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Joë Bousquet

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correspondances - Joë Bousquet Empty Joë Bousquet

Message par bix_229 Jeu 11 Juin - 19:38

Joë Bousquet
(1897-1950

correspondances - Joë Bousquet Joe1010

C’est la guerre qui, en un même siècle, a rétréci l’horizon de Joë Bousquet (1897-1950) et d’Anne Frank (1929-1945). Lui, transpercé à vingt ans par une balle allemande qui l’a cloué au lit pour le reste de sa vie. Elle, contrainte de se cacher pour échapper aux nazis.
Au 53 de la rue de Verdun, à Carcassonne, au cœur de la ville basse que l’Aude sépare de la Cité, la maison où Joë Bousquet a vécu est aujourd’hui labellisée Maison des illustres.

À l’étage, sa chambre est comme on l’imagine, comme il y a vécu, dans un lit entouré de livres posés sur des étagères, à portée de main, comme le papier, la plume, la pipe à opium. Une vie à la lumière des lampes et des bougies, derrière des volets clos de jour comme de nuit. C’est là que, pendant trois décennies, le poète né à Narbonne a vécu, créé, souffert.
« Chaque fois que la durée de ma survie m’a paru intolérable, j’ai aussitôt pardonné à mon infortune, rien qu’à lever les yeux sur les tableaux dont mon ami m’avait entouré, avec lesquels il m’a élevé, préservé. »
(D'une autre vie)

Cet ami peintre, c’est Max Ernst (1891-1976), et Joë Bousquet partage avec lui un incroyable souvenir. Le 27 mai 1918, lorsque le lieutenant Bousquet fut blessé à Vailly (Aisne), Max Ernst, lui aussi lieutenant, dans le camp adverse, faisait partie du bataillon qui repoussa ses hommes. Ils le découvrirent des années plus tard, lorsque le peintre vint le voir à Carcassonne, après lui avoir envoyé un premier tableau. « Une toile splendide, écrit Joë Bousquet, une forêt merveilleuse […] comme un miroir sans fond où la matière - millions d’oiseaux d’air dans une fibre ligneuse - se renouvelait comme une cascade. »

Je n’ai à moi que la lumière vivante de mes yeux. J’habite la partie de mon être qui échappera aux fossoyeurs.

Confiné, Joë Bousquet ne vit pas en ermite. Il écrit, se fait connaître, se rapproche un temps des surréalistes. De nombreux écrivains et poètes, “Parisiens” et Occitans, vont pousser sa porte au fil des années : Paul et Gala Éluard, avec lesquels il entretient une correspondance, Louis Aragon et Elsa Triolet, Simone Weil, André Gide, Paul Valéry, Jean Cassou, Yanette Delétang-Tardif, Christiane Burucoa, les Carcasonnais François-Paul Alibert et Ferdinand Alquié…

Et comme on ne se refait pas, le héros maintes fois médaillé de la Der des Der joue les “boîtes aux lettres” pour la Résistance lorsque survient la Seconde Guerre mondiale. Quasiment sous le nez des Allemands qui fréquentaient l’appartement de sa voisine.

Œuvres


Poésies

La Fiancée du vent, Chantiers, 1928
Il ne fait pas assez noir, R. Debresse, 1932
Le Mal d'enfance, Denoël, 1939, illustré par René Iché
Mon frère l'ombre, Cahiers de l'École de Rochefort, 1943
La Connaissance du soir, Éditions du Raisin, 1945
L'Œuvre de la nuit, Éditions Montbrun, 1946
Chantelaine, Les Bibliophiles alésiens, 1947

Romans

Le Rendez-vous d'un soir d'hiver, 1933
Une passante bleue et blonde, Éditions René Debresse, 1934
La Tisane de sarments, Denoël, 1936
Le passeur s'est endormi, Denoël, 1939
Iris et Petite Fumée, 1939
Le Médisant par bonté, Gallimard, 1945
Le Meneur de lune, Éditions Albin Michel, 1946
Œuvre romanesque complète, 4 volumes, Éditions Albin Michel, 1979 à 1984
Recueils de nouvelles
Le Fruit dont l'ombre est la saveur, Éditions de Minuit, 1947
Œuvres érotiques
Le Cahier noir, Éditions Albin Michel, (1989) 2006

Essais critiques

Les Capitales : ou de Jean Duns Scott à Jean Paulhan, 1955
Lumière, infranchissable pourriture et autres essais sur Pierre Jean Jouve, Fata Morgana, 1987
Correspondance
Lettres à Poisson d'Or, Gallimard, 1967
Lettres à Jean Cassou, Rougerie, 1971
Lettres à Carlo Suarès, Rougerie, 1973
Lettres à Stéphane et à Jean, Éditions Albin Michel, 1975
Lettres à Ginette, 1930-1950, Éditions Albin Michel, 1980
À Max-Philippe Delatte, 1981
Lettres à Magritte, Talus d'approche, 1981
Un amour couleur de thé, Verdier, 1984
Lettres à une jeune fille, Grasset, 2008

Autobiographie

Traduit du silence, Gallimard, 1941
Mystique, Préface par Xavier Bordes, 1972, Éditions Gallimard, (1973)

Œuvres posthumes

Fumerolle, 1951
La Neige d'un autre âge, Cercle du livre, 1952
Le Mal du soir, Bordas, 1953
Langage entier, Rougerie, 1966
Notes d'inconnaissance, Rougerie, 1967
Le Sème-Chemins, Rougerie, 1968
Le Salut d'une parole, Gaston Puel, 1968
Le Pays des armes rouillées : mémoires, Rougerie, 1969
D'une autre vie, 1970
L'Homme dont je mourrai, Rougerie, 1974
La Romance du Seuil, Rougerie, 1976
Le Bréviaire Bleu, Rougerie, 1977
Le Roi du sel, suivi de Le Conte des sept robes et de Le Cahier C1, Albin Michel, 1977
Isel, Rougerie, 1978
Papillon de neige : journal 1939-1942, Verdier, 1990
Langage entier, Rougerie, 1981
Note-book, Rougerie, 1983
La Beauté dans les choses, Éditions Unes, 1983
La Nacre de sel, J.M. Savary, 1988
Exploration de mon médecin, Sables, 1988
D'un regard l'autre, Verdier, 1990
Le Galant de neige, Fata Mogana, 1994
René Daumal, Éditions Unes, 1996
L'Œuvre de la nuit, Éditions Unes, 1996
L'Archimûr à l'x orange, Les Librairies entre les lignes, 1999
Amarante et Muette, conte, Sables, 2005
Le Soleil souterrain, Sables, 2008

Sources : Wikipedia + Le Berry républicain
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Message par bix_229 Jeu 11 Juin - 21:48

correspondances - Joë Bousquet Lettre10

LETTRES A POISSON D'OR

Le 27 mars 1918, lors d'une attaque allemande; Joe Bousquet, une balle l'atteint en pleine poitrine,
sectionnant la moelle épinière. 
Il a 21 ans et restera paralysé toute sa vie.
Mais il refusera de ne pas mourir avant son heure.
Cloué sur son lit de de souffrance, il  va écrire une oeuvre littéraire.
S'il parle bien, il écrit mieux encore.
Et c'est par l'écriture qu'il parvient à attirer l'attention d'un grand nombre d'artistes de l'époque.
Dans son malheur, il a la chance de vivre dans un moment artistique divers et intense.
Il parvient meme à séduire beaucoup de femmes avec pour seule arme,la parole littéraire.
L'une d'elle, Germaine, qui baptisera "Poisson d'or"  a 21 ans quand il l& rencontre.
Il en a 40.

En homme intelligent, il sait qu'il ne pourra pas satisfaire sexuellement la jeune fille.
Il sait que la passion s''épuise par une trop grande proximité.
Il sait aussi que la distance physique qu'il réclame d'elle parfois est la meilleure façon d'entretenir
le désir grace à  son écriture.
Il lui arrive d'opposer un refus, en faisant valoir qu'il veut agir "comme s'il était aaussi un frère."

"Je voudrais que ma voix soit votre ivresse comme vous ètes la mienne et qu'ainsi le meme enchantement soit à nous deux dans l'ins tant où vous m'écoutez vous aimer."


Kafka ne faisait pas autrement.
De plus son état est parfois si douloureux qu'il ne souhaite pas le montrer
Il n'oublie pas de mettre en avant les artistes célèbres qu'il connait et dont il est un membre écouté.
Sa stratégie s'avère efficace. Leur liaison durera pratiquement jusqu'à la mort de Bousquet
 en 1950.
Comme chez Kafka, le style est extremement "écrit", tenu, et c'est par là qu'il est un beau
témoignage à la fois affectif et litteraire.

correspondances - Joë Bousquet Poisso11

Germaine Krull, Poisson d'or
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Message par bix_229 Jeu 11 Juin - 23:37

Deux poèmes extraits de La Connaissance du soir, 1945


Pensefable


Le ciel est un songe innocent
Qui meurt des clartés qu’il s’ajoute
Quand le soleil jaunit la route
Dont il est le dernier passant


A force de rire avec elle
L’espoir nous a pris la raison
Dans la nuit qui sort des maisons
Nos étoiles battent des ailes


La terre s’ouvre et sent le pain
Quand la mort des feuilles l’embaume
Le vent ne sait où vont les hommes
Et conte aux ailes de moulins


Que sous des iris d’azur sombre
La mort a caché les yeux noirs
Où chaque larme est le miroir
D’un monde trop lourd pour des ombres


Le Large


Ce n’est pas son nom qui le grise
Mais qu’il soit murmuré tout bas
Le secret d’un cœur qui se brise
Dans des voix qu’il ne connaît pas


Quand toute plainte lui révèle
De quoi sa peine avait pleuré
L’homme entend son cœur qui l’appelle
Dans les voix qui l’ont ignoré


Ainsi chaque étoile voit-elle
La nuit des sommets s’accomplir
En formant dans la nuit des ailes
Le bruit que quelqu’un va venir


Lui son mal est la pitié même
Ce qu’il est s’efface à son tour
Et pour lui rendre ce qu’il aime
Retourne à la pitié du jour
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Message par Armor Ven 12 Juin - 14:13

Personnage intéressant !

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Message par Bédoulène Ven 12 Juin - 19:16

merci Bix pour ton commentaire et le poème !

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Message par bix_229 Ven 12 Juin - 19:30

De temps en temps, l'extreme douleur et l'impuissance qui s'ensuivait  nourrissaient son
écriture.

D'un regard l'autre de Joë Bousquet

Une balle m'a brisé une vertèbre. Je n'ai à moi que la lumière vivante de mes yeux. J'habite la partie de mon être qui échappera aux fossoyeurs.
Mon existence a revêtu une couleur qui n'est pas toute restée sur moi. J'ai dû me convaincre qu'un peu de mon amour enveloppait ceux qui m'entouraient, restait sur eux, les rendant plus aimables. Mes paroles passaient dans leurs discours, me regardaient --- J'ai aimé sur eux mon existence. Alors j'ai su que ma vie était un miracle de l'amitié.




L'épi de lavande

Il n’a ni droite ni gauche un squelette en quête de
ses os
si seulement il pouvait dire je pleure et que ce ne soit
pas une façon de parler
On dirait que son corps est fait avec les larmes des
autres
Il est la déchéance de ce qu’il aime son cœur rien que
de battre le blesse
Mais il existe une femme si belle que son malheur ne
le suit pas jusqu’à sa porte c’est elle qui l’endort c’est
elle qui l’éveille


Après quelques coups de tonnerre il a plu Il pleuvait
Des clartés enjambaient les arbres tiraient à travers
l’orage des filets pleins d’oiseaux-lyres
Il n’a pas reconnu le pain qu’il mangeait il n’a pas
reconnu le bruit d’une porte battant dans le noir
J’ai su que la joie passait tous feux éteints je le lui ai
dit
Mais il dormait le souffle égal alors j’ai détourné les
yeux J’étais ici
Ne me demandez pas de vous parler de moi.
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Message par ArenSor Sam 22 Aoû - 19:56

Lettres à Poisson d'or

correspondances - Joë Bousquet Lettrs10

« Vous vous souvenez des poissons d’or. Ce Rêve d’enfance était en moi l’aube de la vie amoureuse. Les « golden fishes » étaient l’attribut magique de ces fées blondes au buste nu que, toute ma vie, j’ai cherchées comme si je pressentais que l’amour devait satisfaire mes sentiments en leur ouvrant la profondeur vierge de mon cœur. Vous êtes venue, vous avez ouvert ma vie comme un fruit. »

L’histoire est belle. En 1967, une femme remet à Jean Paulhan une série de lettres d’amour que lui a adressé Joë Bousquet entre 1937 et 1949. Ce sont les lettres à Poisson d’or. Il ne s’agit pas d’une correspondance puisqu’on ignore ce que sont devenues les lettres que Germaine, Poisson d’or, a envoyées au poète. Faut-il le regretter ? Oui, si on se place sur le plan de l’histoire de cette étrange relation, non, pour ce qui concerne la littérature car ces lettres sont d’une beauté sidérante et se suffisent à elles-mêmes.
Voici le début de la première lettre datée du 1er août 1937 :

« Ma chère amie,
Depuis votre départ, je cherche une heure pour vous écrire. Il me semble que des visiteurs m’en ont empêché ; mais la vérité est tout autre. J’ai pu me persuader jusqu’à ce soir que vous ne m’aviez quitté que pour quelques heures ; et votre départ ne s’accomplira que du moment où je l’accepterai en vous écrivant. »

Joë Bousquet est un poète exigeant, envers lui-même et les autres. Il demande au lecteur d’entrer dans son univers très introspectif et chargé de spiritualité. Je me suis longtemps demandé à quel autre écrivain de son époque Bousquet pouvait être comparé. Il donne lui-même la clef dans ces lettres en prenant pour modèle R-M. Rilke.
Autrement dit, il place d’emblée la barre très haut pour sa correspondante.

« De même que dans un visage le rayon bleu des yeux nous retient il y a, dans les nuits d’amour, des lumières couleur de mer auxquelles l’on était insensibles, mais qui, par la hauteur qu’elles avaient au-dessus du présent, sont demeurées intouchées par le temps et paraissent s’approcher à mesure qu’il neige sur nous des années, prêtes à nous retrouver dans l’instant mortel où nous nous perdrons pour toujours… Elles veulent qu’à de certains instants de notre vie il n’y ait qu’un souvenir déterminé pour nous aider à vivre comme si nous étions le lieu de délices où la vie s’éprend de la vie… C’était, c’est toi, ce soir…
Un peu de ton être rode autour de moi. Il m’aide à vivre des heures mauvaises. Puisse ma pensée être un voile aussi doux, à ta chair que l’azur de tes yeux au rêve que sur eux j’aventure. »

On peut se poser la question, du moins, je me la suis posée, de l’emprise que pouvait avoir le poète, d’âge mûr, reconnu par ses pairs sur une jeune femme. La relation amoureuse proposée (imposée ?) par Joë Bousquet, bien qu’elle ne puisse s’accomplir matériellement, n’en est pas moins pourvue d’une violence érotique qui peut mettre mal à l’aise :

« Me suis-tu bien ? Jusqu’à présent ces deux formes d’amour se sont combattues. Mon amour s’agenouillait devant toi, m’invitait à aimer l’expression de ton visage, à y reconnaître mon rêve. Cependant, une morsure bizarre dans ma chair disait autre chose : quand je m’enfonce dans la nuit du désir, quand je m’efforce d’y connaître ma nature d’homme dans toute sa barbarie, il se trouve que l’idée de femme où je prends conscience de ce qu’il y a de plus sauvage en moi est celle dont tu es l’incarnation.
Me comprends-tu bien ? Si je me trouvais ramené à mes années de guerre, avec toute la frénésie de ma jeunesse et qu’un hasard m’amenât au sein d’une ville prise, si, avec la folie du sang aux yeux, je cherchais une fille à violer, à martyriser, à mettre en croix, un corps où unir lumineusement toute ma sauvagerie et toute ma douceur, ce serait une jeune fille comme toi que je chercherais. »

Ceci dit, ces lettres sont d’une fascinante beauté. Dans une conception tristramesque de la citation, il faudrait pratiquement tout noter ! Quelques exemples :

« Pas un homme qui puisse prendre conscience de ce qui est sans y savourer l’amertume et le goût de cendres de ce qui achève d’être ; vivre, voir, sentir, c’est se trouver, à travers tout ce que l’on perçoit, inférieur à soi-même. Nous vivons, mais ce que nous voyons est extérieur à ce que nous entendons, notre pensée est étrangère à notre parole, le regard est l’exil de la voix, notre cœur bat dans le vide comme s’il était le seul à concevoir pour nous l’étendue de notre solitude. »

« Un regard perdu entre la neige et les étoiles arrêté soudain par le poids d’un oiseau d’or qui vient de se poser sur lui dans le monde où ce qui est aimé est la prison de ce qui aime. Le jour se berce sur le jour et le regard est silence… »

« Vos gestes me diront d’où je viens, mes yeux remonteront sur vous aux sources féeriques de ma destinée. Ce sera une longue histoire à reconstituer avec des songes et qui puiseront dans votre jeunesse la lumière de mon enfance. »

« Il y a ensuite la vocation poétique qui est une tout autre chose. Et il s’agit, pour celle-ci, d’une terrible épreuve qui dure toute la vie. Il ne s’agit plus ici du public qui ne comprend jamais rien, mais d’une révélation à rendre claire ; parce que l’homme marqué par son destin a, de toutes les choses, une vision si singulière qu’il mourrait de son exil s’il n’en faisait un élément de communication. »

La dernière lettre date de 1949. En avril 1950, Germaine se marie. Joë Bousquet meurt quelques mois plus tard.
Jean Paulhan avait caché, par pudeur, l’identité de « Poisson d’or » dont on ne connaissait que le prénom de Germaine. Je me serais bien contenté de cet anonymat. Mais Germaine Mühlethaler-Tartaglia (1916 – 2013) a reçu le titre de « Juste parmi les nations ». Il me plait que ce nom soit désormais associé à celui de « Poisson d’or ». Very Happy


Mots-clés : #amour #correspondances


Dernière édition par ArenSor le Sam 22 Aoû - 20:54, édité 1 fois
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Message par Armor Sam 22 Aoû - 20:08

"Si je me trouvais ramené à mes années de guerre, avec toute la frénésie de ma jeunesse et qu’un hasard m’amenât au sein d’une ville prise, si, avec la folie du sang aux yeux, je cherchais une fille à violer, à martyriser, à mettre en croix, un corps où unir lumineusement toute ma sauvagerie et toute ma douceur, ce serait une jeune fille comme toi que je chercherais."

Dérangeant, en effet. Et même plus. Fantasme, ou réalité de ses "années du guerre" ? (Puis franchement, associer la douceur au viol... comment dire...)

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Message par bix_229 Sam 22 Aoû - 20:13

Merci aren ! Tu as bien fait de citer certaines phrases. Bousquet a su trouver dans la souffrance
et malgré elle, les mots qui convenaient pour sublimer sa vie.
Et la femme qu'il a aimée était vraiment digne de son amour et mieux que cela encore, elle l'a
prouvé après la mort de Bousquet lors de sa longue vie.
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Message par bix_229 Sam 22 Aoû - 20:17

Armor a écrit:
"Si je me trouvais ramené à mes années de guerre, avec toute la frénésie de ma jeunesse et qu’un hasard m’amenât au sein d’une ville prise, si, avec la folie du sang aux yeux, je cherchais une fille à violer, à martyriser, à mettre en croix, un corps où unir lumineusement toute ma sauvagerie et toute ma douceur, ce serait une jeune fille comme toi que je chercherais."

Dérangeant, en effet. Et même plus. Fantasme, ou réalité de ses "années du guerre" ? (Puis franchement, associer la douceur au viol... comment dire...)
Mais enfin, ce sont des fantasmes, ceux d'un homme cloué sur lit.
Et quand bien meme...
ça prouve simplement le degré de confiance et de partage qu'il y avait entre Bousquet et elle.
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Message par Tristram Sam 22 Aoû - 20:39

Il y a aussi les Lettres à Ginette. Bon, ça sonne moins bien que Poisson d'or, mais c'est aussi une correspondance amoureuse, sur la même période (1930-1950).


Dernière édition par Tristram le Sam 22 Aoû - 20:46, édité 1 fois

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Message par bix_229 Sam 22 Aoû - 20:44

... Et les oeuvres, un peu oubliées, me sembe-t-il.
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Message par ArenSor Sam 22 Aoû - 21:03

Joë Bousquet a entretenu des correspondances amoureuses avec plusieurs femmes : Houx-Rainette, Abeille d'hiver, Blanche-par-amour etc. Mais Poisson d'or semble être la plus importante.
Oui Bix, la poésie de Bousquet semble un peu oubliée aujourd'hui. Par exemple, dans l'anthologie de la poésie française en Pléiade de 2000, il n'est cité que pour 2 poèmes (Char est crédité de 16). Peut-être l'apport le plus intéressant de Bousquet, mais qui l'a desservi, est ce mélange des genres entre poésie, prose, journal intime etc. C'est en tout cas, un poète authentique, qui a une "voix" singulière dans le 20e siècle, et qui mérite d'être connu. Very Happy. J'ai trouvé une petite plaquette de lui "D'une autre vie", imprimée par Rougerie en 1970. Je vais donc continuer...
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Message par ArenSor Sam 22 Aoû - 21:08

Armor a écrit:
"Si je me trouvais ramené à mes années de guerre, avec toute la frénésie de ma jeunesse et qu’un hasard m’amenât au sein d’une ville prise, si, avec la folie du sang aux yeux, je cherchais une fille à violer, à martyriser, à mettre en croix, un corps où unir lumineusement toute ma sauvagerie et toute ma douceur, ce serait une jeune fille comme toi que je chercherais."

Dérangeant, en effet. Et même plus. Fantasme, ou réalité de ses "années du guerre" ? (Puis franchement, associer la douceur au viol... comment dire...)

On ose espérer être uniquement dans le fantasme, toutefois le "cahier noir" montre bien les pulsions sado-masos de Joë Bousquet. C'est sa face noire correspondances - Joë Bousquet 2441072346
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Message par bix_229 Sam 22 Aoû - 23:04


Arensor. On ose espérer être uniquement dans le fantasme, toutefois le "cahier noir" montre bien les pulsions sado-masos de Joë Bousquet. C'est sa face noire Joë Bousquet

On aurait pu ne pas les connaitre. et si "Poison d'or" avait voulu les effacer, elle aurait pu.
J'iimagine qu'elle connaissait bien l'homme et l'acceptait tel quel.
Avec ses qualités et malgré ses défauts.
Les pulsions restent des pulsions. Je n'aimerais pas connaitre celles d'autres écrivains
qu'on n'a pas connues.
Certains se retourneraient dans leur tombe si on savait ! correspondances - Joë Bousquet 2441072346
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