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Ahmadou Kourouma

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Message par Tristram Dim 13 Juin - 0:30

Quand on refuse on dit non

corruption - Ahmadou Kourouma - Page 2 Quand_11

Ce roman inachevé constitue la suite de Allah n’est pas obligé.
« Un jour, ça viendra, je serai peinard comme un enfant de développé (développé signifie ressortissant d’un pays développé. Un pays du Nord où il fait froid, où il y a de la neige), et tous les enfants d’Afrique avec moi. »
Nous retrouvons Birahima l'enfant-soldat se réjouissant de la « guerre tribale » gagnant la Côte-d’Ivoire (19 septembre 2002) ; comme en Guinée et Sierra Leone, il assiste aux horreurs de la guerre civile :
« (En Côte-d’Ivoire, les armées loyalistes et rebelles massacrent les habitants et entassent les cadavres dans un trou. C’est ce qu’on appelle un charnier.) »

« Les charniers donnent du terreau à la terre ivoirienne. C’est le terreau des charniers qui permet à la Côte-d’Ivoire d’avoir un sol riche qui nourrit du bon café, de la bonne banane, du bon hévéa, et surtout du bon cacao. La Côte-d’Ivoire est le premier producteur du monde de cacao et produit le meilleur cacao qui fait le meilleur chocolat du monde. Faforo (cul de mon père) ! »
C’est l’époque où Gbagbo, en tête de l’ethnie Bété, organise la lutte contre les Nordistes, les « Dioulas ».
« Malinkés, Sénoufos, Mossis, Gourounsis, etc., sont kif-kif pareils des Dioulas pour un Bété. »
Le moteur de cette guerre, c’est le racisme, rationnalisé par une doctrine, variante dévoyée de la négritude, l’hallucinante « ivoirité ».
« Les Bétés sont fiers d’avoir plein d’ivoirité ; ils parlent toujours de leur ivoirité (ivoirité : notion créée par des intellectuels, surtout bétés, contre les nordistes de la Côte-d’Ivoire pour indiquer qu’ils sont les premiers occupants de la terre ivoirienne). »

« Un Dioula mort, ça faisait une fausse carte d’identité d’ivoirité en moins à fabriquer : ça faisait une réclamation de terre vendue et reprise en moins. »

« Bédié pensa au retour à la terre. Mais la terre était occupée par ceux qui la travaillaient, comme l’avait voulu Houphouët-Boigny. Voilà l’Ivoirien sans emploi et sans terre dans son propre pays. Pour faire face à cette situation catastrophique, Bédié fit sienne l’idéologie de "l’ivoirité". L’ivoirité est le nationalisme étroit, raciste et xénophobe qui naît dans tous les pays de grande immigration soumis au chômage. Partout, c’est une idéologie prêchée par des intellectuels marginaux et qui est adoptée par une couche marginale de la population. En Côte-d’Ivoire, l’idéologie de l’ivoirité devient la doctrine de l’État. »

« L’ivoirité imposait d’arracher les "fausses et vraies" cartes d’identité et de poursuivre les fonctionnaires qui les établissaient. L’ivoirité imposait de récupérer les cartes d’identité acquises pour les élections quinquennales. »
C’est aussi un conflit religieux, le Sud étant chrétien (cf. la cathédrale de Yamoussoukro), et le Nord musulman.
Je vivais en Côte-d’Ivoire à cette époque ; les évènements me paraissaient délirants, et cette lecture me les ramentoit en authentifiant leur réalité : les « quatre principaux leaders ivoiriens : le président Gbagbo, Ouattara, Bédié et Gueï », les escadrons de la mort et les « jeunes patriotes », les mercenaires ukrainiens avec les loyalistes contre les rebelles, « les massacreurs ou supplétifs libériens », les milices de « chasseurs traditionnels » (les dozos), dont les grigris et amulettes « protégeaient leurs personnes contre les balles »…
Birahima accompagne avec son kalach la belle Fanta vers le Nord ; instruite, elle lui enseigne la géographie puis l’histoire de la Côte-d’Ivoire (peut-être peut-on soupçonner Kourouma d’être partisan des Dioulas).
À l’époque coloniale, les travaux forcés ont drainé la main-d’œuvre du Nord pour développer le Sud.
« D’autre part, les Burkinabés ont été les rats de la Côte-d’Ivoire. Ils ont creusé le trou de la Côte-d’Ivoire (construit le pays) et les serpents ivoiriens les ont chassés de leur trou pour l’occuper. Faforo ! »

« C’est parce que les habitants de la forêt étaient considérés comme lymphatiques que les Dioulas sont morts comme des mouches pour construire le Sud. »
Survient l’indépendance :
« Pour le moment, j’ai compris qu’après avoir allumé l’incendie en Côte-d’Ivoire Houphouët-Boigny s’est enfui et s’est bien caché dans un petit hôtel minable à Paris en France. Mitterrand lui a tendu la main. Il l’a saisie et a appelé cela le repli stratégique et le repli stratégique a fait de Houphouët le grand homme que tout le monde admire et vénère aujourd’hui. Et puis Houphouët-Boigny a pleuré comme un enfant pourri pour que la Côte-d’Ivoire reste une colonie de la France. Le général de Gaulle a carrément refusé. Faforo ! »
Alors viennent « les soleils [ère] de Houphouët-Boigny » : les colons sont devenus des coopérants qui permettent l’âge d’or économique du pays, puis vient l’africanisation. Les salaires étant insuffisants, la corruption est encouragée pour compléter ses revenus en se payant sur la bête, jusqu’à sa généralisation à tous les niveaux de la société.
« Houphouët-Boigny était un corrompu (personne qui se vend), un corrupteur (personne qui soudoie, achète quelqu’un d’autre) et un dilapidateur (dépensier et gaspilleur). »
Ahmadou Kourouma profite toujours du discours de son personnage pour pointer les différences de points de vue.
« (Quand c’est un groupe de blancs, on appelle cela une communauté ou une civilisation, mais quand c’est des noirs, il faut dire ethnie ou tribu, d’après mes dictionnaires.) »
Le roman s’interrompt avant l’arrivée à Bouaké, soit vraisemblablement en son milieu, sinon avant. Suivent des éléments laissés par Kourouma, qui n’empêchent pas de regretter sa disparition prématurée.

\Mots-clés : #colonisation #corruption #criminalite #guerre #historique #insurrection #violence

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Message par Bédoulène Jeu 24 Juin - 19:01

corruption - Ahmadou Kourouma - Page 2 61iexf10
Non Allah n'est pas obligé d'être toujours juste, le narrateur le dit, le répète et l'accepte bien sûr !

une plongée dans le bordel africain, le bordel au carré comme le dit le narrateur des guerres tribales qui bouleversent les pays. Même si j'avais vu quelques reportages sur les enfants soldats, là on est au plus proche, les sentiments des personnages éclairent ce que nous occidentaux ne voyons pas.

Je méconnaissais les faits de tous ces dictateurs "amis" de la France ; et les différents organismes CDEAO, ECOMOG et autres.

Les rites de ces guerres tribales sont assez terrifiants surtout quand on se rend compte qu'ils se déroulent dans le XXème siècle.
Il semble que ces enfants rejoignent les bandes pour certains volontairement, parce qu'ils peuvent y être nourris, parce qu'ils n'ont plus de parents, que les "grades" qui leur sont attribués en tant que soldat permettent un certain "pouvoir" ; avoir une "kalach" c'est compter même s'ils savent très bien qui sont les "quelqu'uns importants".

Pas vraiment étonnée d'apprendre que le narrateur considère comme malvenue l'arrivée des ONG. Car, à son sens les différents combattants avaient trouvé un équilibre. (je crois que les extérieurs peuvent faire "mal" en pensant faire "bien" ?)
Nous pays colonisateurs ne pouvons peut-être pas nous exonérer de ce "bordel" ?

Je remercie les écrivains africains qui portent à notre connaissance la situation de leur pays par leurs écrits.

Vous pouvez corriger ou m'expliquer car je connais peu de l'Afrique.

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Message par Tristram Jeu 24 Juin - 19:09

Pour ce qui est des enfants-soldats, ce doit être comme dans le travail des enfants en général : il est si facile de rendre un gamin fier de tenir un rôle d'adulte...
Quant aux ONG... Je comprends qu'elles puissent être globalement mal perçues, quand je me rappelle qu'en Égypte il y avait une levée de boucliers internationale en faveur des animaux maltraités, sans qu'on s'inquiète des gosses marnant dans les fonderies au lieu d'aller à l'école, même coranique...
Tu l'as lu, Bédoulène ?

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Message par Bédoulène Jeu 24 Juin - 19:15

ben oui ! c'était juste un modeste commentaire Tristram au-dessus

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Message par Tristram Jeu 24 Juin - 20:26

Ah ! j'avais pas vu la vignette du livre !
Content que ça t'ai intéressée.

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