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Louis Guilloux

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Message par Bédoulène le Dim 4 Déc - 18:24

Louis Guilloux (1899-1980)

Louis Guilloux Louis-10

Louis Guilloux, né à Saint-Brieuc le 15 janvier 1899 et mort le 14 octobre 1980 dans la même ville, est un écrivain français.
Depuis 1983, un prix littéraire porte son nom. ainsi qu’un Prix  Louis Guilloux des Jeunes créé en 1994 par la Société des Amis de Louis Guilloux.
Louis Guilloux naît à Saint-Brieuc en 1899, d'un père cordonnier et militant socialiste, comme Guilloux le raconte dans La Maison du peuple. Malgré quelques séjours à Paris et Angers, toute sa vie durant il reste attaché à sa ville natale, dans laquelle il situe l'action de plusieurs de ses romans.

Grâce à une bourse il entre au lycée de Saint-Brieuc actuellement collège Anatole Le Braz. Il s'y lie d'amitié avec le professeur de philosophie Georges Palante, dont il s'inspire pour composer le personnage de Cripure, pathétique héros du Sang Noir. Il découvre Romain Rolland, alors très lu par les jeunes, et Jules Valles dont il partagera la révolte. Durant la Première Guerre mondiale, en 1916, il est surveillant d'internat.
Il rencontre en 1917 Jean Grenier, futur professeur d'Albert Camus et philosophe. Après l'armistice, on lui confie un poste de répétiteur au Lycée Gerson1.

En 1920, sa vocation d'écrivain prend naissance ; il commence à écrire des récits et des contes qui sont ensuite publiés dans des journaux (Le Peuple, Ce soir...). En 1922, il devient « lecteur d'anglais » et traducteur pour le journal L'Intransigeant. Plus tard, il devient le traducteur de l'écrivain Margaret Kennedy, mais également de l'auteur noir américain Claude McKay (Home to Harlem), de John Steinbeck pour Les Pâturages du ciel (1948), et avec Didier Robert, d'une partie de la série des Hornblower, romans de marine de C. S. Forester2.

Il épouse Renée Tricoire en 1924. Par l'intermédiaire d'André Chamson, il rencontre Daniel Halévy, directeur de la collection Les Cahiers verts chez Grasset, et d'autres écrivains dont Max Jacob, avec lequel il se lie d'amitié.

Son premier roman La Maison du peuple paraît chez Grasset en 1927.
Auteur engagé, il signe la pétition parue le 15 avril 1927 dans la revue Europe contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux d'Alain, Raymond Aron, Lucien Descaves, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine… En 1935, il participe au 1er congrès mondial des écrivains antifascistes et en devient le secrétaire, puis devient responsable pour les Côtes-du-Nord du Secours rouge, ancêtre du Secours populaire, qui vient en aide aux chômeurs et aux réfugiés espagnols.

Son œuvre la plus célèbre Le Sang noir
manque de peu le Prix Goncourt en 1935. Dans ce roman qui se déroule sur une journée, en 1917, certainement à Saint-Brieuc même si la ville n'est pas nommée, Guilloux à travers un singulier professeur de philosophie, Cripure, souvent moqué par ses élèves et par les habitants de la ville dénonce la situation tragique d'une jeunesse sacrifiée à la guerre. Même si le cadre est à l'écart du front, Le Sang noir se déroule dans le climat pesant de la Première Guerre mondiale, et Guilloux évoque une émeute de conscrits ainsi que les exécutions des mutins, notamment du Chemin des Dames.

Le roman est remarqué par André Malraux qui lui consacre dans Marianne un important article intitulé "Le sens de la mort", puis par André Gide, qui en 1936 invite Guilloux à l'accompagner dans son célèbre voyage en URSS.
Durant la Seconde Guerre mondiale, sa maison de Saint-Brieuc au 13 rue Lavoisier est un lieu de rencontre de résistants, les miliciens viennent y arrêter une résistante qu'il héberge. En 1942, il écrit Le Pain des rêves. À la Libération il est interprète pour les tribunaux militaires américains. 1945 marque la naissance de son amitié avec Albert Camus;
Le complexe et foisonnant roman Le Jeu de patience remporte le prix Renaudot en 1949.Suivent Parpagnacco en 1954, Les Batailles Perdues en 1960, La Confrontation en 1967.
En 1972, il signe pour la télévision l'adaptation des Thibault de Roger Martin du Gard, et en 1973 celle de trois récits de Joseph Conrad, La Ligne d'ombre, La Folie Almayer et Freya des sept îles.
En 1976 est publié Salido suivi de OK Joe, puis en 1978 Coco perdu, et les Carnets 1921-1944 (1978).
Il meurt le 14 octobre 1980 à Saint-Brieuc.

Bibliographie :

La Maison du peuple
Dossier confidentiel
Compagnons
Souvenirs sur Georges Palante
Hyménée
Le Lecteur écrit, compilation de courriers de lecteurs du journal
Angélina
Le Sang noir
Histoire de brigands, récits
Le Pain des rêves
Le Jeu de patience
Absent de Paris
Parpagnacco ou la Conjuration
Les Batailles perdues
Cripure, pièce tirée du Sang noir
La Confrontation
La Bretagne que j'aime
Salido, suivi de OK Joe
Coco perdu
Carnets 1921-1944
Œuvres posthumes
Grand Bêta, conte
Carnets 1944-1974
L'Herbe d'oubli, mémoires

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Message par Bédoulène le Dim 4 Déc - 18:27

L'Herbe d'oubli

Louis Guilloux 41f8v610


légende : L'herbe d'oubli qui égare et trouble l'intelligence (Louis élève au Collège a commis une erreur de jeunesse et c'est vers la quarantaine seulement qu'il a pu l'avouer)

Un récit que je n'oublierai pas. Guilloux raconte son enfance, son adolescence, sa vie de jeune homme et de temps en temps s' y glisse une parenthèse  qui concerne un fait d'actualité par lequel il se sent concerné.

Même s'il a fréquenté beaucoup d'intellectuels j'ai le sentiment que Guilloux aime la solitude, les promenades esseulées.

C'est une belle peinture qu'il nous offre de la ville de Saint-Brieuc, des personnages qui peuplent les rues de son enfance. Une enfance dans une famille pauvre (leur logement était toujours précaire, chassés tantôt par "les Chouans" parce que son père est membre de la S.F.I.O., ou parce qu'étant cordonnier son marteau dérange etc...) mais honnête.

Le jeune Louis ne pouvant pas devenir un ouvrier (comme son père voyait en lui son successeur) à cause d'une maladie qui a abîmé sa main, c'est donc dans les études qu' est envisagé son avenir. Il aura beaucoup de soutien soit pour les études, soit pour ses premiers emplois et ce n'est qu'à la trentaine qu'il considèrera que son travail d'écriture exige aucune digression.

L' engagement de son père à la Maison du Peuple, les personnes misérables qu'il rencontrera dans sa ville, puis la période de guerre (même si personnellement il n'en a pas souffert) sensibiliseront Louis à la condition des ouvriers et des humbles.

Les annexes et les notes du livre sont très intéressantes car elles explicitent les évènements, lieux et personnes dont l'auteur fait allusion, sa responsabilité départementale : pour le Secours Rouge, avec un membre du PC employé de la SNCF dans la création des Comités de chômeurs.
Ses amitiés avec Palante, Lambert, Jean Grenier, Jean Etienne, Malraux, Camus, Gide.....

J' apprécie les ressentis de l'auteur par rapport aux oeuvres de ses confrères, je piocherai d'ailleurs dans quelqu'uns des livres cités.

L'écriture est fluide, il sait choisir le mot qui donne tout l' intérêt à la phrase sans besoin d'artifice. La lecture est donc très agréable et je n'ai qu'une hâte, la prochaine !


Extraits :

[...]que Mme Gallais était tcomme Joséphine Holtz) originaire de l'Alsace, que nous reprendrions aux Prussiens quand nous serions grands. Que d'injustioces à réparer ! Et cette révolution dont mon père et ses camarades parlaient tant, ce grand bonheur promis de la réconciliation universelle autour des armes brisées ?

Les souvenirs ont leur vie propre, ils changent, vieillissent comme nous-mêmes, mais pas en même temps, ils se fanent, certains meurent avant nous, parfois ils dorment. On sait tout cela et qu'il ne faut pas les brusquer.

La jeunesse est un temps merveilleux qui aboutit presque toujours à une trahison de soi- même dont on ignore comment elle s'est faite, et dont le reste de la vie se passe à contempler les conséquences dans un consentement dont on ne s'étonne même plus.

Nous nous ferions laboureurs, nous apprendrions à tisser la toile, nous nous ferions potiers. Nous redeviendrions des artisans. Quelle exaltation à la pensée que , par une décision si facile - il n'était que de la prendre - nous rentrerions dans un ordre qui, depuis des siècles, avait été celui de nos pères e que nous avions été les premiers à rompre : l'ordre qu'exige le travail quotidien. Cet ordre même, où l'homme est lié à la semence et à l'outil, le plus fécond pour l'esprit. Là était la grande question. C'était en cela principalement que le retour à une vie modeste, modelée sur le rythme des saisons, nous paraissait nécessaire.

"message rapatrié"


mots-clés : #autobiographie


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Message par Nadine le Dim 4 Déc - 18:42

Ah le sang Noir ! j'ai beaucoup aimé !
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Message par Bédoulène le Lun 5 Déc - 18:59

Nous avons fait une LC Nadine

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Message par Nadine le Mar 6 Déc - 19:44

bravo ! je ne connais aucun autre titre de lui mais ç'avait été une lecture pleine d'humanisme comme j'aime.
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Message par Tristram le Mer 1 Jan - 23:39

Le Sang noir

Louis Guilloux Le_san10

« Ce surnom vient de ce qu’il parle beaucoup de la Critique de la Raison pure, dont les élèves ont fait la Cripure de la Raison tique, d’où : Cripure. »
Cripure est un étrange personnage, ambigu, ambivalent : infirme esseulé, excentrique méprisé et méprisant, professeur de philosophie et auteur raté, amoureux trahi, révolté contre la société et qui ne croit pas même à l’humanisme, ce qui rend le personnage intéressant, c’est que cet anticonformiste rempli de contradictions se reconnaît lui-même défaillant dans son orgueil blessé : lâche, il ne vaut pas mieux que les autres, qu’il hait. Guilloux fait référence à Rousseau à son propos. Ses ruminations morfondues, ses hallucinations alcoolisées et ses cauchemars culminent avec les apparitions du mystérieux Cloporte.
« Je détruis toute idole, et je n’ai pas de Dieu à mettre sur l’autel. Il faut avoir une bien piètre expérience de la vie pour oser croire à de pareilles foutaises. Les paradis humanitaires, les Édens sociologiques, hum ! Qu’il attende seulement d’avoir quarante ans, et d’être fait cocu par la femme aimée. Ensuite, on en reparlera. »

« Tant qu’il avait cru mépriser le monde, comme il avait été fort ! Mais le monde se vengeait. Cripure mesurait aujourd’hui combien il lui avait été facile de se poser en adversaire. Désormais, cette attitude n’avait plus aucun sens. L’aventure humaine échouait dans la douleur, dans le sang. Et lui, qui avait toujours prétendu, comme à une noblesse, vivre retranché des hommes et les mépriser, il découvrait que le mépris n’était plus possible, excepté le mépris de soi. »
Mais le malheureux (et attachant) Cripure n’est pas le seul personnage, s’il reste le principal : toute une société croquée sans concession gravite autour de lui, de Maïa la godon, sa servante-concubine (Basquin, son amant, la pousse à épouser Cripure ‒ pour le pognon), à Lucien le jeune rescapé qui veut changer la vie (c'est un idéaliste ‒ socialiste ‒ marqué par Cripure, ce dernier ayant aussi une certaine influence sur Moka le répétiteur, presque aussi toqué que son « maître »). Il faut également citer Kaminsky le cynique (plus même que l’auteur ?), et surtout les caricaturaux Babinot et Nabucet : le va-t-en-guerre le plus stupide et le manipulateur le plus abject d’une monstrueuse comédie humaine. Ils sont si nombreux qu’on pourrait parler de roman choral, et d’ailleurs le point de vue du narrateur n’est pas toujours celui de Cripure.
« Il compensait ainsi l’amertume de n’avoir jamais pu mettre les pieds dans les grands bordels trop coûteux de Paris, ce qui, avec le désir de fumer au moins une fois de l’opium, et celui d’être juré pour assister à un débat à huis clos sur une affaire de mœurs (autant que possible : le viol d’une petite fille) formait à peu près l’essentiel de ce qu’il eût voulu obtenir de la vie. »
Satire d’une province bourgeoise pendant la Première Guerre mondiale (Guilloux évoque à propos Bouvard et Pécuchet).
« ‒ Des taudis.
‒ C’est le mot juste.
‒ Mais, où iront loger tous ces gens-là, quand on aura démoli leurs maisons ?
‒ Ils chercheront d’autres logements, mon cher. Ils feront comme tout le monde. Que veux-tu que nous y fassions ?
Le bon sens dicta au Capitaine cette réflexion, qu’il eût été juste de leur en bâtir quelque part de nouvelles.
‒ Elles seraient aussi sales que celles-ci au bout d’un mois, répliqua Nabucet. »
Une fois encore, je trouve saisissant que ce qui diffère vraiment de notre époque dans les années dix, c’est le duel ‒ comme l’effarant détail qui ferait soupçonner un univers parallèle.
Un principal "message" de l’auteur, c’est que l'holocauste dans la guerre d’une jeune génération flouée est l’œuvre monstrueuse de la société elle-même.
« Plus il y réfléchissait, plus il se disait que la jeunesse est incroyablement dupe, une fois sur mille, et pour le reste consentante. »

« La vérité, c’est qu’il avait été comme tous les enfants, un enfant écrasé, puis un jeune homme et un homme écrasés, à qui on avait commencé de voler la vie en détail avant de tenter le grand coup de la lui voler en bloc. »

« Mais si j’suis pas tué, j’irai à la prochaine permission. »

« C’était pas son pognon mais ça lui faisait quelque chose quand même. Mille balles ! C’était toujours mille balles de foutues… Amédée n’aurait pas le temps de les dépenser avant d’arriver au front et il pouvait être tué le jour même. Et puis même sans ça, quoi… »
L’abjection de la tuerie organisée apothéose dans le poignant épisode de l’insurgé fusillé, qu’on ne connaît que par la souffrance des rares personnes faisant preuve d’humanité dans le roman, ses parents et le député Faurel.
Une autre récurrence, avec l’incessante dénonciation de l’hypocrisie, ce sont les exactions envers les femmes (mésalliées, prostituées, quand il ne s’agit pas de mineures abusées).
Une sorte de prémonition en filigrane, des allusions avant-coureuses augurent la fin de ces vingt-quatre heures de Cripure.
Dans cette misère générale, l’influence de la littérature russe (Dostoïevski, Gogol) est patente ; Guilloux, après Barbusse, a un regard pessimiste assez proche de celui de Céline dans le Voyage sur la guerre et la condition humaine.
« Le monde est absurde, jeune homme, et toute la grandeur de l’homme consiste à connaître cette absurdité, toute sa probité aussi. »
(Ayant réfléchi sur ce terme un peu désuet de "probité", il m’a semblé que Camus aurait apprécié cette sentence.)
« Les livres, peut-être, qui lui avaient tourné la tête. »
Le roman est suivi dans mon exemplaire d’une nouvelle, Douze balles montées en breloque, qui montre la fille d’un fusillé refuser sa réhabilitation tardive (on avait considéré que ce Breton ne parlant pas français s’était volontairement blessé à la main droite).
« Ce serait comme si Le Bihan consentait à sa propre mort, et pardonnait à ses bourreaux. »

Mots-clés : #mort #premiereguerre #social #xxesiecle

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Message par Bédoulène le Jeu 2 Jan - 7:14

des souvenirs remontent, merci Tristram !

je ne crois pas avoir eu dans mon exemplaire (de la BIB) la nouvelle mais le sujet me dit de voir de plus près.

récup d'un LC faite dans un autre lieu :

"la page d'entrée nous dit que le personnage de Cripure est inspiré de Georges Palante (pas pour la crasse hein !) en fait si vous lisez la bio de Palante vous verrez qu'il était atteint d'une maladie grave et que les souffrances endurées l'ont amené peu à peu à se replier et à refusé de voir ses amis (lu dans l'Herbe d'oubli)"

ce que j'en disait : Le dialogue entre Faurel et Lucien à propos de Cripure est riche de valeurs. Ce que dit Lucien est, pour moi, une interrogation essentielle pour l'Individu.

"Il ne s'agit pas de savoir si l'on doit vivre ou mourir, aimer ou haïr. Il s'agit de savoir au nom de quoi ?"

extraits :

"Cet amour de la Patrie en lui profond, il ne pouvait pas plus l'avouer que le reste, car il n'était point d'accord avec eux sur la façon d'aimer son pays. Et dans une époque où ils n'avaient que cet amour-là aux lèvres, où du matin au soir il n'était question que de la France, Cripure, seul, ne pouvait pas parler de la France et il en souffrait, rejeté ici comme ailleurs à sa solitude ou à sa comédie. Car il fallait bien faire semblant d'aimer la France à leur manière."

"Ah, mon Général, donnez-moi une botte à lécher, rien qu'une ! Et si par bonheur il vous en restait une vieille dont vous ne vous serviriez plus, mon Général, faites moi la grâce de me l'offrir, je l'emporterai chez moi, je lècherai à domicile."

"Non, pas des rubans. En bonne justice il faudrait leur remettre aux uns une tête, aux autres une jambe ou un bras. Hein ? Que serait cette Mme Faurel avec la tête de son valet de chambre accrochée par les cheveux à son sein ? Et Nabucet, avec une jambe rivée à la boutonnière de sa requimpette ? ..............."

"Le Comte de Trinquaille, grand chasseur, gros mangeur, grand fumeur, gros buveur, grand propriétaire terrien, et gros fainéant, grand trousseur de filles, gros et gras en tout, en tout aimant le gros et le gras. Ce gros descendant d'une grande et grasse famille s'était pris un jour d' amour pour notre petite ville en même temps que pour une veuve, et comme, chose étrange, il ne possédait rien en cette ville, il avait fait construire, avec l'argent volé à ses fermiers, ce château."


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Message par Bédoulène le Jeu 2 Jan - 8:32

La confrontation

Louis Guilloux 41jd1r10

je retrouve ce petit commentaire alors que j'avais complètement oublié cette lecture (?) donc ai-je trouvé l'entrée dans cette lecture ?

Il s'agit d'une confrontation avec soi-même, un huit clos où seuls les souvenirs font témoignages. Ajout : le récit se présente comme l' enquête proposée à un détective privé.

Résumé par Gallimard :
Spoiler:
Plus court que le sang noir ou le jeu de patience, ce roman révèle un guilloux épuré, arrivé à l'essentiel, au meilleur. Sous les apparences d'une enquête, confiée à un quelconque policier privé, " l'inspecteur ", et qui concernerait un certain gérard ollivier, né à laval, c'est d'une très belle et très profonde introspection qu'il s'agit. peu à peu, l'inspecteur et celui qui demande l'enquête, et qui en est l'objet, se fondent en un seul personnage, non identifiable en apparence, et qui est l'auteur. c'est un jeu de miroirs, mais de miroirs légèrement décalés, pas exactement parallèles. De l'entrée en matière modeste, presque banale, à la dernière page qui est une sorte de " prière sur l'acropole ", il se produit une montée lyrique du récit, peu à peu. cette histoire simple et humble est une oeuvre d'art.
Mais n'y-a-t-il pas danger à se découvrir ? cet homme qui se recherche saura-t-il le faire honnêtement, que va-t-il invoquer ?

Quel fait a déclenché cette enquête ?

"Il est probable qu'une certaine attente, qu'un certain espoir demeurent en nous jusqu'à la fin contre tout bon sens... Pendant combien d'années ai-je attendu une dernière lettre qui n'est jamais venue ? Que crois-tu donc que j'étais en train de faire rue Saint-Louis-en-l'île jetant au feu ce que tu prenais pour les "archives" de l'inspecteur Favien ?"

Que de questions, mais y-aura-t-il une réponse ? Existe-t-il une réponse ?

C'est une exigeante confrontation que celle-ci, une qu'on voudrait fuir mais qui vous rattrape un jour

"Ecoute : tu m'as contraint à faire ce que je ne voulais pas faire, à reparcourir tous mes chemins perdus, à retrouver au fond de moi-même tout ce que je croyais y avoir enseveli comme on ensevelit les morts. Tu nous a provoqué l'un et l'autre à une fausse résurrection d'où pour ma part j'ai conçu un nouvel effroi. Reprends ce trésor, que voilà sur la table, Gérard ! Celui dont tu parlais n'est qu'en toi-même. Taisons-nous désormais. Ne mettons pas trop les points sur les i."

Et après ?  la scène est terminée, le rideau est baissé, les masques sont tombés mais il faut continuer ; libéré ? c'est possible, c'est la vie, c'est un homme.

"Comme serait le chahut des prisonniers dans leur prison les matins où l'on emmène l'un d'entre eux pour l'exécution capitale. Ecoute ! On dirait qu'on frappe du pied du poing contre les portes des cellules ! A qui le tour aujourd'hui ? A qui sera le tour demain ? N'entends-tu pas comme des bruits de chaînes qu'on secoue ? N'entends-tu pas les jurons au milieu des prières ? N'entends-tu pas ces accusations et ces plaintes ? Attends ! Cela va passer ! Tout va rentrer dans l'ordre, et tu entendras les pattes des pigeons. Viens par ici. Viens, donne-moi la main. Dresse-toi sur ce petit balcon et regarde par là peut-être aurons-nous la chance de voir se lever le soleil."

Dans ce récit l'écriture de l'auteur est nettement plus sobre, l'essentiel, juste l'essentiel. Quelle maîtrise dans ce récit,  un duel d'homme à homme (du moi à moi)

à la prochaine lecture

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche


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Message par Tristram le Jeu 2 Jan - 10:58

Effectivement, Le Sang noir est fortement inspiré de Georges Palante, philosophe nietzschéen et libertaire, qui était atteint d'acromégalie, ami de Guilloux, et s'est suicidé (il a aussi été au moins lu par Camus). L'ouvrage est également vivement inspiré de Saint-Brieuc et sa petite société, où Palante et Quilloux ont été respectivement maître et élève...

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Message par Nadine le Ven 17 Jan - 22:23

J'avais loupé la suite de ce fil depuis l'autre fois, merci à vous pour ces retours.

C'est un grand livre.

En passant, je me souviens d'une scène d'amour avec Maïa qui m'avais beaucoup plu. C'est un coït qu'on dit à la hussarde, mais j'avais trouvé ça beau. Je l'ai lu jeune et obscurément j'avais trouvé que si Cripure avait biffé l'amour trahi, il n'en restait pas moins qu'il en vivait un vrai, encore. Il m'avais semblé que Guilloux l'avait voulu dire.
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Message par Tristram le Ven 17 Jan - 23:06

A la hussarde effectivement, plutôt sordide, et d'entrée dans le livre. Mais je ne suis pas certain qu'on puisse parler d'amour _ encore qu'il se cache parfois bien, puisque Maïa suivra son corbillard, nonobstant tout le mépris que lui aura témoigné Cripure...

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Message par Nadine le Sam 18 Jan - 9:22

Je sais pas , je ne trouve pas ça sordide. C'est bien écrit, et place d'entrée les noeuds compliqués qui assaillent Cripure. Guilloux met en valeur la manie de mépriser qu'il a , plutôt que de suggérer qu'il la mépriserait vraiment.
J'ai observé , enfant, certains ménages qui ainsi se coiffaient de noms d'oiseaux, aux rapports âpres. A la campagne, dans ma famille. Je sais que j'ai une tendance à valoriser au prix parfois de la lucidité, mais cette leçon de vie là , intime, d'aimer des gens qui n'ont pas les codes de la tendresse, bourrus, avait été de voir qu'ils aimaient pourtant. Je le sentais. J'avais accès d'instinct à eux. C'étaient des proches.
Du coup, le roman de Guilloux, en plus de sa force de message sur cette période du XXeme, m'avais beaucoup frappé parce qu'il brossait ce genre de vérité, pour moi, à travers Maïa et Cripure, sans ce côté folklorique ou roman ruralo provincial. Non décidément,; comme Maïa ne passe pas pour simplette non plus, le mépris de cripure, pour justifié, c'est un résultat subtil. Vous me donneriez envie de le relire une troisieme fois... Enfin Maïa et lui ce n'est pas non plus le coeur du roman. Elle apparait comme catalyse de ses frustrations je crois. Une vision assez pertinente de ce que peut être d'ailleurs un couple, peut être, au fond.

Début du roman a écrit:Maïa entra, en claquant des sabots. pas le moindre souci du dormeur étendu tout habillé sur le divan, ses petits chiens près de lui : elle savait bien qu'il ne dormait point.
"Que vient-elle faire ici?" Elle s'arrêta au milieu de la pièce, fit un geste comme pour aller ouvrir les persiennes, et se ravisa.
Sur une petite table de chevet, près d'un livre ouvert et d'un tas de copies barbouillées d'encre rouge, sa corbeille. Elle se pencha, fouilla. "Qu'est-ce qu'il lui manque? Une aiguille? Une boule de bleu ?"
Elle ne savait pas lire, pourtant cela le gêna de penser qu'elle pouvait voir ses copies. Salauds de potaches ! Ils avaient encore trouvé le moyen de se foutre de lui. L'un d'eux, en travers d'une page, avait tracé à grandes lettres "Cripure !". "Je m'appelle Merlin !" Combien de fois ne s'était -il pas écrié "Je m'appelle Merlin !" en frappant de grands coups de point sur la chaire. Oui. Et puis après ?, ça les faisait plutôt rigoler. Ils n'en mettaient que plus d'acharnement à lui crier dans le dos "Crip...Crip...Cripure ", à écrire au tableau son surnom. Sale racaille ! Et ça durait depuis tant d'années !
Maïa fouillait toujours.
C'était long.
Certes il n'avait pas envie d'elle en ce moment. Sa main pourtant se crispa sur la hanche de la gothon, descendit , atteignit le rebord de la jupe, disparut. Il chassa les petits chiens, attira Maïa. La corbeille se renversa, des boutons roulèrent. maïa posa sur la table le journal plié en chapeau de gendarme dont elle se coiffait pour faire son ménage, et sans un mot elle escalada le divan.
Il se jeta sur elle comme du haut d'un mur, les yeux toujours fermés, avec un cri rauque, mais joué. "Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi ? " pensait-il.
Mireille, la belle épagneule, tirait sur un pan de la couverture en grognat; turlupin, avec des aboiements plaintifs, bondissait dans la pièce; Petite crû jappait, de sa voix criarde et précipitée; le gros Judas, boule noire et aveugle, errait.
C'est-il fini? dit Maïa.
Il se souleva. Elle glissa à terre. Cripure, à genoux sur le divan, les cuisses nues, les poings enfoncés dans un coussin, se mit à l'injurier, écarlate. une manie qu'il avait.
-Tu as roulé dans tous les fossés du pays...
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Message par Bédoulène le Sam 18 Jan - 10:41

@ Nadine : " mais cette leçon de vie là , intime, d'aimer des gens qui n'ont pas les codes de la tendresse, bourrus, avait été de voir qu'ils aimaient pourtant"

d'accord avec ce que tu dis !

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