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Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Vénus Khoury-Ghata

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Message par Aventin Ven 6 Sep - 22:30

Vénus Khoury-Ghata

Vénus Khoury-Ghata Vzonus10
Née à Bcharré (Liban) le 23 décembre 1937.


Biographie:

Vénus Khoury naît au Liban, près de Beyrouth, dans une famille maronite. Fille d’un militaire francophone et d’une mère paysanne, décrite par Vénus comme "analphabète bilingue" (sic), son enfance se passe à Bcharré, le village de montagne d'où est aussi originaire le célèbre poète Khalil Gibran.

En 1957, elle se marie à un homme d’affaires. Elle entreprend des études littéraires à l'École supérieure de lettres de Beyrouth.
Elle publie son premier recueil de poésie Les Visages inachevés en 1966 et, en 1967, Terres stagnantes, chez Seghers.
Elle s’installe à Paris en 1972 après avoir épousé le médecin et chercheur français Jean Ghata venu donner une conférence à Beyrouth, ce qui lui permet de se soustraire à la guerre civile. Elle publie son premier roman en 1971, Les Inadaptés.

Vénus Khoury-Ghata obtient le grand prix de poésie de l'Académie française en 2009 et le prix Goncourt de la poésie en 2011 pour Où vont les arbres.

En 2018, elle intègre le Parlement des écrivaines francophones aux côtés de Sedef Ecer, Paula Jacques et Khadi Hane etc...

Elle a publié une quarantaine de romans et de recueils de poésie traduits en 15 langues.

Sa fille, Yasmine Ghata, est également écrivaine.

(source: modifié de wikipedia)

Bibliographie :

Les Visages inachevés, 1966
Les Inadaptés, roman, Le Rocher, 1971
Au Sud du silence, poèmes, Saint Germain des Prés, 1975
Terres stagnantes, poèmes, Seghers
Dialogue à propos d’un Christ ou d’un acrobate, roman, Les Éditeurs Français Réunis, 1975
Alma, cousue main ou Le Voyage immobile, R. Deforges, 1977
Les Ombres et leurs cris, poèmes, Belfond, 1979
Qui parle au nom du jasmin ?, Les Éditeurs Français Réunis, 1980
Le Fils empaillé, Belfond, 1980
Un faux pas du soleil, poèmes, Belfond, 1982
Vacarme pour une lune morte, roman, Flammarion, 1983
Les morts n’ont pas d’ombre, roman, Flammarion, 1984
Mortemaison, roman, Flammarion, 1986
Monologue du mort, poèmes, Belfond, 1986
Leçon d’arithmétique au grillon, poèmes pour enfants, Milan, 1987
Bayarmine, roman, Flammarion, 1988
Les Fugues d’Olympia, roman, Régine Deforges/Ramsay, 1989
Fables pour un peuple d’argile, suivi de Un lieu sous la voûte et de Sommeil blanc, poèmes, Belfond, 1992
La Maîtresse du notable, roman, Seghers, 1992
Les Fiancées du Cap Ténès, roman, Lattès, Lattès 1995
Qui parle au nom du jasmin ?, Éditions des Moires, 1995
Anthologie personnelle, Poèmes, Actes Sud, 1997, rééd. 2009
La Maestra, roman, Actes Sud, 1996, collection Babel, 2001
Une maison au bord des larmes, roman, Balland, 1998, Babel 2005
Privilège des morts, roman, Balland, 2001
Elle dit, suivi de Les sept brins de chèvrefeuille de la sagesse, poèmes, Balland, 1999
La Voix des arbres, poèmes pour enfants, Cherche-Midi, 1999
Compassion des pierres, poèmes, La Différence, 2001
Zarifé la folle, nouvelles, François Jannaud, 2001
Alphabets de sable, poèmes, illustrés par Matta, tirage limité, Maeght, 2000
Le Fleuve, suivi de Du seul fait d’exister, avec Paul Chanel Malenfant, Trait d’Union, 2000.
Ils, poèmes, illustrés par Matta, tirage limité, Amis du musée d’art moderne, 1993
Version des oiseaux, poèmes, illustrés par Velikovic, François Jannaud, 2000
Le Moine, l’ottoman et la femme du grand argentier, roman, Actes Sud, 2003
Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004
Six poèmes nomades, avec Diane de Bournazel, Al Manar, 2005
La Maison aux orties, Actes Sud, 2006
Stèle pour l'absent, Al Manar, 2006
Sept pierres pour la femme adultère, roman, Mercure de France, 2007
Les Obscurcis, poèmes, Mercure de France, 2008
À quoi sert la neige ?, poèmes pour enfants, Le Cherche Midi, 2009
La Revenante, roman, L'Archipel, 2009
Où vont les arbres ?, poèmes, Mercure de France, 2011
Orties, poèmes, Al Manar, 2011
La fiancée était à dos d’âne, roman, Mercure de France, 2013
La Dame de Syros, poèmes, éditions Invenit, 2013
Le Livre des suppliques, poèmes, Mercure de France, 2015
La femme qui ne savait pas garder les hommes, roman, Mercure de France, 2015
Les Derniers Jours de Mandelstam, roman, Mercure de France, 2016
Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga, roman, Mercure de France, 2019
Demande à l'obscurité, poèmes, Mercure de France, 2020

(source: wikipedia)
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Message par Aventin Ven 6 Sep - 22:31

Emportés comme seuls bouquins de poésie pour quinze jours de vacances, Le livre des suppliques et Les mots étaient des loups, ce dernier étant un recueil de poèmes choisis de la [célèbre] collection Nrf - Poèsie/Gallimard, je dirais que le second est propice à la découverte, tandis que le premier est un exceptionnel transport poétique de tout premier ordre, j'en reste bouche bée.

Vénus Khoury-Ghata Le_liv10
Vénus Khoury-Ghata Les_mo10


Auparavant, de Vénus Khoury-Ghata je picorais quelques poèmes à la volée, glanés sur le Net, appréciais ses entrevues (un parcours même sommaire de la Toile vous donnera de nombreux podcasts radio, vidéos, articles de journaux, etc...).
Bref, je passais à côté, elle était telle un monument somptueux dont on sait qu'il existe et dont on se remet très bien de ne jamais l'avoir scruté ou visité.

Aujourd'hui, je suis convaincu qu'elle est l'un des plus grands poètes francophones, parmi les contemporains si vous voulez, sachant que mon curseur personnel de contemporanéité est un peu plus souple en matière de poésie que dans la quasi-totalité des autres domaines: mettons un gros demi-siècle, plutôt un trois-quart de siècle bien tassé et n'en parlons plus.

Et il me reste la plupart de ses recueils de poésie, et la totalité de ses romans à découvrir: voilà une perspective qui rend heureux rien qu'à l'évoquer !

Deux brefs poèmes en guise d'échantillons, choisis justement pour leur taille mini:

Les mots étaient des loups page 63 a écrit:
Montures courant dans leur écorce
un sang vert aux commissures des lèvres
montures végétales pour nuages fatigués
battus tel tapis de pauvre à sa fenêtre
jetés à terre plus bas que brouillard
et qu'herbe sourde au tympan éclaté
montures quand même dans la sombre écurie de la
  forêt
olivier au pied bot
chêne mâle aux épaules cagneuses
platane chiffonnier aux mains fourchues


chevaux






Le livre des suppliques, page 85 a écrit:
L'enfant qui crie de bas en haut ne peut ameuter les nuits ne peut
  alerter les soldats de plomb qui veillent sur son sommeil
la mère qui allaite sur l'envers du mur est de pierre sourde
l'ébriété de ses seins fait des remous dans l'eau de la bassine et
  fait craindre à l'enfant une inondation de l'obscurité






Mots-clés : #poésie
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Message par Aventin Sam 7 Sep - 8:33

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi


Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
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Message par Bédoulène Sam 7 Sep - 17:31

merci Aventin, cela doit être une lecture éprouvante.

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Message par Aventin Sam 7 Sep - 22:23

@Bédoulène a écrit:cela doit être une lecture éprouvante.

Eh bien...pas du tout en fait - c'est très fluide comme poésie, pas d'encodage ou de subtils renvois, ça se lit plutôt vite et très bien, c'est vraiment on ne peut plus digeste.

Ce qui me fascine, peut-être en avez-vous une idée à travers ces quelques brefs échantillons, c'est son art, très démarqué (sa manière, son tournemain, son style, etc...): pas d'allitérations, pas de jeu sur les vocables, une façon de grouper les poèmes (la série mère et Méditerranée dans Le livre des suppliques par ex.).

L'assemblage prosodique semble provenir d'une voix intemporelle, comme familière mais néanmoins inconnue, littéralement in-ouïe.

Je vais m'attaquer à un ou deux de ses romans à présent, mais à l'évidence je reviendrais vite fouiller, scruter ses recueils de poésie.
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Message par Bédoulène Dim 8 Sep - 8:45

je reviendrais te lire après que tu aies lu donc un de ses romans.

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Message par Aventin Lun 16 Sep - 0:12

Une maison au bord des larmes

Vénus Khoury-Ghata Une_ma10

Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.

Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
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Message par Aventin Sam 21 Sep - 11:20

La maison aux orties

Vénus Khoury-Ghata La_mai10

Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.

La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort


Dernière édition par Aventin le Sam 21 Sep - 13:59, édité 1 fois
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Message par Bédoulène Sam 21 Sep - 11:41

merci Aventin, c'est noté

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Message par Aventin Dim 5 Juil - 9:03

Les derniers jours de Mandelstam

Vénus Khoury-Ghata Les_de10
Paru en 2016, 120 pages environ.

Plutôt qu'une bio narrative de la fin d'Ossip Mandelstam, avec ce côté source et références et tâcheron du "travail universitaire", Vénus Khoury-Ghata reste poétesse qui parle d'un poète, nul lecteur ne s'en plaindra je crois.

Âpre dans son écriture, ciselant froid, avec cette étrange façon, déjà observée dans d'autres de ses œuvres, de ressasser, ou de remettre à nouveau un point déjà abordé plus tôt dans son ouvrage, une redite en somme, le truc qu'aucun éditeur n'accepterait, le machin à éviter absolument dans les bons conseils à écrivain:
Eh bien, qu'on se le dise: il y a, à la règle, l'exception Vénus Khoury-Ghata.

Par exemple quand elle prend appui sur, puis utilise en leitmotiv ces deux vers de la première version du poème de Mandelstam sur Staline:
On n'entend que le montagnard du Kremlin,
L'assassin et le mangeur d'hommes.
 
D'autant qu'elle remet tel ou tel point (celui ci-dessus et bien d'autres encore) avec un ajout, parfois très ténu, une manière "l'air de rien"...
Et puis, comme un couplet de refrain dans une chanson, on y est appâté, on démarre comme lors d'une reprise en chœur...avec quel autre auteur un tel procédé pourrait-il fonctionner en prose, je me demande ?  

Bien entendu je n'ai pas évité l'écueil prévisible, qui est que ce livre oriente vers de nouveaux livres dont on se fait une joie de les classer parmi les "à lire absolument, bientôt" (PAL en langage du forum):

- En premier lieu l'intégralité de la poésie de Mandelstam bien entendu, en dépit de mon extrême réticence à lire de la poésie traduite en provenance d'une langue qui m'est totalement inconnue.

- Ensuite Le ciel brûle, de Marina Tsvetaïeva (quelqu'un aurait lu ?), et Contre tout espoir, Souvenirs (trois tomes) de Nadedja Mandelstam (idem, quelqu'un aurait lu ?), les poésies de Nikolaï Stepanovitch Goumilev (réitérons: quelqu'un aurait...).

- Bien sûr l'ouvrage de Vénus Khoury-Ghata paru en 2019 sur Marina Tsvetaïeva...

A contrario, subitement, une moindre envie de parcourir à nouveau des pages de Gorki, Boukharine, Pasternak (encore que ce dernier, bien que flageolant sur le chapitre courage, n'a pas été sans aider le couple Mandelstam)...  


On apprend tout de même pas mal de choses sur Mandelstam, sa folie, sa misère, sa fin horrible dans l'univers concentrationnaire stalinien, l'opiniâtreté de Nadedja pour que la poésie de Mandelstam nous parvienne - tard il est vrai, dans les années 1960 et elle s'est imposée très doucement, petit à petit.

Ces éléments-là, pas forcément tous à portée de clic sur moteur de recherches, sont à l'évidence de l'ordre de la bio classique.
Mais en sus, Vénus Khoury-Ghata, la plume acérée, concise et poignante, nous livre un ouvrage plein, fin et sensible - faisons rapide: de grande qualité.

Enfin, il est bon qu'un autre poète (Jean-Paul Michel) me le martèle pour que j'opine quand je n'y crois plus, mais si vous prenez pour une boutade le fait que la poésie a le pouvoir de changer le monde (quoique rarement en temps réel, c'est-à-dire dans l'immédiateté synchrone à l'époque d'écriture), jetez donc un coup d'œil à ces pages-là...  


Mandelstam est le seul à entendre sa voix déclamer ses poèmes à ses voisins, des déportés comme lui.

  La poésie, dernier souci de la horde de prisonniers, susceptibles d'être fusillés d'un jour à l'autre.
  Ils veulent du pain, pas des mots.
  Ils sont en colère, les moins malades brandissent des poings vengeurs.
  Leurs hurlements n'empêchent pas le poète de poursuivre sa lecture.
  Sa voix, il en est certain, finira par couvrir leur vacarme.
  En plus du pain, ils réclament une soupe moins diluée et exigent d'être traités en êtres humains.
  Entassés depuis des mois dans le camp de transit situé à un jet de pierres de Vladivostok sans voir le ciel.

  Sans voir le bout du tunnel, sans savoir la date de départ pour la Sibérie, devenue lieu de villégiature comparée à l'enfer du camp.
  Pas de train pour les transporter en Sibérie, leur dit-on.
  Les rumeurs dans le chaos tiennent lieu de décret.
  Venus de toutes les villes du pays, les wagons déversent sur les quais à déporter ou à fusiller puis repartent à la recherche d'autres suspects, d'autres dissidents à déporter ou à fusiller.

  Comment fait-on le tri ?
  Qui décide d'écourter ou de prolonger une vie ?
  "Écrémer le pays le débarrasser de tous ceux qui pensent autrement que le régime en place" est le mot d'ordre.
  Un bruit de bottes scande le sommeil de Mandelstam alors que personne ne marche; le typhus a cloué ses voisins sur leurs planches.

  "Lève-toi, tu es interdit de séjour au camp. Interdit de mourir sans la permission de Staline".
  Une fausse impression, les mains qui le secouent, la bouche qui crie son nom.
  Peu importe à Mandelstam qu'il soit devenu fou, il sait qu'il est poète et cela lui suffit.
  Il sait aussi qu'il est encore en vie, sinon il ne saurait pas que ses voisins de planches s'appellent Fédor, Piotr, Vlada ou Anton.
  Il connaît leurs noms mais n'arrive pas à coller un visage sur chacun de ces noms.
  Leurs noms, la bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour ne pas sombrer. Mourrait si jamais il les oubliait.    

 


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Message par Bédoulène Dim 5 Juil - 10:52

merci Aventin, encore un livre que j'aimerais lire ; Evguenia Guinzbourg n'a cessé aussi de reciter des poèmes durant sa détention dans les camps.

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Message par Aventin Dim 6 Sep - 10:09

Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga

Vénus Khoury-Ghata Vzonus11
2019, 170 pages environ.


Boulimique d'écriture et de liaisons, une vie d'une rare dureté, faite d'épreuves dont on ne se relève généralement pas.

Hors ceci, Marina Tsvétaïéva est et restera une poétesse-phare de la langue russe au XXème -si je puis conseiller son recueil Insomnie, lequel s'ouvre sur de très touchants poèmes saphiques-, cet opus de Vénus Khoury-Ghata permet d'apréhender le phénomène:

Marina Tsvétaïéva ce sont plusieurs vies, généralement misérables et déchirées, et un talent multi-facettes boudé de son vivant, du moins après la révolution d'Octobre mais reconnu et pleinement appréhendé de nos jours (autre exemple, ses traductions, surtout celles du russe vers le français, étaient dédaignées à son époque, elles font autorité aujourd'hui).

Le livre s'ouvre sur Marina Tsvétaïéva, revenue en Russie, dans une masure insalubre à Elabouga (Russie), en haillons, qui gratte les sillons de la terre gelée de ses mains pour glaner quelques pommes de terre échappées à la récolte, efin de nourrir son fils Mour, qu'elle se plaît à croire issu de plusieurs pères, avant de se suicider par pendaison au bout de sa trajectoire d'errante misère.

Elle fut de la très haute société moscovite du temps du Tsar, puis épousa un futur Blanc (Serge) contre l'avis paternel (déjà rebelle). Déçue par la France, mais aussi par l'Autriche et l'Allemagne, l'exil de la haute société russe bardée d'argent, par les cercles et coteries littéraires françaises et occidentales, marquée par la mort de faim de sa fille Irina dans un pensionnat et la culpabilité qui va avec, puis par les rapports détestables qu'elle entretient avec sa fille Alia, très douée, qu'elle refuse de mettre en pension et dont elle se sert comme souillon, comme bonne à tout faire. Marina Tsvétaïéva n'a jamais su être mère.

Déçue aussi par Natalie Clifford Barney et Renée Vivien, leur cercle huppé littéraire et saphique, dans lequel, paraissant en haillons (elle, née princesse !) parmi ces belles dames en atours splendides, elle est une curiosité, l'ornithorynque dans le lac aux cygnes.

En dépit de ses engouements, de ses amours, de ses contacts tellement multiples (Rilke avec lequel elle entretint une longue correspondance, Mandelstam, Gorki, Nicolas Granki, André Biely, Anna Akhmatova, Pasternak, Nina Berberova, Ilya Erhenbourg, etc....) elle choisit l'irrémédiable, retourner en Russie prétextant que les littérateurs de l'exil ne valent pas ceux restés au pays, malgré ce que cela signifie: une mort encore plus misérable qu'en occident, la prison ou à tout le moins l'exil (ce sera Elabouga).

Vénus Khoury-Ghata, inspirée, nous narre cela d'une écriture dure, sans concession, aux teintes bleu-froid. Avec son côté cru, son refus d'apitoiement (il eût été si facile de signer une bio qui fût un tantinet mélo, mais la grande dame de Bcharré ne semble pas manger de ce pain-là...).

Volochine a vite compris que tu étais une sauvage incapable de penser comme tout le monde, incapable d'adhérer à un mouvement.
 Tu l'amusais alors que tu voulais attirer son attention.
  C'est chez lui à Koktebel en Crimée que tu as rencontré le jeune Serge Efron, épousé un an plus tard contre l'avis de ton père incapable de s'opposer à tes désirs. Tu imposais ta volonté, imposais une écriture qui n'avait aucun lien avec celle des poètes qui t'ont précédée.
Tu fascinais, dérangeais. Tu faisais peur.




Mots-clés : #biographie #ecriture #immigration #portrait #violence #xxesiecle
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Message par Aventin Dim 11 Oct - 7:51

Demande à l'obscurité

Vénus Khoury-Ghata Demand10
Mercure de France, 2020.

Splendide recueil vraiment, qui fait mes délices depuis cet été.
Les thèmes qui hantent (mais inspirent) Vénus Khoury-Ghata sont assez récurrents à son œuvre, poétique ou romanesque - du moins pour ce que j'en ai lu.

Pas de renouvellement, donc ? Un empilage de plus ?
Vous n'y êtes pas: affinée (tout superflu, ou prosodie superfétatatoire, semble gommé), avec l'alliage entre sobriété et mature sérénité que donne parfois l'âge, son écriture ne s'écarte pas de l'essence même (pour ne pas dire de l'essentiel): Vénus Khoury-Ghata n'a pas des choses à nous dire, mais à nous dévoiler, nous transmettre, nous faire toucher de façon très tangible: grande dame, grande passeuse de mots (donc de signes) comme toujours, certes, mais avec en plus, dans ce recueil-ci, ce côté maître archer zen qui atteint sans coup férir sa cible les yeux bandés...

Un poème, nul doute que ça vaut bien mieux que de longs discours (NB: aucun poème n'est intitulé dans ce recueil, qui est scindé en deux parties: Le dit du hakawati et Des hommes et des loups):


Ce que nous prenions pour appel étaient nos voix qui nous revenaient
la pierre qui se détachait de la montagne ne portait aucun message

la mémoire parle de tornades immobiles
des boucs qui cognaient de leurs cornes la porte pourtant ouverte
la maison se terrait en elle-même
que d'herbes rampantes qui se rétractaient face au seuil
que d'oiseaux engouffrés dans la lucarne sortis effarés
l'aiguille de la mère ne pouvait raccommoder les lézardes des murs et des ailes
ne pouvait rapiécer tous les dégâts de la terre

nos malheurs
un récit d'enfant qui le tient d'un autre enfant disait-elle
tout rentrera dans l'ordre une fois nos dents de lait récupérées du puits
   
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Message par Bédoulène Dim 11 Oct - 15:41

merci Aventin, quel beau poème !

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Message par Aventin Sam 28 Nov - 17:28

À la longue (à l'usure, quand on l'a bien ressasé, effectué toutes les ruminations, retours, laisser-reposer, etc... ?) le recueil Demande à l'obscurité s'effiloche pour la partie Le dit du hakawati , nettement moins substantifique (à mon goût, impression, ressenti, du moins) que les poèmes groupés sous Des hommes et des loups.  

Un autre, toujours de cette seconde partie:



Femme et draps rétrécis par deuil long comme le chemin
une plume occupe la cage désertée
la bonne mort promise n'a pas tenu parole
l'épine dans le pied du caillou empêche l'absent de revenir
comment lui dire que son dernier vêtement sèche sur la haie avec la
    sueur de l'abeille
que les genoux de sa femme sont lisses mais son cœur est poilu
Comment lui expliquer que ses mains qui se multipliaient pendant
    l'amour sont vides
que ses appels se diffractent sur nos murs

et comment croire ceux qui affirment que les morts disent ce qu'ils
    ont tu de leur vivant ?




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Message par Bédoulène Sam 28 Nov - 17:31

je le trouve très beau moi ce poème !

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Message par Aventin Dim 14 Fév - 16:25

L'adieu à la femme rouge

Vénus Khoury-Ghata L_adie10
Roman, 2017, 165 pages environ.

Quelque part en Afrique sub-saharienne (en Érythrée apprendrons-nous au fil du roman), une jeune femme suit, de gré, un photographe aux cheveux jaunes qui la mitraille de son appareil photo.

Son mari et ses enfants la recherchent jusqu'en Andalousie (Séville), où elle trône sur les affiches publicitaires. Puis elle quitte le photographe pour un écrivain, et sa truculente femme de ménage Amalia.
S'ensuit une histoire complètement hallucinante, dans laquelle les enfants, aidés d'un géant noir nommé Baobab, habillent la nuit les affiches dénudées montrant leur mère, tandis que le père se fond dans la masse plus ou moins ingénieuse des clandestins et autres sans-papiers pour gagner sa vie.
Après bien des péripéties, les top-models de couleur noire s'avèrent ne plus être à la mode, laquelle s'est reportée sur les slaves éthéreés...

Livre non dénué de tendresse, ni d'amour, ni d'humour.

Vénus Khoury-Ghata en mode foutraque a décidé de s'amuser, bien que le thème soit de première lourdeur, et, tour de force, sans escamotage, sans galvauder la profondeur du sujet; à titre personnel je lui en sais gré.

Un style imagé, servi par une écriture maîtrisée à la technique éprouvée (l'avantage de ces auteurs qu'on dit avancés en âge, sans doute...?), des touches réellement poétiques, une peinture des âmes dites simples, un rendu d'ensemble très facile et coulé au service d'une cocasserie qui rend léger ce petit ouvrage, lequel avait pourtant tout pour ne pas l'être:
S'il l'on confiait le sujet douloureux et les protagonistes fragiles à toute autre plume, n'obtiendrions-nous pas un mélo dans neuf productions sur dix ?      

Marcher sur la pointe des pieds pour ne pas alerter le maître qui n'aime pas les enfants, dormir le plus souvent possible, sortir de la chambre et manger quand il dort.
Zina et Zeit hochent la tête pour dire qu'ils ont compris.
Mais la secouent lorsque la mère leur annonce qu'ils iront dans peu de temps dans un pensionnat.
"C'est quoi un pensionnat ?
- Une école où on dort et mange trois fois par jour.
- Dormir trois fois par jour ?"
Autant leur dire que la lune a mangé toutes les étoiles du ciel et roté leurs arêtes sur le désert.
De sa voix brutale, la mère énumère les exigences d'admission en pensionnat.
Des enfants propres, des habits propres. Des cahiers et des chaussures propres, un crayon à papier taillé et surtout pas de poux dans la tête.
Zina et Zeit sont d'accord pour le spoux, les cahiers, les crayons et les chaussures mais à condition de ne pas s'éloigner de la mère. Ils ont eu tant de mal pour la retrouver.
Et pourquoi le pensionnat ?
Ils sont assez grands pour remplir trois cahiers avec les mots qu'ils ont appris depuis leur arrivée dans le pays.
Conocer, no conocer, bono, no bono. Auxquels il faudra ajouter gracia Señor el filosofo appliqué au maître des lieux.
Dire qu'ils le prenaient pour un escritor.
"Un gran escritor, précise Amalia dans sa cuisine, son crayon est si long qu'il touche le plafond."

\Mots-clés : #enfance #exil #famille #immigration #misere #social
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Message par Tristram Dim 14 Fév - 16:34

Si ça continue comme ça, on va y venir, à cette auteuresse aux nom et prénom époustouflants.

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Message par Bédoulène Lun 15 Fév - 17:15

idem, je pense qu'il faut la lire !

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Message par Jack-Hubert Bukowski Mer 17 Fév - 11:44

«La forêt a peur»

La forêt a peur
Une forêt peureuse
panique à la vue du soir
Tout l'angoisse
les cris des chouettes
leur silence
Le regard froid de la Lune
et l'ombre de son sourcil sur le lac
Le bouleau claque des dents
en se cachant derrière le garde-champêtre
Le frêne s'emmitoufle dans son écorce
et retient sa respiration jusqu'au matin
Le pin essuie sa sueur
et appelle son père le pin parasol
La tête entre les jambes
le saule pleure à chaudes feuilles
et fait déborder le ruisseau
Le roseau qui ne le quitte pas des yeux
L'entend supplier le ver luisant
d'éclairer les ténèbres
Seul le chêne garde sa dignité
à genoux dans son tronc
il prie le dieu de la forêt
de hâter l'arrivée du jour ..
Jack-Hubert Bukowski
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