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Akiyuki Nosaka

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mort - Akiyuki Nosaka Empty Akiyuki Nosaka

Message par Pinky Dim 19 Déc - 15:12

Akiyuki Nosaka
(1930-2015)

mort - Akiyuki Nosaka Index10

Akiyuki Nosaka est un romancier, chanteur et parolier japonais et ancien membre de la Chambre des conseillers.
Il a obtenu le Prix Naoki pour ses deux nouvelles, La Tombe des lucioles et Les Algues d'Amérique (アメリカひじき, Amerika hijiki?) en 1968.

Liste des œuvres traduites en français
• 1963 : Les Pornographes, éditions  Picquier, 1991 ; Picquier poche, 1996 (réédition 2017).
• 1967 : Les Embaumeurs (とむらい師たち), éditions Actes Sud (collection « Lettres japonaises »), 2001.
• 1967 : La Tombe des lucioles, suivi de Les Algues d'Amérique (アメリカひじき),  éditions Philippe Picquier, 1988 (réédition en 2009  ; Picquier poche, 1995.
• 1968 : Le Moine-Cigale (色法師), dans Les Paons La Grenouille Le Moine-Cigale et dix autres récits (Tome 3 - 1955-1970),éditions  Picquier, 1988 (réédition 1991) ; Anthologie de nouvelles japonaises (Tome III - 1955-1970) - Les Paons La Grenouille Le Moine-Cigale,  Picquier poche, 1998.
• 1969 : La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés (骨餓身峠死人葛), suivi de La Petite marchande d'allumettes, éditions du Seuil, 2003.
• 1972 : Le Dessin au sable (砂絵呪縛後日怪談), roman court traduit par Jacques Lalloz, éditions Philippe Picquier, 2003 ; Picquier poche, 2013.
• 1998 : Nosaka aime les chats (吾輩は猫が好き), éditions Philippe Picquier, 2016 ; Picquier poche, 2018.
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Message par Pinky Dim 19 Déc - 15:22

Nosaka aime les chats

mort - Akiyuki Nosaka Nosaka10

Pour qui aime les chats, ce livre est une sorte de référence. L’auteur y raconte son existence et les nombreux chats qui l’ont accompagné.
La quatrième de couverture traduit très bien le contenu et l’ambiance de l’ouvrage :

"Nosaka aime bien faire la sieste, l'été, en dégustant quelques prunes confites à l'alcool avec son chat Charly. Il faut dire que son pavillon à Tôkyô en est plein, de chats, l'un blotti sur son dernier manuscrit, l'autre toisant de haut la chienne husky, et dans le jardin se rassemblent les oiseaux, par centaines parfois, ainsi que d'énormes crapauds. Et l'humain écrivain observe d'un regard aigu tous ces êtres familiers, commente, se confie, philosophe, car sa fréquentation des chats lui délivre moult enseignements sur l'existence, le rapport à la nourriture ou à la mort.
Ses chroniques au jour le jour, souvent égayées par un sourire facétieux, se font aussi graves pour évoquer les souvenirs de chats hantant avec nonchalance les décombres de la guerre ou du tremblement de terre de Kôbe, énigmes de sérénité."

« A réfléchir ainsi, on comprend pourquoi les photos ou les peintures de chats sont l’objet d’une pareille vogue chez les humains. Dès lors que leur silhouette est fixée sur un support, on peut prétendre qu’ils sont « mignons » ou « beaux » mais ceux qui ne le sont pas n’en existent pas moins, au-delà de cette expression d’empathie, et c’est probablement la raison pour laquelle Natsume Soseki a écrit Je suis un chat. »

« Tout en me disant que ce sont de drôles de citoyens, je suis allé acheter ce qui ressemble à de petits futons, pour les protéger du froid, et je le réjouis fort de les voir consentir à coucher dedans. Quand Charly ronronne en goûtant à l’herbe aux chats que je lui ai donnée, je me sens moi aussi rasséréné. »


\Mots-clés : #nouvelle
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Message par Tristram Dim 19 Déc - 15:25

Ça donne envie de découvrir cet auteur, aussi avec la référence à Soseki !

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Message par Bédoulène Dim 19 Déc - 15:27

merci Pinky, nous sommes nombreux ici à aimer les animaux ! Smile

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Message par Tristram Dim 19 Déc - 15:43

C'est décidé, je vais aborder Nosaka par ses premiers livres disponibles !

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Message par bix_229 Dim 19 Déc - 20:14

Excellent souvenir de La Vigne des morts et surtout de La Tombe aux lucioles, un récit
autobiographique, mettant en scène deux ados dans la tourmente de la guerre en 1945
à Kobe.
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Message par Bédoulène Lun 20 Déc - 7:47

je suivrai ton conseil Bix !

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Message par Tristram Mar 21 Déc - 11:23

Les Pornographes

mort - Akiyuki Nosaka Les_po10

Dans l’Osaka des années soixante, Subuyan se débrouille avec Banteki et bientôt d’autres comparses dans les commerce et industrie pornographiques. C’est un panorama apparemment exhaustif de ce milieu interlope, qui les mène jusqu’à la réalisation de films et au proxénétisme, avec notamment Cancrelat, qui mérite bien son surnom, et Lagratte, écrivain érotique inspiré par sa mère devenue frigide en se tenant immobile pendant qu’on la besognait à côté de son petit enfant… Combines et professionnalisme se mêlent comiquement dans l’activité débordante de ces acolytes hauts en couleur, rendus au quotidien dans leur misère débrouillarde, subsistant aux dépens de vicieux notables, sans autre perspective que d’aller en prison.
Le récit suit un rythme très vif (dans tous les sens du terme), les picaresques péripéties s’enchaînent sans pause. C’est leste, truculent et même cru, mais c’est aussi la découverte d'une population dans le besoin, sa gouaille rendue avec humour – avec des flashs d’images terribles, comme celle où Subuyan perdit sa mère dans un bombardement de Kôbe, cuite à l’étouffée (le souvenir de la guerre reste omniprésent)…
Outre les fantasmes particuliers à l’imaginaire japonais (notamment les lycéennes en uniforme), on découvre de curieuses caractéristiques de la société nipponne, comme le recours d’entreprises à des exhibitions pornographiques sous-traitées (bien que la pornographie et la prostitution soient illégales et poursuivies par la police).
« En somme, jugeait-elle, faites miroiter un tant soit peu les plaisirs de la vie aux filles d’aujourd’hui et vous verrez, ce ne sont pas les scrupules qui les étouffent. »
Il y a de grandes scènes à la fois cocasses et sordides, comme la comparaison de leur première expérience onaniste, la rencontre scabreuse d’homosexuels et de lycéennes « au bar gay Cocteau », ou encore le cours de pelotage dans le métro…
« − Oui, oh, j’ai un rancard pour faire guide de presse.
− Guide de presse ?!
− Ouais, aux heures où y a presse dans le train, aux heures de pointe, quoi. J’ai un gars qui rêve de se faire prendre en sandwich entre deux minettes. »
Les pornographes sont épris de réalisme, et l’auteur aussi, même s’ils se réclament de l’humanisme !
« T’en as dont le truc est en berne, tout ratatiné, que moi, grâce à mes photos spéciales et mes bouquins, je les aide à redresser la tête encore une fois. Voilà, je rends service, par le fait. Je les compte plus, ceux qui sont venus me remercier jusqu’à maintenant, et ceux qui n’attendaient que ça, tiens, les larmes aux yeux, de se confier à moi. Crois-moi, c’est un métier qui t’assure une place au paradis, ça. »
En parallèle, Subuyan s’éprend de sa belle-fille Keiko (l’inceste revient souvent), est en proie à des problèmes d’érection…
Banteki le photographe se révèle un cinéaste doué, dont le travail s’apparente bientôt plus à l’érotisme suggestif qu’à la pornographie.
Yasuko, qui joue les pucelles pour clients amateurs de virginité, éduquée depuis toute jeune par sa mère maquerelle, envisage de poursuivre en formant sa propre fille.
« Soit talent maternel de pédagogue, soit privilège inné du beau sexe, moins de six mois suffirent à Yasuko pour maîtriser l’art de feindre tant la pure ingénue que la saute-au-paf allumée. »

« D’après elle, on devrait finir par obtenir la femme accomplie avec la petite-fille, ma fille à moi, donc. Ma mère aura été l’exploratrice, moi la pionnière, si vous voulez, et ce ne serait qu’à la génération suivante, la troisième donc, qu’on pourrait vraiment récolter les fruits. »
L’aboutissement de leur questionnement du sexe sera l’organisation de partouzes…
Premier roman, qui d’ailleurs le rendit célèbre, Les Pornographes est évidemment nourri de l’expérience de Nosaka. Sa mère mourut peu après sa naissance, et sa mère adoptive fut tuée dans un bombardement alors qu’il avait quinze ans. Il survécut de larcins et magouilles diverses jusqu’à être envoyé en maison de correction.
Une sorte de Steinbeck érotomane, de Cossery sans inhibitions ni limites !

\Mots-clés : #erotisme #misere #sexualité

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Message par Bédoulène Mar 21 Déc - 11:30

merci Tristram, je m'interroge, moi qui, tu le sais ait très peu lu d'auteurs Japonais (ce n'est pas le sujet qui me fait reculer) là c'est plus réaliste alors peut-être ......


Dernière édition par Bédoulène le Mar 21 Déc - 13:41, édité 1 fois

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Message par Tristram Mar 21 Déc - 11:55

Oui, je pense que les suivants, comme ceux dont parle Bix, sont plus remarquables, mais je les lis dans l'ordre de rédaction...

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Message par gilux Mar 21 Déc - 16:04

Merci pour cette découverte, ça donne envie d'essayer!

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Message par Pinky Mar 21 Déc - 18:29

Heureuse que ma lecture (qui a commencé par la fin car je ne m'occupe pas souvent des ordres de publications des livres que je lis un peu au fil des rencontres) vous ait donné des envies de mieux connaître Nosaka.
Moi, j'ai envie de voir le film Le tombeau des lucioles. Quelqu'un l'aurait-il vu ?
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Message par gilux Mer 22 Déc - 16:13

Si tu as l'occasion regarde le, toujours un peu compliqué de regarder une adaptation après avoir lu le livre (en tout cas pour ma part), mais c'est franchement un très beau film.

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Message par bix_229 Mer 22 Déc - 18:08

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Message par Tristram Mar 22 Fév - 11:50

La Tombe des lucioles et Les Algues d’Amérique

mort - Akiyuki Nosaka La_tom10

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’agonie de Seita, un adolescent livré à lui-même, sans ressources après les bombes incendiaires qui tuèrent sa mère (et sans nouvelle de son père parti au combat). Un moment recueillis par de la famille éloignée où ils sont mal reçus, il s’occupa de sa petite sœur, Setsuko, puis réfugiés dans une sombre cave avec la seule compagnie de lucioles, jusqu’à ce qu’elle meure de malnutrition, malgré ses rapines dans les champs de paysans peu partageurs. Les lucioles reviennent souvent en contrepoint d’un vécu douloureux mais relaté avec mesure, jusque dans cette nuit où Seita incinère Setsuko.
Bref récit sans pathos où on devine une grande part d’autobiographie, quasiment un témoignage.
« Badaboum ! À cet instant une bombe incendiaire, couleur bleue, cinq centimètres de diamètre, soixante de longueur, dévala du toit et, telle une chenille arpenteuse, sautilla sur la rue, jetant tout autour ses giclées d’huile ; ventre à terre, Seita se précipita alors vers l’entrée, mais une fumée noire commençant peu à peu à envahir la maison, il ressortit ; dehors, la file imperturbable des maisons, sans une âme qui vive, seulement un balai à feu et une échelle, dressés contre le muret d’en face ; du reste il fallait retrouver maman à l’abri, et il se mit en route, la petite Setsuko sur son dos toute secouée par les sanglots, quand à l’angle de la rue une fenêtre au premier étage se mit à vomir une fumée noire, puis d’un seul coup, comme si le mot de passe avait été donné, une bombe incendiaire qui couvait sans doute dans les combles embrasa tout, les arbres du jardin crépitèrent, le feu se rua le long de l’avant-toit, disloquant les volets qui dégringolèrent en flammes, devant ses yeux tout s’assombrit, l’atmosphère devint brûlante, et Seita, littéralement éjecté, détala à toutes jambes ; [… »
Les Algues d’Amérique est plus léger ; c’est l’après-guerre et ses privations, et le Japon est passé du militarisme nationaliste à une fascination pour l’occupant, de « Anglo-Saxons = Démons assoiffés de sang » à « Kyoû » (thank you).
Toshio reçoit, avec réserve, des Américains que sa femme Kyôko et leur fils Kei.ichi ont rencontrés en vacances à Hawaï ; il s’agira d’un complexe d’infériorité lié à la guerre, traité avec humour.
« À raison de cinquante paquets de cinq plaquettes de chewing-gum dans chaque boîte, sept jours de rations pour nous trois, ça en faisait neuf en tout, qui pesaient sur mes bras, en me communiquant une sensation d’abondance certaine tout au long du chemin [… »

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre

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Message par Bédoulène Mar 22 Fév - 13:36

je pense que cela pourrait me plaire, merci Tristram

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Message par Tristram Ven 15 Avr - 13:08

Les Embaumeurs

mort - Akiyuki Nosaka Les_em10

« Laface tenait son surnom de sa profession de mouleur de masques mortuaires. »
Laface a l’idée de se lancer comme metteur en scène funéraire, et décide ses connaissances, Échalote le fils de bonze chauffeur de corbillard et Un-tantinet, préposé à l’état civil et ancien gauchiste, à s’associer dans ce but. De père fossoyeur (et nécrophile), Laface est conduit par la volonté de faire apparaître le défunt sous son meilleur jour, d’offrir une cérémonie personnalisée au disparu, loin de la routine rituelle des obsèques contemporaines. S’il est plus mené par le désir de bien faire dans son domaine professionnel et surtout de rendre leur dignité à ses patients, les deux autres sont plus animés par l’appât du gain, mais tous rivalisent d’imagination (notamment en matière publicitaire) – d’où l’idée de contrat avec options particulières souscrit de son vivant par le futur de cujus.
Doc, un chirurgien esthétique, qui rejoint l’équipe pour s’occuper du visagisme mortuaire, est en fait un ninja sans diplôme qui apprit pendant la Première Guerre mondiale la présentation des cadavres − et bouffa littéralement du GI.
Plein de trouvailles, souvent saisissantes, astucieuses, originales, voire poétiques, comme celle de l’immortalité des femmes :
« Le fait qu’elles mettent au monde les enfants fait d’elles quasiment des serpents qui abandonnent leur mue, chaque fois, chacune d’entre elles en laisse une nouvelle et ainsi de suite, je dirais que la mère demeure en tant que dépouille de ses propres enfants. Quand on réfléchit, depuis que l’humanité est apparue sur Terre, il n’y a jamais eu qu’une chaîne de mue ininterrompue, sans qu’à aucun moment les femmes ne meurent, c’est uniquement la mue de chacune qui disparaît. […]
Si la femme peut se comparer à une rivière, dont le cours ne s’interrompt jamais, l’homme, lui, est en quelque sorte l’écume, les bulles d’air qui y flottent à la dérive. »
Survient alors l’idée d’organiser des « Funérailles générales pour les bébés avortés » les mizuko, en leur élevant un Jizo (divinité)…
Laface éprouve de plus en plus d’attachement pour les défunts, qu’il croit comprendre, et projette une exposition « fun », « Les Huit Vues de l’Osaka macabre », appellation démarquée de célèbres séries de vues peintes, et prévue en simultanéité avec l'Exposition universelle :
« Et leur Exposition universelle, j’appelle ça une mascarade, non, ce qu’il faut c’est dénoncer un aspect de notre société moderne par le biais d’une expo funéraire. »
De son côté, Un-tantinet édite un magazine, « Le Club Funeralia, publié par l’Association funéraire internationale » :
« Le club affichait pour vocation de “fournir à chacun de nos membres l’occasion de vivre, de son vivant, son propre enterrement, de recevoir un nom posthume, de sorte qu’ensuite il retourne à ses activités en battant, avec l’énergie que confère le sentiment d’être ressuscité”. »

« Plusieurs semblaient s’exprimer d’expérience, à l’aise dans leur peau : “Une fois que vous êtes à l’étroit dans la bière et que vous entendez les prières et les éloges funèbres que prononcent vos amis, vous vous prenez à faire un retour sur vous-même. Personnellement, j’ai connu là un moment très enrichissant.” “Quand ma femme m’a vu recouvert du linceul, j’ai vraiment eu l’impression qu’elle croyait à ma mort, et depuis je la trouve plus gentille à mon égard.” »
… et une émission intitulée Funérailles TV :
« Sourire d’une vedette de l’écran, “Mourez et ne vous souciez plus du reste”. »
L’apothéose survient quand Laface se lance (avec le doc) dans la célébration d’un nouveau culte, rendu aux faces (les masques mortuaires), pour lequel ils rameutent une multitude d’adeptes, et dont il sera le gourou.
« C’est que je suis fils de fossoyeur, moi, né au milieu des tombes, élevé parmi les feux follets et j’ai eu les asticots nécrophages pour compagnons de jeu. »
Il s’enterre pour réapparaître devant ses fidèles quelques semaines plus tard – il sort de la tombe dans l’hécatombe de « l’apocalypse nucléaire ».
Comme dans les autres livres de Nosaka que j’ai pu lire, plane sans cesse l’inéluctable souvenir des atrocités de la guerre du Pacifique et en Chine, notamment les bombardements du Japon.
Même macabre voire sordide, l’humour m’a paru bien dosé, rendu par un parler populaire déluré mais allant jusqu’au grotesque, gogolien et même kafkaïen. C’est un roman très fouillé, riche en inventivité où, une fois encore, Nosaka s’attaque à la société par la présentation d’un de ses aspects les plus douloureux et occultés, le tabou de la mort, traité avec ironie et sans concession au politiquement correct. Ce que j'apprécie particulièrement chez cet auteur, c'est l'exposé d'un thème tendant à l'exhaustivité, reposant sur des observations apparemment vécues et avec toutes ses ramifications possibles, même outrancières, dans un texte fort dense. On y trouve nombre de références à la culture japonaise (« Teint vermeil à matines, ossements blancs à vêpres »), mais aussi à la culture occidentale en général.

\Mots-clés : #mort #social

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Message par Bédoulène Sam 16 Avr - 13:24

social ! ça m'interpelle, peut-être la possibilité de lire un auteur Japonais (car celui que j'ai lu social aussi m'a plu, je peux entrer chez les Japonais par ce biais là)

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Message par Tristram Sam 10 Sep - 13:09

Le Dessin au sable et l’Apparition vengeresse qui mit fin au sortilège

mort - Akiyuki Nosaka Le_des10

Dans l’ère Edo (début XIXe), Senkichi-des-lavoirs-aux-morts vit des dépouilles récupérées sur les défunts ; il recueille une pélerine, Tomi, belle jeune fille à la recherche de son père, Yoshinosuke, dont pour se faire reconnaître Koto sa mère mourante lui donna un dessin de sable (poudres de coquillages colorés sur un papier encollé) :
« Par tous ses replis secrets d’où perlait une sève qui ruisselait en multiples filetis limpides, la vulve donnait l’impression d’épancher l’amour éternel de Koto, de pleurer son affliction pour un Yoshinosuke qu’elle n’avait finalement jamais pu revoir. »

« La trace de sa liqueur reportée sur le papier, elle la saupoudra de sable mêlé du sang qu’elle venait de cracher, reproduisant du même coup, avec une vivante fidélité, son propre sexe : "Il te conduira jusqu’à lui. »
Mais très vite Senkichi médite de profiter de cette aubaine ; sa femme O-Den étrangle Tomi et, apprêtée par O-Roku l’avorteuse, la propose contre rémunération à cinq impuissants pour qu’ils retrouvent leur ardeur en dépucelant et abusant le cadavre. Le premier est Awajiya, celui qui ruina sa famille et força sa mère à l’épouser ; le second est Bonten le devin, qui fit croire à Koto que Yoshinosuke était mort ; le troisième est le voleur Tokuji le démon-pire-que-la-peste, qui déroba le signe de reconnaissance que Yoshinosuke avait laissé à Koto ; le quatrième est le maquereau Kanta, qui vendit cette dernière à un lupanar ; le dernier, Yoshinosuke, son père, sera finalement écarté car le cadavre est en trop mauvais état. En fait ce dernier donne naissance à une petite fille − qui bientôt tète le membre de Senkichi, jusqu’à ce qu’il en meure. Devenu nécrophile, Awajiya trépasse, enlacé à un squelette de femme : c’est la fille de Tomi, malédiction qui se venge un à un des violeurs de sa mère au moyen de dessins au sable.
C’est extrêmement bien documenté (et exotique), comme de coutume chez Nosaka ; ici, peut-être en facétieux contrepoint à l’horreur :
« La boutique de cosmétiques que tenait l’épouse de Tokuji le démon jouissait d’une renommée générale en ville, grâce surtout à sa "crème de beauté", un produit maison, mélange de jus de poire, de peau blanche d’œuf, de rosée prélevée sur des chrysanthèmes et de lessive. S’en frotter redonnait une belle fraîcheur au teint, au point qu’elle faisait à présent délaisser comme vulgaires les autres fards, carmins et poudres de riz, et que tout le monde se l’arrachait, depuis les courtisanes et geishas jusqu’aux filles de bourgeois et épouses de guerriers. La boutique, qui, cela va sans dire, offrait en outre un choix complet de sachets de son, de fiente de rossignol, de graines de chrysanthème, de fard d’Ise au mercure, de "poudre de terre" bon marché, ne désemplissait pas et résonnait du matin au soir de joyeuses voix féminines. »
Je ne connais pas de danse macabre de la mort et du sexe approchant celle-ci en littérature (même si j’ai pensé à Maupassant, et à d’autres auteurs japonais, comme Tanizaki ou Akutagawa) – merci Pinky pour la découverte !

\Mots-clés : #erotisme #fantastique #mort

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Message par Bédoulène Sam 10 Sep - 20:24

merci Tristram (toujours loin, pour le moment)

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