Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Le deal à ne pas rater :
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Henri Calet

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Message par Louvaluna le Sam 21 Juil 2018 - 22:20

@ArenSor a écrit:
@Tristram a écrit:Question bateau : par quel Calet commencer ?
En ce qui concerne le bateau, je privilégierais plutôt Boulogne-s-mer que Calet. captivite - Henri Calet - Page 2 992762890
J'adore ! captivite - Henri Calet - Page 2 3064796832

Fions-nous au hareng ! Pour ce qui est du monde marin et de ses voies navigables, c'est sûr, il est calé ! captivite - Henri Calet - Page 2 1252659054
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Message par bix_229 le Mer 25 Juil 2018 - 19:35

captivite - Henri Calet - Page 2 Peau_d10


Peau d' ours est le titre d' un roman que Calet n' a jamais écrit parce qu' il n' a pas eu le temps et qu' il était talonné par la mort.
Entre autres problèmes.
L' ami  qui était en possession des matériaux que Calet laissa décida de les publier tels quels.
A lire ces brouillons, on peut avoir l' impression d' etre un peu un voyeur.
Ces lambeaux de vie étaient souvent intimes et Calet était discret et pudique.


Au  cours de ses dernières années, sa vie partait en éclats.
Calet aimait les femmes. Beaucoup. Les passantes dans la rue, en public, partout.
Et c' était souvent réciproque.
Il en était entouré, mais cela ne le rendait pas forcément heureux.
Au contraire, sa faiblesse meme le mettait en contradiction avec lui-meme.
Il était cerné par les conflits, les jalousies, les scènes.
Forcément.


L' être qu' il aimait le plus était son très jeune fils qu' il ne voyait qu' épisodiquement à cause du divorce avec la mère de l' enfant.
La dernière année, la maladie de cœur qu' il portait en lui par le poids de l' hérédité finit par l' emporter.
Il aimait pourtant la vie, Calet et n' avait pas envie de mourir.
Trop de regrets, de nostalgies, de ratages.

Il est mort le 14 juillet 1956 à 3 heures du matin.
Comme il le confiait à un ami un certain jour de 1955 : "J' ai vendu la peau de l' ours avant de l' avoir tué."

Ceux qui n' aiment que les oeuvres accomplies n' apprécieront peut être pas ces annotations très simples.
Ceux qui aiment Calet, au contraire, les aimeront beaucoup.
C' est mon cas.
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Message par Bédoulène le Jeu 26 Juil 2018 - 7:41

merci Bix, je me procurerai donc Peau d'ours !

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Message par bix_229 le Jeu 26 Juil 2018 - 22:03

La Peau de l' ours


Je vous propose quelque une de ces notes posthumes, sans les dater
ni les commenter.


- Le présent indicatif - impératif précieux :
Je suis, tu es - on le respire, on l' expire - il n' est plus.


- Couvert de dettes, comme on dit couvert de poux, mangé par la vermine.


- On vous apprend à ne plus etre, vous etes un pauvre type, on vous
contredit, on vous commande, vous ne pouvez plus avoir raison.


- Un samedi après-midi après rangment : larmes.


- Le crépuscule : chaque fois un spectacle miraculeux. J' en parle comme
un aveugle qui parlerait du jour.


- Je suis, tu es.
On s'aime, on se hait.
Il l' aime, elle le hait.
Nous nous disputons - Vous vous déchirez.
Ils (ou elles) se haissent - se détestent - s'oublient.
Il n'est plus.


- Le mot "songe-creux"... Idée d'esquif, de pirogue, de bois creusé, évidé... Aller au fil de l'eau.


- La fin de la neige.
- Après moi, l' herbe ne pousse plus.


- L' homme qui tombe tuoujours mal, qui eut pu tomber bien. Celui
qui ne sait pas parler aux femmes, qui ne parle que de lui.
Le mot qu' il ne faudrait pas dire, le geste qu' il ne faudrait pas faire
- trop hardi ou trop délicat.


- Immensément triste, comme d'autres sont immensément riches.
Je ne suis pas habitué à moi.


- Dans l' obligation de relire de vieilles lettres : comme du pain sec.
Avoir quelqu'un qui vous écoute.
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Message par Bédoulène le Ven 27 Juil 2018 - 7:23

j'aime particulièrement : "Dans l' obligation de relire de vieilles lettres : comme du pain sec"


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Message par bix_229 le Ven 27 Juil 2018 - 19:41

La Peau de l' ours


D' autres notes


Que dire de plus ?
Il m' est arrivé de souhaiter que mes livres soient une sorte de moyen
de communication avec d' autres hommes qui seraient, comme
moi, isoles.
Mais je crains que le cri que je pousse du plus loin de ma solitude
ne puisse jamais etre bien entendu.
A tort ou à raison, il me parait que, comme à présent, je vous parle
à très grande distance.
... Je me vois partout dans mes livres. Il se peut bien que ce ne soit
que dans une faible mesure que j' existe. ...
C' est une entreprise de narcissisme de longue haleine, un peu
lassante si l' on y pense.
Je me sais condamné à peiner incessamment sur un auto-portrait
qui ne sera jamais achevé.


Vivre en frère et soeur incestueux.
ça me plait !


J' aimerais ne rien dire de la tendresse. Non pas, que je n' en ai pas
éprouvée, non pas qu' on ne m' en ait jamais donnée.
Si, j' ai été un tendre ; on a été tendre pour moi.
Mais on a quelque pudeur à mettre cela à jour.
A suivre.
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Message par Bédoulène le Ven 27 Juil 2018 - 19:53

j'aime beaucoup ! merci Bix !

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Message par topocl le Lun 30 Juil 2018 - 21:19

Le tout sur le tout

captivite - Henri Calet - Page 2 41mb6q10

Henri Calet, la quarantaine, une guerre dans les basques, arpente les rues de Paris où il a toujours vécu, fils de petits escrocs peu à peu assagis, un Paris de bains publics, d'odeur d'eau de Javel, « de femmes de petite vertu » et de cinématographe.

Ca n'a l'air de rien,

Oui, tout cela était inoffensif, plaisant, mimi, en un mot,

ou plutôt ça a l'air d'une petit histoire révolue, d'une petite musique obsédante, dans une ville désuète, l’histoire d'un homme qui a écrit des livres - mais n'en parle pas - , qui a perdu sa femme - et ne s'étend pas là-dessus - , mais continue de se balader, un homme qui dit :

j'aime ça ( la vie), j'en suis fou

C'est raconté avec une aimable ironie entre joyeuse et douce-amère, qui exclut la mélancolie. Ca ne se prend pas au sérieux, dans un sourire léger qui cache pas mal d'émotions

Ca a plu à animal, ça ne m'étonne pas. A moi un peu moins, mais quand même. C'est l'histoire d'un homme jeune encore mais qui commence à voir le temps passer, qui se ballade dans une ville, qui regarde, s'amuse d'un détail, se remémore, un homme qui a un regard bienveillant,.

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Message par animal le Lun 30 Juil 2018 - 21:26

Non seulement tu lis mais tu fais des commentaires amusants. clown

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Message par topocl le Lun 30 Juil 2018 - 21:28

Mon commentaire est très sérieux.

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Message par bix_229 le Lun 30 Juil 2018 - 21:34

C' est cela l' humour : dire sérieusement des choses droles !
Et réciproquement aussi.
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Message par Tristram le Ven 28 Déc 2018 - 21:04

La belle lurette

captivite - Henri Calet - Page 2 La_bel10


Généalogie familiale de miséreux et de voyous, d’une enfance pendant la guerre en Belgique aux champs de courses parisiens, en passant par une fabrique de cirage.
« J’eus toutes les maladies que l’on dit être nécessaires à la croissance et qui font l’orgueil d’une mère. Le sien a eu la coqueluche et la scarlatine, la rougeole et la jaunisse, la varicelle et les oreillons, un commencement de méningite… Par-dessus ce marché, j’ai eu une orchite, tout comme un grand, à la suite d’une chute sur mes petites boules qui se mirent à grossir énormément et gardèrent, par la suite, une allure bien laide. Dans le cours de ma sixième année, l’ostéite se déclara en suppurant. C’était, dans mes os, la manifestation de la syphilis ancestrale. Avec cela, j’étais servi pour la vie. De l’hôpital, où je fus opéré, on dut, sans tarder, m’envoyer dans l’air de la mer. Dans le Sud. Afin de faire face aux dépenses élevées de la pension, ma mère entreprit un périple européen pour le placement de la production. Les boutiquiers de Paris devaient être saturés de la monnaie qu’elle battait. »
Il faut principalement élevé, entre deux pensionnats louches, par sa mère, successivement faux-monnayeur (en petite monnaie, ce à quoi fait référence l’extrait précédent), entremetteuse, Madame Caca,
« Attentif, et j’avais promptement acquis un savoir remarquable, je suivais l’évolution tumultueuse des diarrhées ou celle, soupirante, des constipations, jusqu’au froissement de papier de soie annonciateur du dénouement…
‒ M’man, le "cinq" va finir ! »
Faiseuse d’anges…  
« Nous marchions dans les rues du retour à la Cour de la Grâce de Dieu. Je savais que le lendemain nous irions au mont-de-piété pour dégager les objets utiles qui s’y trouvaient et chez le concierge cracheur pour y retirer des quittances en souffrance. Je savais aussi qu’il me faudrait choisir, parce que j’avais été bien gentil, un jouet à l’étalage du bazar poudreux qu’un bonhomme en blouse grise ne finissait pas d’épousseter à l’aide d’une espèce de martinet. La vie était difficile ; nous ne décrochions un avortement que par-ci, par-là. »
C’est donc le même projet autobiographique que le Taba-Taba de Deville, soit les débuts incertains d’une crevette, mais la comparaison s’arrête là. Si c’était un roman, il serait de déformation ; comment devenir inéluctablement un rebut de la société.
« Notre carré était terrorisé par le grand terrassier. Quand il rentrait, le soir, plein de vin rouge, nous poussions le verrou car les différends du ménage se réglaient à coups de pied dans le ventre, sur le palier. Il la traînait par les cheveux sa femme grosse-molle, la mère Marchand, et lui cognait la tête contre les murs peu épais. Ça résonnait. Les cinq enfants morveux couraient, en ronde, dans la turne et hurlaient avec la mère jusqu’au moment où l’homme tombait près de sa vomissure violacée pour s’endormir en toute innocence retrouvée. À la fin des fins, pour le repos de tout le monde, il l’a jetée par la fenêtre, sa femme, et puis il s’est pendu dans la cage de l’escalier, au moyen de sa longue ceinture rouge. »
Ce monde moche est parcouru sans gêne, d’un style alerte et laconique, avec un humour distancié : il ramentoit le Céline du début.
« Une syphilis comparable à la sienne, on n’en avait pas vu souvent. Après chaque piqûre, la chair de ses cuisses, de ses fesses s’en allait par morceaux gros comme un poing. Elle devint toute pourrie et mauve. Elle a perdu ses longs cheveux bruns. Elle est morte à l’hôpital, la belle putain. »

« On s’est finalement accordé sur un prix doux. Pas cher. L’amour qu’on fait ne vaut jamais cher. C’est l’amour qui pour cent sous de plus enlève sa chemise. Il y a aussi l’amour qu’on dit et qui n’existe pas. »

« Quant à ma conscience, elle était devenue totalement aphone. J’étais dans le chemin des pauvres. "Poussez pas et suivez la foule." »

« C’est ma jeunesse et je n’en ai pas d’autre. »


mots-clés : #autobiographie

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Message par topocl le Sam 29 Déc 2018 - 9:52

@Tristram a écrit:
C’est donc le même projet autobiographique que le Taba-Taba de Deville, soit les débuts incertains d’une crevette, mais la comparaison s’arrête là.

Ca veut dire que tu as aimé?

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Message par Tristram le Sam 29 Déc 2018 - 12:12

Difficile de parler d'aimer, tant certains passages sont sordides !

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Message par Bédoulène le Sam 29 Déc 2018 - 13:56

merci Tristram, je lirai ce livre et d'autres !

tu devrais tenter soit "Poussières de la route" poétique, contemplatif ou le Grand voyage !

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Message par Tristram le Sam 29 Déc 2018 - 14:09

J'ai encore Peau d'ours sous le coude, et dont Bix a dit tant de bien !

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Message par Tristram le Dim 31 Mar 2019 - 0:45

Le Bouquet

captivite - Henri Calet - Page 2 Le_bou10

Juin 1940, retraite, déroute, débâcle, débandade, une partie de l’Histoire de France moins relatée que d’autres, piteuse, lamentable, et qui mène à la captivité Henri Calet, alias Adrien Gaydamour, et ses compagnons.
Ce qui en ressort, c’est le comportement de troupe, de troupeau, que la société et l’exercice militaire ont inculqué, que la fatigue et la faim favorisent aussi, ainsi que l’humiliation sans doute ; camaraderie, solidarité certes, surtout conformisme naturel dans une sorte d’esprit d’équipe. Il y a une analyse fine de la mentalité dans l’armée défaite.
« Mais, on choisit généralement de vivre en société, d’emprunter le droit chemin, le plus commode, le plus fréquenté aussi. De manière qu’on ne risque pas de se fourvoyer : tout est marqué. Ce qui évite de poser des questions. On suit la foule. Ça sent bon la laine. On se laisse aller. D’ailleurs, le chemin ne mène à rien. N’empêche qu’il y en a qui paraissent pressés d’arriver, qui jouent des coudes. »
À d’autres la débrouillardise ; parfois de la veine, au hasard…
On pense à Hyvernaud pour l’aspect peu glorieux et pitoyable de la guerre chez les troupiers ; c’est parfois célinien aussi, dans l’esprit et le ton.
Vaut surtout pour les observations perspicaces d’un témoignage doux-amer, avec l’humour d’époque, et pour les portraits de Français et d’Allemands (et des Alsaciens et Lorrains dont la position est ambiguë) qui doivent moins à l’imagination qu’aux souvenirs de l’auteur. Ainsi l’étonnant Oberfeldwebel Stiffelbein, qui dirige l’AKP d’une façon édifiante. A propos, l’évasion n’en est pas si ardue…
« Remarquables de sang-froid parmi l’énervement, les cafetiers n’arrêtaient pas de verser à boire sur cette effervescence. Un cafetier demeure à son poste, tel le capitaine qui n’abandonne pas son navire au moment du naufrage. Et les villes faisaient naufrage les unes après les autres, en juin, en France. »

« On a bavardé, l’Allemand et moi. J’arrivais à me faire entendre. Il était de Trêves, boulanger à Trêves. Il a tiré d’une poche le portrait de sa femme qui a fait le tour du wagon. Tous le regardaient et opinaient d’une admiration feinte ou sincère.
‒ Goutte Madame, lui a gueulé Bouquet. Madame goutte.
Deux boîtes à lait germaniques, de taille et de poids. C’eût été faire montre de faux patriotisme que de ne pas reconnaître qu’elles éclipsaient celles de sa p’tite poule. Mais, il était empêché de lui dire par mots. »

« En passant, on a vu le camp qui était primitivement destiné aux prisonniers allemands. On avait tout prévu, sauf qu’il servirait à interner des Français. En somme, il a servi quand même. Des prisonniers allemands, il n’y en a pas eu des masses. Il paraît qu’ils se moquaient de leurs gardiens :
‒ Nous, bientôt garder vous.
Ils étaient gonflés. À nous, cela ne nous serait pas venu à l’idée, pas dans les premiers temps. »

« L’argent tout nu, tout sale, je ne l’ai jamais pris. Ou, lorsqu’on me le mettait de force dans la poche, je le repassais à Bouquet. Je voulais me dévouer sans profit ; j’ai toujours eu une conscience un peu théâtrale, à falbalas. »

« Berger se disait antisémite et royaliste. J’avais déjà connu un Juif hitlérien, Greiss, mais pas encore de Juif antijuif. Il estimait peut-être mieux s’en tirer de cette manière. »

« Par étapes dans l’abjection, on apprend à vivre, on s’affermit, on devient un homme. Tout de même, j’avais grande envie de dégobiller sur tout cela, sur cette dégradation générale, sur moi-même. »

« Il ne se faisait à peu près plus de réparations à l’AKP, mais des bagues, des cendriers, des souvenirs en série. Sous la direction de Cabas, Berger s’était mis à son tour à peindre des aigles – art gothique. »

« Parmi les Allemands de l’AKP, il y avait de tout ; des bons et des mauvais, comme ailleurs. Il y avait surtout un fort pourcentage de cornichons. Gris ou kaki, c’est l’uniforme qui veut cela. Car, chez nous, on ne brillait pas non plus. Mais, il y avait une différence : eux, ils étaient tous semblablement cornichons, de la même façon. Tandis que nous offrions la plus grande variété. Chacun avait sa petite opinion à soi, sur tout, ce qui fait qu’on entendait des cornichonneries à longueur de journée, et de tous les calibres. Chez eux, officiers ou soldats, une seule pour tous, une leçon bien sue. Ils répétaient les paroles de leur Furère. Peut-être que s’ils avaient parlé d’eux-mêmes, c’eût été plus intéressant. Mais, ils n’avaient probablement rien à dire.
Bref, beaucoup de types qui s’emmerdaient autant que nous et qui ne demandaient qu’à rentrer à la maison, qu’à retrouver leur famille, leur boulot et leurs petites habitudes. C’est ce qui les poussait à boire sec, sans soif. En tête à tête, ils se laissaient aller à parler un pauvre langage humain. Mais, dès qu’ils étaient deux, ils recommençaient à débiter de la propagande. Ils se défiaient les uns des autres. »
Intéressant ! Et peut-être un témoignage à la fois juste et inattendu (le livre n'est pas désigné comme roman, récit ou autre)...


Mots-clés : #captivite #deuxiemeguerre

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Message par Bédoulène le Dim 31 Mar 2019 - 8:49

merci Tristram.

Je pense que même dans ses livres autobiographiques ou pas, l'auteur délivre beaucoup de lui.

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Message par Tristram le Jeu 18 Avr 2019 - 0:16

Un grand voyage

captivite - Henri Calet - Page 2 Un_gra10



Voici Germain Vaugrigneuse dans le milieu interlope des expatriés européens à Montevideo après-guerre, soit celui de l’attente vide dans l’exil :
« Depuis qu’il y avait pris pied [en Uruguay], il souffrait d’un mal-être constant, comme s’il eût été sur un sol mouvant. De vrai, c’était un homme qui s’était arraché de ses racines, un homme qui allait se dessécher, ou pourrir à plus ou moins longue échéance. » V
Ce jeune Français relativement fortuné (qui finance les projets farfelus de ses relations) forme un personnage falot, puéril, indécis, poseur et veule, toujours mené par la vie, les autres, qui ne se prend jamais en main et n’assume aucune responsabilité, même incapable de rester seul. D’une existentialiste médiocrité, il dégage un fort parfum d’autobiographie sans complaisance.
« Germain avait été fait prisonnier en juin 1940. La captivité n’avait été pour lui ni pour personne une leçon de fermeté ou d’optimisme, au contraire. À vingt ans, on l’avait dégradé, on lui avait retourné la vie sous le nez : la doublure en était sale et malodorante. Cinq années d’ennui qui avaient peut-être fait cailler son caractère, comme un lait par temps orageux. » IV

« Au milieu de ce remuement des derniers temps, il restait immobile et vide ; c’était la vie qui roulait, comme ce wagon, sans qu’il eût à bouger. Sa vie avançait sans lui. » X

« Consciemment ou non, il se tenait toujours quelque peu en retrait des événements et des choses, de manière à mieux observer, comme s’il se fût proposé de les conter un jour. » XII

« En résumé, sa principale activité en Amérique du Sud avait été de signer des chèques. » XXIII

« Il s’était donné bien du mal pour se faire une légende. » XXIV
Des personnages secondaires sont hauts en couleur : Lancelot Smirnoff, métis de Russe et d’Indienne et révolutionnaire indien, Giacomo Luna, lui aussi révolutionnaire mais italien, Aquiles Laborde, directeur d’une revue (révolutionnaire) installée dans « la cave », Eva, Juive polonaise rescapée des camps et serveuse dans un bar-dancing, le professeur Octavien Pouchman et sa femme Eta, qui vivent dans l’actualité de la Grande-Hongrie du XXIe siècle, l’oncle Félix du Paraná, broussard spiritiste et radin, son ami Juan-Manuel, qui l’initie à la cocaïne…
« Depuis lors, elle [sa mère] était endolorie de partout ; elle demeurait en arrière, aux premières pages d’un roman inachevé. » XIV

« Perdu ? Oui. Il ne s’y retrouvait plus : il avait cherché à vivre son roman. Et ce roman risquait de finir mal, sans qu’il ne pût plus rien y changer. L’histoire s’accomplissait sans lui, à son insu, en quelque sorte ; il était mené par elle. De même qu’Octavien Pouchman n’était plus maître du déroulement des faits en Grande-Hongrie. Ou, plus exactement, il était entré dans la trame qu’il avait tissée, il n’en pouvait plus sortir, il était pris, il n’avait plus de recul, il était devenu le héros d’un livre qui ne serait jamais écrit. C’était un ouvrage trop bien fait. Quelle en serait la conclusion ? » XXVII

#Voyage

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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