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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Blaise Cendrars

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Message par Bédoulène Ven 2 Déc - 22:16

Blaise Cendrars (1887-1961)

independance - Blaise Cendrars Blaise10

Blaise Cendrars [sɑ̃dʁaːʁ]1, de son vrai nom Frédéric Louis Sauser, né le 1er septembre 1887 à La Chaux-de-Fonds dans le canton de Neuchâtel (Suisse) et mort le 21 janvier 1961 à Paris, est un écrivain français d'origine suisse2. À ses débuts, il a brièvement utilisé les pseudonymes de Freddy Sausey, Jack Lee et Diogène.

Dès l'âge de 17 ans, il quitte la Suisse pour un long séjour en Russie puis, en 1911, il se rend à New York où il écrit son premier poème Les Pâques (qui deviendra Les Pâques à New York en 1919). Il le publie à Paris en 1912 sous le pseudonyme de Blaise Cendrars, qui fait allusion aux braises et aux cendres permettant la renaissance cyclique du phénix. En 1913, il fait paraître son poème le plus célèbre, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Dès le début de la guerre de 1914-1918 il s'engage comme volontaire étranger dans l'armée française avant d'être versé dans la Légion étrangère. Parmi ses compagnons d'armes de la Légion figure notamment Eugene Jacques Bullard, premier pilote noir3 des Forces Alliées à partir de 1917. Gravement blessé le 28 septembre 1915, Cendrars est amputé du bras droit. Il écrit sur cette expérience, de la main gauche, son premier récit en prose : une première version de La Main coupée.

Le 16 février 1916, suite à son engagement dans la guerre, il est naturalisé français. Écrivant désormais de la main gauche, il travaille dans l'édition et délaisse un temps la littérature pour le cinéma, mais sans succès. Lassé des milieux littéraires parisiens, il voyage au Brésil à partir de 1924.

En 1925, il s'oriente vers le roman avec L'Or, où il retrace le dramatique destin de Johann August Sutter, millionnaire d'origine suisse ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en Californie. Ce succès mondial va faire de lui, durant les années 1920, un romancier de l'aventure, que confirme Moravagine en 1926. Dans les années 1930, il devient grand reporter.

Correspondant de guerre dans l'armée anglaise en 1939, il quitte Paris après la débâcle et s'installe à Aix-en-Provence puis, à partir de 1948, à Villefranche-sur-Mer. Après trois années de silence, il commence en 1943 à écrire ses Mémoires : L'Homme foudroyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948) et Le Lotissement du ciel (1949). De retour à Paris en 1950, il collabore fréquemment à la Radiodiffusion française. Victime d'une congestion cérébrale le 21 juillet 1956, il est mort des suites d'une seconde attaque le 21 janvier 1961.

L'œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde moderne où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable. Le fonds d'archives de Blaise Cendrars se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne.

Bibliographie

L'Eubage, aux antipodes de l'Unité (1926)
La Fin du monde filmée par l'ange N.D. (1919)
Moravagine (1926) : Page 1
La main coupée (+ j'ai tué, l'égoutier de Londres, Dans le silence de la nuit, J'ai signé) : Page 1
Moganni Nameh : Page 1
L'Or (sous-titré La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter) : Page 1
J'ai tué Page 1
Anthologie nègre
Les Confessions de Dan Yack
Rhum. L'aventure de Jean Galmot : Page 1
L'Homme foudroyé : Page 2
Bourlinguer : Page 1
Le Lotissement du ciel
Emmène-moi au bout du monde !... : Page 2

màj le 17/03/2021

sources wikipedia


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Message par Bédoulène Ven 2 Déc - 22:32

J’ai tué :

Un prélude à la Main coupée, une très brève nouvelle, une écriture lapidaire comme le geste final.


independance - Blaise Cendrars Images92

La Main coupée

L’auteur relate la vie de son escouade sur le front,  engagé volontaire dans l'armée Française il est versé  dans la Légion étrangère au début de la Grande Guerre.
Le récit est composé de plusieurs chapitres anachroniques, sur les « sorties » de la section franche de l’escouade qui s’exercent la nuit en infiltrant les lignes ennemies. C’est comme l’appelle  Blaise Cendrars, la « petite guerre » dans la grande guerre. C’est la vie dans les tranchées.

Certains chapitres évoquent  quelques uns de ses compagnons, dont la spécialité, l’attitude ou la mentalité est significative de leur aptitude à être le ferment de l’escouade dont bien que non gradé il est cependant le responsable.
Aimé de ses hommes, mais détesté, harcelé  par les sergents, les sous-off, le colonel  pour son attitude jugé « anarchiste »,  sa franchise, son irrévérence,   lui qui confond et critique les gradés, et tout particulièrement les sergents qui ne font  au front  qu’un passage obligé et abandonnent rapidement  les hommes et les  lieux pour se réfugier dans d’autres plus sécures. Un seul, le capitaine Jacottet  trouve grâce à ses yeux.

Cendrars perd le bras droit à la Ferme de Navarin.  il est donc réformé.



La« petite guerre » et la vie dans les tranchées sont relatées par l’auteur,  patiemment, les  réussites sans vantardise,  souvent avec humour comme  un pied de nez à la guerre, parce que la guerre est ignoble.

Pourquoi, s’est-il engagé ? (cf l’appel  aux Etrangers vivant en France dont il est l’un des signataires) pourquoi les autres se sont-ils engagés ?  Pour certains par rachat, pour d’autres c’est une fuite, pour des raisons plus ou moins avouables, mais quand ils sont là-bas dans l’escouade Blaise est leur compagnon plus que leur « chef » parce qu’ ils se révèleront (presque tous) de confiance. On peut voir dans cet engagement, quelles qu'en soient les raisons une manière de rechercher un sens à leur vie.

C’est une escouade internationale que forme ces étrangers engagés volontaires , une représentation de ce que pourrait être  l’amitié entre les peuples  malgré leurs différences. C'est la Légion avec ce qu'elle représente, la mauvaise réputation mais aussi la bravoure.

Ce récit est aussi une critique de l’administration, de l’incompétence de certains responsables, de l’absurdité des décisions qui coutèrent la vie de millions de soldats.  Il apparait dans ce récit que les corps des  soldats tombés sont abandonnés , les descriptions sont terrifiantes.

Cendrars soulève aussi le fait bien connu que les soldats Allemands étaient bien mieux équipés que les soldats Français.

Les notes sont précieuses  et utiles à la compréhension des faits et personnages nommés.

Quant à l’écriture  elle éclate en poésie par moments, s’ écoule franche, agrémentée de mots d’argot et des chants qui paraissent indispensables aux  soldats.


Extraits
Plus de 20 ans plus tard
« Les tumulus étaient nivelés, mais les croix des Légionnaires étaient rangées le long des murs et si les inscriptions étaient pour la plupart effacées, je retrouvai celle de Rossi dans les bras de son poirier, au mitant, et j’étais aussi fier de la croix de bois de Rossi, que, tout à l’heure, la comtesse en nous montrant la chambre où louis XIV avait couché »

« L’aube décousait le ciel dont les nuages bas étalés comme des pannes d’habits mal faufilés sur la table d’un tailleur laissaient voir l’endroit et l’envers, le drap, la doublure, la ouatine et le crin des rembourrages. Je contemplais avec consternation cette aube livide et sa défroque dans la boue. Rien n’était solide dans ce paysage dégoulinant, misérable, ravagé, loqueteux et moi-même j’étais là comme un mendiant au seuil du monde, trempé, glaireux et enduit de merde de la tête aux pieds, cyniquement heureux d’être là et de voir tout cela de mes yeux. »)


« Il y avait des tranchées qui n’avaient pas plus d’un mètre de profondeur et en bordure du bois il y en avait une  qui n’était faite que de macchabées entassés. C’est là que prise dans les barbelés pendouillait une momie, un pauvre type tellement desséché et racorni que les rats qui avaient élus domicile dans son ventre le faisaient sonner et résonner comme un tambour de basque. »

« Dieu est absent des champs de bataille et les morts du début de la guerre, ces pauvres petits pioupious en pantalons rouge garance oubliés dans l’herbe, faisaient des taches aussi nombreuses mais pas plus importantes que des bouses de vache dans un pré. C’était pitoyable à voir.

A plusieurs reprises Biribi est cité dans le récit. Biribi c’est le bagne militaire en Afrique et c’est aussi une chanson d’Aristide Bruant

L’égoutier de Londres

B.Cendrars revient sur l’une des figures de la Main coupée, l’un de ceux qui faisait partie de la « section franche », l’Anglais Griffith. Lequel est arrivé avec les « vieux » légionnaires d’Afrique, ceux de Siddi-Bel-Abbès, destinés à renforcer ou encadrer le « 3ème déménageur » surnom de la section dû à sa mobilité.

C’est une histoire de secrets, celui de Griffith, l’égoutier de Londres qui ne le révéla jamais, c’est l’honneur de cet homme d’avoir tenue sa parole.
C’est le secret de la prison de Siddi-bel-Abbès que ni les murs ni les hommes ne révélèrent.

Il faut aussi souligner que B. Cendrars parlait plusieurs langues, ce qui facilitait les rapports avec les Légionnaires ; il était d’ailleurs appelé par les gradés pour traduire les paroles des prisonniers Allemands. (B.Cendrars explique que le régiment des « parisiens » était le plus intellectuel)

Dans le silence de la nuit

L’écriture ressuscitée de Blaise Cendrars, par l’évocation d’une nuit par un ami, alors qu’il n’avait plus écrit depuis Juin 40, avec la main qu’il dit « amie », celle qui lui reste, la main gauche qu’il lui a fallu apprivoiser.

Par temps calme dans cette partie du front, une pause, les vieux légionnaires et les anciens de l’escouade de Blaise C. allaient se « ravitailler » en vins à l’arrière et se saoulaient copieusement. A la suite d’une rixe opposant 2 sergents, celui qui était devenu « tenancier » d’une cave improvisée et un sergent « client », la cave fut transformée en poste défensif.

Mais à nouveau le danger est là avec sa cohorte d’horreurs

« En effet, comme nous partions à l’assaut , il fut emporté par un obus et j’ai vu, j’ai vu de mes yeux qui le suivaient , j’ai vu ce beau légionnaire être violé, fripé, sucé et j’ai vu son pantalon ensanglanté retomber vide sur le sol, alors que l’épouvantable cri de douleur que poussait cet homme assassiné en l’air par une goule invisible dans sa nuée jaune retentissait plus formidable que l’explosion même de l’obus et j’ai entendu ce cri qui durait encore, alors que le corps volatilisé depuis un moment n’existait déjà plus. »

L’attente, celle dans l’affût, celle dans la pause est déprime, l’escouade s’étiole : tués, déserteurs, blessés, mutés….

Les souvenirs affluent de nuits sur le front ; nuit muette, nuit de saoulerie, nuit de mascarade, nuit d’affût , de poésie et de peur.

« Un soldat qui n’a jamais eu peur au front n’est pas un homme »

A la faveur de la confidence d’ un drogué B. Cendrars s’interroge sur les raisons personnelles des patrouilles en solitaire qu’il s’autorise. Quel sens leur donner ?

J’ai saigné

C’est le seul texte où Blaise Cendrars parle de son amputation

« …ne pouvant faire un mouvement, gêné que j’étais comme une accouchée par son nouveau-né, par l’énorme pansement, gros comme un poupon, qui se serrait contre mon flanc
… »

Avec la métaphore que représente cette naissance c’est surtout l’emploi du verbe qui montre une volonté , vivre.

Et il sera question dans ce récit de beaucoup de volonté, de dévouement.




Ces différents récits sur la guerre, plus spécialement « la petite guerre » sont aussi des réflexions sur la nature humaine.

Blaise Cendrars dit son écoeurement, sa déception sur certains, sa reconnaissance, son respect pour d’autres, il fait preuve d’empathie allant parfois jusqu’à intervenir dans la vie personnelle de ses hommes, à leur demande, c’est dire combien ils l’appréciaient.

Blaise Cendrars a avoué n’avoir pas écrit un ligne pendant la guerre, mais par contre il lit dès qu’il en a la possibilité, il exprime d’ailleurs son sentiment de lecteur.

C’était une très bonne lecture et j’ai trouvé intéressant que certains chapitres soient consacrés à des personnages de l’escouade.[/center]




mots-clés : #premiereguerre


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Message par Bédoulène Ven 2 Déc - 22:33

Moravagine !

independance - Blaise Cendrars Images91


Déjà le titre m’interpelle : mor , ravage Moravagine !
Malaise dès le début de la lecture. Qui et pourquoi accompagner pendant des années un homme dans sa folie ? Qu’est-ce qui attire le narrateur chez Moravagine ? qu’est-ce qui le séduit ? Des raisons à découvrir dans sa propre âme.
Il voit et reconnait peut-être sa part d’ombre dans Moravagine, dans sa folie qui pourrait être la sienne. Le cerveau humain est un inconnu, même pour son propriétaire.
Tout au long de cette aventure morbide le narrateur (Raymond) s’interrogera sur certains aspects et réactions de Moravagine mais aussi sur les siens. Il assumera ses idées sur la société, le masochisme de la religion juive, la révolution, la médecine et plus particulièrement la psychiatrie.

Comme l’assure B. Cendrars c’est l’Autre Je qui écrit. Si les explications de l’auteur permettent de
comprendre ce qui l’ a longtemps lié à Moravagine, son état d’esprit à certaine période, l’écriture périodique, la difficulté à poursuivre, la lettre du Dr Ferral elle est claire : B. Cendrars a tué son double au point final.

Les longues énumérations dans les descriptions accentuent l’ambiance lourde de même les paysages souvent inamicaux ; les nombreuses fuites, les poursuites qui suggèrent l’urgence .

L’intervention de B. Cendrars dans la fin de l’aventure m’a rappelé celle d’ Hitchcock dans ses films.

Ce fut encore une lecture intéressante mais qui coûte, il faut aussi que le lecteur parvienne en s’en détacher.


mots-clés : #pathologie


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Message par Bédoulène Ven 2 Déc - 22:34

Moganni Nameh


Court récit, un étudiant en médecine (José), mais qui l'abandonne pour la poésie, retourne plusieurs années après en Russie à St-Pétersbourg où il a passé son adolescence , poussé par
"un absurde besoin de revoir les lieux où il avait été pétri des plus fortes impressions de son adolescence ; une manie de son esprit de retourner là où il avait déjà vécu, afin de mieux situer, quand il voulait les abstraire, les sentiments qui entraient désormais au royaume de la fiction..."

Mais sa paresse l'entraine à déambuler dans la ville au lieu de travailler. Ses balades sont prétexte à rêveries, parfois hallucinatoires mais que l'auteur nous révèle dans un prose poétique et d'une musicalité intense.

Il ne reste au lecteur déjà convaincu qu'à se laisser emporter au gré des pensées du poète et regretter son départ de cette ville muse.


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Message par Bédoulène Ven 2 Déc - 22:35

Rhum

independance - Blaise Cendrars Cvt_rh10


J. Galmot  comme Sutter est de la race des aventuriers, des pionniers. Après avoir bourlinguer dans plusieurs pays il découvre une île où il peut s'exprimer, apprivoiser la jungle (c'est un créatif Galmot) et rendre la vie meilleure à cette population qui le séduit et qu' il séduit. Le serment qu'il fait aux Guyannais il l'assumera comme promis, jusqu' au bout de sa vie.

"Je jure de lutter jusqu'à mon dernier souffle...Je demande à Dieu de mourir en combattant pour le salut de ma patrie, la Guyane immortelle..."

Ses nombreuses et fructueuses activités d'homme d'affaires, d ' élu s' appliquent toujours à ses principes, l'honnêteté, la justice et la liberté. Mais ses qualités ne touchent pas  ses adversaires, les affairistes, les banquiers, les politiciens.

C'est l'affaire dite des "Rhums" qui entamera la chute de la maison Galmot, sa défense, ses preuves  sont inattaquables pourtant, mais emprisonné, privé de liberté plusieurs mois, ses affaires périclites, il est ruiné. Pourtant J. Galmot ne baisse pas les bras, il trouve un emploi, écrit, suit ce qui se passe en Guyanne où ses "enfants" sont maltraités par Gobert, l' allié des blancs du continent. Après avoir été élu député de la Guyane Galmot perd en 1924 les élections, "les élections des défunts" ; non ce n'est pas de la magie noire, Gobert a fait voter des morts.

Ses réussites n'étaient pas du goût de ses adversaires, depuis plusieurs années son arrêt de mort était décidé, dans les affaires on n'aime pas "ceux qui suivent une autre route qu'eux" (comme dirait Brassens). Qu'avait-il à se mêler de la population Guyanaise,  de son présent, de son avenir alors qu'il n' était besoin que de profits ?

J. Galmot meurt empoisonné le 6 août 1928, ils l'ont eu "les salauds" !

J. Galmot a beaucoup sacrifié à la Guyane, même sa famille

Je retiens sa persévérance, son ideal de justice et de liberté, sa non violence ; il n'a jamais pris les armes pour se défendre et à repousser les offres d' hommes d'affaires étrangers.

L'auteur a certainement fait de nombreuses recherches pour l'écriture de ce livre mais (me référant à wikipedia) je regrette que les relations de Galmot avec G. Anquetil et Stavisky ne soient pas évoquées ;   peut-être une réponse à son paiement des 23 millions de taxes ? quant à son coeur ?  aux mains de ceux qui l' aimaient ?

donc je reste un peu sur ma faim.


mots-clés : #aventure #biographie


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Message par Chamaco Ven 30 Déc - 8:31

Blaise Cendrars a été un témoin de "la Belle Epoque" celle des peintres de Montmartre et Montparnasse, il les a cotoyés, les Picasso, Modigliani, Derain, Foujita etc...

Par la suite il est revenu sur les lieux fréquentés par les artistes avant la Seconde guerre mondiale, voici deux de ses témoignages recueillis par l'INA :

Blaise CENDRARS sur les traces d'Amédéo MODIGLIANI à Montmartre  (vidéo de l'INA)


PARIS 1963. BLAISE CENDRARS se promène à MONTMARTRE (Vidéo de l'INA)
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Message par Bédoulène Ven 30 Déc - 11:07

oh merci Chamaco (je les regarderai (écouterai) plus attentivement)

_________________
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Message par Exini Mer 26 Avr - 19:13

Comme le chantaient les hommes en descendant du Chemin des Dames :
Jean de Nivelle nous a nivelés
Et Joffre nous à offerts à la guerre!
Et Foch nous a fauchés...
Et Pétain nous a pétris...
Et Marchand ne nous a pas marchandés...
Et Mangin nous a mangés !

La vie d'un soldat vue de l'œil d'un poète engagé volontaire qui décrit cette vie faite d'attentes, de faim, de froid, de détermination, de baisse de moral, d'attaques, de boyaux (les tranchées, les tripes à l'air des copains ou des ennemis), de joies éphémères mais salutaires, de tristesses...
Cendrars raconte tout et d'abord ses plus proches compères, et les moments qu'il a vécu avec eux, ceux avec qui il a fait les quatre-cents coups, ce qu'ils ont vécu ensemble dans la joie, l'allégresse, le rire, l'absurde, l'atrocité, la mort.
Spoiler:

...il était doué d'une faculté qui nous intéressait au premier chef : il détectait les mines, ou, plus exactement, doué d'une ouïe merveilleusement poussée aussi loin que l'on peut entendre le son, il repérait sans faute les Boches qui pouvaient travailler au-dessus ou au-dessous, à gauche ou à droite de notre sape, donnant des signes de frayeur, se sauvant dans la direction opposée s'il jugeait en avoir le temps ou se roulant en boule au pied de la paroi du fond si l'ennemi était à proximité, et nous prenions immédiatement les dispositions indispensables, contre-mine ou fuite rapide, et cela sans erreur possible. (J'ai tenté la même expérience avec des taupes, mais sans aucun résultat, ces aveugles-nées étant trop peureuses.)
Quand nous eûmes constaté cette faculté extraordinaire, qui frisait le divinatoire, on lui pardonna sa pochardise et Garnéro lui-même renonça à faire figurer notre hérisson dans un plat. Car il était pochard, notre hérisson. C'était son péché mignon. Il lichait dans tous les quarts. Le vin nous était très mesuré à l'époque. Les hommes avaient pris l'habitude d'en mettre un quart à gauche et ils mettaient leur quart à l'abri dans leur créneau pour l'avoir toujours sous les yeux et le tenur au frais. Or, dès le début de la présence du hérisson parmi nous, ces quarts se vidaient mystérieusement et les plaintes étaient quotidiennes et les accusations innombrables des soldats qui avaient eu leur vin volé ou qui s'accusaient mutuellement, même entre bons camarades, de s'être réciproquement volés, et des chamailleries, des hargnes s'ensuivirent, même des coups de poing furent échangés. Cela tournait au mystère hanté, à la panique, et vraiment nous n'avions pas besoin de ce supplément dans ce secteur de Dompierre, où régnait déjà la terreur des mines pour détraquer les bonshommes. Nous fûmes longs à découvrir notre voleur. C'était notre capucin de hérisson qui se glissait subrepticement hors de la tranchée et s'en venait de l'extérieur licher les quarts mis à l'abri dans les créneaux. Il faisait toute la rangée, d'un bout à l'autre du parapet, et s'en revenait vers moi plus tendre et plus familier que jamais, se nicher dans mon giron. Je pense bien, il avait mal au coeur. Ah, le moine hypocrite !

Mais tout ceux dont il se souvient apparaissent également et ont droit à un paragraphe au moins, même ceux qu'il ne portait pas en son coeur. Cendrars perpétue t'il un devoir de mémoire pour tous ces oubliés de la Grande Guerre, et qui étaient pourtant indispensables ?

C'est aussi un livre sur l'absurdité de la guerre et la furie qu'elle peut engendrer chez les hommes, et le réquisitoire d'un caporal que le casse-pipe n'a pas encore rendu cinglé contre les hauts-gradés (les "Plein-de-soupe") et leurs ordres loufoques; et les mesquineries des petits chefs qui en prennent pour leur grade - les sergents en première ligne.
Spoiler:

Je m’empresse de dire que la guerre ça n’est pas beau et que, surtout ce qu’on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d’autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d’ensemble mais au hasard. A la formule marche ou crève on peut ajouter cet autre axiome : va comme je te pousse ! Et c’est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j’ai assisté je n’ai rapporté qu’une image de pagaïe. Je me demande où les types vont chercher ça quand ils racontent qu’ils ont vécu des heures historiques ou sublimes. Sur place et dans le feu de l’action on ne s’en rend pas compte. On n’a pas de recul pour juger et pas le temps de se faire une opinion. L’heure presse. C’est à la minute. Va comme je te pousse. Où est l’art militaire là-dedans ? Peut-être qu'à un échelon supérieur, à l’échelon suprême, quand tout se résume à des courbes et à des chiffres, à des directives générales, à la rédaction d’ordres méticuleusement ambigus dans leur précision, pouvant servir de canevas au délire de l’interprétation, peut-être qu’on a alors l’impression de se livrer à un art. Mais j’en doute.

Un livre où l'on se fend la poire et où l'on a envie de chialer de rage, parfois en même temps. Un bouquin qui chamboule.

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Message par Bédoulène Mer 26 Avr - 20:52

merci Exini de faire ressurgir les souvenirs de ce livre .

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Message par Tristram Mer 26 Avr - 22:00

Étonnant cet engouement fasciné pour la guerre, qu'on retrouve chez Kipling, dont je viens d'achever La lumière s'est éteinte. Une sensibilité bien éloignée de la nôtre _ qui dans l'ensemble ne l'ont jamais vécue de près...
C'est sans doute le danger qui exacerbe la camaraderie et la saveur de l'existence (et le délivre de lui-même ?), un peu comme frôler les extrêmes, risque que courtisent certains (sportifs, explorateurs).

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Message par animal Mer 26 Avr - 22:04

Clair que Cendrars à un côté pas seulement physique mais potentiellement dangereux (avec acceptation des risques ?) dont il use volontiers. Un sauvage ce lettré ?

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Message par bix_229 Ven 15 Déc - 21:17

Blaise Cendrars



Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France




Dédiée aux Musiciens




En ce temps-là j’étais en mon adolescence

J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance

J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance

J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares

Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours

Car mon adolescence était si ardente et si folle

Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple

d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou

Quand le soleil se couche.

Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.

Et j’étais déjà si mauvais poète

Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.


Extrait de "Prose du Transsibérien". - Gallimard
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Message par Bédoulène Ven 15 Déc - 23:11

merci Bix !

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Message par Aventin Jeu 10 Sep - 7:12

L'or

independance - Blaise Cendrars L_or13
Sous-titré: La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter.
Roman, 1925, 160 pages environ.

[relecture]

Accueil mitigé à sa sortie pour cet opus, longuement cogité et porté par l'auteur, mais écrit et publié avec célérité. On lui reproche de ne pas avoir fait œuvre de biographe fidèle, d'historien, mais justement c'est ce que Cendrars revendique - comme indiqué en préface il eût pu appeler Alexandre Dumas à la rescousse, selon celui-ci l'Histoire serait "un clou où l'on peut accrocher un beau tableau".

Usant d'effets stylistiques afin d'évoquer, surtout, une trajectoire, le roman prête à une lecture rapide, la course d'un projectile propulsé. Gâcher, çà et là, un peu de peinture afin de soigner davantage les décors et les seconds caractères ne m'eût pas déplu, à titre personnel: de la saveur, certes, dans les ingrédients, petit manque d'épices toutefois.

J-A Suter (Sutter dans la vraie vie), un Suisse de bonne famille, en rupture, passe en fraude en France puis s'embarque pour le Nouveau Monde, et, après moult expédients dont des actes répréhensibles, détours, temporisations, approches, gagne la Californie encore hispanisante et mexicaine, très peu peuplée, y fonde un empire, lequel viendra se fondre dans une Californie annexée pacifiquement à l'Union, avant d'être ruiné par la découverte d'or sur ses terres et la ruée qui s'ensuivit, drainant des flots continus de migrants s'accaparant ses terres, son personnel le quittant pour prospecter, puis, ruine consommée, devient quasi-aliéné (pour ne pas dire complètement fou), avec une phase de récupération par des illuminés mystiques et businessmen, et décéde en tentant de faire valoir ses droits à Washington: un beau sujet.
entame du chapitre 6 a écrit:- Vois-tu, mon vieux, disait Paul Haberposch à Johann August Suter, moi, je t'offre une sinécure et tu seras nourri, logé, blanchi. Même que je t'habillerai. J'ai là un vieux garrick à sept collets qui éblouira les émigrants irlandais. Nulle part tu ne trouveras une situation aussi bonne que chez moi; surtout, entre nous, que tu ne sais pas la langue; et c'est là que le garrick fera merveille, car avec les irlandais qui sont tous de sacrés bons bougres, tous fils du diable tombés tout nus du paradis, tu n'auras qu'à laisser ouvertes tes oreilles pour qu'ils y entrent tous avec leur bon dieu de langue de fils à putain qui ne savent jamais se taire. Je te jure qu'avant huit jours tu en entendras tant que tu me demanderas à entrer dans les ordres.
Un Irlandais ne peut pas se taire, mais pendant qu'il raconte ce qu'il a dans le ventre, mois, je te demande d'aller palper un peu son balluchon, histoire de voir s'il n'a pas un double estomac comme les singes rouges ou s'il n'est pas constipé comme une vieille femme.
Je te donne donc mon garrick, un gallon de Bay-Rhum (car il faut toujours trinquer avec un Irlandais qui débarque, c'est une façon de se souhaiter la bienvenue entre compatriotes), et un petit couteau de mon invention, long comme le coude, à lame flexible comme le membre d'un eunuque. Tu vois ce ressort, presse dessus, na, tu vois, il y a trois petites griffes qui sortent du bout de la lame. C'est bien comme ça, oui. Pendant que tu lui parles d'O'Connor ou de l'acte de l'Union voté par le Parlement, mon petit outil te dira si ton client a le fondement bouché à l'émeri. Tu n'auras qu'à mordre dessus pour savoir si elle est en or ou en plomb, sa rondelle.


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Message par Bédoulène Jeu 10 Sep - 9:35

merci Aventin tu fais remonter les souvenirs de cette très bonne lecture

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Message par Aventin Sam 3 Oct - 7:32

Bourlinguer

independance - Blaise Cendrars Bourli10
Roman, 1948, 435 pages environ.

Onze récits ou peintures, de taille variée, tous intitulés du nom d'un port maritime, réel ou...capillotracté (le dernier):  Venise, Naples, La Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon, Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg, Paris port-de-mer.

Après, que Gênes se déroule principalement à Naples puis en mer, Bordeaux à Rio-de-Janeiro et Hambourg à Aix-en-Provence (par exemple) s'avère au final de second plan.
Le corpus, l'étoffe de l'ouvrage, se trouve dans Gênes et Paris-port-de-mer.    

La part d'autofiction, dans ces récits où l'on veut croire à l'autobiographie fût-elle partielle et partiale, reste à déterminer (mais je suis certain que biographes, exégètes et universitaires ont sévèrement pioché sur le sujet).

L'écriture revêt une apparence plutôt cahotique, empreinte d'une liberté certaine et qui, en soi, évoque justement le fait d'errer, de bourlinguer, le style peut changer en cours de route, même au sein d'un chapitre (ou récit).
On l'imagine, frappant sur sa Regmington portative des cinq doigts restants, ceux de la main gauche, s'accordant toute latitude, jeune soixantenaire n'ayant plus à prouver à autrui ni à se faire un nom, une place au soleil.
Le projet initial devait, pour l'anecdote, être assez bref et servir de support à des illustrations, cela pour un tout autre résultat au final !

J'ai lu ce Bourlinguer avec une lenteur extrême, excessive, j'ai fait durer, même pas par plaisir, encore moins par ennui, peut-être une façon de lecteur de s'accomoder de la bourlingue (?).
La plume de l'auteur ne justifie pas forcément cette lenteur:
Celle-ci est fluide en général, voire même alerte.

Toutefois quelques surprenantes phrases "à la Proust", sur une demi-page ou plus, avec de longues propositions entre virgules et points-virgule, viennent émailler les récits, comme une curiosité disparate: je sais gré à l'auteur (et à l'éditeur ?) de ne pas les avoir aménagées ou reconstruites, à prétexte de cohérence ou de netteté, le désordonné convient à ce livre, peut-être est-ce la façon autobiographique ad hoc, pouvant "rendre" l'auteur (?).  
Il faudra peut-être que je me replonge un jour dans sa poésie que j'estimai, il y a longtemps déjà, pas suffisamment raffinée, ou fine - à voir.

Je fus étonné que Cendrars cite Rémy de Gourmont comme son maître en écriture (avant Balzac), je n'ai jamais abordé cet auteur: c'est malin, maintenant je suis tenté d'y jeter un œil...et reste un peu sur ma faim quand il parle de ses copains devenus très célèbres, type Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, etc...

Cela démarre sur une fiction historique, une semi-fiction plutôt, la seule part de l'ouvrage à ne pas s'inscrire dans l'autobiographie (l'autofiction, parfois ?), Venise. C'est à lire comme une nouvelle à part, assez goûteuse.

Venise a écrit:Le 11 novembre 1653 une tartane appareillait de Venise à destination de Smyrne, et, malgré l'approche du mauvais temps dont les premiers effets se faisaient déjà violemment sentir au débouquer, matelots et marchands faisaient cercle autour de l'unique mât au pied duquel un passager clandestin était attaché torse nu et recevait une raclée. C'était un gamin de quatorze ans que les gardes-marine avaient découvert à fond de cale et amené au patron de la barque.
"Vingt coups de garcette, s'était écrié le capitaine, et flanquez-le moi par-dessus bord !"
Le pauvre gosse tortillait de la croupe, hurlait, invoquait la Sainte Vierge.

S'ensuivent de brefs récits plaisants, Naples (sur ce port Cendrars reviendra dans Gênes, c'est son enfance), La Corogne histoire d'évoquer Picasso, qu'il a fréquenté, Bordeaux pour parler d'un ami français du Brésil, Brésil qui reviendra dans Paris Port-de-mer, Brest, une évocation en deux pages et son premier émoi amoureux d'enfant tirant vers l'adolescent, Toulon, une garçonnière de marin louée et sous-louée, Anvers, récit déjà plus étoffé, une virée cocasse un peu à la chemineau fauché, époque Cendrars étudiant, en compagnie d'un pote incroyable, un certain Korzakow, pour récupérer une cargaison de livres à dédouaner...

Gênes ensuite, récit-nouvelle de taille peu proportionnée aux précédents chapitres (75 pages environ), l'enfance napolitaine, le cœur du propos.
Très riche et touffu.
Une épine d'Ispahan, un présumé tombeau de Virgile, une vie de famille, une amourette d'enfant, le lépreux roi de la Calade et sa Cour des Miracles, puis l'embarquement pour Gênes après boire.
Dans ce récit, Cendrars égratigne (oh, légèrement) Virgile et Francis Jammes, iconoclaste, va, moi qui les bade tant !  
Gênes a écrit:La première a été La Goulue, qui rôdait autour du Figaro pour tâcher d'apercevoir son fils qui travaillait dans la boîte. Il y aurait un livre à écrire avec ce que La Goulue m'a raconté cette nuit-là. Mais, sait-on jamais ? ...
"Pourquoi est-ce qu'on t'a appelée La Goulue ? lui demandai-je.
- Ce que tu es bête, tu n'as pas scompris ? me répliqua la vieille grosse femme. C'est que j'étais mince comme un fil et que j'avais toujours faim quand j'étais môme, et cela faisait tellemet rire les vieux messieurs avec qui je marchais pour bouffer que je n'arrivais pas à me rasssier, qu'ils m'ont appelée La Goulue. Je n'arrêtais pas de boulotter. Tu as pigé, maintenant ? Dis, tu paies encore un viandox ? C'est bon.
- Et tu habites où, maintenant ?
- Á Saint-Ouen, dans une roulotte, avec un bel Italien.
- On peut venir te voir ?
- Ne t'y risque pas, petit, l'homme est jaloux."

  Tel fut l'essentiel des propos d'une ancienne reine de Paris, sans rien dire de tout ce qu'elle me raconta sur ma demande de Toulouse-Lautrec, du prince de Galles, du dressage des lions, des nuits au Moulin-Rouge, à Tabarin, de Valentin le Désossé, de Grille-d'Égout, dans la journée clerc de notaire, etc., sans rancœur et sans un mot d'amertume, elle, qui mendigotait maintenant en tendant dans le creux de sa main sale un paquet entamé de chewing-gum.
  "Tu comprends, hein, c'est pour la frime, me confiait-elle en rigolant. Tiens, donne-moi cent sous pour le premier métro. Tu es gentil.
- Tu ne veux pas que je te ramène à Saint-Ouen en taxi ?
- Et que dirait mon homme, tu n'y penses pas ? ..."

  On a beaucoup écrit sur elle, mais pas ça.
 Il n'y faut pas beaucoup de talent, mais l'amour du vrai.
 Et le sens de l'être.  

Rotterdam, qui vient ensuite, est magnifique. La scène des étrennes foirées couplée avec le énième accouchement de la sœur du marin, sous le regard impassible et dur de son homme, le beau-frère de l'ami de Cendrars qui n'avait pas paru au pays depuis "des années et des années", enchaînée sur la bagarre virant rixe puis combat de rue généralisé est, selon moi, parmi ce qu'il y a de mieux et de plus enlevé, littérairement parlant, dans l'ouvrage.  

Hambourg. L'histoire d'un jeune, un gamin presque, déserteur du travail volontaire en Allemagne, qui franchit la ligne de démarcation, se fait aider par Cendrars qui vit alors à Aix en Provence, pour rejoindre le maquis, orné de quelques propos savoureux avec les tauliers du restau où Cendrars a son rond-de-serviette, puis l'évocation de Hambourg sous les bombes.

Paris, port-de-mer est un peu le pendant de Gênes pour la longueur et aussi pour l'histoire, à la va-et-vient, errance du propos - libre bourlingue de l'auteur-.
Il confie beaucoup, comme c'était le cas dans Gênes, intéresse, captive parfois, nous pond à l'occasion quelques-unes de ces surprenantes interminables phrases, ce côté énumérant, foisonnant, emphatique, mais aussi brillant, pointilliste dans les détails, le regard du lecteur, qui paraît être un peu trop conduit, s'emplit néanmoins de cette force évocatrice -et prosodique, enfin du moins je trouve-:
Sont-ce là de libres numéros de charme, ou peut-être est-ce un hommage à Balzac  ?
Échantillon, voyez plutôt:
 
Paris, port-de-mer a écrit:
La caravane venait des lointaines plantations deux fois par an, à date fixe. En descendant, elle ne restait que deux, trois jours, histoire de laisser souffler les bêtes, puis elle repartait, plus loin, plus bas, livrer les précieuses récoltes et autres denrées rapportées des hauts plateaux, allant jusqu'au Chili des tremblements de terre, s'arrêtant dans les ports du Pacifique, poussant jusqu'à Valparaiso. Les bêtes de charge trimballaient dans des petits sacs de cuir du café en tous petits grains et d'une qualité unique au monde, ainsi que des graines de cacao, des ballots de laine, de crin végétal, des chargements de coton, des peaux de vison et de chinchilla fourrées dans des longs sacs de toile en cacolet sur l'échine, des fourrures de vigogne, des lainages précieux dans des housses, et jusqu'à des boules de caoutchouc venant des forêts du Mato Grosso et de l'Amazonie dans des cageots, de la farine de manioc, du maïs en des paniers tressés fin, du coca, de la quinine en fagots d'écorces ou quill's, des piments plus recherchés que ceux de Tucuman, de la cochenille, des cantharides, des champignons de longue-vie en poudre dans des calebasses cachetées, du miel sauvage en barillets, des pains de sucre, de la cire, de la résine odoriférante, de la gomme en barres et en morceaux et en mottes, et il y avait toujours dans le convoi quelques bêtes lourdement chargées de blocs de cristal de roche ou de quartz qui faisaient crever leur bât. En tête venait le père, dont les arçons étaient remplis de petites bourses en maroquin pleines de poudre d'or, de perles blanches et de menus diamants, de saphirs, d'émeraudes, de grenats, et les baculs des montures des Indiens qui l'entouraient, un peloton de jeunes, sélectionnés pour leur intelligence ou leur taille, armés d'une lance et deux ou trois d'une carabine, comme lui à cheval et bien assis dans leur haute selle à San Bento, les pieds nus, le gros orteil passé dans l'étroit étrier et à l'un ou à l'autre talon l'éperon à l'espagnole, très long et à grosse molette tri-branche acérée ou se terminant en croc dangereux comme un ergot de coq de combat, étaient gonflés de lingots d'argent. Derrière ce groupe trottinait la Sante-Maria ou Madre, la Mule-Mère, la maîtresse bête de la caravane, toute carapaçonnée de grelots de cuivre et de bronze et habillée de lambeaux de flanelle rouge et des rubans, la crinière, la queue tressées, les sabots dorés, les oreilles ornées d'un plumeau d'aigrettes, les yeux faits, maquillés au bleu, à l'ocre, à la craie jaune, une campane d'argent sous le menton dont le carillon entraînait les autres bêtes et portant sur son dos une image de Santa Rosa de Lima. En queue, les arrieros criards, montés sur des mulets de rechange, poussaient devant eux les bêtes éclopées et celles qui ployaient sous les charges de fourrage, une équipe munie de frondes et de sarbacanes qui veillait à la bonne tenue en ligne du troupeau et à la marche régulière de la caravane, frappant les bêtes de loin d'un coup de pierre pour les faire rentrer dans la file ou envoyant dans la tête à longues oreilles de celles qui avaient tendance à s'arrêter en chemin ou à s'écarter du sentier, d'un puissant coup de souffle, de la grenaille de plomb.  



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Message par Tristram Sam 3 Oct - 11:46

Du beau Cendrars, que j'ai relu il n'y a pas si longtemps :
« …] maître de ma vie, dominant le temps, ayant réussi à le désarticuler, le disloquer et à glisser la relativité comme un substratum dans mes phrases pour en faire le ressort même de mon écriture, ce que l’on a pris pour désordre, confusion, facilité, manque de composition, laisser-aller alors que c’est peut-être la plus grande nouveauté littéraire du XXe siècle que d’avoir su appliquer les procédés d’analyse et les déductions mathématiques d’un Einstein sur l’essence, la constitution, la propagation de la lumière à la technique du roman ! »

« Écrire n’est pas mon ambition, mais vivre. J’ai vécu. Maintenant j’écris. Mais je ne suis pas un pharisien qui se bat la poitrine parce qu’il se met dans un livre. Je m’y mets avec les autres et au même titre que les autres. Un livre aussi c’est la vie. Je ne suis qu’un con. Et la vie continue. Et la vie recommence. Et la vie entraîne tout. Je voudrais savoir qui je suis ?...
Perdu en mer, je me demandais souvent : "Et si je mets la mer en bouteille, continue-t-elle à être la mer ou n’est-ce qu’une bouteille d’eau sale et salée ?" Mettez la vie en cercueil, est-ce la mort ? Non, n’est-ce-pas, mille fois non ! C’est un redoublement de vie, une explosion, un éblouissement, un grouillement d’une véhémence telle [… »
Blaise Cendrars, « Bourlinguer », « Gênes »

« …] je veux vivre, et j’ai soif, j’ai toujours soif… L’encre d’imprimerie n’étanchera jamais cette soif. Il faut vivre d’abord. »

« Parlez-moi de beau langage, de style et de grammaire. Et c’est pourquoi l’écriture n’est ni un songe ni un mensonge. De la poésie. Donc, création. Donc, action. Et l’action seule libère. Sinon, il se forme un court-circuit, l’univers flambe et tout retombe dans la nuit de l’esprit. »
Blaise Cendrars, « Bourlinguer », « Paris, Port-de-Mer »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par animal Sam 3 Oct - 12:35

ça donne envie de plus découvrir cet auteur à la personnalité très épaisse. independance - Blaise Cendrars 1252659054

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Message par Bédoulène Sam 3 Oct - 14:37

Il faut absolument que je revienne à Cendrars, merci Aventin ! (je te lirai plus précisément après ma lecture)

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Message par bix_229 Sam 3 Oct - 15:52

Cendrars est un auteur très étonnant, en ceci qu'il a inventé une partie de ce qu'il raconte, alors
meme qu'il certifie que tout est vrai.
Alors, si on l'apperécie, il faut admirer la force de son imagination, et, au delà de la vérité,
l'authenticité qui emporte l'adhésion.
Le lecteur a seulement besoin d'etre convaicu et enchanté. Comme il l'était, enfant lorsqu'on
lui lisait des contes.
Lire l'article sur l'invention du mythe.

https://www.letemps.ch/culture/blaise-cendrars-fabrique-dun-ecrivain-mythique
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