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John Irving

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enfance - John Irving Empty John Irving

Message par Ouliposuccion Jeu 2 Fév - 12:36

John Irving
Né en 1942


enfance - John Irving Tylych87

John Winslow Irving est un romancier américain et scénariste récompensé par un Academy Award.
Passionné de lutte, il choisit son université surtout en fonction de son équipe et de son entraîneur dans ce sport. Il fait des études médiocres (il passait beaucoup trop de temps à lire) mais il est cependant admis à suivre un cours de "création littéraire".
En 1963, il a 21 ans et obtient une bourse d'étude pour aller passer un an à Vienne. Très marqué par ce séjour, c'est dans cette ville qu'il puisera la matière de son premier roman, Liberté pour les Ours.Il séjourne également à Londres et en Grèce.
C'est aussi en 1963, juste avant de partir pour Vienne, qu'il rencontre Shyla Leary, qu'il épousera un an plus tard. Il vivront ensemble une bonne quinzaine d'années et auront deux enfants, Colin (1965) et Brendam (1969) qui deviendront… des champions de lutte.
Jusqu'à la parution de Le Monde selon Garp (1978), il ne parvient pas à vivre de ses revenus d'écrivains. Mais après l'immense succès de ce roman, il ne se consacre pratiquement plus qu'à l'écriture. Le roman (National Book Award ) fut plus tard (1983) porté à l’écran par George Roy Hill dans un film mettant en scène Robin Williams dans le rôle de Garp et Glenn Close dans celui de sa mère.

(source Babelio)

Bibliographie:  (sortie française)

1980 Le monde selon Garp
1981 L'hôtel New Hampshire
1988 L'épopée du buveur d'eau
1984 Un mariage poids moyen
1986 L'oeuvre de Dieu , la Part du Diable
1989 Une prière pour Owen
1991 Liberté pour les ours !
1993 Les rêves des autres
1994 Un enfant de la balle
1996 La petite amie imaginaire
1999 Une veuve de papier
2003 Mon cinéma
2001 La quatrième main
2005 Le bruit de quelqu'un qui essaie de ne pas faire de bruit
2006 Je te retrouverai
2011 Dernière nuit de Twisted River
2013 A moi seul bien des personnages
2016 Avenue des mystères
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Message par Ouliposuccion Jeu 2 Fév - 12:44

Je te retrouverai

enfance - John Irving Tylych88

Dans ce nouveau roman, John lrving nous raconte l'histoire de l'acteur Jack Burns, fils d'Alice, tatoueuse professionnelle, et de William Burns, organiste et grand amateur de tatouages envolé à la naissance de son enfant. Agé de quatre ans, Jack sillonne avec sa mère tous les ports de la mer du Nord, à la poursuite du père fugitif. Un périple qui le marquera à jamais. Tandis que William le séducteur fait tonner les orgues de Scandinavie et des Pays-Bas, Alice le talonne et gagne sa vie en tatouant sur des épidermes consentants des coeurs brisés, des fleurs voluptueuses et des serments de fidélité. Déçus dans leur quête, mère et fils s'embarquent bientôt pour le Nouveau Monde où l'enfant va grandir hanté par le fantôme de ce père auquel il redoute, et s'efforce pourtant, de ressembler. Des femmes plus âgées abuseront de lui, il en séduira bien d'autres. Car à vingt ans Jack est bien décidé à tirer parti de son visage d'ange et de sa mémoire prodigieuse pour faire carrière à Hollywood. Sauf que, privé des modèles de mère et de père, il excelle dans des rôles de travesti. Quant à sa mémoire, n'est-elle pas sous influence ?


Après m’être régalée avec « Dernière nuit à Twisted river » « Le monde selon Garp » « L’œuvre de dieu la part du diable », au tour de « je te retrouverai »

Une chose est certaine, c’est que je n’ai pas retrouvé Irving durant une bonne partie du livre. Aussi je le divise en deux étant donné que mes sentiments divergent grandement au cours de cette lecture.
Je m’y suis prise à deux fois pour lire  ce roman ayant eu beaucoup de mal à rentrer dans ce récit bien trop répétitif à mon goût.
Dans la première partie, seuls les lieux de l’action changent, pour le reste, une perpétuelle  recherche d’un père dans diverses  églises et des descriptifs de tatouages. On se dit que la deuxième  sera surement la bonne et qu’enfin la trame de ce livre va voir le jour.
Malheureusement non,    les longueurs qui  sont souvent attribuées à cet auteur ne font pas défaut à cette réputation,  bien au contraire, elles sont lassantes, et c’est bien la première fois qu’il m’ennuie.  Irving nous noie dans un univers soporifique dans lequel chaque chapitre évoque le petit Jack dans  le personnage d’une pièce de théâtre.
Comble de la lassitude, Jack, enfant de 9 ans , obnubilé par le sexe est présenté comme le sex symbol des adolescentes  de terminale qui n’en veulent qu’à son corps, quand ce n’est pas les mères de famille …La raison invoquée étant qu’il a hérité des gènes de son père , coureur notoire et poursuivra donc ses frasques …
Bon, on est à deux doigts de refermer ce livre et de se dire que vraiment c’est un manqué, mais j’ai tenu bon, curieuse de l’aboutissement malgré les lenteurs et mon scepticisme même si ce roman se veut largement autobiographique parait-il. A noté que nous en sommes déjà à quasi 300 pages, même si le livre en comporte 1000 … J’avoue avoir du mal à me dire qu’Irving me déçoit.
J’ai cru un temps que le tatouage d’un cœur brisé en couverture était une prémonition, une sorte de message subliminal, je te retrouverai…Oui peut-être un jour...
Mais « la fille de persévérance » n’est pas qu’une tatoueuse, la preuve … Et ça paie enfin…

Lors de la troisième partie, les personnages prennent des couleurs et nous  avec,  on sort de sa léthargie et la brume obscure s’efface pour laisser place  à un sursaut d’intérêt. Irving revient  alors que je  pensais l’avoir perdu avec  des personnages bien vivants, une écriture toujours aussi méticuleuse  nous transportant dans son monde.  Finalement cette histoire devient séduisante et les pages tournent bien plus vite et avec plus de délectation. On se régale du duo Jack Burns acteur travesti /Emma auteur à succès et tout ce melting pot d’individus décalés qui gravitent autour d’eux, le tout parsemé de références cinématographiques et  une pointe d’humour  chère à Irving. On ne s’y trompe pas, on apprivoise les personnages qui ont dorénavant une certaine saveur.
Au final, on est happé, on suit Jack Burns  replongeant dans son enfance à la suite d’un événement dramatique, on le sent se débattre de  l’emprise de ces femmes qui ont forgé ce qu’il est, ce qu’il tente d’oublier  depuis toujours par des rôles de composition. Mais le masque de la comédie s’effondre devant la tragédie de l’âme,  Saint Hilda, école aux mille souvenirs, le mensonge d’une mère. Ultime retour  en arrière et flashbacks imprécis, la vérité doit voir le jour. Une enfance vole en éclats au milieu des aiguilles de tatouages qui brisent des cœurs…
Paradoxalement le mien s’emballe par cette lecture, Irving sait troubler, possède ce don de mener son lecteur dans l’ombre afin de mieux lui faire percevoir l’éclat d’une trame qui resplendit par sa virtuosité. C’est avec brio qu’il décrit les tourments ravageurs d’un esprit blessé qui trouvera le souffle au travers  d’une violence interne d’aller au bout de sa recherche.

En refermant la dernière page, je me suis félicitée de ne pas avoir abandonné ce livre, chose que j’aurais surement faite si je n’avais pas eu de premières approches avec cet auteur auparavant.
Conclusion, il restera pour moi un très bon livre aux débuts périlleux mais qui vaut vraiment la peine de s’y attarder.
Jack Burns…Un personnage que je n’oublierai pas.
Quant à John Irving , je le retrouverai.
"A moi seul , bien des personnages" est en ma possession !
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Message par Tristram Jeu 2 Fév - 14:20

J'ai moi aussi été moins impressionné par ses derniers ouvrages, ayant peut-être gardé un trop bon souvenir de Le Monde selon Garp et L'oeuvre de Dieu, la Part du Diable ?

« − Un romancier est un médecin qui ne s’occupe que des incurables.
Le jeune Whitcomb  s’était senti tellement impressionné qu’il avait aussitôt noté la formule. […]
Mais, dans le monde selon Garp, nous sommes tous des Incurables. »
John Irving, « Le Monde selon Garp », 19

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Invité Ven 18 Aoû - 14:14

Tristram a écrit:J'ai moi aussi été moins impressionné par ses derniers ouvrages, ayant peut-être gardé un trop bon souvenir de Le Monde selon Garp et L'oeuvre de Dieu, la Part du Diable ?


Egalement mon ressenti. J'ai commencé par ces deux romans, et j'avais adoré. Ensuite j'ai eu plus de mal avec mes autres essais. Il a sans doute trop utilisé les mêmes ficelles. Y avait d'ailleurs un tableau marrant qui reprenait tous les éléments qu'il utilisait dans tous ses bouquins (consultable sur sa page wikipédia).

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Message par Tristram Ven 18 Aoû - 14:31

Vu le tableau _ mais (presque) tous les auteurs n'ont-ils pas leurs thèmes récurrents ?
En tout cas, on peut comprendre que renouveler l'exploit à chaque fois soit difficile, surtout quand on est célèbre ?

« Pour les médias, la vie compte plus que la fiction, de sorte que les éléments basés sur l’expérience personnelle de l’auteur intéressent davantage le grand public que les rouages romanesques de "pure" invention. Ce qui relevait de son expérience personnelle ou de celle d’un de ses proches était crédité d’une "vérité" plus tangible que tout ce qu’il pouvait inventer. (C’était une conviction communément répandue, même si le travail de l’écrivain, comme Danny le déclarait de façon subversive chaque fois qu’il était amené à défendre la fiction dans le roman, consiste à imaginer une histoire intégrale, contrairement à celles de la vraie vie, fragmentaires et inabouties.) »
John Irving, « Dernière nuit à Twisted River », IV, 12

On retrouve là encore la notion de fonction de l'écrivain qui serait de donner du sens à l'existence au moyen de la fiction.

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Message par Tristram Dim 4 Aoû - 1:03

« Dans mon cas, on ne choisit pas de raconter des récits cauchemardesques, par plaisir ; c'est une obligation, une contrainte. J'ai toujours écrit ce qui me faisait peur, ce que je crains, ce que déteste le plus. »
https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/john-irving-jai-toujours-ecrit-ce-qui-me-faisait-peur-ce-que-je-crains-ce-que-jaime-le-moins#xtor=EPR-2-[LaLettre15072019]
Encore une histoire de tatouages ; importance de Melville-Moby Dick pour Irving l'obsessionnel : recueillir un orphelin, commencer les romans par la fin, organiser l'accidentel de la vie dans une architecture…
Je commence toujours par la fin, par la dernière phrase. Par contre, je change le début sans cesse. Je peux changer beaucoup de l'architecture des romans. Un roman attend, mûrit  7, 8 ans avant que je ne commence l'écriture. Mais quand je commence à écrire, je sais déjà exactement tout ce qui va se produire.
Je ne veux alors penser qu'au langage, qu'aux phrases. [...] Je n'écoute pas du tout mes personnages ! Ils ne parlent pas, sinon, ils rencontreraient leurs morts très rapidement !
[...] La vraie vie c'est le désordre, le hasard. Dans un roman, on construit une architecture, il y a quelque chose qui la rend plus parfaite que ce que vous avez dans la vraie vie. La vraie vie est décevante comme le dit David Copperfield...
Aussi Creative writing (élève de Kurt Vonnegut, professeur de T. C. Boyle) et entraînement à la lutte gréco-romaine...

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Message par Romain Ven 31 Jan - 15:00

J’aimerais lire Une veuve de papier. Quelqu’un l’a lu ?

Romain

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Message par Tristram Ven 31 Jan - 15:19

Je l'ai lu, mais il ne m'a pas laissé un souvenir impérissable ; j'ai préféré les premiers livres d'Irving (sans doute parce que mon esprit avait plus de fraîcheur à l'époque...)

« On ne peut pas apprendre tout ce qu'il faut savoir en respectant les interdictions [… »
John Irving, « Une veuve de papier »

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Message par Romain Ven 31 Jan - 16:00

Bon, je vais peut-être m’arrêter là. J’ai aimé Garp, Owen et Hôtel New Hampshire. Moins d’autres.
A vrai dire le titre me titillait.

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Message par Tristram Sam 5 Juin - 21:43

L'œuvre de Dieu, la Part du Diable

enfance - John Irving L_nuvr10


Dans un orphelinat reculé, fruit (ou reliquat) des rapports des bûcherons et prostituées d’un campement forestier du Maine :
« À Saint Cloud’s, printemps voulait dire : problèmes. C’était la saison des suicides. C’était au printemps que l’on plantait – et en abondance – la graine d’orphelinat. »

« Quand la vallée entourant Saint Cloud’s fut dénudée et que la repousse (conifères arbustifs et bois blancs nés du hasard et laissés à l’abandon) se répandit partout comme l’herbe folle des marais, quand il n’y eut plus de grumes à envoyer de Three Mile Falls, en amont de Saint Cloud’s – parce qu’il n’y avait plus d’arbres –, la Ramses Paper Company fit entrer le Maine dans le vingtième siècle en fermant la scierie et l’entreprise de débardage des bords de la rivière pour les transférer plus loin, en aval. »
Le fondateur, directeur de la section Garçons (et historiographe) en est le docteur Wilbur Larch (accoucheur ou avorteur selon le cas – l’œuvre de Dieu, et celle du Diable) ; il aide ses patientes, quel que soit leur choix.
« Ici à Saint Cloud’s, a écrit le Dr Larch, on m’a donné le choix entre jouer au bon Dieu ou bien abandonner à peu près tout au hasard. J’ai constaté que, la plupart du temps, à peu près tout est abandonné au hasard ; les hommes qui croient au bien et au mal, et qui estiment que le bien devrait triompher, feraient bien d’épier les moments où l’on peut jouer au bon Dieu – il faut les saisir au vol. Ils ne seront pas nombreux. »
Du fait d’expériences d’adoption pour le moins rebutantes, Homer Wells ne veut plus quitter son orphelinat ; il y grandit donc, s’y sentant chez lui, et n’existant « qu’en se rendant utile » (aussi la seule profession de foi du Dr Larch). Comme les autres personnages principaux, celui-ci est fort attachant. La touchante situation d’orphelin est consciencieusement étudiée et exposée.
« Un orphelin est davantage enfant que les autres enfants par son goût des choses qui surviennent chaque jour à heure fixe. De tout ce qui promet de durer, de demeurer, l’orphelin se montre avide. »

« Les adultes ne cherchent pas des présages dans les événements ordinaires, remarqua le Dr Wilbur Larch dans sa Brève Histoire de Saint Cloud’s, mais les orphelins sont toujours à l’affût de signes. »

« D’autres cherchent parfois à rompre la routine, mais un orphelin n’aspire qu’au quotidien. »

« Un orphelin apprend à garder les choses secrètes ; un orphelin renferme ses pensées. Ce qui sort d’un orphelin en sort toujours lentement. »
Le thème de ce roman, outre les orphelins, est la question de l’avortement.
« Dans l’intérêt de qui certains esprits tenaient-ils absolument à ce que des enfants – y compris ceux qui n’étaient désirés par personne – fussent mis au monde dans les cris et les larmes ? »

« Et quand d’autres esprits croyaient désirer des enfants mais ne pouvaient pas (ou ne voulaient pas) prendre soin d’eux ensuite ?… À quoi donc songeaient ces esprits ! »
Après la découverte de (et surtout par) la littérature – Les Grandes Espérances et David Copperfield de Dickens, Jane Eyre de Charlotte Brontë −, Homer subit adolescent une initiation sexuelle bancale avec Mélony (que son sort révolte jusqu’à la délinquance), jusqu’à ce que Wilbur Larch décide de lui enseigner les « œuvres » (chirurgie, obstétrique, y compris avortement). Puis, suite à l’autopsie d’un bébé, il décide de ne jamais avorter :
« On peut l’appeler fœtus, embryon ou produits de la conception, pensait Homer Wells, mais quel que soit le nom attribué à ce qu’on lui fait – on le tue. »

« Je crois que c’est mal, mais je crois aussi que chacun devrait avoir le droit de choisir, personnellement. Qu’y a-t-il de plus personnel que décider si l’on veut un enfant ou non ? »
Homer a l’opportunité de séjourner dans un verger de pommiers au bord de l’océan, et c’est dans un milieu accueillant qu’il poursuit son initiation au monde.
« Ce fut en regardant les mouettes qu’Homer Wells perçut pour la première fois qu’il était libre. »
Il découvre l’amitié, l’amour, la paternité, mais son destin le liera toujours à l’orphelinat.

Homer a l’habitude de préciser « D’accord », et de « répéter les fins de phrase ou les mots clés » ; quant à lui, le docteur Larch commence toutes les notes de ses annales, « son journal fourre-tout, son rapport quotidien sur les affaires de l’orphelinat » par « Ici à Saint Cloud’s… », ou exceptionnellement par « Dans d’autres parties du monde… » Il a aussi coutume de saluer les orphelins, le soir, en les appelant « princes du Maine, rois de Nouvelle-Angleterre ! » Des tics routiniers de même nature campent les autres personnages de façon plaisante.
Récurrent aussi, le terrible défilé des femmes enceintes qui montent à Saint Cloud’s le matin, les avortées redescendant le soir-même…
Le ton de John Irving est subtilement humoristique, rendant la lecture fort agréable, ce qui explique peut-être l’impact des images de détresse qui ne sont que suggérées ; son inspiration autobiographique transparaît sans doute aussi. À aucun moment il ne verse dans la sensiblerie ou le pathos, mais son style reste conventionnel. Le déploiement de son argumentation est peut-être un peu trop construit : on perçoit le regroupement dialectique des vues (sordides) d’avortements clandestins, etc. À ce propos, dans cet ouvrage fort documenté, les descriptions médicales sont parfois pesantes.
Si l’avortement fait encore débat, il est plus rarement fait mention des orphelins (de père et mère, ils constitueraient entre 5 et 10% des enfants de la planète) ; ils ont pourtant subi un traumatisme majeur.
« Un orphelinat n’est-il pas un endroit fait pour être quitté ? »

\Mots-clés : #adoption #conditionfeminine #enfance #medecine

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Message par Bédoulène Dim 6 Juin - 8:13

merci Tristram ; ta dernière phrase suffit à noter le livre

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"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature Le journal de Jules Renard

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Message par simla Mer 13 Avr - 1:45

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Patrick Wallingford fait un rêve: il est couché sur le ponton d'un lac vert émeraude et une femme à la voix sensuelle, qu'il entend sans la voir, lui propose de retirer leurs maillots mouillés. C'est qu'il est sous le coup d'un puissant analgésique, administré après qu'un lion lui a avalé la main gauche lors d'un reportage sur un cirque, en Inde...

Avec sa verve drolatique, John Irving nous raconte la rencontre entre ce candidat à la greffe, un brillant chirurgien sauvé de l'anorexie par sa jeune bonne marathonienne,
une yupette aux dents longues, une maquilleuse mâcheuse de gomme, et enfin une sirène vêtue d'un sweat-shirt vert, dans un récit sur la perte et la récupération, qui mène un adolescent attardé à l'âge d'homme - de père - par l'attraction d'un être et d'un lieu magnétiques.

Pas mal ! J'ai bien ri à certains passages de cette comédie humaine très contemporaine ! Un genre tragi comique néanmoins..ou comment les médias s'emparent d'un fait malgré tout dramatique pour en tirer profit. Une fois de plus le milieu journalistique n'en sort pas grandi, mais personne ne sera surpris !  enfance - John Irving 1f609 .

Bref, tout une galerie de personnages déjantés, un chirurgien anorexique tout comme son fils, une baby sitter atypique, et le héros, Patrick Wellington, subitement star malgré lui après son épisode fâcheux avec le lion, qui se débat entre son ex femme vindicative, les ambitieuses journalistes, et la veuve du donneur de main dont il tombe fou amoureux qui exige un droit de visite à LA main.

C'est drôle, on passe un bon moment en lisant les aventures de ce malheureux Patrick au prises avec toutes ces femmes qui le veulent....



C'est pour quand ? s'enquit Patrick.
- Trouver une main parfaite, ça ne s'improvise pas, lui expliqua Zajac.
- J'ai l'impression qu'une main de femme ne ferait pas mon bonheur, songea Patrick à voix haute, ou une main tordue.
- C'est mon boulot, de vous trouver une main qui ne soit pas trop gauche, assura Zajac.
- Mais C'EST une main gauche, lui rappela Wallingford.
- Bien sûr, mais c'est le donneur qui devra être adroit !
- D'accord, mais pas de fil à la patte, hein ? dit Patrick Wallingford.




Par piété filiale, la fille alla rejoindre sa mère sur le canapé. Elles ne montèrent pas le son ; main dans la main, elles regardèrent de nouveau la scène épouvantable et pourtant excitante. Peu importaient les lions affamés, c’étaient les hommes qu’on mutilait.
- Pourquoi on peut pas se passer d’eux, si on les déteste ? demanda la fille avec lassitude.
- On les déteste parce qu’on peut pas se passer d’eux, justement, répondit la mère d’une voix pâteuse.
Wallingford apparut, défiguré par la souffrance. Il tomba à genoux, le sang giclant de son avant-bras. Sa beauté était écrasée par la douleur, mais il faisait encore un tel effet aux femmes qu’une mère avinée, en proie au décalage horaire, et sa fille à peine moins ravagée ressentirent un élancement dans le bras. Elles lui tendirent même la main au moment où il s’effondrait.


C'est léger, c'est sympa, amusant , j'ai bien aimé  enfance - John Irving 1f60a
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Message par Tristram Mer 13 Avr - 2:02

De celui-là, il ne me reste qu'une petite note :
« …] on aurait dit qu’elle savait que ce qui était fugace dans sa beauté en était aussi la seule composante permanente. »
John Irving, « La quatrième main »

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Message par simla Mer 13 Avr - 7:04

Toujours le sens de la formule John Irving. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable tel "L'oeuvre de Dieu, la part du diable" par exemple, mais c'est plaisant à lire et pas prise de tête du tout....mais ce n'est pas médiocre non plus Wink
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Message par Nadine Mer 13 Avr - 20:38

J'en ai eu un à Noel par mon frère. il l'a choisi au pif (il n'est pas lecteur) "c'est bien ça , non ? j'espere ne pas m'être planté".
Le dernier que j'ai lu remonte à 30 ans, ça fait bizarre de me le dire. Pour la défense de mon frère, le titre choisi est tres beau "A moi seul bien des personnages". Bien. Vous lire me donne un peu envie d'y aller un de ces jours, donc. Merci !
Vous connaissez ce titre là (plus haut cité ?)
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Message par simla Mer 13 Avr - 23:49

Je ne me souviens pas si je l'ai lu ou pas....quand je lis les critiques sans doute pas, il est question de bi sexualité, etc...et de ses tourments....pense pas l'avoir lu....il a plutôt des avis positifs...te reste plus qu'à t'y plonger et nous faire un compte-rendu Wink
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Message par Avadoro Sam 16 Avr - 23:59

A moi seul bien des personnages est un roman qui reprend de nombreux thèmes majeurs de l'oeuvre d'Irving, notamment sur l'expression de la sexualité et une vision de l'altérité. J'ai le souvenir d'une lecture émouvante, mais ce n'est peut-être pas le choix le plus adapté pour redécouvrir John Irving car la narration se construit en écho à ses oeuvres plus anciennes. Cela rend en tout cas le propos passionnant lorsqu'il interroge les évolutions de la société dans un rapport à la différence et à la marginalité.
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enfance - John Irving Empty Re: John Irving

Message par Tristram Dim 17 Avr - 0:25

Il me semble ne pas avoir lu À moi seul bien des personnages ; bonne idée que celle de retourner voir chez Irving ?

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Nadine Jeu 21 Avr - 20:03

Merci pour vos points de vue. Il attendra , ça se fera.
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Message par Tristram Dim 24 Avr - 13:16

Les rêves des autres

enfance - John Irving Les_rz10

Les rêves des autres
Fred vient d’être quitté par sa femme (et sa fille), et découvre qu’il a le don de partager les rêves des personnes qui ont dormi là où il dort.

Un énergumène passe à table
Ernst Brennbar passe par une période post-prandiale plutôt chargée, et réagit à une conversation sur les discriminations comparées en intervenant pour soutenir les boutonneux ; il s’insurge au premier degré, mais sa femme transforme adroitement sa diatribe à titre personnel en métaphore de l’intelligence…
« C’est du racisme anti-boutonneux, voilà ce que c’est ! De l’acnophobie. »

« − C’est vrai que les gens intelligents constituent la minorité la plus infime. Il leur faut donc supporter la médiocrité bêlante et l’idiotie flagrante de tout ce qui est populaire. La popularité est probablement la pire insulte pour une personne intelligente. C’est pour ça, poursuivis-je avec un geste en direction de Brennbar, qui ressemblait à une nature morte, c’est pour ça que l’acné est une métaphore adéquate pour dire le sentiment d’impopularité qu’éprouvent les gens intelligents. Car l’intelligence est impopulaire, évidemment. Personne ne les aime, les gens intelligents. On ne leur fait pas confiance : leur intelligence cache peut-être une forme de perversité. C’est un peu comme de penser que ceux qui ont des boutons ne sont pas propres. »
Une facétie étrangement actuelle…

L’espace intérieur
Un urologue et sa femme passionnée d’aménagement intérieur, notamment de leur nouvelle maison, dont un beau noyer surplombe la toiture, ainsi que celle du voisin… La saison des noix arrive, tandis que le médecin tente de convaincre ses patients étudiants d’informer leurs conquêtes de leurs maladies vénériennes…

Dans un état proche de l’Iowa, ou l’itinéraire qui mène à l’état de grâce
Road trip d’un États-Unien qui fait équipe avec son véhicule, apparemment plus qu’avec son épouse…

Un royaume de lassitude
Minna, proche de la retraite, travaille dans un foyer de jeunes étudiantes ; ses confortables positions dans l’existence seront un peu chamboulées.

Faut-il sauver Piggy Sneed ?
Ce texte est peut-être celui qui m’a le plus touché, déjà à ma première (et ancienne) lecture : d’abord, Irving confie sa façon de fabuler à partir d’une expérience personnelle. Voici l’incipit :
« Ce qui va suivre est autobiographique, mais, entendons-nous bien, pour l’écrivain non dépourvu d’imagination, toutes les autobiographies sont truquées. La mémoire d’un auteur de fiction ne saurait lui fournir que des détails peu satisfaisants ; il nous est toujours possible d’en imaginer de meilleurs, de plus adéquats. Le détail juste est rarement ce qui s’est produit sans retouches ; le détail vrai, c’est ce qui aurait pu, ou qui aurait dû, se produire. Je passe la moitié de ma vie à me relire et, sur cette moitié, la moitié du temps à introduire de menus changements. La condition de l’écrivain exige qu’il sache allier l’observation minutieuse à l’imagination non moins minutieuse de ce qui ne lui a pas été donné d’observer. Quant au reste, il consiste à se colleter proprement avec le langage ; pour moi, en l’occurrence, travailler et retravailler les phrases jusqu’à ce qu’elles sonnent avec la spontanéité d’une conversation de niveau agréable. »
Ensuite, l’histoire est celle d’un misérable demeuré en butte aux blagues et moqueries de jeunes enfants, dont le narrateur-auteur, qui interroge la question du harcèlement des plus faibles d'une manière intimement liée à la démarche littéraire.

Mon dîner à la Maison-Blanche
Un deuxième texte apparemment autobiographique, une tranche de vie d’Irving dans le Vermont, et l’affirmation de sa position démocrate.
« Et, comme une soirée de fin d’année, mon dîner à la Maison-Blanche est suivi d’un bal − après tout, Hollywood est au pouvoir. »
Il me semble avoir toujours plus ou moins considéré Irving comme un auteur « gentil » ; malgré la connotation péjorative du terme, ce n’est pas si négatif, et ils sont plutôt rares dans ce genre…

\Mots-clés : #humour #nouvelle

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