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Message par Cliniou Lun 15 Jan - 18:02

L'année de la mort de Ricardo Reis

mondialisation - José Saramago - Page 2 Bm_cvt11


Ce n'était finalemnt qu'un vulgaire roman policier, une banale histoire d'assassinat et d'enquête, le crimminel, la victime, ou l'inverse, la victime préexistant au criminel, le détective enfin, tous trois complices de la mort, et force est de reconnaître que le seul survivant authentique de cette histoire est le lecteur lui-même, d'ailleurs c'est toujours comme unique survivant véritable que chaque lecteur lit chaque histoire.

C'est un peu en survivant que j'ai terminé la lecture de L'année de la mort de Ricardo Reis.
Au départ, on connait les originalités de Saramago pour la ponctuation. Ici les phrases sont immenses, tant et si bien qu'il est malaisé de trouver un "stop" nécessaire en milieu de page.
Bref, on s’y accommode car la fluidité de José nous emmène.
Mais j'ai failli le laisser tomber, je me suis accrochée, je ne le regrette pas, mais j'ai nettement préféré Caïn.
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Message par Tristram Ven 11 Oct - 0:24

Relevé de terre

mondialisation - José Saramago - Page 2 Index112

Le ton est celui du récit parlé populaire, celui d’un ancien avec ses dictons, ses ingénuités ; c’est l’histoire d’une misérable famille rurale sur quatre générations, au cours de laquelle les yeux bleus du violeur initial réapparaissent aléatoirement. Cette narration commence au début du XXe, au moment de la proclamation de la République, et repasse parfois au quinzième siècle, lors du viol de l’ancêtre par un Allemand gouverneur du latifundium, tant ce dernier laisse inchangé le destin de la population à sa merci.
Le latifundium est, dans l’antiquité romaine, un grand domaine rural formé à la suite d'usurpations de terres, cultivé par des esclaves et sur lequel les riches Romains pratiquèrent une agriculture de type nouveau fondée sur l'élevage, l'oléiculture et la viticulture ; aux temps modernes, c’est un très vaste domaine agricole où l'on pratique une culture extensive pauvre (TLFi). Aride contrée, où on arrache l’écorce de liège des chênes.
Le peuple affamé par le latifundium que soutient la garde nationale et le clergé, toujours dans la hantise du chômage, se rebelle progressivement grâce au communisme.
« Vu de Monte Lavre, le monde est une montre ouverte, avec les tripes au soleil, en train d’attendre que sonne son heure. »

« C’est ça le luxe de l’époque, que les souffrants se glorifient de leurs souffrances, que les esclaves s’enorgueillissent de leur esclavage. »

« …] ils se connaissaient, évidemment, ce ne fut pas je te vois et je t’aime, mais ensuite elle dit, Alors, Manuel, et il répondit, Alors, Gracinda, et ce fut tout, celui qui pense qu’il en faut davantage se trompe. »

« Trente jours d’isolement font un mois qui ne peut figurer sur aucun calendrier. On a beau calculer et apporter la preuve réelle, ce sont toujours des jours de trop, c’est une arithmétique inventée par des fous, nous nous mettons à compter, un, deux, trois, vingt-sept, quatre-vingt-quatorze, et finalement nous nous étions trompés, seuls six jours étaient passés. »
Les phrases sont souvent longues, paraissent parfois l’être trop, et la ponctuation n’aide guère à scander le discours (il manque des points entre les différentes répliques des dialogues qui sont concaténés, seule une majuscule annonçant le changement d’interlocuteur) ; c’est d’ailleurs l’écriture ‒ l’élocution ‒ typique de Saramago, flux torrentiel quasiment continu. Parti pris a priori ? j’ai eu l’impression d’une litanie monocorde, à peine relevée par moments, comme lorsqu’il évoque les libres brigands.
Heureusement quelques (fausses) digressions animent le récit :
« …] on se met à raconter une histoire, mais il y en a d’autres qui vous viennent en cours de route. »
Cette forme de relation orale est questionnée :
« Il faut distinguer ce qui est réflexions du narrateur de ce qui est pensées de João Mau-Tempo, mais reconnaissons qu’il s’agit d’une seule et même certitude, et, s’il y a des erreurs, qu’elles soient partagées. »

« Les hommes sont ainsi faits que même lorsqu’ils mentent ils disent une autre vérité et si, au contraire, c’est la vérité qu’ils veulent entendre sortir de leur bouche, cette vérité s’accompagne toujours d’une sorte de mensonge, même quand ce n’est pas intentionnel. Voilà pourquoi nous n’en finirions jamais si nous nous mettions à discuter la part de mensonge et de vérité dans ces histoires de chasse d’António Mau-Tempo [… »
On est même parfois proche du conte : outre la vision panoptique des milans, ce sont des fourmis qui « lèvent la tête comme les chiens », et sont les seuls témoins du maquillage en suicide de la mort sous les coups d’un gréviste interrogé après avoir été arrêté par la garde.
Ricardo Reis, hétéronyme de Fernando Pessoa et sujet du roman de Saramago quatre ans plus tard, fait une première apparition dans son oeuvre.
C’est une poignante évocation de la misère rurale portugaise, mais pas ma lecture préférée de cet auteur.

Mots-clés : #ruralité #social #viequotidienne

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Message par Bédoulène Lun 14 Oct - 16:57

merci Tristram, je vais tout de même noter pour le sujet ! et je n'ai jamais lu Saramago

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Message par Tristram Lun 14 Oct - 17:09

J'ai justement pensé à toi comme lectrice potentielle de ce bouquin (si le style ne te rebute pas) : essaie donc !

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Message par topocl Sam 25 Avr - 11:13

L’aveuglement

mondialisation - José Saramago - Page 2 Extern36

De partout on nous dit que le covid19 qui s’est invité dans nos vies, a aussi des aspects positifs : solidarité, nouveaux espoirs sociétaux, explosion de la créativité et j’en passe… J’ajoute à la liste de ces bienfaits pour l’humanité le fait de m’avoir poussée à retenter L’aveuglement, dont la lecture m’avait rebutée il y a pas mal d’années. Pour être tout à fait honnête, Marie y a aussi contribué Very Happy .

Nous voilà face à une nouvelle sorte  d’épidémie, une cécité brutale qui se communique d’homme à homme avec une rapidité si fulgurante que bientôt toute l’humanité est concernée. Seule une femme bienveillante résiste encore et toujours à l’envahisseur. Quand l’adversité est trop forte, il faut bien des prophètes.

Alors nous assistons à des chose bien classiques : l’incurie et l’autoritarisme des gouvernants, la mise en quarantaine, la peur comme seule guide, les caractères exacerbés par l’épreuve, l’homme tel qu’en  lui même révélé.

Bien qu’il s’agisse d’un livre très sombre, avec la mise en avant du caractère sordide de pas mal de nos concitoyens, une solidarité larvée puis triomphante  permet à un petit groupe de s’en sortir, pas forcément bien, mais de s’en sortir, dans ce monde apocalyptique (et non pas post-apocalyptique, même si, à de nombreuses reprises, j’ai pu penser à La route de Mc Carthy)

Ces hommes et femmes privés de leur vue comme de leur dignité s’apparentent, bien évidemment, au dieux joueurs des plus grands mythes de l’humanité, dont ils partagent les terribles mises à l’épreuve. Saramago ne dit-il pas : « le monde avait sûrement commencé comme ça ». Oui, nous sommes bien tous comme ça, les dieux, les héros, les hommes premiers ou civilisés, ce mélange de veulerie et de courage, de tendresse et de désespoir. Et ce roman est bien universel.

Car vous l’avez compris, l’aveuglement, ça n’est pas seulement perdre la vue. C’est l’aveuglement global d’une société et individuel de ses sujets, embarqués sans retour possible dans une perte de sens dont ils ne savent plus comment se défaire.

On retrouve bien ici le style de Saramago. Il en rebutera certains, il m’a surtout gêné au début, avant que je me sente embarquée : peu de points, de retours à la ligne, des dialogues insérés dans le texte sans démarcation, l’usage répété et amusé des dictons. Il trouve ici son meilleur emploi dans cette obstiné litanie appliquée à la fuite en avant  d’un destin inéluctable, sans respiration, ce destin d’être humain, tragique  mais auquel nul·le ne veut renoncer.

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Message par Tristram Sam 25 Avr - 12:19

« …] car le premier être humain à être dépourvu de cette deuxième peau que nous appelons égoïsme n’a pas encore vu le jour, peau bien plus dure que la première qui, elle, saigne pour un oui ou pour un non. »
José Saramago, « L’aveuglement »

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Message par Bédoulène Sam 25 Avr - 17:54

merci topocl, je le lirai certainement et ferai ainsi connaissance avec cet auteur.

"Oui, nous sommes bien tous comme ça, les dieux, les héros, les hommes premiers ou civilisés, ce mélange de veulerie et de courage, de tendresse et de désespoir."

cela me rappelle ce que disait un personnage du livre "la peste" "[...]qu’il y avait toujours une heure de la journée et de la nuit où un homme était lâche et qu’il n’avait peur que de cette heure-là."

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Message par Tristram Mer 19 Aoû - 0:11

La Lucarne

mondialisation - José Saramago - Page 2 La_luc10

Deuxième roman de José Saramago, écrit en 1953 puis égaré 36 ans chez un éditeur ; l’auteur (qui n’a dès lors pas accepté sa publication de son vivant) n’avait recommencé à être publié que 20 ans après cette mésaventure…
Lisbonne dans les années quarante, un immeuble aux locataires de condition modeste, avec la promiscuité que cela suscite : un artisan et sa bonne épouse, un représentant de commerce et son insupportable conjointe, un ouvrier odieux avec sa femme, des veuves, des employées, une femme entretenue, un jeune sous-locataire rompu aux épreuves et jaloux de rester sans attache, riche d’expériences et « inutile », amateur de Pessoa et de considérations philosophico-existentialistes…
Le roman s’intéresse à ces différents occupants, dont un cordonnier qui se souvient de l’époque du dictateur Salazar :
« Il avait pris l’habitude dans sa jeunesse de regarder les gens bien en face pour savoir qui ils étaient et ce qu’ils pensaient, à une époque où faire confiance ou non était quasiment une question de vie ou de mort. »
Quelques notations suffisent à rendre la bonne entente dans un couple, et l’inverse donne lieu à un long développement (c’est sans doute pourquoi on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments). De fait, les drames conjugaux et familiaux sont exposés, faisant l’objet principal du roman.
Un passage étonnant, celui de la révélation d’un désir lesbien à la lecture de La Religieuse, de Diderot.
De fréquentes références au temps qui passe donnent le ton du livre :
« Le temps s’écoulait lentement. Le tic-tac de la pendule repoussait le silence, s’obstinait à l’éloigner, mais le silence lui opposait sa masse dense et lourde, où tous les sons se noyaient. Sans défaillance, l’un et l’autre se battaient, le son avec l’opiniâtreté du désespoir et la certitude de la mort, le silence avec le dédain de l’éternité. »

« Le passé pour s’en souvenir, le présent pour le vivre, le futur pour en avoir peur. »

« En deçà – ou peut-être par-delà – les bruits inévitables, un silence épais, affligeant, le silence inquisitorial du passé qui nous contemple et le silence ironique de l’avenir qui nous attend. »

« Les minutes et les heures passèrent lentement. La pendule en bas dévida le temps en écheveaux sonores avec un fil interminable. »
Ce n’est sans doute pas un chef-d’œuvre (et dommage qu’il frôle par endroits la caricature, la lourdeur et/ou l’idéalisme trémolant), mais une œuvre intéressante, surtout en regard de celles qui allaient suivre ‒ d’un style moins original, et (donc) plus abordable : une bonne surprise de lecture !

Mots-clés : #psychologique #social #viequotidienne

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Message par topocl Mer 19 Aoû - 7:45

Une Vie mode d'emploi portugaise?

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Message par Tristram Mer 19 Aoû - 11:42

J'y ai évidemment pensé, mais non, plus proche du prétexte à rassembler quelques tranches de vie !

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Message par Bédoulène Mer 19 Aoû - 14:50

cela m'a aussi fait penser au livre de Perec

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Message par bix_229 Mer 19 Aoû - 15:53

J'ai beaucoup apprécié le peu que j'ai lu de Saramago. Trop peu. Pourquoi ?
La réponse est -comme toujours- dans les livres.
Relevé de terre, Les Intermittences de la mort, Menus souvenirs, Cain, Ricardo Reis,
Le Voyage de l'éléphant...
Projets... mondialisation - José Saramago - Page 2 1743235393
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Message par bix_229 Dim 23 Aoû - 16:03

A propos de Cain, tombé sur une critique de lecteur, drole et acide. : Critique de viou1108 sur Babelio : clic
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Message par bix_229 Jeu 21 Jan - 19:09

mondialisation - José Saramago - Page 2 Sarama10

"Dans une écriture limpide et poétique, José Saramago nous livre une mosaïque de souvenirs d'enfance et d'adolescence. Entre Azinhaga, la terre de ses grands-parents, où il est né, et Lisbonne, où il a grandi, images, sensations, anecdotes reviennent pêle-mêle à la mémoire du grand écrivain: une famille de paysans pauvres, une grand-mère analphabète, un père devenu fonctionnaire de police à force de travail, et un enfant qui court dans les oliveraies, passe de longues heures sur les rives du Tage, contemple les beautés d'un ciel nocturne, marche pendant plusieurs jours en compagnie de son oncle pour aller vendre des cochons à une foire aux bestiaux, s'évade, solitaire, dans la lecture, ou cède à la magie des cinémas lisboètes.Cet attachement à la terre et aux plus humbles a nourri toute l'œuvre du prix Nobel de littérature et éclaire l'engagement sans faille d'un homme aux côtés des opprimés."

A plus de quatre vingt ans, Saramago revisite son enfance et sa jeunesse. Malgré la grande pauvreté du milieu familial, il sait transcender l'humble réalité
[left]et les personnages qui peuplèrent son univers. Surtout ceux qu'il a aimé, sa mère, son grand père maternel.

"La pluie tombe, le vent malmène les arbres dépouillés de leurs feuilles et une image émerge du passé, celle d'un homme grand et maigre, vieux, 
maintenant qu'il est plus proche, sur un sentier inondé.
Des porcs marchent devant lui, tete basse, groin rasant le sol. L'homme qui s'approche ainsi, brouillé par la pluie qui tombe à seaux, est mon grand-père. 
Il est fatigué. Il traine avec lui soixante dix ans de vie difficile, de privations, d'ignorance.
Et pourtant, c'est un homme sage, silencieux qui n'ouvre la bouche que lorsque c'es indispensable. Il parle si peu que nous nous taisons tous pour
l'écouter lorsqu'une espèce de lueur s'allume sur son visage.
Il a une façon étrange de regarder au loin, meme si ce lointain est seulement le mur en face de lui.
Son visage figé, mais expressif, semble taillé à l'herminette, et ses yeux, petits et perçants, brillent de temps à autre comme si une pensée qui lui avait
traversé l'esprit venait enfin d'etre comprise.
C'est un homme comme tant d'autres sur cette terre dans ce monde, peut etre un  Einstein écrasé sous une montagne d'impossibles, un philosophe,
un grand écrivain analphabète. Quelque chose qu'il ne pourra jamais etre.
Je me souviens de ces nuits tièdes d'été quand nous dormions sous le grand figuier, je l'entends parler de sa vie, du chemin de saint Jacques qui 
resplendissait au dessus de nos tetes, du bétail qu'il élevait, des histoires et des légendes de son enfance lointaine.
Nous nous endormions tard, bien enroulés dans nos couvertures à cause de la fraicheur de l'aube.
Mais l'image qui ne me quitte pas en cette heure de mélancolie est celle du vieillard avançant sous la pluie, obstiné, silencieux, comme s'il accomplissait
un destin que rien ne pourra changer. Ce vieillard, que je touche presque de la main, ne sait pas comment il mourra. Il ne sait pas encore que quelques
jours seulement avant sa dernière heure, il aura le pressentiment que sa fin est arrivée et il ira d'arbre en arbre dans son jardin étreindre les troncs,
leur dire adieu, prendre congé de leur ombre amie, des fruits que plus  jamais il ne mangera...
Quelle parole prononcera t-il alors ?"



Menus souvenirs, pp 129-13O


A travers ce magnifique portrait, ému et admiratif, il y a quelque chose de connu et d'universel.
Celui d'un etre qu'on a connu,, aimé, puis regretté et qui, si longtemps après est encore là et qui nous accompagnera jusqu'au bout.
Plus qu'une trace et un souvenir ou une reconstruction à moitié effacée.
Une indignation, une révolte, comme un besoin de réhabilitation posthume.
J'aime aussi  Saramago pour n 'avoir pas renié ses origines mais pour les revendiquer tout au long de son oeuvre.
Personnellement, j'ai reconnu là mon propre grand père maternel avec quelques différences certes, mais la meme présence digne et intelligente
 er auquel je n'ai cessé de penser depuis regrettant la légèreté de mes 15 ou 16 ans.
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Message par Tristram Mer 7 Avr - 13:40

Le radeau de pierre

mondialisation - José Saramago - Page 2 Le_rad10

La péninsule Ibérique se sépare de l’Europe par « rupture des Pyrénées », et José Saramago nous raconte avec bonhomie cette scission fantastique, et les réactions des personnes comme des gouvernements et scientifiques.
« Il y eut une pause, on sentit passer dans l’air comme un grand souffle, la première et profonde respiration de celui qui se réveille, et la masse de pierre et de terre, couverte de villes, de villages, de rivières, de bois, d’usines, de forêts vierges, de champs cultivés, avec ses habitants et ses animaux, commença de bouger, barque qui s’éloigne du port et met le cap vers l’océan, une fois encore inconnu. »
Elle a pris la mer comme une île, et la vision forte est à la fois rendue avec réalisme et poésie, un certain onirisme, du merveilleux et de l’humour sur un substrat de mythologie infernale (avec notamment les chiens).
Joana Carda griffe le sol avec une branche d’orme, Maria Guavaira dévide interminablement un bas de laine bleue, Joaquim Sassa fait ricocher une lourde pierre sur la mer, les étourneaux suivent José Anaiço, Pedro Orce est le seul à ressentir le tremblement de la terre, et tous vont se réunir pour voyager à travers l’ex-péninsule.
La foule va voir passer le rocher de Gibraltar, tandis que d’après les calculs l’archipel des Açores se trouve sur la route suivie…
La recherche stylistique novatrice, habituelle à Saramago, va vers un allégement de la ponctuation, moins marquée notamment dans les dialogues ; cette fois, elle ne gêne pas la compréhension du lecteur, souligne le flux de paroles ou pensées sans artificialité. De plus, le narrateur s’adresse directement au lecteur, et digresse volontiers sur l’écriture, le langage (et les noms, qui apparemment fascinent l’auteur). Saramago fait aussi de nombreuses allusions aux littératures espagnoles et lusophones, y compris à ses propres œuvres, et affectionne les dictons.
« Joaquim Sassa ne répondit pas, il fit taire son imagination, car le dialogue menaçait de tourner en rond, il allait devoir répéter, Je ne sais pas, et ainsi de suite, avec quelques légères variantes, d’ordre formel, en prenant malgré tout le maximum de précautions car, on le sait, la forme mène au fond, le contenant au contenu, le son d’un mot à son sens. »

« Une aura, une lueur sans éclat, une sorte de lumière non lumineuse semblait planer sur elle, mais cette phrase, composée comme toutes les autres presque uniquement de mots, peut-elle échapper à l’équivoque. »

« …] c’est le narrateur, amant de la justice, qui n’a pu résister à faire ce commentaire. »

« Enfin, le dernier car il en fallait bien un, Pedro Orce dit, Où on dira je vais, et cette phrase qui offense manifestement la grammaire et la logique par excès de logique et sans doute aussi de grammaire, restera telle quelle, peut-être finira-t-on par lui trouver un sens particulier qui la justifie et l’absolve, celui qui a l’expérience des mots sait qu’on peut tout en attendre. »

« …] tout ce que nous disons s’ajoute à ce qui est, à ce qui existe [… »
De mon point de vue, une belle réussite !

\Mots-clés : #contemythe #fantastique #insularite

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Message par Bédoulène Mer 7 Avr - 14:48

merci Tristram !

jamais lu saramago mais dans mes projets aussi (la liste s'allonge et à l'allure où je lis ............)

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Message par bix_229 Mer 7 Avr - 15:40

Ah ioui, lisez Saramago ! On a besoin de sa lucidité et de son humanité. Laique oui !
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Message par Tristram Mer 7 Avr - 15:45

Ce roman en particulier me semble mériter la lecture, surtout pour une première fois (parfois Saramago est difficile à suivre, obscurité entretenue par le manque de ponctuation).

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Message par bix_229 Mer 7 Avr - 15:55

mondialisation - José Saramago - Page 2 Sarama11


Au sujet de  La lucidité que j'ai lu il ya quelques années :

"Au lendemain des élections municipales organisées dans la capitale sans nom d' un pays sans nom, la stupeur s' empare du gouvernement : 83 % des électeurs ont voté blanc.
Incapables de penser qu' il puisse s' agir d' un rejet démocratique et citoyen de leur politique, les dirigeants soupçonnent une conspiration organisée par un petit groupe subversif, voire un complot anarchiste international. Craignant que cette "peste blanche" ne contamine l' ensemble du pays, le gouvernement évacue la capitale. L' état de siège est décrété et un commissaire de police chargé d' éliminer les coupables - ou de les inventer. Aussi lorsqu' une lettre anonyme suggère un lien entre la vague de votes blancs et la femme qui, quelques années auparavant, a été la seule à ne pas succomber à une épidémie de cécité, le bouc émissaire est tout trouvé. La presse se déchaine. La machine répressive se met en marche. Et, contre toute attente, éveille la conscience du commissare."


Saramago serait-il prophétique ? En tout cas, en lisant ce livre, on ne peut s' empecher de penser à l' élection présidentielle d' un pays sans nom et dont les électeurs vont se trouver devant un problème épineux : voter ? Pour qui ? Pourquoi ? affraid
Ou encore, contre qui/quoi ?


Dernière édition par bix_229 le Mer 7 Avr - 16:13, édité 1 fois
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Message par bix_229 Mer 7 Avr - 16:05

Petit additif à La LUCIDITE

Au fil des pages, le récit, de bouffonnrie noire, tourne à la tragédie. Et le "héros" meurt à la fin. Les héros meurent pour rien ou presque. Mais celui-là meurt en paix. Peut etre Saramago a-t-il voulu montrer que le cynisme des hommes politiques pouvait etre mis en échec par quelques hommes honnètes, courageux et de bonne volonté.
René Char écrit :

Dis ce que le feu hésite à dire...
Et meurs de l' avoir dit pour tous.

Et quand les gens qu' il va sauver lui demandent pourquoi il les aide, il répond :

"Nous naissons et à cet instant c' est comme si nous avions signé un pacte pour toute la vie, mais un jour peut arriver où nous nous demandons Qui a signé cela pour moi." P. 313


En sa dernière nuit, il pense et monologue avec lui meme :

"Le commissaire divague. Il s' est assis sur son lit, puis laissé tomber en arrière, il ferme les yeux et implore le sommeil de ne pas tarder, Je sais bien que la nuit a à peine commencé, qu' une clarté subsiste encore dans le ciel, mais je veux dormir comme il parait que dort la pierre, sans les leurres du reve, ... s' il vous plait, au moins jusqu' à demain, si davantage n' est pas possible.

"Le sommeil entendit son appel éploré, il se précipita et resta quelques instants, puis se retira pour que le commissaire se déshabille et se metter au lit, mais il revint presque aussitot et resta toute la nuit à ses cotés, chassant les reves au loin, vers le pays des fantomes, là où, unissant le feu à l' eau, ils naissent et se multiplient". P. 347

Un bel idéaliste, le commissaire, mais je les aime ainsi !
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