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Kazuo Ishiguro

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Message par Tristram Jeu 12 Oct - 0:09

Il faut quand même reconnaître que si je n'avais pas ouvert ce fil, il n'aurait probablement pas eu le Nobel.
Les vestiges du jour, vu par Terestchenko

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Message par Bédoulène Jeu 12 Oct - 7:17

certainement Tristram psychologique - Kazuo Ishiguro - Page 2 3933839410

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Message par églantine Jeu 12 Oct - 20:30

Rapatriement.

Les vestiges du jour

psychologique - Kazuo Ishiguro - Page 2 18035010


Je fus absolument sous le charme de cette écriture: Ishiguro a su incarner son personnage tel un comédien de théâtre .....avec un sens du détail et de la précision faisant écho d'ailleurs à la personnalité du Majordome ! Et c'est dans cette sorte de redondance que jaillit l'éclat de cette oeuvre dans laquelle pourtant il ne se passe rien !
un fil directeur tout au long du livre : la notion de "dignité" sur laquelle ce parfait "butler" réfléchit rétrospectivement au cours d'un voyage, qui lui donne pour la première fois de sa carrière ,l'occasion unique de s'extirper de sa fonction, à laquelle il s'identifie entièrement ,et de peut-être, retrouver derrière ce masque professionnel qui semble devenu sa seule façon d'exister , sa personnalité intrinsèque .....
Dégagé de ses fonctions , avançant lentement par les routes bucoliques,les conditions seraient propices à ce changement : il n'en sera rien ....malgré quelques brèches que nous laisse deviner l'auteur ....

L'état de majordome ne laisse aucune place possible à l'affect , quel qu'il soit et ce qui surprend ,c'est que notre MR STEVENS, non seulement ne semble éprouver aucune souffrance dans ce carcan imposé par la profession ,mais au contraire, être en complète adéquation avec celui-ci !Devoir , dignité , excellence .....aucune place au" badinage"(terme largement employé dans le texte)! Et si tant est que ce "badinage" soit de temps en autre sollicité par son employeur , cela doit s'apprendre consciencieusement afin de savoir donner la meilleure répartie attendue par "Sa Seigneurie" !

Cet homme passera délibérément à côté de sa vie affective , choisissant d'être un majordome dans la volonté unique d'être dans l'excellence de ses fonctions selon les critères de l'époque sans quelques remises en question.....On pourrait se poser la question de l'égo dans tout cela .....absence ou surdimension ? vaste question .....On pourrait aussi penser qu'il a choisi une solution de facilité , évitant ainsi les souffrances inhérentes à une vie affective normale .....
Un roman qui suscite des milliers d'interrogations ....à lire et relire !
et le talent d'Ishiguro , c'est de savoir donner du sens au trivial , au banal en observant rigoureusement la pensée et les actes !
Bref j'ai adoré !!!!! bravo
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Message par Tristram Ven 8 Déc - 13:31

Extraits de la conférence Nobel de Kazuo Ishiguro, intéressante du point de vue de la genèse de son œuvre, en grande partie cathartique en fonction de sa culture mixte : ici
À quoi bon écrire un roman qui ne procure rien de plus au lecteur que ce qu’il peut éprouver en allumant son poste de télévision ? Comment la fiction écrite pouvait-elle espérer de survivre face à la puissance du cinéma et de la télévision si elle n’offrait pas quelque chose d’unique, une œuvre que les autres formes de création n’étaient pas capables de réaliser ?
Vers cette époque, j’attrapai un virus et je dus m’aliter quelques jours. Lorsque je commençai à me sentir mieux, et que l’envie de dormir sans arrêt se dissipa, je découvris que le lourd objet dont la présence dans mes draps m’incommodait depuis quelque temps, était en réalité un exemplaire du premier volume d’À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust. J’entamai donc sa lecture. Mon état encore fiévreux fut peut-être un facteur, mais la première partie, Combray, me captiva totalement. Je la lus et la relus encore. Mise à part la beauté pure de ces passages, je fus fasciné par la manière dont Proust enchaînait les épisodes. L’ordre des événements et des scènes ne respectait pas les exigences habituelles de la chronologie, ni celles d’une intrigue linéaire. Au lieu de cela, les associations de pensée décousues, ou les caprices de la mémoire, semblaient entraîner le récit d’un épisode à l’autre. Parfois je me surprenais à me demander : pourquoi ces deux moments sans lien apparent étaient-ils placés côte à côte dans l’esprit du narrateur ?
Je vis soudain comment composer mon second roman d’une façon plus libre, très intéressante ; cela créerait une richesse sur la page, et introduirait des mouvements internes impossibles à capter sur un écran. Si je pouvais évoluer d’un passage à l’autre en fonction des associations de pensée du narrateur et de la fluctuation des souvenirs, je réussirais à composer une œuvre à la façon d’un peintre abstrait qui choisit l’emplacement des formes et des couleurs sur une toile. Je pouvais juxtaposer une scène survenue deux jours auparavant à une séquence remontant à vingt ans, et demander au lecteur de méditer le rapport entre les deux. De cette manière, pensais-je, il me serait possible de laisser entrevoir les multiples strates du déni et de l’aveuglement qui brouillaient la perception que chacun de nous a de son moi et de son passé.

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Message par Tristram Lun 22 Mar - 13:05

Les Vestiges du jour

psychologique - Kazuo Ishiguro - Page 2 18035010

Une fois n’est pas coutume, j’ai le film en mémoire – et un peu trop ?! Le souvenir de la prestation des acteurs de ce scenario fort original nuit à celle d’Ishiguro ; bien évidement, il faudrait lire le livre avant de voir sa transposition à l'écran.
Stevens, (grand) majordome d’une maison « distinguée », fait preuve d’un dévouement total, d’une rigueur pratiquement sans défaut dans son appartenance à un univers social désuet, dépassé – de dignité dans sa subordination à laquelle il se conforme le plus exactement possible, incarnant jusqu’à l’abnégation son idéal professionnel. De même que celui d’un aristocrate, c’est un rôle à vie (cf. le père, lui-même majordome, devenu sénile et toujours en service).
« Un majordome d’une certaine qualité doit, aux yeux du monde, habiter son rôle, pleinement, absolument ; on ne peut le voir s’en dépouiller à un moment donné pour le revêtir à nouveau l’instant d’après, comme si ce n’était qu’un costume d’opérette. Il existe une situation et une seule où un majordome qui se préoccupe de sa dignité peut se sentir libre de se décharger de son rôle : lorsqu’il est entièrement seul. »
Stevens garde la réserve toujours à l’esprit (il vante la retenue du paysage anglais, qu’il considère comme supérieur alors qu’il n’en connaît pas d’autre), et se caractérise par une stoïque maîtrise de soi.
Cette fierté pleine de morgue transposée dans la servitude féale inclut donc la nation (l’Angleterre actuelle n’est d’ailleurs pas encore totalement affranchie du servage) :
« On dit parfois que les majordomes, les "butlers", n’existent qu’en Angleterre. Dans les autres pays, quel que soit le titre utilisé, il n’y a que des domestiques. »
Cette profession le place parfois bien près du déroulement de l’Histoire (lors des tractations pour alléger les sanctions du traité de Versailles dans le premier après-guerre) :
« Certains d’entre eux estimaient, comme Sa Seigneurie elle-même, que l’on avait manqué de fair-play à Versailles et qu’il était immoral de continuer à punir une nation pour une guerre qui était maintenant révolue. »
L’attachement à la valeur morale de l’employeur, plus qu’à sa noblesse de sang comme auparavant, conduit même à s’efforcer d'être utile à l’humanité au travers d’un personnage important, en servant près « du moyeu de cette roue qu’est le monde ».
« "Cet employeur incarne tout ce que je trouve noble et admirable. Dorénavant, je me consacrerai à son service." Cela, c’est de la loyauté jurée intelligemment. Où est l’absence de "dignité" dans cette attitude ? On accepte simplement une vérité inéluctable : que les gens comme vous et moi ne seront jamais à même de comprendre les grandes affaires du monde d’aujourd’hui, et que le meilleur choix est toujours de faire confiance à un employeur que nous jugeons sage et honorable, et de mettre notre énergie à son service, en nous efforçant de nous acquitter le mieux possible de cette tâche. »
Cette ambition est plutôt déçue avec le maître de Stevens, Lord Darlington, manipulé par Hitler dans l’entre-deux-guerres (mais à la mémoire duquel il restera loyal).
« Herr Hitler n’a sans doute pas eu dans ce pays de pion plus utile que Sa Seigneurie pour faire passer sa propagande. »
Son comportement est particulièrement distant et emprunté avec Miss Kenton, l’intendante.
Le comble de la rigidité mentale est atteint avec ses efforts pour s’exercer au badinage que semble lui suggérer son nouvel employeur, un homme d’affaires américain (entraînement reporté non sans humour par Ishiguro, comme l’absurde mais rituel entretien de l’argenterie).
« Il me vient à l’idée, de surcroît, que l’employeur qui s’attend à ce qu’un professionnel soit capable de badiner n’exige pas vraiment de lui une tâche exorbitante. Bien entendu, j’ai déjà consacré beaucoup de temps à améliorer ma pratique du badinage, mais il est possible que je n’aie jamais envisagé cette activité avec tout l’ardeur souhaitable. »
Sa raideur psychique ne lui permet pas de s’émanciper de l’élitisme :
« La démocratie convenait à une ère révolue. Le monde est devenu bien trop compliqué pour le suffrage universel et toutes ces histoires. Pour un parlement où les députés se perdent en débats interminables sans avancer d’un pas. Tout ça, c’était peut-être très bien il y a quelques années, mais dans le monde d’aujourd’hui ? »
Le style guindé rend parfaitement les déférentes circonlocutions de Stevens, même lorsqu’il pense (essentiellement à son service).
L’autoportrait du majordome par Ishiguro est magistral, et il pousse à des réflexions sur de possibles perspectives allégoriques sur la vie en société, le conformisme, etc.
Au soir de sa vie de majordome, c’est un bilan peu satisfaisant de son existence qui justifie le titre : gâchis de sa vie affective, d’abord avec son père, et déceptif don absolu à « Sa Seigneurie ».

\Mots-clés : #portrait #psychologique #social #traditions #xxesiecle

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Message par Avadoro Lun 22 Mar - 22:37

Je te rejoins sur la difficulté à appréhender le livre après le film, alors que des scènes et interprétations restent en mémoire.
Mais le style d'Ishiguro, dans sa délicatesse et sa précision, donne vie à ce morceau rare d'introspection entre retenue et de don soi, alors que les regrets apparaissent au milieu des silences.
Et l'imbrication de la grande histoire dans cet édifice intime crée un écho d'une troublante justesse.
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Message par Tristram Lun 22 Mar - 22:58

Oui, un texte d'une grande richesse (forcément incommensurable à celle du film), surtout compte-tenu du sujet, assez anecdotique de prime abord.
Ainsi, j'ai à peine évoqué l'important duo avec Miss Kenton, en grande partie parce que je n'ai pas pu me faire une opinion claire : se sont-ils désirés, voire aimés, jusqu'à quel point au-delà du respect de la professionnalité de l'autre et de la bonne entente ? D'ailleurs les sautes d'humeur dans cette concorde relative sont évidemment révélatrices, devant plus à la défiance de soi qu'envers l'autre, mais encore ?

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