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Álvaro Mutis

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Message par Tristram le Jeu 9 Jan - 15:12

Álvaro Mutis
(1923 – 2013)

Álvaro Mutis Zalvar10

Álvaro Mutis Jaramillo, né le 25 août 1923 à Bogota et mort le 22 septembre 2013 à Mexico, est un poète et romancier colombien, aussi auteur de nouvelles et d'essais.
Il passe son enfance en Belgique jusqu'à la mort de son père, ambassadeur, en 1932. Il retourne alors en Colombie, où il vit avec sa mère et son frère cadet Leopoldo dans une hacienda (domaine agricole) à Coello.
Après avoir abandonné tôt ses études et s'être marié à 18 ans, Mutis travaille à la radio comme présentateur de journaux et anime une émission littéraire. Au cours des années 1940, il commence une carrière de rédacteur publicitaire et de responsable des relations publiques pour diverses entreprises.
En 1956, il s'installe à Mexico, car des malversations financières portant sur des fonds de la Standard Oil (pour laquelle il travaille) l'obligent à quitter la Colombie. Arrêté par Interpol, il est incarcéré quinze mois à la prison de Lecumberri, séjour dont il tirera son premier roman, Diaro de Lecumberri (Journal de Lecumberri), publié en 1960.
D'abord poète, il s'affirme comme romancier, et développe à partir de 1985 une série de sept romans autour d'un personnage, Maqroll el Gaviero (Maqroll le Gabier), aventurier toujours au bord de la misère et marin partout sur le globe, tant sur les mers que sur les fleuves et les rivières, avec un style contemplatif et désenchanté.

Œuvre traduite en français :

Poésie :

o Los elementos del desastre, 1953 trad. en français : Les Éléments du désastre, Grasset, 1993
o Summa de Maqroll el Gaviero, 1973 trad. en français : Et comme disait Maqroll el Gaviero, trad. Eduardo Garcia Aguilar et François Maspero, Gallimard poésie, 2008

Romans et nouvelles :
o Diario de Lecumberri, 1960 trad. en français : Les Carnets du palais noir, Grasset, 2015
o La Nieve del Almirante, 1986 trad. en français : La Neige de l'amiral, Sylvie Messinger, Paris, 1989
o Ilona llega con la lluvia, 1987 trad. en français : Ilona vient avec la pluie, Sylvie Messinger, Paris, 1989
o Un bel morir, 1989 trad. en français : Un bel morir, Grasset, 1991
o La última escala del Tramp Steamer, 1989 trad. en français : La Dernière Escale du Tramp Steamer, Grasset, 1992
o El último rostro, 1990 trad. en français : Le Dernier Visage (nouvelles), Grasset, 1991
o Amirbar, Norma, 1990 trad. en français : Écoute-moi, Amirbar, Grasset, 1992
o Abdul Bashur, soñador de navíos, 1991 trad. en français : Abdul Bashur, rêveur de navires, Grasset, 1994
o Tríptico de mar y tierra, 1993 trad. en français : Le rendez-vous de Bergen (nouvelles), Grasset, 1995

Essais :
o Celebraciones y otros fantasmas, 1993 trad. en français : Souvenirs et autres fantasmes : entretiens avec Eduardo Garcia, éd. Folle Avoine, 1999

(D’après Wikipédia)

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram le Jeu 9 Jan - 23:28

Le rendez-vous de Bergen

Álvaro Mutis Le_ren10


Le vrai titre de ce recueil est Triptyque de terre et de mer, titre qui n’aurait pas permis à l’éditeur, Grasset, de refourguer trois nouvelles, dont une déjà publiée par ses soins. Mais ce m’est grand plaisir de retrouver El Maqroll el Gaviero, dont je goûte les Entreprises et tribulations depuis les premières chroniques.
Maqroll est d’abord un aventurier picaresque qui semble avoir bourlingué partout, un vagabond des mers habitué aux fiascos, sans autre perspective d’avenir que d’éviter la mort le plus longtemps possible, et tenace malgré une certaine amertume désenchantée.
La Neige de l’Amiral a écrit:« Je suis au plus haut point intrigué par la manière dont ma vie est une répétition d’échecs, de décisions erronées au départ, de voies sans issue qui, mis bout à bout, seraient tout compte fait l’histoire de mon existence. Une vocation fervente pour le bonheur sans cesse trahi, chaque jour détourné, conduisant inlassablement et nécessairement à de misérables échecs, tous étrangers à ce qui, je le sais au plus profond de mon être, devrait s’accomplir, n’était mon attirance pour une incessante défaite. »

« Mes vieux démons, mes fantasmes décrépits, sous divers déguisements, dans un langage différent et une mise en scène nouvelle et malicieuse, se sont présentés à moi pour me rappeler les grandes lignes qui président à mon destin : vivre une époque en tous points étrangère à mes intérêts et à mes goûts ; sentir que glisser vers la mort est une œuvre essentielle de chaque jour, et que l’univers érotique est pour moi la condition implicite de cette œuvre ; savoir que je me déplace continuellement vers le passé, à la recherche du moment et du lieu appropriés où ma vie aurait pu avoir un sens ; posséder, enfin, cette attitude très particulière de consulter toujours la nature, sa présence, ses mutations, ses pièges, ses voix occultes auxquelles je confie aveuglement le soin de dissiper mes doutes, de juger mes actes en apparence gratuits mais toujours obéissants à ses appels. »
Le rendez-vous de Bergen :
Sverre Jensen, un vieil ami norvégien de Maqroll, fatigué de la mer et des humains, a décidé de se suicider.
« Mourir est un pacte que nous faisons avec nous-mêmes. L’important est de savoir quand et comment on le réalise, et d’être sûr sur qu’il s’agit bien d’un voyage sans retour. »

« ‒ Tout cela, je l’ai vu venir. Maintenant c’est une certitude : finies nos campagnes de pêche dans le Pacifique Nord, finie la mer, et finie aussi la lutte perpétuelle contre les éléments toujours victorieux. Et je vais vous dire quelque chose : j’ai eu largement le temps de me rendre compte que ce métier ne m’a jamais plu et que la mer est un ennemi monotone, tenace et cruel avec qui nous n’aurions jamais dû avoir aucune relation. »

« J'avais accumulé quelque chose que je peux seulement définir comme la fatigue d'être vivant, d’avoir constamment à choisir, d’entendre les gens autour de moi parler de choses qui ne les concernent pas réellement ou qu’ils ne connaissent pas vraiment. Mon vieux Maqroll, la sottise de nos semblables n’a pas de limites. Si ça n’avait pas l’air un peu absurde, je dirais que je m’en vais parce que je ne supporte plus le bruit que font les vivants. »
Relation véridique des rencontres et complicités entre Maqroll el Gaviero et le peintre Alejandro Obregón :
Le narrateur est l’auteur lui-même, qui profite de cette relation pour parler des mystérieux chats d'Istanbul, et donner une conception assez métaphysique de la peinture. Nota bene qu’Obregón est un peintre « d’anges » qui a existé, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Alejandro_Obreg%C3%B3n.
« C’est comme dans la vie : dans un tableau, il n’y a que la vérité qui tienne le coup. Sur la toile, on joue la carte de l’immortalité. Mentir, c’est falsifier la vie, ce qui veut dire : mourir. »

« Ce que vous ne contrôlez pas se retourne toujours contre vous. Le problème, c’est que les gens ne comprennent pas ça. Mais les gens, vous le savez bien, ne sont pas utiles à grand-chose. »

« Tout ce que nous voyons cache toujours une partie, la laisse dans l’ombre. C’est là qu’il faut parvenir, pour éclairer, découvrir, déchiffrer. Rien ne doit rester secret. Je sais que je demande beaucoup. Mais il n’y a pas d’autre solution. La mer, per exemple, vous qui l’avez tant parcourue et qui la connaissez si bien : la mer est ce qu’il y a de plus important au monde. Il faut savoir la regarder, suivre ses changements d’humeurs, l’écouter, la sentir. Savez-vous pourquoi ? Pour une raison très simple que tous croient connaître mais dont je suis convaincu que nul n’arrive à la croire à fond : parce que c’est là qu’est née la vie, que c’est de là que nous sommes sortis, et qu’une part de nous-mêmes y demeurera toujours submergée parmi les algues dans la profondeur des ténèbres. »

« Peindre le vent, mais pas celui qui passe dans les arbres, ni celui qui agite les vagues ou soulève les jupes des filles. Non, je veux peindre le vent qui entre par une fenêtre et sort par l'autre, comme ça, et rien de plus. Le vent qui ne laisse pas de traces, le vent si pareil à nous, à notre vie, cette chose qui n'a pas de nom et qui file entre nos mains sans que nous sachions comment. Pour cela, je le sais, il faut savoir regarder ; je vous l’ai dit : regarder le côté caché des choses. Avec le vent, c’est pareil, et ça, en vérité, je sais le faire : regarder, regarder jusqu’à ne plus être soi-même. »
À la fin, Gabo (Gabriel García Márquez, ami de Mutis, Maqroll et Obregón) témoignerait de (une version de) la fin de Maqroll dans le jeu énigmatique des apparences :
« Les artistes et les aventuriers savent dessiner leur fin longtemps à l’avance de telle sorte qu’elle ne puisse jamais être clairement déchiffrée par les hommes. Tel est leur privilège, depuis Orphée le thaumaturge et l’ingénieux Ulysse ou Odusseus. »
Jamil :
C’est cette fois encore le narrateur/auteur qui nous rapporte cette expérience de Maqroll vieillissant, échoué à Majorque, gardien de chantiers navals à l’abandon. Il recueillit pour un an le jeune fils de son ami décédé Abdul Bashur, et ce fut pour lui une révélation de l’enfance, lui qui n’en eut guère sur les gabies de fortune.
(C’est l’occasion d’évoquer un douteux trafic d’émigrants vers l’Afrique du Nord à Port-Vendres.)
« Ses yeux de derviche au repos s’étaient enfoncés dans leurs orbites comme s’ils voulaient s’éteindre. Son front était parcouru d’ombres qui ne se fixaient pas dans une expression précise, et ses lèvres tentaient de se serrer avec force comme pour repousser une peine imméritée et confuse. »

« …] ces instants de la vie où nous nous disons que le coin de la rue que nous n’avons jamais tourné, la femme que nous ne sommes jamais revenus chercher, le chemin que nous avons quitté pour en prendre un autre, le livre que nous n’avons jamais terminé, tout cela s’accumule pour finir par former une vie parallèle à la nôtre et qui, d’une certaine manière, nous appartient aussi. Eh bien, c’est une bonne partie de cette existence laissée de côté qui est remontée d’un coup, dès que j’ai eu Jamil près de moi. À ce moment-là, ce courant parallèle est venu se confondre avec celui de la vie réelle. Et quand, ensuite, il a repris son cours antérieur, il m’a laissé défait et désorienté. »
En fait la lecture de ces trois textes prend sans doute tout son sens après celle des romans. J’ai lu La Neige de l’Amiral, Ilona vient avec la pluie, et Un bel morir ; le premier m’a paru être le plus riche si je compte les citations que j’en ai tiré ; il m’a passionné (et pas seulement parce qu’il s’agit de la remontée d’un fleuve amazonien) ‒ bref, je recommande plus que jamais une lecture chronologique des Entreprises et tribulations de Maqroll le Gabier
La Neige de l’Amiral a écrit:« Tant que vous vivrez, vous serez immortel. Moi je crois que je suis mort depuis longtemps. »

« "Savoir que personne n’écoute personne. Que la parole est, en elle-même, un mensonge, un piège qui recouvre, déguise et ensevelit l’édifice précaire de nos rêves et de nos vérités, qui sont tous marqués du signe de l’incommunicabilité.
"Apprendre, par-dessus tout, à se méfier de la mémoire. Ce que nous croyons évoquer est tout à fait étranger et différent de ce qui nous est vraiment arrivé. Combien de moments pénibles, irritants, ennuyeux, la mémoire nous renvoie-t-elle, des années plus tard, comme des instants de bonheur éclatant. La nostalgie est le mensonge grâce auquel nous nous approchons plus vite de la mort. Vivre sans souvenirs, c’est peut-être là le secret des dieux. »

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Message par Bédoulène le Ven 10 Jan - 0:31

donc suivre le bon conseil de lecture chronologique, merci Tristram

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Message par Avadoro le Sam 11 Jan - 23:33

J'approuve aussi ce conseil, d'autant plus que tous les textes ont été rassemblés en un seul volume, Les tribulations de Maqroll le Gabier.
Une invitation au voyage, à l'errance, à la recherche de soi dans l'imaginaire et les rêves....et l'écriture d'Alvaro Mutis dévoile un monde à la beauté incertaine, fugace, insaisissable.
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