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César Aira

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Message par Tristram le Jeu 26 Déc - 15:07

César Aira
(Né en 1949)

absurde - César Aira  Czosar10

César Aira, né le 23 février 1949 à Coronel Pringles (province de Buenos Aires), est un écrivain argentin auteur d’une quarantaine d’ouvrages (romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais).
Francophile convaincu, Aira découvre très jeune les classiques français et lit Proust et Rimbaud dans le texte dès l’âge de 14 ans. C’est à partir de cette époque qu’il décide de se consacrer exclusivement à l’écriture tout en menant de front une carrière de journaliste et de reporter.
À l'aube de la vingtaine, un an après s'être installé à Buenos Aires, il fonde une revue littéraire éphémère avec des camarades : El Cielo (Le Ciel). Entre octobre 1968 et décembre 1969, la revue mélange les textes de ses fondateurs et ceux d'auteurs consacrés (Rimbaud, Holderlin, Lewis Carroll, etc.), et montre déjà l'ambition créative d'Aira qui signe des morceaux drôles, étranges, imaginatifs.
Il a traduit de nombreux livres français ou anglais en espagnol, et écrit des critiques littéraires. Il a également donné des cours dans des universités argentines sur Rimbaud, Copi, Mallarmé et le constructivisme.

Son ambition est d’élaborer une esthétique qui se joue des genres et des codes littéraires, une écriture pour l’écriture, parfois proche de l’improvisation ou de l’écriture automatique des surréalistes et des dadaïstes, principalement dans ses premiers écrits.
Il considère davantage son activité d’écrivain comme un art à part entière, et il ne se voit « pas tant comme un auteur que comme un artiste à qui il arrive d’écrire des livres ». Et en tant qu’artiste, il s’attache particulièrement à la notion de procédé / procédure (« procedimiento »), dont l’aboutissement (ses livres) n’est pas pour lui aussi important que le processus créatif lui-même. « Le rôle de l’artiste est de créer des procédures (expérimentations) par lesquelles l’art peut se faire ». La procédure de Aira, telle qu’il l’a exprimé dans certains de ses écrits, est une démarche qu’il qualifie de fuite en avantfuga hacia adelante ») ou de continuum el continuo »).
Ainsi ses fictions peuvent sauter radicalement d’un genre à un autre, et déploient souvent des stratégies narratives venant de la culture populaire et de la « sous-littérature », tel que la science-fiction et les telenovelas. D'autre part, il refuse souvent délibérément de se conformer aux attentes générales sur la façon dont un roman doit se terminer, laissant nombre de ses histoires avec une fin ouverte ou abrupte.

Ouvrages traduits en français :

• Ema, la captive (1981), Gallimard. Traduit par Gabriel Iaculli (Ema, la cautiva, 1981). Page 1
• Canto castrato (1984), Gallimard. Traduit par Gabriel Iaculli (Canto castrato, 1984). Page 1
• La Robe rose. Les Brebis (1988), Maurice Nadeau. Traduit par Sylvie Koller (El vestido rosa. Las ovejas, 1984). Page 1
• Nouvelles impressions du Petit-Maroc, Saint-Nazaire : MEET/Arcane 17, 1991. Traduit par Christophe Josse.
• La Guerre des gymnases (1992), Actes Sud. Traduit par Michel Lafon (La guerra de los gimnasios, 1992). Page 2
• Le Manège (2003), André Dimanche Eds. Traduit par Michel Lafon.
• Un épisode dans la vie du peintre voyageur (2000), André Dimanche Eds.
• Les Larmes (2000), Actes Sud. Traduit par Michel Lafon.
• Le Magicien (2002), Bourgois. Page 1
• Varamo (2002), Bourgois. Page 2
• Les Nuits de Flores (2004), Bourgois. Traduit par Michel Lafon (Las noches de Flores, 2004).
• La Princesse Printemps (2005), André Dimanche Eds. Traduit par Michel Lafon (La princesa Primavera, 2003). Page 1
• Le Prospectus (2006), Bourgois. Traduit par Michel Lafon.
• J’étais une petite fille de sept ans (2008), Bourgois. Traduit par Michel Lafon (Yo era una niña de siete años, 2005).
• La Preuve (2008), Bourgois. Traduit par Michel Lafon.
• Anniversaire (2011), Bourgois. Traduit par Serge Mestre.
• Les Fantômes (2013), Bourgois. Traduit par Serge Mestre (Los fantasmas, 1990).
• Le Testament du magicien Tenor (2014), Bourgois. Traduit par Marta Martínez Valls (El testamento del mago tenor, 2013).
• Le Congrès de littérature (2016), Bourgois. Traduit par Marta Martínez Valls (El congreso de literatura, 1997).
• Prins (2019), Bourgois. Traduit par Christilla Vassrot (Prins, 2018).

(D’après Wikipédia)

Mise à jour le 06/09/2020


Dernière édition par Tristram le Dim 6 Sep - 14:26, édité 6 fois

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Message par Tristram le Jeu 26 Déc - 15:26

La robe rose ‒ Les brebis

absurde - César Aira  La_rob10

Éditions Maurice Nadeau a écrit:César Aira considère la Robe comme son premier conte et Les Brebis comme son premier roman.

La robe rose
Conte où l’on découvre le monde mental d’Acis, un idiot ; la vieille de la famille qui l’a recueilli l’envoie porter la minuscule robe rose qu’elle a cousue pour une nouveau-née, et il est capturé par les Indiens de la pampa après que le fils de la famille lui eut subtilisé la robe.
« Il découvrit, émerveillé, que penser était une autre manière de ne pas penser. »
Les Indiens lancent un raid mythique à la recherche de la robe rose, les personnages errent sans but (le voyage est du temps élaboré à partir de répétition), et le récit (au fil de la plume, tel pure digression) prend une dimension picaresque en revisitant l’histoire argentine, entre dans la légende en suivant les aventures de la petite robe qui passe alors d’un gaucho à deux enfants fugitifs, pour parvenir finalement à La Pensée (un hameau faisant apparemment partie de la jeunesse d’Aira).
Les Indiens, et leur « roi » :
« Ils couraient beaucoup, ou s’abandonnaient à la mollesse. Et ils s’égaraient tous les jours, au coucher du soleil. Tant et si bien que le voyage commença par durer des jours, puis des semaines, et enfin des mois. Les saisons, heureusement, changèrent. On perdait le fil du temps, et le sens de l’orientation. Les directions se superposaient, s’accumulaient. La vie était éminemment inutile. »

« Son pouvoir avait beau être purement abstrait, il s’appuyait tout de même sur lui pour vivre, sans l’exercer. Anarchisants, les Indiens nourrissaient la substance d’un individu qui remplissait en quelque sorte les fonctions d’une musique, un intercesseur du temps, un politicien de l’agencement des heures. »

Les brebis
Sur les terres de La Pensée, le bétail abandonné souffre de la sécheresse, et les brebis sont l’objet d’une étude écologico-éthologique (et d’une facétie évolutionniste), le sujet d’une analyse socialo-psychologique et d’une anthropomorphisation fantaisiste, la matière d’un drame eschatologique, d’une divagation poético-onirico-surréaliste, d'une pseudo-allégorie (quoique...), d’une quête hallucinée et d’une méditation philosophico-métaphysique. Les innocentes brebis assoiffées sont devenues nocturnes pour fuir la chaleur solaire, et elles observent la mystérieuse, la fascinante constellation du Bélier…
Cela tient du réalisme magique et de Raymond Roussel et Cortázar, tout en étant sans pareil.
« De toute façon, la survie s’annonçait difficile, puisqu’il n’y avait plus rien à quoi l’on pût s’adapter. »

« À cette heure-là, le ciel avait perdu tout vestige de couleur. Il irradiait l’épouvante, une blancheur antique. »

« L’une des brebis, jeune, très corpulente, Rosie, ressemblait à un piano immobile : elle n’attendait rien, tout en ne cessant d’attendre. Elle avait été jadis une enfant très heureuse, lorsque la campagne était en fleurs. À présent, son esprit régressait graduellement vers le blanc. »

« Les pans du ciel se transformaient. Un crépuscule d’abord véloce, puis lent, caractéristique du sud de la province, s’abattait comme une hyène albinos sur l’étendue sans forme de La Pensée. L’espace ne retenait que la rotation de la lumière, sans objets. Soudain, apparut l’étoile du Berger ; les yeux qui peuplaient la plaine se fixèrent sur elle, comme sur un grand citron vert. Une brise imperceptible soufflait en cercles, faisant jaillir de l’ombre du sol des tours immatérielles qui se dissolvaient. Au centre se lovait une femme-serpent, la lumière, se dressant vers un ciel très fin, immobile. »

« Vingt minutes plus tard, elle ajouta, devançant les objections :
‒ Cependant, dira-t-on, rien n’est plus facile que d’imaginer des arbres dans un pré ou des livres dans une bibliothèque, sans que nul auprès d’eux ne les perçoive. Rien de plus facile, en effet. Mais, je vous le demande, qu’avez-vous fait, sinon former en esprit quelques idées que vous appelez livres ou arbres, omettant dans le même temps l’idée d’un être qui les perçoit ? Vous-mêmes, pendant ce temps, ne les pensiez-vous pas ? Je ne nie point que l’esprit soit capable de concevoir des idées, ce que je nie, c’est que les objets puissent exister hors de l’esprit.
[…]  
J’ai accumulé des transcriptions de l’idéalisme ovin, j’ai prodigué leurs paysages canoniques, je me suis montré itératif ou explicite, j’ai censuré Cathy (non sans ingratitude), afin que mon lecteur pénètre peu à peu dans cet univers mental vacillant ; un univers d’impressions évanescentes ; un univers sans esprit ni matière, ni objectif ni subjectif, un monde privé de l’architecture idéale de l’espace ; un monde fait de temps, de ce temps absolu, uniforme de La Pensée, un monde que l’on aurait amputé de ses géométries parfaites ; un labyrinthe inépuisable, un chaos, un rêve. Proche de la désagrégation parfaite, comme à la fin les brebis. »

Superbe cadeau de Noël que cet auteur original !

Mots-clés : #absurde #aventure #contemythe

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Message par Bédoulène le Jeu 26 Déc - 18:51

le PN a eu bon goût donc ! intrigant ce que tu en dis !

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Message par Armor le Ven 27 Déc - 0:02

Il découvrit, émerveillé, que penser était une autre manière de ne pas penser.

Ah... Shocked

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Message par Tristram le Ven 27 Déc - 0:09

Eh ouais (c'est l'idiot, pas si idiot d'ailleurs, qui parle) !

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Message par bix_229 le Mar 31 Déc - 18:25

LE MAGICIEN

absurde - César Aira  Le-mag10

Hans Chans jouit d' un pouvoir inoui. Il es t magicien. Un vrai magicien. Autrement dit, il peut tout faire et sans trucage.
Et pourtant, pendant des années il est resté à l' ombre de collègues besogneux mais qui avaient du succès en exécutant leurs tours.
Mais lui, qui peut tout, ne controle en rien la réalité, la sienne ou celle des autres et craint les conséquences qui adviendtraient s' il agissait.
Résultat : il se perd en questions abstraites en se demandant que faire, mais que faire sans aller au delà...

Dans un supreme effort, il se mit à penser. Que faire ? la vieille question léniniste revenait, elle revenait du bout du monde, et dans son cas, elle revenenait en portant le poids du monde entier, dans sa variété bigarrée.
Quelle réponse lui donner, puisqu' il savait tout faire.
Il essaya de s' imaginer sur scène, reveur, indifférent, tenant l' univers entier entre ses doigts...
L' image se formait, mais elle restait là sur le seuil des possibles.
Et l' appel résonnait au plus profond : Que faire ?
Le Magicien, p. 76

C' est comme si un rideau s' était levé. La solution était si simple, si proche...
S' il n' avait jamais osé utiliser la magie, c' était à cause des altérations qu' elle risquait de causer dans
le tissu de l' Univers.
Le Magicien, p. 148

En tout cas, si ce livre-là est une métaphore de l' artiste et dans son intelligence, il y a de la magie. Oui.
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Message par bix_229 le Mar 31 Déc - 18:38

absurde - César Aira  Aira_l10
La princesse Printemps. - André Dimanche éd., 2 005
Il était une fois une princesse nommée Printemps. Elle vivait dans un chateau sur une ile, pas très loin du Panama.
La princesse était jeune, belle, intelligente, mais pauvre. Enfin, relativement. Il y avait des serviteurs dans le chateau et meme une gouvernante  grincheuse, nommé Wanda Toscanini Horowitz.
Et oui, c' était la veuve du pianiste.

Le chateau était somptueux et le parc magnifique. Elle y veillait personnellement.
Les habitants, des simples pecheurs, n' étaient pas ses sujets. Ils étaient sur l' ile eux aussi et voilà tout.
La princesse vivait et faisait vivre son entourage en faisant des traductions. Des romans anglais et français plutot mauvais et meme franchement mauvais souvent.
Ses traductions étaient parfaites et elle était d' une ponctualité de montre suisse. Son travail était très mal payé, mais le cout de la vie sur l' ile était heureusement ridiculement bas.


La princesse était consciente de traduire des navets alors qu' elle aurait pu s' attaquer à des oeuvres infiniment plus élevées. Elle se posait bien parfois des questions sur son travail et sur ses lecteurs.  Mais elle était habituée à sa routine et à son mode de vie. C' était son coté "petit-bourgeois". Dixit l' auteur.

Et puis,  le climat de l' ile était extraordinairement clément tout au long de l' année. Printanier très exactement.
C' est bon pour le moral et pour les fleurs.
Pour des raisons qui ne sont pas explicitées (n' oubliez pas qu' il s' agit d' un conte) le climat printanier
était le fait de la princesse Printemps. Si vous voyez...

(Non ? ça va venir...)  

Mais un jour -maudit, bien entendu- l' apparence des choses se modifie sensiblement. Rien de très
concret tout d' abord, mais un malaise que chacun ressent.
Et, ne voilà t-il pas qu' un navire de guerre immense surgit, noir et super équipé et vient assiéger l' ile.
L' envahisseur n' est autre que le général Hiver, le cousin maudit de la princesse Printemps. Il veut la
mort de sa cousine et rattacher l' ile à la Sibérie.
Rien de moins.

Qui dit princesse, dit prince -charmant en principe- Sachez qu' un jeune aventurier, nommé Picnic,
a fui le stress de la  mondialisation pour une vie certes plus risquée, mais moins conformiste.
Le navire sur lequel il a embarqué a fait naufrage, et le jeune homme a été rejeté sur une plage de l' ile.
Après une nuit de bon sommeil, il s' est réveillé, frais comme un gardon et il s' est mis en route
pour explorer l' ile...

Le reste, vous l' apprendrez si vous lisez le livre.  

J' aurais aimé vous dire que ce mélange de genres- allégorie, conte moderne - était plein de charme, d' humour, de fantaisie, d' aventures...
C' est vrai ! Mais en partie seulement.
J' ai l' impression que l' auteur était pressé (il en était à son 54e livre), qu' il avait envie de voyager ou alors il vivait peut etre une histoire amoureuse très compliquée…
Allez savoir !  
Et bref, je pense qu' il  a mélangé les ingrédients de façon un peu désinvolte et le résultat m' a un peu déçu.

Mais Cesar Aira est un romancier interessant et je sais que d' autres,
l'apprécient et donc, ne le négligez pas.
Vous pouvez aussi imaginer le livre tel quel et l' accomoder selon votre imagination. C' est que je fais souvent, et je m' en trouve bien....

Récup.
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Message par Tristram le Dim 5 Avr - 0:18

Ema, la captive

absurde - César Aira  Ema_la10


Une troupe de soldats convoie des chariots de déportés à travers la pampa jusqu’à la frontière orientale, où le fort de Pringles, commandé par l’autocrate et « fantasque » colonel Espina, est confronté aux Indiens « sauvages ».
« Il avait déjà changé trois fois de monture, remplacé celles qui mouraient – l’une d’elles avait expiré entre ses jambes, à la suite d’un effroi dû au vol dansant d’une mite – par d’autres tout aussi craintives, torses amas de viscères, de poils et de crins secs que seule la peur tenait ensemble. »
Ema (une Blanche qui pourrait être une Noire ou une Indienne, et généralement enceinte et allaitante) fait partie des captifs, et passe d’homme en homme, soldats, officiers, puis Indiens.
C’est une sorte de séjour édénique en bordure de forêt et de rivière, où l’on trompe l’ennui avec le jeu, l’alcool, le tabac, le sexe et la sieste.
« Les aventures, se dit-il, sont les hasards de l’ennui. »

« Les jours n’étaient que longues veines d’oisiveté et de divertissement, et les individus, de vraies parures sur la traîne des journées et des fastes atmosphériques. »

« À Pringles, on dort toujours. Je me demande parfois… si le sommeil des gens ne ferait pas partie du paysage, d’une société. Mais comment savoir… ? »
Les évocations de la nature argentine m’ont intéressé ‒ échidnés, fourniers, pentatomes, lamentins bleus, faisans (?)…
« On lui avait dit que dans cette région, chaque oiseau emprunte le chant d’une autre espèce que la sienne. »
Mais j’ai eu un doute sur la présence d’éléments fantastiques dès la première page avec « un petit papillon à six ailes » ; suspicion qu’à renforcé la « chasse au gaz paralysant » :
« Ils pêchaient au timbó, un narcotique végétal, et chassaient les oiseaux avec des gaz paralysants que répandaient des boulettes de papier empoisonnées. »
Cependant la pêche au timbo n’est pas imaginaire, c’est une liane qu’on utilise même en Guyane à cet effet, alors…
Pillahuinco (fleuve et forêt dans le roman) est une sierra qui existe bien non loin de Coronel Pringles, lieu d’origine de César Aira, mais plus au Sud qu’à l’Ouest de Buenos Aires, vers Bahia Blanca ; la géographie m’a paru fantaisiste dans ce livre, un peu comme celle du comté imaginaire de Yoknapatawpha chez Faulkner ou, plus près encore, le Macondo de Márquez.
En fait très vite une étrange impression d’étrangeté m’a saisi ; pourquoi cette bizarre récurrence du papier (écrans, cloisons, lampes, mais aussi vaisselle, tentes, sans oublier papier à cigarette, et… papier-monnaie). Une autre prégnance, c’est celle du curieux thème de la frontière :
« ‒ Passé une certaine limite (il faudra vous y faire : ici on ne parle que de limites et de frontières), tout est désertion, car plus personne n’est à sa place. »

« …] à la frontière, le moindre délai étouffait tout changement au profit de l’éternel recommencement. »
Le récit gravite essentiellement autour des Indiens (qui ont en outre, pour tromper l’oisiveté avec affectation, les peintures corporelles) :
« Les Indiens avaient toujours l’air d’être en proie à ce calme qui suit un ouragan de la pensée, spectacle intéressant qui montrait comment un être humain peut se remettre d’un choc qu’il n’a pas subi. Dans une civilisation comme la leur, tout était sagesse. Les imiter équivalait à retourner à des origines où l’élégance serait d’ordre religieux sinon mystique, et l’esthétique mondaine, un éloignement impératif de l’humain ; tout n’était qu’amour et sexualité. »

« Ils auraient tout donné pour obtenir la faveur d’une vie toujours vierge. Et ils méprisaient le travail, qui peut avoir un résultat. Leur politique était un livre d’images. Ils se savaient hommes, mais étrangers à leur condition. L’art interdisait à l’individu d’être un humain. »

« Ils se déplaçaient à cheval ou en charrette légère, rarement plus vite qu’un homme à pied. Ema s’émerveillait de l’immensité des territoires qu’ils traversaient, inversement proportionnelle à leur allure, semblait-il. Ils n’en parvenaient pas moins, sans coup férir, à destination, si bien que la cavalière finit par se dire que les distances sont en fait des phénomènes réductibles à l’immédiateté, et le déplacement une métamorphose. »

« Après avoir tant rêvé de leurs têtes resplendissantes de plumes, de leurs visages si magnifiquement peints, elle comprenait à présent qu’ils n’étaient pas des artistes, mais l’art même, la fin dernière de la mélancolie ; car rien d’autre ne les poussait à errer, ne les conduisait au plus loin, au bout de la route – où, une fois rendus, ils faisaient preuve du plus grand courage : ils regardaient la frivolité en face, et la respiraient à pleins poumons. »

« Dans tous les cas, la monnaie d’échange, avec les sauvages, est l’humanité : déniée, mesurée, amplifiée, transposée dans un monde qui ne lui sied guère et qui se trouve être, infailliblement, celui de l’art. »
Une sorte de vaste métaphore métaphysique, absconse mais ensorcelante :
« Un récit n’est jamais que le tirage d’une gravure de ce qui n’advient pas. C’est pourquoi on ne peut parler de l’existence comme d’une catégorie homogène. Je dirai que toute chose appartient à deux – et seulement à deux – catégories : les représentations et les êtres humains. Par bonheur, personne ne nous demande de choisir. Comment le pourrions-nous ? En ce qui me concerne, après un déjeuner copieux, par exemple, je penche plutôt du côté des représentations ; mais, à l’opposé, quand je considère la beauté du monde, je sens venir le moment terrible des individus. »

« Dans notre vie quotidienne, l’argent est un instrument à peine omnipotent. Là-bas, il en va autrement : l’argent est auréolé par sa divine inutilité. »
Texte envoûtant où mélancolie paisible et poésie onirique le font échapper aux genres historique et d’aventure. Si original (et délectable) qu'il en est inclassable.

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Message par bix_229 le Dim 5 Avr - 13:49

Inclassable en effet, original, mais parfois assez déconcertant. enfin dans ce que j'ai lu.
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Message par Tristram le Dim 5 Avr - 16:41

Celui-là, un des premiers écrits/ publiés, est d'une lecture fort aisée ; je vais en lire d'autres, à suivre !

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Message par Quasimodo le Mar 14 Avr - 1:29

En tout cas, tu m'as convaincu ! Je suis particulièrement attiré par les descriptions de la faune et de la flore, curieux de ce fantastique discret (peut-être un bon antidote aux pièges de l'exotisme ?), et intrigué par cette "bizarre récurrence du papier".


Dernière édition par Quasimodo le Mar 14 Avr - 2:13, édité 1 fois

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Message par Tristram le Mar 14 Avr - 1:40

Alors fonce _ et dis-nous !

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Message par Tristram le Dim 10 Mai - 16:05

Canto castrato

absurde - César Aira  Canto_10


Le Micchino est un sopraniste castrat loué par toute l’Europe du dix-huitième siècle ; avec sa suite dont Herr Klette son impresario, il va de Naples la lumineuse à Vienne l’ennuyeuse puis Saint-Pétersbourg la glacée, et finalement à Rome, chez le pape.
Le virtuoso est « très grand, svelte, avec des yeux immenses et des pommettes fuselées, comme celles de tous les castrats », et a « une aura comme de superbe indifférence, de suprême sûreté de lui » ; c’est un personnage mystérieux, ambigu de la haute société de ce dix-huitième capricieux, extravagant, de plus piqué d’espionnage.
« Aucune autre cour d’Europe n’aurait alors pu réunir autant de personnages de haut rang sous le même toit, la même nuit, sauf celle de Versailles, qui ne comptait pas : elle était le modèle. La politique de prébende de quatre générations de Habsbourg n’avait pas engendré sans douleurs cette aisance sociale. Après avoir acquis une certaine importance numérique, les nobles s’étaient fondus en un ensemble pour lequel rien n’importait que l’apparence : le faste apprêté de leurs expressions, l’émail nacré de la perfection qui les distinguaient du commun n’avaient pas d’autre origine. »

« …] ici, tout n’était que trompe-l’œil, mirage impénétrable : vivre à Vienne, c’était renoncer à la profondeur de la vie en faveur de celle de la vue ; c’était se placer sous l’empire de la perspective, du "style viennois". »
Toute l’histoire gravite autour des personnages fabuleux que sont les castrats (qui se font même remplacer incognito sur scène, tel le Mogano) :
« Puis vint la surprise de la voix. Elle était parfaite, suprêmement jeune, limpide, et d’une puissance inouïe. Tout ce que l’on avait entendu jusqu’à présent au théâtre n’était plus que poussière et cendre. Elle était parmi nous, la très-réelle, l’irremplaçable, la grande voix qui avait le pouvoir de briser verres et verrières, sensuelle jusqu’à l’inconcevable, exquise jusqu’au plus profond de ses inflexions abyssales, et pure comme les éthers les plus subtils des hauteurs où nulle émanation, jamais, n’est parvenue. »
Ce roman plaira sans doute plus aux amateurs de l’art lyrique :
« Zeus était un baryton hollandais aux yeux de crapaud. Les basses-tailles étaient à la mode, indubitablement ; une des modes innombrables qui venaient du Nord. Dans leur manie de nouveauté, les musiciens allemands décadents avaient même juché les basses sur scène, ce qui du point de vue de la lyrique était une aberration, car c’est la couleur de la voix qui commande l’équilibre entre l’attention que requiert l’écriture et la distraction qu’entraîne le sentiment, équilibre sans lequel il n’est point d’opéra. »
La troisième partie, en Russie, où l’intrigue se noue et l’action commence vraiment, est rendue par les lettres (contradictoires) à Herr Klette ("bardane, pot de colle") retenu à Trieste par une crise de goutte, du compositeur wallon Lionello Venutti et d’Amanda, sa fille unique, « un égoïsme incroyable, une frivolité inexcusable », paranoïaque persécutée par l'abominable baron Denis, son époux amateur de thé…
Amanda :
« En Russie, la disposition des branches, sur les arbres, est telle que la neige s’y accumule en quantités impressionnantes, sans doute pour empêcher que le sol ne reçoive plus de poids qu’il n’en peut supporter. »
Lionello Venutti :
« Nous traversions la ville de Pierre le Grand, et je pensais : c’est la dernière fois.  La lune nous présentait tous les palais l’un après l’autre, avec sa candeur inexorable et lente, et tout, dans l’ombre, se révélait impossible. Je ne reviendrais jamais dans cette ville, et les motifs, pour l’éviter, ne me feraient pas défaut… Elle n’existait plus sans moi. Je compris qu’elle était le reflet d’un songe, qui ne pouvait subsister sans un rêveur. C’était en ce rêveur que je me changeais en m’en allant ; il commençait à se raconter notre histoire. »
Apparemment bien documenté, autant historiquement qu’en géographie (j’ai reconnu Naples ‒ mais pas Vienne et Saint-Pétersbourg, où je ne suis jamais allé), ce roman baroque me paraît ne pouvoir être rapproché que de ceux de Leo Perutz (et de certains films de Fellini) ; difficile à définir, on pourrait dire qu’il est étrange sans sembler se départir du réel. Et résonnent curieusement quelques assertions bizarres :
« Parler de politique ou de mode, ça revient au même. Tout change sans cesse. Rien ne se répète, car tout est réel. »

« Plus rien, de nos jours, n’est mû par une cause unique. Je me demande ce qu’attendent les effets, pour se multiplier à leur tour. »

Mots-clés : #ancienregime #musique

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Message par Bédoulène le Dim 10 Mai - 19:03

merci Tristram pour ce commentaire que je pense pas aisé à faire !

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Message par Tristram le Dim 10 Mai - 19:08

Je coche et note en lisant, une vague réorganisation, et c'est à peu près tout.

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Message par Quasimodo le Ven 19 Juin - 3:35

Je viens de découvrir l'existence de son Dictionnaire des auteurs d'Amérique latine. C'est un genre littéraire qui m'intéresse beaucoup en ce moment, je me laisserais volontiers tenter.

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Message par Quasimodo le Ven 19 Juin - 13:05

Voici la liste (exhaustive ?) des auteurs qui y figurent :
absurde - César Aira  Dictio10

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Message par Tristram le Ven 19 Juin - 13:10

Ça peut effectivement être intéressant de le consulter (ou de le garder à portée de main).

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Message par Quasimodo le Ven 19 Juin - 13:20

(Ou même de s'y perdre, comme dans les dictionnaires de Charles Dantzig ?)

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Message par Tristram le Ven 19 Juin - 13:26

Oui, selon l'intérêt qu'il présente. Je pointais des qualités a minima.

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