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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Henri Bosco

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Message par Silveradow le Jeu 20 Fév - 19:29

mais non c'est pas grave, on ne va pas se prendre la tête pour si peu Wink
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Message par Nadine le Sam 22 Fév - 0:52

Oh oui ce n est pas grâve Smile
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Message par Tristram le Mar 14 Avr - 21:56

Le Trestoulas

humour - Henri Bosco - Page 5 Le_tre10


Encore une histoire de pesquiés (voir Le mas Théotime, ouvrage qui suivra) : celui du Trestoulas, dans une montagne du Lubéron, et la Conque de Peypin-d’Aygues, village en contrebas. Ce dernier bassin aux rives arborées ramentoit celui de Cucuron, représenté en mosaïque par Chamaco.
« ‒ Savez-vous combien il y a d’eau dans la Conque, en ce moment à demi-étiage ?
Je fis signe que je l’ignorais.
‒ Exactement 7.284 mètres cubes, et c’est la meilleure eau du Lubéron, depuis le Castellet jusqu’à Maubec. Que dites-vous de ça ?
Je me récriai d’admiration.
‒ Une eau, poursuivit-il, qui grimpe facilement dans les sèves ; une eau qui fait pousser le pois-chiche, le céleri, la tomate, l’asperge, l’aubergine et le haricot, comme ils poussaient au Paradis terrestre ; une eau qui vous cuit un poireau en dix minutes ; une eau qu’on ne boit pas, mais qu’on déguste ; une eau qui vous humecte l’estomac, qui vous lave les reins et qui vous charme la vessie ; une eau où mousse le savon ; une eau, mon cher, sans laquelle tous ces vergers, tous ces potagers, tous ces jardins pleins d’abricots, de pêches, de cerises, de prunes, ne seraient qu’un désert de cailloux et de gratte-culs. »
L’ambiance est assez lourde à Peypin-d’Aygues (qui existe réellement, pas loin de Vitrolles).
« Je ne veux pas dire par là qu’on vous épie. Dieu m’en garde ! mais on vous voit. Par contre, vous (et c’est tout naturel) vous ne voyez personne. »
Monsieur André, le narrateur, est un homme de passage, un peu comme celui d’Un Rameau de la nuit, et un grand flâneur-fouineur enquêtant sur un énigmatique secret.
L'attente est un des grands ressorts d’Henri Bosco.
« Car un village provençal est avant tout un groupement humain fait pour attendre. Aussi on y attend toujours quelqu’un ou quelque chose, même quand il n’y a aucune raison valable à cet espoir. »
Il fait preuve d’un humour plein de tendresse pour ses personnages, tel Aurélien Bayrols, le cantonnier « qui n’a jamais balayé un mètre carré de chemin ni enlevé dix grammes de crottin sur sa brouette » :
« ‒ Voyez-vous, me dit-il, il n’y a pas de métier plus pénible que le mien. Il faut tout le temps que je défende ma tranquillité. »
On trouve aussi un répertoire du parler local dans les expressions de Brigitte, bonne et commère :
« Est-ce que vous allez rester là avec vos deux mains dans les poches à regarder, tout badant comme un bédigas, ce galapian et cette courrentille décrocher des melons aux arbres ? »
Le mécanisme de la « victime expiatoire » est décrit, même si le rôle du "bouc émissaire" n’est pas toujours tenu par la même personne dans les rumeurs de cette petite communauté.
Le récit est curieusement enchâssé dans celui d’un second narrateur, en bateau dans une calanque de Porquerolles. Le violent drame final dans la caverne-citerne augure également d’Un Rameau de la nuit.

L'Habitant de Sivergues

Pour le même prix, on a droit à un deuxième roman.
Sivergues est également un petit village perdu, perché dans le massif du Lubéron, non loin de Peypin-d’Aygues ; ici, il est à l’abandon. Une ferme de Gerbaud existe dans les parages du mas de Gerbaut chez Bosco.
Souvenirs d’enfance du narrateur (voire de l’auteur) concernant « le Petit Berger », un pauvre vieillard solitaire venu d’une montagne du Lubéron au bord de la Durance. Là aussi revient le thème de l’attente, si présent chez Bosco.
« Ils créèrent en moi une curieuse habitude d’esprit qui était d’attendre. Quoi ? Quelqu’un, quelque chose... J’attendais. J’attendais gratuitement, pour le plaisir d’attendre, sans espoir précis, quelquefois d’une âme grave, rarement d’une âme éperdue, le plus souvent avec un peu d’angoisse et beaucoup de patience. »
Est encore vif le souvenir des parpaillots, sans doute les vaudois du Luberon, protestants piémontais arrivés là au début du XVe siècle.
« On raconte qu’ils avaient fait du mal à la Mère de Dieu. »
J’ai aussi découvert le potager (de cuisine), appareil de cuisson ancestral en maçonnerie, sole de cuisson ajourée, chauffée par des braises placées dans les creusets en partie basse.
« Il y avait bien un petit feu de charbon de bois dans le trou du potager, mais il luisait à peine sous la cendre dont, par économie, Gasparine l’avait recouvert. »
L’épargne :
« Cette sauge, c’était une liqueur de ménage dont six gros bocaux parfumaient le placard, depuis des années. On n’y touchait pas, de crainte d’en manquer un jour. »
L’armoire :
« Dans cette structure de temple, se logeait une sorte d’âme ramassée, l’entêtement d’une pensée massive. »
Encore le thème du double dans le miroir :
« Et cependant il y avait là en moi, quelque chose qui n’était plus moi. On aurait dit que ma figure débordait sur ma figure, que mes yeux, à travers mon regard, laissaient passer un autre regard, et que, pour tout dire, je n’étais plus seul. »
Un drame se dénoue dans la montagne, mystérieux, nocturne. Mais ce texte pèche par quelques incongruités (Martial est la bonté incarnée, sa femme un avatar maléfique) et surtout trop de péripéties accumulées en imbroglio à la Rouletabille ‒ mais cela se lit avec plaisir, et même avidité à cause du suspense.

Mots-clés : #ruralité #traditions

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Message par Bédoulène le Mar 14 Avr - 22:09

il y a un bassin à Peypin d'aygues ?

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Message par Tristram le Mar 14 Avr - 22:32

En réalité, je ne sais pas. Bosco a gardé des noms, réorganisé sa Provence et son Lubéron.

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Message par ArenSor le Dim 31 Mai - 20:09

Monsieur Carre-Benoît à la campagne (1947)

humour - Henri Bosco - Page 5 Monsie10

Livre peu connu. En cause, les politiques d’édition qui font que ce roman n’a pas été publié depuis 1951 ! Il est donc très difficile à trouver. Pour ma part, j’ai dégoté l’édition originale de « Charlot » à Alger. C’est un exemplaire imprimé sur du papier de « guerre » exécrable, marron, cassant et ponctué de taches de bois.

Fulgence Carre-Benoît, récent retraité de l’administration, arrive aux Aversols, un village du Lubéron, en partie déserté par l’exode rural. Il vient prendre possession d’une vaste maison dont sa femme, Herminie, vient d’hériter.
M. Carre-benoît est la caricature du rond de cuir routinier et borné. Tout est parfaitement réglé dans sa manière de vivre :

« Il ne dormait jamais par plaisir, mais par utilité, pour prendre du repos. Il avait calculé le volume et le poids du sommeil nécessaire au bon fonctionnement de sa vie organique et morale. Il en avait réglé l’administration avec rigueur. Comme rêver c’est perdre du sommeil, il en avait exclu les rêves. Quand on dort, on dort. Tout sommeil qui se laisse séduire par un rêve n’est qu’un sommeil manqué, une parodie de sommeil. »

Rapidement, ce monsieur venant « de la ville » en impose aux habitants du village qui le choisissent comme maire. Il crée même un « bureau » sur la place principale :

« - M. Fulgence, le premier, a fondé un Bureau aux Aversois. Vous m’avez demandé de quoi s’occupait ce Bureau, monsieur ? Que vous répondre ? Il faudrait voir monsieur Fulgence. Alors vous comprendriez. Car ce Bureau, c’est le Bureau, le Bureau-type, le Bureau qui montre au village (si arriéré, monsieur !) ce qu’est un Bureau fonctionnant, avec sa table de Bureau, ses tampons de Bureau, son classeur, son chef de Bureau, son travail de Bureau, son atmosphère de Bureau, sa vie de Bureau, pour tout dire. Et tout cela, monsieur, sans aucune nécessité. »

Monsieur Carre-benoît s’y rend ponctuellement chaque matin pour s’y livrer à ses occupations favorites :

« M. Carre-Benoît ne répondit pas tout de suite. Il avait entendu le toc, mais il grattait. Il grattait, d’un grattoir prudent, une tache minuscule au bas de la page 14, registre : GRATIFICATIONS. Il grattait comme on doit gratter, avec l’art subtil du gratteur, usant du fil seul de la lame, sans appuyer. Il grattait juste sur la tache, évitant la bavure et l’ébouriffement. Il n’enlevait qu’une pellicule légère sur laquelle, de temps en temps, il soufflait à petits coups secs. Il redoutait le trou, ennemi du gratteur et honte du registre. Aussi, la tache peu à peu pâlissait-elle, et bientôt l’encre disparut. On ne vit que les fibres fines et légèrement cotonneuses. Aussitôt, promenant le manche poli du grattoir sur le petit rond bien gratté, M. Carre-Benoît lui rendit son lustre. Puis il se recula, cligna de l’œil, fut satisfait de son travail et dit, à haute voix :
- Entrez ! »

A l’inverse de monsieur Carre-Benoît, maître Ratou, le notaire, aime la nuit, les signes du destin qu’il perçoit avec une étrange acuité. Il cultive le mystère et d’étranges « ombres » rôdent dans son sillage :  

« Il était minuit. C’est alors que quelqu’un passa et l’aperçut. On n’a jamais su qui. Ce n’était qu’une sorte d’ombre, longue, dégingandée et chaussée de légères espadrilles. L’ombre gratta contre un volet ; le volet s’ouvrit ; on conciliabula. La croisée de Me Ratou s’émut à son tour. Il en vint un chuchotement. L’ombre fit un grand geste à travers la lune. Puis les volets se refermèrent. La lune s’en alla. L’ombre s’évanouit. Tout se tu. »

« Enfin tout ! l’incompréhensible, l’étrange, jusqu’à l’anonymat de l’Ombre, et ces mouvements du mystère qui savent si bien, d’une porte, d’un volet ou d’un pan de mur, détacher d’insolites présences, et tirer, d’un objet inanimé, une âme hésitante, qu’un rien effarouche. »

« C’était l’heure où l’axe du monde équilibre, au milieu du ciel d’été, par masses douces, dans l’air assoupi de la nuit, les planètes et les étoiles. Alors l’exaltation des figures célestes atteint les pointes les plus hautes du bonheur sidéral, et chaque créature exhale fugitivement, mais avec douceur, tout son être nocturne. L’accord se fait du roc, de la plante, des bêtes, à la splendeur de l’univers étincelant et sombre. »

« Car l’idée fixe n’est pas fixe. Elle le paraît. C’est par rapport à vous qu’elle ne bouge pas ; mais, par rapport au sens commun, elle fait tellement de cabrioles qu’elle sort des bornes permises ; et elle vous entraîne avec elle aux chimères, sans que vous en ayez le moindre sentiment. Vous croyez être toujours là, entre le guéridon et le fauteuil Voltaire, tandis que vous flottez ailleurs, entre Betelgeuse et Aldabaran, ou même plus loin. »

Etre ambivalent, maître Ratou est sous la figure tutélaire du chat dont il partage le mystère et le fuyant. Capable de faire le bien pour ceux qu’il estime, sa part d’ombre est néanmoins inquiétante et il tisse des pièges mortels pour les autres. Cet aspect est parfaitement rendu avec la métaphore des souterrains, typique de l’art de Bosco :

« Il y a dans les caves des maisons à la campagne, beaucoup plus qu’on ne pense, de vieux souterrains désaffectés. Il suffit d’un plâtras qui tombe pour en révéler l’existence. Mais généralement, après avoir reniflé l’air moisi qui sort de l’orifice, et parlé d’oubliettes, on mure le trou. Pourtant le souterrain est là, sous vos pieds, ténébreusement enfoncé dans la terre. Qu’un curieux, un maniaque, un imaginatif le découvre sous la maison, et le voilà en possession d’un instrument magique. Car dés lors, il a mis la main sur le monde des issues secrètes. Or celui qui sait se garder une issue inconnue des autres hommes passe à l’invisibilité. Il pénètre dans une vie double. Ce que montre sa face de lumière voile ce que contemple sa face d’ombre. Il acquiert le goût de l’attente. Il connait la vertu des longs silences ; les conseils que fournit l’obscurité le troublent, sa pensée ne vit plus que d’arrière-pensées, il est hanté par le souci des richesses clandestines, et bientôt son esprit ne tient plus à ce monde que par le génie de la nuit. »

Représentant de la poésie, du sacré, maître Ratou ne peut qu’entrer en conflit avec monsieur Carre-Benoît. L’évènement déclencheur sera l’abattage du vieux peuplier Timoléon :


« - Il est vrai, je le sais, que l’arbre n’est pas libre. Il tient par ses racines aux nécessités de l’humus, et c’est, dans l’esclavage où le contraint le sol, qu’il doit vivre jusqu’à sa mort, là où il est né, avec patience. Mais, monsieur Tavelot, l’avez-vous écouté ? Et saurions-nous, sans lui, ce que disent, sur notre tête, tous les souffles des vents ? Les vents sont libres. Or cette voix des êtres libres qui, violents ou doux, chaque jour, travaillent nos terroirs et animent nos sangs, l’aurions-nous jamais entendue aux Aversols, sans la présence du feuillage séculaire que leur offrait le peuplier Timoléon ? Que seraient ces souffles de l’air s’ils n’apportaient que la caresse ou la dévastation à nos campagnes ? Des bruits ou des murmures passagers, et rien de plus… Mais par leur croisement et leur contact avec la feuille, qui, tout en chantant, tient à l’arbre, c'est-à-dire au génie du corps, ils enfantent l’appel et le gémissement, la musique et la confidence, par où s’expriment la pensée et le sentiment de la terre maternelle. Pour que puissent fleurir les communautés d’hommes, il faut que cette pensée et ce sentiment leur restent accessibles. Ici, on n’y accède plus, et le vieil arbre, qui parlait des antiques vertus civiques et des lois naturelles, en vain chantait pour ce village, oublieux de ses privilèges et de ses devoirs. Maintenant, on n’entendra plus la voix des Aversols. Timoléon est mort. Et ceux qui l’ont tué, par sottise, par ambition, par cupidité, sont les maîtres. »


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Message par Tristram le Dim 31 Mai - 20:23

J'espère que j'ai gardé quelque part mon exemplaire !
Curieusement, ce qui m'en reste parle d'autre chose :
« Mais, pour comprendre qu’on est seul, il faut de singulières qualités, tant de l’âme, pour en souffrir, que de l’esprit, pour illuminer sa souffrance. »
Henri Bosco, « Monsieur Carre-Benoît à la campagne », IX

« Comme toutes les chairs de feu, tous les cœurs despotiques, elle ambitionnait de servir, mais ne concevait d’esclavage que passionné. Asservie, Léontine Chicouas restait redoutable. Devant de pareilles esclaves, seuls résistent, et se font aveuglément servir, les cœurs de bois. »
Henri Bosco, « Monsieur Carre-Benoît à la campagne », XII

« Plus d’amour et voilà l’oubli. Dans la vie, c’est déjà un accroc de la mort. Ils ont tout oublié, par mollesse, laisser-aller, indifférence. »
Henri Bosco, « Monsieur Carre-Benoît à la campagne », XVIII

« Le propre de la possession est de rendre indistinct le possesseur du possédé, et ainsi l’acte de la faute. Car fatalement on agit ; on est deux en un, et ça gêne ; et cet excès de soi se manifeste par des actes habituels aux excédés, qui sont déraisonnables. »
Henri Bosco, « Monsieur Carre-Benoît à la campagne », XXI

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Message par animal le Dim 31 Mai - 20:31

Dommage que ce soit la galère à dénicher, vous donnez envie !

Prier Saint Gallimard ça doit être aussi utile que les histoires de physiologie et de violons non ?

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Message par Aventin le Lun 1 Juin - 18:52

Tout + 1 avec l'anipanda, vous donnez vraiment envie !
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Message par Tristram le Lun 1 Juin - 19:03

Quand je serai autorisé à rentrer en métropole, je le chercherai (sans garantie).

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Message par Tristram le Lun 13 Juil - 20:50

Malicroix

humour - Henri Bosco - Page 5 51f86g10

Le narrateur, Martial de Mégremut, cette amène famille de paisibles bons vivants des vergers dans les collines, hérite d’un parent éloigné, Cornélius de Malicroix, la Redousse, une île du Rhône en Camargue. Pour que le maigre domaine lui reste, il doit y vivre seul (avec le farouche Balandran, berger déjà au service de Cornélius) pendant trois mois, ainsi que le lui apprend lors d’une visite sur les lieux maître Dromiols, accompagné d’Oncle Rat, lui-même d’une famille historiquement serve de celle du notaire…
C’est donc une histoire de solitude, d’introspection et de patience, de rapport au temps qui passe, aussi d’immersion dans une nature où les éléments trouvent toute leur puissance ‒ fleuve, pluie, vent, tempête (on est en automne), neige (on est bientôt en hiver), arbres, mais aussi feu de l’âtre, Bréquillet le briard ‒ et c’est autant de magnifiques descriptions lyriques.
« Car tout (je le savais), dans cette aventure insolite, dépendait du temps. »

« L’inquiétude des eaux naîtrait qui, avec celle des forêts, est sans doute la plus antique et la plus angoissante au cœur de l’homme. »
L’île sur le Rhône est orientée dans l’axe du fleuve du Nord au Sud, en amont où un roc, « l’écueil du Ranc », a permis sa formation alluviale alimentée par les Alpes, à l’aval où une lagune limoneuse donne sur la mer.
Il y a aussi le mythe, celui du taureau blanc des Rambard (des voisins manadiers), à l’origine de la rencontre dramatique de Cornélius avec Delphine d’or, qu’il épousa et qui se noya peu après lors d’une traversée du Rhône en bac.
« Ainsi se forment lentement, chez ces êtres qui vivent seuls, à longueur de journées, de mois, de saisons et d’années méditatives, le goût et le besoin de la vision, la secrète passion des figures surnaturelles… Car on a vu ici des demi-dieux…
[…]
‒ Sait-on jamais ? Ici le moindre souffle est une voix, l’ombre la plus banale, une présence. Un reflet sur l’eau, un nuage, deviennent aussitôt l’origine d’un mythe ou évoquent quelque légende. Les vieux cultes ne sont qu’assoupis sous cette terre. Il suffît quelquefois d’un rien pour les éveiller inopinément. Et alors vous voyez surgir les croyances les plus étonnantes…
‒ Lesquelles ? demandai-je.
Il baissa la voix, s’inclina vers ma chaise et dit :
‒ Celle de la bête, surtout.
‒ Le taureau ? demandai-je. »

« Au loin, le passeur. À peine un homme, une Ombre. »
Il y a encore le mystère… le codicille, avec l’ultime épreuve…
Martial est un studieux, partagé entre l’aimable « tribu » des familiers Mégremut, doux et raisonnables, et la violence sauvage et ténébreuse de la race pratiquement disparue des Malicroix, car il participe des deux sangs. (Il y aurait beaucoup à dire des heureux et bienveillants Mégremut ‒ des sortes de Hobbits ‒, et il semble que Sylvius, paru la même année, leur soit consacré.)
« Botaniste, agronome, horticulteur, herboriste, que sais-je encore ?… »
‒ Jardinier, dis-je doucement. »

« Je sais attendre, et même d’une attente pure, celle qui n’attend rien, dont le seul objet est d’attendre. Le temps ne passe plus : il dure, mais sans fissure perceptible, et dès lors rien n’est lent ; nul ennui ; l’on repose. Tout étant devenu possible, on ne redoute ni n’espère ; et l’âme ne tient au futur que par l’éventualité, mais purifiée de toutes ses formes. On jouit de ce qui est, merveilleusement, ce qui vient, plus qu’à l’ordinaire, étant lent à venir. Quelque chose en nous se révèle, sensible au monde du silence, monde frémissant au delà des ondes sonores dont il enveloppe et compose, pour les atténuer et les confondre, les vibrants messages. »
Martial, qui dans sa « terreur des eaux » craint le fleuve puissant et « noir », et qui bizarrement n’explore guère son nouveau domaine, pense dans un premier temps renoncer à son héritage après un court séjour de « courtoisie » ; c’est l’occasion de belles notations psychologiques.
« Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d’elles-mêmes. Le débat du pour et du contre pèse peu en regard de cet obscur cheminement. L’acte de la volonté dure ne se détache pas de nos hésitations, pour les trancher. On ne s’aperçoit pas qu’on a pris un parti, mais on fait tous les gestes qu’il comporte, insensiblement. On s’engage ainsi, par l’action la plus modeste, dans un mouvement d’actes simples et naturels qui se précisent peu à peu. Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé. »
Bonheur d’expression :
« J’avais l’impression déroutante de ces choses déjà vues, que l’on sait n’avoir jamais vues. »
Martial a beaucoup de rêves, quelques hallucinations et même un délire fébrile ; curieusement, il se réveille souvent à minuit, comme c’était paraît-il la coutume au Moyen Âge.
J’ai noté une particularité de l’écriture de Bosco : certains évènements, à peine relatés, sont repris dans un second passage qui les expose sous un angle nouveau, ou plus fouillé.
Plus je pratique Bosco, et plus je suis sous le charme. C’est un peu contre-intuitif, mais l’accoutumance à sa forme d’écriture, une sorte d’acceptation préalable et de suspension critique de ma part, me permettent d’approfondir et d’apprécier plus pleinement son œuvre.

Mots-clés : #fantastique #huisclos #initiatique #solitude

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Message par Bédoulène le Mar 14 Juil - 10:31

je te lirai plus tard Tristram, j'ai prévu (encore) cette lecture

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