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Elias Canetti

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premiereguerre - Elias Canetti Empty Elias Canetti

Message par bix_229 Ven 16 Déc - 15:39

Elias Canetti
(1905-1994)


premiereguerre - Elias Canetti Elias-10

Elias Canetti est né en 1905 en Bulgarie d'une famille séfarade d'origine espagnole. Mais c'est en allemand qu'il a écrit son oeuvre, l'une des plus importantes du 20e siècle. Un grand écrivain, poète, romancier, philosophe, dramaturge, essayiste, historien et critique littéraire, c' est aussi un grand témoin de l'époque qu'il a traversée. Un témoin partial et engagé mais toujours passionnant. Il viendra vivre à la fin de sa vie à Zurich, «le paradis perdu de son adolescence» et y mourra en 1994. Deux ouvrages ont marqué sa carrière :Autodafé, un roman et Masse et puissance, un ouvrage philosophique. Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1981.

Bibliographie française

- Le Territoire de l'homme. Réflexions, 1942, 1972
- Autodafé, roman.
- Masse et puissance.
- Les Voix de Marakech, journal d' un voyage
- La Conscience des mots. Essais
- Le Témoin auriculaire. Cinquante caractères
- Théâtre
- Le Cœur secret de l'horloge. Réflexions, 1973-85
- Notes de Hampstead, 1954-71
- Le Collier de mouches

Écrits autobiographiques :
- Histoire d'une jeunesse : la langue sauvée, 1905-21
- Histoire d'une vie : le Flambeau dans l'oreille, 1921-31
- Histoire d'une vie : Jeux de regard, 1931-37
- Le Territoire de l'homme, 1942-72
- Le cœur secret de l'horloge, 1973-85
- Les Années anglaises,  texte rasemblé après sa mort, en 1994, par sa fille.


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Message par bix_229 Dim 25 Déc - 21:32

Je pense que Canetti brise le cadre de patrie ou de nationalité. Cosmopolite lui va bien et citoyen du monde encore mieux ! Cet esprit remuant a satisfait sa curiosité partout où il est passé et la nôtre pour notre grand plaisir. J'oubliais de dire que parmi les personnages inoubliables qu'il nous présente dans ses mémoires, il y a sa mère. D'autres fois il s'est montré méchant (Les Années angaises).

Oh et puis, il faut ajouter qu'on sait à présent que Canetti lui-même était un personnage de roman, tout comme John Cowper Powys. Non seulement lui, mais sa femme Veza, eurent une vie privée et amoureuse et très agitée. Enfin, lui ! C'est ce que j'ai découvert dans la correspondance qu'il entretenait avec son bien aimé frère Georges (Veza et Elias Canetti : Lettres à Georges). Georges était aussi l'amour absolu de Veza. Elias le savait mais sans être jaloux. Et si quelqu'un avait dû l'être, c' était plutot Veza. Vu qu'Elias était toujours entouré d' admiratrices éperdues.

Veza est d'ailleurs la révélation de cette correspondance. Une femme forte, très intelligente, restée volontairement dans l'ombre de son mari. Qui essaya en vain de la faire publier quand elle était en vie. C'est chose faite à présent, théâtre, roman, nouvelles.

premiereguerre - Elias Canetti Canett10

Elias, Georges et  Veza Canetti
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Message par Tristram Dim 25 Déc - 23:40

Élias Canetti, « Histoire d’une jeunesse (La langue sauvée) » :

« On y [Les derniers jours de Hutten, de Conrad Ferdinand Meyer] trouve cette phrase qui faisait écho à mon propre sentiment de la réalité humaine : "Ich bin kein ausgeklügelt Buch, ich bin ein Mensch mit seinem Widerspruch." [Je ne suis pas un livre savamment agencé, je suis un homme avec sa contradiction.] Il y avait quelque chose de torturant dans ce hiatus entre le livre et l’homme, entre ce qui est fait avec préméditation et ce qui est donné par la nature, entre la transparence du texte et l’opacité de l’homme. »

« Ce qui m’envoûtait, c’était la beauté porteuse d’autre chose qu’elle-même, la beauté chargée de passion, de malheur, de mauvais présages. Il me semblait que la beauté ne pouvait exister que dans un monde à part, hors des contingences de l’époque, il fallait, au contraire, qu’elle trouvât sa confirmation dans le malheur, il fallait qu’elle fût soumise à de fortes pressions ; alors seulement – si elle ne se dévorait pas elle-même, si elle restait forte et une –, alors seulement, on pouvait véritablement parler de beauté. »

La seconde citation a un fort parfum baudelairien, me semble-t-il.

Je dois lire Autodafé. Bix, tu l'as lu ?

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 Lun 26 Déc - 15:20

Tristram a écrit:Je dois lire Autodafé. Bix, tu l'as lu ?

Non, et à vrai dire, ça m' effraie un peu !
Mais tu nous diras...
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Message par Dreep Ven 2 Nov - 16:31

premiereguerre - Elias Canetti La-lan10

La langue sauvée

Il y a quelques temps (au début de l'année 2016) j'ai lu "Le flambeau dans l'oreille" en apprenant alors que j'étais déjà embarqué dedans qu'il s'agit du deuxième tome de ses mémoires, divisée en quatre périodes. Ce n'est pas bien grave, mais je m'étais dis qu'il fallait que je lise le premier tome un de ces jours. Dans l'un comme dans l'autre volume, Elias Canetti nous livre sa vision des époques et des lieux dans lesquels il évolue. Ces fragments ― tous liés à une anecdote, à l'atmosphère de la société d'alors (dont l'auteur nous livre finalement un précieux éclairage), à une personne de son entourage ou une personne historique, une lecture ou un événement important ― sont racontés avec double regard revendiqué et mis en évidence : celui d'une l'analyse a posteriori et d'une tentative de l'auteur, avec une belle franchise, de se remettre dans la peau de l'enfant puis du jeune homme qu'il a été. Il ne donne jamais l'impression de lisser certains contours, même s'il affirme à plusieurs reprise, qu'il ne dit pas tout. Heureusement, après tout.

Car par rapport à sa vie d'adulte du deuxième tome (1921 - 1931 ; Canetti est né en 1905) on entre avec ce premier tome (1905 - 1921) dans un cercle plus intime, notamment celui de sa relation avec sa mère, et qui dit des souvenirs peut-être plus imprécis (quoique sa mémoire soit étonnante) dit sans doute une part d'analyse plus importante, partant, plus précise, approfondie. On pourrait trouver son maniement du scalpel un peu indélicat, à l'égard de sa mère comme au sien, n'était l'intelligence et la compréhension qu'il y applique et qui force l'admiration. On se dit que cette lucidité n'est pas étrangère à la puissante figure maternelle ― bien plus déterminante que celle de Karl Kraus, ce dernier domine le second ouvrage ― surtout à la lecture des dernières pages, où sa mère juge son enfant sans appel, condamnant l'autosatisfaction dont il avait jusqu'ici fait preuve. Une attitude incompatible avec un développement intellectuel à la fois rigoureux et éthique auquel elle l'avait encouragé, en l'initiant très tôt à tirer des enseignements de ses lectures et de son existence.


Mots-clés : #autobiographie #relationenfantparent
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Message par bix_229 Ven 2 Nov - 17:18

Merci Dreep !
Histoire d'une jeunesse et Histoire d'une vie ont été des lectures marquantes et Canetti m'est apparu comme un auteur et un témoin exceptionnels.
J'essaie de tout lire, car chez lui, tout est étonnant, personnel, passionnel, parfois extravagant.
Mais digne d'être lu et connu.
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Message par Tristram Mar 9 Avr - 23:33

Le Témoin auriculaire, Cinquante caractères

premiereguerre - Elias Canetti Le_tzo10


Pour rendre compte de ce bref ouvrage, le plus indiqué est peut-être de présenter la table des matières :
La proclamatrice de rois
Le lèche-noms
Le soumetteur
L’autobienfaitrice
Le rapporteur
Le chauffe-larmes
L’aveugle
Le plus-que-rendeur
L’étriquée du flair
La biens-et-avoirs
L’insinuateur de cadavres
Le teste-gloire
Le crapaud du beau
L’éblouisseuse
Le frétille-au-malheur
La grande coupable
Le faux parleur
L’obsédée du blanc
L’hydromane
Le parle-en-premier
La syllabo-cathare
Le témoin auriculaire
Le perdeur
L’amère emballeuse
Le cinq-sec
La cousine cosmique
Le mordeur-maison
Le légué
L’attrape-malices
La défectueuse
L’archéocrate
La cavalombreuse
Le papyromane
L’éprouvée
La fatiguée
L’atermoyeur
L’humble immémorial
La sultanotrope
La preneuse de gants
Le claironne-dieu
La garde-granit
Le détecteur d’éminences
L’astrolimpide
Le pince-héros
Le maestroso
La jetée
L’homme à hommes
L’administrateur de maux
L’inventée
Le rien-à-faire
Il y a un peu de satire ou de caricature dans certains de ces brefs portraits, beaucoup d’invention, de la folie clinique, un je-ne-sais-quoi qu’ils partagent avec quelques rares autres : on pense à un bestiaire borgésien, aux Voyages de Gulliver, aux Cronopes et Fameux de Julio Cortázar, à Michaux bien sûr, à cette pléiade d’écrivains qui ont donné un aperçu de cet univers de l’imaginaire en bordure du surréalisme et du nonsense.
Le lèche-noms est une sorte de fan, et s’apparente un peu au teste-gloire. L’aveugle est plutôt de ces touristes qui ne voient qu’au travers d’un objectif photo, le leur étant de prouver qu’ils sont allés où ils ont été… L’éblouisseuse (Mme Bellaisselle) est une poseuse narcissique qui expose… ses aisselles… Le faux parleur est une sorte d’improvisateur oral, porteur du chaos dans l’incompréhension des autres :
« La plupart du temps, le faux parleur réussit à rester incompris. »
Qui n’a jamais rencontré l’obsédée du blanc…
« Tout se passe alors comme si l’on portait en soi toutes les nappes qui l’obsèdent, strictement pliées, jamais étalées, en un tas d’une blancheur immaculée, pour toujours, pour toujours. »
… ou la défectueuse ?
« La défectueuse n’en finit pas de s’examiner, de se prendre en défaut, de se découvrir de nouveaux défauts. Elle trouve à redire à sa peau, s’enferme avec elle et n’en passe jamais en revue qu’une toute petite zone à la fois. »
Le parle-en-premier…
« Le parle-en-premier ne dit rien à quoi il ait d’abord réfléchi, il commence par le dire. Ce n’est pas son cœur, c’est sa langue qui déborde. Peu importe aussi ce qu’il dit, pourvu qu’il ait l’initiative. »
… ou le perdeur ?
« Il réussit à tout perdre. Il commence avec des choses insignifiantes. Il en a beaucoup à perdre. Que d’endroits n’y a-t-il pas où il est facile de perdre quelque chose ! »
L’eau était déjà une préoccupation avant 1974 ?
« L’hydromane est tourmenté par le gaspillage de l’eau. C’est comme ça que tout a commencé sur la lune, en son temps… "L’eau ? À quoi bon économiser l’eau ? Nous en avons assez pour des éternités !" Alors, on laissait les robinets à moitié ouverts, ils n’arrêtaient pas de goutter, et on prenait un bain tous les jours. C’était une race imprévoyante, ceux de là-haut. Et où cela les a-t-il menés ? Quand on a reçu les premiers rapports de la surface lunaire, l’hydromane était tout excité. Il avait toujours su que cela tenait à l’eau, les hommes de la lune avaient péri à cause de leur gaspillage d’eau. Il l’avait dit un peu partout, et les gens riaient et le prenaient pour un fou. Mais maintenant, maintenant on avait été là-haut et on pouvait le voir noir sur blanc, et même en couleur. Pas une goutte d’eau, et nulle part un seul être humain ! Il n’était pas difficile de faire le rapprochement. »

« Bien sûr, il pleut une autre fois, mais lui, qui est un vrai "compte-gouttes", sait bien qu’il pleut chaque fois un peu moins, bientôt il cessera tout à fait de pleuvoir, les enfants demanderont : comment c’était, la pluie, et, au milieu de la sécheresse qui sévira, on aura du mal à le leur expliquer. »
Le témoin auriculaire :
« C’est à peine croyable, ce que les gens peuvent être innocents, quand ils ne sont pas épiés. »
L’humble immémorial :
« "Tu voudrais donc vivre éternellement ?" demande-t-il à son fils, dès qu’il commence à peine à parler, et il le prépare très tôt à la résignation, afin qu’il devienne comme lui, et ne se jette pas aveuglément dans la vie, afin qu’il perpétue la race immémoriale des humbles. »


Mots-clés : #absurde

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Message par Louvaluna Mer 10 Avr - 12:09

Table des matières hyper attractive pour moi ! Titre ajouté sur mon "pense-passoire" ! Smile
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Message par Tristram Mer 10 Avr - 12:52

Oui, ça marche pour les lecteurs de Vian, Chevillard...

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Message par bix_229 Mer 10 Avr - 13:11

“E-li-as Ca-net-ti ?” répéta le père d’un ton interrogateur et hésitant. Il répéta plusieurs fois mon nom pour lui-même en en séparant nettement les syllabes. Dans sa bouche mon nom prenait de l’importance, devenait plus beau. Il ne me regardait pas, mais au contraire, fixait son regard devant lui comme si le nom avait été plus réel que moi et comme s’il avait mérité d’être appris.
Je l’écoutais, surpris et touché. Dans sa mélopée, mon nom me semblait appartenir à une langue particulière, inconnue de moi. Il le soupesa généreusement quatre ou cinq fois et je croyais entendre le cliquetis des poids. Je ne ressentais aucune inquiétude, il n’était pas un juge. Je savais qu’il découvrirait le sens et le poids de mon nom et lorsqu’il l’eut fait, il me dévisagea de ses yeux rieurs.
Il était là, debout, comme s’il avait voulu me dire : le nom est bon.



Les Voix de Marakech.
Un livre sensible et  très visuel.
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Message par ArenSor Jeu 12 Mar - 18:52

Histoire d’une jeunesse : la langue sauvée

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C’est un beau livre autobiographique  d’un de ces intellectuels humanistes polyglottes de la Mitteleuropa, balloté par les évènements chaotiques du XXe siècle.
Cela commence en Bulgarie dans une famille aisée de commerçants Juifs Séfarades, ça continue à Londres, puis Vienne, puis Zürich. Ce premier volume se clôt sur la fin de l’adolescence et le départ vers l’Allemagne.
Dreep en a très bien parlé. L’écriture est classique, fluide avec parfois un petit côté lénifiant. Les premiers épisodes se font sous forme de bribes réchappées du passé, c’est peut-être la partie que j’ai le plus apprécié, puis le récit se densifie pour offrir un portrait vivant des lieux et de leurs habitants. C’est sensible tout en étant remarquablement documenté.
Elias parle un espagnol particulier, celui des Juifs exilés d’Espagne, comprend le turc, apprend l’anglais puis l’allemand. Cette richesse linguistique s’accompagne d’un élargissement culturel en proportion.



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Message par bix_229 Ven 13 Mar - 23:00

Et si la mort n'existait pas, par quoi remplacerait-on la douleur de la séparation? Serait-ce la seule vertu de la mort: satisfaire ce besoin, en nous, de la plus grande des douleurs, sans laquelle nous ne mériterions pas d'être appelés des hommes?

Le coeur secret de l'horloge : Elias Canetti
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Message par Tristram Sam 14 Mar - 15:49

Le Livre contre la mort

premiereguerre - Elias Canetti Le_liv10


Notes de Canetti, déjà éditées ou inédites (pour les deux-tiers d’après l’éditeur), dans le cadre d’un projet, l’Ennemi mortel, qu’il n’a pas achevé : le dossier portant le nom de ce recueil, établi de 1982 à 1988, puis les fragments regroupés par année de 1941 à 1994.
« J’ai décidé aujourd’hui de noter mes pensées contre la mort telles que le hasard me les apporte, dans le désordre et sans les soumettre à un plan contraignant. Je ne puis laisser passer cette guerre sans forger en mon cœur l’arme qui vaincra la mort. Elle sera cruelle et sournoise, à son exemple. Je m’évertuais, en des temps meilleurs, à la brandir à bout de bras, sous un flot de plaisanteries et de menaces sarcastiques ; je me représentais le combat contre la mort comme une mascarade ; et je tentais de me frayer passage jusqu’à elle sous cinquante déguisements différents, tous dissimulant des conjurés voués à sa perte. Mais, dans l’intervalle, elle a mis de nouveaux masques. Non contente des victoires courantes qu’elle remporte jour après jour, elle frappe à gauche et à droite tout autour d’elle. Elle passe l’air et la mer au peigne fin, le plus petit comme le plus grand lui conviennent et lui procurent de l’agrément, elle se jette sur tout d’un seul coup, ne prend plus nulle part le temps d’accomplir son œuvre. Alors je n’ai plus de temps à perdre, moi non plus. Je dois l’empoigner là où c’est possible et la clouer dans des phrases de fortune. Je n’ai pas le loisir de lui fabriquer des cercueils, de les décorer encore moins, et moins encore de déposer ceux qui seraient déjà décorés dans des mausolées grillagés. » (15 février 1942)

« Depuis de longues années, rien ne m’a remué, rien ne m’a habité autant que la pensée de la mort. Le but tout à fait concret et avéré, le but avoué de ma vie est d’obtenir l’immortalité pour les hommes. Il fut un temps où j’envisageais d’écrire un roman dans lequel ce but était incarné par un personnage central que j’appelais secrètement l’"ennemi de la mort". » (1943)

« Il m’apparaît de plus en plus clairement que je ne pourrai écrire le livre sur la mort que si j’ai la certitude de ne pas le faire paraître de mon vivant. Mais il faut qu’il existe, du moins en grande partie, de manière à pouvoir être publié plus tard.
[…]
Mais il importe aussi de considérer que s’il ne paraît que post mortem, un tel livre contre la mort constituera la preuve de l’échec des pensées qu’il véhicule. Le livre pourrait ainsi être privé de la force qui lui est inhérente et apparaître comme l’histoire d’une chimère. » (1987)

« Pensées contre la mort.
La seule possibilité : elles doivent rester des fragments. Il ne faut pas que tu les publies toi-même. Il ne faut pas que tu les organises. Il ne faut pas que tu les unifies. » (1988)
Un autre projet, une pièce, Les Sursitaires, se substituera partiellement au livre prémédité en 1952, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce spicilège que de donner à suivre les aléas de la pensée obsédée de Canetti, de mesurer sa pathétique constance dans le refus de la mort.
Voilà donc une sorte de panorama monomane, où écrire et maudire la mort constituent un seul et même combat. Synopsis d’histoires à raconter ou scenarii juste mémorisés d’une phrase, citations, aphorismes, lettres, commentaires sur l’Histoire (notamment la Seconde Guerre mondiale, mais aussi l’actualité plus récente), confidences intimes, commentaires de lectures et avis sur les auteurs (critiques en ce qui concerne Bernhard son « disciple », Celan, et Joyce, auprès de qui il est prévu qu’il soit enterré), toujours dans le cadre d’une véritable hantise, cette haine de la mort (et de Dieu qui n’existe pas, et des religions), sa mort mais surtout celle de ses proches, de ses ennemis, de tous, y compris les animaux (et Canetti est fort actuel dans cette conscience du « sang des bêtes »).
Canetti fait référence à son œuvre principale, Masse et Puissance, longuement méditée à l’encontre de Gustave Le Bon et Freud, où il développe la théorie sociale de l’individu qui, dans sa crainte du contact avec autrui, se dissout dans la masse (au sens de foule), ce qu’il considère comme une chute contre laquelle lui résiste, et nomme la mort.
Je fus évidemment obligé de me ramentevoir une lecture récente, les Cinq méditations sur la mort de François Cheng, pour qui la mort est indissociable de la vie ‒ pas de vie sans mort : leurs points de vue sont parfaitement opposés.
Et bien sûr cette lecture trouve une résonnance particulière lorsqu’on a atteint un certain âge (avec un sentiment de culpabilité, comme Canetti, ou pas, mais toujours avec une grande conscience de la mort dans mon cas également) ; je me suis plu à me remémorer, pour chaque année, où j’étais (où j’en étais) à la même époque, toujours plus proche de ma propre mort.
En tout cas un piège inéluctable pour citateur compulsif :
« La promesse de l’immortalité suffit pour mettre sur pied une religion. L’ordre de tuer suffit pour exterminer les trois quarts de l’humanité. Que veulent les hommes ? Vivre ou mourir ? Ils veulent vivre et mettre à mort, et, aussi longtemps qu’ils voudront cela, ils devront se contenter des diverses promesses d’immortalité. »

« Il serait plus facile de mourir s’il ne subsistait absolument rien de soi, pas un souvenir conservé par un autre humain, pas de nom, pas de dernière volonté, et pas de cadavre. »

« Raconter, raconter, jusqu’à ce que personne ne meure plus. Mille et une nuits, un million et une nuits. »

« Je reste confronté au doute qui a toujours été le mien. Je sais que la mort est mauvaise. Je ne sais pas par quoi elle pourrait être remplacée. »

« Je suis si plein de mes morts, personne ne doit plus mourir autour de moi, il n’y a plus de place. »

« Tu t’es refusé d’abord à Dieu, puis à Freud, puis à Marx et, depuis toujours, à la mort. Que fuis-tu donc si consciencieusement, mon lapin ? »

« Je ne regrette pas les orgies de livres. Je me sens comme au temps de la gestation de Masse et Puissance. À l’époque déjà, tout passait par l’aventure avec les livres. Lorsque je n’avais pas d’argent, à Vienne, je dépensais en livres tout l’argent que je n’avais pas. Même à Londres, au temps des vaches maigres, je réussissais encore, de temps à autre, à acheter des livres. Je n’ai jamais appris quelque chose de façon systématique, comme d’autres gens, mais uniquement dans la fièvre soudaine de l’émotion. Le déclenchement se produisait toujours de la même manière, à savoir que mon regard tombait sur un livre, et il me le fallait. Le geste consistant à s’en saisir, le plaisir de flamber son avoir, d’emporter le livre à la maison ou dans le café le plus proche, de le contempler, le caresser, le feuilleter, le mettre de côté, de le redécouvrir le moment venu, parfois des années plus tard – tout cela fait partie d’un processus créatif dont les rouages cachés m’échappent. Mais cela ne se passe jamais autrement chez moi et il me faudra donc acheter des livres jusqu’à mon dernier souffle, en particulier lorsqu’il m’apparaîtra que je ne les lirai sans doute jamais. Vraisemblablement est-ce encore là une manière de défier la mort. Je ne veux pas savoir lesquels, parmi ces livres, ne seront jamais lus. Leur sort, à cet égard, demeurera incertain jusqu’à la fin. J’ai la liberté du choix : parmi tous les livres qui m’entourent je puis, à tout moment, choisir librement, et le cours même de la vie, de ce fait, repose en ma main. »

« L’acte même de déchirer n’est pas sans me procurer du plaisir, mais ce qui me réjouit davantage encore, c’est de parcourir de vieilles lettres avant de me résoudre à les détruire ou non. La décision, à cet égard, est une sorte d’arrêt que je prononce en faveur ou en défaveur de ceux qui les ont écrites. Lesquelles méritent d’être conservées et lesquelles ne sont bonnes qu’à disparaître. C’est comme un arrêt de vie ou de mort. Or je remarque que ce sont les lettres des morts, justement, que je ne détruis jamais. Avec les vivants, je suis beaucoup moins complaisant. Il en est que je voudrais "enterrer". Une activité meurtrière, donc, à laquelle je me livre jour après jour. Rien ne me séduit autant pour le moment, pas même l’achat de nouveaux livres. Quant à écrire quelque chose, je n’y songe même pas. »

« L’insouciante prolifération, la cécité inhérente de la nature, insensée, extravagante, impudente et vaine, n’est érigée en loi que par la déclaration de haine à la mort. Dès que la prolifération cesse d’être aveugle, dès qu’elle se préoccupe de chaque créature, elle se charge de sens. L’aspect horrible de ce "Plus ! Plus ! Plus ! au nom de l’anéantissement !" devient : "Afin que chaque créature soit sanctifiée : plus !" »

« Ton refus de la mort n’est pas plus absurde que la croyance en la résurrection que le christianisme entretient depuis deux mille ans. »

« Lorsque je suis revenu à Vienne pour la première fois après la guerre, je me suis trouvé assis dans un bus en face de deux hommes adultes qui ne cessaient de me toiser. "BCG", dit l’un, l’autre acquiesça en silence.
Je demandai plus tard à l’une de mes connaissances ce que cela signifiait. "Vous ne le savez donc pas ? fit-il étonné. Cela veut dire “Bon pour la chambre à gaz” et signifie sale Juif." »
Une perception faussée de la première guerre du Golfe (doublée d’un ressentiment anti-allemand) :
« Il n’est pas étonnant que je n’éprouve aucune compassion pour des monstres tels que ce Saddam. Quiconque instrumentalise la mort, sans aucun scrupule, au profit de ses propres desseins se situe pour moi en dehors de toute possible compassion. »
Émouvants derniers mots écrits :
« Il est temps que je me communique de nouveau des choses. Faute d’écrire, je me dissous. Je sens comment ma vie se dissout en une sourde et triste rumination parce que je ne note plus rien à mon sujet. Je vais tâcher d’y remédier. »

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Message par Bédoulène Sam 14 Mar - 17:46

merci Tristram, je crois que je me donnerai du temps pour le lire.

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Message par Aventin Dim 4 Juil - 20:57

La Langue sauvée - Histoire d’une jeunesse 1905-1921

premiereguerre - Elias Canetti Canett10


A paru en 1977, récit autobiographique (premier opus de ceux-ci), 210 pages environ.

Histoire d'une trajectoire, avec une petite enfance dans un milieu plutôt très aisé à Roustchouk (aujourd'hui Roussé ou Ruse, dans l'actuelle Bulgarie), dans une famille Séfarade (s'orthographie "Sépharade" dans la version dont je dispose).
Classiquement ladinophone, originaire d'Anatolie, où leurs ancêtres avaient migré à la toute fin du XVème siècle suite aux lois d'expulsion des juifs des royaumes d'Espagne et du Portugal, comme nombre de Séfarades, alors bienvenus dans l'empire Ottoman, la famille Canetti s'appelait alors Cañete et a modifié son patronyme suite à une installation du côté de Venise, qui s'avèrera provisoire.

Un grand père commerçant, grossiste, qui emploie outre son frère le père d'Elias (lequel Elias a reçu le prénom du grand père), lequel père  a épousé Mathilde Arditti, d'une des meilleures familles juives Séfarade de l'Empire établie à Roustchouk, ils se sont connus à Vienne, sont férus d'art, en particulier de musique et de littérature, parlent allemand entre eux, et Elias grand père a tout fait pour contrarier la vocation de musicien de son fils, le faisant entrer de gré ou de force dans l'entreprise qu'il mène.
Elias a deux frères, Georg et Nissim, une cousine qui réside dans la même grande maison, Laurica, qui faillit l'ébouillanter, peut-être en réaction du fait qu'il l'a poursuivie un jour, hache piquée au tas de bois en mains, pour une histoire de cahier qu'elle refusait de lui montrer, ces deux évènements sont déterminants.

Il y a dans la petite enfance d'Elias Canetti un attachement viscéral à sa mère, des propos dithyrambiques envers son père, et un départ brusque pour Manchester, le père d'Elias s'étant fâché avec son grand père, se dernier finira par le maudire -chose terrible et extrêmement rare parmi les juifs Séfarades.

Peu de temps après l'installation de la famille à Manchester, où le père d'Elias est associé aux brillantes affaires d'un frère de Mathilde (il s'agit toujours de commerce, d'import-export), ce père meurt brusquement, âgé de 31 ans, laissant Mathilde veuve à 27 ans.

La suite de ce premier volume autobiographique se déroule d'abord en Suisse, vécu comme une étape avant Vienne, le retour à Vienne étant la grande perspective de Mathilde, laquelle est souffrante et se voit préconiser des soins, de préférence dans quelque sanatorium Suisse. D'abord Lausanne, puis Zürich, tout le corpus se déroule autour de la relation mère-fils aîné, peu ordinaire il est vrai, et de l'adaptation à la vie Suisse ainsi que de questions relatives à la scolarité, et au personnel de maison, puis -enfin- c'est Vienne, 1913-1916, période qui forme la troisième et dernière section de l'ouvrage.        

Vienne, mais via Zürich où Elias est scolarisé sans ses frères et loin de sa mère, ce sont aussi les premières manifestations d'antisémitisme au lycée, joliment narrées au demeurant, les camarades, les professeurs, et une admission dans un pensionnat tenu par quatre sœurs (ou presque sœurs) âgées, où Elias est le seul garçon.  
Sur le titre de l'ouvrage ("La langue sauvée"), on s'aperçoit qu'en effet Elias jongle déjà avec bonheur avec les langues, outre le Ladino, l'Anglais, le Français (peut-être un peu en-deçà sur cette langue-là, toutefois), l'Allemand - et le Latin... et aussi les lieux, les us, les cultures.
Truffé de personnages fort bien campés, ce volume d'entrée en matière est assez prenant:
On sent que Canetti éparpille des pièces de puzzle, tout en nous les donnant à voir chacune, et, une fois le mélange bien effectué, il devrait peu à peu nous donner à discerner quelque chose, mais quoi ?  

Goppenstein était encore plus inhospitalier, plus désert que je ne m'y attendais. On grimpa jusqu'au Löschendal par l'unique sentier qui relie la valée au monde extérieur. J'appris que ce sentier était encore plus étroit peu de temps auparavant; les bêtes chargées de leur faix ne pouvaient y progresser que l'une derrière l'autre. Il y avait moins de cent ans, les ours étaient encore nombreux dans le coin; à présent, on n'en rencontrait plus et c'était bien dommage. Je songeai avec regret aux ours disparus quand la vallée s'ouvrit brusquement devant nous; éclatante sous la lumière du soleil, elle s'étendait en penteascendante, se terminant par un glacier à hauteur des montagnes blanches qui se profilaient par derrière.
Il ne fallait pas beaucoup de temps pour rejoindre l'autre extrémité de la vallée.
De Ferden à Blatten, le chemin sinueux passait par quatre localités. Tout ici était différent, d'un autre âge.
Les femmes portaient un chapeau de paille noir. Et non seulement les demmes mais aussi les petites filles. Il y avait quelque chose de solennel, même dans l'allure des enfants de trois ou quatre ans, à croire que l'on était conscient ici, dès sa naissance, de la particularité de l'endroit où l'on vivait et, par suite, forcé pour ainsi dire de prouver aux intrus qu'on était différent, qu'on n'avait rien à voir avec eux.
Les enfants se pressaient contre les vieilles femmes au visage érodé sous le regard desquelles ils jouaient encore un instant auparavant.
La première phrase que j'entendis prononcer me parut provenir du fond des âges.
Un très petit garçon mais fort entreprenant s'était avancé vers nous; une vieille femme l'avait rappelé et les deux mots qu'elle lui lança pour le détourner de nous me parurent si beaux que je n'en crus pas mes oreilles: "Chom Buobilu ! - viens mon garçon", fit-elle.
Quelles voyelles étranges ! "Buebli" que j'avais l'habitude d'entendre pour "Büblein" devenait "Buobilu", sombre assemblage de u, o et i qui me fit penser aux poésies en vieux haut allemand que nous lisions en classe.
Je savais que le dialecte suisse était proche du moyen haut allemand; maintenant seulement, je découvrais qu'il y avait des patois encore plus anciens et qui sonnaient comme du vieux haut allemand.
La phrase de la vieille femme s'est d'autant mieux gravée dans ma mémoire qu'il ne me fut pas donné d'entendre autre chose de la journée. Les gens étaient muets et semblaient nous éviter.

\Mots-clés : #autobiographie #communautejuive #relationenfantparent #viequotidienne #voyage #xxesiecle
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Message par bix_229 Dim 4 Juil - 21:05

Merci Aventin !
Lisez Canetti ! J'espère que ce sera une aussi grande révélation que pour moi.
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Message par Bédoulène Lun 5 Juil - 9:39

merci Aventin !

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Message par Aventin Jeu 22 Juil - 22:00

Le Flambeau dans l'oreille, 1921-1931

premiereguerre - Elias Canetti Canett11

Récit autobiographique (suite, 240 pages environ).

La trajectoire d'Elias Canetti jeune homme et jeune adulte. Elle passe par trois années à Francfort (1921-1924) où il obtient l'Abitur , puis quatre années à Vienne (1924-1928), une année à Berlin (1928) puis deux autres années à Vienne (1929-1931).

Francfort fut une année difficile, marquée par le mal du pays (Zürich, la Suisse en général). Et puis Francfort c'est le retour dans le giron familial, en compagnie de sa mère et de ses frères, après avoir vécu sans eux. Les scènes, qui ne manquent pas d'un certain comique, se déroulant à la pension Charlotte sont très plaisantes.

Ce sont aussi -c'est à peine effleuré, non sans tact- les premiers contacts sensibles avec cet antisémitisme rampant caractéristique du quotidien sous la république de Weimar, et auxquels les Canetti n'avaient jamais été confrontés auparavant.
Quelques bonnes feuilles in vivo sur la situation en Allemagne, étranglée par les clauses léonines du traité de Versailles et l'hyperinflation, la crise monétaire (NB: pour mémoire, La valeur du mark décline de 4,2 marks par dollar à 1 000 000 (1 million de) marks par dollar en août 1923 puis à 4 200 000 000 000 (4 200 milliards de) marks par dollar le 20 novembre, les ouvriers ne se faisaient plus payer à la semaine ou au mois mais deux fois par jour tant une valeur convenue le matin pouvait être différente l'après-midi, les fameuses petites courses de base, pour lesquelles une brouette emplie de billets suffisait à peine à payer un sac de pommes de terre et un quignon de pain, etc, etc.).
 
Jalonnée de portraits de lycéens et de professeurs, de moments familiaux et de saynettes de rues, l'on pressent lors de cette période de Francfort l'éveil de plus en plus prononcé du jeune Elias aux arts et à la littérature, et toujours...ce fort rapport, parsemé de conflits, d'amour inconditionnel et d'incompréhensions notables qui le lie à sa mère, comme dans le livre précédent.

Puis c'est le retour à Vienne en compagnie de son frère Georg, les études de chimie (Elias a renoncé à la médecine auxquelles il se prédestinait après avoir vu une femme s'effondrer de faim dans la rue à Francfort et s'être senti incapable de la secourir).

C'est aussi le temps des conférences de Karl Kraus, la rencontre avec Veza, deux phénomènes fort distincts bien que liés par la chronologie, et qui marqueront très durablement l'auteur, qui, pour l'heure, gagne tranquillement sa vie dans un laboratoire de chimie tout en poursuivant ses études et tout en étant pris dans l'effervescence intellectuelle de la Vienne d'alors, et surtout pris par l'amour, autrement dit par Veza.

L'étrangeté de Veza était ressentie partout; où qu'elle se trouvât, elle attirait l'attention. Une Andalouse qui n'atait jamais allée à Séville, mais dont elle parlait comme si elle y avait grandi. On l'avait rencontrée dans Les Mille et Une Nuits dès la première lecture. Elle était un personnage familier des miniatures persanes. En dépit de cette omniprésence orientale, elle n'était pas une figure de rêve; l'image que l'on se faisait d'elle était extrêmement précise, ses traits n'étaient pas flous, ils ne se décomposaient pas, ils conservaient la fermeté de leurs contours comme leur luminosité.
  Je me mis sur la défensive contre sa beauté qui couapit le souffle à tout le monde. Inexpérimenté, à peine sorti de l'enfance, lourdaud, balourd, un Caliban à côté d'elle, perdant justement en sa présence toute maîtrise de ce dont je disposais peut-être, la parole, je m'inventais, avant de la voir, les injures le plus absurde possible qui devaient me servir de cuirasse contre elle: "précieuse" était la moindre, "sucrée", "dame d'honneur", "princesse".
Je prétendais croire qu'elle ne maîtrisait plus que l'une des deux moitiés de la langue, la moitié raffinée, et qu'elle était devenue étrangère à ce que la langue a de spécifique, d'absolu, de sévère, d'impitoyable.

L'année berlinoise est croquignolesque, mes pages préférées de cet ouvrage-là sans aucun doute. Je me délecte encore du portrait et des anecdotes concernant Berthold Brecht, mais en fait toute cette vie artistique intense du Berlin d'alors est une révélation: c'était un tourbillon, les artistes s'y révélaient, s'y brûlaient aussi.
Tout était également proche à Berlin, toute forme d'activité était licite; il n'était interdit à personne de se faire remarquer, si l'on ne craignait pas l'effort.

Puis c'est le retour à Vienne où, marqué par une manifestation spontanée réprimée par la violence, Canetti entreprend la très longue réflexion et les premiers travaux d'écriture qui conduiront bien plus tard, en 1960, à son œuvre de premier plan, Masse et Puissance (Masse und Macht).


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Message par bix_229 Ven 23 Juil - 15:19

A noter l'importance et l'influence de Karl Kraus sur Canetti.
Quant à Veza, elle a  quelque peu sacrifié ses propres écrits à Elias.
Et à son donjuanisme. Elias ne cessait d'avoir des maitresses.
Veza de son coté était amoureuse du frère cadet d'Elias, Georges, homosexuel, mais très lié à Veza et à son frère.
C'est ce qu'on apprend dans une correspondance retrouvée en 2003. Retrouvées en 2003, ces lettres dévoilent le triangle amoureux sans équivalent formé par Elias, Georges et Veza Canetti. Elles constituent un cruel et bouleversant roman d’amour épistolaire qui apporte un éclairage inédit sur l’un des plus grands écrivains du siècle.
Un beau livre sur la complexité des passions humaines.

Lettres à Georges

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