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José Saramago

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Message par Cliniou le Lun 15 Jan 2018 - 18:02

L'année de la mort de Ricardo Reis

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Ce n'était finalemnt qu'un vulgaire roman policier, une banale histoire d'assassinat et d'enquête, le crimminel, la victime, ou l'inverse, la victime préexistant au criminel, le détective enfin, tous trois complices de la mort, et force est de reconnaître que le seul survivant authentique de cette histoire est le lecteur lui-même, d'ailleurs c'est toujours comme unique survivant véritable que chaque lecteur lit chaque histoire.

C'est un peu en survivant que j'ai terminé la lecture de L'année de la mort de Ricardo Reis.
Au départ, on connait les originalités de Saramago pour la ponctuation. Ici les phrases sont immenses, tant et si bien qu'il est malaisé de trouver un "stop" nécessaire en milieu de page.
Bref, on s’y accommode car la fluidité de José nous emmène.
Mais j'ai failli le laisser tomber, je me suis accrochée, je ne le regrette pas, mais j'ai nettement préféré Caïn.
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Message par Tristram le Ven 11 Oct 2019 - 0:24

Relevé de terre

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Le ton est celui du récit parlé populaire, celui d’un ancien avec ses dictons, ses ingénuités ; c’est l’histoire d’une misérable famille rurale sur quatre générations, au cours de laquelle les yeux bleus du violeur initial réapparaissent aléatoirement. Cette narration commence au début du XXe, au moment de la proclamation de la République, et repasse parfois au quinzième siècle, lors du viol de l’ancêtre par un Allemand gouverneur du latifundium, tant ce dernier laisse inchangé le destin de la population à sa merci.
Le latifundium est, dans l’antiquité romaine, un grand domaine rural formé à la suite d'usurpations de terres, cultivé par des esclaves et sur lequel les riches Romains pratiquèrent une agriculture de type nouveau fondée sur l'élevage, l'oléiculture et la viticulture ; aux temps modernes, c’est un très vaste domaine agricole où l'on pratique une culture extensive pauvre (TLFi). Aride contrée, où on arrache l’écorce de liège des chênes.
Le peuple affamé par le latifundium que soutient la garde nationale et le clergé, toujours dans la hantise du chômage, se rebelle progressivement grâce au communisme.
« Vu de Monte Lavre, le monde est une montre ouverte, avec les tripes au soleil, en train d’attendre que sonne son heure. »

« C’est ça le luxe de l’époque, que les souffrants se glorifient de leurs souffrances, que les esclaves s’enorgueillissent de leur esclavage. »

« …] ils se connaissaient, évidemment, ce ne fut pas je te vois et je t’aime, mais ensuite elle dit, Alors, Manuel, et il répondit, Alors, Gracinda, et ce fut tout, celui qui pense qu’il en faut davantage se trompe. »

« Trente jours d’isolement font un mois qui ne peut figurer sur aucun calendrier. On a beau calculer et apporter la preuve réelle, ce sont toujours des jours de trop, c’est une arithmétique inventée par des fous, nous nous mettons à compter, un, deux, trois, vingt-sept, quatre-vingt-quatorze, et finalement nous nous étions trompés, seuls six jours étaient passés. »
Les phrases sont souvent longues, paraissent parfois l’être trop, et la ponctuation n’aide guère à scander le discours (il manque des points entre les différentes répliques des dialogues qui sont concaténés, seule une majuscule annonçant le changement d’interlocuteur) ; c’est d’ailleurs l’écriture ‒ l’élocution ‒ typique de Saramago, flux torrentiel quasiment continu. Parti pris a priori ? j’ai eu l’impression d’une litanie monocorde, à peine relevée par moments, comme lorsqu’il évoque les libres brigands.
Heureusement quelques (fausses) digressions animent le récit :
« …] on se met à raconter une histoire, mais il y en a d’autres qui vous viennent en cours de route. »
Cette forme de relation orale est questionnée :
« Il faut distinguer ce qui est réflexions du narrateur de ce qui est pensées de João Mau-Tempo, mais reconnaissons qu’il s’agit d’une seule et même certitude, et, s’il y a des erreurs, qu’elles soient partagées. »

« Les hommes sont ainsi faits que même lorsqu’ils mentent ils disent une autre vérité et si, au contraire, c’est la vérité qu’ils veulent entendre sortir de leur bouche, cette vérité s’accompagne toujours d’une sorte de mensonge, même quand ce n’est pas intentionnel. Voilà pourquoi nous n’en finirions jamais si nous nous mettions à discuter la part de mensonge et de vérité dans ces histoires de chasse d’António Mau-Tempo [… »
On est même parfois proche du conte : outre la vision panoptique des milans, ce sont des fourmis qui « lèvent la tête comme les chiens », et sont les seuls témoins du maquillage en suicide de la mort sous les coups d’un gréviste interrogé après avoir été arrêté par la garde.
Ricardo Reis, hétéronyme de Fernando Pessoa et sujet du roman de Saramago quatre ans plus tard, fait une première apparition dans son oeuvre.
C’est une poignante évocation de la misère rurale portugaise, mais pas ma lecture préférée de cet auteur.

Mots-clés : #ruralité #social #viequotidienne

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Message par Bédoulène le Lun 14 Oct 2019 - 16:57

merci Tristram, je vais tout de même noter pour le sujet ! et je n'ai jamais lu Saramago

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Message par Tristram le Lun 14 Oct 2019 - 17:09

J'ai justement pensé à toi comme lectrice potentielle de ce bouquin (si le style ne te rebute pas) : essaie donc !

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Message par topocl le Sam 25 Avr 2020 - 11:13

L’aveuglement

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De partout on nous dit que le covid19 qui s’est invité dans nos vies, a aussi des aspects positifs : solidarité, nouveaux espoirs sociétaux, explosion de la créativité et j’en passe… J’ajoute à la liste de ces bienfaits pour l’humanité le fait de m’avoir poussée à retenter L’aveuglement, dont la lecture m’avait rebutée il y a pas mal d’années. Pour être tout à fait honnête, Marie y a aussi contribué Very Happy .

Nous voilà face à une nouvelle sorte  d’épidémie, une cécité brutale qui se communique d’homme à homme avec une rapidité si fulgurante que bientôt toute l’humanité est concernée. Seule une femme bienveillante résiste encore et toujours à l’envahisseur. Quand l’adversité est trop forte, il faut bien des prophètes.

Alors nous assistons à des chose bien classiques : l’incurie et l’autoritarisme des gouvernants, la mise en quarantaine, la peur comme seule guide, les caractères exacerbés par l’épreuve, l’homme tel qu’en  lui même révélé.

Bien qu’il s’agisse d’un livre très sombre, avec la mise en avant du caractère sordide de pas mal de nos concitoyens, une solidarité larvée puis triomphante  permet à un petit groupe de s’en sortir, pas forcément bien, mais de s’en sortir, dans ce monde apocalyptique (et non pas post-apocalyptique, même si, à de nombreuses reprises, j’ai pu penser à La route de Mc Carthy)

Ces hommes et femmes privés de leur vue comme de leur dignité s’apparentent, bien évidemment, au dieux joueurs des plus grands mythes de l’humanité, dont ils partagent les terribles mises à l’épreuve. Saramago ne dit-il pas : « le monde avait sûrement commencé comme ça ». Oui, nous sommes bien tous comme ça, les dieux, les héros, les hommes premiers ou civilisés, ce mélange de veulerie et de courage, de tendresse et de désespoir. Et ce roman est bien universel.

Car vous l’avez compris, l’aveuglement, ça n’est pas seulement perdre la vue. C’est l’aveuglement global d’une société et individuel de ses sujets, embarqués sans retour possible dans une perte de sens dont ils ne savent plus comment se défaire.

On retrouve bien ici le style de Saramago. Il en rebutera certains, il m’a surtout gêné au début, avant que je me sente embarquée : peu de points, de retours à la ligne, des dialogues insérés dans le texte sans démarcation, l’usage répété et amusé des dictons. Il trouve ici son meilleur emploi dans cette obstiné litanie appliquée à la fuite en avant  d’un destin inéluctable, sans respiration, ce destin d’être humain, tragique  mais auquel nul·le ne veut renoncer.

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Message par Tristram le Sam 25 Avr 2020 - 12:19

« …] car le premier être humain à être dépourvu de cette deuxième peau que nous appelons égoïsme n’a pas encore vu le jour, peau bien plus dure que la première qui, elle, saigne pour un oui ou pour un non. »
José Saramago, « L’aveuglement »

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Message par Bédoulène le Sam 25 Avr 2020 - 17:54

merci topocl, je le lirai certainement et ferai ainsi connaissance avec cet auteur.

"Oui, nous sommes bien tous comme ça, les dieux, les héros, les hommes premiers ou civilisés, ce mélange de veulerie et de courage, de tendresse et de désespoir."

cela me rappelle ce que disait un personnage du livre "la peste" "[...]qu’il y avait toujours une heure de la journée et de la nuit où un homme était lâche et qu’il n’avait peur que de cette heure-là."

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