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Cormac McCarthy

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Message par Bédoulène Jeu 24 Juin - 8:22

merci Tristram ! bien tentant

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Message par Tristram Mer 13 Avr - 12:35

Le grand passage

mort - Cormac McCarthy - Page 3 Le_gra11

Dans le sud des États-Unis, à proximité de la frontière mexicaine, Billy Parham, seize ans, son frère Boyd, quatorze ans, et leur père Will tentent de piéger une louve solitaire. Remarquables observations sur la faune sauvage :
« Les éleveurs disaient que les loups traitaient le bétail avec une brutalité dont ils n’usaient pas envers les bêtes fauves. Comme si les vaches avaient éveillé en eux on ne savait quelle fureur. Comme s’ils s’étaient offensés d’on ne savait quelle violation d’un ordre ancien. D’anciens rites. D’anciens protocoles. »

« À la nuit elle descendait dans les plaines des Animas et traquait les antilopes sauvages, les regardant s’enfuir et volter dans la poussière de leur propre passage qui s’élevait du fond du bassin comme une fumée, regardant l’articulation si exactement dessinée de leurs membres et le balancement de leurs têtes et la lente contraction et la lente extension de leur foulée, guettant parmi les bêtes de la harde un signe quelconque lui désignant sa proie. »

« Elle passa près d’une heure à tourner autour du piège triant et répertoriant les diverses odeurs pour les classer dans un ordre chronologique et tenter de reconstituer les événements qui avaient eu lieu ici. »
Elle est finalement capturée par Billy, qui a recueilli les paroles d’un vieux trappeur renommé ; il décide de la ramener au Mexique d’où elle est venue. Péripéties western avec cowboy typiquement impavide, insondable. Il est généralement bien reçu quand il rencontre quelqu’un ; on lui offre un repas et il remercie ponctuellement. Aussi confirmation que l’imaginaire autour du loup est le même partout, y compris au Mexique, dont une esquisse est donnée.
« Ceux qui étaient trop soûls pour continuer à pied bénéficiaient de tous les égards et on leur trouvait une place parmi les bagages dans les charrettes. Comme si un malheur les eût frappés qui pouvait atteindre n’importe qui parmi ceux qui se trouvaient là. »
Billy préfère tuer lui-même la louve recrue dans un combat de chiens.
Puis il erre dans la sierra ; il y rencontre un vieux prêtre « hérétique » qui vit dans les ruines d’un tremblement de terre (le « terremoto » de 1887 ; il y a beaucoup de termes en espagnol/mexicain, et il vaut mieux avoir quelques notions et/ou un dictionnaire).
« Tout ce dont l’œil s’écarte menace de disparaître. »

« Si le monde n’est qu’un récit qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? »

« Alors que penser de cet homme qui prétend que si Dieu l’a sauvé non pas une mais deux fois des décombres de la terre c’est seulement pour produire un témoin qui dépose contre Lui ? »
Billy rentre chez lui, et découvre que ses parents ont été massacrés par deux voleurs de chevaux.
Il repart au Mexique avec Boyd. Les deux sont de très jeunes blonds (güero, güerito), et à ce titre sont généralement considérés avec sympathie ; ils deviendront vite renommés suite à leurs contacts avec alternativement de braves gens et des brigands.
« Une créature venue des plateaux sauvages, une créature surgie du passé. Déguenillée, sale, l’œil et le ventre affamé. Tout à fait inexplicable. En ce personnage incongru ils contemplaient ce qu’ils enviaient le plus au monde et ce qu’ils méprisaient le plus. Si leurs cœurs battaient pour lui, il n’en était pas moins vrai que pour le moindre motif ils auraient aussi bien pu le tuer. »
Ils récupèrent un de leurs chevaux, sauvent une jeune Mexicaine d’une tentative de viol, et l'emmènent avec eux. Ils rejoignent une troupe de saltimbanques, puis reprennent quelques autres chevaux. Boyd est gravement blessé par balle dans une escarmouche avec les voleurs.
Billy fait une autre rencontre d’importance, un aveugle, révolutionnaire victime d'affrontements avec l’armée.
« Il dit que les hommes qui avaient des yeux pouvaient choisir ce qu’ils voulaient voir mais qu’aux aveugles le monde ne se révélait que lorsqu’il avait choisi d’apparaître. Il dit que pour l’aveugle tout était brusquement à portée de main, rien n’annonçait jamais son approche. Origines et destinations devenaient des rumeurs. Se déplacer c’était buter contre le monde. Reste tranquillement assis à ta place et le monde disparaît. »
Boyd disparaît avec la jeune fille, Billy retourne un temps aux États-Unis, où il est refusé dans l’enrôlement de la Seconde Guerre mondiale à cause d’un souffle au cœur. Revenu au Mexique, il apprend que Boyd est mort (ainsi que sa fiancée).
« Le but de toute cérémonie est d’éviter que coule le sang. »
Considérations sur la mort, « la calavera ».
Un gitan, nouvelle rencontre marquante (il s’agit d’un véritable roman d’apprentissage), développe une théorie métaphysique sur la vérité et le mensonge à propos d’un avion de la Première Guerre mondiale qu’il rapporte au père d’un pilote américain.
« Chaque jour est fait de ce qu’il y a eu avant. Le monde lui-même est sans doute surpris de la forme de ce qui survient. Même Dieu peut-être. »

« Les noms des collines et des sierras et des déserts n’existent que sur les cartes. On leur donne des noms de peur de s’égarer en chemin. Mais c’est parce qu’on s’est déjà égaré qu’on leur a donné ces noms. Le monde ne peut pas se perdre. Mais nous, nous le pouvons. Et c’est parce que c’est nous qui leur avons donné ces noms et ces coordonnées qu’ils ne peuvent pas nous sauver. Et qu’ils ne peuvent pas nous aider à retrouver notre chemin. »

« Il dit que pour les gens de la route la réalité des choses avait toujours de l’importance. Il dit que le stratège ne confondait pas ses stratagèmes avec la réalité du monde car alors que deviendrait-il ? Il dit que le menteur devait d’abord savoir la vérité. »

« Il dit : ce que les hommes ne comprennent pas c’est que ce que les morts ont quitté n’est pas le monde lui-même mais seulement l’image du monde dans le cœur des hommes. Il dit qu’on ne peut pas quitter le monde car le monde sous toutes ses formes est éternel de même que toutes les choses qui y sont contenues. »
Intéressantes précisions sur le corrido, ballade épique ou romancée, poésie populaire évoquant l’amour, la politique, l’histoire (voir Wikipédia) :
« Le corrido est l’histoire du pauvre. Il ne reconnaît pas les vérités de l’histoire mais les vérités des hommes. Il raconte l’histoire de cet homme solitaire qui est tous les hommes. Il croit que lorsque deux hommes se rencontrent il peut arriver l’une ou l’autre de deux choses et aucune autre. L’une est un mensonge et l’autre la mort. Ça peut vouloir dire que la mort est la vérité. Oui. Ça veut dire que la mort est la vérité. »
Ce long roman bien documenté, qui m’a beaucoup plu, est avant tout un hymne assez traditionnel et pathétique du mythe fondateur des États-Unis, le poor lonesome cowboy et son existence rude et libre dans l’immense marge des confins.
Style factuel, congru à des personnages taiseux, pas de psychologie abordée mais des descriptions détaillées (équipement du cheval, confection des tortillas, médecin soignant Boyd, etc.) : en adéquation complète avec le contenu du discours.

\Mots-clés : #aventure #fratrie #independance #initiatique #jeunesse #mort #nature #solitude #violence #voyage

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Message par Bédoulène Jeu 14 Avr - 10:10

merci Tristram, je pense que ça pourrait me plaire (hormis le passage où il tue la louve, à voir si c'est Billy qui l'a engagé dans le combat de chiens ? souvenir de Croc-Blanc)

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Message par Tristram Jeu 14 Avr - 20:21

Pas du tout, ce sont des Mexicains, plus ou moins des édiles corrompus, qui lui ont pris la louve pour organiser un combat avec de nombreux chiens !

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Message par Tristram Sam 17 Sep - 14:09

Des villes dans la plaine

mort - Cormac McCarthy - Page 3 Des_vi10

Dans ce troisième tome de la Trilogie des confins nous retrouvons John Grady Cole (De si jolis chevaux) et Billy Parham (Le grand passage), qui travaillent ensemble comme cow-boys dans un ranch au Nouveau-Mexique, à la frontière du Texas et du Mexique (région économiquement défavorisée et que l’armée va réquisitionner). On retrouve aussi les dialogues laconiques de rudes taiseux dans un récit où l’action est lente, et qui détaille les gestes du savoir-faire passionné des chevaux.
John Grady tombe amoureux d’une très jeune prostituée dans un bordel de Juárez (Mexique) : c’est la belle Magdalena, par ailleurs épileptique, aux mains de son proxénète, Eduardo, et de l’alcahuete (entremetteur) de ce dernier, Tiburcio. John Grady va jusqu’à vendre son cheval pour la racheter par l’entremise de Billy, qui rencontre Eduardo ; il rafistole une petite maison d’adobe en ruine dans la montagne.
Les temps changent ; le vieux M. Johnson :
« Au bout d’un moment le vieil homme dit : Le lendemain de mes cinquante ans en mars 1917 je suis allé à cheval jusqu’au puits de Wilde, là où était la maison du ranch dans le temps, et il y avait six loups morts suspendus à la clôture. J’ai longé la clôture en passant la main dans leur fourrure. Je regardais leurs yeux. Un trappeur de l’administration les avait apportés là la veille au soir. On les avait tués avec des appâts empoisonnés. De la strychnine. Ou autre chose. Là-haut dans les Sacramentos. Une semaine plus tard il en a encore apporté quatre. Je n’ai pas entendu de loups dans le pays depuis. Sans doute que c’est une bonne chose. Ils peuvent être terribles pour le bétail. Mais je crois que j’ai toujours été comme qui dirait superstitieux. Je n’étais pas quelqu’un de religieux, certainement pas. Et j’ai toujours pensé qu’une créature peut vivre et mourir mais que la sorte de créature qu’elle était serait toujours là. Je ne savais pas qu’on pouvait tuer ça avec du poison. Voilà plus de trente ans que je n’ai pas entendu le hurlement d’un loup. Je me demande où il faudrait aller pour en entendre un. Il n’existe peut-être plus d’endroit comme ça. »
Impressionnante chasse au lasso des chiens sauvages qui tuent les veaux dans le chaparral.
Considérations sur le Mexique où les gens sont extrêmement accueillants, où on est vite tué.
Un vieux maestro mexicain aveugle (celui de Le grand passage ?) sympathise avec John Grady, lui apprend qu’Eduardo est amoureux de Magdalena, et lui raconte l’histoire d’un mourant qui demanda à son ennemi de devenir le padrino (parrain) de son enfant.
Le plan de John Grady pour l’évasion de Magdalena échoue : elle est égorgée par Tiburcio. John Grady tue Eduardo qu’il a provoqué dans un duel au couteau, et meurt de ses blessures. Billy rapporte son corps aux États-Unis, comme autrefois celui de son frère.
Billy, soixante-dix-huit ans, est devenu un vagabond. Il rencontre un autre vagabond (métaphysicien) qui lui raconte son rêve d’un vagabond se réveillant de son propre rêve dans une sorte de cérémonie sacrificielle antique (et peut-être mésoaméricaine).
« Le narrateur eut un sourire mélancolique comme un homme qui se souvient de son enfance. Ces songes-là nous révèlent aussi le monde, dit-il. Nous nous souvenons à notre réveil des événements dont ils se composent alors que le récit est souvent fugace et difficile à retenir. C’est pourtant le récit qui donne vie au rêve alors que les événements eux-mêmes sont souvent interchangeables. D’un autre côté les événements qui se produisent quand nous sommes éveillés nous sont imposés et le récit est l’axe insoupçonné autour duquel leur trame doit être tissée. Il nous appartient de peser et de trier et d’ordonner ces événements. C’est nous qui les assemblons pour en faire l’histoire que nous sommes nous. Tout homme est le poète de sa propre existence. C’est ainsi qu’il se rattache au monde. Car s’il s’évade du monde qu’il a rêvé cette évasion est à la fois sa punition et sa récompense. […]
Aux heures de veille le désir qui nous pousse à façonner le monde à notre convenance conduit à toutes sortes de paradoxes et de difficultés. Les choses en notre pouvoir sont agitées de profondes turbulences. Mais dans les rêves nous nous trouvons dans cette vaste démocratie du possible et c’est là que nous devenons d’authentiques pèlerins. Que nous allons au-devant de ce que nous devons rencontrer. »

\Mots-clés : #amitié #amour #aventure #mort #nature #violence

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Message par Bédoulène Sam 17 Sep - 17:25

tu penses que la trilogie pourrait me plaire ? je n'ai plus tenté après la Route

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Message par Tristram Sam 17 Sep - 17:48

Ça paraît peut-être quelconque, mais j'ai beaucoup apprécié la lecture de cette trilogie, et je pense que ça devrait te plaire ; tu peux toujours arrêter en route, si décidément cela t'ennuie. C'est un auteur que j'apprécie beaucoup, et j'arrive malheureusement en fin de lecture de ses oeuvres ; La route, Suttree restent mes préférés.

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Message par topocl Dim 18 Sep - 9:38

Tristram a écrit:Ça paraît peut-être quelconque,
Pourquoi tu dis que ça pourrait être quelconque (je ne le connais pas trop non plus)?

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Message par Bédoulène Dim 18 Sep - 10:53

merci Tristram, j'y reviendrai donc

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Message par Tristram Dim 18 Sep - 11:58

Ça paraît être un banal western, c'en est un d'ailleurs, mais la façon dont il est narré, à la fois simplement et originalement, m'a plu ! Il a a aussi la dimension que donnent les épisodes métaphysiques décalés.

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