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Evguenia Guinzbourg

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Message par Bédoulène Ven 27 Mar - 23:55

Evguenia Guinzbourg
1904/1977

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Evguénia Sémionovna Guinzbourg (en russe : Евгения Семёновна Гинзбург, née le 7 décembre 1904 (20 décembre 1904 dans le calendrier grégorien) à Moscou et morte le 25 mai 1977 est une écrivaine soviétique, principalement connue pour avoir raconté son expérience des prisons du NKVD et des camps du Goulag.

Elle est la mère de l'écrivain Vassili Axionov

Née à Moscou en 1904 dans une famille juive qui quitte la ville en 1909 pour s'installer à Kazan, capitale de la province du Tatarstan. Elle obtient un diplôme de l'université de Kazan, avant de soutenir une thèse de doctorat en histoire à Léningrad.

Elle a donné des cours à l'université de Kazan où elle rencontre en 1932 son futur mari Pavel Axionov. Elle a aussi dirigé le département culturel du journal Tatarie rouge et a participé à la rédaction de l'ouvrage historique L'Histoire de la Tatarie. Son mari était membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique et elle-même fut membre du secrétariat régional du parti communiste de Tatarie et du comité exécutif central des Soviets. Ensemble, ils eurent deux enfants, Aliocha et l'écrivain Vassili Axionov.

Les Grandes Purges, destinées à éliminer tous ceux qui auraient pu menacer ou seulement faire de l'ombre à Staline, les rattrapent au milieu des années 1930.

Inquiétée dès 1935, chassée de son poste à l'université puis exclue du Parti, elle est arrêtée le 15 février 1937. Après de longs mois d'instruction dans les prisons de Kazan et de Moscou, elle est condamnée en août 1937 à 10 ans de réclusion en cellule d'isolement pour « activité trotskiste contre-révolutionnaire ». Elle effectue les deux premières années de sa peine dans la prison politique de Iaroslavl ; en 1939, sa condamnation est commuée en dix ans de travaux forcés à la Kolyma, au camp d'Elguen. Envoyée au Goulag, elle sera libérée en 1947. Elle doit cependant attendre jusqu'en 1955 pour être réhabilitée, à la faveur du relatif « dégel » suivant la mort de Staline.
Elle écrit ses mémoires à partir de 1959. Le premier livre, intitulé Le Vertige et sous-titré Chroniques des temps du culte de la personnalité, relate le début de son calvaire jusqu'à son arrivée à la Kolyma. La suite est racontée dans le second tome, Le Ciel de la Kolyma. C'est grâce au samizdat que ses écrits ont été diffusés clandestinement en URSS, avant d'être publiés en Occident à la fin des années 1960.


Bibliographie traduite en français

1967 : Le Vertige, Paris, Le Seuil,  Éd. poche, Paris, Le Seuil, coll. "Points", 1982.
1979 : Le Ciel de la Kolyma, (ouvrage posthume), Paris, Le Seuil. Éd. poche, Paris, Le Seuil, "Points", 1983.

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Message par Bédoulène Sam 28 Mar - 0:08

regimeautoritaire - Evguenia Guinzbourg 11413511

Le vertige Tome 1

« L’année 1937 commença, en vérité, à la fin de 1934, très exactement le 1er décembre 1934.
À 4 heures du matin, le téléphone sonna. Mon mari, Pavel Vasilevitchi Axionov, membre du Secrétariat du Comité régional du parti de Tatarie, était en mission. De la pièce à côté me parvenait la respiration régulière des enfants qui dormaient.
— Rendez-vous à 6 heures au Comité régional, bureau 38 !
C’est à moi, membre du parti, qu’on l’ordonnait »


Evguénia (Jénia) est accusé de ne pas avoir dénoncé le Trostkyste Elvov avec qui elle travaillait et qui a été arrêté. Ce dernier la prévient « vous ne comprenez pas les évènements qui viennent pour vous ce sera très difficile ». Ce le fut.

« — Mais il avait toute la confiance du Comité régional. Les communistes l’avaient élu membre du Comité urbain.
— Vous deviez signaler que l’on commettait une erreur. C’est bien pour cela que vous avez reçu une éducation supérieure et un titre académique.
— Mais a-t-on dès à présent prouvé qu’il était trotskyste ?
Cette naïveté provoqua une explosion de sainte indignation.
— Il a été arrêté, oui ou non ? Pensez-vous peut-être qu’on arrête sans disposer de faits précis ? »


Arrestation, procès où les accusés doivent se repentir de ce dont on les accuse, c’est-à-dire tout et n’importe quoi puisque la réalité est la fausseté des accusations.

« se frappant la poitrine, les coupables criaient bien haut qu’ils avaient fait preuve de myopie politique, qu’ils avaient manqué de vigilance, qu’ils s’étaient montrés conciliants à l’égard d’individus douteux, qu’ils avaient porté de l’eau au moulin du coupable, qu’ils avaient fait preuve de libéralisme pourri. Ces formules, et bien d’autres du même genre, retentissaient sous les voûtes des édifices publics »

« Après chaque procès, les choses allaient plus mal. Bientôt se répandit la terrible accusation d’« ennemi du peuple ». Par une logique infernale, chaque région et République devait avoir son quota d’« ennemis » pour ne pas se montrer en retard sur la capitale ».

Sommée de rendre sa carte du parti communiste, qu’elle gardait précieusement, lui est retiré le droit d’enseigner et arrive l’année 1937 où elle est convoquée au « Lac Noir », se suivront l’internement dans plusieurs prisons, le procès : Evguenia ne s’est jamais repentie, elle fut condamnée à 10 ans ! En isolement pendant 3 ans à Laroslavl d’où elle fut envoyé à Kolyma.

Que ce soit en prison, à l’isolement, au cachot disciplinaire Evguenia récitait à haute voix quand s’était permis ou dans sa tête les poèmes d’Essénine, Maïakoski, Nekrassov…….la poèsie, la littérature la soutenaient.
Déjà avant leur départ en train portant mention « outillage spécial »(elles les incarcérées) Jénia et les autres détenues avaient pu avoir des nouvelles de l’extérieur, les bourreaux devenaient à leur tour victimes. Que d’ennemis du peuple , l’année 1937 en était fructueuse !!

Vous pouvez suivre le parcours de Jénia d’après les extraits qui suivent :

« Parfois le convoi, obéissant à je ne sais quel ordre supérieur, s’arrêtait des journées entières. Pas le moindre souffle d’air ne pénétrait dans notre fourgon, qu’envahissait en revanche une terrible puanteur. La porte était fermée hermétiquement. Nous avions l’ordre de nous taire, même lorsque le train était arrêté en pleine campagne. »
Camps de transit  de Vladivostok: « Carcérales »… Les affreuses bêtes qu’on appelle « carcérales »… Nous traînerons avec nous cette définition, comme un poids écrasant, pendant près de dix ans. Nous sommes les plus méchantes des méchantes, les plus criminelles des criminelles, les plus malheureuses des malheureuses ; le comble du mal. »

Avec un cynisme qui désarmait et qui n’étonnait plus personne, le médecin du camp faisait son « diagnostic » d’après la condamnation. Les travaux forcés les plus durs, qui exigeaient une santé de « première catégorie », étaient réservés aux « politiques.
« Bizarrement, ce nom de Kolyma qui terrorisait tout homme libre, non seulement ne nous effrayait pas, mais éveillait en nous une espérance.
— Si nous pouvions partir bientôt !
— À Kolyma, au moins, nous mangerons à notre faim.
— Le froid et le gel sont préférables à cet étouffement ! »


Sur le Djourma – le bateau qui emmène à Kolyma, embarque aussi les femmes du « milieu » :

« Ce n’étaient pas des garces banales, mais l’extrême du monde de la délinquance : des récidivistes, des homicides, des perverses, des maniaques sexuelles. Aujourd’hui encore je suis fermement convaincue qu’on ne devrait pas reléguer ce genre de femmes dans des prisons ou dans des camps, mais dans des hôpitaux psychiatriques. Lorsque je vis s’engouffrer dans la cale cette horde aux visages simiesques, ces corps à moitié nus et tatoués, je crus qu’on avait décidé de nous faire exterminer par des folles. »

Poème d’Essénine :
« Pas de chance, aujourd’hui,
Madame la mort ! Au revoir.
Jusqu’à la prochaine. »

A Magadan : Pour Jénia travail de « droit commun » à l’hôtel, puis au réfectoire, elle récupère. Elle a la chance de trouver des « aides », la répartitrice des travaux (contre un manteau), le cuisinier sourd, un médecin.

Arrive un convoi d’hommes : « « Il y a parmi nous un gars de chez vous, oui, de Kazan… C’est la fin. Il ne tiendra pas jusqu’à ce soir. Il a su qu’une femme de Kazan travaillait au réfectoire et il m’a envoyé demander du pain. Pouvez-vous lui en donner ? Avant de mourir, il voudrait au moins manger à sa faim. Il s’agit d’un de vos compatriotes. Vous qui êtes au réfectoire…
« — Tenez, fis-je en lui tendant ma ration. Et donnez-lui un salut de ma part. Attendez ! Comment s’appelle-t-il ?
— C’est le major Elchine. Il travaillait au N.K.V.D., à Kazan.
Je laissai tomber le morceau de pain. Le major Elchine !
Voilà le pain. Donnez-le lui… Attendez ! Dites-lui seulement qui le lui envoie. Rappelez-vous mon nom, et dites-le lui.


C’était l’enquêteur qui avait estimé « ses crimes » ! Le bourreau était à présent victime !

A l’abattage des arbres, départ vers Elguen !

« — Vous avez trois jours pour vous entraîner. Pendant ces trois jours, la nourriture vous sera distribuée sans tenir compte de la norme. Après, on vous la distribuera en proportion de votre travail. Vous mangerez autant que vous abattrez.
Pendant trois jours, Galia et moi, nous tentâmes l’impossible. Pauvres arbres ! Comme ils souffraient sous nos coups maladroits ! »

« À partir de ce jour, celles qui n’atteignaient pas la norme – c’était le cas de toutes les « politiques » tirées de prison, sans exception – furent, au retour du travail, conduites non plus dans les baraques, mais directement au cachot. Il est difficile de décrire ce cachot disciplinaire. C’était une petite baraque sans chauffage et qui ressemblait à des latrines publiques : il était absolument interdit d’en sortir et aucun seau n’y avait été installé. »

« Un jour de mai, alors que j’étais occupée à couper les nœuds d’un mélèze que nous venions d’abattre, je vis pour la première fois, près d’une souche fraîche, dans la vapeur de la glace qui fondait, un petit rameau de myrtilles conservé sous la neige, un vrai miracle de fragilité, une création parfaite de la nature. Il portait six baies d’un rouge presque noir, si délicates qu’on avait le cœur serré à les regarder. Comme tout ce qui est trop mûr, les baies tombaient au moindre contact. On ne pouvait les cueillir sans qu’elles fondissent entre les doigts. Mais en se couchant par terre, sur le ventre, on pouvait les manger directement à même la branche. Je les saisis de mes lèvres sèches et crevassées par le vent, et les pressai une à une entre ma langue et mon palais. Elles avaient une saveur indescriptible : celle d’un vin qui « bonifie en vieillissant ». La saveur acidulée des myrtilles ordinaires n’est en rien comparable à l’arôme enivrant de ces baies que les souffrances endurées pour surmonter l’hiver rendaient encore meilleures. Quelle découverte ! Je mangeai les fruits de deux branches, à moi toute seule. Et ce n’est que lorsque j’en découvris une troisième, que je redevins un être humain, capable de solidarité ; je criai, agitée :
— Galia ! Galia ! Jette ta hache et viens vite ! Regarde… J’ai rencontré « du raisin aux larmes d’or ».


« — On t’envoie à la maison d’enfance. Tu y seras infirmière, me dit d’un ton aimable le jeune soldat qui était venu nous chercher.
Je l’aurais embrassé.
Pendant le trajet, notre remorque se détacha du tracteur et tomba dans le canal qui, bien que nous fussions en juin, était gelé. Mais comment donner de l’importance à cet épisode ? Encore une fois, j’avais échappé à la mort. »


La suite dans le Tome II.

C’est une excellente lecture, nous découvrons le terrifiant régime stalinien, le destin de la personne accusée d’être un « ennemi du Peuple », des premiers instants où on s’interroge d’une convocation, puis où on commence à craindre, l’arrestation, le procès, la condamnation.

L’auteure en racontant son drame personnel montre également celui de ses compagnes de tout horizon, de toutes opinions politiques : des socialistes révolutionnaires, des communistes, des trotkystes ……
En fond la société dans les années 30 et le rappel des évènements internationaux (la guerre d’Espagne…)


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #regimeautoritaire

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Message par Bédoulène Lun 13 Avr - 17:01

je vais encore être trop longue........

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Le vertige Tome II : le ciel de la Kolyma

Génia travaille donc à la maison des enfants :

« Un trait caractéristique de l’administration des camps en général était en effet l’obsession maladive de la propreté des sols. Ce qu’on appelait l’« état sanitaire » d’un lieu était défini par un unique facteur : le degré de blancheur des planchers. Que les baraques fussent empoisonnées par les émanations des poêles et diverses odeurs suffocantes, que les détenus fussent couverts de haillons raidis par la crasse, cela échappait totalement à l’attention des gardiens de la propreté et de l’hygiène. Mais si les planchers n’étaient pas suffisamment brillants, quel drame ! »

« Qui pourra jamais les oublier, les enfants d’Elguen. Non, non, bien sûr, aucune comparaison avec les enfants juifs, mettons, dans le Reich hitlérien. Les enfants d’Elguen n’étaient pas exterminés dans des chambres à gaz, loin de là ; ils étaient même soignés. Et ils mangeaient à leur faim. Cela, je dois le souligner afin de ne m’écarter en rien de la vérité.
Et pourtant, quand j’évoque le paysage d’Elguen – plat, gris, voilé par la tristesse du non-être –, il me semble que l’invention la plus inconcevable, la plus satanique, y était justement ces baraques de camp portant les inscriptions « Nourrissons, » « Sevrés », « Débrouillés »…


Evidemment s’il y a des enfants à Kolyma c’est qu’il y a des rapports sexuels (interdits) entre les prisonniers ou des gardiens, souvent plus de la prostitution, échange  (pour une briquette de pain par exemple) mais parfois né un vrai amour !

L’auteure développe les différentes instances de contrôle et de  punitions des camps, notamment la liste des désignés de l’Ourtch ( section de comptabilité et de répartition) pour transfert dans une autre zone, un autre lieu de travail.

Alors que la 2ème guerre éclate les détenus qui voulaient se battre pour leur patrie sont refusés et les conditions de détention resserrées, les peines sont prolongées jusqu’à la fin de la guerre ; puis « jusqu’à nouvel ordre ». Les détenus d’origine allemande sont relégués dans une baraque spéciale (faut se rappeler que ces personnes étaient des communistes réfugiés en URSS).

Evguenia doit au fait d’être juive sa relaxation de la baraque ce qui lui fera dire : « c’était la première fois dans l’histoire du monde qu’on avait avantage à être juif ».

La surveillance se durcit, mais la nuit Génia et sa compagne récitent des vers, ceux de Block, même si elle s’inquiète pour son aîné qui se trouve dans Leningrad assaillie.

Génia est envoyée dans une zone forestière « le Soudar » le poele n’est allumé qu’à partir de – 50° , le garde ne voit lui que - 49° !

Il y a une grande générosité entre les détenues.  

Les détenus aussi sont reconnaissant à l’infirmière qu’est devenue Génia (pour la remercier de ses soins un détenu lui offre pour son anniversaire une gelée d’ avoine, met prisé et qui demande du temps de préparation)

Génia est envoyée 1 mois dans une ferme laitière au printemps, à la suite de quoi quelque temps plus tard grâce à la demande de Willy elle y est renvoyée comme « courrière »

Durant presque tout le temps que j’ai passé à Elguen, les véritables maîtres de nos vies furent au nombre de deux : Zimmerman le chef de camp et Kaldymov le directeur du Sovkhoze.

Nouveau transfert :  au commando le Serpenteau(j’y retrouvais la faim)

« En ce sens, j’ai eu au camp un destin enviable. On eût dit qu’un rédacteur en chef inconnu, soucieux de me faire rassembler des matériaux, m’envoyait dans les cercles de l’enfer les plus différents afin que le heurt des caractères, des actions et des pensées m’apparaisse dans la lumière la plus crue. »

Génia est à nouveau « punie » pour avoir substitué dans la poche de la chef de camp Zimmerman, la lettre que lui avait confié un employé de la ferme et que lui avait confisqué Zimmerman la chef de camp. (cette lettre pouvait donné suite à sanction). Génia a brûlé ladite lettre.

Nouveau transfert donc aux « pierres à chaux »

Génia découvre donc cette zone où sont les droits-communs, terrible promixité pour elle carcérale politique. (débauche, drogue) Grâce à l’intervention de l’affuteur elle fut envoyée à l‘abattage des arbres. Puis toujours grâce à un réseau d’amis (les détenues de la baraque 7 notamment) Génia fut mutée à l’hôpital de Taskan, loin donc de la Zimmerman.

Génia sous les ordres du docteur (Anton Walter) détenu d’origine allemande (lequel deviendra son 2ème mari) apprend plus à fond le métier d’infirmière. Etonnamment ce docteur fabrique de l’homéopathie qu’il utilise pour soigner ses patients.

Pour avoir installé un homme mourant dans le secteur des femmes où il y avait un lit, Génia surprise par la commission de Lagodnoïé est à nouveau punie et renvoyée à Elguen (elle demande au docteur de lui donner une piqure de délivrance au cas où elle en aurait besoin, ne voulant plus tomber sous la coupe de Zimmerman, il refuse bien sur).

Le docteur Walter parvient à intervenir et Génia est mutée à l’hôpital central du Sevlag dans l’agglomération de Bélitchié. Génia se retrouve à la section des tuberculeux. Les détenus étaient classés selon leur état physique :
- Les crevards
- Les chandelles
- Les esquelettes

« C’était mon premier contact avec des gens venus d’un autre enfer, l’enfer de la guerre et de l’hitlérisme. On trouvait parmi eux les catégories les plus diverses. À la question « Et vous, c’est pour quoi ? » certains répondaient : « C’est parce que je ne me suis pas suicidé » D’autres – Lettons, Estoniens, Lituaniens – avaient été mobilisés dans l’armée allemande quand Hitler avait occupé les pays baltes. D’autres encore étaient des prisonniers de guerre évadés ou des habitants des territoires libérés par nos troupes. »

Le chapître des « Mea culpa » est particulièrement intérêssant, celui de Génia qui se sent coupable aussi de la situation qui régnait en 37, aveugle des détresses qu’elle n’a pas su voir ;
Celui des docteurs Lik et Krivits qui ont participé à l’enfermement du docteur Walter, etc….

Walter rendant visite à Génia, le chef de camp les surprend et renvoie à nouveau Génia à Elguen (Zimmerman n’est plus là).

Génia retrouve sa baraque 7 et ses amies, sa véritable famille ; elle est affectée à l’agrobase au repiquage des choux. Puis retour à Taskan par un échange avec un poélier.

«L ’année 1947 approchait. Je pouvais maintenant compter non seulement les mois, mais même les semaines et les jours qui me séparaient de la « sonnerie » finale. »

Enfin Génia est libérée, elle reste à Magadan  la « capitale dorée » en attendant celle d’Anton Walter qui a encore 6 ans à faire.
Génia apprend qu’Anton est muté à la mine de Chtourmovaï suite au changement de chef de camp . Elle se procure le fameux formulaire A qui l’autorise à demeurer à Magadan.
Génia obtient un poste d’éducatrice dans un jardin d’enfants d’anciens détenus. Evidemment les chansons sont toujours à la gloire de Staline.

« Malgré les limitations et les retards apportés aux procédures de remise en liberté, nombreux furent en 1947 les habitants de notre royaume du Goulag qui parvinrent à sortir des barbelés et à obtenir leur « formulaire A », passant ainsi de la catégorie des esclaves à celle des affranchis. Beaucoup s’empressèrent de gagner Magadan. Pour les uns, c’était un tremplin qui leur permettrait de rentrer sur le continent ; pour les autres, c’était l’endroit où ils auraient un meilleur travail et retrouveraient la civilisation. »

Malgré toutes les difficultés à vivre à Magadan Génia dépose sans cesse des demandes de laissez-passer pour son deuxième  fils Vassia, lequel est étudiant à Moscou. Anton étant réclamé par le chef du delstroï se retrouve à Magadan, il peut donc revoir Génia. Vassia arrive enfin dans la capitale de la Kolyma au grand bonheur de Génia.

Une nouvelle vague de réarrestations (qui se poursuivront jusqu’en 1950) survient dans l’ensemble du pays, elles se font…………………..par ordre alphabétique. . Ces arrestations ont pour but d’infliger aux anciens détenus la résidence forcée à perpétuité.

1949, Génia est arrêtée à nouveau sur le même motif qu’en 1937. Objet : relégation perpétuelle dans les limites de la Sibérie orientale. Grâce à une intervention, Génia reste à Magadans mais sous la surveillance officielle des organes du MGB + pointage 2 fois par mois, à vie !

Anton grâce à ses bons services auprès de hautes personnalités obtient un certificat d’élargissement 2 ans avant le terme officiel de sa 3ème peine de camp. (fait rare) Il continue donc à travailler comme médecin libre à l’hôpital.

A cause d’une rivalité entre les fonctionnaires Génia se voit licencier de son poste au jardin d’enfants.

Pour Génia 1952 sonne la fin de la déchéance des droits civiques.

Pendant de nombreux jours la radio diffuse le bulletin de santé de Staline, puis sa mort, sous la musique de Bach !

Tout  s’emballe, tout change, à la commandanture, à la radio on parle de «  méthodes illégales d’instruction », arrêt des poursuites judiciaires contre les « assassins en blouse blanche »

«Je lançai toute une série d’offensives contre les autorités. Avant tout, je rédigeai une demande de réhabilitation. La première. Car jamais, jusque-là, je n’avais cédé à la psychose écrivassière dont souffraient de nombreux détenus. »

« Cette belle humeur résista même à la proclamation de l’amnistie Béria. Et pourtant elle nous affligea fort, plongeant même certains dans un désespoir complet. Elle ne toucha en effet que les droits-communs. Les politiques s’en trouvèrent exclus de fait, car il fallait pour en bénéficier avoir une peine de cinq ans maximum. Or aucun politique n’était dans ce cas. Même les peines de huit ans étaient chez nous extrêmement rares.
Et non seulement cette amnistie trompa nos espérances, mais elle apporta avec elle des calamités sans nombre. En attendant de pouvoir repartir sur le continent, les truands sortis des camps se mirent à terroriser Magadan. »


En 1954 les « laissez-passer » pour la Kolyma sont abolis ».

Août 1954 la relégation fut abolie, fin de la commandanture. Mais l’article 39 figurerait toujours sur les passeports.(article portant les lieux exclus )

Génia et Anton apprennent que Pavel Axionov le premier mari de Génia est en vie. Anton la laisse décider de leur destin. Elle part à Moscou récupérer son document de réhabilitation, quelle obtient.
Génia reviendra vivre donc à Magadan et retrouver Anton.

******

L’auteure décrit de manière détaillée la vie dans les camps, les incohérences de l’administration, les brutalités de certains, mais aussi elle montre que certains s’interrogeaient sur le bien-fondé de ses arrestations et relégations, mais l’habitude d’obéir, la peur et pour beaucoup d’ignorance empêchaient de réagir.

La solidarité dans les camps est bien réelle, mais l’opposition détenus politiques et droits communs est criante. Il faut dire que ces droits communs étaient majoritairement des délinquants de toutes sortes et Génia n’avait pas eu dans sa vie d’avant à les cotoyer. Elle a beaucoup appris dans les camps sur les humains et les rapports entre-eux.

Elle a été souvent "punie" par des transferts mais elle a eu la chance dans son malheur de recevoir de l'aide, de ses compagnes, du docteur, d'un ancien détenu, voire après sa libération d'un fonctionnaire.

Elle n’a pas d’esprit de vengeance, elle ne veut pas que la haine remplace la haine.

C’est une autobiographie (tomes I et II) qui permet de suivre du premier jour de l’arrestation un détenu jusqu’au camp, voire jusqu’à sa libération. Tout en sachant bien entendu par les informations parvenues dans les prisons et dans les camps que beaucoup de personnes ont été purement et simplement éliminées.

A savoir aussi que cette région à l’air très belle, l’auteure le dit d’ailleurs parfois.

Autres Extraits :

« Les SK se divisaient en « limités » (déportés pour six ans) et « illimités » (déportés « jusqu’à nouvel ordre »). Leur régime était considéré comme moins dur que le nôtre, celui des ZK. Cependant les hommes qui emplissaient ce pavillon venaient de la fameuse mine de Bourkhala où les jeunes étaient frappés d’abord de congestion pulmonaire, puis de tuberculose galopante. « Le processus se déroulait de manière particulièrement rapide chez les Baltes, dont le grand corps exigeait beaucoup de calories.
Les premiers jours que je passai là furent pour moi une torture aiguë.


« Sans aucune révision des valeurs à la lumière de leur cruelle expérience, sans le moindre regret pour les compagnons auxquels ils étaient liés, la veille encore, par des blessures communes. Cette race, que de variétés je devais en rencontrer plus tard, après notre retour sur le continent ! »

«  Allons-y, camarades, dit l’un des officiers. À deux nous aurons vite fait de vous pointer… Vous entrerez par groupes de cinq. Les autres voudront bien patienter un peu sur ce banc.
— Il a bien dit CAMARADES ? Je ne me suis pas trompée ? demanda la reléguée Goloubéva que je connaissais depuis la maison Vaskov.
— Non, tu as bien entendu, répondit avec entrain le vieillard aux coudes bleus. Du moment qu’ils ont mis un banc, pourquoi ne diraient-ils pas CAMARADES ? » Et d’un air gourmand, avec un clappement des lèvres : « Ça s’appelle le souci socialiste de l’homme ! »
Tous lui répondirent par un gros rire heureux. »

« Deux fois par mois, donc, nous nous entassions dans ce petit couloir étouffant, portant tous au cœur la même douleur vivante, rapprochés les uns des autres par nos blessures identiques. Chaque relégué qui sortait du bureau de l’officier en retenant derrière lui la porte grinçante et en repliant soigneusement son papier d’identité était un favori du destin. Il avait reçu le tampon qui faisait de lui pour treize jours entiers un affranchi. Chaque relégué qui entrait dans le bureau en dépliant fébrilement son papier était un nageur qui plongeait dans un gouffre inexploré. Il se préparait, la tête dans les épaules, à recevoir le prochain coup. »

« Les années passeront, et un jour je me rappellerai mon allégresse de cette nuit de « dégel » avec une honte profonde. Ce sera tout au début des années soixante-dix, lorsque l’Aveu d’Artur London me tombera entre les mains. Ce livre saisissant m’apprendra qu’en cette nuit pour moi bénie, cette nuit où il me semblait que tous nos tourments, oui, NOS tourments à tous, et pas seulement les miens, avaient pris fin – à côté de nous, en Tchécoslovaquie, l’« affaire Slansky » battait son plein. Que durant ces jours où l’enthousiasme niais du retour à la vie m’ôtait la faculté de raisonner, de lire intelligemment les journaux, de faire des rapprochements, des déductions et des pronostics, durant ces jours où je croyais presque au retour de l’âge d’or, on continuait de soumettre les gens à des tortures raffinées, de les humilier, de les obliger à jouer selon des scénarios préfabriqués de honteuses comédies de justice… Qu’on continuait à pendre des gens qui n’avaient rien fait… À disperser leurs cendres au vent…  Et que cette nuit d’illusions, où je croyais à l’imminence d’une libération totale, avait été en fait remplie jusqu’aux bords, pour beaucoup de gens comme moi et pour les Tchèques en particulier, de l’affreux désespoir trop connu»

« Cette dernière catégorie – celle des prolongés – se faisait de jour en jour plus nombreuse, car on approchait du dixième anniversaire des répressions massives de 1937. Personne n’arrivait à comprendre quel critère présidait au choix : pourquoi certains détenus (la minorité) étaient relâchés – de mauvaise grâce, comme à contrecœur, mais relâchés quand même –, tandis que les autres se trouvaient au contraire versés dans cette catégorie effrayante des « gardés au camp jusqu’à nouvel ordre ».
Bientôt 10 ans, mais le risque d’être prolongé mine les espoirs.



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Message par tom léo Lun 13 Avr - 18:08

Ma lecture date d'il y a probablement une trentaine d'années, mais que cela fût une forte lecture! Un passage m'est resté en mémoire tout ce temps quand elle parle de la compassion, et de la joie "avec): Il serait plus facile de trouver dans les conditions du camps de la compassion que la vrai com-joie, la faculté de vraiment se réjouir pour un(e) autre...

Pour la littérature des goulags probablement une des meilleures?
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Message par Bédoulène Lun 13 Avr - 18:16

c'est ma première Tom Léo ! mais je veux bien te croire quand tu penses que c'est la meilleure littérature des goulags.

oui elle précise que lorsque quelque chose "d'heureux " arrivait à l'une d'elles, les autres s'en réjouissaient.

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Message par bix_229 Lun 13 Avr - 18:56

J'ai lu Le Vertige dans le temps, mais je ne le relirai pas en ce moment.
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Message par Armor Lun 13 Avr - 19:41

Je n'ai pas lu grand chose sur les goulags, je note donc, ça m'a l'air des plus intéressants.

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Message par Invité Dim 7 Juin - 22:11

J'ai adoré cette lecture. Et une fois n'est pas coutume, les larmes me sont montées aux yeux lors de la scène de "communication" entre les prisonniers du Lac-Noir, entre sa cellule et celle de Garei et qu'ils arrivent à communiquer grâce à leur "alphabet des prisons" (un certain nombre de coups correspondant à une lettre dans un tableau mental).

Les scènes à Jaroslav sont également saisissantes, notamment lorsque l'enfermement est tel que les prisonniers en cellule d'isolement pourrissent littéralement (en raison du manque de renouvellement de l'air). La scène de l'incendie est impressionnante.

Au fil du récit, on se rend compte que ce n'est pas seulement le hasard ou une succession d'événements qui permettent à Evguénia de survivre. Elle ne dit pas tout dans le récit, mais on se rend compte qu'elle est douée d'une profonde humanité, d'une joie de vivre qui fait qu'elle est souvent appréciée de bon nombre des autres prisonnières.

Il faut absolument que je me procure le tome 2. bounce Et j'ai bien noté toutes les références littéraires qu'elle fait tout au long du récit, elle me donne tellement envie de connaître toute la littérature russe...

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Message par Bédoulène Dim 7 Juin - 23:58

je t'encourage à lire le second tome Secrètement, ainsi l'on voit sa détention du début à la fin.

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Message par Tristram Lun 8 Juin - 0:14

Il me semble que je vais devoir passer par là aussi...

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