Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Le Deal du moment : -59%
TEFAL Marmite 28 cm inox – Tous feux dont ...
Voir le deal
21.99 €

Vénus Khoury-Ghata

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Bédoulène Mer 17 Fév - 16:58

extra !

_________________
"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 19653
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 77
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Aventin Dim 4 Avr - 19:09

ILS



Ils flottent à la surface de la mémoire
s'infiltrent dans les murs avec les lunaisons
égorgent l'eau
démantèlent les pendules.

Ils escaladent les racines
dévalent la pente des pluies
aspirent les vapeurs des nuits
boivent d'un seul trait nos fleuves en crue.

Ils enjambent les toits
plient les poutres
réveillent les enfants lovés dans leurs cils
pour leur faire écouter le bruit de leurs phalanges.

Ils mangent la chair du jujubier
ligotent les bras du cyprès
et le convertissent en cierge.

Ils volent dans l'air des cimetières
renversent les sépultures
vident leur contenu dans le caniveau.

Ils neigent en flocons immobiles
soufflent en rafales inertes
nous les cueillons sur les rebords des hanches
nous les faisons macérer dans nos sueurs
essorons leurs larmes
les séchons sur des cordes tendues sous terre.

Ils harnachent nos nuits
sellent nos rêves
nous enfourchent du côté oublieux du cœur.

Ils vont entre écorce et noyer
forcent les portes de novembre
percent l'œil de la lucarne
signent nos miroirs de leurs buées.

Ils s'éloignent dans leurs corps
se terrent dans leurs chevilles
crient jusqu'à l'aine
besogneux ces morts lorsqu'ils rampent sous les prairies
pour ramasser les noix rejetées par l'été
qu'ils secouent comme hochets d'enfants.





In "Monologue du mort", publié dans "Anthologie personnelle", aux éditions Actes Sud - 1997.



Mot-clef suggéré: Poésie
Aventin
Aventin

Messages : 1984
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Aventin Mar 6 Avr - 17:49

La fiancée était à dos d'âne

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 La_fia10
Roman, paru au Mercure de France en 2013, 150 pages environ.


Le chemin de vie de Yudah, petite fille de la tribu juive des nomades Qurayzas, du sud algérien.
Un vieux rabbin ne payant pas de mine, après deux jours de traversée dans le désert avec son âne, rejoint cette tribu qui l'attend depuis un mois, afin qu'il désigne une jeune fille pour que celle-ci soit donnée en quatrième épouse à Abdelkader, l'émir unificateur, dans le but de garantir ainsi la sauvegarde, la protection de la peuplade.

Le choix se porte sur Yudah, treize ou quatorze ans. Elle part en croupe sur le vieil âne du rabbin, avec sa très maigre dot, et rejoint le camp de tentes d'Abdelkader, lequel n'est pas là, mais à la guerre, en "opérations extérieures" dirait-on aujourd'hui.  
Personne ne se soucie trop d'elle.
Le rabbin savait-il que la défaite suivie de l'exil d'Abdelkader étaient sur le point d'être consommés ?

Voilà Yudah partie en déportation, avec les gens, la "Smala" d'Abdelkader en France, sur l'une des deux îles de Lérins, tandis qu'Abdelkader et sa garde sont engeôlés ailleurs (à Toulon), ce qui nous permet de dater l'épisode (mai 1843), notre chère Vénus Khoury-Ghata ayant soigneusement omis de nous donner le moindre repère de date, ou de lieu précis.
Ce fut l'occasion aussi pour moi de relire tout un pan d'histoire, dont il ne subsistait que de vagues brumes scolaires extrêmement lointaines: Abdelkader et Bugeaud.
Mais Yudah, absolument toute seule et différente, n'a toujours pas rencontré Abdelkader, et les déportés la rejettent en son altérité judaïque, personne ne croit trop à son histoire...

La pinède se vide de jour en jour. Une épidémie de typhoïde tue sans discernement grands et petits. Maigres et vêtus de guenilles, les enfants non contaminés jouent en silence. Uun garçonnet de trois ans traîne un coq avec une ficelle comme si c'était un chien. À califourchon sur la branche d'un marronnier, un autre croque les bogues, un troisième mange les feuilles. Les bouches noires et les griffures sur les visages ne sont pas dues à une maladie mais aux mûres cueillies à travers les barbelès. Les fumées âcres qui s'échappent des marmites ne cachent pas leur contenu: les os des moutons mangés par les nantis du fort. Même vues de loin, les femmes portent la détresse sur leur visage. Les veuves balaient le sol devant leur tente avec des gestes lents et lourds alors que les autres font danser la poussière.

La suite, presque à accents baroques parfois, pâtit un peu d'un rentre-dedans un peu trop systématisé. Le final en particulier aurait gagné au dépouillement, à la sourdine, au lieu d'un amoncellement un peu extravagant, convoquer l'Histoire au service de la petite histoire, certes, mais la parcimonie, la sobriété, loin de rendre le roman aride, l'auraient élevé - ce n'est que mon humble avis.

Sinon, sans dévoiler; vous vous en doutez, il y a toujours cette histoire d'une jeune fille -une enfant, une adolescente- qui va vers son destin de l'autre côté de la Méditerranée, un thème transversal à l'œuvre romanesque de Mme Khoury-Ghata - un peu aussi à son œuvre poétique.      

\Mots-clés : #conditionfeminine #historique #minoriteethnique #xixesiecle
Aventin
Aventin

Messages : 1984
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Bédoulène Mar 6 Avr - 20:08

merci Aventin ! c'est un de mes projets de lecture

_________________
"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 19653
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 77
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Invité Ven 3 Sep - 11:48

PIERRE DU LIBAN

La pierre vouée aux siècles, prison des visages
Qui portent le sceau de la terre
Celle qui sème sous chaque seuil une légende,
Bâtit nos maisons
Nos maisons aux frontières de soleils.

La pierre vieille routière, rompue à la lumière
Craquelée tant elle porte d'espaces lourds
Trace nos chemins de retours
Elle est solitude peuplée
Elle est attente sous le soleil sonore de midi.

La pierre sage aux âges répétés
Seule, parmi la foule silencieuse de pierres qui se fixe
Celle qui oriente les signes
Dévide les songes
Celle qui relâche les vents porteurs de présages
Bâtit nos temples
Et laissent les oracles où se dénouent nos terres
Où s'élèvent nos pierres.




Je te laisse les rires
Moi, je prends les sanglots
Les sanglots d'un dernier train qui part vers le sud
D'une dernière main qui s'agite au vent du matin
D'une dernière bannière dépliée
D'un dernier habit souillé
Non, au feu à la haine
Non, aux poings bigarrés
Moi, je choisis l'oubli
Moi, je ne veux qu'une motte de terre
Qu'un brin de bruyère
Qu'une parcelle de nuit
Et tes cyprès rigides comme des morts
Tes chemins, plaies béantes, qui mènent vers le nord
Je ne m'en souviens plus
Je me souviens uniquement d'une porte éventrée sur la
    nuit
D'un chien galeux qui hurle à la lune
D'une file d'épouvantails qui fuient

Poèmes tirés de son second recueil, Terres stagnantes

Invité
Invité


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Bédoulène Ven 3 Sep - 18:15

merci Arturo ! j'aime beaucoup

_________________
"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 19653
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 77
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Aventin Jeu 28 Oct - 21:15

La revenante

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 La_rev10

Roman, 2009, 200 pages environ.

Dans "Ton chant est plus long que ton souffle", livre d'entretiens avec Caroline Boidé (éditions Écriture 2019) - que j'ai lu dans la foulée de La revenante - Vénus Khoury-Ghata estime, la quatre-vingtaine passée, que ses romans ne sont pas voués à la postérité, au contraire, peut-être, qui sait ? de sa poésie.

On lui laisse le pronostic, toutefois tout n'est pas à jeter, ou destiné à une oublieuse consommation immédiate, parmi ses romans.

Celui-ci possède un riche sujet:

quatrième de couverture a écrit:
Juin 1941.
Trois officiers français des troupes du levant sont ensevelis sous les décombres d'un temple du djebel Druze, en Syrie. Cinquante ans après, les trois corps exhumés sont ceux de deux hommes et d'une femme. Qui est cette femme ? Qu'est devenu le troisième officier, dont la dépouille n'a jamais été réclamée par sa famille ? Et en quoi ces faits, relatés par un journal, concernent-ils Laura, une jeune française de vingt-cinq ans ? Un accident de voiture, un coma, suivis d'hallucinations, de rencontres et de hasards : Laura est convaincue qu'elle est Nora, dont la vie s'arrêta brutalement sous les ruines de ce temple. Il lui faudra se rendre sur les lieux pour découvrir le secret de sa première vie, car " il y a de la terre dans sa mémoire, une terre lourde et suffocante ".

On adhère je ne sais comment à cette espèce de re-vie de Laura en Nora; loin de la Fantasy, avec ce qu'elle sait faire, dépeindre (ce Proche-Orient) Vénus Khoury-Ghata nous embarque encore une fois assez loin, remuant des passés douloureux, esquisse des convictions à des années-lumières de la pensée occidentale actuelle ou du demi-siècle passé.

Il y a toujours un certain humour - et un sens de l'absurde. Des caractères typés, savamment croqués. Et un style vivant, où les phrases basiquement courtes servent à amener une plus longue, sur laquelle le lecteur, en son regard intérieur, s'arrête, comme dans cet extrait (c'est sûrement la poétesse qui a glissé "Les arbres s'immobilisent d'un coup, puis l'encerclent"):

Chapitre 19 a écrit: Personne dans la rue. Personne à qui parler. C'est l'heure de la sieste. Pourtant, elle est sûre de connaître ceux qui vivent derrière les murs. Il suffit qu'elle prononce un premier mot pour s'approprier la langue.

  Sa vie est une suite d'errances dans l'attente de ce moment. Elle s'arrête. Les arbres s'immobilisent d'un coup, puis l'encerclent. Elle est prisonnière d'un air aussi opaque qu'un mur de pierres. Elle étouffe. Une douleur déchire le bas de son ventre qui devient brusquement lourd. Un sang invisible humecte l'intérieur de ses cuisses. Ses jambes lui font défaut. Elle se traîne jusqu'à l'auberge de Maryam, et gravit les marches en gémissant. Ce parcours, cette souffrance sont siens. Elle les a vécus jadis. Ils sont inscrits dans la chair de sa mémoire.

  Laura pénètre dans la pénombre. Maryam n'ouvre jamais ses volets. Sa maison et ses yeux sont frappés de la même cécité. L'aveugle s'est retirée dans une pièce du rez-de-chaussée avec son chat, son narguilé, son canari et son tarot qu'elle tire les yeux fermés, palpant les cartes comme des visages amis.

  Laura la trouve à demi allongée sur un divan couvert d'un vieux kilim, une main enfoncée dans le pelage du chat, l'autre tenant le tuyau du narguilé qu'allume un jour sur deux Martha, quand elle fait le ménage de sa cousine. Souffrant de ne pouvoir voir sa visiteuse, Maryam lui pose une multitude de questions, sur la couleur de sa peau et celle de ses yeux.
- Tu portes toujours ta natte de cheveux blonds ?
Laura est pétrifiée.
- Comment le savez-vous ?
- Parce que tu l'avais dans le temps.
Un silence lourd suit. Le chat a cessé de ronronner. Le narguilé de gargouiller.    


Mots-clés : #deuxiemeguerre #devoirdememoire #fantastique #identite #lieu #psychologique #voyage
Aventin
Aventin

Messages : 1984
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Bédoulène Ven 29 Oct - 10:36

merci Aventin ! un jour certainement je lirai cette auteure !

_________________
"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 19653
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 77
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

fantastique - Vénus Khoury-Ghata - Page 2 Empty Re: Vénus Khoury-Ghata

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains du Proche et Moyen Orient

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum