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Message par bix_229 Mer 7 Avr - 16:19

Bis repetita ! A effacer.
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Message par Tristram Mer 7 Avr - 16:40

La lucidité est sur ma PAL ; il a l'air plus politique que Le radeau de pierre, ce livre.

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Message par topocl Mer 7 Avr - 17:03

@Tristram a écrit:(parfois Saramago est difficile à suivre,
C'est ce que je me suis dit en lâchant L'histoire du siège de Lisbonne à la 10ème page : à réserver pour une période au cerveau plus disponible... José Saramago - Page 3 575154626

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Message par Tristram Mer 7 Avr - 17:11

Oui, à moins d'être adepte du dolorisme ou masochiste, l'effort de lecture trouve rapidement ses limites, et c'est pourquoi j'ai signalé sans vergogne déplacée l'aise à lire ce livre.

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Message par topocl Lun 6 Déc - 10:31

@topocl a écrit:
@Tristram a écrit:(parfois Saramago est difficile à suivre,
C'est ce que je me suis dit en lâchant L'histoire du siège de Lisbonne à la 10ème page : à réserver pour une période au cerveau plus disponible... José Saramago - Page 3 575154626
Et bien la disponibilité était cette fois-ci au rendez-vous!

Histoire du siège de Lisbonne

Le correcteur d’une maison d’édition introduit, sans trop savoir pourquoi, une erreur dans le livre qu’il relit : NON, en 1147 les croisés n’ont pas aidé les Portugais à reprendre Lisbonne qui était passée au main des Maures.
S’ensuit une réécriture de ce fait historique d’une part, interrogeant sur le mensonge, l’écriture de l’histoire, le rapport entre réalité et fiction, le destin et le hasard. Mais le destin est aussi à l’écoute dans la vie de Raimundo, car cette note de folie est également à l’origine d’une merveilleuse histoire d’amour avec la cheffe des correcteurs, émoustillée par cet absurde acte de rébellion/courage/déraison.

C’est du pur Saramago avec ce qui lui revient de logorrhée, foisonnement, dérision amusée, plaisir des digression et de l’érudition. Les passages sur l’histoire d ‘amour sont particulièrement réussis, l’amour et ses questions, ses hésitations, ses emportements,s a sensualités, sa tendresse.

Un bon plaisir de lecture au prix d’une certaine concentration.


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Message par Tristram Lun 6 Déc - 10:54

CQFD ! J'admire ta persévérance, Topocl ! En plus le thème m'est cher. Mais je ne l'ai pas trouvé celui-là...
Est-ce de nouveau un texte avec de rares passages à la ligne ?

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Message par topocl Lun 6 Déc - 15:53

Tristram m'admire !drunken bounce José Saramago - Page 3 3064796832
Peu de retours à la ligne, aucun pour les dialogues, où le passage d'un locuteur à l'autre est quand même marqué par une majuscule.
Très longues phrases, peu de virgules, ou en tout cas pas autant que j'en mettrais, moi.
La recette habituelle, quoi.
D'où le besoin de concentration... mais je trouve (et ce n'est pas la première fois) qu'au fil du livre on s’habitue.

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Message par Tristram Lun 6 Déc - 16:01

C'est ta persévérance que j'admire, pas toi !
Mais merci pour les précisions ; perso, j'avoue que ça me rebute assez (et la ponctuation n'est pas faite pour les chiens)...

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Message par topocl Lun 6 Déc - 20:10

Tant pis pour Lisbonne, alors...

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Message par Tristram Lun 6 Déc - 20:19

Je me rattrape : je lis António Lobo Antunes !

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Message par topocl Mar 7 Déc - 7:40

Un adepte de longues phrases, aussi, si j'ai bon souvenir?

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Message par Tristram Mar 7 Déc - 10:40

Oui, enfin, relativement longues !

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Message par Dreep Lun 20 Déc - 21:15

Les intermittences de la mort

José Saramago - Page 3 Telechargement-1

Dans une principauté que Saramago ne nomme pas, survient un événement aussi simple qu’extraordinaire. Les gens ont cessé de mourir. S’ensuit un récit qui n’avait besoin que de ce seul élément déclencheur ; une série de conséquences dans une société qui n’imaginait pas combien la mort régule la société et arrange les foyers. L’idée même du roman a un si vaste potentiel que l’entreprise en est scabreuse, et à force de vouloir être exhaustif Saramago commence par se prendre les pieds dans le tapis. Le parti pris stylistique fait penser que Saramago s’en soucie fort peu : sans incise, les voix des personnages s’entrechoquent sur une même ligne ; tous les destins sont indifférenciés par cette plume mordante.

L’ennui est que la narration et le style de l’auteur deviennent une mécanique rôdée. L’ironie érigée en système devient peu efficace, s’attaquant à tous les étages de la société elle ne créé rien de spécial, sauf l’effet d’un article de presse dans un journal contestataire. Je dis tout cela sans tenir compte du fait qu’à un moment donné le récit prend un tour inattendu, il s’agit même en fait d’une étonnante métamorphose, peut-être trop tardive et boiteuse à cause de cela. L’apparition non moins touchante d’un couple étrange, d’interactions saugrenues et avec cela des émotions qui tendent à complexifier le propos du livre ainsi que l’ironie pince-sans-rire qui avait été jusqu’à présent sa seule arme.
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Message par animal Lun 20 Déc - 21:38

ça m'a l'air décrire ce que je redoute après ma lecture de l'Aveuglement. José Saramago - Page 3 575154626

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Message par Bédoulène Ven 14 Jan - 16:24

Relevé de Terre

José Saramago - Page 3 41uum810

En exergue : "Et je demande aux économistes politiques, aux moralistes, s’ils ont déjà calculé le nombre d’individus qu’il est nécessaire de condamner à la misère, à un travail disproportionné, au découragement, à l’infantilisation, à une ignorance crapuleuse, à une détresse invincible, à la pénurie absolue, pour produire un riche ?
        ALMEIDA GARRET"


Cette histoire est celle d'une famille sur 4 générations dans l'Alentejo au Portugal. Ceux-sont des travailleurs de la terre ; chênes liège, moissons, vignes....

La famille Mau-Tempo a hérité des yeux bleus de l'étranger Allemand qui avait violé une jeune fille puisant de l'eau à la source,  ce bleu ressurgi de manière aléatoire au gré des générations.

La famille Mau-tempo, amis, voisins ont tous en commun une vie misérable, un travail harassant si mal payé,  qui ne permet pas de se nourrir ; considérés par les "patrons" terriens comme des animaux exploitables voir même des machines.

Au fil du temps certains dont notamment la famille Mau-Tempo se rebellent, ils "osent" réclamer un meilleur salaire ; en réponse  la rudesse de la Garde qui travaille bien sur pour le patron et l'emprisonnement et plus quand la garde et les dragons chargent. Sous la bénédiction du prêtre !

La révolution Russe arrivera aux oreilles des travailleurs par la bouche de quelques initiés et des tracts seront distribués aux habitants  de l'Alentejo, ce qui leur vaudra encore punition.

Puis arrive la République mais rien ne change dans le quotidien des travailleurs de la terre qui n'améliore pas leur vie.

Même après la révolution qui renverse le gouvernement de Salazar, les travailleurs continueront à être maltraités, empêchés de travailler notamment par les patrons qui détiennent toujours la terre, leur latifundium.

Ce sera Maria-Adelaïde et sa génération qui verront enfin leur ainés s'imposer pour travailler la terre, celle sur laquelle ils ont peiné pendant des générations et qu'abandonnerons les patrons pour se réfugier dans un autre pays.

Extraits :
des animaux ou des machines :
"Étant nés pour travailler, ce serait une contradiction qu’ils abusent du repos. La meilleure machine est toujours la plus capable de fonctionner continûment, juste assez lubrifiée pour ne pas se gripper, alimentée avec parcimonie et, si possible, dans la limite économique du simple entretien, mais surtout facile à remplacer si elle tombe en panne, si elle est trop vieille, les dépôts de ce genre de ferraille s’appellent des cimetières, ou alors la machine toute rouillée et gémissante s’assoit à la porte, regardant passer le néant, les yeux fixés sur des mains affreusement tristes, qui m’a vu et qui me voit aujourd’hui."
le patron  et les travailleurs de sa terre :
"On a déjà vu que Lamberto, qu’il soit allemand, qu’il l’ait été ou soit à présent portugais, n’est pas homme à travailler cette grande terre de ses propres mains. Quand il en hérita, ou l’acheta à des religieux, ou la vola, profitant d’une justice aveugle, un certain nombre d’animaux pourvus de jambes et de bras vinrent avec, accrochés comme mottes de terre à des racines, car eux assurément furent créés exprès à cette fin, par le biais de la production d’enfants et de leur conservation utilitaire. Malgré tout, la pragmatique, ou la règle coutumière, ou l’étiquette, ou la simple prudence intéressée veulent qu’Adalberto ne traite pas directement avec ceux qui doivent travailler ses terres. Et il convient qu’il en soit ainsi."
les colonies :
" Le rêve impérial s’est vite dissipé, maintenant nous devons nous dépêcher, le rapiéçage a été mal exécuté, le faufilage raté, le noir est citoyen portugais, vive le noir qui n’avance pas les armes à la main, mais gardons-le à l’œil, que l’autre meure immédiatement, et un de ces jours, quand nous nous réveillerons de bonne humeur, nous dirons que les provinces d’outre-mer qui furent des colonies deviennent des états, peu importent les dénominations, ce qu’il faut c’est que la merde ne change pas et que continuent à la bouffer ceux que nous avons nourris exclusivement de merde, qu’ils soient noirs ou blancs, celui qui percevra la différence gagnera un prix"
langage :
" Parce que Sigismundo Canastro a raconté en temps opportun l’histoire du chien Constante et de la perdrix vagabonde, qu’on n’aille pas croire qu’il est le seul connaisseur attitré d’anecdotes de chasse singulières. António Mau-Tempo en a vécu certaines lui aussi, sans parler de celles dont il a eu connaissance par ouï-dire, et en telle quantité et variété qu’il aurait fort bien pu être le narrateur de l’épisode en question et Sigismundo Canastro n’aurait plus eu alors qu’à en confirmer la véracité grâce à la preuve irréfutable de son rêve. Ceux que déconcerte cette liberté de présenter, de retirer et de modifier n’ont qu’à penser à l’étendue du latifundium, à la disparition des mots et à leur redécouverte, et peu importe que ce soit quelques jours plus tard ou des siècles après, par exemple, être assis sous un chêne-liège et entendre la grande conversation du tronc avec un tronc voisin, des histoires très anciennes et assez confuses, il est vrai, avec l’âge les chênes-lièges radotent un peu, mais ce n’est la faute de personne, ou alors c’est notre faute à nous qui n’avons pas voulu apprendre ces langages."
prison :
"Si le train n’était pas sur le point de partir, nous aurions pu nous asseoir ici et discuter jusqu’à découvrir la vérité de ce qu’est l’innocence et être innocent, et si João Mau-Tempo croit réellement ce qu’il a juré, comment se fait-il que ce jurement ressemble à un parjure, nous verrions alors, si le temps et l’argutie le permettaient, la différence qu’il y a entre être innocent d’une faute et d’une faute innocenté, bien que ces subtilités ne soient guère en accord avec l’accompagnateur de João Mau-Tempo qui répond avec véhémence, Arrête tes jérémiades, à Lisbonne tu verras ce qui t’attend"
le regard des fourmis :
"L’homme est tombé une nouvelle fois. C’est le même, dirent les fourmis, le dessin de l’oreille, l’arc des sourcils, l’ombre de la bouche, il n’y a pas de confusion possible, comment se fait-il que ce soit toujours le même homme qui tombe, ne se défend-il donc pas, ne se bat-il pas. Ce sont là critères de fourmis et de leur civilisation, elles ignorent que le combat de Germano Santos Vidigal n’est pas avec ceux qui le rouent de coups, Escarro et Escarrilho, mais avec son propre corps, en cet instant avec la douleur foudroyante entre ses jambes, dans ses testicules, pour employer un langage de manuel de physiologie, ses couilles dans ce parler grossier qui s’apprend plus facilement, boules fragiles, ballons remplis d’un éther impondérable qui dans les moments de transe nous élèvent justement, je veux parler des hommes, ce sont ces ballons qui nous soulèvent en un voyage entre le ciel et la terre, mais pas ces malheureuses que les mains protègent anxieusement et qui les lâchent à présent car un fracas et un coup brutal avec un talon se sont abattus sur les reins. Les fourmis sont surprises, mais juste en passant. Après tout elles ont leurs obligations, des horaires à respecter elles font déjà beaucoup quand elles lèvent la tête comme les chiens et aiguisent leur faible vue pour vérifier si l’homme tombé est bien le même ou si une variante a été introduite dans l’histoire.
33 escudos :
"Au crépuscule, les hommes se sont rassemblés sur la place et les régisseurs sont venus, secs et laconiques, mais vaincus, Demain vous pourrez aller travailler pour trente-trois escudos, puis ils se sont retirés, humiliés, ruminant leur revanche. Cette nuit-là, la joie est générale dans les tavernes, même João Mau-Tempo s’est aventuré à boire un deuxième verre, une grande nouveauté, les boutiquiers se sont mis à calculer les intérêts sur les crédits consentis et envisagent d’augmenter leurs prix, les enfants qui ont entendu parler d’argent ne savent sur quoi fixer leurs désirs et, comme le corps est sensible au contentement de l’âme, les hommes se sont approchés des femmes et elles d’eux, tous si heureux que si le ciel comprenait quoi que ce soit à ces lignes de vie des humains on entendrait des hosannas et une clameur de trompettes et il y aurait un clair de lune d’une grande beauté, comme d’habitude en juin."
réunions clandestines et tracts de propagande communiste :
" Des hommes parcourent le latifundium, ils se retrouvent à trois ou quatre dans des endroits dissimulés, déserts, parfois dans des maisons abandonnées, faisant le guet, d’autres fois à l’abri d’une vallée, deux d’ici, deux de là-bas, et ils tiennent de grands conciliabules. Il y en a toujours un qui parle chaque fois et les autres écoutent, celui qui les apercevrait de loin dirait, Ce sont des vagabonds, des gitans, des apôtres, et quand ils ont fini ils s’éparpillent dans le paysage, si possible par des chemins détournés, emportant des papiers et des décisions. Ils appellent tout cela organisation et le père Agamedes est rouge d’indignation, de sainte colère, Qu’ils soient maudits, que leur âme soit précipitée au fin fond de l’enfer, infection nocive qui ne veut que votre infortune, hier encore en conversant avec monsieur le président du conseil de paroisse, celui-ci m’a dit, Monsieur le curé Agamedes, rendez-vous compte que la maladie fatale a déjà contaminé notre bourg, il faut faire quelque chose contre les doctrines pernicieuses que les ennemis de notre foi et de notre civilisation propagent dans les familles, Ingrats, je vous le dis à présent, vous ignorez que notre pays fait l’envie des autres nations, notre paix, notre ordre, et maintenant dites-moi si vous voulez perdre tout cela, c’est la satiété qui vous fait parler, rien d’autre."
travail (à noter que même les jeunes enfants travaillent)
"Les hommes vont travailler au loin, là où ils peuvent gagner quelque argent en plus. Au fond, ce sont tous des vagabonds, ils vont ici ou là et ils rentrent à la maison plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard pour faire un nouvel enfant. Pendant ce temps, ils débroussaillent les chênaies pour les cultivateurs de blé, chaque goutte de sueur est une goutte de sang perdue, et les malheureux triment toute la sainte journée et parfois même la nuit, ils comptent leurs heures de travail sur les doigts de trois mains, quand il ne faut pas recourir à la quatrième main de la bête pour énumérer ce qui manque, les vêtements sur leur corps ne sèchent pas de toute la quinzaine. Pour se reposer, si pareil mot est de mise, ils s’étendent sur une couche de genêt avec de la paille par-dessus et gémissent toute la nuit, sales, éreintés, ce n’est pas juste, il est impossible de croire le père Agamedes, lequel revient de son déjeuner dominical chez Floriberto, et quel déjeuner, comme on peut s’en rendre compte au rot qui retentit dans le latifundium"
les dettes
"La femme allait chez l’épicier et demandait, S’il vous plaît, faites-moi crédit pour le reste des provisions, car cette semaine a été désastreuse à cause du mauvais temps. Ou alors elle disait la même chose avec d’autres mots en commençant de la même manière, S’il vous plaît, faites-moi crédit pour le reste des provisions car cette semaine mon mari n’a rien gagné parce qu’il n’avait pas de travail. Ou encore, en baissant les yeux de honte sur le comptoir, comme si elle n’avait pas d’autre argent avec quoi payer, Monsieur, l’été venu mon mari gagnera un meilleur salaire, après il fera les comptes avec vous et vous paiera les arriérés. Et l’épicier, frappant le livre de comptes du poing, répondait, Cette histoire je l’entends depuis longtemps, ensuite l’été passe et le chien reste ici à aboyer comme avant, les dettes sont des chiens, elle est bien bonne celle-là, qui donc en aura eu l’idée le premier, ce peuple a de menues inventions bien besogneuses, imaginez la liste des dettes de l’épicier ou du boulanger inscrites au crayon avec de gros chiffres, tant pour celui-ci, tant pour celui-là, un petit chien tout pelucheux, celui-ci peut grandir, et ce molosse-là, avec des crocs comme un loup, une lourde dette remontant à l’année précédente, Ou bien vous payez, ou bien je vous coupe le crédit, Mais mes enfants ont faim, et les maladies, mon homme n’a pas de travail, nous sommes sans ressources, Je ne veux rien savoir, vous payez d’abord et vous emportez après. Les chiens aboient partout dans ce pays, on les entend aux portes, ils poursuivent ceux qui n’ont pas payé, ils leur mordent les chevilles, ils leur mordent l’âme, et l’épicier sort dans la rue et dit à qui veut bien entendre, Dites à votre mari, le reste on le connaît déjà. Certains épient derrière les volets pour voir qui est celle à qui on fait honte, ce sont là des cruautés de pauvres, aujourd’hui toi, moi demain, on ne peut pas leur en vouloir."


------------------------------------------------------------

Première rencontre avec l'écrivain, je suis surprise par l'expression de l'écriture, mais que j'apprécie très vite.

En digression des contes ou des réalités ? Je crois que seules les fourmis qui relève la tête comme les chiens savent la vérité et peut-être aussi le milan qui siffle dans la voûte céleste et les anges au balcon du ciel.

Le choix de l'exergue appelle réponse à la situation de  ces travailleurs de la terre dans le latifundium des patrons, bien sur,  mais de façon plus générale à celle de tous les travailleurs surexploités.

Le final est rassurant, les travailleurs occupent les propriétés abandonnées par les patrons en fuite dans d'autres pays. Héritage de la révolution des oeillets.

Le titre en langue portugaise signifie, selon la traduction, "soulevé du sol", j'aime penser que ces travailleurs se sont redressés de cette terre, ont soulevé la tête. ( Wink )

Je reviendrai vite à cet auteur.

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"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

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Message par topocl Ven 14 Jan - 17:58

@Bédoulène a écrit:Je reviendrai vite à cet auteur.

Super!

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Message par bix_229 Ven 14 Jan - 18:55

Merci, Bédou, on parvient à surmonter les difficultés (parfois) du style.
Enfin, si on veut ! José Saramago - Page 3 3933839410
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