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INOUE Hisashi

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Message par Armor Jeu 29 Déc - 17:07

Inoué Hisashi
(1934-2010)


INOUE Hisashi Hisash10

Inoué Hisashi naquit en 934, dans la préfecture de Yamagata.
A côté de son métier de pharmacien, son père écrivait et dirigeait une troupe de théâtre locale. Il gagna un prix pour l'un de ses romans, et se vit offrir une place de scénariste dans une société de production. Mais, alors qu'il s'apprêtait à partir pour Tokyo, il décéda brutalement à l'âge de 34 ans.
La mort soudaine de son père a joué un rôle prépondérant dans la vocation d'écrivain d'Hisashi Inoué.

Victime d'abus de la part de son beau-père, il fut envoyé dans un orphelinat, où il reçut une éducation chrétienne.
Il poursuivit des études de lettres et de littérature française à l'université. Afin de financer ses études, il travailla durant deux ans dans un sanatorium.

Encore étudiant, Inoué Hisashi commença sa carrière littéraire par l'écriture de vaudevilles pour un théâtre de strip-tease. Les pièces, d'une durée d'une heure environ, servaient d'interlude entre deux séances de strip-tease ! De nombreux acteurs célèbres commencèrent leur carrière dans ce type d'établissement.

Après une première carrière à la radio comme scénariste, Inoué Hisashi écrivit des pièces de théâtre. Il s'illustra d'abord dans un genre satyrique et comique appelé gesaku, hérité de la période Edo, et fonda sa propre compagnie de théâtre.
Par la suite, il diversifia sa production littéraire. Au cours de sa carrière, il obtint de nombreux prix, dont les prestigieux prix Tanizaki et Naoki.

Toute sa vie, il fut un ardent militant pacifiste et antinucléaire.
Il est décédé des suites d'un cancer en 2010.
source : wikipédia

Oeuvres traduites en français :

Je vous écris
Les 7 roses de Tôkyô


Dernière édition par Armor le Mar 8 Aoû - 18:27, édité 5 fois
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Message par Armor Jeu 29 Déc - 17:14

INOUE Hisashi 61b9oo10

Les 7 roses de Tôkyô

Inoué Hisashi mit près de dix-sept ans à écrire ce pavé de 740 pages (980 en format de poche), passionnante chronique de la vie du peuple japonais d'avril 1945 à avril 1946. Le roman se présente sous la forme du journal intime de Shinsuke, fabricant d'éventails au chômage au style très vivant et à l'humour savoureux.
Lorsque débute le récit, la fin de la guerre est proche. Les matières premières étant réquisitionnées pour les valeureux soldats de l'Empire, le petit peuple vit d'expédients, entre débrouille, entraide et marché noir. Les raids des B-29 sont quotidiens, chacun vit dans la peur de voir ses proches décimés. Le gouvernement entretient le patriotisme de ses sujet à l'aide de slogans, de comités innombrables et de directives toutes plus saugrenues les unes que les autres :

"Depuis que la presse et la radio avaient supprimé toute mention sur le temps, le 8 décembre 1941, soit pendant ces trois ans et neuf mois, les Japonais se sont efforcé de ne plus aborder ce sujet. (...) M. Aoyama avait en effet décrété : "Même en bavardant avec une connaissance croisée dans la rue, évitons les expressions du genre :" Quel beau temps, n'est-ce pas ? " ou" Pas de chance, avec cette pluie. " Il s'expliquait ainsi :  "Les murs ont des oreilles, les cloisons mobiles aussi. Allez savoir s'il n'y a pas un agent de l'ennemi à proximité. Si vous êtes espionnés et qu'il transmette cette information météorologique à ses chefs, la réputation de notre quartier sera compromise. Ce sera la honte pour la consommation des siècles. " Envisagé aujourd'hui, l'argument était tordu. Si vraiment il s'était trouvé un espion désireux de renseigner l'ennemi sur le temps à Tôkyô, il aurait eu beaucoup plus vite fait de lever le nez que de dresser l'oreille près des passants en train de bavarder. Mais, à l'époque, les gens avaient trouvé à leur goût le mot d'ordre de la Direction de l'information, au Cabinet, "Cette guerre est une guerre de renseignement", et personne ne relevait jamais la faille dans le raisonnement de M. Aoyama."

Si certains peuvent rire sous cape de pareilles inepties, la majorité les gobe sans broncher. Comment, en effet, oser exprimer le plus petit doute sur la victoire finale, quand cela peut vous coûter un séjour en prison ? Son scepticisme, Shinsuke ne le confie qu'à son journal.
Pour faire face au débarquement américain que l'ont dit imminent, les tokyoïtes, bien décidés à vendre chèrement leur peau, s'organisent en bataillons hétéroclites armés de grenades et _si,si_ de bombes fécales. Pour autant, ils n'en oublient pas de composer des poèmes, d'assister à des combats de sumo, d'aimer, de se marier. Touchante chronique d'une vie en sursis.

Habile ellipse de l'auteur, et nous voici sous occupation anglo-américaine. On peine aujourd'hui à comprendre le traumatisme qu'engendra le communiqué par lequel l'Empereur reconnaissait qu'il était un être humain et non un Dieu. Mais à l'époque, le choc est terrible et s'accompagne d'un véritable sentiment de trahison devant l'étendue des mensonges d'état proférés durant la guerre. Les Japonais réalisent enfin l'outrance des démonstrations sur la supériorité niponne, textes ridicules dont on se demande comment ils ont pu être cautionnés par une nation tout entière. ( avant de se rappeler la propagande européenne de la même époque…) Une partie de la jeunesse se révolte contre ces aînés qui ont participé à la surenchère guerrière sans jamais exercer leur esprit critique, ou si peu. Et qui, désormais, vivent de compromissions avec l'ennemi d'hier.

Il faut dire la ville n'est pas sûre, et que rares sont ceux qui mangent à leur faim. Et puis, les Américains apportent avec eux un mode de vie bien séduisant... Shinsuke assiste ébahi au retournement de ses concitoyens qui, tout d'un coup, encensent l'occupant et fricotent avec lui.  Les admirateurs se pressent chaque jour plus nombreux devant l'hôtel du général Mc Arthur, noyé sous un flot de lettres enamourées. Comme si, dans son désarroi, la population avait reporté sur Mc Arthur l'adoration qu'elle vouait jadis à l'Empereur. Avec bien entendu, dans le lot, quelques opportunistes...

Shinsuke, lui, ne parvient pas à pardonner Hiroshima, Nagasaki, et tous ces bombardements sur des cibles civiles. Mais, et c'est là une grande force du livre, il porte un regard lucide et très critique sur les agissements de son propre pays.  Afin de préserver l'honneur nippon, il va se donner une mission dont je vous laisse découvrir la teneur..  Parviendra-t'il à ses fins ? Je n'en dirai pas plus, mais je vous garantis un coup de théâtre et un dénouement savoureux !

Ce livre m'a enthousiasmée. Le personnage de Shinsuke, en perpétuel décallage avec ses contemporains, est infiniment touchant ; son recul sur la situation et son humour, assez remarquables.
Je ne nierai pas que, du fait de sa précision extrême, le roman comporte quelques longueurs. Mais cette précision est aussi une qualité, par le réalisme qu'elle insuffle au récit. C'est une plongée absolument passionnante dans la vie du Japon à une époque charnière de son histoire. Et si l'intérêt du lecteur s'émousse sur un passage, très vite, les nombreux personnages gravitant autour de Shinsuke l'entraînent de nouveau avec eux dans le tourbillon de leurs vies...
Pour moi, un immense coup de coeur !

(Ancien commentaire largement remanié)
PS : Mieux vaut ne pas lire la 4ème de couverture, qui dévoile un évènement crucial de l'intrigue !


mots-clés : #deuxiemeguerre #journal
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Message par Pinky Sam 12 Nov - 8:45

INOUE Hisashi 61b9oo10

Les 7 roses de Tôkyô
Tout à fait d’accord avec toi Armor, un livre de près de 960 pages que j’ai lu d’une traite, pas de chapitre et pourtant on continue à avancer dans ce récit à la première personne de la fin de la guerre puis des débuts de l’occupation américaine. Je n’y ai même pas trouvé de longueurs. En plus, c’est les premières lignes que j’ai lues quand j’ai pu lire à nouveau après une courte hospitalisation qui m’avait mise totalement sur le flanc (finalement sans gravité).
Une façon de rentrer dans l’histoire au ras des existences les plus banales mais avec un sens du récit qui rebondit, avance, se pose. Très peu d’allusions à Hiroshima et Nagasaki que l’on sent tout de même en toile de fond.
Se nourrir, se laver, se chauffer, faire son deuil des nombreuses victimes, recomposer les familles puis survivre sous l’occupation en changeant totalement de « logiciel ». Tout est évoqué par petites touches au travers du regard du narrateur.

Le sort d’une poule volée et les avions « musiciens »
« A peine avons-nous été rentrés que je l’ai découpée ; j’avais dans la main avec lequel je martelais un morceau de chair et son os sur une pierre à légumes en saumure quand j’ai entendu le quadrimoteur américain qui, comme à son habitude, commençait à décrire de lents cercles avec pour diamètre la ligne qui va d’Asakusa aux hauteurs de Hongô, à quelques 500 mètres d’altitude. De puissants haut-parleurs fixés à son empennage tombait de la musique qui se mêlait à ses vrombissements. Avant-hier, c’était la Symphonie inachevée, hier la Pastorale, aujourd’hui Orphée aux Enfers. Je ne suis pas sans être reconnaissant aux Américains de cette charmante attention de vouloir réconforter par le moyen d’une musique merveilleuse nos esprits durement affectés, mais il y a si peu de temps encore, ces mêmes grondements de quadrimoteurs étaient indissociables des bombes incendiaires aux concerts de hurlements annonciateurs de mort. […] Quoi qu’il en soit, qu’une curieuse musique se répande dans le ciel et que, sur terre, règne une pénurie sans précédent, donne à penser que ce choix d’Orphée aux Enfers constitue un choix bien ironique.
»

Pour se donner du courage pendant la guerre

« Le soldat japonais sera toujours plus fort que son ennemi tant qu’il sera prêt à attaquer la nuit. Car l’Américain, clair de peau, est aisément repérable, et donc vulnérable au fusil. Le Japonais, lui, a une couleur qui lui permet de se confondre dans la nuit et fait que l’autre ne sait où tirer. En combat aérien également, le Japon est de loin à son avantage. La cabine des unes et des autres pilotes est exiguë. Par la brièveté idéale de ses membres inférieurs, et le fait qu’il s’accroupit chaque matin aux latrines, le Japonais se moque royalement de l’exiguïté d’une cabine où il se sent comme chez lui. Or, le Blanc a des jambes d’une longueur superflue qui lui rend malaisé le séjour assis dans cet espace étroit. Forcément, cette différence saute aux yeux lors des combats aériens. »

Les bains publics ou comment se laver

Nous avons dû patienter cinq minutes dans le vestiaire pendant que le patron lançait ces explications du haut de son comptoir d’entrée, puis avons enfin pu atteindre la salle de bain. Loin de moi l’intention de singer Sôseki mais il y avait si longtemps que je souhaitais pouvoir dire : « je repose la tête sur le rebord de la baignoire et je laisse flotter mon corps allégé dans l’eau transparente. Je débloque le verrou du discernement et je tire le loquet de l’attachement. » Or, on n’était pas moins de trente à se presser les uns contre les autres dans le bain et, loin de me laisser flotter, je ne pouvais me tourner qu’avec le plus grand mal. Quant à l’eau transparente, c’est à se demander où elle était. Ce qu’il y avait n’était que liquide épais et fangeux qui sentait l’urine. Préoccupé de mes effets remis au garçon, soucieux de ne pas me faire arracher mon savon tenu au bout de mon bras droit, je sentais simplement mon loquet de l’attachement grossir peu à peu. »

Mon enthousiasme peut paraître excessif. Disons que je me suis étonnée à rester captivée jusqu'au bout. Cela me donne envie de relire un Sôseki
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Message par Armor Sam 12 Nov - 12:28

Pinky a écrit:
Mon enthousiasme peut paraître excessif. Disons que je me suis étonnée à rester captivée jusqu'au bout. Cela me donne envie de relire un Sôseki

Mais non, pas excessif, j'ai eu le même ressenti ! Je suis contente qu'il t'ait plu. Il faut décidément que je le relise, celui-là.


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Message par Bédoulène Sam 12 Nov - 16:03

merci Pinky !

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