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Amin Maalouf

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Message par Ouliposuccion Mar 7 Fév - 9:36

Amin Maalouf
Né en 1949


Amin Maalouf Tylyc114

Amin Maalouf est membre de l'Académie Française depuis juin 2011. Le 14 juin 2012, il entre à la comédie française, Hector Biancotti étant décédé le 12 du même mois.

Amin Maalouf est le second de quatre enfants. Sa mère est originaire d'une famille de la montagne libanienne, famille d'enseignant par tradition depuis la génération des arrières grands-parents. Sa grand mère maternelle est turque et son grand-père chrétien mahorite.
Le père de Amin est, lui, le fils d'un pasteur presbytérien mais n'est pas pratiquant. C'est donc dans une mixité de religion que l'enfant à grandi.
Sur les souhaits de leur mère, les enfants sont envoyés à l'école catholique jésuite. C'est là que Amin va découvrir la langue française. Il poursuit ses études de sociologie à l'université française de Beyrouth.
Il entre comme journaliste pour le quotidien AN-Nahar et se spécialise dans l'actualité internationale. Il couvre l'Asie.
En 1971, il épouse Andrée, enseignante dans une école pour enfants sourds-muets. Ils auront trois enfants.
Dès le début de la guerre du Liban, il quitte Beyrouth pour la montagne, refusant de prendre parti dans ce conflit. En 1976, la famille quitte le Liban pour Paris. Il devient rédacteur en chef de Jeune Afrique. Aujourd'hui, il se consacre totalement à l'écriture.

Bibliographie :

1986: Léon l'Africain, Jean-Claude Lattès
1988 : Samarcande, Jean-Claude Lattès ; Page 1
1991 : Les Jardins de lumière, Jean-Claude Lattès
1992 : Le Premier Siècle après Béatrice ; Page 1
1993 : Le Rocher de Tanios
1996 : Les Échelles du Levant, Grasset
2000 : Le Périple de Baldassare, Grasset
2012 : Les Désorientés, Grasset ; Page 1
2020 : Nos frères inattendus, Grasset ; Page 1

essais
1993 : Les Croisades vues par les Arabes, Jean-Claude Lattès
1998 : Les Identités meurtrières, Grasset
2004 : Origines, Grasset
2009 : Le Dérèglement du monde : Quand nos civilisations s’épuisent, Grasset
2016 : Un fauteuil sur la Seine : Quatre siècles d'histoire de France, Grasset
2019 : Le Naufrage des civilisations, Grasset

MAJ de l'index le 08/11/2020
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Message par Ouliposuccion Mar 7 Fév - 9:42

Samarcande

Amin Maalouf Tylyc120

Samarcande, c'est la Perse d'Omar Khayyam, poète du vin, libre penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hussan Sabbah, fondateur de l'ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l'histoire. Samarcande, c'est l'Orient du XIXè siècle et du début du XXe, le voyage dans un univers où les rêves de liberté ont toujours su défier les fanatismes. Samarcande, c'est l'aventure d'un manuscrit né au XIe siècle, égaré lors des invasions mongoles et retrouvé six siècles plus tard. Une fois encore, nous conduisant sur la route de la soie à travers les plus envoûtantes cités d'Asie, Amin Maalouf nous ravit par son extraordinaire talent de conteur. A la suite d'Edgar Allan Poe, il nous dit : "Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande ! N'est-elle pas reine de la Terre ? Fière, au- dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées.


Quelle magnifique plume pour nous conter la perse, la sagesse de l’esprit et la poésie d’Omar Khayyâm , hédoniste croyant mais critique envers les religieux, reflétant par le vin la vie et ses délices,poésie si chère à l’Iran que l’on retrouve un peu plus tard chez Alisher Navoi , poète Ouzbek (1441-1501).

Après avoir lu Alamut, c’est avec plaisir que j’ai pu joindre historiquement ces deux histoires, Omar Khayyâm et le vieux de la montagne Hassan Sabbah , la naissance de cet ordre des assassins ayant construit la plus redoutable des machines à tuer, les fidais ou fédayins, soit les martyrs d’aujourd’hui…
Quelle richesse culturelle que ce livre qui nous fait voyager dans le temps, du prestigieux empire Perse à la plus grande invasion menant au plus vaste empire mondial, les mongols : Gengis khan et Kubilaï Khan, jusqu’au XXème siècle, date à laquelle le premier Parlement de la perse vit le jour (1909) mais sous quelles conditions…
La philosophie n’est-elle pas dans le temps l’arme la plus formidable de l’histoire ?
Quoiqu’il en soit, au-delà de toutes les batailles et tous les empires conquis par les plus redoutables guerriers , seuls des vers philosophiques ont traversé le temps pour nous les conter.

Cette roue sur laquelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe; le monde, l'écran. Nous sommes les images qui passent. »Omar Khayyâm
« Ne vous reprochez pas que mon vin soit amer, cette amertume est celle même de la vie »Omar Khayyâm

Un vrai plaisir de lecture qui nous fait bien mieux appréhender l’Orient , sa culture et son histoire.
Samarcande d'Omar Khayyâm , un manuscrit perdu lorsque le Titanic a sombré ?
Voici un des Robaiyats de Khayyâm:


"Tu demandes d’où vient notre souffle de vie
S’il fallait résumer une trop longue histoire,
Je dirais qu’il surgit du fond de l’océan,
Puis soudain l’océan l’engloutit à nouveau."

Un vrai bijou littéraire à ranger précieusement dans sa bibliothèque.


mots-clés : #historique #creationartistique
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Message par Tristram Mar 7 Fév - 11:40

Merci Oulipo de mettre en valeur cet auteur et ce livre, pour deux raisons notamment : les origines des assassins de la terreur, redevenus d'actualité, et l'introduction à Omar Khayyâm, grand poète plein de charme, et d'une philosophie exotique pour nous :

« …] les qualités qu’il faut pour gouverner ne sont pas celles qu’il faut pour accéder au pouvoir. Pour bien gérer les affaires, il faut s’oublier, ne s’intéresser qu’aux autres, surtout aux plus malheureux ; pour arriver au pouvoir, il faut être le plus avide des hommes, ne penser qu’à soi-même, être prêt à écraser ses plus proches amis. »
Amin Maalouf, « Samarcande », XIV

« "Il ne suffit pas de tuer nos ennemis, leur enseigne Hassan, nous ne sommes pas des meurtriers mais des exécuteurs, nous devons agir en public, pour l’exemple. Nous tuons un homme, nous en terrorisons cent mille. Cependant, il ne suffit pas d’exécuter et de terroriser, il faut aussi savoir mourir, car si en tuant nous décourageons nos ennemis d’entreprendre quoi que ce soit contre nous, en mourant de la façon la plus courageuse nous forçons l’admiration de la foule. Et de cette foule des hommes sortirons pour se joindre à nous. Mourir est plus important que tuer. Nous tuons pour nous défendre, nous mourons pour convertir, pour conquérir. Conquérir est un but, se défendre n’est qu’un moyen." »
« Nul ne pourrait le contester, Hassan Sabbah a réussi à bâtir la machine à tuer la plus redoutable de l’Histoire. »
Amin Maalouf, « Samarcande », « Le paradis des Assassins », XIX

« Quel règne est pire que celui de la vertu militante ? Le Prédicateur suprême voulut réglementer pour ses adeptes chaque instant de leur vie. Il bannit tous les instruments de musique […] L’usage des boissons alcoolisées était plus sévèrement puni encore. »
Amin Maalouf, « Samarcande », « Le paradis des Assassins », XXII

« Le temps a deux visages, se dit Khayyam, il a deux dimensions, la longueur est au rythme du soleil, l’épaisseur au rythme des passions. »
Amin Maalouf, « Samarcande », V

Les Rubaiyat, attribués pour beaucoup à Omar Khayyâm avec plus ou moins de certitude, sont des quatrains qui me plaisent particulièrement. On sait peu de choses sur leur rédaction, leur auteur(s), un savant perse (et non pas arabe), et même leur interprétation est peu sûre (agnosticisme ? soufisme ?) Même leur traduction pose problème, mais je les lis (dans les versions disponibles) sans chercher un sens ésotérique. Il y a là pour moi un très beau chant sur la brièveté de notre existence, avec recours à l'hédonisme, plein d'humour et de liberté de ton (il ne pourrait plus s'exprimer ainsi de nos jours dans son pays), avec beaucoup de sensibilité.

« Tant et tant j'en aurai bu, du vin ! que ce parfum de vin
Sortira de la terre quand je serai sous la terre,
Qu'en passant sur ma tombe l'ivrogne à jeun
Tombera frappé de mort par le parfum de mon vin ! »
Omar Khayyâm, « Rubaiyat »

« Boire du vin, faire la fête, ma loi, la voilà !
Croire en Dieu et être athée, ma religion, la voilà !
J'ai dit : – "Terre, ma fiancée, quelle est ta dot ?"
Elle a dit : – "Ton cœur troublé, ma dot, la voilà !" »
Omar Khayyâm (?), « Rubaiyat »

« Dieu, tu es Bonté ; or la Bonté, c'est d'être bon !
Alors pourquoi le pécheur est-il tenu loin du Paradis ?
Me vendre ton pardon contre la docilité, ce n'est pas être bon ;
Tout me pardonner, mes péchés et tout ! Cela, selon moi, c'est être bon ! »
Omar Khayyâm (?), « Rubaiyat »


As-tu lu Le Rocher de Tanios, d'Amin Maalouf ?

« Le pire des gouvernants n’est pas encore celui qui te bastonne, c’est celui qui t’oblige à te bastonner toi-même »

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Message par Ouliposuccion Mar 7 Fév - 12:03

As-tu lu Le Rocher de Tanios, d'Amin Maalouf ?

Je n'ai pas encore eu d'approche avec  "Le rocher du Tanios" mais je pense le lire un jour. J'ai lu "les désorientés" que j'ai beaucoup aimé également , j'en ferai un post ultérieurement.
J'ai acheté récemment " Léon l'africain" et "les échelles du Levant" qui trônent dans ma bibliothèque dans le coin des "non lus".
De quoi fournir ce fil Smile

Concernant Omar Khayyam , c'est un poète/philosophe que j'aime tout particulièrement , j'ai eu l'occasion d'en avoir la traduction lorsque j'étais en Ouzbekistan ,et  beaucoup de dessins sur soie miniatures dans cette région sont des reproductions de scènes de vie perses agrémentées des Rubaiyats de Khayyam (j'en ai bien-sûr ramenés ! ).
J'aimerais trouver un beau livre de Khayyam mais n'ai jamais su lequel prendre...
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Message par Tristram Mar 7 Fév - 12:10

Oulipo a écrit: des reproductions de scènes de vie perses agrémentées des Rubaiyats de Khayyam (j'en ai bien-sûr ramenés ! )
Tu fais voir, stp ?

C'est vrai que ce poète est très populaire en proche/ moyen Orient (il a donné son nom à un vin égyptien il y a une quinzaine d'années) : Jeune Afrique

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Message par Tristram Mar 7 Fév - 12:30

@Ouliposuccion : à défaut de beau livre, Il y a cette version, traduction Franz Toussaint‎ (1924) : Wikilivres

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Message par Ouliposuccion Mar 7 Fév - 12:38

Je ne sais pas pourquoi ils arrivent à l'envers...Désolée..

Un de Khayyam:
Spoiler:
Amin Maalouf 20170212

Alisher Navoi:
Spoiler:
Amin Maalouf 20170213
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Message par Tristram Mar 7 Fév - 12:46

Belles miniatures et calligraphies ! merci Oulipo !

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Message par Tristram Mar 7 Fév - 13:08

Omar Khayyam me fait repenser à Li Po, le poète Tang, ou encore à Tchouang-tseu... même célébration de la jouissance dans la brièveté d'un monde inconstant...

Devant le vin, le soir m'a surpris ;
Les fleurs tombées couvrent ma robe.
Ivre, je poursuis la lune dans l'eau ;
S'éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes.

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Message par Bédoulène Mar 7 Fév - 15:07

Que d'auteurs que je n' ai pas lu ! merci Ouli ! et merci Tristram pour le Poème

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Message par topocl Mer 8 Fév - 8:29

Maalouf, j'ai adoré ses romans historiques, il y a déjà pas mal d'années: Léon l'Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière,  Le Rocher de Tanios, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare. . Dans ses essais (Les Identités meurtrières, Origines), il séduit par son bel esprit d'ouverture.
J'avais eu quelques réserves par rapport à :

Les désorientés.

Amin Maalouf Image341

Eh bien, ce commentaire est plutôt difficile à écrire : j'ai du mal à savoir si j'ai aimé ou pas.
Disons que j’incite plutôt à le lire , mais en sachant qu’il est imparfait : de belles choses, une belle histoire, des belles idées entre espoir et désespoir, mais peut-être un peu simpliste sous son apparente complexité, et un mode narratif insuffisamment travaillé.

La belle histoire, c'est celle d'un groupe d'étudiants qui se confond avec l'histoire de leur pays le Liban, jamais nommé.

Nous étions jeunes, c'était l’aube de notre vie, et c'était déjà le crépuscule. La guerre s'approchait.

Ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui se sont compromis, ceux qui sont restés purs, vont, à l'occasion de la mort de l'un des leurs, reprendre contact au seuil de la cinquantaine pour des retrouvailles qui ont une petite allure de bilan, parfois de confrontation.

J'ai envie de revoir le pays, de retrouver les amis, et s'il est impossible de discuter sereinement je ne discuterai pas. Jamais je ne m'abaisserai à dire ce que je ne pense pas, mais je peux parfaitement m’abstenir de dire tout ce que je pense. Je visiterai le pays, je me gaverai de bonnes choses, et je raconterai mes souvenirs d'enfance en évitant les sujets qui fâchent.

On a parfois l'impression que Maalouf a voulu écrire un roman exhaustif, résumant ses pensées, ses opinions sur autant de sujets que : le Liban, la religion, l’exil, la loyauté, qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfant, la culpabilité, l’amitié… Je m'arrête là. Il a donc construit un groupe de personnages dont les confessions, les choix de vie constituent un échantillonnage assez complet, permettant d’analyser et de transmettre un message de tolérance et de fraternité universelle. Ces personnages ont partagé leurs années de jeunesse, puis se sont éparpillées en fonction de leurs convictions, des hasards de la vie, des événements survenus dans leur pays. Chacun a fait (ou subi) son choix, chacun traîne ses justifications et sa culpabilité. Le plus souvent le récit est suffisamment attachant pour masquer ce caractère un peu artificiel, construit – pas toujours cependant- et au final, l'auteur ne tranche pas, aucune raison n’était meilleure que l'autre, et aucun n'en est ressorti indemne.

Message d'une grande ouverture, d'une grande attention à l'autre, qu’on a déjà connu sous la plume de l’auteur (relire Origines) ; mais le problème est peut-être justement que le message prend parfois le pas sur le roman et j'ai parfois été irritée, par un style qui manque de recherche dans les parties narratives, des dialogues où les intervenants livrent une parole ininterrompue sur 4 pages, des mails rédigés comme de la littérature. La fin décevante, comme s ‘il n’avait pas su finir…

Il en ressort un roman un peu appliqué, avec des lourdeurs, dont le style n’est pas impeccable, mais somme toute plutôt attachant, dont le premier personnage est le Liban qui nous est livré, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, à travers une histoire d’amitié assez universelle.

Et comment résister à un auteur qui écrit :

On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire, et il y a celui d'en parler.

(commentaire récupéré)


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Message par Tristram Mer 21 Juin - 15:07

Le premier siècle après Béatrice (titre dantesque)

Amin Maalouf Le_pre10


Bref et dense ouvrage d’anticipation barjavélien (1994), qui vaut particulièrement pour la lecture géopolitique d’un journaliste à la sensibilité au carrefour de la « faille horizontale » Nord-Sud.  Dans son style "classique" et sans langue de bois (ni parti-pris), Amin Maalouf aborde la thématique du choc de cultures qui se regardent de façon biaisée, entre archaïsme et manque d’action devant les signes évidents des problèmes de survie de l’espèce humaine : de la préférence pour les enfants mâles, secondée par le monstrueux levier d’une technologie sans éthique (ici génétique), le furtif génocide des femmes, et les effets apocalyptiques qui en découlent (de A à Z, le repli de la peur à la terreur).
Cela m’a évoqué ces villes africaines où les filles étaient plus nombreuses que les garçons, distorsion du sexe-ratio inverse du nôtre, et non sans conséquences socio-sociétales (offre versus demande).
C’est aussi une histoire d’amour, narrée par un entomologiste marié à une journaliste et père de Béatrice, avec beaucoup de remarques pertinentes : en fait, une fort agréable lecture, et qui rejoint l’actualité (migration versus expatriation, par exemple).

« N’est-ce-pas l’une des vertus de l’écriture que de coucher sur la même feuille horizontale le futile et l’exceptionnel ? Tout reprend dans un livre l’épaisseur négligeable de l’encre écrasée. »

« Les drames sont à l’Histoire ce que les mots sont à la pensée, on ne sait jamais s’ils la façonnent ou se bornent à la refléter. »

« …] on ne convainc pas une foule, on l’enflamme [… »

« Cet âge de la régression et de la lassitude était [...] celui de la suspicion et de tous les amalgames. »

Précision : mes extraits sont partiaux, plus ce qui retient mon attention (ou flatte mes intérêts) que représentatifs de l’ouvrage (remarque hélas assez générale).



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Message par Bédoulène Mer 21 Juin - 15:46

ton commentaire est incitatif Tristram et ça tombe bien j'ai l' epub dans ma pal ! de plus tes extraits partiaux me conviennent Smile

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Message par topocl Jeu 22 Juin - 11:11

@Tristram a écrit:
Précision : mes extraits sont partiaux, plus ce qui retient mon attention (ou flatte mes intérêts) que représentatifs de l’ouvrage (remarque hélas assez générale).

je crois qu'on est assez nombreux à se laisser aller à ça, Tristram.

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Message par Tristram Ven 3 Nov - 19:04

Les désorientés

Amin Maalouf Les-de10


Adam, un historien bientôt quinquagénaire exilé à Paris, n'a plus revu depuis un quart de siècle son pays natal dévasté par les guerres civiles. A l'annonce du décès imminent de son « ancien ami » Mourad, Adam décide de se rendre à son chevet, bien qu'il ait pris ses distances avec lui. C'est généralement dans la maison de Mourad que se réunissaient autrefois leurs amis communs, avec qui ils formaient un groupe d'étudiants joyeux et très unis, pleins de projets d'avenir pour leur pays avant que la guerre ne les disperse. Mais Mourad s'est compromis afin de pouvoir garder sa propriété familiale, âprement défendue depuis des générations ; pris dans l'engrenage, il s'est mué en politicien corrompu (vice endémique du pays). Adam arrive trop tard pour revoir Mourad, et décide de rester incognito le temps d’écrire à propos de cette époque de sa vie, soit les seize jours de ce récit d’un retour au pays ; occasion aussi de reprendre contact avec les amis du cercle, certains éparpillés dans la diaspora, qui ont vécu différents choix de vie, et d’organiser une réunion dans la nostalgie de leur heureuse jeunesse d'avant-guerre.
(Commentaire basé sur Wikipédia fort remanié.)

« De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir que l’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour. »

« Allions-nous passer notre vie entière, et en tout cas notre jeunesse, sans avoir eu l’occasion de nous engager à corps perdu dans un combat qui en vaille la peine ? »

Insérée dans cette trame en court une autre, pas aussi fortuite ou déplacée qu’on pourrait le croire : Adam a une aventure amoureuse avec une amie retrouvée, que trop timoré il n’avait pas eue à l’époque, et ceci avec le consentement de sa compagne restée en France. Cette péripétie donne l’occasion d’évoquer les années soixante-dix du point de vue de leurs conceptions idéalistes voire utopiques sur l’amour et le sexe, et ce qu’il est advenu des notions révolutionnaires de liberté humaniste.
Le lecteur entrevoit également les charmes de la civilisation levantine (libanaise), chaleureuse, sensible et sensuelle, multiculturelle, dont le "modèle", qui permettait aux diverses communautés de vivre harmonieusement ensemble, n’a pas survécu aux tensions sectaires, entre fanatiques religieux et caïds de quartier, par défaillance de gouvernement national.
On trouve encore dans ce livre (2012) des aperçus pertinents sur la confrontation Occident – monde arabe, qui n’ont pas perdus de leur intérêt dans le contexte actuel, bien au contraire. Amin Maalouf analyse le conflit proche-oriental comme une rétrogradation dans la radicalisation (pas seulement religieuse), avec chez les Arabes une réaction haineuse contre l’humiliation longuement subie de l’Occident :

« Les militants radicaux comme lui, ils deviendront forcément un jour des oppresseurs. Mais aujourd’hui ils sont persécutés dans la plupart de nos pays, et en Occident ils sont diabolisés. Est-ce que tu as envie de défendre un opprimé alors que tu sais pertinemment qu’un jour prochain, il se comportera lui-même comme un tyran ? »

« Ce qui m’exaspère, c’est cette manière que l’on a aujourd’hui d’introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. Si je m’habille comme ça, c’est pour ma religion. Si je mange ceci ou cela, c’est pour ma religion. On quitte ses amis, et on n’a pas besoin de s’expliquer, c’est ma religion qui m’appelle. On la met à toutes les sauces, et on croit la servir, alors qu’on est en train de la mettre au service de ses propres ambitions, ou de ses propres lubies.
La religion c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale. Ils te parlent du licite et de l’illicite, du pur et de l’impur, avec des citations à l’appui. Moi j’aimerais qu’on se préoccupe plutôt de ce qui est honnête, et de ce qui est décent. Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »

« Ce conflit qui a bouleversé nos vies n’est pas une querelle régionale comme les autres, et ce n’est pas seulement un affrontement entre deux ‘tribus cousines’ malmenées par l’Histoire. C’est infiniment plus que cela. C’est ce conflit, plus que tout autre, qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche l’Occident et l’Islam de se réconcilier, c’est lui qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, vers ce qu’on appelle de nos jours ‘l’affrontement des civilisations’. […] Je te le dis en pesant mes mots : c’est d’abord à cause de ce conflit que l’humanité est entrée dans une phase de régression morale, plutôt que de progrès. »

« Ce qui est certain, c’est que cette succession de débâcles a progressivement déséquilibré le monde arabe, puis l’ensemble du monde musulman. »

« …] au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a découvert l’horreur des camps, l’horreur de l’antisémitisme ; alors qu’aux yeux des Arabes, les Juifs n’apparaissent nullement comme des civils désarmés, humiliés, décharnés, mais comme une armée d’invasion, bien équipée, bien organisée, redoutablement efficace. »

« Il y a, objectivement, deux tragédies parallèles. Même si la plupart des gens, chez les Juifs comme chez les Arabes, préfèrent n’en reconnaître qu’une. Les Juifs, qui ont subi tant de persécutions et d’humiliations à travers l’histoire, et qui viennent de connaître, au cœur du vingtième siècle, une tentative d’extermination totale, comment leur expliquer qu’ils doivent demeurer attentifs aux souffrances des autres ? Et les Arabes, qui traversent aujourd’hui la période la plus sombre e la plus humiliante de leur histoire, qui subissent défaite sur défaite des mains d’Israël et de ses alliés, qui se sentent bafoués et rabaissés dans le monde entier, comment leur expliquer qu’ils doivent garder à l’esprit la tragédie du peuple juif ? »

« Les guerres ne se contentent pas de révéler nos pires instincts, elles les fabriquent, elles les façonnent. Tant de gens qui se transforment en trafiquants, en pillards, en ravisseurs, en tueurs, en massacreurs, qui auraient été les meilleurs êtres du monde si leur société n’avait pas implosé… »

« Longtemps l’idée de révolution était l’apanage des progressistes, et un jour elle a été captée par les conservateurs. »

« "C’est l’Occident qui est croyant, jusque dans sa laïcité, et c’est l’Occident qui est religieux, jusque dans l’athéisme. Ici, au Levant, on ne se préoccupe pas des croyances, mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux une forme de nationalisme…"
"Et aussi une forme d’internationalisme", ajoute Adam.
"C’est les deux à la fois. La communauté des croyants remplace la nation ; et dans la mesure où elle enjambe allègrement les frontières des Etats et des races, elle se substitue aussi aux prolétaires de les tous pays qui, paraît-il, devaient s’unir." »

L'auteur, lettré francophone gardant un vif attachement à la culture arabo-chrétienne, transparaît dans le personnage central du roman, et son point de vue narratif relie les notes et extraits de correspondance de ce dernier. Ce procédé un peu bancal permet au moins une lecture aisée et finalement agréable de l’exposé clair, explicite.
Je dois confesser qu’une certaine impression me gêne à la lecture des romans d’Amin Maalouf, un a priori peut-être, difficile à décrire : comme quelque chose de convenu, d’artificiel et de banal dans le style comme le contenu, en-deçà de la mièvrerie mais qui entache spécialement son rendu des rapports humains.
Nota bene, cette fois les extraits que j'ai retenus me semblent plus objectivement représentatifs de l'oeuvre...

« Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester ‒ quoiqu’en disent les politiques grandiloquents. […]
C’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n’y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela ; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. La magnanimité appelle la magnanimité, l’indifférence appelle l’indifférence, et le mépris appelle le mépris. Telle est la charte des hommes libres et, pour ma part, je n’en reconnais aucune autre. »

Mots-clés : #amitié #exil #guerre

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Message par topocl Dim 8 Nov - 17:32

Nos frères inattendus

Amin Maalouf 41w5lj10


Des humains, inspirés par la Grèce antique, se sont éloignés des hommes ordinaires et ont construit une civilisation élaborée, inspirée par la morale et l’intégrité, faite d’intelligence et d’humanité.

Alors que le monde se déchire et qu’on craint un conflit nucléaire fatal, ils interviennent auprès du président des USA, qui a plutôt l’habitude d’être celui qui intervient là où ça va mal à son goût. Ils ne se contentent pas de supprimer tous les problèmes liés au nucléaire, ils apportent aussi l’immortalité sur terre. Après quelques oppositions et réticences des terriens, à se voir ainsi pris en charge, tout est bien qui finit bien , car voyez-vous, quel problème avons-nous sur terre autre que la mort ? Aucun… Tout le monde s’embrasse et sous cette bonne influence, les humains vont enfin devenir responsables…

Tout cela est raconté par un  dessinateur vieillissant qui vit en ermite sur un îlot français de l’Atlantique. Il a la chance - le hasard fait quand même bien les choses - d’avoir pour voisin l’un des membres de cette secte salvatrice, et pour ami le premier conseiller du président des USA. On vit donc cette histoire à travers la distance de cet exil, qui permet à Amin Maalouf de ne pas trop se creuser pour expliquer le comment de tout cela, beaucoup de zones restent floues, pourquoi se casser la tête. En plus, j'allais oublier, il y a une belle  histoire d’amour…

Voilà Amin Maalouf, que j’ai tant aimé avec ses romans historiques, parti vers la politique-fiction à deux balles… assez pleine de bons poncifs et de longueurs, plutôt inaboutie au niveau scénario et (carrément) au niveau de la réflexion, pas génialement écrit, basé sur du style oral qui fait (mal) écrit.

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Message par Bédoulène Dim 8 Nov - 17:43

une déception quoi !

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Message par Aventin Dim 14 Fév - 17:21

Le naufrage des civilisations

Amin Maalouf Naufra10
Essai, 2019, 355 pages environ.

Toujours oscillant, tantôt spectateur engagé, tantôt historien, ce Naufrage claudique au gré des mouvements de barre de l'auteur, à mesure qu'il pose un pied devant l'autre en cherchant à tenir son équilibre sur le fil-ligne droite du livre.

L'écriture possède l'élégance de la clarté, elle est très soignée (très M. Maalouf, de l'Académie).

Naufrage ?
Celui de la civilisation proche-orientale (le Levant sous sa plume) jadis cosmopolite et ouverte. Celle du monde arabe ensuite, avec deux dates qu'il martèole, on sent qu'elles l'obsèdent, la guerre des six-jours et la révolution iranienne de 1979.
Celle du rêve européen enfin, sans doute couplé au rêve états-unien (le fameux american dream), enlisé dans sa frilosité, son petit pré carré et emprisonné dans ses murs érigés par le maçon finance.
Et surtout un occident prisonnier de ses peurs, peurs identitaires, peurs sécuritaires, les références orwelliennes peuplent le propos.

Tout ça pour en venir à un final eschatologique, et encore, cet essai fut écrit et publié avant la pandémie...

Bref me direz-vous peut-être, pour un essai, on n'apprend rien, ou si peu: passons outre, jetons ou ignorons ?
Cette récapitulation-balisage-mise en garde et en perspective est parfois horripilante, avec ses constants renvois dos-à-dos un rien sainte-nitouche, ce vieux truc de ne pas prendre parti pour paraître prendre de la hauteur, son absence d'issues; pour ma part je doute faire à l'avenir de fréquents retours à l'ouvrage.  


Si je me hasardais à puiser dans le vocabulaire de la biologie, je dirais que ce qui s'est passé dans le monde au cours des dernières décennies a eu pour effet de "bloquer" en nous la "sécrétion des anticorps". Les empiètements sur nos libertés nous choquent moins. Nous ne protestons que mollement. Nous avons tendance à faire confiance aux autorités protectrices; et s'il leur arrive d'exagérer, nous leur accordons des circonstances atténuantes.

 Cet engourdissement de notre esprit critique représente à mes yeux une évolution significative et fort préoccupante:

J'ai quelquefois parlé, dans ce livre, de l'engrenage dans lequel nous sommes tous entraînés en ce siècle. C'est au travers de cette idée d'un "blocage des anticorps" que l'on peut observer de près le mécanisme de l'engrenage: la montée des tensions identitaires nous cause des frayeurs légitimes, qui nous amènent à rechercher la sécurité à tout prix, pour nous-mêmes comme pour ceux que nous aimons, et à nous montrer vigilants dès que nous nous sentons menacés. De ce fait, nous sommes moins vigilants sur les abus auxquels cette attitude de vigilance permanente peut conduire; moins vigilants quand les technologies empiètent sur notre vie privée; mois vigilants quand les pouvoirs publics modifient les lois dans un sens plus autoritaire et plus expéditif; [...]

\Mots-clés : #contemporain #essai #historique #mondialisation #temoignage
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Message par Bédoulène Lun 15 Fév - 17:12

assez terrible l'extrait, parce que vrai ?

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Message par Aventin Mer 24 Fév - 17:01

Les échelles du Levant

Amin Maalouf Les_zo11
Roman, paru en 1996, 250 pages environ.


Étymologie et explication du titre ici.

Roman assez alerte, prenant, lu avec une célérité inaccoutumée.

Un journaliste (il n'est pas malaisé de voir l'auteur en personne derrière celui-ci) reconnaît dans les traits d'un soixantenaire un jeune homme de ses livres d'Histoire au Liban, un Beyrouthin qui a servi dans la Résistance française lors de la seconde guerre mondiale. Le suivant et parvenant à attirer son attention il réussit, en quelques jours qui sont autant de parties ou chapitres, à lui faire raconter son histoire.

Je me suis assez volontiers laissé happer par cette histoire-ci, où l'on retrouve le décor qui semble cher à l'auteur, un certain Levant (puisque l'auteur préfère, de toute évidence, cette dénomination à "Proche-Orient") inspiré, fraternel, cosmopolite, ouvert et semblant porteur d'avenir.  

Toutefois, certaines ténuités des épisodes narrés, quelques raccourcis, et aussi des développements occultés, des voies qu'on aperçoit, mais qui demeurent inexplorées et ne sont même pas tacitement suggérées, des éléments composites jetés là et autres vraisemblances qu'on admet parce que c'est une fiction mais qui eussent gagné à avoir été quelques peu chiadées, voilà qui au final laisse sur sa faim.
Sans doute y-a-t-il là un souci de conserver un caractère enlevé, léger, à la narration, mais cent pages de plus et un approfondissement façon roman XIXème et j'en fus, c'est certain, ressorti sustenté.
Autrement dit, avec un tel matériau, c'est un peu gâcher; certes, l'on n'a pas prétendu être chez Tolstoï ici, je me le tiens pour dit.

Reste le procédé littéraire, lequel offre bien des libertés: Le "je" passe du journaliste-témoin non nommé au narrateur -  Ossyane Ketabdar.
Amin Maalouf a toute latitude pour faire bien monter l'intensité dramatique, de la position du journaliste-auditeur qui a le temps face au protagoniste qui lui, ne l'a pas trop, le temps, c'est habile.
Il peut user d'un style parlé sans se le voir reprocher, et peut à sa guise jouer des circonvolutions (il n'en abuse guère) si ça lui chante.
Comment dire ?
Cela est bien et bien bon, c'est le romancier qui tire les ficelles dans sa production, c'est une affaire entendue, mais je n'atteins pas au ravissement, du coup.


Promis, je ne dévoilerai en rien l'histoire, parce qu'il s'en passe des choses et là, pour le coup, ce serait gâcher.

Allez, un petit extrait:
Partie jeudi soir a écrit: Cela dit, il faut ramener mes prétendus exploits à leur juste mesure: pas une fois je n'ai pris part à une vraie bataille.Je ne portais d'ailleurs jamais d'arme sur moi, cela aurait rendu mes déplacements hasardeux. C'est pourquoi, lorsque vous me demandiez, hier, si j'avais "pris les armes", je ne pouvais honnêtement pas dire "oui"; ni même "pris le maquis", ce ne sont pas les mots qui conviennent. J'ai surtout beaucoup pris le train ! J'ai parfois l'impression d'avoir passé la guerre dans les trains, avec ma sacoche...J'étais un postier, en somme, un facteur, le courrier de l'ombre.
  Ma contribution était utile, je crois, tout en restant modeste. Elle me convenait. N'en déplaise à la mémoirede mon père, je n'ai jamais su jouer "les dirigeants", ni les héros. Je n'ai jamais été autre chose qu'un garçon appliqué, consciencieux. Un tâcheron de la Résistance. Il en faut, vous savez...  

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