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Message par Tristram Lun 8 Mar - 19:40

Courage Topocl, je suis là !
(Je viens d'ailleurs de poster un jugement ressenti négatif sur le fil de Miguel Bonnefoy, que tu sembles apprécier ; par contre, pour Ernaux, tu as tort, comme trop souvent.)

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Message par topocl Lun 8 Mar - 19:44

Tristram a écrit: tu as tort, comme trop souvent.)
Me voila rassurée!

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Message par ArenSor Jeu 6 Oct - 13:42

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Message par Tristram Jeu 6 Oct - 13:58

Oui, mérité ce me semble !

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Message par Dreep Jeu 6 Oct - 14:00

Je vais peut-être réessayer avec un autre livre d'elle, jusqu'à maintenant, je n'ai pas tellement compris ce qu'on lui trouve de si exceptionnel.

Elle a écrit un livre plus intéressant que Les Années (celui que j'ai lu) ?
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Message par Quasimodo Jeu 6 Oct - 16:56

J'ai beaucoup aimé Journal du dehors (je l'ai lu d'une traite). Autrement, je partage ton incompréhension, Dreep.
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Message par Nadine Jeu 6 Oct - 19:57

Votre échange m'a intriguée, parce que je comprends aussi le doute vis à vis de la valeur de son écriture. Alors j'ai visionné La grande librairie, qui est en replay sur le net :
j'ai l'impression qu'elle représente un rapport à l'écriture assez spécifique. En l'écoutant parler je crois saisir là où réside la valeur de sa démarche.
Dans l'entretien elle explique volontiers, simplement, et à plusieurs reprises, qu'elle écrit sur sa mémoire, en fil directeur, et que son soucis n'est pas en soi de raconter, de nous raconter, mais de raconter quelque chose de précis : elle tente de trouver les mots justes et sans métaphore. Son milieu d'origine n'épouse pas le verbe dans son fonctionnement , les valeurs dans lesquelles elle a grandi, et notamment celles de son pere, reposent sur le factuel, la constatation, auquels réferent des jugements de valeur propres. J'ai du coup l'impression qu'elle reprend le langage de son pere pour dire son systeme de valeur à elle, différent. Un peu comme dans le cas de ces langues du monde qui n'ont pas de mot pour dire quelque chose en soi dans la langue d'un autre coin du monde.
Elle ne travaille pas la phrase comme un orphevre, elle travaille la phrase sur la causalité, la logique et l'économie.
C'est un peu le vieux truc des bras de fer entre l'idee du beau et de l'artisanat, aussi, cette histoire. Une chaise simple en bois , tres travaillée, une chaise complexe, tres travaillée. Les arts déco/ l'artisanat.
Par ailleurs il est certain que la parole féminine en propre qu'elle propose aura infléchi le jury, chaque année a ses choix, je dirais, politiques, dans tout jury.
Si ce prix avait une valeur réelle d'annonce, sur une avant garde, cette année annoncerait une restauration des principes de sens au dépend des principes de forme.

Un peu pour tout ce que j'essaie de dire plus haut, je suis heureuse de lire qu'elle est plébiscitée, puisque j'apprécie déjà ce voyage dans sa pensée.

je crois que venir d'un milieu tres peu lettré aide beaucoup pour comprendre la "voie" de ses écrits. C'est omniprésent. Ce n'est pas un corpus littéraire qui appartient aux regles de l'Art, c'est une scorie des batailles des années 90, qui impliquaient une refonte des valeurs, à la faveur de la gauche triomphante. la société permettait cela, et Annie Ernaux a expurgé la valeur de cela par son travail, en l'appliquant à une "auto fiction" qui ne cherche pas l'os pour le style, mais cherche plutôt à toucher et retenir, dans une forme de post-sidération, ce que l'esprit pense, avant d'avoir les mots.
C'est une concentration tournée vers les règles du langage, pour transcrire sobrement ce qui nous meut dans un pays moins muni de mots. Je trouve cet entretien tres agréable, je vous le conseille.
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Message par Bédoulène Jeu 6 Oct - 23:44

merci Nadine, n'ayant lu que "les armoires vides", il me faudra y revenir.

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Message par Cliniou Sam 8 Oct - 18:13

Bonjour le monde,
N’ayant rien lu de Erneaux, je vous demande conseil : lequel choisir s’il n’y en a qu’un? Par lequel commencer s’il devait y avoir un parcours initiatique ?
Merci d’avance.
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Message par Tristram Sam 8 Oct - 18:25

Je n'ai lu que La Place et Les Années ; ce dernier m'avait particulièrement plu, et j'ai entamé le L'atelier noir à la suite, mais la lecture de ces notes est plus difficile. Je me demande pourquoi je n'ai pas continué avec cette écrivaine _ moi aussi, je prendrais en compte les suggestions...

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Message par Cliniou Sam 8 Oct - 21:44

On parle de « les Années » comme d’un de ses meilleurs textes.
S’il t’a plu, je laisse les autres dans leur brouillard et je ferai connaissance avec Annie Erneaux en lisant Les Années.
Nous aurons (j’espère) l’occasion d’en reparler 😉
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Message par Tristram Sam 8 Oct - 21:52

Bonne lecture, et au plaisir de lire ton retour !

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Message par Pinky Dim 16 Oct - 16:56

Journal du dehors

Annie Ernaux - Page 6 Journa10



Le texte couvre les années 1985 à 1992. A Ernaux note ce qu’elle voit, ce qu’elle entend dans le train, le RER, chez le boucher, dans la rue à Paris ou Cergy, dans les grands magasins ou centre commerciaux comme les Trois Fontaines. Des petits morceaux de réels qu’elle lit avec sa sensibilité de fille d’origine populaire. Cela peut être sensible ou irritant, en particulier, cette assignation à sa classe sociale d’origine ou cette grille de lecture obsédée par ce qui seraient les attitudes, les goûts des « dominés ». D’autres passages traduisent très bien ce que l’on peut ressentir avant un examen médical ou dans un magasin de vêtements.

Le réel et le travail de l’écrivain

« Pourquoi je raconte, décris, cette scène, comme d’autres qui figurent dans ces pages. Qu’est-ce que je cherche à toute force dans la réalité ? Le sens ? Souvent, mais pas toujours, par habitude intellectuelle (apprise) de ne pas s’abandonner seulement à la sensation : la « mettre au-dessous de soi ». Ou bien, noter les gestes, les attitudes, les paroles de gens que je rencontre me donnent l’illusion d’être proche d’eux. Je ne leur parle pas, je les regarde et les écoute seulement. Mais l’émotion qu’ils laissent est une chose réelle. Peut-être que je cherche quelque chose sur moi à travers eux, leurs façons de se tenir, leurs conversations (Souvent, « pourquoi ne suis-je pas cette femme ? » assise devant moi dans le métro, etc.) ». (1986)

« Je m’aperçois qu’il y a deux démarches possibles face aux faits réels. Ou bien les relater avec précision, dans leur brutalité, leur caractère instantané, hors de tout récit, ou les mettre de côté pour les faire (éventuellement ) « servir », entrer dans un ensemble (roman par exemple). Les fragments, comme ceux que j’écris ici, me laissent insatisfaite, j’ai besoin d’être engagée dans un travail long et construit (non soumis au hasard des jours et des rencontres). Cependant, j’ai aussi besoin de transcrire les scènes du R.E.R., les gestes et les paroles des gens pour eux-mêmes, sans qu’ils servent à quoi que ce soit. (1988).

Décalage social  
« Dans Libération, Jacques Le Goff, historien : « Le métro me dépayse. » Les gens qui le prennent tous les jours seraient-ils dépaysés en se rendant au Collège de France ? On n’a pas l’occasion de le savoir. » 47. (1986)

« La chanson première au « Top 50 », c’est « Viens boire un p’tit coup à la maison – y’a du rouge, y’a du blanc, du saucisson – y’a Mimile et son accordéon. » Première impression : « Comment les gens qui aiment cela pourraient-ils un jour écouter Mozart ? » (1987)

« Je demande à la jeune coiffeuse qui s’occupe de moi : « Est-ce que vous aimez lire ? ». Elle me répond : « Oh ça ne me dérange pas de lire, mais je n’ai pas le temps. » (« ça ne me dérange pas », de faire la vaisselle, la cuisine, de travailler debout, l’expression pour dire qu’on est capable de faire tranquillement des choses pénibles. Lire peut donc en faire partie.) (1988)

« Il y a au musée de Bâle un tableau de … » (A la place de Bâle, ce peut être Amsterdam, Florence, etc.) Début de phrase impersonnel, anodin, souvent entendu, lu, qui pourtant signifie instantanément l’appartenance à un monde. Celui où l’on est familier de la peinture, certes, mais aussi celui où l’existence est ouverte, voyageuse avec discernement, assez légère pour qu’un tableau soit une chose d’importance dans la vie et la mémoire. Une existence aux antipodes des courses du samedi en famille et du camping de Palavas en août. (1991)

On peut se demander si Annie Ernaux ne surinvestit pas le fait d’appartenir maintenant à un monde éclairé de « sachants » et alors pourquoi ne pourrait-on pas aimer une chanson populaire et Mozart ? Faut-il absolument aimer lire ? Dans la Manche, il paraît que des boîtes à livres ont été transformées pour accueillir des canards, et alors ? Cela fait penser à certains enseignants qui se demandent comment des gens peuvent être « comme ça », pourquoi des spectateurs non avisés regardent un tableau d’Ensor en se disant que le « vin représenté ne va pas avec les huitres du tableau ». Et alors, peut-être qu’on s’en fout que le tableau ait circulé dans un autre musée ou que la question soit celle de la composition ou du propos du peintre. C’est sans doute cela qui me gêne dans ce discours d’Annie Ernaux et cette obsession actuelle pour les transfuges de classes. Je ne nie pas que cela puisse être douloureux mais pourquoi certains en souffrent plus que d’autres ?

En attente dans un box avant une consultation
« Quand la consultation se termine visiblement, je commence à éprouver de l’angoisse. La porte du box va s’ouvrir et je serai exposée en slip devant quatre ou cinq personnes. Mouvement d’arrêt avant de sortir, d’avancer dans le bureau en pleine lumière, comme les poules lorsqu’on leur ouvre la porte du poulailler et qu’elles restent d’abord tapies au fond.. (1986)

Ce retour sur soi, sans assignation de classe, m’a semblé intéressant : dominées ou dominantes on peut s’y retrouver.
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Message par Tristram Dim 16 Oct - 17:32

Intéressant, mais c'est un journal, et j'aimerais trouver Les armoires vides pour aller plus loin !

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Message par Tristram Sam 22 Oct - 2:35

Juste pour signaler ce récent passage à l'antenne,
https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-15/4183294-emission-speciale-annie-ernaux-prix-nobel-de-litterature-2022.html
qui atteste l'exigence d'écriture (et de mémoire) d'Ernaux, même si d'une manière générale il est un peu ridicule de faire parler un écrivain de lui et de son œuvre : sinon, à quoi ça sert qu'il écrive !? (Et malgré la précipitation des questions posées ici sans presque de temps laissé pour y répondre.)

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Message par topocl Sam 22 Oct - 8:45

Tristram a écrit: il est un peu ridicule de faire parler un écrivain de lui et de son œuvre : sinon, à quoi ça sert qu'il écrive !?
Et bien cela voudrait dire que l'ouvre et l'auteur sont deux choses différentes, non? Tu manges, et parfois tu parles de tes recettes, ça n'empêche pas que ça sert de manger.
Tristram a écrit:(Et malgré la précipitation des questions posées ici sans presque de temps laissé pour y répondre.)
Si on veut échapper à ça, il faut jeter sa télé, non?

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Message par topocl Sam 22 Oct - 8:48

Je trouve ça un peu incroyable la façon dont tout le monde se jette maintenant sur Annie Ernaux. Alors que c'est quelqu'un qui existait dans notre paysage avant; Et que le fait qu’elle ait le Nobel la distingue, mais ne la fait pas meilleure pour autant.
Il n'y a pas le même effet Nobel d'habitude, je trouve... Petit enthousiasme narcissique franco-français???

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Message par Bédoulène Sam 22 Oct - 9:34

@ topocl " Petit enthousiasme narcissique franco-français???"

pourquoi pas ?

j'ai lu les armoires vides avant le Nobel et je lirai peut-être un autre livre

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Message par Fantaisie héroïque Mer 26 Oct - 14:32

J'arrive après la bataille mais quelle joie quand j'ai appris qu'Annie Ernaux avait remporté le Nobel ! Je la lis depuis le lycée et ai toujours beaucoup aimé sa plume. Pour l'occasion, j'ai ressorti Je ne suis pas sortie de ma nuit (peut-être son plus beau pour moi) et Passion simple.
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Message par Tristram Ven 28 Oct - 11:23

Les armoires vides

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Denise, « Ninise » Lesur, jeune étudiante, subit un avortement clandestin, et évoque son enfance. Une enfance dans un milieu méprisé (a posteriori), en fait assez heureux (parents faisant « tout » pour elle, chère abondante – c’est l’après-guerre), modeste mais relativement privilégié (commerçants) : la misère est en réalité autour (avec notamment l’alcoolisme), même si on baigne dedans (d’autant plus avec la promiscuité).
« Malheurs lointains qui ne m'arriveront jamais parce qu'il y a des gens qui sont faits pour, à qui il vient des maladies, qui achètent pour cinquante francs de pâté seulement, et ma mère en retire, elle a forcé, des vieux qui ont, a, b, c, d, la chandelle au bout du nez en hiver et des croquenots mal fermés. Ce n'est pas leur faute. La nôtre non plus. C'est comme ça, j'étais heureuse. »
Puis l’autre monde, celui de l’école (libre) ; humiliation sociale, et culpabilité (le péché) insinuée par l’aumônier à la « vicieuse » avec son « quat'sous » (son sexe, avec connotation de peu de valeur) ; puis revanche de première de la classe. Et la lecture.
« Ces mots me fascinent, je veux les attraper, les mettre sur moi, dans mon écriture. Je me les appropriais et en même temps, c'était comme si je m'appropriais toutes les choses dont parlaient les livres. Mes rédactions inventaient une Denise Lesur qui voyageait dans toute la France – je n'avais pas été plus loin que Rouen et Le Havre –, qui portait des robes d'organdi, des gants de filoselle, des écharpes mousseuses, parce que j'avais lu tous ces mots. Ce n'était plus pour fermer la gueule des filles que je racontais ces histoires, c'était pour vivre dans un monde plus beau, plus pur, plus riche que le mien. Tout entier en mots. Je les aime les mots des livres, je les apprends tous. »

« Pour moi, l'auteur n'existait pas, il ne faisait que transcrire la vie de personnages réels. J'avais la tête remplie d'une foule de gens libres, riches et heureux ou bien d'une misère noire, superbe, pas de parents, des haillons, des croûtes de pain, pas de milieu. Le rêve, être une autre fille. »
Rejet du moche, du sale, du café-épicerie de la rue Clopart, honte haineuse d’une inculture (pourtant compréhensible), envie aussi de la vie des autres jeunes, de la liberté : l’adolescente veut "s’en sortir".
Premières menstrues, « chasse aux garçons », découverte du plaisir ; avec quand même la crainte confuse de mal tourner, comme redoutent les parents (qui triment pour lui permettre de poursuivre ses études).
« Dans l'ordre, si tout y avait été, une maison accueillante, de la propreté, si je m'étais plu avec eux, chez eux, oui, ce serait peut-être rentré dans l'ordre. »
Dix-sept ans, l’Algérie et mai 68 en toile de fond, et ce besoin (à la fois légitime et choquant) d’être supérieur à sa condition d’origine.
« J'inscris des passages sur un petit carnet réservé, secret. Découvrir que je pense comme ces écrivains, que je sens comme eux, et voir en même temps que les propos de mes parents, c'est de la moralité de vendeuse à l'ardoise, des vieilles conneries séchées. »

« Mais la fête de l'esprit, pour moi, ce n'est pas de découvrir, c'est de sentir que je grimpe encore, que je suis supérieure aux autres, aux paumés, aux connasses des villas sur les hauteurs qui apprennent le cours et ne savent que le dégueuler. »
Étudiante enfin, puis c’est la « dé-fête », elle est enceinte, et avorte clandestinement.
« J'ai été coupée en deux, c'est ça, mes parents, ma famille d'ouvriers agricoles, de manœuvres, et l'école, les bouquins, les Bornin. Le cul entre deux chaises, ça pousse à la haine, il fallait bien choisir. »
Contrairement à ce qui est parfois prétendu, Ernaux a "un style".
« Ça me fait un peu peur, ça saignera, un petit fût de sang, lie bleue, c'est mon père qui purge les barriques et en sort de grandes peaux molles au bout de l'immense rince-bouteilles chevelu. Que je sois récurée de fond en comble, décrochée de tout ce qui m'empêche d'avancer, l'écrabouillage enfin. Malheureuse tout de même, qui est-il, qui est-il... Mou, infiniment mou et lisse. Pas de sang, une très fine brûlure, une saccade qui s'enfonce, ce cercle, ce cerceau d'enfant, ronds de plaisir, tout au fond... Traversée pour la première fois, écartelée entre les sièges de la bagnole. Le cerceau roule, s'élargit, trop tendu, trop sec. La mouillure enfin, à hurler de délivrance, et macérer doucement, crevée, du sang, de l'eau. »

« Le goût de viande crue m'imbibe, les têtes autour de moi se décomposent, tout ce que je vois se transforme en mangeaille, le palais de dame Tartine à l'envers, tout faisande, et moi je suis une poche d'eau de vaisselle, ça sort, ça brouille tout. Le restau en pleine canicule, les filles sont vertes, je mange des choses immondes et molles, mon triomphe est en train de tourner. Et je croyais qu'il s'agissait d'une crise de foie. Couchée sur mon lit, à la Cité, je m'enfilais de grands verres d'hépatoum tout miroitants, une mare sous des ombrages, à peine au bord des lèvres, ça se changeait en égout saumâtre. La bière se dénature, je rêve de saucisson moelleux, de fraises écarlates. Quand j'ai fini d'engloutir le cervelas à l'ail dont j'avais une envie douloureuse, l'eau sale remonte aussitôt, même pas trois secondes de plaisir. J'ai fini par faire un rapprochement avec les serviettes blanches. Une sorte d'empoisonnement. »
Et pour une écriture "blanche" (certes peu métaphorique), j’ai découvert plusieurs mots nouveaux pour moi : décarpillage, cocoler, polard, pouque et mucre (il est vrai cauchois), etc. ; curieusement (pourtant dans l’œuvre d’une écrivaine nobelisée !), je n’ai pas trouvé en ligne la définition de "creback", apparemment une pâtisserie, ni « troume » (peur vraisemblablement).
Dès ce premier roman, Ernaux parvient, avec l'originalité de son écriture, à nous transmettre une expérience commune. C'est peut-être ça qui explique l'oppression ressentie à cette lecture, comme signalée par Chrysta : Ernaux n'est pas une auteure d'évasion, c'est tout le contraire, on est sans cesse durement ramené à la triste réalité.

\Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #contemporain #enfance #identite #intimiste #Jeunesse #Misère #relationenfantparent #sexualité #social #temoignage #xxesiecle

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