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Francis Jammes

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Message par Aventin le Lun 6 Avr - 19:29

Francis Jammes

Né à Tournay le 2 décembre 1868, décédé à Hasparren le 1er Novembre 1938.

culpabilité - Francis Jammes Dornac10


NB: Son nom se prononce [jam] et non [djèms].

Biographie:

Né à Tournay (Hautes-Pyrénées) le 2 décembre 1868, sa famille déménage en 1876 à Saint-Palais (Pays-Basque), où son père est nommé receveur de l’enregistrement, puis à Bordeaux, de 1880 à 1888, temps des études primaires et secondaires. La maison où les Jammes occupaient un appartement est visible et pas retouchée d'aspect extérieur (Cours Pasteur, face au Musée d'Aquitaine, plaque commémorative à l'entrée).
Francis Jammes échoue au Baccalauréat (avec un zéro en...français, à ce qu'il paraît !).
La période bordelaise s'achève par la mort de son père, survenue le 3 décembre 1888, décès qui l'aurait beaucoup affecté.

Mme Victor Jammes s’installe alors à Orthez, chez la tante Célanire, avec ses enfants Marguerite et Francis.
En 1889, Francis fait un stage sans lendemain comme clerc d'avoué chez un notaire orthézien, en revanches ses essais poétiques sont remarqués, notamment par Stéphane Mallarmé et André Gide.
De 1889 à 1897, Jammes habite avec sa mère, 8 rue Saint-Pierre à Orthez, une maison, au bord d'un ruisseau nommé le Grec, dont les tuiles croulantes sont rouillées comme les clefs du Ciel; Marguerite, sa sœur, se marie en 1890.

Francis s'installe en 1897 à la Maison Chrestia à Orthez (siège actuel de l’Association Francis Jammes, située sur une avenue à présent dénommée Francis Jammes), où il demeurera jusqu'en 1907, vivant très mal un amour repoussé par les parents de l'aimée.
Il rencontre Paul Claudel en 1900, et revient à la pratique catholique assidue.

Puis c'est le mariage, le 8 octobre 1907, à Bucy-le-Long (Aisne), avec Ginette Gœdorp, une admiratrice de longue date, ils se sont connus via la correspondance qu'elle lui adressait.
De 1907 à 1921 les Jammes s’installent à la Maison Major, Chemin La Peyrère à Orthez. Sept enfants y naîtront, avant l'ultime déménagement en 1921, à la suite d’un héritage, à Hasparren (Pays Basque), Maison Eyhartzea.

Francis Jammes a toujours campé à l'écart, vivant retiré dans son piémont pyrénéen et dans le cercle familial.
Cependant il tissa de nombreuses correspondances avec des contemporains de l'envergure de Gide, Claudel ou le mécène Arthur Fontaine, ou encore fit des rencontres, comme celle de l'abbé Arthur Mugnier, un proche de Joris-Karl Huysmans et de Jean Cocteau.
Ceux-ci et l'éditeur Mercure de France aidèrent à l'assise de sa notoriété et à la diffusion de ses écrits, entre autres en organisant des séjours à Paris, où le béarnais et rustique poète fut reçu à bras ouverts dans nombre de salons littéraires (comme celui de Mme Léon Daudet, il y enchanta Marcel Proust à ce qu'il parait), lisant ses poèmes et en éclairant les harmonies par sa voix, accents et inflexions importés de son terroir.
Il fut aussi plusieurs fois invité en Belgique pour des lectures-conférences, et présenta à deux reprises (1924 et 1928), sa candidature à l'Académie Française, sans succès.

Il faut une aptitude peu ordinaire aux symboles pour mourir un 1er Novembre, en 1938, le jour même où sa fille aînée Françoise prend le voile chez les Sœurs blanches (Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique).
Le poète repose au cimetière d'Hasparren.


Bibliographie:
1880-1887 - Rédaction des premiers poèmes qui forment le carnet Moi (manuscrit actuellement conservé à la Bibliothèque Municipale de Pau).
1891 - Six Sonnets, édités à Orthez.
1892-1894 - Trois plaquettes intitulées Vers imprimées à Orthez.
1898 - De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir.
1899 - Clara d’Ellébeuse.
1901 - Le Deuil des primevères .
1901 - Almaïde d’Étremont.
1903 - Le Roman du Lièvre.
1904 - Pomme d’anis.
1905 - Tristesses.
1906 - Pensées des jardins.
1906 - l’Église habillée de feuilles.
1906 - Clairières dans le Ciel.
1908 - Poèmes mesurés.
1908 - Rayons de miel.
1910 - Ma fille Bernadette.
1910 - La Brebis égarée.
1912 - Les Géorgiques chrétiennes.
1913 - Feuilles dans le vent.
1916 - Le Rosaire au soleil.
1918 - Monsieur le Curé d’Ozeron.
1919 - La Vierge et les Sonnets.
1920 - Le Poète Rustique.
1921 - Le Livre de Saint-Joseph.
1921 - Le tombeau de Jean de la Fontaine.
1923 - La brebis égarée.
1923-1925 - Les 4 livres des Quatrains.
1924 - Cloches pour deux mariages.
1926 - Ma France poétique.
1926 - Basses-Pyrénées.
1927 - Lavigerie.
1927 - Le Rêve franciscain.
1928 - Diane.
1928 - La divine douleur.
1931 - L’École buissonnière.
1935 - Le Crucifix du poète.
1935 - De tout temps à jamais.
1936 - Le Pèlerin de Lourdes.
1936 - Sources.

Un site dédié.


culpabilité - Francis Jammes Manife10
Le manifeste du Jammisme (janvier 1897)


culpabilité - Francis Jammes F_jamm10
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Message par Aventin le Lun 6 Avr - 19:33

Monsieur le Curé d'Ozeron

culpabilité - Francis Jammes Mr_le_10
Roman, 270 pages environ, un prélude, quatorze chapitres, un épilogue. Paru en 1918.

On dit parfois d'une personne d'apparence prude et innocente, mais à fond hypocrite, que c'est une sainte-nitouche.
De Jammes ne pourrait-on dit que c'est un écrivain sain, mais qui ne touche pas aux basiques de la façon littéraire, un sain n'y-touche-pas, à savoir qu'il se contente d'affleurer, de désigner d'un geste qu'on devine lent, mesuré, précis et efficace, sans asticoter le lecteur ni, d'une certaine façon, faire le job, à savoir être assez cabotin, ou technicien, et on sent que c'est voulu (ce qui peu agacer le lecteur non prévenu) ?
Jammes, c'est un hôte qui vous reçoit dans sa demeure, il n'y pas de portes, pas d'armoires, pas de meubles à tiroirs, pas de placards, tout est là. Au surplus, si vous ne voyez pas vous-même, il prendra un geste ample mais discret pour vous désigner ce que vous cherchez, mais tout est là, à quoi bon... ?

Monsieur le Curé d'Ozeron est une œuvre d'apparence très naïve et c'est un choix, une toile rurale et de foi. A peine un semblant d'intrigue, d'histoire ou de sous-historiette s'y noue que nous devinons sans peine ce qu'il en adviendra dans quelques pages ou chapitres. Mais, comme il fait frais et doux dans ce livre !

N'y allez pas chercher de grands élans théologiques, il n'y en a pas, juste de rares et basiques références bibliques directes.
Les références indirectes, en revanche, il y aurait de quoi alimenter d'épaisses notes à chaque chapitre.

Une fois de temps en temps, à titre exceptionnel, Jammes à dû laisser une phrase partir toute seule, ou appuyer un peu plus fort la plume sur le papier, comme dans cette courte saillie:

Chapitre IV a écrit:
  Une telle doctrine peut faire sourire ou scandaliser le monde. Mais ceux  qui vivent de la Grâce, ils ne faut point qu'ils raisonnent à la manière des païens, ils doivent être surnaturels.

Chapitre IV qui est mon préféré de l'ouvrage, au reste. Je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce petit morceau, poétique, de cette légère mystique qui est un nectar que Jammes élabore à merveille:

Chapitre IV a écrit:
  Le soleil échancre de son feu liquide la crête boisée. Il aveugle.
  Il se lève au bas de cette fluide et pâle et fraîche étendue bleue, qui est
  une mer dont les nuages sont les sables qui se rident çà et là.
  L'un de ces nuages, au Nord, est immense et léger. Il brille.
  Il a la forme d'un crustacé dont les anneaux transparents sont à
  peine teintés de rose dans cet azur un. peu vert où il baigna.

  C'est le jour qui est blanc.

  Du cœur de Monsieur le curé d'Ozeron monte
  une salutation vers les choses visibles: ce globe
  d'où découle une lumière jaune; ces montagnes comme dessinées à la mine de plomb;
  ces collines ruisselantes, tendues de toiles d'araignée, hérissées d'arbrisseaux, d'ajoncs, de
  fougères, de bruyères; ces prairies où, comme une buée, la première gelée se pose.
  Et voici la salutation vers les choses invisibles auxquelles nous croyons par la foi en Notre-Seigneur,
  qui, en ce moment, repose sur le cœur de Monsieur le curé d'Ozeron.



Élagué et assemblé de deux messages sur Parfum, 24 Mars et 27 Mars 2014.



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Message par Aventin le Lun 6 Avr - 19:33

Le pèlerin de Lourdes

culpabilité - Francis Jammes Pzoler14
Roman, 120 pages environ, 1935, paru en 1936.

L'ultime ouvrage de Jammes.
Hora Decima a eu la bonne idée de le publier à nouveau en 2005, ce qui fait qu'il est relativement aisé à trouver.

Autant Monsieur le curé d'Ozeron est écrit à deux eaux, à l'eau de rose et à l'eau bénite, autant Le pèlerin de Lourdes n'est écrit qu'à l'eau bénite.

Et qu'est-ce, d'ailleurs, que cet ouvrage ?
Un format entre la nouvelle et le roman (une centaine de pages), quinze chapitres et une dédicace, c'est, là encore, découpé, aéré. Le synopsis est toujours aussi faible, si je vous narre en deux mots (et deux mots suffisent amplement !) la problématique, "ce qui fait histoire", vous allez trouver le dénouement dans la minute: C'est, encore une fois, le cadet des soucis de Jammes. Pour cet anti-thrill et anti-suspense, "ce que ça raconte" est ailleurs. Le sujet n'est qu'un prétexte, un truc obligé (d'en passer par là) en vue de la composition. Alors, il le fourgue comme en arrière-plan du tableau, ça se verra ou bien, si ça néglige, c'est sans doute qu'il a encore mieux fait son travail !

Le héros se nomme Jean Escuyot, c'est sans doute un avatar avec une bonne part d'imaginaire de Francis Jammes lui-même, mais pas à cent pour cent (pas comme dans Le poète Rustique, quoi), et il va en pèlerinage à Lourdes, c'est loin d'être son premier. Jammes nous gratifie d'un splendide portrait, tout est simple, tout est basique, tout est évident, mais tout est si suggestif !:

Chapitre Jean Escuyot continue a écrit:
  Jean Escuyot porte le chapeau melon qui date de l'enterrement de sa femme, il y a quarante ans, mais qui ressemblerait plutôt, si large est son dôme, à la cloche de ce légume. Son feutre a pris la couleur de la rouille et s'est bosselé comme un vieil ustensile de ménage. De nombreux coups de poing assénés à l'intérieur n'ont pu le retaper. Ses ailes lui donnent l'air d'une aigle impériale qui n'aurait jamais pu s'envoler. Le petit espace où appuient l'index et le pouce sont luisants.
   Quand Jean Escuyot l'enlève on voit ses cheveux blancs au complet, si drus que leur masse, taillée racine droite, évoque les cailloux concassés au bord des routes par le marteau du cantonnier. Sous cette calotte de cheveux, le front présente plusieurs rides transversales, tantôt infléchies comme des arabesques, tantôt parallèles comme les cordes d'une lyre couchée. Cette lyre joue surtout dans la gamme de la surprise et de l'appréhension. Les sourcils, blancs comme tout le reste du poil, sont fournis et relevés en pointe comme une moustache démodée. Les yeux, d'un nocturne splendide, où chanterait un rossignol, sont deux gros pruneaux d'Agen, globuleux, d'expression bienveillante, étonnée, polie. Le nez, un peu gras et oblong, rappelle la pomme de terre nouvelle, bouillie et dépouillée de sa robe de chambre. Et les pommettes saillantes revêtent un carmin naturel qui tient davantage du couchant que de l'aurore. La bouche, purpurine aussi, laisse pointer quelques clous de girofle au cours d'une conversation. La lèvre inférieure est charnue. La barbe, de la même espèce que les cheveux, ni longue ni rase, mal taillée, présente des escaliers comme ceux dont un bûcheron gratifie une écorce recouverte de lichens. Le cou est maigre et cordé, comme l'ont certains poulets. Autour du col d'une chemise de flanelle est passée, lâchement nouée, l'une de ces cravates antiques nommées ficelles. Le gilet est recouvert d'un tricot jurant avec une jaquette officielle. Jean Escuyot, en dépit de son nom qui en bigourdan signifie noix, tout simplement, la noix, le fruit, est un percepteur à la retraite. Ce vêtement a dû faire peau neuve deux ou trois fois depuis la naissance du chapeau melon. Il est plus olivâtre que ferrugineux. Le seul cordon qui le dévore est la courroie d'une musette où sont en réserve quelques vivres, du savon, une chemise et des chaussettes de rechange. Pour rien au monde Jean Escuyot n'admettrait qu'un bouton y manquât. Il coud et ravaude lui-même. Au bout des manches les mains sont épaisses et rougeaudes. La gauche porte à l'annulaire l'alliance de sa défunte femme et la droite retient l'une de ces cannes champêtres qu'une liane a vissées. L'épiderme en est rugueux à cause des travaux de jardinage. Le pantalon est d'un gris de brume, relevé sur les souliers. L'ensemble de l'homme est vigoureux: ni grand ni petit, ni maigre ni gros.


Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?
La dernière réplique de Claudel est assez savoureuse je trouve, en tous cas drôle, bien narrée.

chapitre Amende honorable au mauvais goût de Lourdes a écrit:
   Je vous revois, mon cher Claudel, en ces chaudes journées du pèlerinage national de 1905, où, pour la première fois, vous preniez contact avec Lourdes; Personne, j'en suis sûr, ne suivit, avec plus d'humble ferveur que vous, les cérémonies qui se déroulèrent sous nos yeux fraternels.

   Néanmoins au cours de ces longues heures que nous passions ensemble matin et soir, dans un espace limité par la grotte, les fontaines, les piscines, les bureaux, le rosaire, la crypte et la basilique, je ressentais que s'accumulait en vous un orageux mécontentement. J'avais espéré que vous échapperiez à la réaction qui mit à nu les nerfs de Huysmans et d'Henri Duparc, l'homme pourtant le plus saintement épris de Lourdes que j'aie connu; que vous vous soustrairiez à ce sentiment de révolte que provoquent souvent, chez les mieux intentionnés, des œuvres, il est vrai lamentables, qui encombrent les places, le sanctuaire, le calvaire. Il s'en faudrait de très peu qu'une telle face monstrueuse ne trouvât crédit dans les temples des solitudes de l'Asie.

  Nos promenades se renouvelaient autour des mosaïques des Mystères, et nous songions davantage, me semblait-il, à égrener proprement notre chapelet qu'à fulminer contre l'art de Lourdes. J'avais entendu tant de sarcasmes à ce sujet, qu'à vrai dire je ne voulais plus me prêter à ces lieux communs. En avais-je assez ouï de:
   - C'est affreux ! comme c'est dommage ! ça tuera la religion ! ça a empêché un protestant de se convertir ! ce n'est pas étonnant que les catholiques passent pour des idiots ! le diable est l'auteur de toutes ces choses, etc..., etc..., etc...

   Soudain, mon cher ami (je revois fort bien l'image qui vous fit éclater) votre teint rosé d'homme bien portant refléta toutes les flammes du purgatoire.
   - Ah ! ah ! ah ! vous écriiez-vous, c'en est trop, je meurs. Partons. C'est épouvantable.

   Et vous commençâtes de dévider une litanie de brèves phrases entrecoupées, si furieuses qu'elles me faisaient songer au trop fameux monologue de l'Avare de Molière.
   ...Je vois ! je vois ! poursuiviez-vous, je vois !...
  - Que voyez-vous donc ?
  - Je vois l'abominable cabotin qui a exécuté, en ricanant, cette vilenie.
  - Calmez-vous, cher ami. Ne protestez pas avec tant de véhémence ! Que vous importe, ou non, la valeur, en soi, de cette œuvre ?
Et qu'elle plaise ou pas à votre goût d'artiste, si une bonne femme, venue de Flandre, de Bretagne, des Landes, de Pontoise ou de Lannemezan, est édifiée par ce que vous trouvez horrible et, par cela même, élevée à une oraison qui, aux yeux de Dieu, vaut mille fois la nôtre ?
  - Taisez-vous, je vous en supplie, avez-vous répliqué, je vous entends, je vous comprends, je vous approuve mais, ah ! ah ! c'est affreux, en raisonnant ainsi vous allez me faire perdre le peu de goût qu'il me reste !


Replanté d'un message sur Parfum, 26 Mars 2014.


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Message par Aventin le Lun 6 Avr - 19:34

Le poète Rustique

culpabilité - Francis Jammes Le_poz10
Roman autobiographique, suivi de L'almanach du poète Rustique; 145 pages environ pour "Le poète..." et 130 environ pour "L'almanach...". Paru en 1920.

39 chapitres (!) pour 145 pages, guère plus fournies que cela de surcroît, c'est donc un ouvrage très aéré, commode à poser et à reprendre.
Le style, le contenu approchent celui de saynètes centrées sur la vie familiale et campagnarde et le voisinage.
Il y est fait une large place à l'autobiographie, puisque ledit poète rustique, c'est bien sûr Francis Jammes:

Chapitre V a écrit:
    Comme Mlle Portapla s'en retourne chez elle, un peu formalisée par l'attitude de M. Dorothée, qu'elle juge silencieux et trop différent en cela du docteur Sébillot, elle croise le poète Rustique. C'est ainsi que ses concitoyens ont baptisé ce quinquagénaire dont les vrais nom et prénom m'échappent. Mlle Portapla répond par un pli de sa lèvre acide au salut qu'il lui adresse. Il revient de la chasse. Il est assez trapu. Sa face est d'un faune, dont la barbe emmêlée retient, au passage des haies, telle qu'une toile d'araignée, des brindilles de feuilles et des pétales. Il est coiffé d'un béret, vêtu d'un costume marron, chaussé de souliers et de guêtres crottés. Le chien qui le précède est beau.

En fait de famille du poète, et c'est un rien frustrant, nous avons surtout droit à l'un des sept enfants, Petit-Paul, en plus du poète Rustique. Mme Rustique et les six autres enfants sont cantonnés dans l'ombre (est-ce par pudeur ?).

Il y a pas mal de légèreté, assez peu de signifiant.
Certes, on recense quelques piques, mais à traits retenus, en direction de la bien-pensance et des mentalités étriquées qui tissent la basse-bourgeoisie, ou la bourgeoisie tout court, d'une petite ville d'alors.    
On trouve aussi une dénonciation de la misère, peinte avec une délicatesse qui sonne sincère.
Mais l'ensemble respire surtout une sorte de joie, de plénitude fort sympathique. Et légère, ce qui peut faire recaler l'ouvrage pour vacuité.

Jammes n'en est pas dupe, et se fend de cet épatant avertissement à l'entame du chapitre XXX, ça a eu pour effet de me faire illico hausser les sourcils et écarquiller grand les yeux, bouche bée, ravi:
 
Chapitre XXX a écrit:
Ainsi la vie est faite de hauts et de bas, de grave et de comique, et d'insignifiance aussi, et c'est une erreur, quand on écrit une histoire, de vouloir à toute force que sa trame présente ce je ne sais quoi d'artificiel et d'ennuyeux qu'on appelle "l'intérêt".


L'almanach du Poète est assez croquignolet, plaisant, on le sent très personnel, mais il n'en reste pas moins que l'auteur est très au fait de la vie rurale et des petites ou grandes choses qui font que chaque mois s'y distingue. On conviendra sans peine que Jammes n'est pas un campagnard du dimanche !

Une bonne dose d'humour, quelques déductions que l'on peut juger extravagantes, mais en tous cas fort subjectives, cela se lit avec un petit sourire bonhomme en coin.


 
Spoiler:
J'ai ce livre dans l'édition originale 1920 du Mercure de France, exemplaire numéroté 7387, obtenu pour un euro ou un euro cinquante, je ne me souviens plus; seul le quart des pages avait été tranché, les autres sont passées par mon coupe-papier. Il faut chiner, et les auteurs passés de mode -à supposer qu'il aient jamais été à la mode- vous réservent parfois ce genre de petite émotion !

Repiqué d'un message sur Parfum, 12 mars 2014.


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Message par Aventin le Lun 6 Avr - 19:35

Le Roman du Lièvre

culpabilité - Francis Jammes Roman_10
Nouvelle, écrite en 1902, parue en 1903, une cinquantaine de pages.

Exceptionnelle entame, risquée (débuter par une phrase aussi longue, c'est audacieux !), le trajet du lièvre est rendu de façon remarquable par le rythme, syncopé mais irrégulier de cette phrase (les "et", utilisés en pas très académique mais efficace liant) laquelle pourtant "coule" avec une telle fluidité que c'en est incroyable, le lecteur est dans la peau du lièvre !
Le "à cause que" de la seconde phrase, dites-le à la béarnaise sans élider le "e" final de cause, pas acoske quoi, sinon patatras !

Chapitre I a écrit:Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse, et grimpa au sentier de molle argile, et il avait peur de son ombre, et les bruyères fuyaient derrière sa course, et des clochers bleus surgissaient de vallon en vallon et il redescendait, et il remontait, et ses sauts courbaient les herbes où s’alignaient des gouttes, et il devenait le frère des alouettes dans ce vol rapide, et il traversait les routes départementales, et il hésitait au poteau indicateur avant de suivre le chemin vicinal qui, blême de soleil et sonore au carrefour, se perd dans la mousse obscure et muette.

Ce jour-là, il manqua se butter à la douzième borne kilométrique, entre Castétis et Balansun, à cause que ses yeux ahuris sont placés de côté. Net, il s’arrêta ; sa gencive, naturellement fendue, eut un imperceptible tremblement qui découvrit ses incisives. Puis, ses guêtres de routier, couleur de chaume; se détendirent ainsi que ses ongles usés et rognés. Et il bondit par la haie, boulé, les oreilles à son derrière.
culpabilité - Francis Jammes Lizovr10

C'est l'histoire de François d'Assise revenu sur terre en mission, afin de guider quelques animaux de rencontre en fin de vie, lesquels sont subjugués d'amour pour lui, vers leur doux Paradis animal, interdit aux humains.

Il pérégrinent ainsi durant la belle saison, puis l'automne, et nous allons de tableaux savoureux en délicatesses de style et de sentiments, douceur, prosodie bucolique mais aussi de louange discrète de la part du poète rustique.  

Vient l'hiver et les privations, il est temps pour les animaux de quitter François en de bien déchirants adieux et de rejoindre le Paradis des animaux. Pour la mission délicate consistant à servir de guide aux autres animaux, François choisit Lièvre, le dernier arrivé...

Il y a, bien sûr, une allusion au Roman de Renart dès le titre, et à l'œuvre de Jean de La Fontaine dès la première ligne:
Nous ne sommes pas surpris que les animaux parlent, soit doués de sentiments, de raisonnements.
Comme dans le Roman de Renart ou dans l'œuvre de Jean de La Fontaine, le choix de tel animal pour illustrer telle situation, tendance outrait de caractère est bien sûr effectué avec la finesse nécessaire.

Peut-être Jammes va-t-il plus loin encore dans l'animalité ressentie et restituée, du moins en tous cas avec Lièvre, le personnage principal.

Nouvelle poétique à souhait, je n'ai pas aimé le final, non que celui-ci baisse en qualité littéraire, non, c'est juste sentimental de ma part, Jammes a cru bon de le raidir, peut-être afin de ne pas se faire taxer de mièvrerie (?).

culpabilité - Francis Jammes Edouar10
Édouard-Paul Mérite, aquarelle sur papier.



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Message par animal le Lun 6 Avr - 20:58

Chouette un fil Francis Jammes, je croyais que nous l'avions déjà mais voilà une bonne nouvelle culpabilité - Francis Jammes 1798711736 !

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Message par Aventin le Jeu 9 Avr - 17:15

Le 15 août à Laruns
Prosodie, témoignage - tout début XXème

culpabilité - Francis Jammes Flageo10
Flageolet

Ne pas cataloguer trop vite ce texte en régionalisme ou folklore, ou encore en un romantisme à la française qui se serait attardé aux années Lamartine-Sand.

Il y a des éléments d'impression façon impressionnisme, certes un peu suggérés, ou sous-jacents, du type
un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.
.

La note du flageolet elle-même, par son apparente pauvreté, et le pas de danse si simple (en est-il un ?) jouent sur une équivoque d'insignifiance, mais -paradoxe- allant vers un terme qui s'avère, au terme de ces lignes, quasi d'ordre paroxysmique:  
tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…

J'avoue savourer les petites touches comme celle-ci:
Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.
 

Bref...

Le texte in extenso:
LE 15 AOÛT À LARUNS

LE BRANLE
À Auguste Brunet.



Au milieu de cette coupe d’émeraude taillée dans les montagnes de Laruns, le son aigu du flageolet de buis prélude sur une note unique, extraordinairement prolongée — qui se continue, émise sans un essoufflement, jusqu’à devenir la seule chose que l’on entende, jusqu’à ne devenir que le chant de cette solitude plus verte et bleue qu’une plume de paon.

Alors, comme un remous de gave, lentement, qui charrierait des fleurs, on voit hésiter et naître le rythme du branle.

… La note du pipeau se traîne encore, semblable au cri de détresse de quelque oiseau de sommet, à quoi tout à coup s’allient l’entêté frappement du tambourin et le grincement du violon.

Le rondeau s’ordonne, se déploie en cercles concentriques, frémissants de couleurs. On ne pense point, tout d’abord, que ce soient là des danseurs et des danseuses, mais un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.

Chaque bergère alterne avec chaque berger qui la tient par la main, coiffée d’un capulet sanglant dont la doublure relevée forme une large bande d’un grenat mat qui retombe sur les épaules et les drape comme celles d’un sphinx. À peine sous le rebord de ce capulet et sur le front, distingue-t-on le liseré d’un bonnet blanc que l’on devine pareil à un bol. Deux petits bouts de tresses, nouées d’un ruban, pendent sur la taille.

Mais la merveille est le châle ossalois.

Il est mystérieux et paré de fleurs comme un autel. Des générations l’ont porté et se le sont transmis. Il contient l’angoisse de la montagne, l’effroi des pelouses vertigineuses, la couleur des végétaux qui hantent les sommets, les prismes invraisemblables, l’éclat des minerais brisés par les torrents. L’iris d’azur s’y harmonise avec le mica de glace ; la digitale avec la teinte des calcaires rougis par le soleil couchant ; l’edelweïss s’y fond aux cristaux de givre ; la gentiane à l’épouvante bleue des lacs.

Il tombe, croisé au-dessous du col où pendent les bijoux et la croix, et retombe en arrière de la robe, très bas, imitant les ailes aiguës d’un insecte au repos.

Par la main, ai-je dit, le danseur conduit sa danseuse. Il porte une chemise aux manches plissées et, jetée négligemment sur l’épaule, la veste dont la couleur se marie à celle du capulet. Son gilet et ses guêtres — elles montent jusqu’aux genoux — sont d’un tricot neigeux. Le béret large est marron. De sous le gilet on voit saillir une poche carrée destinée à contenir le sel que l’on donne aux brebis.

… Le rondeau s’élargit encore, ondule, et, lorsque le rythme de la flûte, à de certains moments, vacille, le rondeau tout entier vacille aussi comme un indécis remous, comme une vague de vent.

Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.

La disposition de cette chaîne vivante, quatre ou cinq fois enroulée sur elle-même avec un art infini, crée ainsi des rondeaux qui tournent les uns dans les autres ; de telle façon que, de la circonférence au centre, on voit, alignés sous un même rayon visuel, quatre ou cinq capulets processionnant ensemble.

Tous et toutes semblent ainsi accomplir un pèlerinage vers un but jamais atteint. Pas un tressaillement dans les physionomies qui revêtent une gravité déconcertante, une attention soucieuse et méditative ; une sorte de catalepsie qui tient de l’amour et de la mort.

Et c’est la beauté de ces femmes, cette expression à la fois passive et recueillie dans ce visage rond, coloré et duveté comme une pêche. Et c’est le mystère de cette danse, cette évocation des origines où elle retourne : le tournoiement des neiges et des écumes ; la giration des fleurs dans les cyclones de vent — tandis que la brume du soir enveloppe peu à peu les cataclysmes des torrents et des rochers, se suspend aux sapinières qu’elle déchiquète, se traîne au flanc des pelouses — tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…

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Message par Aventin le Ven 10 Avr - 17:02

Clara d'Ellébeuse


culpabilité - Francis Jammes Clara_12
Nouvelle, 1899.

Un charme distingué, suranné, coule de ces pages, peut-être déjà volontairement désuètes à la date de parution - je m'avance sans doute un peu - mais, comme Jammes avait choisi que l'action se déroulât un demi-siècle plus tôt, en toute subjectivité j'y vois un indice: il ne voulait pas faire du "1900".

Beaucoup de charme donc dans cette tragique nouvelle.
Son déroulé s'effectue dans une campagne béarnaise paradisiaque, à l'intérieur d'un milieu haut-du-pavé, bourgeois aisé ou bien noble.
Quitte à me fourvoyer j'y vois aussi un clin d'œil de Jammes à l'un des grands maîtres de la peinture provinciale de ce milieu-là, ces années-là: Balzac.

Comment une jeune fille éclatante, seize ans, belle, fortunée, douce, aimable, pure, remarquable en bien des points arrive à sombrer pour avoir découvert des bribes d'un secret de famille, pas nécessairement hautement honteux, du reste, loin de là.

Avec en contrepoint les carcans - les conventions, l'entre-soi ne favorisant pas l'ouverture au monde, l'ignorance dans laquelle on tenait sciemment les jeunes filles, aussi la mésinterprétation des Évangiles et des commandements bibliques en général (là aussi, avec une part orientée, voulue, qui accuse le Siècle).

Jammes nous délivre une bien belle peinture légère, enlevée, s'en donne à cœur-joie dès qu'une occasion d'évoquer les jardins, les intérieurs, les animaux, les tenues vestimentaires se présente - jusqu'à la mièvrerie, quand il la suggère, est équivoque et raffinée.
Bref ça me transporte à chaque fois, j'ai beau m'y attendre !

Allez, vous prendrez bien un petit échantillon:
Chapitre IV a écrit:Dans l’ombre fraîche et grise de l’aube, les contours sont durs et noirs. On découple bientôt les chiens qui reniflent et rampent sur un chaume. L’un d’eux s’attarde. Un autre tourne sur lui-même. Tous épandent une odeur caséeuse. Quelques-uns trottent vite, bassets torses, griffons moustachus et braques dégingandés.

Tout à coup un long appel jaillit d’une gorge. Immobile, le cou tendu, le corps raidi, les yeux vagues, un chien hurle puis se tait une seconde. Et, de nouveau, il sonne. C’est un gémissement long qui tremble dans l’air matinal, l’ébranle de la plaine aux coteaux. Ses compagnons accourent à lui. Il crie toujours, le mufle haut et froncé, remuant la queue, les oreilles dressées et ridées. Puis tous, presque en même temps, se mettent à donner. Un jappe. Ceux-ci ont deux notes prolongées : haute puis basse, et ceux-là jouent du tambour de leur gosier. Et là-bas, pendant les silences, répond la meute de l’écho.

Et même un petit deuxième, vous allez voir, c'est tout léger, un zéphyr d'encre sur page, ça ne pèse pas !
Chapitre II a écrit:Clara attend que le jardinier ait fini de bâter le petit âne. C’est fait. Elle cueille une gaule verte et, d’un banc de pierre, saute sur la bête qu’elle dirige vers la grille. Elle prend le sentier des bois de Noarrieu. Les gouttes glacées des néfliers pleuvent sur elle. L’âne trotte. Elle est toute secouée et, de temps en temps, retient son large chapeau de paille prêt à tomber. La voici sur la lisière moussue où veillent les colchiques. Dans les haies brillent des toiles d’araignées. On entend le gloussement des ruisseaux encore gorgés de l’orage nocturne. Des pies jacassent, un geai crie.

Mais, au milieu des bois, c’est un silence que rien ne trouble, à peine le bruissement des hautes fougères froissées par les flancs du petit âne ; c’est un recueillement de fraîcheur qui va durer là jusqu’au soir, même aux heures torrides où les maïs crépitent. Au pied d’un châtaignier, sur une éclaircie de lumière et d’émeraude, il y a des gentianes. Leurs cloches sombrement bleues tentent Clara d’Ellébeuse qui arrête sa monture, en descend, et les cueille pour les allier aux reines-marguerites et aux narcisses de son chapeau des champs, orné de rubans blancs à filets paille.
 
Elle s’assied auprès de l’arbre et, tressant les fleurs, songe avec tristesse à la fin des vacances, à la rentrée, à la grande cour des récréations d’octobre où les feuilles dures des platanes sont agitées par le vent aigre et froid.

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Message par Tristram le Ven 10 Avr - 17:15

Effectivement, les vues de campagne sont fort évocatrices ! Les extraits que tu donnes, Aventin, ne sont en rien vieillis.

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Message par Bédoulène le Ven 10 Avr - 17:47

c'est bien tentant, merci Aventin !

de beaux extraits (bien réaliste pour les chiens)

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Message par Aventin le Ven 10 Avr - 17:57

@Tristram a écrit:Effectivement, les vues de campagne sont fort évocatrices !
Il excelle vraiment dans cet art littéraire difficile, bien qu'obligé, du savoir camper (je le tiens pour un auteur animalier, mais aussi floral et botanique, de toute première force).
Son tournemain léger, gracieux, toutefois capable de poser un peu de pondéreux si la narration l'exige, est remarquable - après c'est un auteur largement oublié et pas près d'être tiré de son sommeil  -bon, son œuvre est tombée dans le domaine public il me semble, en tous cas un bon coup de fouille-Toile et pas mal d'entre ses œuvres doivent être dorénavant à portée de liseuse.
(la règle des 70 ans après le décès de l'auteur s'applique, je crois, non, si quelqu'un y connaît quelque chose, pour moi ça a toujours été très obscur ?)

Mais de mon sentiment bassement intéressé d'aficionado, le Mercure de France aurait pu se fendre d'une réédition complète de ce qu'ils publièrent autrefois, et, soyons fous, La Pléiade eût pu aussi manifester quelque velléité.

Pour moi qui ne me suis jamais tout à fait mis à chiner sur le ouèbe, mais qui aime beaucoup traîner dans les bacs à bouquins des brocanteurs et des bouquinistes, je ne résiste quasiment jamais quand je croise du Jammes; on pourrait croire que c'est fréquent dans la région d'un auteur qui passe pour régionaliste, mais pas tant que ça, en dépit d'une belle trouvaille que j'avoue sur le barbouillage ayant trait au Poète Rustique un peu plus haut sur la page.
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Message par Tristram le Ven 10 Avr - 18:21

J'ai aussi farfouillé (mais virtuellement), et ses œuvres ne courent pas la toile...

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Message par Arturo le Ven 10 Avr - 19:28

J'ai 2 recueils en poésie NRF, tous deux fort appréciés dans mes lectures. Mais dans mon coin je ne tombe jamais sur ses bouquins dans mes farfouillages.
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Message par Aventin le Sam 11 Avr - 6:23

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

culpabilité - Francis Jammes Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.

culpabilité - Francis Jammes Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.

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Message par Bédoulène le Sam 11 Avr - 7:30

merci Aventin (curieux ce terme de repentirs pour les boucles de la coiffure)

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Message par Aventin le Dim 12 Avr - 8:10

@Arturo a écrit:J'ai 2 recueils en poésie NRF, tous deux fort appréciés dans mes lectures. Mais dans mon coin je ne tombe jamais sur ses bouquins dans mes farfouillages.
Ceux-ci, non ?

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culpabilité - Francis Jammes Clairi10
Tout comme toi: "tous deux fort appréciés" !

Par exemple, dans Clairières, on trouve parfois de courts poèmes, comme ces trois ci-dessous, qui m'émerveillent pour plusieurs raisons (comme si l'émerveillement était compatible avec des raisons, je déraisonne ?):
- D'abord ils ont la splendeur de miniatures de maître-artisan, dépouillement et sobriété menant à la mise en évidence d'un essentiel.
- Ensuite, on est en 1906 pour la date de parution de Clairières, et contribuent à illustrer qu'il ne se passe pas rien entre Mallarmé et Apollinaire, ou autrement dit qu'on ne passe pas directement de Mallarmé à Apollinaire;  
- Enfin il n'oppose pas les courants naturalistes et symbolistes (bien que penchant, dans les exemples ci-dessous, davantage du côté symboliste), mais ne se propose pas comme une synthèse ou un syncrétisme de ceux-ci. Disons plutôt qu'ils sont assimilés, digérés. Il n'a pas de label d'école, de mouvement, de chapelle.
Il ne compose pas de vers en rejet ou en rupture de ce qui se faisait auparavant, ne cherche ni le neuf pour le neuf ni à se singulariser, mais avance dans ses vers, gentiment, avec douceur, au pas du montagnard qui tient l'âne en bride, ménage homme et monture et se tient en éveil.

Je ressens, confusément il est vrai, que Jammes n'est pas un intransigeant, qu'il aurait pu prendre à son compte en matière de poésie les propos d'un peintre qui lui était contemporain (ou plutôt peut-être semi-contemporain est-il plus juste), Odilon Redon:
"Je ne suis pas un intransigeant; je n'acclamerai jamais une école qui, quoique préconisée de sa bonne foi, se borne quand même dans la réalité pure, sans tenir compte du passé. Voir et bien voir sera toujours le précepte premier de l'art de peindre, cela est une vérité de tous les temps".

Le premier est un touchant décasyllabes équilibré et versifié, on y entre de plain-pied par l'oxymoron "gravement gaie":
Elle est gravement gaie. Par moments son regard
se levait comme pour surprendre ma pensée.
Elle était douce alors comme quand il est tard
le velours jaune et bleu d’une allée de pensées.

Le second fait fi de la métrique et malmène beaucoup la rime, le jeu d'assonance/allitération "trempé, tant y est épais" traduit fort bien le volume humide, "amertumé" me paraît être une création personnelle pour l'occasion, enfin quelle douceur dans le rôle inversé (pour l'époque) de Jammes sous la protection de sa mie...
Dans le chemin toujours trempé, tant y est épais
le feuillage visqueux de l’aulne amertumé,
nous nous promènerons. Mais comme elle est plus grande
que moi, c’est elle qui écartera les branches
et elle encore qui mettra sur mon épaule
sa joue et ses yeux bleus qui fixeront le sol.

Pour ce troisième, il faut solliciter toute les possibilités plastiques de la diérèse et de la synérèse (fréquent, ça, chez Jammes) et garder en tête la petite musique de l'accent béarnais, mais même en s'abritant derrière cela, l'alexandrin est un peu malmené, pas toujours défendable au yeux d'un rigoriste, comme: "je la verrai surgir, et sa figure claire".
Aussi, ça ne lui eût pas coûté beaucoup de faire parfaitement rimer ces quelques vers. Mais c'est judicieux -et non impertinent- qu'il ne l'ait pas fait (à mon humble avis); quand l'incartade est légère, qu'elle paraît exception, elle dit beaucoup plus long qu'une totale rupture formelle, une façon de raser le monde poétique ancien pour voir ce qui repousse après (ceci sera fait, pour un résultat que je vous laisse apprécier ou déprécier, une vingtaine d'années plus tard).
En attendant:
Jammes arpente-t-il les brisées saute-formalistes du Verlaine de Sagesse ?

Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son œuf dans la poussière.
Par-dessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

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Message par Arturo le Dim 12 Avr - 8:25

De l'Angelus du soir à l'angelus de l'aube, et celui-ci :
culpabilité - Francis Jammes 31hwcg10

Mes lectures remontent à plusieurs années, j'en ai le souvenir d'un aspect parfois un peu champêtre.

En effet, il prend quelques libertés sur ces derniers vers.
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Message par Tristram le Dim 12 Avr - 12:29

A propos d'amertumé, ce participe passé (et adjectif) est beaucoup plus ancien. https://www.cnrtl.fr/definition/amertum%C3%A9
Curieusement, le poème de Jammes est attribué à Alain-Fournier dans l'exemple d'emploi du mot donné par le TLFi...

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Message par ArenSor le Dim 12 Avr - 14:28

@Aventin a écrit:
Je ressens, confusément il est vrai, que Jammes n'est pas un intransigeant, qu'il aurait pu prendre à son compte en matière de poésie les propos d'un peintre qui lui était contemporain (ou plutôt peut-être semi-contemporain est-il plus juste), Odilon Redon

En parlant de peinture, il y a un artiste avec lequel Jammes fut très lié et qui m'est cher : Charles Lacoste.
Charles Lacoste a cultivé une approche intimiste, poétique et humble dans ses paysage urbains et ruraux. Il n'ignorait pas les grands courants artistiques de l'époque, postimpressionnisme et symbolisme, mais il a su les interpréter d'une manière très personnelle. Il a été bien oublié par la suite et seulement redécouvert dans les années 80.
J'ai toujours associé l'écriture de Jammes (que je connais très mal) à la peinture de Lacoste

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Message par Arturo le Dim 12 Avr - 14:55

Merci pour la découverte, Arensor. Décidément je découvre en ce moment, découvert Paulus très récemment aussi.
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Localisation : Par-delà le bien et le mal

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