #guerre #violence
par topocl
le Sam 17 Déc - 16:03
 
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Sorj Chalandon

Profession du père

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C'est donc un roman, de large inspiration autobiographique, qui raconte la vie d'une famille totalement embrigadée et manipulée par un père délirant, tyrannique, violent. La fascination de l'enfant qui croit dur comme fer à l'organisation secrète liée à l'OAS imaginée par son père, l'humble acceptation de la mère qui « ne veut pas d'ennuis ».

On retrouve le style précis de Chalandon, ses phrases qui claquent, sa mise à distance, l'absence de digression,  de détails superflus. Ses dialogues  fidèlement rapportés. Mais là où cela me brisait le cœur dans les épisodes irlandais, cela m'a gardée totalement à distance de cette histoire, sans doute  tellement traumatisante pour Chalandon, qu'il n'a pu en exprimer que les faits et non les émotions.

La description des violences psychologiques et physiques sur l'enfant, je l'ai déjà lue mille fois ailleurs, et j'ai trouvé le contraste avec l’univers personnel et familial d'Emile devenu adulte,  constructif et plein de douceur, trop facile et presque mièvre (mot que j'emprunte aimablement à églantine), confirmant le côté fleur bleue de Chalandon, camouflé sous l'Homme-Roc.

Seule la toute fin, « le testament », a fini par me distraire de cette lecture poussive.


mots-clés : #pathologie #violence
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:49
 
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Herman Koch

Le dîner

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Le dîner est un livre qui, sous des aspects classiques est très dérangeant qui déstabilise par son mode de récit comme par ce qu’il raconte et les idées qu’il remue. Il est difficile d ‘en rendre compte, car c’est la progression du récit et les découvertes progressives qui le rend si fort, et je ne voudrais donc pas déflorer plus ce roman que cela ne l’a été fait dans la presse ou sur le quatrième de couverture. Je vais essayer cependant de vous faire partager mon enthousiasme.

Tout commence par  la couverture, qui je l’avoue ne m’ a pas vraiment tentée au départ. Ce homard rougeoyant m’évoquait quelque chose de ludique, sans doute assez superficiel. Ne vous y fiez pas. Regardez plutôt ses pinces qui sont prêtes à vous saisir cruellement et ne plus vous lâcher. C’est ainsi qu’est fait le livre, ça part léger et ça continue dans un tourbillon angoissant.

Le récit est construit autour du fameux dîner. C’est à dire une unité de lieu, de personnages et de temps qui commence en comédie et finit en tragédie antique où vont se révéler en une soirée des comportements et des personnalités qui se sont construits depuis des années, à l’occasion d’un événement (que je ne veux pas décrire) plus récent qui cristallise tout cela.

On commence donc avec Paul le narrateur , qui va dîner en compagnie de son épouse Claire, avec Serge et Babette, frère et belle-sœur, dans un restaurant bobo-branché. Paul a un regard ironique sur ce monde : description très précise du moindre détail du repas, de la mise en scène, des attitudes des convives, des serveurs, des tarifs, qui est absolument parfaite et bien vue quand on fréquente parfois ce genre de lieux : il en remet juste une petite couche par ci par là pour faire de ce rituel de plaisir luxueux, une mise en scène hilarante. Son frère aussi, il le regarde à sa façon : pas vraiment sympathique, un homme politique de gauche un peu vulgaire, qui sera prochainement élu premier ministre, qui a réussi, qui le sait et en profite, pas toujours avec délicatesse ; Là encre la description de l’homme people un peu arriviste, calculateur, trop bien dans sa peau est plutôt fine.

Puis peu à peu il se fait un glissement insensible. La crique, d’amusante, devient amère. Paul se campe sur des positions d’homme « ordinaire », de « bonheur à trois » dans sa famille qu’il défend avec une jalousie et  une supériorité qui tourne assez vite au mépris. On sort de l’ l’amusement, et on sent des choses grinçantes qui s’insinuent, de la paranoïa pourquoi pas.
Pourtant le dîner commençait sur le mode léger : apéritif au champagne, propos courtois sur les vacances et le films de Woody Allen. Paul mord un coup à droite et à gauche, mais cela passe …

Il faut en venir au plat de résistance et on comprend la tension qui était dans l’air et que chacun semblait nier : Serge en se faisant plus amical qu’il ne l’est, Paul en lâchant son fiel hargneux. Il faut parler des enfants. Des adolescents « comme les autres » qui ont commis un acte répréhensible, chacun le sait , et nous le découvrons peu à peu, comme les parents l’ont eux même découvert, horrifiés (?). Et il faut faire des chois : comment réagir, et surtout, les préserver en postulant qu’ils sont bien plus innocents que la réalité ne va le monter. Mais aussi (surtout ?) préserver son petit bonheur personnel, son cocon familial, sa place en politique, son image personnel de soi et sa famille….Un somptueux travail de déni scrupuleusement organisé, une absence totale de remise en question, et, caché derrière un prétendu amour filial, une absence totale d’humanité.

Tout cela réserve pas mal de surprises, chacun se révèle tel qu’il est en réalité. La sournoiserie, la perversion, la haine, tout y est, magnifiquement enrobée derrière un voile de bonne conscience dévoyée . Le pire n’est jamais celui que l’on croit. Les enjeux de toute une vie se révèlent à travers cet épisode cathartique. Cela explose et quand cela a fini d’exploser cela a encore des soubresauts qui modifient notre façon d’appréhender leur réalité.

Cette histoire nous remue par sa violence extrême. Ce qu’annonce le quatrième de couverture « jusqu’où irons nous pour protéger nos enfants » n’est déjà pas anodin, mais il est réducteur. Ce n’est qu’un des aspects de ce livre à suspense. On s’interroge de façon beaucoup plus large sur ce que nous avons fait de notre société, et de ce que notre société nous a fait en retour pour que nous, parents et eux, enfants agissent ainsi. Le drame qui se joue sous nos yeux n’set qu’un effet zoom sur plein de dysfonctionnements plus anodins que nous pratiquons ou côtoyons au jour le jour sans forcément y prendre garde et qui pourraient , peu à peu au final, nous mener là… nous prévient Herman Koch.

L’idée de nous présenter cette situation de dîner est absolument excellente. Le retournement  de ton au fil du livre, racontant ce repas raffiné jusqu’à ce final monstrueux, est mené avec une grande habileté. Il n’y a pas un moment où on se dit « Ah ça tourne » , les petites saloperies quotidiennes s’infiltrent peu à peu pour bouleverser le récit, sans qu’on s’en rende vraiment compte sur le moment. Les notations sur la cuisine, le service , les interventions des serveurs sont un moteur de l’intrigue, elle permettent des pauses salutaires et souvent drôles dans la progression dramatiques qui sont réjouissantes, elle permettent de conserver le caractère banal de la situation.. Le repas au restaurant constitue un huis clos où la tension monte, mais d’où les personnages peuvent sortir (petit tour au toilettes, dans le parc) et interférer avec d’autres (les serveurs , les autres clients, le fils de passage ) pour faire des pauses dans cette montée en puissance.

Le style n’est pas extrêmement travaillé, c’est le reproche qu’on pourrait à faire à ce livre, mais finalement c’est d’assez peu d’importance, et on y gagne peut-être même en rythme.. Il y a une compréhension de la fragilité humaine, des failles où s’insinue le mal et des extrémités auxquelles elle peut mener qui est assez terrifiante.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #famille #pathologie #violence
par topocl
le Mar 6 Déc - 18:51
 
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Sujet: Herman Koch
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Alessandro Baricco

Merci, Bédoulène, pour la présentation de cet auteur dont j'ai lu entre-temps trois, quatre livres qui m'ont plutôt plus! Voici mes impressions sur l'un d'eux :

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Sans sang

Original : Senza Sangue (Italienisch, 2002)

CONTENU :

« Le pays allait de l'avant, bien loin de la guerre, à une vitesse incroyable, en oubliant tout. Mais il y avait tout un monde qui n'en était jamais sorti, de la guerre, et qui dans ce pays heureux n'arrivait pas à redémarrer.»

Ce monde va se livrer bataille à la vieille ferme de Mato Rujo, où vivent Manuel Roca et ses deux enfants. Habités par la vengeance, trois hommes viennent débusquer celui qui fut leur ennemi, trois hommes décidés à faire couler le sang. Manuel Roca le sait. Sous la plancher de la maison, il dissimule sa petite fille puis après avoir chargé ses fusils, il demande à son fils de courir se cacher. Déjà le bruit des armes automatiques les rattrape. La guerre n'est pas finie.
(Source : amaz.fr)

REMARQUES :

L'histoire consiste de deux grandes parties numerotées qui sont encore une fois sous-divisées en parties, paragraphes plus petits. Dans la première partie un groupe de trois hommes s'approche d'une maison sise solitairement dans la campagne. C'est là-bas que vivent Manuel Roca avec son fils et sa fille. Il semble préparé, e attente d'un conflit. Il essaie de cacher, de sauver les enfants. Des tirs fusent et Roca est pris. Le responsable de l'attaque semble l'avoir cherché pour une affaire datant de la guerre. Roca aurait torturé des gens, dont aussi le frère de l'agresseur. Est-ce qu'il s'agit de la guerre civile espagnole ? D'une question de revanche ? Alors on se demande : Comment le conflit se termine ? Comment s'en échappe qui ? Qui est victime, qui est l'agresseur? Dans la deuxième partie – dont on ne va pas dire trop pour ne pas enlèver le sel de l'histoire – on change le lieu et on saute dans le temps de cninquante années ! Est-ce que l'histoire a continué ? Comment les survivants ont passé leurs vies ? La langue est circonscrite, pas pathétique. Elle me plaisait beaucoup. En certains passages l'auteur change vers une narration sans orthographie, un parler sans point ni virgule. Bien sûr on pourrait s'approcher d'une interprétation de l'histoire sous l'aspect de la revanche. Mais il y aurait aussi l'histoire d'une execution refusée, ou des conséquences imprévisibles, même d'une mauvaise action. Et même la petite lueur d'une éventuelle réconciliation ? La fin inattendue m'a surpris et plu. Cela fut la première rencontre avec cet auteur. Très bonne impression !



mots-clés : #famille #violence
par tom léo
le Mar 6 Déc - 7:36
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Jaume Cabré

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Confiteor

Avec quelle habileté l'auteur lie les évènements du passé et du présent, interférant dans la lettre testament du narrateur(Adrià) à son fils.

Dans ce récit le destin des personnages est dévoilé grâce à l'âme des objets, textes anciens, dont la rareté les rend unique,   arrachés, pas toujours honnêtement par les protagonistes, et récupérés par Félix Averdol le père d'Adria.

Deux phrases illustrent la situation de l'enfant Adrià : " Ce n'est que hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. "

"Ce qui me pesait chez papa c'est qu'il savait seulement que j'étais son fils. Il n'avait pas encore compris que j'étais un enfant."

Pas étonnant que cet enfant, aussi doué fut-il et il l' était, ait choisi pour soutiens et  confidents deux jouets : le chef indien Aigle-Noir et le Shériff Carson (bravoure et sagesse)

En exergue de ce premier chapitre, ce pourrait-être le sentiment de l'enfant : "Je sera rien" Carles Camps Mundo

C'est le père d'Adria qui choisit l'éducation qui convient à son fils (lequel doit faire mieux que tous parce qu'il le peut et que son père le veut) effacement de la mère qui doit s'incliner.

Au fil des études d'Adria, de ses sentiments se révèle une vérité pas toujours comprise par l'enfant mais qui découvre l'homme qu'est Félix Ardèvol, le père. Un homme qui a épousé par intérêt la fille d' un paléographe, qui dans sa jeunesse a été indigne, adulte ignoble et dont la veuve demandera des années durant, la tête de l'homme qui l'a assassiné en le décapitant  (a capite)

Adrià apprend aussi le violon, mais ce n'est qu'à l'adolescence qu'il consentira à jouer devant un public.

j'ai dressé la chronologie de certains faits qui facilitent le suivi des choses et personnages

vers 1400 frère Julia de Sau (ex Fra Miquel moine hérétique  dernier vivant du monastère Sant Pere del Burgal (assassiné) avait en sa possession l'acte fondateur du monastère que récupèrera des siècles plus tard Félix Ardèvol

1690 Jachiam Mureda de Pardac tue Bulchanij Brocia incendiaire de la forêt et s'enfuit emportant le médaillon que lui donne sa petite soeur Bettina (médaillon de leur mère, représentant Santa maria dai Ciüf (médaille de Pardac)

Quelques années après Jachiam retourne à Pardac portant un chargement de bois d'érable et d'un autre bois noble, dans lesquels Lorenzo Storioni confectionnera son premier violon dénommé Vial (c'est une autre histoire d'assassinat) qui sera plusieurs siècles plus tard l'une des pièces de Félix Ardèvol

en 1918 alors qu'il est étudiant à Rome (ecclésiastique) Félix tombe amoureux de Carolina qui lui offre la médaille de Pardac héritée de son oncle (nous saurons certainement plus tard ce qu'il est advenu de Carolina)

à l'âge de 40 ans Félix Ardèvol se marie avec Carme Bosh ils ont un enfant, le narrateur Adria. J'ai aussi relevé dans l'écriture une récurrence ; il fait une description (n'importe le sujet) en tant que spectateur  aussitôt suivie d'une en tant qu'acteur (j'espère que vous me comprendrez avec cet exemple)

"Adrià était très content de connaître le cadre de vie de cette fille qui lui entrait dans la peau........"Et la chambre de Sara était plus grande que la mienne..."

une autre manière de liaison.

Après la disparition du père d'Adrià, une jeune femme (Danièla) se présente au domicile de la famille Averdol, elle revendique une part d'héritage, c'est la fille que Carolina a eu de Félix Averdol alors qu'il étudiait à Rome, et qu'il a lâchement abandonnée.

Adrià à présent âgé de 20 ans ne souhaite pas exercer en tant que violoniste, au grand dam de sa mère, il veut continuer à étudier et devenir "philosophe de la culture" comme il l'avait annoncé à l'un de ses camarades. Son amitié avec Bernat se poursuit, ils ont besoin l'un de l'autre, une amitié orageuse certes, mais quoi de plus beau quand l'un console l'autre en lui jouant un morceau au violon ?

Par sa demi-soeur, Adrià prend connaissance d'une personnalité de son père qui lui était inconnue, toute la part d'ombres. Il s'est aussi rendu compte du poids négatif que son père faisait peser sur sa mère, laquelle se révèle habile, autoritaire, gérant le magasin de façon utile. Mais leur relation restera ce qu'elle était, sans tendresse, dialogue restreint au minimum.

Les  plus belles pièces de la collection privée de Félix Ardevol ont été acquises en spoliant les Juifs pendant la seconde guerre mondiale ; le sang d'une victime signe d'ailleurs l'étui du violon Storioni le Vial. (après l'assassinat du violoniste Leclaire par Vial, le violon était donc en la  possession de cette vieille femme Juive)

Ce livre demande a être écouté pour la musique du rythme et des richesses.
Alors il m'apparait que le narrateur n'écrit pas à son fils, non, je pense à celle qu'il a aimée, Sara et que c'est son autoportrait dont il est question, à plusieurs reprises, et qui se trouve dans le bureau d'Adrià ! D'ailleurs il dit suite à une dispute avec sa mère : "Si un enfant m'avait répondu comme je répondais à maman, je lui aurais donné une claque mais je n'ai pas d'enfant."

Par contre, malgré des hauts et des bas dans leur relation il gardera l'amitié de Bernat  et c'est d'ailleurs à lui qu'il confiera le récit de sa vie alors qu'il se sait malade.

Sara sa bien-aimée s'enfuit à Paris, le laissant abattu devant cet acte incompréhensible pour lui ; il part pour l'Allemagne étudier et sa présence dans ce pays est l'occasion d'en connaître plus sur certains personnages. La mort d'un SS nommé Grübbe Franz atteint par les balles d'un ami étudiant de Félix Ardèvol à la Gregoria et qui pour défendre sa patrie a quitté la soutane, Drago Gradnik.

Adrià lit dans la presse qu'un psychiatre a été assassiné, il s'agit du Dr Voigt, alias Zimmermann, alias Falegnani, à qui Félix Ardèvol a acheté le violon Vial ; souvenons nous que cet ignoble docteur qui faisait des "expériences" sur les prisonnières des camps de concentration, avait lui-même volé ledit violon à une vieille Juive après l'avoir abattue. Adria à ce moment là ignore les faits qui le relient à ce docteur.

On apprend aussi la raison de l'assassinat de Frau Julia de Sau (ex Fra Miquel), il avait refusé de couper la langue à un Juif accusé à tort par l'Inquisiteur Nicolau Eimeric.

A travers les siècles  l'Inquisiteur et  l'Obersturmbannfürher Rudolf Hoss révèlent les mêmes exactions sur des victimes , cette alternance de l'un à l'autre  simule un échange entre ces deux personnages ignobles.


j'ai terminé ce livre  de passions,  de toutes les passions humaines les plus ignobles comme les plus belles, physiques, morales ou spirituelles.

En suivant le destin de ces objets, animés dans ces pages  ;  violons, médaille, tableaux, tissu, manuscrits et incunables le lecteur suit celui de l'humanité, en Europe notamment sur des siècles. Ces objets sont des témoins de l'histoire, du Mal qui a sévit dans ces siècles et jusqu'au dernier jour d'Adria spolié par son ami.

J'ai bien apprécié l' "échange" entre les trois illustres du nouvel essai d'Adria : Lull, Berlin et Vico sur l'attentat de l'immeuble d'Oklahoma city.
Egalement "les gardiens" d'Adria qui dialoguent aussi, Aigle-Noir et le shériff Carson.

La métaphore faite par Adria avec la création du monde quand il emménage son appartement avec Benart.

Ce livre m'a passionnée, avec quelle maîtrise, quelle recherche l'auteur l'a composé, construit pour rendre crédibles tous les évènements, les personnages et que l'ensemble de ces morceaux d'histoire s'imbrique dans un tout harmonieux.

un violon Storioni

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Cloitre de Bebenhausen  
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l'Urgell  
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sant pere del Burgat  

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Mots-clés : #Amitié, #Amour, #Creationartistique, #Culpabilité, #Relationenfantparent, #Romanchoral, #Violence
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 23:33
 
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Sujet: Jaume Cabré
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Lola Lafon

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce

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Elles ressemblent à deux filles un peu fofolles avec leurs tresses en chignon et leurs collant à losanges. L'une a vu son cœur brusquement s'arrêter, et pendant qu’elle sort peu à peu de cette mort temporaire, l'autre raconte.
Elles se sont connues au groupe de parole pour femmes violées.


 
« Toutes ces années, nous nous sommes tirées chacune par la main. Nous avons partagé l'expérience de la vie morte. Nos peurs, nous les guettions l'une l'autre, laisser un de nos corps en arrière aurait fait tomber toute la chaîne de nos nuits sans vie, un boucan terrible. Et peut-être que nous avons fini par les additionner et les mélanger, nos peurs, pour former ce magma pesant de frayeurs enchevêtrées. »



Elles essaient assez lamentablement de s'en sortir, d’autant que le viol n'est jamais que le reflet d'une société  répressive, basée sur le rapport de force et l'exclusion, sous la férule d'un président démocratiquement élu par une Election (tableau terrorisant  semi-uchronique [notre avenir réel peut-être] qui ne nomme personne,  avec juste ce qu'il faut de décalage, de soulignage pour se faire poser la question : on est en France ou dans un pays fictif, elle invente, elle en rajoute ???), une société du sexe-roi et de la normalité-reine. Et que la narratrice est réfugiée de la Roumanie de Ceaușescu, danseuse professionnelle soumise depuis l'enfance aux diktats de ses maîtres , de ses idoles, mais aussi de son propre plaisir.
Elles croisent une fille encore plus bizarre, sans doute psychotique, La Petite Fille au bout du Chemin, disciple de toute une collection d'anarchistes,  qui va les faire passer de la révolte à la Révolution, des larmes à d'autres larmes.


   « Mais voilà que je ne veux pas être réparée. Sauvegardée. Rafistolée pour continuer à avancer. Je ne veux pas qu'on colmate ce que je m'acharne à défaire, découdre. (…)
   Songe qu'on affirme fièrement, je suis raisonnable, cet aveu qui dit en vérité je me laisserai raisonner par Vous.»



Je vous passe les détails, ce livre est d'une richesse incroyable... Ca fourmille de thèmes, de pistes, d'inventivité. C'est un livre incongru et généreux, qui part dans plein de directions sans jamais se perdre, une observation psychologique pointue, un pamphlet pour quelque chose qui ne serait pas que de la vigilance, mais une riposte . Il y a un mélange assez jouissif de tristesse, de douceur, de rage et de gaîté, qui m'a un peu fait penser à La guerre est déclaré dans la première partie, pour évoluer ensuite vers un discours beaucoup plus large, partir de la douleur intime pour avoir un regard et un rôle dans le monde.


   « Peur de finir par ne plus chercher que de jolis refuges de campagne où être bien, des terriers ou des nids à construire, m'appliquer à les border de couvertures et prendre bien garde à n'y installer  que des lumières indirectes, apaisantes. Finir par s'y installer, dans l'oasis, dans la pause,et oublier qu’on ne faisait que passer avant de repartir. Finir par ne plus s’occuper que  de son propre corps à sauvegarder, une jolie plante fraîche à arranger, soigner, nourrir. Se suffire de à peu près et presque. Et ne plus savoir comment commence, mais qu'est ce qu'une tempête. La craindre, la conspuer même, la moquer, cette tempête, dès qu'on en renifle les débuts, en répétant, mauvais et  frileux, « ça ne changera rien », se prendre à souhaiter qu'il n'y en ait plus jamais des tempêtes parce qu'on s'y est fait à ces journées, finalement . »



Je ne peux pas dire que je partage toutes les convictions de Lola Lafon alias Voltairine, peut-être suis je trop timorée, ou pas assez lucide, certaines choses m'ont même gênée,  mais  ce fut un moment à la fois instructif et réjoui, de partager cet arrachement face à l'agression quotidienne d'un monde trop dur, trop impitoyable, trop sûr de lui. Il y a là une réflexion sur la normalité, sur la révolte, sur le droit d'être autre et de le dire. Sur le droit de ne pas être rien, des filles de rien.

C'est un livre irrévérencieux, qui crie et hurle une rage, revendique le droit de savoir dire non. Un livre jeté dans une mer d’indifférence avec l'espoir d’allumer des étincelles, et que ces étincelles , de proche en proche allument un grand feu salvateur autour duquel se réchauffent toutes les Petites Filles au bout du Chemin.



(commentaire rapatrié)
mots-clés : #violence
par topocl
le Sam 3 Déc - 14:46
 
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Jean Giono

Que ma joie demeure est une des grandes lectures de ma jeunesse!

Un roi sans divertissement

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Je suis partie comme dans une ballade fabuleuse en pleine nature, simplement envahie par la beauté du site et la rencontre d’hommes simples, totalement intégrés dans ce paysage majestueux, cette époque, cette ruralité à la fois rude et bienheureuse. L’œil de Giono, sa verve à la fois tranquille et pateline, c'était une grande jouissance de lecture. La peur régnait, certes, mais tout était en place. Le récit généreux, la phrase savoureuse.. Tout baignait.

Et puis, petit à petit , tout cela m'est parti dans les doigts. Le récit est passé du nous au je, le texte en a perdu en richesse et en vivacité. Langlois, revenu, victorieux du monstre et des loups est devenu « austère et cassant », fascinant, certes, mais tellement lointain, tellement insaisissable, personne n'y comprenait plus rien... et si cela ne gênait guère les villageois ensorcelés par cet homme hautain, pour moi j'avançais précautionneusement, comptant sur un dénouement qui me rendrait à mon bonheur. .. Et ce ne fut vraiment pas le cas : mon encombrante rationalité a été déstabilisée par tout ce mystère, cet homme pour lequel on n'a au final aucune clé (sont elles restées dans la poche de Giono, ou n'ai-je pas su les trouver ?).

Je me demande si , une fois n’est pas coutume, le film ne m'irait pas mieux.

Il n'en demeure pas moins que Giono me convainc, une fois de plus, par son écriture magique, sa proximité des hommes et des paysages.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nature #violence
par topocl
le Ven 2 Déc - 17:25
 
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Sujet: Jean Giono
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