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Lance Weller

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Message par topocl le Sam 10 Déc 2016 - 11:09

Lance Weller
Né en 1965

nature - Lance Weller Images13

Lance Weller est né en 1965 à Everett dans l'État de Washington. Il est l’auteur de plusieurs nouvelles qui lui ont valu diverses récompenses littéraires et a été nominé pour un Pushcart Prize. Wilderness, son premier roman, a été publié en 2012 aux États-Unis et Lance Weller vient d'achever la rédaction de son second roman. Il vit à Gig Harbor, dans l’État de Washington, avec sa femme et ses chiens.

En français

2012 : Wilderness
2017 : Les marches de l'Amérique

(Maj le 04/04/2020)


Dernière édition par topocl le Dim 11 Déc 2016 - 9:36, édité 2 fois

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Message par topocl le Sam 10 Déc 2016 - 11:11

Wilderness


nature - Lance Weller Captur69

Fatigué, malade, désespéré de souvenirs, le vieil Abel se met en marche avec son chien Buster, au crépuscule de sa vie. Lance Weller raconte sa longue marche et entrecoupe ce récit de l’histoire de cet  ancien soldat sudiste de la Guerre de Sécession. Les péripéties qu’il rencontre au fil de son voyage, où il croise des hommes bons et de fieffés coquins, montrent que, si la guerre a changé les textes, elle n’a pas changé tous les hommes.
En parallèle à ce parcours, en chapitres alternés, Lance Weller rapporte la bataille de Wilderness, l’une des batailles les plus meurtrières de cette guerre, et c’est un récit de guerre passionant à la fois instructif et bouleversant . Abel, marqué à vie par ces atrocités, en est  aussi changé dans son cœur,

Ce que je retiendrai (peut-être ) de ce livre, c’est, au sein d ‘une telle violence, la douceur rude des relations entre certains individus, le compagnonnage d’un homme avec son chien. C’est aussi la nature, personnage premier du roman face à la dureté des hommes. Une nature sauvage et somptueuse, alternativement hostile et salvatrice, à laquelle les hommes se mêlent intimement, qui les emplit, les nourrit, les fait rêver, par ses bruits, ses couleurs, ses lumières. Ah ! les lumières et leurs changements, c’est époustouflant. J’ai retrouvé souvent l’émotion étrange et la poésie douloureuse du Dormeur du val.

Il y a là une émotion troublante, qui monte peu à peu et s’épanouit dans une fin d’un lyrisme magique, l’histoire d’une humanité retrouvée. Car comme Abel dans sa solitude assumée, nous nous raccrochons aux mains tendues pour ne pas sombrer dans le désespoir d’un monde terrifiant.


 
wikipedia a écrit:  La bataille de la Wilderness est une bataille de la guerre de Sécession qui se déroula du 5 au 6 mai 1864 entre les armées du général nordiste Ulysses S. Grant et celle du général sudiste Robert E. Lee

   Lors de l'hiver 1863-1864 les armées nordiste et sudiste avaient hiverné à quelques kilomètres de distance, séparées seulement par la Rapidan river. Dès le retour du printemps, le général Grant avait tenté sans succès de déloger Lee de ses positions, mais ce dernier savait que le but du général nordiste était de l'entraîner dans la Wilderness, une zone forestière sombre et dense de 180 km², déjà théâtre de furieux combats lors de la bataille de Chancellorsville un an plus tôt. Lee laissa les fédéraux traverser la Rapidan River pour pouvoir les attaquer de flanc alors que les nordistes passeraient dans la Wilderness. C'est ainsi que le 5 mai les avants gardes des deux armées se rencontrèrent. À la fin de la bataille, les deux armées n'ont ni progressé ni reculé. Mais pour la première fois depuis le début de la guerre, un général nordiste, malgré de lourdes pertes (17 000 nordistes et 10 000 sudistes), ne bat pas en retraite et se prépare à mener une autre bataille.

   La nature du champ de bataille — une forêt — fut la cause de tirs fratricides fréquents. De nombreux incendies furent fatals aux blessés qui n'étaient plus en état de se déplacer.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nature #guerre


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Message par topocl le Sam 10 Déc 2016 - 11:12

Wilderness

nature - Lance Weller Captur69
 
Le champ de Saunders était un chaudron en ébullition, les arbres sombres qui le bordaient se balançaient et se heurtaient comme sous un grand vent, comme si quelques créatures proprement monstrueuses rôdaient entre les troncs tandis que des milliers de balles déchiquetaient leurs branches, tandis que les boulets de canon les démembraient. Dans de grands gémissements, leurs racines s'arrachaient du sol marécageux. Des colonnes de fumée s'élevaient, formant de grosses volutes sombres et le soleil s'éteignit. Des hommes tombaient dans le champ, des hommes tombaient sur les remblais rebelles, des hommes tombaient sur la Vieille Route de Pierres où une section d'artillerie de l'Union tirait dans les arbres et dans le dos de ses propres soldats. L’air lui-même était brûlé, et on entendait enrichissement incessant, comme celui d'une chaudière chargée jusqu'à la gueule et chauffée à blanc. Des éclaboussures rouges sur l'herbe, des taches rouges sur la route.
 
 À ce moment-là, le chariot s’arrêta près de la remise et elle entendit la voix de Glenn, tranquille, profonde, avec cette sorte de calme assurance douce et mélodieuse qu’elle aimait tant. Il parlait à Emerson, lui disant que c'était un bon cheval, et sa voix était si tranquille que c'était une émotion chuchotée plutôt qu'un véritable discours.

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Message par Bédoulène le Sam 10 Déc 2016 - 22:19

merci Topocl tu me fais encore envie avec tes lectures (sympa la photo d'auteur accompagné du chien et bien dans le sujet)

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Message par topocl le Sam 1 Juil 2017 - 15:12

Les marches de l'Amérique

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Qui pourrait avoir envie de se trouver dans un endroit pareil, à part des sauvages et des idiots ? Et qui, à part eux, pourrait avoir envie de revendiquer ce territoire ?
Tom prit alors la parole et leur dit que ce n'était encore rien d'autre que des marches frontières, rien d'autre qu'un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. Il leur dit que c'était par le fer, le feu et le sang, qu'on ferait de ce pays autre chose que des marches sauvages, et qu'on pouvait compter sur les hommes pour cela, parce que c'est ce qu'ils faisaient toujours : partout où ils allaient, les hommes apportaient avec eux le fer, le feu et le sang.

Ils sont trois à avancer dans la Prairie, cette zone de solitude et de non-droit entre les Etats-Unis et le Mexique. Chassés par une fatalité dont la dernière page révélera l'ironie, surveillés par les Indiens, croisant des tueurs à gage, trainant leur désespoir et leur noirceur.
Trois avec leur chariot avant que la roue ne casse, trois avec leur mule avant qu'ils ne soient obligés de la manger, trois à avancer coute que coute pour croire que la vie a un but, (qui est peut-être seulement de croire que, malgré l'adversité, "nous sommes tous aimés" et cela suffit). Trois enfants jetés sur le chemin d'une vie féroce, qui ont décidé de ne pas se laisser faire, tout en sachant que même cela ne suffira pas. Dans ce pays naissant déjà en guerre, il faut savoir sauver sa peau, autrement dit dégainer avant de réfléchir. Ils l'ont compris.

Tom , le taiseux migraineux et philosophe visionnaire, trainant comme un fardeau sa réputation de tueur impitoyable, Flora, l'ex-esclave prostituée par son maître, belle jusque dans la haine et la vengeance, et Pïgsmeat, aussi laid que son curieux prénom, l'ami de toujours ,  sa bienveillance, son humour (et son colt) en bandoulière, bien que hanté par l'horreur de la guerre contre les Indiens à laquelle il a participé, et par son amour perdu.

Tom répondit qu'il en savait un bout sur les bonnes choses qui deviennent mauvaises

Splendide ballade dans les solitude de l'Ouest,  Les marches de l'Amérique allie une noirceur et une violence assez rares à une sensualité exceptionnelle : on est envahi d'espaces, de couleurs, d'odeurs, de lumières, portés  par l'écriture de Lance Weller: ample, poétique, lyrique.
Ses héros sont des losers débordants d'amour inentendu, condamnés par leur époque et leur territoire à l'errance; il sont en perpétuelle quête d'absolu, et la vie ne leur offre que la misère et la haine. Les marches de l'Amérique est un roman sombre, très sombre, désespéré même, qui montre l'envers des pionniers riants et enthousiastes qu'on nous sert trop souvent. Certaines scènes sont insoutenables de violence, à laquelle la générosité et l'humanité de l'auteur confère une beauté majestueuse.

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Message par Bédoulène le Sam 1 Juil 2017 - 16:51

merci topocl ton commentaire me fait vraiment envie (la médiathèque le propose donc...)

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Message par topocl le Sam 1 Juil 2017 - 16:59

Si tu as le choix, Wilderness est encore meilleur. Plus romanesque alors que là c'est plus un road-movie. Mais il est très bon , tu l'as compris!

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Message par Avadoro le Mer 8 Jan 2020 - 23:47

nature - Lance Weller 1494-c10

Les marches de l'Amérique

Lance Weller évoque avec beaucoup d'intensité et de fièvre la violence qui a accompagné la construction des Etats-Unis au cours du XIXème siècle, alors que la frontière avec le Mexique se définit dans l'incertitude et la douleur, avec une brutalité infinie, confrontant l'enfance à une souffrance silencieuse qui précipite une révolte et une colère particulièrement poignantes.

Les trois protagonistes du roman sont tous marqués par ce legs d'un déchaînement de noirceur, qui menace d'inscrire une vie dans une voie sans issue, sans confiance, sans respiration. Leur capacité à surmonter des drames, à refouler une haine de soi, apparait admirable d'obstination même si la perception d'une solitude insondable reste une déchirure constante.
C'est cependant à travers leur rencontre qu'apparait la possibilité d'un lien, jusqu'à un morceau d'apaisement. La dimension sombre, tétanisante du récit s'efface alors momentanément devant la promesse d'une humanité, qui émeut dans sa simplicité et sa fragilité.
J'ai tout de même préféré Wilderness, dont la lecture est plus fluide, moins rigide mais Les marches de l'Amérique apporte un regard extrêmement dense et significatif sur les blessures enfouies d'une identité américaine.
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Message par Bédoulène le Jeu 9 Jan 2020 - 8:42

merci Avadoro, 2ème avis retenu (je crois que je vais faire un tirage aléatoire sur les livres de mes envies ! )

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Message par topocl le Jeu 9 Jan 2020 - 11:02

@Avadoro a écrit:J'ai tout de même préféré Wilderness,
Moi aussi Very Happy

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Message par Bédoulène le Jeu 9 Jan 2020 - 17:12

j'ai compris Smile

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Message par Tristram le Dim 26 Jan 2020 - 22:42

Wilderness

nature - Lance Weller Captur69

Peu à ajouter au commentaire de Topocl, à ce douloureux cheminement d'Abel Truman le vieux soldat ‒ le "bon" cadet, le "vrai homme".
Un magnifique roman (mais peut-être avec un peu trop d'artifice dans le savant découpage chronologique et le suspense ?)
« C’est ce que les hommes doivent faire. C’est leur vrai travail.
‒ Quoi donc ?
‒ Assumer la responsabilité qui leur revient et laisser le reste de côté.
‒ Alors, le truc consiste à trouver ce qu’on peut sans problème laisser de côté, on dirait.
Oyster Tom haussa les épaules.
‒ J’sais pas, dit Abel en secouant la tête. J’crois que la plupart des gens s’occupent plus de rien à part d’eux-mêmes.
Oyster Tom lui rétorqua qu’ils ne parlaient pas des gens, mais des hommes. Il était d’accord sur le fait que la plupart des hommes n’étaient responsables que d’eux-mêmes, et encore n’y parvenaient-ils que médiocrement. Pour lui, la tâche première d’un homme était de prendre en charge les personnes qui lui étaient chères et tout ce à quoi il tenait, et ça, c’était quelque chose que les femmes comprenaient et savaient faire sans qu’il soit nécessaire de le leur dire. C’était une chose que les femmes attendaient de leurs hommes, et c’était la raison pour laquelle la vie de la plupart d’entre elles était pleine d’un chagrin infini. »

« La Wilderness s’étendait devant eux, parsemée de nuages d’une fumée malfaisante qui s’élevait lentement, et le soleil en fut obscurci et les ombres s’allongèrent. »

Mots-clés : #guerre #historique

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Message par Bédoulène le Lun 27 Jan 2020 - 9:08

merci Tristram, je vais y venir !

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Message par Tristram le Lun 22 Juin 2020 - 13:27

Les marches de l'Amérique

nature - Lance Weller 1494-c10

1815, année de l’éruption du Tambora (qui provoqua "l’année sans été") et de la naissance de Tom Hawkins, beau migraineux taciturne et « tueur d’hommes » (mais en fait il ne tuera que porté par les circonstances, il ne sera jamais un brigand). Puis son enfance, sa rencontre avec Pigsmeat Spence son voisin sur une terre ingrate (grand et laid par contraste), enfin leur vie ensemble sur les routes, ou plutôt dans les immensités de l’Ouest et du Sud.
Puis leur voyage de conserve avec Flora, la belle et rebelle esclave (surtout sexuelle ; sa peau est si claire qu’au premier abord les gens ne s’avisent pas qu’elle a du sang noir, et donc est une esclave), vendue, violée, prostituée.
« Cette première nuit, il lui prit tout ce qu’elle avait à donner ; tout ce qu’elle ignorait même qu’elle possédait, jusqu’au moment où il le lui prit. Tout ce qui pour elle signifiait être une enfant lui fut pris sur ces draps frais. »
Les rares paroles de Tom sont volontiers oraculaires et sentencieuses :
« Tom haussa les épaules et dit que, d’après l’expérience qu’il en avait, dans la vie tout n’était pas aussi tranché que cela. Selon lui, les dénouements étaient des choses rares et, sauf si on comptait les morts naturelles et les meurtres, il n’y avait pas de vraies fins comme dans les livres. Il la regarda, puis détourna les yeux.
‒ J’en ai fait l’expérience, dit-il doucement, les choses ont une façon bien à elles de ne pas aboutir. (Il s’éclaircit la gorge.) On m’a dit un jour que les histoires des gens leur appartenaient en propre. Que c’étaient comme des possessions qu’on ne pouvait pas leur enlever, et que personne ne pouvait s’amener tout simplement, une fois que c’était passé, et démêler le récit de quelqu’un d’autre de manière à lui donner un sens convenable. »
Tom fait une rencontre marquante avec le vieux Gaspar :
« Maintenant me voilà plus vieux que j’aurais jamais cru en avoir le droit et, tout comme toi, à chaque pas que je fais je deviens encore un peu plus vieux et plus éloigné de ce que j’étais. C’est sûrement pour ça que j’aime tant rester assis au bord d’une rivière. Je m’installe et puis je les regarde faire tout le boulot. (Il haussa les épaules et se désigna d’un geste.) Mais je vais te dire une chose. Que je sois pendu si je sais comment c’est arrivé. J’ai laissé quelque chose m’échapper, quelque part, et je me sens tellement fini que je ne sais même plus quoi faire de ma carcasse. Je suis devenu un vieillard si désagréable que j’ai du mal à le supporter. »

« Une fois que tu auras traversé et que tu seras là-bas, dans ces territoires sauvages au-delà de la frontière, rien n’aura plus de sens, sauf celui que tu donneras toi-même aux choses. Il n’y a plus aucune mesure, tout est trop vaste, le pays lui-même te tuera si tu n’y prends pas garde. L’herbe, les pierres, le temps, sans parler des hommes que tu rencontreras au milieu de tout cela. »

« À mon avis, ce qu’il te reste à faire maintenant, c’est trouver une façon de vivre avec ce que tu as fait. Mets de côté la question du bien et du mal. Maintenant, c’est fait. Alors ce que tu dois faire en attendant, c’est trouver une façon de tenir toute une journée, puis celle d’après, puis toutes celles qui vont suivre parce que, aussi sûr que je suis assis là avec mes douleurs, tu vas devoir tuer à nouveau. »
Ce roman d’aventures à fond historique est publié dans la collection "NATURE WRITING" chez Gallmeister, ce qui me paraît abusif ; il s’y trouve cependant de belles descriptions, notamment de la prairie et surtout de son ciel :
« Il qualifia de violette la couleur du ciel [nocturne] et lui affirma qu’il n’avait pas connaissance d’un autre endroit où une telle couleur était donnée à l’obscurité.
Il s’efforçait de décrire pour elle comment la lumière d’un soir d’été se recourbait à ses extrémités, à l’horizon des étendues les plus lointaines que l’on pouvait espérer voir, et comment elle se repliait sur elle-même, imprégnée de toutes les teintes imaginables. Des bleus si bleus qu’il était quasiment impossible de les concevoir comme étant une autre couleur. Et des ors, des rouges et des oranges si exotiques, si étranges qu’ils passaient certainement par le filtre d’un air parfumé. Des éclairs de vert provenant de la lisière du monde tandis que le soleil glissait doucement. »
Le propos de cet ouvrage, c’est finalement le destin des jeunes États-Unis :
« D’après son expérience, poursuivit-il, l’Amérique ne savait pas encore ce qu’elle était, elle ne savait pas quoi faire, ni dans quelle direction aller. Elle était encore jeune, elle se cherchait encore, mais la promesse qu’elle recelait avait d’autres ambitions qu’emprunter une voie comme celle de Kirker. Il dit que c’était en tout cas ce qu’il espérait parce que la voie suivie par Kirker était celle d’une bête sauvage et non celle d’un homme. »
Et bien sûr, toujours, la violence de l’espèce :
« ‒ La guerre va là où vont les hommes, dit-il. Et les hommes vont partout. »
La narration fait la navette entre passé, présent et même futur, d’une façon assez fine pour ajouter au plaisir de lecture sans dérouter le lecteur.

Mots-clés : #criminalite #guerre #historique #nature #voyage

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Message par Bédoulène le Lun 22 Juin 2020 - 15:54

merci Tristram ! j'aime bien les lectures avec des A/R !

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Message par Tristram le Lun 22 Juin 2020 - 15:56

Là, il faut peut-être aimer le sang pour bien apprécier...

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Message par Bédoulène le Lun 22 Juin 2020 - 16:29

du sang frais ? tueries ?

un extrait saignant ?

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Message par Tristram le Lun 22 Juin 2020 - 16:43

... et scalps a gogo, j'en passe et de moins ragoûtants.

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Message par Bédoulène le Mar 23 Juin 2020 - 8:31

merci Tristram ! (comme on dit chez nous "je crains degun !) Smile

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Message par Armor le Mar 23 Juin 2020 - 13:36

@Tristram a écrit:Là, il faut peut-être aimer le sang pour bien apprécier...

Ah... Tu nous dévoiles là une nouvelle facette de ta personnalité... nature - Lance Weller 1390083676

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