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Message par Quasimodo Jeu 21 Jan - 14:24

Apparemment, il est disponible au format numérique (et ne l'est plus en livre matériel).
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Message par bix_229 Jeu 21 Jan - 14:30

N'oubliez surtout pas les chroniques. C'est un autre Antunes à la fois semblable et à la fosi le
meme, mais plus familier, plus humoristique et proche des petites gens.

Marie@
Un vrai bonheur.. à savourer lentement, c'est tendre, ironique ,remarquablement écrit ( et traduit). De la poésie en prose,à certains moments cela m'a fait penser à Prévert.
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Message par Tristram Jeu 21 Jan - 14:42

Je l'ai effectivement lu en version numérique, Quasimodo.
Je vais de fait continuer avec le Livre de chroniques, Bix (tomes 1 et 2, puisque j'ai déjà lu les 3 et 4...)
(Prévert ?!)

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Message par Quasimodo Jeu 21 Jan - 14:55

Tristram a écrit:Je l'ai effectivement lu en version numérique, Quasimodo.
(Je parlais de Mémoire d'éléphant)

Je prends note, pour les chroniques !
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Message par Tristram Mer 8 Déc - 12:14

Mémoire d’éléphant

Antonio Lobo Antunes  - Page 2 Mzomoi11

La voix intérieure d’un psychiatre interroge :
« Quand me suis-je gouré ? »
Surtout, il se rappelle. Vétéran de la guerre d’Angola, issu de la catholique bourgeoisie lisboète, amer de la dictature comme toujours actuelle de Salazar, récemment séparé de sa femme et de ses deux filles, écrivain contrarié, il partage plusieurs traits biographiques avec Antunes.
Occasionnellement narrateur, il observe les autres et aboutit à un navrant constat clinique de l’état de ses patients et de la société.
« Aux Urgences, les internés en pyjama semblaient flotter dans la clarté des fenêtres comme des voyageurs sous-marins entre deux eaux, aux gestes ralentis par le poids de tonnes de médicaments. […]
Ici, pensa le médecin, vient se déverser l’ultime misère, la solitude absolue, ce que nous ne pouvons plus supporter de nous-mêmes, nos sentiments les plus cachés et les plus honteux, ce que nous appelons folie et qui en fin de compte est notre folie et dont nous nous protégeons en l’étiquetant, en la compressant entre des grilles, en la bourrant de comprimés et de gouttes pour qu’elle continue à exister, en lui accordant une permission de sortie à la fin de la semaine et en la conduisant vers une "normalité" qui probablement consiste seulement à empailler les gens vivants. »
Premier roman aux mêmes thématiques que Le Cul de Judas, son second roman, que j’ai malheureusement lu avant celui-ci.
C’est déjà son style baroque qui enfile les métaphores dans de longues phrases (il évoque judicieusement Fellini dans le texte, et j’ai pensé à Gadda), ainsi que de nombreuses références historiques, picturales et littéraires, mais aussi musicales et cinématographiques.
« Dans la nuit de Lisbonne on a l’impression d’habiter un roman d’Eugène Sue avec un passage sur le Tage, où la rue Barão-de-Sabrosa est le petit ruban décoloré qui marque la page lue, malgré les toits où fleurissent des plantations d’antennes de télévision semblables à des arbustes de Miró. »
Le rendu du flux de conscience dans ce roman contenu en une journée m’a ramentu l’Ulysse de Joyce.
Sa sombre détresse dans un quotidien de laideur, son angoisse de la décrépitude, sa solitude désespérée prennent toute leur démesure célinienne au chapitre 6, à partir de la grotesque et grinçante scène de son sordide dépucelage par une prostituée ; j’ai aussi pensé à Lowry lorsque, désolé par la perte de sa femme, son accablement l’enfonce dans une errance hallucinée.
« Au sommet d’une espèce de parc Édouard-VII en réduction bordé de palmiers hémophiles dont les branches grinçaient des protestations de tiroirs récalcitrants, d’hôtels sortis de films de Visconti, habités par des personnages de Hitchcock et par des gardiens de parking manchots, aux yeux affamés cachés sous les visières de leurs casquettes comme des oiseaux avides pris dans le filet plissé des sourcils, l’édifice du Casino ressemblait à un grand transatlantique moche, décoré de guirlandes de lumières, parmi des villas et des arbres, battu par les vagues de musique du Wonder Bar, par les cris de mouettes enrouées des croupiers et par l’énorme silence de la nuit maritime autour de laquelle montait une dense odeur d’eau de Cologne et de menstrues de caniche. »
Un livre marquant sur la folie d'une société traumatisée...

\Mots-clés : #guerre #misere #pathologie #regimeautoritaire #social #solitude

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Message par topocl Mer 8 Déc - 16:24

Pourquoi pas?

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Message par Tristram Mer 8 Déc - 17:35

Pour un coup d'essai, c'est une réussite !

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Message par Bédoulène Mer 8 Déc - 17:50

merci Tristram !

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Message par Tristram Dim 20 Mar - 11:46

Dormir accompagné (Livre de chroniques II)

Antonio Lobo Antunes  - Page 2 Lobo310

De délicieuses nouvelles brèves, bourrées de remarques originales, marquées d’humour fin, mais parfois fort grinçant, plus souvent mélancoliques, poétiques : des fictions et des souvenirs, fréquemment situés à Benfica (Lisbonne). Personnages humbles, fracassés par l’existence (quelque infirmité), carnaval et foire populaire, l’enfance (fumer en cachette), l’hôpital, la guerre d’Angola...
Dans Portrait de l'artiste en jeune homme :
« Et c'est seulement faute de vocation pour la carrière de retraité, de martyr ou d'otage que j'ai fini romancier. »
Dans Chronique de carnaval :
« ...] les princes, les fées et les policiers
(les trois seules professions que je trouvais sublimes à l'époque et aujourd'hui encore, au plus profond de moi, je continue à le croire) »
Le style est suggestif, avec des reprises et des apartés dans des renvois à la ligne originaux, suscitant une agréable lecture ; il m’a paru excellemment traduit par Carlos Batista.

\Mots-clés : #nouvelle

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Message par ArenSor Lun 28 Mar - 16:04

Chroniques IV

Antonio Lobo Antunes  - Page 2 Chroni11

Les « Chroniques » sont régulièrement publiées dans l’hebdomadaire portugais « Visao » et l’auteur les considère avec un peu de mépris par rapport à ses romans
« C'est un peu comme les piscines pour enfants, vous savez : on a de l'eau jusqu'à la ceinture, quand il faudrait en avoir jusqu'au cou. Ça oui, c'est le roman ! »
Cependant, beaucoup d’amateurs placent très haut ces critiques dans l’œuvre de Lobo Antunes.
Il s’agit de textes qui font 4 à 5 pages. Quelques-uns sont de vraies fictions, mais la plupart sont de nature autobiographique. On retrouve des thématiques privilégiées : l’enfance, la famille, les quartiers populaires de Lisbonne, notamment celui de Benfica (et je vous souhaite bien du plaisir si vous souhaitez avoir des informations sur le net concernant ce quartier, hormis le club de foot !), les souvenirs traumatisants de la guerre en Angola et surtout l’acte d’écrire :

« Peut-être que les gens les plus proches de moi, ceux auxquels je ressemble le plus, sont ceux que je rencontre, le soir, en train de fouiller dans les poubelles. Je crois bien que je n’ai rien fait d’autre toute ma vie, à savoir fourrer mon nez
(elle est drôle, cette expression, fourrer son nez)
dans ce qu’on jette, dans ce qu’on abandonne, dans ce qui n’intéresse plus, et revenir avec une sorte de déchets, de restes, de fragments, d’émotions tronquées, d’ombres blafardes, d’inutilités minuscules, et je me bats avec tout ça, je tourne, je retourne, je mets de côté
(un débris, de goulot entre deux pierres du trottoir par exemple)
je trouve des éclats, des scintillements, des usages.[…]
Je vous laisse mes livres devant la porte comme les laitiers de quand j’étais petit laissaient leurs bouteilles blanches. Ils sont là. Pour le cas où vous ne les ramasseriez pas, ils resteront là, étant donné que je n’appuie pas sur la sonnette, et que quand vous ouvrirez la porte j’aurai déjà redescendu l’escalier. Pour aller où ? Il me plaît de m’imaginer que c’est à votre rencontre : en se mettant au balcon il est facile de me repérer, arrêté presque au coin de la rue et occupé à fouiller dans des sédiments et des sédiments
(des restes, des émotions tronquées, des ombres blafardes)»

« Quand je m’éteindrai, inutile de me mettre un stylo dans ma poche, je n’en ai pas besoin : je me mettrai à écrire avec le doigt. »

« J’aime Virginia Woolf, pas tant à cause de ses livres que parce qu’elle entendait les oiseaux chanter en grec, eux qui, normalement, comme tout le monde le sait, utilisent l’égyptien quand ils sont en liberté et le latin quand ils sont sur des perchoirs. »

« J’aime cet endroit plein de petits commerces, cette sorte de village, encastré dans le centre de Lisbonne, qui, la nuit, se remplit de travestis mirobolants qui montrent leur derrière à des prétendants timides, j’aime la boutique de luminaires, la boutique d’appareils électroménagers, la boutique des Chinois pleine d’inutilités délicates, les divers petits hôtels pour des séjours réglés au taximètre, le coiffeur du coin de la rue, avec des photos passées, avec des boucles et des franges, dans laquelle je n’ai jamais vu entrer personne.[…]
A côté du portail le mur de l’hôpital, vieux, sombre, couvert de mousse. Des veuves parfumées, dans le café-patisserie à cent mètres, s’expliquent avec des gâteaux à la crème. Le kiosque plein de revues avec des feuilletons et des présentations de télévision, filles des veuves à gâteaux je suppose, et la vendeuse du kiosque assise sur un tabouret de cuisine au milieu de ces stupidités colorées. Des bouis-bouis avec la télé branchée sur le football, et où le serveur dessine des huit sur la table avec sa lavette, la cuisinière café au lait, avec une coiffe, s’éventant avec un journal, et sur le journal, sur toute la largeur, LE CELIBATAIRE LE PLUS CONVOITE SE CONFIE. »

« Quel mot penser. Penser c’est juste écouter attentivement. »

Ces chroniques, poétiques et mélancoliques (pas étonnant qu’elles plaisaient tant à Bix !), ont été une belle découverte en ce qui me concerne)
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Message par Tristram Lun 28 Mar - 17:55

De mémoire, ce tome IV était de meilleure venue que le II, par exemple.

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Message par Bédoulène Lun 28 Mar - 20:29

merci Arensor

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Message par Pinky Lun 28 Mar - 22:13

ça donne envie de lire....J'ai été tout à fait sensible à ces affirmations concernant la langue des oiseaux

Les Grecs anciens, dans mon souvenir, attribuaient aux Barbares la pratique de la langue inarticulée des oiseaux, ce qui aurait donné leur nom de Barbare formé comme une onomatopée répétée.

Pour continuer sur la question des langues, évoquons celle des anges ou plutôt la langue qu'ils ne comprennent pas :

Le Kaddish a été rédigé — et se récite encore de nos jours — en araméen, la langue source de l’hébreu (et de l’arabe). Une explication folklorique, souvent mentionnée, avance le fait que « les anges ne parlent pas araméen » ; réciter le Kaddish en cette langue permettrait donc de les troubler et de limiter leur influence éventuellement néfaste pour l’âme des défunts !
La raison historique, toutefois, est que l’araméen est devenu très tôt dans l’histoire d’Israël la langue vernaculaire ; l’importance du Kaddish étant majeure aux yeux de nos Sages, ces derniers ont opté pour une formulation en araméen, langue alors parlée par tous, pour que chacun puisse la réciter et la comprendre.
https://devenirjuif.wordpress.com/2016/06/23/kaddish-priere-juive/
J’avoue que je préfère beaucoup l’explication folklorique même si elle est sans doute moins crédible.

Enfin, complètement farfelu, un passage de "la langue oubliée" extraite de Psychologie du pingouin de Robert Benchley (1889-1945) sur lequel je rédigerai un commentaire.

Dans son intéressant travail de recherche «  Les tribulations de la syllabe bib entre 2000 et 500 avant J.C. » Landoc Down retrace l’utilisation de la lettre h d’un bout à l’autre du Proche-Orient puis, suivant le chemin de la migration caucasienne jusqu’en Europe centrale, où il en perd la piste. Pendant environ deux mille ans, nous n’avons trouvé aucune trace de l’usage de la lettre h par les Nordiques. Cela ne doit peut-être pas nous surprendre outre mesure car les Nordiques à l’époque n’avaient de toute façon pas l’usage de grand-chose. Et soudain environ 1200 ans avant J.C., la lettre h réapparaît au Nord de l’Ohio, cette fois sous le pseudonyme m et rasée de frais. Cependant, personne ne doute qu’il s’agit là du vieux h bantou, sous un déguisement ; nous pouvons ainsi certifier que les deux peuples (Les Suisses et les autres, là sont en réalité issus de la même lignée. N’importe qui peut le voir ; ne vous faites pas plus bêtes que vous n’êtes. »

Cela ne m'a pas fait perdre de vue l'intérêt d'Antunes, c'était juste association d'idées et coq à l'âne
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Message par Tristram Lun 28 Mar - 22:24

Mais c'est intéressant ! Si tu approfondis, je suis preneur !
Quid de la langue des oiseaux, et du babélien ?

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Message par Tristram Dim 7 Aoû - 12:09

Explication des oiseaux

Antonio Lobo Antunes  - Page 2 Explic10

Rui S., un professeur de lettres et essayiste marginal, se remémore sa mère mourante dans une clinique indifférente et son père homme d’affaires imbu de soi qui la délaisse, et dans une vision fiévreuse évoque le cirque familial, mêle les flux de souvenirs charriant des images métaphoriques. Il part de Campolide (Lisbonne) à un congrès se tenant à Tomar, emmenant Marília sa compagne, une intellectuelle non conformiste éprise de culture moderne à qui il veut annoncer reprendre sa liberté, et décide de passer le week-end dans l’estuaire d’Aveiro ; il pense aussi à sa séparation d’avec sa précédente épouse, Tucha, qui l’a quitté avec ses deux enfants. Il rumine son appartenance au Parti (qui se défie de lui à cause de sa famille bourgeoise, et vice-versa), se ramentoit l’explication des oiseaux qu’enfant lui donna son père ; surviennent des allusions à son suicide. Le présent s’enchevêtre au passé, et même le futur − sa mort et au-delà. Le débit s’engorge en paragraphes plus denses, périodiquement relâchés de bribes de conversation, dans une sorte de mouvement péristaltique ; la tristesse du narrateur est patente. Le cours du récit est très lisible, en comparaison avec Saramago par exemple.
« Un jour, quand j'étais petit, une fin d'après-midi, nous étions à la ferme et une bande d'oiseaux s'est envolée du marronnier près du puits vers la tache de la forêt que le début de la nuit rendait bleue. Leurs ailes battaient avec un bruissement de feuilles agitées par le vent, les petites feuilles minces, innombrables, d'un dictionnaire, je te tenais par la main et tout à coup je t'ai demandé Explique-moi les oiseaux. Comme ça, tout à trac, Explique-moi les oiseaux, une requête embarrassante pour un homme d'affaires. Mais tu as souri et tu m'as dit que leurs os étaient faits de l'écume de la plage, qu'ils se nourrissaient des miettes du vent et que, quand ils mouraient, ils flottaient le dos en l'air, les yeux clos comme les vieilles femmes pendant la communion. »
Après ce Jeudi, Vendredi est un compte-rendu des témoignages suivant la découverte sur la plage de son cadavre dévoré par les oiseaux, auquel s’entremêle les déclarations indifférentes ou critiques de proches. Suit son vécu des derniers moments avec Marília, notamment lorsqu’il la coïte dans un délire hippique, reportant sans cesse de lui annoncer leur séparation, et un retour sur leur visite à la famille de Rui, hostile à sa compagne (qui est vue comme laide et sale, même par lui).
« Les vêtements suspendus aux chaises semblaient osciller au rythme d'une respiration mystérieuse, les murs se dilataient et se rétractaient lentement : La pulsation de mes tempes dans l'oreiller fait palpiter le monde. »
Samedi, des aigreurs d’estomac, vomissements et autres réactions intestines affectent Rui. Une étonnante notice nécrologique le commémore, qui adhérait maladroitement à la classe ouvrière. C’est finalement Marília qui met fin à ses tergiversations en lui annonçant elle-même leur désunion (et sa volonté de se rapprocher du Parti, dont elle est mise à l’écart à cause de Rui).
« Il pense Je voulais tellement que tu t'en ailles, que tu décampes, que tu disparaisses de ma vue, et maintenant cette angoisse, cette anxiété, cette panique, cet amour subit et croissant pour toi, cette boule gonflée de tendresse dans ma gorge. »
Puis revient le souvenir d’Amilcar Esperança, le bariton-clown déchu qui épousa Madame Simone, « la dompteuse de tourterelles et de pigeons ».
« Plusieurs nuances de gris, plusieurs taches superposées et variées se déplaçaient lentement sur l'estuaire ; le ciel ressemblait à un énorme visage concave sans traits, appuyé sur la cime assombrie des pins. »
Dimanche : Marília sur le départ, Rui préfère « Fellini, Visconti, les Italiens que tu taxais autoritairement de décadents » au cinéma américain et d'avant-garde qu’elle prône. Reviennent aussi des images du cirque, et de son père qui tuait les papillons pour sa collection, qu’il voit bientôt comme celle d’oiseaux occis à autopsier pour explication. Sordides également, l’évocation des comportements opposés des deux ex de Rui (pourtant unanimes à le blâmer), et le battage en forme de suspense du nain sur la piste, au son du Boléro de Ravel : Rui a dérobé un couteau, comment va-t-il se tuer, tandis qu’il revisite en esprit la maison de ses vacances enfantines à la campagne.
Un roman qui m’a paru formidable !

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Message par Bédoulène Dim 7 Aoû - 19:15

pourquoi "paru" ?

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Message par Tristram Dim 7 Aoû - 21:43

C'est mon humble avis, de plus dans le moment : ça n'aurait peut-être pas été le cas hier (ou ne le sera plus demain). Mais quand même, ça me semble être un excellent livre ! D'autres commentaires abonderaient ou pas dans ce sens...

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Message par Tristram Dim 2 Oct - 13:43

La Farce des damnés

Antonio Lobo Antunes  - Page 2 La_far10

« Le deuxième mercredi de septembre mille neuf cent soixante-quinze » (après la révolution des Œillets, Salazar écarté et la guerre d’Angola terminée, à l’arrivée des communistes au pouvoir la bourgeoisie se prépare à l’exil) : la journée du narrateur, Nuno, un dentiste lisboète partagé entre sa femme Ana et Mafalda, sa maîtresse (deux amies). Après le déjeuner, scène de rupture loufoque avec la seconde, tandis qu’il se prend pour Edward G. Robinson ; il se rend chez ses parents, où sa mère fleurte avec une de ses conquêtes (son père est un homme d’affaires complaisant).
Premier aperçu de sa belle-famille, également nantie et sordide, essentiellement libidineuse :
« …] ma belle-mère qui couchait avec son beau-frère, la tante mongolienne d'Ana qui hurlait dans la cuisine, l'oncle qui avait fait un enfant à la cousine [… »
D’un Gitan qui essaie de vendre un stylo à Nuno :
« Ses vêtements accompagnaient ses gestes, avec l'impondérabilité presque transparente des écailles. Il sentait la mule morte et la morve d'une tripotée d'enfants, dans un terrain vague quelconque, auprès de femmes accroupies et de la soupe aux chardons du dîner qui bouillait dans un bidon rouillé. »
Puis ils partent, lui, Ana et son jeune frère Francisco, voir leur grand-père mourant en Espagne. Il s’enfuit pendant un contrôle de gendarmerie.
Compte-rendu de l’arrivée d’Ana et Francisco : vu « côté A » par leur mère, fille de régisseur dominée par son mari (la première activité d’Ana est de coucher avec son beau-frère, tandis que son grand-père agonise et que son père joue au train électrique). « Côté B », c’est Ana elle-même qui raconte, dans un récit traversé de souvenirs, cette même veille de fête, mais sept ans plus tard.
« C'est au Brésil, un ou deux ans après la révolution, que j'ai compris que le Portugal – tout comme les trains de mon père – n'existait pas. C'était une fiction burlesque des professeurs de géographie et d'histoire qui avaient créé des fleuves et des montagnes et des villes gouvernées par des dynasties successives de valets de cartes à jouer, auxquels succédèrent, après une demi-douzaine de détonations au bruit amorti de stands de tir, des individus à barbiche et lunettes emprisonnés dans des cadres ovales, observant le Futur avec la myopie sévère des élus, pour que tout, finalement, se dilue dans la blanche paix sans reliefs ni contours du salazarisme, pendant lequel ma famille avait prospéré comme le ver dans le bois, dévorant la sciure de fabriques et de montes. »
(Monte : domaine agricole en Alentejo. Généralement, la ferme ou la maison des maîtres se trouve sur une butte, d'où le nom de monte. (N.d.T.))
Revenue du Brésil avec son (nouveau) mari, Ada retrouve sa cousine (la fille de la mongolienne), sa mère et l’oncle (avec qui elle couchait sept ans plus tôt) qu’elle déshérite devant notaire.
Le jour de la fête (suivie sur trois jours, fusées, corrida), c’est Francisco qui raconte sa vie de pauvre bohème drogué, et nous apprend incidemment qu’il est le fils de son père et de sa sœur…
« Il y a toujours cinq ou six tourterelles sur le toit, uniques anges imaginables dans une ville où les panneaux publicitaires cachent, comme des pansements, les plaies d'une décomposition sans espoir. Lisbonne ressemble à un mendiant au soleil, avec ses moineaux qui farfouillent librement comme des poux dans la tignasse des arbres. »
Pendant la procession, Francisco doit promener sa tante mongolienne tandis que la famille se chamaille sur l’héritage et cherche le testament du grand-père afin de réunir un peu d’argent avant de s’enfuir devant les communistes. Le mourant, Diogo, « Monsieur l'ingénieur », après une vie à courser les servantes, boire et chasser, se remémore comme il épousa sa femme Adelina (présentée par son frère qui en était l’amant) et comment celle-ci s’est échappée, ce qui ne l’empêcha pas de la déclarer morte et d’en hériter.
Dans les derniers chapitres, les monologues de personnages divers s’entremêlent comme s’exacerbe le grotesque halluciné, proche du surréalisme ou du délire par moments, de ces saturnales abjectes dans l’immondice. Des détails finement observés, des métaphores originales, des précipitations du texte en paragraphes serrés, le leitmotiv du petit train animent ce flux rageur.
« La clarté des fenêtres décolorait les objets et traversait les aquariums des vitrines, où les pièces en corne flottaient comme des poissons ou des huppes dans le lointain, et les ailes des milans se dissolvaient telles des feuilles de thé dans la théière d'étain du ciel, qui reflétait, étirés et tordus, les arbres et les maisons. »
Avec l’agonie du patriarche en miroir de la fin de la dictature (et du massacre du taureau), c’est le terrible portrait de la (petite) bourgeoisie pourrie de l’intérieur (incestes entremêlés), sous couvert de religion et de valeurs familiales telles que :
« Il faut élever les enfants à coups de cravache, surtout lorsque nous sommes presque sûrs qu'ils ne sont pas de nous. »
Ce roman est une belle réussite car, s’il peut se perdre parfois parmi les coucheries familiales ou les divers intervenants, le lecteur n’oublie pas un instant qu’Antunes révèle les dessous de cette famille typique de l’époque. Je pense qu’on peut là le rapprocher de Faulkner, c’est tout dire !

\Mots-clés : #corruption #famille #regimeautoritaire #social #xxesiecle

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Message par Bédoulène Lun 3 Oct - 14:38

merci Tristram pour ton commentaire pointu ; l'évocation de Faulkner me fait doublement noter !

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