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Joseph Conrad

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Message par Aventin Dim 24 Mai - 18:33

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 -190110
Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

______________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
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Message par Aventin Lun 25 Mai - 21:17

Si vous avez le temps...(je ne suis pas encore au bout !) - tantôt j'adhère au propos, tantôt pas.
Parfois ça me hérisse, par ex. le pompeux "c'est un écrivain pour être lu par des écrivains" ou quelque chose d'approchant, peu après l'entame du 1er youtube n'est-il pas quelque peu...moisi de fatuité (?).

Mais globalement c'est souvent très digne d'intérêt...





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Message par Quasimodo Ven 29 Mai - 14:15

Merci pour ces commentaires si nourris, Aventin. Il se trouve que l'un des seuls livres que j'aie emportés avec moi est un volume des romans de Conrad. J'envisage de me réserver La folie Almayer pour mon long retour en car...
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Message par Tristram Jeu 9 Juil - 22:42

Le Compagnon secret

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 Le_com10


Nouvelle du recueil Entre terre et mer, primitivement publiée en 1910.
Nommé pour son premier commandement capitaine d’un navire qu’il ne connaît pas plus que l’équipage, le narrateur recueille incognito le second d’un autre bateau, dont ce dernier s’est enfui à la nage après avoir tué un marin ; il s’identifie à cet hôte secret, et cette variante du thème du double nous vaut un chef-d'oeuvre.
Cette mince thématique n’aurait pas suffi à un roman, et met en valeur tout l’art du novelliste chez Conrad.
« Dans l’ensemble une situation éprouvante pour les nerfs. Mais en général je me sentais moins déchiré en deux quand j’étais avec lui. »

Mots-clés : #aventure #nouvelle

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Message par Bédoulène Jeu 9 Juil - 23:54

merci Tristram, attirant le thème du double !

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Message par Aventin Lun 27 Juil - 19:41

Il y a deux mois, je disais...
Spoiler:

@Aventin a écrit:
Normalement, il faudrait enchaîner par Lord Jim, déjà lu relu pas mal de fois (et adoré bien sûr, vraiment on cherche les superlatifs pour ce roman, mais je ne vais pas ajouter une énième lecture, la dernière n'est pas si lointaine), et par Rescousse - Rescue - qu'en revanche je n'ai jamais lu, il faut juste que je le dégotte, ce n'est pas un titre de Conrad très en vue.
...et le voici entre mes mains, un exemplaire de l'édition originale française de 1936 en assez bon état, pour la modique somme d'1 €...
La vie de chineur, des fois, vous réserve de ces petites surprises !

______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

La Rescousse

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 La_res10
Titre original: The Rescue: A Romance of the Shallows (1920), 385 pages environ.


Peut se lire ici en langue originale.

Un lieu commun notoire à propos de Conrad consiste à souligner que ce qu'il fit de meilleur fut écrit avant 1910, on y souscrit ou pas, mais il y a le cas à part de La Rescousse.
Ouvrage entamé en 1896, achevé en 1920: une de ses toutes dernières parutions de son vivant: On le classe où ?

En préface comme dans la note liminaire de l'auteur c'est tout un décor d'affres d'écrivain devant une page blanche, de renoncements, de tortures inouïes, de doutes, d'efforts paraissant vains qui défile:
Au final une gestation anormalement lente et douloureuse (même si Conrad ne passe pas pour avoir jamais écrit dans la facilité), avec un gros arrêt vers la page manuscrite 102 ou 103 (ce qui pourrait donner, dans l'édition définitive, vers la fin de la seconde des six parties du livre).
 
Autre particularité de La Rescousse, nous y trouvons un personnage féminin de premier plan, Edith Travers, là où la critique acerbe se gaussait de son incapacité rédhibitoire à dépeindre un caractère féminin, au point de souligner qu'il n'essayait même pas...
Gageure définitive, bizarrerie isolée frisant l'incongruité dans sa biblio, Conrad écrit, à peine en filigrane, un roman d'amour (sans jamais que le mot amour n'apparaisse, sauf à deux reprises, sur deux lignes se suivant, dans les toutes dernières pages) !

Conrad, comme on l'a dit dans les commentaires précédents, était fort en avance sur son temps, et aussi très démarqué, en matière qu'acceptation de l'altérité, de colonialisme, sans illusion sur le monde globalisé et financier qu'on appelait encore, à son époque, le progrès et la civilisation: ce roman donne tout à fait dans cette direction-là, un de plus; il me semble percevoir aussi qu'il a une autre vision de la femme et de son rôle, très en avance sur son temps également: à nous faire regretter, avec la critique, que Joseph Conrad n'ait pas placé davantage de personnages féminins de prime importance dans ses romans...

Enfin, cet ouvrage entre bien évidemment dans la suite Malaise et même plus précisément dans un sous-ensemble de celle-ci, la trilogie Tom Lingard (aux côtés de La Folie Almayer et d'Un paria des Îles). Il est, chronologiquement, le premier des trois (soit l'ordre inverse de l'ordre de parution), puisque l'action se situe cinq ans après la Guerre de Crimée (1861, donc), et le capitaine Tom Lingard n'est alors que trentenaire, mais déjà Rajah Laut (le Seigneur des Mers), ou encore King Tom, et, pour les Blancs, l'Homme du Destin.

Il y a toujours ce sens descriptif, aussi ces petites longueurs (langueurs, plutôt ?) communes aux romans de Conrad se déroulant sous ces latitudes-là. Et aussi un je-ne-sais quoi de poétique, permanent dans les descriptions, de nuit, de couchant, de flots, de berges, de navires, de foules (voir extrait pour un minuscule échantillon) ...
Bref, un harmonieux mélange de raretés réellement surprenantes et d'éléments plus habituels, qu'on s'attend, en tant que lecteur conradien, à trouver, qu'on serait déçu de ne pas trouver...
En tout cas, ce drame est fort charpenté, beau comme l'Antique.
_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Encalminé près d'une côte de l'archipel Malais, avec un équipage local sauf le désagréable Second nommé Shaw, Lingard et son fameux brick, L'Éclair, sont abordés par une petite embarcation leur demandant de porter secours à un yacht d'européens, britanniques pour la plupart, échoué sur des hauts-fonds (Swallows, voir sous-titre anglais) de vase.

Lingard s'y rend, selon le code d'honneur de la Marine, sans décolérer: le motif de sa venue dans ces parages, hautement diplomatique et risqué, étant de rétablir sur leur trône son jeune ami Hassim et sa sœur, Inmada, la situation du yacht l'encombre au plus haut point.
Le yacht a un capitaine insignifiant, et un trio de personnalités, Martin Travers, puant représentant de la haute société, riche à millions, son épouse Edith, et un subtil, distingué et nuancé caractère, l'espagnol d'Alcacer.
La première rencontre de Lingard et de Martin Travers se déroule extrêmement mal, et c'est fort courroucé que Lingard regagne son bord.    

Dans les parages, Lingard a aussi volontairement échoué un autre navire, l'Emma, sorte de base arrière qui lui sert de magasin d'armes, de munitions, de provisions et diverses richesses (étoffes...).
Celui-ci est gardé par un curieux ami de Lingard, le capitaine Jörgenson, espèce de fantôme errant, fin connaisseur des mœurs, modes de vie, langues, personnalités, imbroglios et de plus ou moins tout ce qui trame dans l'archipel.

Martin Travers et d'Alcacer sont fait prisonniers lors d'une peu prudente ballade nocturne sur un banc de sable, compliquant encore la situation et réduisant la marge de manœuvre de Lingard. Par sécurité, ce dernier prend à son bord l'équipage du yacht et Mme Edith Travers, qui, tout à l'opposé de son mari, s'avère un caractère aussi fort, patient, courageux, endurant que compréhensif...

Mrs Travers l'avait suivi dans l'embarcation, où les Malais regardaient fixement en silence, tandis que Jörgenson, raide et anguleux, ne donnait aucun signe de vie, pas même par un simple mouvement des yeux.
Lingard l'avait installée à l'arrière et s'était assis près d'elle. L'ardeur du soleil absorbait les couleurs. L'embarcation avait fait route sur cette éblouissante lumière vers la berge de corail qui étincelait comme un croissant de métal chauffé à blanc.
Ils avaient débarqué. Gravement, Jörgenson avait ouvert un grand parasol de coton blanc, et elle s'était avancée éblouie, entre les deux hommes, comme dans un rêve et comme si elle n'eût d'autre contact avec la terre que celui de la plante de ses pieds.
Tout était silencieux, désert, incandescent, fantastique. Puis une fois ouverte la porte du fortin, elle avait vu une multitude immobile de silhouettes de bronze, drapées d'étoffes de couleur. Elles remplissaient les taches d'ombre que formaient dans cette enceinte trois grands arbres, vestiges de la forêt, entre des espaces découverts dont la terre battue était brûlée de soleil.
Les larges fers des lances ornées de crinières rouges lançaient de de froids reflets sous l'avancée des branches.
À gauche, un groupe d'habitations sur pilotis, à longues vérandas et à toits immenses, se dressait dans l'air au-dessus de cette foule et semblait flotter dans cet étincellement moins substantiel en apparence que ses lourdes ombres.
Lingard, en lui désignant l'une des plus petites, lui avait dit: "J'y ai habité pendant quelques jours, lors de ma première visite à Belarab".
Et Mrs Travers avait eu plus que jamais l'impression de marcher dans un rêve, lorsqu'elle avait aperçu, au-delà de la balustrade de la véranda, et visibles de la tête aux pieds, deux silhouettes à cottes de maille et casques d'acier en pointe, surmontés de plumes blanches et noires, et qui montaient la garde près de la porte d'entrée fermée.
Un banc élevé drapé d'andrinople se voyait à l'endroit où se tenaient les audiences.

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Message par Tristram Lun 27 Juil - 20:07

Encore un texte de Conrad que je n'ai pas lu, ce qui est dommage au vu de ton commentaire...
Ma prochaine lecture du susdit sera La Ligne d'ombre.

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Message par bix_229 Lun 27 Juil - 20:30

Comme pour Stevenson, il est préférable de se procurer les nouvelles complètes de Conrad.
Elles sont pour la plupart excellentes.

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 Conrad10
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Message par Aventin Mer 29 Juil - 19:27

Juste pour signaler, dans la bio de la 1ère page, que Le Flibustier et Le Frère-de-la-côte sont un seul et même livre, (The Rover en langue originale): c'est 1923 l'année de parution en anglais et 1928 pour la première traduction française; justement, comme le titre dépend des traductions (il paraît qu'on trouve aussi Le Forban, ce qui n'est pas plus mal traduit, au reste) il faudrait choisir l'une ou l'autre en première page, mais ne pas reporter deux fois l'ouvrage comme ce fut fait, laissant croire qu'il s'agit de deux livres.

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Message par Quasimodo Mer 29 Juil - 20:50

Ah Le Frère-de-la-côte, ce titre me fait délicieusement rêver drunken regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 992762890
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Message par Tristram Mer 29 Juil - 21:51

@Aventin a écrit:Juste pour signaler, dans la bio de la 1ère page, que Le Flibustier et Le Frère-de-la-côte sont un seul et même livre, (The Rover en langue originale)
Corrigé !

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Message par Tristram Lun 14 Sep - 14:21

La Ligne d'ombre ‒ Une confession

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 La_lig10

Dans un port d’Extrême-Orient, un jeune capitaine se voit offrir de façon inattendue son premier commandement, sur un voilier dont le précédent capitaine est récemment mort en mer. Narrateur, c’est lui qui relate comme il est confronté à un second malade et hanté par son prédécesseur, tandis que le navire se trouve pris au piège d'un calme plat, avec l’équipage accablé par une fièvre tropicale.
C’est un roman assez bref, et c’est sans doute pourquoi l’éditeur y a adjoint une longue préface qui, sans être sans intérêt, aurait mieux eu sa place en postface (lisant l’ouvrage en version numérisée, la longueur de ce texte m’a échappé de prime abord ‒ quant à la table des matières, elle n’est plus !) J’ai donc lu in extenso l’œuvre critique de Jean-Pierre Naugrette, qui me semble parfois s’envoler bien loin ; en tout cas, je ne suis pas d’accord avec son point de vue sur le personnage de Burns, le second, qui serait une sorte d’envieux au bord de la démence. J’ai plutôt vu dans ce personnage un marin capable (il gouvernait à bord tandis que le précédent capitaine jouait du violon dans sa cabine), qui s’est efforcé de contrecarrer le dessein suicidaire du "seul maître à bord" (cardiaque qui se savait condamné à mourir à brève échéance) dans la limite de la légalité, et légitimement dubitatif quant aux capacités du nouveau capitaine (dont c’est le premier commandement) ; rien de surprenant à ce que, affaibli, à l’agonie, il devienne superstitieux dans sa peur. Je ne dis pas que cette analyse est la bonne, mais Conrad s’étend assez sur la position régalienne, voire divine, du capitaine sur un navire, pour étayer cette possibilité : Conrad précise longuement que le capitaine est seul responsable, nul ne peut enfreindre ses ordres, et on peut s’interroger : quid s’il délire ?
« Dans cette communauté je me détachais, tel un roi dans son pays, tout seul dans ma catégorie. J'entends un roi héréditaire, pas un simple chef d'État sorti des urnes. J'avais été appelé sur le trône par un truchement aussi distant du peuple et pour lui presque aussi mystérieux que la grâce de Dieu. Et tel un héritier dynastique se sentant uni d'un lien quasi mystique avec les morts, j'étais terriblement impressionné par mon immédiat prédécesseur. [...]
« …] ce navire – qui était mien, matériel et marins compris [… »
Il y a un petit côté ronflant (démarques shakespeariennes par exemple) dans le discours du narrateur, en opposition avec cette appréciation intime dans son journal :
« Mon premier commandement. Maintenant je comprends cet étrange sentiment d'insécurité dans mon passé. Je me suis toujours suspecté d'être un fieffé incapable. Or en voici la preuve indiscutable : je me dérobe, j'en suis un. »
Ce roman est court, mais assez complexe, et le dead calm a été savamment enrichi de personnages pittoresques ou marquants, comme les capitaines (le défunt, Giles, Ellis), et surtout Ransome, le cuisinier cardiaque. C’est peut-être la simplicité de l’intrigue, au substrat autobiographique, qui a motivé les amplifications le foisonnant : longue entrée en matière, présence du surnaturel, voire du fantastique, thème esquissé du double (Le Compagnon secret n’est souvent revenu à l’esprit).

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Message par Bédoulène Lun 14 Sep - 14:29

merci Tristram pour ton commentaire et ton ressenti ! Smile

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Message par Aventin Lun 14 Sep - 17:24

Merci Tristram, ça me met la puce à l'oreille.
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Message par bix_229 Lun 14 Sep - 18:19

"La ligne d'ombre est donc ce passage visible mais indistinct qu'un jeune capitaine va franchir à l'occasion de son premier appareillage entre Bangkok et Singapour, où le combat à mener ne se fera pas contre le trop, mais contre le manque: manque d'air, de vent, de vigueur et de raison."
https://www.babelio.com/livres/Conrad-La-Ligne-dombre-une-confession/186283/critiques
C'est beau la ligne d'ombre, je l'ai relu il y a quelques années."

Pour Conrad, c'est une plongée dans la mémoire d'un moment initiatique et pour lui, sans doute inoubliable.
Meme si, comme le dit Tristram, il attache trop d'importance au pouvoir acquit et à la manière
de l'exercer.
Le travail de mémoire chez Conrad est à la base de tous ses récits -ou presque- et l'identification
à Marlow, un alter ego imaginé mais transparent et sans doute aussi, commode pour expliciter
certains moments ou épisodes.
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Message par Tristram Lun 14 Sep - 18:51

Bix a écrit:Meme si, comme le dit Tristram, il attache trop d'importance au pouvoir acquit et à la manière
de l'exercer.
En fait Conrad fait revivre (avec trente ans d'écart je crois) l'enthousiasme parfois un peu excessif côté orgueil d'un jeune (qui va pour le coup devenir adulte). Il y a vraiment beaucoup de choses dans ce livre, me semble-t-il, outre l'autodérision, y compris une raillerie des "sages" du métier, de cette caste privilégiée où le narrateur atteint enfin.
Ce qui m'a aussi frappé, c'est comme l'auteur meuble un récit à la base sans grand intérêt, deux bonnes semaines de calme plat, qu'il rend touffu et captivant.

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Message par Tristram Mer 23 Sep - 22:42

L'Aventure

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 L_aven11


Ford Madox Ford compose en 1902 un court récit, Séraphina, et le confie à Joseph Conrad, qui vit chez lui, pour le réécrire et le développer sous le nom de Romance. De fait, dès qu’on aborde ce roman, c’est l’aspect romanesque qui est prégnant, étant antienne de John Kemp, un jeune Anglais qui ne rêve que d’aventure en ce début du XIXe. Un imbroglio le précipite sur un navire à destination des Indes Occidentales, en compagnie du romantique Carlos Riego et du sinistre Tomas Castro. Il passe deux ans à la Jamaïque, alors colonie anglaise, dont le commerce pâtit des corsaires mexicains de Rio Medio à Cuba. Suite à diverses péripéties liées aux pirates, il s’y retrouve, hôte de Don Balthazar Riego, vieil hidalgo père de la belle Séraphina, dont il tombe amoureux ‒ dans l’ombre d’O’Brien, intrigant irlandais qui hait les Anglais.
Des incohérences, un nationalisme gênant, une forte influence de Stevenson.
« Partir à la recherche du Roman, – après tout qu’avons-nous d’autre à faire en ce monde ? – c’est un peu comme essayer d’attraper l’horizon. Il est là, à faible distance devant nous, à faible distance derrière, à peu près aussi loin que peuvent porter nos yeux. Et l’on découvre un jour que l’on a passé à travers le Roman, de même que l’on a franchi ce qui fut aujourd’hui l’horizon. On regarde en arrière et l’on se dit : "Comment, il est là !" On regarde en avant et l’on dit la même chose. Il est au fond des jours anciens que nous vécûmes et dans les jours nouveaux où nous allons passer. Je me tourne vers ces jours anciens qui furent les miens, et le peu qui en demeure et qui revient à moi se revêt d’une atmosphère, prend une intime signification, et procède à la mystérieuse élaboration du Temps jadis. Sans doute, quand je me tournerai vers ce qui est la grise, l’aride désolation d’aujourd’hui, il en sera encore de même. »

Mots-clés : #aventure

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Aventin Lun 15 Fév - 19:48

Sous les yeux de l'Occident

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 Sous_l10
Roman, titre original: Under Western Eyes, paru en langue originale en 1911, 350 pages environ

Spoiler:
Les éditions Autrement ont une réputation qui me paraît fondée de maison sérieuse et de confiance, mais là je sens que je suis à deux doigts d'ouvrir un fil, quelque chose comme "les couvertures les plus saugrenues et à côté de la plaque", qu'a-t'il pu passer par les boîtes crâniennes responsables pour nous pondre une partie -même pas un détail- d'une photo du grand poète irlandais W.B. Yeats en guise d'illustration  Shocked  ?

Un roman de Conrad de plus composé avec une gestation et un accouchement dans la douleur - deux ans et demi de labeur avec des périodes de plusieurs semaines sans parvenir à aligner deux mots, puis un manuscrit-fleuve de 1350 pages à peu près, retaillé façon bonzaï, puis ré-écrit, calibré pour une parution en feuilleton, et, au bout, Conrad tombe malade et sans le sou, ce qui obéra les dernières révisions et corrections, puis le roman fait un bide à la parution...

[Encore un] grand Conrad, pourtant.
Pessimiste dans sa vision de l'humanité (comme d'habitude), et enfourchant un dada déjà rencontré chez lui (le thème du devoir et de la faute, est-ce assez Lord Jim ?). "Sous les yeux de l'occident" certes, mais Conrad n'a pas la dent moins dure envers la Suisse démocratique qu'envers la Russie tsariste, ni non plus envers l'empire britannique, lequel apparaît sous les traits du narrateur (NB: le "je" d'écriture n'est pas Conrad).  

Saint Pétersbourg, début XXème.
L'autocratie des Romanov, la police politique, le fait de se surveiller en permanence, de prendre toutes les précautions oratoires et comportementales.
Un jeune étudiant, Kirylo Sidorovitch Razumov pioche et bachotte afin de réussir ses études, qui promettent d'être brillantes. Il est orphelin, se soupçonne (c'est une quasi-certitude) bâtard d'un grand de la Cour qui se serait mésallié.
Solitaire, peu bavard, vie sobre.
Un soir, en rentrant chez lui, il y trouve Harlin, un étudiant qu'il connaît vaguement, qui lui déclare avoir commis un attentat terroriste, et le somme de faire pour lui une commission, ce qui bien évidemment compromet notre brillant étudiant, qui risque le pire s'il obtempère.
Que faire ?

Le roman se déroule ensuite en Suisse avant de faire un bref retour en Russie à la fin. Razumov, toujours solitaire mais à présent auréolé de prestige, est en exil dans le quartier russe de Genève, où ses fréquentations révolutionnaires ont pour lui un immense respect. Mais il rencontre la sœur et la mère de Harlin...



Après "tu ne connaîtras jamais les Mayas" d'Apollinaire, "tu ne connaîtras jamais les Russes" de Conrad ?

Roman brillant, dense, sur faux-rythme souvent, faisant passer le chaud et le froid. Les personnages sont campés fortement - et non juste crayonnés pro commoditate au service de l'histoire - et, roulement de caisse claire et coup de cymbales, Conrad -je le note !- nous gratifie (enfin) de quelques caractères féminins [réussis] - au moins quatre, mazette !

Conrad module à merveille l'intensité, joue à saute-chronologie, amène joliment les temps forts du roman, je ne vais pas trop en dire afin de ne pas déflorer l'histoire.
C'est un livre qui m'a laissé méditatif, qui "fait réfléchir" comme on dit bêtement communément.

Troisième partie, chapitre 2 a écrit: Il s'assit. Vus de près, les pommettes fardées, les rides, les petits sillons de chaque côté des lèvres trop rouges le stupéfièrent. Il fut accueilli gracieusement, par un sourire de tête de mort grimaçante:
- Il y a quelque temps que nous entendons parler de vous.

Il ne sut que dire et murmura des syllabes incohérentes. L'effet tête de mort disparut.
- Et savez-vous que tout le monde se plaint de votre réserve excessive ?

Razumov garda un instant le silence, réfléchissant à ce qu'il allait répondre.
- Je ne suis pas un homme d'action, voyez-vous, dit-il d'un air ténébreux, le regard levé vers le plafond.

 Piotr Ivanovitch attendait dans un silence menaçant, à côté de son fauteuil. Razumov se sentit légèrement nauséeux. Quels pouvaient être les liens qui unissaient ces deux êtres ?  Elle, semblable à un cadavre galvanisé issu des Contes d'Hoffman; lui, le prédicateur de l'évangile féministe dans le monde entier, et de plus un ultra-révolutionnaire ! Cette vieille momie peinte aux yeux insondables, et cet homme massif, déférent, au cou de taureau ? ... Qu'est-ce que c'était ? De la sorcellerie, de la fascination ? ..."C'est pour son argent, pensa-t-il. Elle possède des millions !"

les murs et le sol du salon étaient nus comme ceux d'une grange. Les quelques meubles qu'il contenait avaient été dénichés sous les combles et descendus sans même avoir été bien dépoussiérés. C'était le rebut laissé par la veuve du banquier. Les fenêtres, sans rideaux, avaient un aspect indigent, générateur d'insomnies. Deux d'entre elles étaient aveuglées par des stores fripés, d'un blanc jaunâtre. Tout ceci suggérait non la pauvreté mais une avarice sordide.



Mots-clés : #culpabilité #espionnage #exil #politique #regimeautoritaire #terrorisme #trahison #violence #xxesiecle
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Message par Tristram Lun 15 Fév - 20:25

De Sous les yeux de l’Occident me restent aussi des considérations sur le langage :
« …] et ce dicton ironique s’imposait à son esprit, que le langage nous fut donné, pour cacher notre pensée. »

_________________
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Message par bix_229 Lun 26 Avr - 16:31

regimeautoritaire - Joseph Conrad  - Page 4 Karain10


"La vie ne nous connaît pas et nous ne connaissons pas la vie - nous ne connaissons même pas nos propres pensées". Joseph Conrad

Pour qui aime Conrad, Inquiétude est un recueil de nouvelles décevant.
Il s'agit de textes où Conrad se cherche encore et ne s'est pas encore affirmé.
Mais il y a quand meme Karain, un véritable joyau.

Karain est le souverain d'une ile de Malaisie.

"Du pont de notre goelette, mouillée au milieu de la baie , Karain, d'un geste théatral
qui embrassait les sommets découpés des mùontagnes, désigna l'étndue de son domaine 
et l'ampleur de son geste sembla en reculer les limites, l'agrandir au point d'en faire une
immensité si vague qu'il parut  un instant n'avoir que le ciel pour frontières...
L'endroit formait un tout paisible, ignoré, et grouillant d'une vie furtive qui produisait 
un effet troublant de solitude ; d'une vie qui semblait inexplicablement dépourvue de tout
ce qui pourrait éveiller la pensée... suggérer l'inquiétante succession des jours.
Il nous apparaissait comme un pays sans souvenirs, sans regrets, sans espoirs ;
un pays où rien ne pourrait survivre à l'approche de la nuit, et où chaque lever du soleil,
comme s'il s'agissait d'un acte créateur d'une splendeur unique, n'avait aucun lien avec la 
veille ni le lendemain."

Karain est un vieil homme majestueux, charismatique, à la fois craint, respecté et vénéré..
Et dont le courage n'est pas la moindre vertu.
La fascination qu'il exerce sur son peuple, il l'exerce aussi sur l'équipage qui croise au
large de l'ile et qui est là pour vendre des armes périmées aux habitants.
Officiellement en tout cas..
Karain leur rend souvent visite, si souvent qu'on se demande ce qu'il attend d'eux.
Jusqu'au jour  où il surgira brusquement sur le bateau après avoir nagé depuis l'ile.

On découvrira alors que Karain est un etre profondément divisé et que l'etre diurne 
diffère totalement de  celui qu'il devient la nuit.
La nuit,  il devient un etre inquiet, soumis à d'étranges faiblesses, à des craintes métaphysiques.
Un homme hanté, obsédé, profonément tourmenté.
Conrad écrit : 

"Karain, homme fidèle à une vision, trahi par son reve et rejeté par son illusion."

A nos yeux aussi, l'ile déjà semble etre un paradis, coloré comme un tableau de Gauguin,
trop parfait pour ne pas etre illusoire, inquiétant.
A lire Conrad, l'Orient est est un lieu d'ouverture, d'évasion, de couleurs, de lumières et
qu'il veut communiquer ses impressions sensorielles que les souvenirs ont modifié.


Les thèmes da  la nouvlles sont toujours les memes : fidélité et trahison, quete et vengeance,
remords et expiation.
Et le style est tout empreint de cette magie  qui transcende cette histoire inquiète de sortilèges et d'envoutement.


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