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George Steiner

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Message par Tristram Dim 27 Déc - 23:11

George Steiner
(1929 - 2020)

premiereguerre - George Steiner George11

Francis George Steiner, né le 23 avril 1929 à Neuilly-sur-Seine (France) et mort le 3 février 2020 à Cambridge (Royaume-Uni), est un critique littéraire, linguiste, écrivain et philosophe franco-américano-britannique, spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction.
Auteur de nombreux essais sur la théorie du langage et de la traduction ainsi que sur la philosophie de l'éducation, il est surtout réputé pour ses critiques littéraires, notamment dans The New Yorker et le Times Literary Supplement.
Archétype de l'intellectuel européen, George Steiner est pétri de plusieurs cultures de par son éducation trilingue (allemand, français et anglais). Ardent défenseur de la culture classique gréco-latine, il est un des penseurs européens contemporains à pouvoir lire dans le texte des œuvres écrites en de nombreuses langues (outre le grec et le latin, il maîtrise cinq langues vivantes).
Né d’un couple de Juifs viennois qui fuient le nazisme, il en fut durablement marqué. Il se considérait comme Juif d’Europe centrale (Universalis).

Publications

Essais et articles (traduits ou écrits en français)
• Tolstoï ou Dostoïevski, trad. Rose Celli, Paris, Le Seuil, coll. « Pierres Vives », 1963 (titre original : Tolstoy or Dostoevsky: An Essay in Contrast, Faber and Faber, 1960).
• La Mort de la tragédie, trad. Rose Celli, Paris, Le Seuil, coll. « Pierres vives », 1965 (titre original : The Death Tragedy, Faber and Faber, 1961).
• Langage et silence, trad. P.-E. Dauzat, Paris, Le Seuil, 1969 (titre original : Language and Silence: Essays 1958-1966, Faber and Faber 1967).
• Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Paris, Gallimard, 1986, (Titre original : In Bluebeard's Castle: Some Notes Towards the Redefinition of Culture, Faber and Faber, 1971.)
• Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Paris, Albin Michel, 1978, trad. Lucienne Lotringer et Pierre-Emmanuel Dauzat (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, Oxford University Presse, 1975).
• « De la difficulté », in Œuvres, Gallimard, 2013, coll. « Quarto », trad. Pierre-Emmanuel Dauzat (titre original : On difficulty and others Essays, Oxford Press, 1978).
• « Le clerc de la trahison », in Le Débat, n° 17, Gallimard, 1981 (titre original : The clerc of Trahison, 1980).
• Martin Heidegger, Paris, Albin Michel, 1981 (titre original : Heidegger, Fontana Modern Masters, 1978).
• Les Antigones, trad. Pierre Blanchard, « Bibliothèque des idées », Gallimard, 1986 (titre original : Antigones, Clarandon Press, 1984)
• Une lecture contre Shakespeare, repris dans Passions impunies et publié chez Gallimard, trad. P.-E. Dauzat, coll. « Quarto », 2013 (titre original : A reading against Shakespeare, University of Glasgow, 1986).
• Comment taire ?, Cavaliers Seuls, 1987. Traduction reprise dans Œuvres, Gallimard, 2013 (titre original : A Conversation Piece, 1985).
• La longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah. Publié dans L'écrit du temps n° 14-15, été-automne 1987, éditions de Minuit. (Titre original : The long life of Metaphor, an approach of "the Shoah", 1987).
• Le Sens du sens, Librairie J. Vrin, 1988 (titre original : ?).
• Réelles présences. Les arts du sens, trad. Michel R. de Paw, NRF Essais, Gallimard, 1991. (Titre original : Real Presences: Is There Anything in What We Say?, Faber and Faber 1989.)
• Épreuves, Gallimard, 1993 (titre original : ?).
• Passions impunies, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat et Louis Evrard, NRF Essais Gallimard, 1997, réunit des articles ou conférences parus ou prononcés entre 1978 et 1996. (Titre original : No Passion Spent: Essays 1978-1996, 1996.)
• Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, éd. revue et augmentée, Albin Michel, 1998 (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, 1998)
• Errata. Récit d'une pensée, trad. P.-E. Dauzat, NRF, Gallimard, 1998. (Titre original : Errata: An Examined Life, Weidenfeld and Nicholson, 1997.)
• Grammaires de la création, trad. P.-E. Dauzat, Gallimard, 2001, coll. « Folio Essais » (titre original : Grammars of Creation, Faber and Faber 2001).
• Extraterritorialité. Essai sur la littérature et la révolution du langage, Calmann-Lévy, 2002 (titre original : Extraterritorial: Papers on Literature and the Language Revolution, 1972).
• Maîtres et disciples, NRF Essais, Gallimard, 2003 (titre original : Lessons of the Masters, Harvard University Press, 2003).
• De la traduction comme "conditio humana", trad. P.-E. Dauzat, Gallimard, 2013 (titre original : Translatio as conditio humana, 2004).
• Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée, Albin Michel, 2005 (titre original : ?).
• Une certaine idée de l'Europe, Actes Sud, 2005 (titre original : The Idea of Europe, Nexus Institute, 2004).
• Le silence des livres, Arléa, « Arléa poche », 2006 (contient de G. Steiner « Le silence des livres » et de Michel Crépu, « Ce vice encore impuni »).
• Les Livres que je n'ai pas écrits, trad. Marianne Groulez, Gallimard, 2008 (titre original : My Unwritten Books, New Directions, 2008).
• Ceux qui brûlent les livres, trad. P.-E. Dauzat, Paris, L'Herne, « Cahiers de l'Herne », 2008
• Les Logocrates, trad. P.-E. Dauzat, Paris, L'Herne, « Cahiers de l'Herne », 2008.
• Lectures : Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. « Arcades », 2010
• Poésie de la pensée, Gallimard, coll. « Essais », 2011 (titre original : The Poetry of Thought, 2011).
• Fragments (un peu roussis), trad. P.-E. Dauzat (éd. Pierre-Guillaume de Roux 2012) (titre original : Fragments (somewhat charred), 2012.

Conférences et entretiens
• George Steiner et Ramin Jahanbegloo, Entretiens, Le Félin, 1992
• George Steiner et Pierre Boutang, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham, Lattès, 1994
• George Steiner et Antoine Spire, Barbarie de l'ignorance, Bord de l'Eau, 1998. En disque, Barbarie de l'ignorance : entretiens inédits. Georges Steiner et Antoine Spire, Radio France 1998 (2 disques compacts)
• George Steiner et Antoine Spire, Ce qui me hante, Bord de l'Eau, 1998
• George Steiner et Cécile Ladjali, Éloge de la transmission. Le maître et l'élève, Albin Michel, 2003
• George Steiner et Pierre Boutang, « Dialogue sur le Mal », animé par François L'Yvonnet, Cahier de l'Herne Steiner, L'Herne, 2003
• Nostalgie de l'absolu, 10/18, no 3555, 2003 (titre original : Nostalgia for the Absolute, CBC Massey Lectures series, 1974)
• Un long samedi, entretiens avec Laure Adler, 2014

Romans / Fictions
• Anno Domini, Seuil, 1966 (titre original : Anno Domini: Three Stories, Faber and Faber 1964)
• Le Transport de A. H., Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, traduit par Christine de Montauzon (titre original : The Portage to San Cristobal of A. H., Faber ad Faber, 1981)
• À cinq heures de l'après-midi, fiction, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, L'Herne, « Cahiers de l'Herne », 2008 (titre original : At Five in the Afternoon, in Kenyon Review and Pushcart Prize XXVIII, 2004)

Divers
• Préface à la Bible hébraïque, Albin Michel, 2001
• Au « New Yorker », Gallimard, 2010 (titre original : George Steiner at The New Yorker, New Directions, 2008)
• Platon, Le Banquet, préface de George Steiner, « La Nuit du Banquet » (entretien avec François L'Yvonnet), Les Belles Lettres, coll. « Classiques en poche », 2010
• Préface au catalogue de l'exposition en 2004 aux Beaux Arts de Paris : « Dieux et mortels : les thèmes homériques dans les collections de l’École des Beaux Arts de Paris »

(Wikipédia remanié)

MAJ le 08/05/22


Dernière édition par Tristram le Dim 8 Mai - 14:03, édité 1 fois

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Dim 27 Déc - 23:23

Le transport de A. H.

premiereguerre - George Steiner Le_tra10

A. H., c’est Adolf Hitler, retrouvé à 90 ans par un commando juif (et sioniste) au cœur d’un infernal marais amazonien ‒ un « enfer vert » particulièrement sordide et répugnant.
Court roman étonnant, fort baroque voire délirant, passionné et peut-être cathartique ?
« Être Juif, c’est garder Hitler en vie. »
On pourrait douter du sérieux de ce récit, n’était évoquée la litanie des noms des Juifs massacrés, et la liste de leurs tourments…
Ainsi, l’hypothèse est avancée qu’Hitler serait juif, et qu’il voulait supprimer les autres pour être le dernier…
Les conséquences de la réapparition d’Hitler et ses aspects juridiques, diplomatiques et politiques sont exposés, de même que la part des nombreux "complices" de l’hitlérisme.
« C’est la bombe publicitaire la plus excitante depuis que Jésus s’est relevé de dessous sa dalle. »

« …] manifestement la montée et les actes du nazisme impliquaient la participation active, l’initiative de beaucoup d’autres, de millions d’autres peut-être. C’était la relation entre la personnalité d’Hitler et cette participation, la manière dont il l’avait obtenue et se l’était attachée, la question de pouvoir situer la responsabilité, qui demandaient à être clarifiées. »
Il y a aussi un intéressant développement sur la musique et le temps.
« Parler c’est nager, puis finalement se noyer dans l’inhumain et ténébreux fleuve du temps qui ne sera jamais maîtrisé. »
Évidemment le peuple élu est au centre du propos.
« Choisir une race. La préserver pure et sans taches. Placer devant ses yeux une terre promise. Purger cette terre de ses habitants ou bien les asservir. Vos croyances, votre arrogance. »

« Qu’est-ce qu’un Reich de mille ans comparé à l’éternelle Sion ? Peut-être étais-je le faux Messie, le Précurseur. Jugez-moi et c’est vous que vous jugerez. Uebermenschen, vous, les élus ! »
C’est donc un livre de science-fiction, plus précisément d’uchronie, comme par exemple Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick ; il y a aussi une part de fantastique ; mais tout cela n’est que moyens de réflexion, matière à expériences de pensée. Et, pour le coup, c’est provocant !

\Mots-clés : #sciencefiction #xxesiecle

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Message par Tristram Mar 9 Nov - 13:38

Dans le château de Barbe Bleue. Notes pour une Redéfinition de la Culture

premiereguerre - George Steiner Dans_l15

Quatre conférences publiées en 1971, intitulées d’après les Notes pour la définition d’une culture de T. S. Eliot, et portant sur la crise de notre culture.
Le grand ennui
C’est le constat de notre état d’esprit civilisationnel après les années 1798 à 1815, la Révolution et l’Empire : le caractéristique spleen baudelairien post-espoir et post-épopée, une sorte de fin du progrès, de « malaise fondamental » dû aux « contraintes qu’impose une conduite civilisée aux instincts profonds, qui ne sont jamais satisfaits » :
« Je pense à un enchevêtrement d’exaspérations, à une sédimentation de désœuvrements. À l’usure des énergies dissipées dans la routine tandis que croît l’entropie. »

« L’union d’un intense dynamisme économique et technique et d’un immobilisme social rigoureux, fondant un siècle de civilisation bourgeoise et libérale, composait un mélange détonant. L’art et l’esprit lui opposaient des ripostes caractéristiques et, en dernière analyse, funestes. À mes yeux, celles-ci constituent la signification même du romantisme. C’est elles qui engendreront la nostalgie du désastre. »
Une saison en enfer
De 1915 à 1945, c’est l’hécatombe, puis l’holocauste, escalade dans l’inhumanité. Plusieurs explications sont évoquées, d’une revanche de la nietzschéenne mise à mort de Dieu à la freudienne mise en œuvre de l’enfer dantesque.
« Un mélange de puissance intellectuelle et physique, une mosaïque d’hybrides et de types nouveaux dont la richesse passe l’imagination, manqueront au maintien et au progrès de l’homme occidental et de ses institutions. Au sens biologique, nous contemplons déjà une culture diminuée, une "après-culture." »

« En tuant les juifs, la culture occidentale éliminerait ceux qui avaient "inventé" Dieu et s’étaient faits, même imparfaitement, même à leur corps défendant, les hérauts de son Insupportable Absence. L’holocauste est un réflexe, plus intense d’avoir été longtemps réprimé, de la sensibilité naturelle, des tendances polythéistes et animistes de l’instinct. »

« Exaspérant parce qu’"à part", acceptant la souffrance comme clause d’un pacte avec l’absolu, le juif se fit, pour ainsi dire, la "mauvaise conscience" de l’histoire occidentale. »

« Quiconque a essayé de lire Sade peut juger de l’obsédante monotonie de son œuvre ; le cœur vous en monte aux lèvres. Pourtant, cet automatisme, cette délirante répétition ont leur importance. Ils orientent notre attention vers une image ou, plutôt, un profil nouveau et bien particulier de la personne humaine. C’est chez Sade, et aussi chez Hogarth par certains détails, que le corps humain, pour la première fois, est soumis méthodiquement aux opérations de l’industrie.
On ne peut nier que, dans un sens, le camp de concentration reflète la vie de l’usine, que la "solution finale" est l’application aux êtres humains des techniques venues de la chaîne de montage et de l’entrepôt. »
Après-culture
« C’est comme si avait prévalu un puissant besoin d’oublier et de rebâtir, une espèce d’amnésie féconde. Il était choquant de survivre, plus encore de recommencer à prospérer entouré de la présence tangible d’un passé encore récent. Très souvent, en fait, c’est la totalité de la destruction qui a rendu possible la création d’installations industrielles entièrement modernes. Le miracle économique allemand est, par une ironie profonde, exactement proportionnel à l’étendue des ruines du Reich. »
Steiner montre comme l’époque classique éprise d’ordre et d’immortalité glorieuse est devenue la nôtre, défiante des hiérarchies et souvent collective dans la création d’œuvres où prime l’immédiat, l’unique et le transitoire.
« L’histoire n’est plus pour nous une progression. Il est maintenant trop de centres vitaux où nous sommes trop menacés, plus offerts à l’arbitraire de la servitude et de l’extermination que ne l’ont jamais été les hommes et femmes de l’Occident civilisé depuis la fin du seizième siècle. »

« Nous savons que la qualité de l’éducation dispensée et le nombre de gens qu’elle touche ne se traduisent pas nécessairement par une stabilité sociale ou une sagesse politique plus grandes. Les vertus évidentes du gymnase ou du lycée ne garantissent en rien le comportement électoral de la ville lors du prochain plébiscite. Nous comprenons maintenant que les sommets de l’hystérie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec le maintien, et même le renforcement, des institutions, de l’appareil et de l’éthique de la haute culture. En d’autres termes, les bibliothèques, musées, théâtres, universités et centres de recherche, qui perpétuent la vie des humanités et de la science, peuvent très bien prospérer à l’ombre des camps de concentration. »

« Est-il fortuit que tant de triomphes ostentatoires de la civilisation, l’Athènes de Périclès, la Florence des Médicis, l’Angleterre élisabéthaine, le Versailles du grand siècle et la Vienne de Mozart aient eu partie liée avec l’absolutisme, un système rigide de castes et la présence de masses asservies ? »
Demain
« Populisme et rigueur académique. Les deux situations s’impliquent mutuellement, et chacune polarise l’autre en une dialectique inéluctable. C’est entre elles que se déploie notre condition présente.
À nous de savoir s’il en a déjà été autrement. »
À partir de l’importance croissante de la musique et de l’image par rapport au verbe, et de celle des sciences et des mathématiques, Steiner essaie de se projeter dans le futur proche (bien vu pour l’informatique connectée, heureusement moins pour les manipulations biologiques).
« Ce passage d’un état de culture triomphant à une après-culture ou à une sous-culture se traduit par une universelle "retraite du mot". Considérée d’un point quelconque de l’histoire à venir, la civilisation occidentale, depuis ses origines gréco-hébraïques jusqu’à nos jours, apparaîtra sans doute comme saturée de verbe. »

« De plus en plus souvent, le mot sert de légende à l’image. »

« Nous privons de leur humanité ceux à qui nous refusons la parole. Nous les exposons nus, grotesques. D’où le désespoir et l’amertume qui marquent le conflit actuel entre les générations. C’est délibérément qu’on s’attaque aux liens élémentaires d’identité et de cohésion sociale créés par une langue commune. »

« Affirmer que "Shakespeare est le plus grand, le plus complet écrivain de l’humanité" est un défi à la logique, et presque à la grammaire. Ceci cependant provoque l’adhésion. Et même si le futur peut, par une aberration grossière, prétendre égaler Rembrandt ou Mozart, il ne les surpassera pas. Les arts sont régis en profondeur par un flot continu d’énergie et ignorent le progrès par accumulation qui gouverne les sciences. On n’y corrige pas d’erreurs, on n’y récuse pas de théorèmes. »

« Il tombe sous le sens que la science et la technologie ont provoqué d’irréparables dégradations de l’environnement, un déséquilibre économique et un relâchement moral. En termes d’écologie et d’idéaux, le coût des révolutions scientifiques et technologiques des quatre derniers siècles a été énorme. Pourtant, en dépit des critiques confuses et bucoliques d’écrivains comme Thoreau et Tolstoï, personne n’a sérieusement douté qu’il fallait en passer par là. Il entre dans cette attitude, le plus souvent irraisonnée, une part d’instinct mercantile aveugle, une soif démesurée de confort et de consommation. Mais aussi un mécanisme bien plus puissant : la conviction, ancrée au cœur de la personnalité occidentale, au moins depuis Athènes, que l’investigation intellectuelle doit aller de l’avant, qu’un tel élan est conforme à la nature et méritoire en soi, que l’homme est voué à la poursuite de la vérité ; le "taïaut" de Socrate acculant sa proie résonne à travers notre histoire. Nous ouvrons les portes en enfilade du château de Barbe-bleue parce qu’"elles sont là", parce que chacune mène à la suivante, selon le processus d’intensification par lequel l’esprit se définit à lui-même. »

« Souscrire, de façon toute superstitieuse, à la supériorité des faits sur les idées, voilà le mal dont souffre l’homme éclairé. »
C’est érudit, tant en références littéraires que scientifiques, mais d’une écriture remarquablement fluide et accessible. Réflexions fort intéressantes, qui ouvre de nombreuses pistes originales − même si j’ai regretté l’absence d’un appareil critique apte à éclairer certaines allégations.

\Mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #essai #philosophique #premiereguerre #religion #xxesiecle

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Message par Bédoulène Mar 9 Nov - 19:59

merci Tristram, je t'ai lu mais je ne retiens pas cet auteur

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Message par Hanta Mer 10 Nov - 13:39

cela devrait être en philo ou sciences humaines
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Message par Tristram Mer 10 Nov - 15:17

Oui, mais comme j'ai commencé avec Le transport de A. H., qui est un roman...
Que penses-tu, Hanta, de cet écrivain-philosophe ?

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Message par Hanta Dim 14 Nov - 21:09

Qu'il est un paradoxe intéressant, pour sa défense d'Heidegger notamment.
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Message par Tristram Dim 14 Nov - 21:22

J'ai effectivement vu qu'il a publié Martin Heidegger (que je n'ai pas lu)...

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Message par Tristram Dim 8 Mai - 13:58

Un long samedi, entretiens avec Laure Adler

premiereguerre - George Steiner Un_lon10

« Ce livre est issu de plusieurs séries d’entretiens inities par France Culture entre 2002 et 2014, puis réécrits et restructurés par les auteurs. »
Le premier tiers du livre traite de la judéité, et est fort déroutant : qu’est-ce que l’identité, la spécificité juive ?
On connaît ma sensibilité aux majuscules, et j’ai attentivement surveillé les occurrences du substantif avec ou sans ; il porte généralement une majuscule, et se rattacherait donc au peuple des Juifs. Steiner se dit non croyant, pratiquement antisioniste ; il se targue de réflexion rationnelle et d’esprit scientifique, rejetant notamment la notion de « race ». Qu’est-ce alors qu’être Juif, ou juif ? Ce serait appartenir à un peuple, « une vision intellectuelle, morale, spirituelle », voire « avoir une certaine culture, une certaine éducation, un certain sens esthétique » ; une sorte d’état d’esprit, de méritocratie. Partager, bénéficier d’une franc-maçonnerie de l’information, ne pas être pédophile :
« …] (je suis prudent, car que savons-nous des grands secrets ?)… »
On voit qu’à ce jeu des citations on peut vite glisser dans une vision complotiste, monter de nouveaux Protocoles des Sages de Sion !
« L’Amérique juive domine une grande partie de la science et de l’économie de la planète. »

« Mais fondamentalement, ce qui me fascine, c’est le mystère de l’excellence intellectuelle juive. Il ne faut pas être hypocrite : en sciences, le pourcentage de Nobel est écrasant. Il y a des domaines dans lesquels il y a presque un monopole juif. Prenez la création du roman américain moderne par Roth, par Heller, par Bellow, et tant d’autres. Les sciences, les mathématiques, les médias aussi… Pravda était édité par des Juifs. »

« Pourquoi est-ce que 70 % des Nobel en sciences sont juifs ? Pourquoi est-ce que 90 % des maîtres d’échecs sont juifs, que ce soit en Argentine ou à Moscou ? Pourquoi les Juifs se reconnaissent-ils entre eux à un niveau qui n’est pas seulement celui de la réflexion rationnelle ? Il y a de longues années, Heidegger disait : "Quand on est trop bête pour avoir quelque chose à dire, on raconte une histoire !" C’est méchant. Alors je vais raconter une histoire ! Il y a des années et des années, alors que j’étais jeune doctorant, je suis allé à Kiev. Je sors le soir pour me promener, j’entends des pas derrière moi, un homme se met à marcher à mon côté et prononce le mot Jid. Je ne savais pas le russe et lui ne savait pas l’allemand, mais nous découvrons que l’un comme l’autre nous savons un peu de yiddish. Je lui dis : "Vous n’êtes pas juif ? − Non, non. Mais je vais vous expliquer. Pendant les années noires des purges staliniennes, des extraterrestres auraient pu atterrir dans le village voisin qu’on ne l’aurait pas su : on ne savait rien ! Mais les Juifs, eux, avaient des nouvelles du monde entier ! Comment ? Nous ne l’avons jamais compris, mais ils savaient ce qu’il se passait." Une vraie franc-maçonnerie de la communication souterraine. Il a ajouté : "J’ai appris assez de yiddish pour pouvoir au moins leur poser la question : ‘‘Que se passe-t-il à Moscou ?’’ Parce que, eux, ils savaient." »
Tout cela est troublant, d’autant que Steiner cite fréquemment Heidegger, penseur qui fut pourtant nazi (il est vrai que les Cahiers noirs, marqués d’antisémitisme, n’avaient pas encore été publiés à l’époque). Jusque dans sa conception personnelle de la judéité, il y a une réactivation du mythe du Juif errant : être « celui qui est en route, fier de ne pas avoir de chez-lui. »
« Et dans l’errance, je vois un très beau destin. Errer parmi les hommes, c’est leur rendre visite. »

« Être juif, c’est appartenir à cette tradition plurimillénaire du respect pour la vie de l’esprit, du respect infini pour le Livre, pour le texte, et c’est se dire que le bagage doit toujours être prêt, qu’il faut toujours que la valise soit faite, je le répète. »
Suit la question de la langue, ou plutôt des langues, chez ce polyglotte.
« Pour Nabokov, Byron vient presque avant Pouchkine ; et sa nounou – capitale dans l’histoire – lui parlait anglais. »
Mademoiselle O, sa gouvernante, était de langue française, et lui apprit… le français (langue dans laquelle il écrivit ce texte) ?!
« Une langue, c’est une façon de dire les choses, tout simplement : le verbe au futur – qui s’appelle l’espoir dans certaines langues – est différent dans chaque langue. L’attente du potentiel de l’aventure humaine, de la condition humaine varie de langue en langue. Tout autant que le souvenir, que l’immense masse du souvenir. »
Puis le Livre, et les livres.
« …] on peut presque définir le Juif comme étant celui qui lit toujours avec un crayon en main parce qu’il est convaincu qu’il pourra écrire un livre meilleur que celui qu’il est en train de lire. C’est une des grandes arrogances culturelles de mon petit peuple tragique. Il faut prendre des notes, il faut souligner, il faut se battre contre le texte, en écrivant en marge : "Quelles bêtises ! Quelles idées !" »
Et la littérature.
« Bien sûr, il y a Proust et Céline qui divisent la langue française moderne entre eux. Il n’y en a pas de troisième. »
La psychanalyse.
« "Vider son sac" – comme on dit en français – dans les mains d’autrui, contre paiement, cela m’horripile. C’est se prendre au sérieux d’une façon à mes yeux inexcusable. Et d’ailleurs, dans les camps de la mort ou sous les bombardements, dans les vraies horreurs de la vie, sur les champs de bataille, on ne fait pas de psychanalyse ; on trouve en soi-même des forces presque infinies, des ressources presque infinies de dignité humaine. »

\Mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #entretiens #religion #universdulivre

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène Lun 9 Mai - 15:18

ton commentaire est intéressant, je suppose donc que le livre également. Et oui on peut s'interroger ; religion, peuple ?

C'est vrai que, dans la médecine notamment les Juifs sont parmi les meilleurs !



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