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Darcy Ribeiro

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Message par bix_229 Ven 12 Mar - 19:08

Darcy Ribeiro
(1922-1997)

Darcy Ribeiro Ribeir11

Défenseur des Indiens et héraut du droit des plus pauvres à l'éducation, le Brésilien Darcy Ribeiro fut pendant quarante ans, pour la gauche latino-américaine, une figure emblématique de l'engagement des intellectuels dans l'action politique. Cet engagement s'inscrit dans les hauts et les bas d'une trajectoire personnelle haute en couleur, et en tout cas bien éloignée des standards européens. De l'ethnologie de terrain à la politique active, en passant par la littérature et la haute administration, Darcy Ribeiro mit son talent de communicateur et de polémiste au service de quelques idéaux auxquels il resta fidèle envers et contre tout : fidélité que ce bavard au grand cœur résumait en revendiquant avec orgueil son caractère « monoglotte ».

Né le 26 octobre 1922 à Montes Claros, dans l'État de Minas Gerais, Darcy Ribeiro étudie l'anthropologie à São Paulo et entre en 1947 au Service de protection des Indiens (S.P.I.). Pendant une dizaine d'années, il y partage son temps entre des missions d'observation de tribus indiennes du Brésil central et de l'Amazonie et des tâches d'encadrement administratif (création du Museu do Indio à Rio de Janeiro). De cette période datent de nombreux articles et essais, dont l'un, Uirà vai ao encontro de Maíra (Uirà va à la rencontre de Maíra), paru pour la première fois en 1957, aura un retentissement durable auprès d'un très large public : en quelques pages sobres et denses, Darcy Ribeiro met en évidence, à partir de la destruction d'une famille indienne mise brutalement en contact avec la « civilisation », la problématique des relations du Brésil avec sa population indigène.

C'est l'époque de la construction de Brasília et d'une forte accélération de la croissance économique. Darcy Ribeiro est alors un communiste de tendance populiste. Proche du vice-président travailliste João Goulart, il participe à la création de l'université de Brasília, dont il sera le premier recteur [...]

Encyclopaedia Universalis

Œuvres traduites en français

- Maíra (Maíra, 1976)
- Utopie Sauvage (Utopia selvagem, 1982)
- Frontières indigènes de la civilisation (Os índios e a civilização, 1970)
- Carnets indiens : avec les indiens Urubus-Kaapor (Diários índios – os urubus-kaapor, 1996)
- L'Enfantement des peuples (Propuestas – acerca da la renovación, 1970)

pour consulter l'ensemble de ses oeuvres sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Darcy_Ribeiro
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Message par bix_229 Sam 13 Mar - 14:46

Darcy Ribeiro 97820710

DARCY RIBEIRO
Maïra
Trad. du portugais (Brésil) par Alice Raillard

Collection Du monde entier, Gallimard
Parution : 02-01-1981
Voici un livre unique, car il donne à entendre comme en direct la voix des Indiens d'Amazonie, le cri d'une civilisation agonisant faute de pouvoir s'adapter aux normes technologiques de notre société.
À travers le destin d'Ava`, devenu Isaïas en se convertissant au christianisme, et celui d'Alam, jeune Blanche qui décide de remonter le fleuve en quête d'un monde moins frelaté, nous pénétrons dans l'univers quotidien des Indiens du Brésil : une cosmogonie où chaque être, chaque animal, chaque végétal a une place bien précise, qui unit l'homme au grand Tout de la forêt. Les Indiens de Maïra ne sont pas de «bons sauvages», mais bien des hommes d'aujourd'hui, en situation de transhumance culturelle entre deux civilisations dont chacune exclut l'autre.
Seul Darcy Ribeiro, homme de science et homme d'action, pouvait écrire ce livre. Pendant des années, il ne cessa de dénoncer ce scandale du «miracle économique» brésilien qu'était l'extermination des tribus amazoniennes, au cœur d'une forêt d'où ne nous parvenait aucune nouvelle. Dans ce roman-vérité qui ne cesse de dépayser, il se fait leur porte-parole, voix vibrante et lyrique renouant avec la tradition orale d'hommes qui ignorent les communications de masse.

Gallimard

J'ai lu ce livre il y a longtemps. Un livre en tout cas où la fiction s'allie à la science et
à l'observation. Il me semble que le livre avait obtenu un certain succès en France. B
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Message par Invité Dim 14 Mar - 0:02

Maíra

Dans sa préface à Maíra, Ribeiro dit que le véritable sujet de son roman est la mort des dieux. Le roman est en effet construit comme un requiem à la mort annoncée de ce peuple Maïrun (4 parties dans le roman : antienne, homélie, canon, corpus). Le récit s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une Blanche près du village maïrun et l’on suit alternativement le début de l’enquête policière pour découvrir les raisons de cette mort, les pensées d’Isaïas, maïrun converti au christianisme en proie à une crise existentielle majeure arrivé au moment où il doit devenir prêtre à Rome, mais également des parties consacrées à la cosmogonie maïrune complètement éloignée du paradigme chrétien.

Ribeiro ne se propose pas de faire une reconstitution littéraire de ce qu’aurait été la vie dans ce village indien, il ne tend pas du tout à l’objectivité : il fait parler des divinités, des morts. C'est une œuvre de fiction. Il se positionne de manière intermédiaire entre une restitution scientifique, ethnologique, objective, occidentale (on suit à la loupe des rites mortuaires, par exemple) et une pure subjectivité née de l’artifice romanesque.

C'est un roman que j'ai beaucoup apprécié, il est très riche, très mélancolique sur la fin. Très nuancé aussi, la destruction n'est pas que du côté brésilien. Beaucoup de personnages sont écartelés par les injonctions de leur propre culture (je pense au parcours christique d'Isaias et d'Alma) et Ribeiro le traduit bien.


 « Ce qu’il faut, je le sais, c’est la capacité d’affronter la vie, d’assumer mon rôle, quel qu’il soit. Finalement, être mairum, ou brésilien blanc, noir, indien ou métis n’a aucune importance. Le mauvais en moi, l’erreur, c’est de ne pas l’oublier, ni jour, ni nuit. C’est de ruminer et ressentir des bêtises, d’en souffrir. Je dois trouver dans la foi la confiance et l’acceptation de mon image et de mon essence. Pour ça il me faut prier encore plus. Mais je prie de moins en moins et avec moins de foi. Ma foi s’étiole. Serait-ce de tant demander ce qu’elle ne peut me donner ? Je n’ai pas le droit d’attendre des miracles. Y a-t-il encore des miracles ? Peut-être n’y en a-t-il jamais eu. Et finalement le miracle que je demande, quel est-il ? C’est que Dieu change ma substance, me fasse génois ou congolais ou brésilien ou un homme quelconque. Ce n’est pas le problème de Dieu. C’est mon problème. Je dois m’accepter tel que je suis, pour mieux respecter en moi son œuvre. Pauvre œuvre de merde, que Dieu me pardonne. »

« Grâce à Dieu, j’ai saisi, compris, enfin ! La pureté de Dieu, si elle existe, si Dieu existe, est dans la vie, dans la capacité de copuler, de jouir, d’enfanter. »

« La nudité, je l’ai appris hier, est l’acte très intime, très secret, de l’homme et de la femme qui, seuls au monde, délient leurs minces parures l’un devant l’autre pour l’amour et la contemplation. »

« La vérité n’est pas en un seul lieu. Et elle n’est pas chose unique. Elle est partout, elle est multiple, dispersée et contradictoire. »

« Son amour, Seigneur, est le paradis unique auquel j’aspire. Si avec elle je dois me perdre, sans elle je ne veux pas me sauver. Donne-moi, Seigneur, mon amour infortuné. Dût-il être jonché de tous les scorpions de la jalousie. Dût-il me coûter la condamnation éternelle de mon âme passionnée. Son amour, Seigneur, ou ma mort, donne-moi. »


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Message par Bédoulène Dim 14 Mar - 0:11

merci Secrètement ! ton commentaire incite à la lecture.

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Message par Invité Dim 14 Mar - 0:15

Merci Bédoulène, c'est gentil ! I love you Encore merci pour l'ouverture du fil Bix. Darcy Ribeiro 1038959943

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Message par Tristram Dim 14 Mar - 1:04

Oui, merci, je regrette de ne pas avoir noté mes commentaires de cette lecture à l'époque (ainsi que de tant d'autres !)
A lire également, ses Carnets indiens :
« Vous remarquerez qu’il y a des versions différentes d’un même mythe. Les Indiens n’ont pas le fanatisme de la vérité. Plusieurs versions différentes d’un même événement sont parfaitement assumées. »

« …] ils n’ont pas le moindre attachement à l’exactitude verbale, ils acceptent facilement des versions très divergentes du même mythe. »

« Et je vais jusqu’à croire que la fonction réelle de tout ce que font les Indiens, c’est de créer de la beauté. Ce n’est qu’accessoirement qu’ils s’adonnent à la chasse, à la cuisine et à d’autres tâches pratiques »

« ‒ Y a des gens faits pour la forêt, des gens faits pour la mer et des gens faits pour la lecture. Quand ça marche pas, ça marche pas ! La forêt a ses choses à elle, un chasseur ne parle pas, parce qu’il y a des gens qui doutent, mais y a ce qu’il y a. c’est comme la mer, un marin voit des choses, raconte des histoires, croyez-les si vous voulez. Moi, pour moi, ni croire, ni douter. Je n’ai jamais rien vu et je ne veux pas voir, mais y a des tas de gens sérieux qui ont vu et ont cru et raconté.
C’est remarquable, la manière dont tous ces Indiens sont adaptés à la forêt. Ils en parlent presque comme si c’était un être doté de volonté, comme si c’était une personne. Pourtant, ils connaissent parfaitement chaque arbre, chaque plante. Chaque petit animal pour eux a un nom et une histoire, presque toujours réaliste, grâce à leur don d’observation minutieux. Mais quand ils se mettent dans la tête que tel oiseau ne chante pas la nuit, que son chant est le sifflement terrifiant de la Couroupira, ils perdent toute leur capacité de voir ; ils ne savent plus rien, sinon avoir peur. »
Un homonyme qui mérite aussi amplement la lecture, c'est João Ubaldo Ribeiro, Vive le peuple brésilien (voir son fil)...

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Message par Arturo Dim 14 Mar - 10:01

Merci ! Je note, surtout pour le côté nuancé.
Il me semble que l'exercice est difficile sur cette thématique. J'ai un souvenir très mitigé de L'Ancêtre, de Juan José Saer, mais qui avait plu à d'autres...
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Message par Quasimodo Dim 14 Mar - 13:13

@Tristram a écrit:Un homonyme qui mérite aussi amplement la lecture, c'est João Ubaldo Ribeiro, Vive le peuple brésilien (voir son fil)...
Ça me tente bien, ça ! Vive le peuple brésilien est dans la bibliothèque paternelle ; malheureusement le livre est épais et les caractères sont minuscules...
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Message par Quasimodo Dim 14 Mar - 13:17

@Arturo a écrit:J'ai un souvenir très mitigé de L'Ancêtre, de Juan José Saer, mais qui avait plu à d'autres...
Il est également dans la bibliothèque paternelle. Détour prévu (obligé) par les livres de Saer, en ce qui me concerne !
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Message par Tristram Dim 14 Mar - 13:19

Je n'ai pas souvenir d'une lecture laborieuse, par contre ça explique les longues tartines d'extraits que j'en ai sorti !

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Message par bix_229 Dim 14 Mar - 17:51

Parmi les écrivains indigénistes, un écrivain et sociologue péruvien de talent, José Maria ARGUEDAS
BIOGRAPHIE
Né en 1911, José Maria ARGUEDAS s’est suicidé en 1969 d’une balle dans la tête dans les toilettes de l’université de Lima où il enseignait. Il était l’une des figures majeures du mouvement indigéniste latino-américain, un écrivain connu pour son engagement politique et ses prises de position. Anthropologue, universitaire et intellectuel militant, il a écrit trois romans et des recueils de contes. Yawar Fiesta, son premier roman est paru en 1941. Sont traduits en français Les Fleuves Profonds et Tous les sangs.
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Message par Bédoulène Dim 14 Mar - 17:57

Arguedas a son fil Bix !

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Message par bix_229 Dim 14 Mar - 18:05

@Arturo J'ai un souvenir très mitigé de L'Ancêtre, de Juan José Saer, mais qui avait plu à d'autres...

Idem.
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Message par Tristram Sam 18 Sep - 0:21

Utopie sauvage Souvenirs de l’innocence perdue Une fable

Darcy Ribeiro Utopie10

Fable donc, celle du lieutenant Carvalhal de l’Armée Brésilienne au nord de l’Amazonie devenu Pitum chez les Amazones, ces femmes guerrières à un seul sein, où il passe ses nuits à « sururuquer », s’interrogeant sur son destin dans une région où les hommes sont les Cannibales. Reprise donc des légendes amazoniennes (y compris l’Eldorado) avec des aspects anthropologiques des populations existantes. La « Guerre de Guyane » est occasion d’une critique de l’armée brésilienne, toujours sur le mode plaisant.
« Elles comprennent parfaitement la stratégie préventive de la guerre permanente, qui consiste à mener les forces armées brésiliennes au combat, sans but aucun mais sans trêve dans les terres du Nord. »
Après les « monotétines », Pitum passe aux mains des Galibis, dont le chef est Caliban : ce sont les Kali’nas, comme on les désigne désormais d’après leur propre langue, Indiens du groupe caraïbe qu’on croise à Kourou par exemple. Ces Indiens sont catéchisés et alphabétisés par deux nonnes, et les conceptions du ou des mondes (« Brésils ») cohabitent mal (les Galibis usent du langage pour échanger des « bobards », ils apprécient les rapports sexuels, les rêves et la défonce).
À ce propos, une étonnante image qui ramentoit Les jardins statuaires de Jacques Abeille :
« …] le missionnaire est un jardinier d’un jardin de statues de myrte ; tous les jours il s’occupe de chaque plante et de chaque figure ; s’il ne le fait pas bien, entre les cinq doigts de la main, il en pousse un sixième ; s’il est négligent, une autre jambe ou une autre tête peuvent même pousser. »
Devenu Zoreilles, Pitum (qui est noir) a un argument intéressant à propos du regard porté sur les sauvages :
« Le Noir semble avoir raison. – On ne peut croire que Dieu ait créé au Brésil tous ces indigènes païens, qu’on a si mal utilisés depuis le jour de la "découverte", et dont la seule utilité aurait été de tester et de sanctifier des missionnaires par le martyre. Tout cela me paraît douteux. Les missionnaires passent des années, des vies entières à cette pieuse obstination pour rien. Chaque nouvelle génération d’Indiens – comme de juifs ou de gitans – naît indienne et demeure indienne au plus profond de son cœur. Elle voit en nous autres des chrétiens. Serait-ce que parce que nous-mêmes ne les voyons que comme des sauvages ? »
Puis Darcy Ribeiro décrit une Utopie (toujours façon études ethnologiques foutraques et faisant référence à Thomas More entr’autres, dont évidemment Shakespeare), « civilisation nouvelle » structurée autour de deux pouvoirs, l’Empereur Immaculé et Próspero, pour mener le peuple informé dans le bonheur. Le programme est peut-être questionnable : de même que les hommes ont « mis de l’ordre » dans la nature, il s’agit maintenant « de défaire et de refaire aussi radicalement la nature humaine ».
Ribeiro use d’un procédé typique de certaines fictions, l’intervention de l’auteur s’adressant directement au lecteur (ou, de préférence, à la lectrice) :
« À ce point du récit, mon devoir est de mettre en garde le lecteur qui m’a accompagné jusqu’ici au travers de tant de sujets abordés. »
Puis il aborde divers thèmes comme l’homosexualité, l’euthanasie, l’eucharistie (cette forme d’anthropophagie), etc.
« − C’est la communion sauvage, mes amis. La consommation de la viande des parents morts déshydratés sur la braise, agglomérée avec beaucoup de farine et bien pimentée. Ainsi, dans leur genre et à leur niveau de civilisation, nos Indiens recherchent l’immortalité. Les morts, bien morts, deviennent vivants pour toujours car ils continuent d’être des vivants heureux dans le corps des vivants. »
Des notes renseignent sur les personnages historiques évoqués. Un glossaire précise les termes amérindiens, mais en fait n’éclaire pas le lecteur non averti ; ainsi, le guariba, c’est en fait l’alouate, appelé singe hurleur, singe rouge ou encore baboune en Guyane. De plus il y a des erreurs ; ainsi, le jenipapo (que nous nommons genipa) fournit une teinture bleu nuit et non rouge, la sucuri est l’anaconda et pas le boa, etc.

\Mots-clés : #amérindiens #contemythe

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Message par Bédoulène Sam 18 Sep - 8:40

on lit ce livre à jeun ou pas..............de préférence ! Darcy Ribeiro 1978625423

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