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Vladimir Nabokov

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Message par Tristram Ven 15 Oct - 1:33

https://www.arte.tv/fr/videos/100842-000-A/lolita-meprise-sur-un-fantasme/
55', dispo jusque mars prochain, un doc qui réhabilite sans ambiguïté le génie qui a donné ce livre ! Ou comment l'ensorceleur de lecteurs (ah ! cette crédulité consentie !) s'est finalement vu plus récupéré qu'incompris !

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Message par Tristram Ven 11 Fév - 11:52

Rire dans la nuit & Chambre obscure

reve - Vladimir Nabokov - Page 3 Rire_d10 reve - Vladimir Nabokov - Page 3 Chambr10

Dans le Berlin d’après-guerre, Albinus (Albert) est un riche bourgeois amateur de peinture et de cinéma, « un menteur, un lâche et un imbécile » qui tombe amoureux de la jeune Margot, et sacrifie femme et enfant pour elle (on ne peut ne pas se ramentevoir Lolita). Margot, qui rêve de devenir une vedette, retrouve son premier amour dans l’entourage de son nouveau protecteur : Axel Rex, « artiste cosmopolite », un cynique caricaturiste à l’humour « hégélien ».
« Il prenait un plaisir immense à voir la vie devenir ridicule sous le trait sans recours de la caricature. »

« La mort, avait-il dit une autre fois, n’est, me semble-t-il, qu’une mauvaise habitude dont la nature est à présent incapable de se défaire. J’ai eu un très bon ami, un très beau garçon, plein de vie, avec un visage d’ange et des muscles de panthère. Il s’est coupé en ouvrant une boîte de pêches, vous voyez, ces grosses pêches douces et onctueuses qui fondent dans la bouche et glissent toutes seules. Il mourut quelques jours plus tard d’un empoisonnement du sang. Stupide, non ? Et pourtant... pourtant, c’est étrange à dire mais il est vrai que considérée comme une œuvre d’art sa vie n’aurait pas pris un tour aussi parfait s’il avait connu la vieillesse. La mort, c’est souvent la chute de cette plaisanterie qu’est la vie. »
Les deux amants se retrouvent aux dépens d’Albinus, qui perd la vue (et donc les couleurs) dans un accident de voiture, alors qu’il venait de découvrir leur trahison.
Est significatif (ici comme dans l’ensemble de l’œuvre de Nabokov) l’aspect visuel, « l’univers cinématographique » :
« Le metteur en scène que Rex avait en vue était un fantôme protéen, un magicien insaisissable, double, triple qui se reflète à l’infini, l’ombre de boules de verre multicolores volant en dessinant une courbe, le spectre d’un jongleur sur un rideau miroitant... »
Chambre obscure est une première version (1933) de Rire dans la nuit (1938), moins développée, où Magda, la fausse ingénue, déjà irrésistible et vulgaire, n’a que quinze ans (dix-huit pour Margot dans Rire) ; cette ébauche souligne a posteriori les caractéristiques communes, notamment le déroulement et l’ensemble des faits eux-mêmes. D’allusifs signes avant-coureurs de la cécité ont été supprimés :
« À quoi bon regarder l’écran : on y voyait le dénouement incompréhensible d’événements qu’il ignorait encore (... un homme aux larges épaules marchait en aveugle droit sur une femme qui reculait...). Il était étrange de penser que ces personnages, ces actes inintelligibles s’éclaireraient et lui apparaîtraient tout différents s’il voyait le film depuis le début. »
Version Rire :
« Il était entré à la fin d’un film : une jeune fille reculait au milieu de meubles renversés devant un homme masqué armé d’un revolver. Il n’y avait vraiment aucun intérêt à regarder des événements qu’il ne pouvait pas comprendre puisqu’il n’en avait pas encore vu le début. »
En fait, Rire dans la nuit est un roman écrit en anglais par Nabokov à partir de la traduction en anglais (défectueuse) de Chambre obscure… Vertigineuse transformation de l’œuvre et de l’auteur, qui mériterait certainement une étude approfondie, d’autant qu’on y perçoit les prémisses de Lolita
Sinon, c’est toujours le même bonheur d’écriture…

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Message par Bédoulène Ven 11 Fév - 12:51

il faut lire les deux ? et dans quel ordre ?

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Message par Tristram Ven 11 Fév - 15:00

Ce n'est pas nécessaire, à moins d'être féru de Nabokov ; dans ce cas, dans l'ordre chronologique !

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Message par Bédoulène Ven 11 Fév - 16:38

je n'ai lu qu'Ada (confusion avec boulgakov)

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Message par Tristram Jeu 12 Jan - 13:23

Brisure à senestre

reve - Vladimir Nabokov - Page 3 Brisur10

Adam Krug est au chevet de sa femme Olga, morte à l’hôpital ; il rentre chez lui où l’attend David, leur fils de huit ans, après un épisode kafkaïen de contrôles d’identité sur un pont.
« Krug marchait vite, son laissez-passer à la main. Qu’arriverait-il si je le jetais dans le Kur ? Je serais condamné au va-et-vient sur un pont qui aurait cessé d’assurer sa fonction puisque les berges seraient inaccessibles... ce ne serait plus un pont mais un sablier, retourné d’un côté puis de l’autre, et moi je serais le sable fin et fluide à l’intérieur. Ou ce brin d’herbe que l’on cueille avec dessus une fourmi qui grimpe. Elle arrive en haut. On retourne le brin. Le haut devient le bas et la pauvre bête recommence son exploit... » (II)
Il est un professeur d’université renommé (également à l’étranger), philosophe, et camarade de classe du dictateur qui a pris le pouvoir, Paduk, surnommé « Crapaud », qui le dégoûtait déjà et dont il refuse de soutenir le régime. Celui-ci rappelle l’absurde et grotesque totalitarisme soviétique (et le nazisme), ignorance et idiotie basées sur une théorie pseudoscientifique (ici « l’ekwilisme »), haine de l’individu et instauration de l’uniformisation (« le parti de l’Homme ordinaire ») dans une mise en scène allégorique, parodique (un « dialecte » particulier remémore la novlangue).
L’auteur transparaît souvent (est-ce Krug ?), comme dans ces saillies :
« Tout le monde peut créer le futur, mais il faut un sage pour créer le passé. » (II)

« Quand les jeunes veulent s’accrocher à la tradition, ils le font avec la même passion que des hommes plus mûrs qui s’efforcent de l’enterrer. » (IV)

« Il nous est assurément possible de repérer des événements du passé susceptibles d’être mis en parallèle avec ce qui se produit actuellement : une idée boule de neige que roulent et roulent des mains rougies d’écoliers et qui grossit, grossit, jusqu’à devenir bonhomme de neige, le chapeau cabossé de guingois, le manche à balai négligemment glissé sous l’aisselle... et soudain les yeux de cette caricature d’homme se mettent à cligner, la neige se fait chair, le manche à balai se change en arme, un tyran se dresse qui fait rouler au sol la tête des enfants. » (IV)

« Il est vrai que l’esprit simple éprouve une fascination devant des moyens mécaniques destinés à imiter la nature. » (V)
Superbe scène chapitre VI de « reconstruction » du passé récent :
« En théorie, il n’existe aucune preuve définitive que se réveiller le matin (se retrouver le matin en selle, avec en main les rênes de sa propre personnalité) ne soit pas – au sens propre – un événement sans précédent, une naissance véritablement originelle. […]
On pourrait appliquer le même raisonnement à sa propre existence telle qu’on la perçoit au réveil de façon rétrospective. Cette impression même relève d’une illusion assez élémentaire, comparable à ces impressions d’éloignement, de profondeur, qu’un pinceau trace sur une surface plane. Mais un pinceau ne suffit pas à recréer ce sentiment d’une réalité dense enracinée dans un passé plausible, le sentiment d’une continuité logique, la certitude de reprendre le cours de son existence à l’endroit même où elle s’était interrompue. La complexité de cette opération n’est rien de moins que merveilleuse si l’on considère le nombre de détails à prendre en compte et à disposer de telle sorte qu’ils suggèrent l’intervention de la mémoire. » (VI)
Les arrestations arbitraires de ses relations se succèdent ; sourd aux avertissements de ses amis et refusant l’exil, Krug rencontre le tyran, qui lui propose d’être le nouveau président de l’université, à sa botte. Il sera arrêté, et son fils, moyen de pression, sera livré par erreur à des brutes. On lui propose d’abord de massacrer les « négligents » responsables, puis de gracier ses amis emprisonnés, mais Krug, qui n’a pas pris à temps le chemin de l’exil, devient fou par grâce de l’auteur… Sinistre farce, « tragédie des cabinets » (en français dans le texte), la comédie s’achève comme les personnages retombent en enfance dans leur école.
Bonheur de lecture avec ces images picturales comme « la joue fardée d’un fromage » (III) ; c’est bourré d’indices facétieux (dont des références à Joyce, Kafka, Baudelaire, Shakespeare, Mallarmé, etc.), de rêves rien moins que psychanalytiques, de renvois au jeu d’échecs, de spécimens entomologiques… La jeune Mariette semble préfigurer Lolita.
« Du furoncle de son visage aux oignons de ses pieds Paduk était uniformément vêtu de gris, les mains derrière le dos et ce dos tourné face au lecteur. » (XI)

« Est-ce que tout le monde éprouve cela ? Un visage, une expression, un paysage, une bulle d’air venue du passé qui flotte et s’élève, comme si elle avait été libérée par l’enfant du geôlier en chef, elle qui était enfermée dans une cellule du cerveau, tandis que l’esprit s’absorbe dans d’autres tâches ? Un phénomène comparable peut ainsi se produire au seuil du sommeil, ce moment où ce que l’on pense n’est pas du tout ce que l’on croit penser. Ou encore deux trains parallèles, l’un et l’autre emportant leurs pensées voyageuses, puis l’un dépassant l’autre. » (XV)

« Un nouveau et amusant décret exigeait de quiconque voulait voyager à bord d’un autobus non seulement de présenter son passeport, mais encore de donner au receveur une photographie numérotée et signée. La vérification de la signature, du numéro, de la ressemblance n’était pas une mince affaire. Un additif au décret précisait qu’au cas où le voyageur n’aurait pas l’appoint (17 cents par kilomètre et demi) le trop-perçu lui serait remboursé dans un lointain bureau de poste, à condition qu’il y fasse la queue dans un délai de trente-six heures après avoir quitté l’autobus. Il en résultait donc des retards supplémentaires dans la mesure où le receveur d’autobus, harassé, devait éventuellement établir et tamponner les papiers nécessaires. Enfin, le conducteur n’avait le droit de s’arrêter que si trois voyageurs au moins voulaient descendre, ce qui, en plus du retard, provoquait beaucoup de confusion. Malgré toutes ces mesures, les bus étaient affreusement bondés ces temps-ci. » (XV)

« La perspective de s’évader de Padukgrad et de gagner un pays étranger lui paraissait une sorte de retour au passé, ce passé où sa patrie avait été elle aussi un pays libre. À supposer que l’espace et le temps ne fissent qu’un, l’évasion et le retour devenaient interchangeables. » (XV)
Nabokov dénonce la liberté opprimée, et une société où le collectif prend le pas sur l’individu.
« Une personne qui n’a jamais appartenu à une loge maçonnique ou à une fraternité, à un club, à un syndicat ou chose d’analogue est anormale et dangereuse. Bien entendu, certaines de ces associations étaient mauvaises et sont, en conséquence, interdites aujourd’hui. Mais pour un homme il est cependant préférable d’avoir été membre d’une organisation aux orientations politiques erronées plutôt que de n’avoir appartenu à aucune. » (XIII)

« Prises individuellement, les vies sont fragiles, mais nous garantissons l’immortalité de l’État. Les citoyens meurent pour que vive la cité. » (XVIII)
En fait, je crois que surtout que Nabokov s'amuse beaucoup !
Il y a bien d'autres dimensions dans ce roman (incursion de l'auteur dans l'œuvre, place de son expérience personnelle dans celle-ci, etc.) ; sa lecture ramentoit également toute une part importante de la littérature d'Europe centrale et de l'Est (on pense à Boulgakov, etc.). Nabokov jette aussi quelques lueurs originales dans les profondeurs.
« Je pouvais également apercevoir une flaque particulière – celle que Krug avait en quelque sorte aperçue à travers les strates de sa propre vie –, une flaque oblongue qui prenait toujours la même forme après une averse par suite d’une dépression spatulée dans le sol. Il se produit peut-être quelque chose de semblable dans le cas de l’empreinte que nous laissons dans la texture intime de l’espace. » (XVIII)

\Mots-clés : #humour #regimeautoritaire

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Message par Bédoulène Jeu 12 Jan - 17:05

merci Tristram, en réflexion !

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