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Almudena Grandes

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Message par Quasimodo le Ven 5 Juil - 15:11

Almudena Grandes
Née en 1960

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Depuis toute petite, elle a voulu être écrivaine mais sous la volonté de sa mère —qui souhaitait que sa fille se consacre à des « études de filles »— elle est entrée à la Faculté d'Histoire et Géographie de l'Université Complutense de Madrid, néanmoins, elle avoue qu'elle aurait préféré étudier le latin (Lettres Classiques). Après avoir terminé ses études, elle a commencé à travailler en écrivant des textes pour des encyclopédies. Elle a aussi joué quelques rôles au cinéma (A contratiempo, de Óscar Ladoire). Étant fille et petite-fille « d'écrivains amateurs de poésie », l'auteur déclare qu'elle ne s'est jamais dédié à un autre genre que le narratif, à l'exception de son œuvre dramatique Atlas de geografía humana, genre pour lequel elle éprouve « une grande passion et, en même temps, une grande frustration ».
Le premier roman publié par Almudena Grades n’est autre que Les Vies de Loulou (1989), une œuvre érotique qui a gagné le 11e Prix de La Sonrisa Vertical et qui a été adaptée au cinéma par Bigas Luna l'année suivante. Le livre a eu un grand succès et il a été traduit en plus de 20 langues. Le succès démesuré de son premier roman, l'a amené à déclarer que : « il lui a offert la vie qu'elle voulait vivre et jamais elle ne pourra rembourser cette dette ».
Son roman suivant, Te llamaré Viernes (1991), alors exclu du genre érotique, n'a pas eu un grand succès. En revanche, Malena es un nombre de tango (1994) qui a été adapté au cinéma par Gerardo Herrero en 1996 a eu un grand succès.
Dans la même année, un recueil d'histoires intitulé Modelos de mujer a été publié, certaines d'entre elles déjà connues car parues dans une de ses fréquentes collaborations dans la presse. Entre elles, « El vocabulario de los balcones », inspiré d'un poème de son mari, Luis García Montero, a servi de base pour le long métrage Aunque tú no lo sepas, dirigée par Juan Vicente Córdoba en 2000.
Atlas de geografía humana (1998), Los aires difíciles (2002) y Castillos de cartón (2004) font suite à l'œuvre romanesque de l'auteur. Comme dans ses œuvres précédentes, toutes ont lieu en Espagne, dans le dernier quart du XXe siècle ou au début du XXIe siècle, montrant, à l'aide de techniques réalistes et de l'introspection psychologique, la vie quotidienne des personnages de cette époque.
En 2003, une série d'articles parus dans le journal espagnol El País ont été publiés sous le nom de Mercado de Barceló.
En 2005, elle poursuit son œuvre courte avec Estaciones de paso, un nouveau livre composé de cinq courtes histoires à propos de plusieurs adolescents qui doivent aborder diverses situations qu'ils ne sont pas en mesure de comprendre, mais, comme il s'agit de leur vie, ils doivent la vivre.
Le film Los aires difíciles, tiré du roman homonyme, est sorti en 2006; dirigé par Gerardo Herrero. Les rôles principaux ont été joués par José Luis Pérez, Cuca Escribano et Roberto Enríquez.
En 2007, elle a publié El corazón helado, un récit long et complexe qui aborde le sujet de la vie de deux familles espagnoles tout au long d'une grande partie du XXe siècle. L'année suivante, ce roman a gagné deux prix très importantes: le prix José Manuel Lara et le prix du Gremio de Libreros de Madrid.
Le 23 mars 2007 le film Atlas de geografía humana est sorti, tiré du roman homonyme. Il a été réalisé par Azucena Rodríguez, amie de l'écrivant, et dont les rôles principaux ont été joués par Cuca Escribano, Montse Germán, María Bouzas et Rosa Vilas.
Son roman Inés y la alegría (2010), avec lequel on commence la série Episodios de una guerra interminable – qui a gagné au Mexique le Prix Elena Poniatowska –  a été qualifié d'être « une œuvre narrative prodigieuse, liée à la tradition de Galdós, écrit contre vents et marées, contre la tendance générale de nos temps, qui marche à toute vitesse, tant du côté de celui qui la crée comme de celui qui veut le lire ».

Bibliographie

Romans
Les vies de Loulou, 1989
Te llamaré Viernes, 1991
Malena c'est un nom de tango, 1994
Atlas de géographie humaine, 1998
Vents Contraires, 2002
Castillos de cartón, 2004
Le cœur glacé, 2007
Inés et la joie, 2010
Le Lecteur de Jules Verne, 2012
Les Trois Mariages de Manolita, 2014
Los besos en el pan, 2015

Récits
Modelos de mujer, 1996
Mercados de Barceló, 2003
Estaciones de paso, 2005

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Message par Quasimodo le Ven 5 Juil - 15:33

Amour - Almudena Grandes Castil10

Castillos de cartón

J'ai terminé Castillos de cartón avec de grosses réserves. L'histoire n'est pas sans qualités et se lit assez agréablement, mais le style est plein de tics d'écrivain milieu de gamme, nourri d'images convenues, abusant d'hyperboles et d'anaphores insipides (dieu sait pourtant si j'aime ces dorures, lorsqu'elles sont réussies), qui d'un même mouvement dévoilent les intentions de l'autrice et en amoindrissent la portée. Les dialogues, fabriqués, s'enchâssent grossièrement au récit; la narration (à la première personne) est vaine par ses outrances plaintives, désincarnée malgré la meilleure volonté du monde, ce qui donne à soupçonner que l'autrice ne croit pas tout à fait en ce qu'elle écrit. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est pas un roman très original ni très bon.

Malgré tout, j'y ai pris un plaisir réel, qui résidait presque entièrement dans le fait de lire en espagnol. Je le recommande donc bien franchement à qui voudrait se remettre à lire dans le texte, car la langue est très claire, le vocabulaire assez riche pour qu'un débutant y trouve de quoi s'alimenter, et assez restreint pour que l'on puisse assez tôt s'émanciper du dictionnaire.

[précision : il n'est pas traduit en français, mais j'ai le sentiment que mes reproches pourraient s'appliquer à ses autres livres]


Mots-clés : #amour #creationartistique #culpabilité #identite #initiatique #jalousie #peinture #sexualité

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Message par Tristram le Ven 5 Juil - 16:29

Ah. J'attendrai un commentaire sur une autre de ses œuvres ?

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Message par topocl le Ven 5 Juil - 17:37

A ta disposition Very Happy !

Inés et le joie


Amour - Almudena Grandes Proxy191

A travers le portrait d’Inés, mêlant fiction et personnages historiques, Almudena Grandes nous propose de découvrir la vie des réfugiés républicains espagnols une fois qu’ils ont été sortis des camps où l'État français les avait parqués. C'est l'occasion de suivre un fait historique antifranquiste scrupuleusement gommé des livres, l'invasion du Val d’Aran, en 1944, d'en connaître les tenants et aboutissants, et ensuite la vie quotidienne mêlée de clandestinité de ces Espagnols installés à Toulouse et par la même de certains aspects du PC espagnol .

Almudena Grandes a le projet de parler de l’histoire de l’Espagne et des Espagnols  après la guerre d'Espagne dans une série de 6 romans dont Inés et la joie, 1000 pages, est le premier. A Grandes est donc ambitieuse. Malheureusement, un peu trop ambitieux et cela va gâcher une partie de la lecture.

Trop ambitieux ? Oui, et beaucoup d’autres trop : trop alambiqué, ce récit qui multiplie les allers et  retours dans le temps, dans un sens, dans l'autre, pour créer une complexité artificielle frisant parfois la confusion. Trop infatué, ce style perpétuellement exalté, ces phrases à rallonge, ces sempiternels recours aux anaphores. Trop pathétiques, ces amours systématiquement passionnées (le mot est faible), naissant toujours au premier coup d’œil, et ces tonneaux que l'on arrive à remplir avec les larmes des différents personnages au fil de la lecture. Trop énormes, les coïncidences heureuses ou malheureuses. Trop bourratives, les pages entières tournant autour de la cuisine, que l'on finit par ressentir comme un remplissage, comme s'il était besoin de remplir un roman qui finit par faire 1000 pages.

Tout ces aspects finissent par donner une curieuse impression d'un excès de tout, mais surtout de romanesque, y compris dans les pages purement historiques et amènent le lecteur à se demander si  l’idée qu’a l’auteur  que ce sont les passions qui  construisent l’histoire, ne l’ amène pas à finalement à nous manipuler, nous, pauvres lecteurs ignorants, à qui elle propose une version des faits qui est la sienne, mais sort d’une certaine objectivité. On s'interroge.

Il n'en demeure pas moins qu’Almudena Grandes s'est diablement bien documentée sur cet épisode caché de l'histoire, et ce malgré les silences organisés, qu’elle a su mener une fresque historico-familiale sur des décennies, où l’on apprend plein de choses, et que sa façon de mener son récit sur le mode d’un romanesque populaire l’emporte dans pas mal de passages.

Mais, puisqu’elle nous parle au fil des pages de ses histoires de restaurant, je dirais que la carte était bonne, et que la cuisinière pleine de bonnes intentions, nous a fourni un repas qui sort de l’ordinaire, mais irrégulier, où l'on a dû laisser pas mal de gras au bord de l'assiette, et qui laisse une vague impression d'indigestion.

Récup 2013


Dernière édition par topocl le Sam 6 Juil - 8:14, édité 1 fois

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Message par Tristram le Ven 5 Juil - 17:52

gave ou gave ? Merci, mais l'appétit ne m'est pas venu...

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Message par Quasimodo le Ven 5 Juil - 23:38

@topocl a écrit:Trop ambitieux ? Oui, et beaucoup d’autres trop : trop alambiqué, ce récit qui multiplie les allers et  retours dans le temps, dans un sens, dans l'autre, pour créer une complexité artificielle frisant parfois la confusion. Trop infatué, ce style perpétuellement exalté, ces phrases à rallonge, ces sempiternels recours aux anaphores. Trop pathétiques, ces amours systématiquement passionnées (le mot est faible), naissant toujours au premier coup d’œil, et ces tonneaux que l'on arrive à remplir avec les larmes des différents personnages au fil de la lecture. Trop énormes, les coïncidences heureuses ou malheureuses. Trop bourratives, les pages entières tournant autour de la cuisine, que l'on finit par ressentir comme un remplissage, comme s'il était besoin de remplir un roman qui finit par faire 1000 pages.
Oui, c'est exactement l'impression que j'ai eue !

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Message par topocl le Sam 6 Juil - 8:14

@Tristram a écrit:gave ou gave ? Merci, mais l'appétit ne m'est pas venu...
On va dire "parle". c'est inutile d'en rajouter.

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Message par Bédoulène le Sam 6 Juil - 8:16

merci vous deux, du coup l'eau ne vient pas à la bouche !

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Message par Bédoulène le Mar 21 Jan - 20:25

mais je vais quand même le lire car offert par quelqu'un que j'aime et qui a été influencée par une amie

et Traversay (un ancien)  l' a apprécié malgré quelques longueurs et Igor (pensée) avait écrit un bon livre

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Message par Bédoulène le Sam 1 Fév - 11:31

Inès et la joie

Amour - Almudena Grandes Ines-e10


Alors que la représentante du PCE Dolorès Ibárruri Gómez (La Pasionaria) s'est envolée pour l'Union Soviétique après la défaite des Républicains en Espagne et qu'elle confiait, contre toute attente, la responsabilité  du Parti dans le sud de la France,  à Carmen de Pedro, c'est en fait Jésus Monzon Reparaz,  à qui Carmen follement amoureuse laissera volontiers la responsabilité, qui dirigera les exilés communistes en France, définissant l'idéologie et la stratégie.

Après la Retirada, les camps, le STO, beaucoup d'exilés espagnols combattront avec la résistance, aux côtés des Alliés. C'est le cas des personnages communistes qui participeront à la "reconquête de l'Espagne".
Monzon est apprécié et son idée de la reconquête de l'Espagne sera bien accueillie. C'est le 14 octobre 1944, après le passage des Pyrénées que l'envahissement se déroulera dans le Val d'Aran, d'une part, car plusieurs autres compagnies pénétreront à différents endroits le long de la frontière.

C'est en suivant le destin d' Inès, soeur d'un phalangiste, devenue communiste que sera contée cette  tentative de reconquête.
Tentative qui malheureusement échouera. En effet, pas assez de préparation, les commandants des compagnies étant isolés, sans information, la grande grève qui devait les accueillir était absente donc les objectifs ne seront pas suivis et un retrait devient évident ; et des hommes seront tombés pour rien.

"Les Alliés eux aussi se gardent bien de faire figurer l'invasion dans leurs récits de la dernière étape de la Seconde guerre mondiale, et encore plus dans les chroniques de leurs - en théorie - épineuses relations avec le régime de Madrid et son si désagréable dictateur fasciste que tous s'entendent à maintenir au pouvoir en ce mois d'octobre 1944.
Ainsi, c'est dans le silence que s'évanouit la mémoire de plusieurs milliers d'hommes qui ont risqué leur vie pour la liberté et la démocratie de leur pays. Ce sont eux qui portent la seule part intègre et positive de cet épisode."

"La longue et florissante farce de l'hostilité entre l'Espagne franquiste et le gouvernement britannique est tellement bénéfique pour les deux camps qu'il est raisonnable de songer qu'elle est l'oeuvre de Hoare, un grand expert en la matière."


De retour en France, à Toulouse tout particulièrement certains hommes continueront à se rendre, malgré tous les risques, en Espagne pour des missions diverses, tel l'un des personnage Galan, le mari d'Inès, ceci pendant de nombreuses années. Pendant les absences donc des hommes les femmes subiront cette vie clandestine, s'occupant de la famille, travaillant ensemble dans un restaurant qui leur appartient et qui prospère grâce notamment au talent de cuisinière d'Inès.

La vie clandestine est difficile que se soit pour les hommes en mission que pour les femmes :

"Nos maisons devaient être les seules dans toute la France où il n'y avait pas une seule photo, même pas de carte d'identité, nulle part."

"Il vaut toujours mieux avoir l'air ridicule que de commettre une bourde. Nous obéissions rigoureusemet à cette mexime. Cependant, nous possédions presque toutes quelques photos de nos maris."

"C'était la photo que je sortais de sa cachette les jours difficiles, celle que j'observais la nuit lorsque la peur m'empêchait de dormir."

"Mais il n'est de meilleure vie que la clandestinité. Ni pire, ni surtout meilleure."


Les éxilés de Toulouse rentreront finalement dans leur pays l'Espagne après la disparition de Franco, quand ils pourront reprendre une vie apaisée, sans avoir une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, soit de nombreuses années après leur départ d'Espagne.

En 1950 commenceront les procès fantasmagoriques dont sont devenus friands les dirigeants du PC, le premier sera celui de Carmen de Pedro, tous ceux qui
qui ont travaillé avec Jésus Monzon Reparaz alors que celui-ci est en prison à Madrid, puis ceux de José Anton, Cristino Garcia Granda etc...


Autres extraits :

"Jésus décide de ne pas tenir compte du pacte germano-soviétique et ordonne de boycotter, quel qu'en soit le prix, l'adhésion des Républicains espagnols à l'Organisation Todt, formée de compagnies de travailleurs directement contrôlées par l'armée allemande."

"Ensuite nous étions allés - moi le premier - nous laver, nous raser, coudre nos boutons et nous couper les cheveux. Nous avions senti que la croûte de notre déroute se dissolvait dans l'eau sale, que le rasoir arrachait la fatigue humiliante des plages inhospitalières de nos joues et que l'aiguille et le fil fixaient notre honneur, l'honneur de l'Espagne, sur l'insigne tricolore de notre uniforme. Notre malheur ancien, l'injustice que nous avions subie et la vieille douleur de ces exilés qui viennent de trouver un chemin pour retourner à la maison, jonchaient le sol en compagnie des cheveux morts que le coiffeur nous époussetait dans le cou avec sa balayette."

"El Lobo n'avait rien contre elle, il n'avait pas besoin de cela. Il était communiste, comme moi, comme Comprentu, comme El Pinon. Le soupçon faisait partie de notre nature, autant que la patience, et bien  plus que le souci de saisir une réalité qui échappait souvent à nos yeux mal réglés, brouillés par le reflet de jumelles méthodiques, universelles, qui déformaient toute chose."

"....j'avais pu mesurer toute l'étendue de notre malheur, celui de l'Espagne, mon pauvre pays terrorisé, humilié, qui devenait chaque jour plus petit, plus rétréci, plus craintif, dont le peuple était fatigué de souffrir - et de notre malheur à tous, ce cercle vicieux d'énergie et de désespoir, de foi et de déception, au sein duquel nous échangions constamment les rôles, les mensonges, à mesure que nous perdions nos forces ou que nous les recouvrions, alors que nous étions tous accrochés au même poteau, au même mât branlant d'une navire qui prenait l'eau de toutes parts. Voilà ce que nous étions vraiment, attendant le moment où quelqu'un allait crier "Terre!" sans réellement la voir. Et pourtant, s'il ne la voyait pas, nous autres, oui, nous la voyions, juste là où elle n'existait pas, et nous la désignions du doigt : "Terre!" Mais il n'y avait rien, rien que de l'air : une zone inexistante du néant sur laquelle nous marchions. Puis l'air s'évanouissait soudain et nous retombions, nous nous faisions mal, bien qu'il y ait toujours quelqu'un pour se relever, pour nous relever. Et lorsque l'un de nous abandonnait, il y en avait toujours un autre pour recommencer."

"Pour les militants de base, ceux qui paient leur cotisation et font ce qu'on leur dit de faire, elle représente bien plus que la secrétaire générale du Parti, c'est une icône, une idole. Le symbole universel de la lutte de leur patrie et de l'avenir de l'Humanité. L Pasionaria est si grande qu'ils ne parviennent pas à déceler la moindre contradiction entre son retour et la gestion des affaires par Jesus Monzon."

"De fait, même si Dolores et aucun de ses collaborateurs ne le reconnaîtront jamais, le PCE de l'exil et celui de l'intérieur évoluent à partir de la superbe organisation de Monzon dont la structure, au-delà de la nomination de personnes de confiance à la totalité des postes, est d'une solidité à toute épreuve."


*******

J'ai apprécié cette lecture, les anaphores que regrette topocl j'ai trouvé qu' elles donnaient de la force à ce qui était dit ; oui il y a des allers/retours fréquents entre le passé et le présent mais cela fait découvrir au lecteur les raisons des agissements des principaux personnages, ceux fictifs comme ceux réels.

Le volet historico-politique  est très intéressant, tout d'abord sur cette invasion de reconquête, la position de la GB, les actions ou l'inaction  des responsables politiques, tout particulièrement en ce qui concerne Jésus Monzon Reparaz (lequel par son père d'une des plus grandes familles de Madrid, par sa mère l'aristocratie).

Oui,  par le personnage d' Inès cuisinière improvisée il y a de nombreuses scènes de repas, de cuisine, mais quoi pour une fois que les soldats Républicains en campagne mangent bien et à leur faim on ne va pas se plaindre non ? Smile

Personnellement j'ai bien aimé et j'ai d'ailleurs noté les recettes ( que je testerai - les papajarotes, les migas, les rosquillas...)

Oui, les personnages tombent follement amoureux, je pense que le tempérament comme le contexte pouvaient facilement y conduire ; La Pasionaria était d'ailleurs passionnément amoureuse de José Anton. Je n'ai pas vu ces amours passionnées et  la venue assez rocambolesque d'Inès dans le QG des militaires, qui m'a un peu amusée, comme essentielles mais nécessaires car elles conduisaient vers les personnages politiques fictifs ou réels. Je  suis restée concentrée sur le volet historico-politique que l'on découvre justement au gré des  missions des personnages fictifs (lesquels participent et rencontrent des personnages réels) ;  la composition du livre que j'ai trouvé pertinente.

Donc une bonne lecture !

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