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Sylvain Tesson

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Message par topocl Mar 24 Oct - 20:29

L'axe du loup
De la Sibérie à l'Inde sur les pas des évadés du goulag


mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Images22

L'essentiel est de comprendre que l'évadé politique est nécessaire à l'histoire. Il prouve qu'aucun barbelé n'est infranchissable, qu'il y a toujours une faille dans le rempart, qu'aucun bourreau n'est sûr de retrouver son prisonnier à l'aube, qu le poteau d'exécution reste sur sa faim, qu'aucune idéologie ne réussira jamais à  cadenasser quiconque et qu'aucun dogue affidé à cette idéologie ne sera capable d'empêcher les hommes de partir regagner leur Liberté, ce pain de l'âme, aussi nécessaire à la vie que le pain du ventre.

Sylvain Tesson est  fasciné depuis l'adolescence par le livre A marche forcée de Slawomir Rawicz,  qui raconte l'évasion d'un zek du goulag sibérien et son itinéraire de plus 1000 km jusqu'en Inde.

A trente ans, il réalise   son rêve de partir sur ses traces. Peu importe si, comme on l'a dit, le livre est une fiction et non un récit autobiographique : il croit à cette histoire, Tesson, et c'est ce qui compte. Et d'ailleurs si Rawicz  n'a pas réalisé cet exploit, d'autres l'ont fait.

Marc Twain:
"Ils l'ont fait parce qu'ils ne savaient pas que c'était impossible."

Les goulags soviétiques ("17 à 20 millions de prisonniers au milieu du XXème siècle"), l'immensité sibérienne, le lac Baïkal, le  désert de Gobi, l'Himalaya, cela exerce une fascination bien compréhensible, et Tesson l'a alimentée au fil des années par de nombreuses lectures. Le voilà donc parti, à pied, à vélo, à cheval, pour une extraordinaire aventure en solitaire, un hommage à la liberté et à tous les évadés du monde, un de ces défis qu'il aime apparemment se lancer de trucs absolument uniques, monstrueux, où il sait qu'il va à la fois souffrir et prendre son pied : partir pour "rien", pour la beauté du geste, la folie de l'exploit, repousser ses limites et se mieux connaître. Pour communier avec un monde qu'il aime, pour tenir à distance un autre monde dont quelques éclats rageurs montrent qu'il ne l'aime pas, pour jouir, pour être homme et unique tout simplement.

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Itinei11

Et comme son métier c'est d'être écrivain, sans doute aussi qu'il aime bien parler de lui (partager et parader tout à la fois), comme probablement aussi il faut bien financer en partie cette aventure, il nous embarque dans son sac à dos : à nous, bien tranquille lecteur auprès du radiateur,  cette déambulation de l'extrême, ces efforts incommensurables, cette solitude absolue, ces heures de découragement et ces moments d'émerveillement, ces rencontres, ces cuites et ces réflexions.

C'est plutôt plaisant, écrit d'une plume alerte et inventive, on est scotché par l'exploit, admiratif de l'intention, à la fois totalement absurde et essentielle,  un peu frustré cependant de la rapidité de ce rapport qui effleure plus qu'il ne dissèque ce voyage époustouflant.

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Images23



Mots-clés : #aventure #devoirdememoire #voyage


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Message par églantine Mar 24 Oct - 20:38

Hi hi !!!!
Voilà pourquoi je l'aime bien .
Et pourquoi il m'agace .Aussi .
Et je pense qu'il aimerait bien ton commentaire . L'autodérision , il sait faire et ça j'adore .
Et moi aussi j'aime beaucoup comme tu en parles . mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 1252659054
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Message par topocl Ven 8 Déc - 15:02

Dans les forêts de Sibérie

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 419uqu10

Je me suis longtemps éloignée de ce livre pour les raisons qui sont exposées plus haut: ah ! Il joue l’ermite et il reçoit plein de visites de Russes de  passage, il arrose tout ça à grand coup de vodka, et en plus, il a des panneaux solaires pour se chauffer ! Trop facile! Mais finalement, j'ai écouté Tom léo et j'ai voulu aller y voir moi-même.

Trop facile? Et bien , non malgré tout ça , qui oserait dire que c'était facile?.

Finalement c'est lui qui a fixé les règles, ça le regarde. Et il n'empêche qu'il mène quand même une expérience  extraordinaire que bien peu (ou aucun ?) de nous serait à même d'affronter. Un de ces trucs qui font mon admiration, beaucoup plus que les treks improbables et les expéditions de haute volée : six mois en confrontation immobile avec lui-même, nourri de livres, d'écrits et de pensées, rempli de sensations, comme à l'arrêt et pourtant en découverte perpétuelle de lui-même et du monde. Un truc impossible et qu'il a réussi.

Et je me dis que malgré les visites, il a eu son lot de solitudes, que la vodka (enlevons nos œillères bien-pensantes) s'explique d'une part parce que c'est un enjeu vital dans la relation au bord du lac Baïkal, et d'autre part, apparemment, c'est quelque chose, en tout cas à ce moment de sa vie, comme un carburant dont il pouvait difficilement se passer et va-t'on le juger pour cela?

Sylvain Tesson tente une expérience singulière, forte, en  confrontation à la nature, au  silence, à la  solitude, en renonciation au désir et à la consommation. C'est un petit frère de Rick Bass et autres Pete Fromm, qui savent, tout comme lui, être agaçants à leurs heures. Il s'autorise quelques entorses? Il adoucit son épreuve de quelques facilités? Et alors??? qu'est ce que cela change? De quel droit on lui refuse d'être un homme imparfait?

Je n'ai pas trouvé  dans ces pages de "mépris" ou de "supériorité" (j'en avais trouvé dans son autre livre ou en l'écoutant, mais pas là). Je n'ai pas trouvé qu'il s'assimilait aux pères du désert mais  qu'il les prenait pour guides.

J'ai souvent pensé à églantine, reclue dans sa cabane, là-haut, sauvée par ses bouquins, chaussant ses raquettes, contemplant et jouissant dans un océan de solitude.  (et aussi à kashmir, timidement car je la connais moins). Je me fiche du nombre de bouteilles de vodka qu'il a séchées (et je crois bien qu'au printemps il en a ramassé les cadavres, tom léo) et du nombre de visites qu'il a eues.

Serais-je, pour une fois,  plus indulgente que vous tous  mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 1405744041 ? On va arroser ça avec quelques verres de vodka  mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 3761541388 !

J'ajoute qu'en outre, s'il adopte la formule journal de voyage, c'est très bien écrit, les descriptions sont superbes, il y a un bel humour  et une certaine autodérision (oui, oui), j'ai  frissonné avec lui et  cueilli la douce chaleur d'un rayon de soleil, j'ai aimé ses chiens et été fascinée par les ours. Il a un petit goût pour les aphorismes dont il ne se cache pas, et qu'il maitrise drôlement bien.

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Message par églantine Ven 8 Déc - 15:19

Bon je vais le sortir de sa pénitence un de ces jours .
Du reste si" je le causais plus "pendant quelques années , il m'a fait craquer dans Les grandes traversées de France-culture cet été ! J'ai même pris un énorme fou rire en pleine ascension et il m'a rendu heureuse et je l'ai aimé fort comme un frère en l'instant .
Et puis j'ai plus envie d'être hargneuse , ça fatigue trop . Il a droit à être ce qu'il est et si en plus il nous enchante avec ses histoires , ça serait bête de continuer à le bouder .
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Message par Tristram Ven 8 Déc - 15:29

Content que cela t'ait plu, Topocl (et pas surpris) ! Nos ressentis sont globalement en phase, et je suis certain, Églantine, que tu y trouveras du bonheur (et pas nécessaire de l'avouer !)

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Message par Nadine Ven 8 Déc - 17:41

Super, j avais testé sans pugnacité cet été, un autre, je vais essayer celui-là, car bon souvenir radiophonique de ce jeune homme mûr.
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Message par ArenSor Mar 12 Déc - 20:07

Je viens de finir "Sur les chemins noirs" et je vais probablement en dire quelques mots ces jours prochains. Toutefois, actualité oblige, S. Tesson était un stégophile (activité qui consiste à escalader des immeubles). Cela lui a valu un chute magistrale entraînant de nombreuses séquelles physiologiques. J'ai pratiqué très jeune, et en toute modestie, ce "sport" dangereux, suffisamment pour connaître l'ivresse que l'on peut ressentir lorsqu'on se trouve sur "le fil du rasoir".
Or, nous avons appris que le célèbre "rooftopping" (on dit comme ça maintenant) chinois Wu Yongning s'était tué en faisant des acrobaties au 62e étage d'un immeuble. L'intérêt de ces acrobates étant de filmer leurs exploits, Wu Yongning a donc filmé sa propre mort. La vidéo est disponible sur you tube. Et forcément, par un voyeurisme malsain, je l'ai regardée.
Il y a beaucoup à réfléchir dans tout cela scratch
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Message par animal Mar 12 Déc - 21:00

(Il était à la radio aujourd'hui sur F. Cul ou Inter ?)

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Message par Armor Mar 12 Déc - 23:41

@ArenSor a écrit:
Il y a beaucoup à réfléchir dans tout cela scratch

Mais quelle horreur ! 62 étages, il a dû avoir le temps de sacrément gamberger... d'autant que d'après ce que j'ai lu, il a vainement essayé de se redresser...
Apparemment il allait toujours plus loin car on lui proposait de l'argent, et il en avait besoin pour soigner sa mère malade et épouser sa fiancée... Ca aussi, ça fait réfléchir sur notre société...
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Message par Bédoulène Mer 13 Déc - 7:39

c'est triste !

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Message par ArenSor Mer 13 Déc - 19:07

@Armor a écrit:
@ArenSor a écrit:
Il y a beaucoup à réfléchir dans tout cela scratch

Mais quelle horreur ! 62 étages, il a dû avoir le temps de sacrément gamberger... d'autant que d'après ce que j'ai lu, il a vainement essayé de se redresser...
Apparemment il allait toujours plus loin car on lui proposait de l'argent, et il en avait besoin pour soigner sa mère malade et épouser sa fiancée... Ca aussi, ça fait réfléchir sur notre société...

Je crois qu'il s'est écrasé quelques mètres plus bas sur un balcon, mais le résultat est le même. Oui, Armor tout cela fait réfléchir :
- Le fait de risquer sa vie pour de l'argent
- Le fait de risquer sa vie par simple défi, en particulier à l'adolescence
- Le fait de filmer sa propre mort
- Le fait de mettre la vidéo sur le net pour qu'elle fasse le tour du monde
- Le fait pour moi de regarder cette vidéo, exactement comme l'automobiliste ralentit et écarquille les yeux en voyant un accident. mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 2441072346
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Message par ArenSor Mer 13 Déc - 19:20

Sur les chemins noirs

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Tesson10

J’ignorais jusqu’à peu que Sylvain Tesson était un personnage très médiatisé. J’avais probablement entendu à la radio des reportages sur sa vie dans une cabane de Sibérie, mais comme je trouvais le sujet trop dans l’air du temps, je n’y avais pas prêté plus d’attention. Coïncidence, ayant parcouru vos derniers échanges, j’ai trouvé à la recyclerie « Sur les chemins noirs ». Donc, pourquoi pas ?
Je dois dire avant tout que certains aspects de la personnalité de Sylvain Tesson me sont fort sympathiques parce que je m’y retrouve : la stéophilie, la lecture des cartes d’état-major pour découvrir des sentiers peu fréquentés, en dehors des chemins de grande randonnée

« Mais les feuilles au 25 000e étaient d’un secours précieux. Elles offraient leurs chemins noirs pour sinuer entre les récifs de coraux morts. L’essentiel dans la vie est de s’équiper des bonnes œillères. »

Tout ceci fausse quelque peu l’appréciation que je peux avoir sur son récit.
Shanidar  Crying or Very sad , Topocl, vous avez bien résumé les circonstances de ce voyage, qui est une vraie thérapie physique et mentale. A la suite d’une grave chute qui a failli le laisser infirme, Sylvain Tesson va suivre les chemins de « l’ultra-ruralité » de la méditerranée à la Manche, en évitant soigneusement les villes les banlieues, les zones d’activités commerciales. C’est exactement l’inverse de la démarche entreprise par un autre explorateur, marcheur, mobylettocycliste, peu médiatique, faisant dans le sobre et le poétique, donc injustement méconnu. Il s’agit bien sûr de Jacques Réda. cheers

Je pense que c’est aussi le caractère cathartique, expérimental, de la démarche qui a fait le succès du livre. Pourtant, l’idée n’est pas neuve. Me vient à l’esprit le voyage qu’avait effectué Werner Herzog dans les années 70 de Munich à Paris pour conjurer la maladie qui avait frappé une amie.

Sylvain Tesson touche souvent juste lorsqu’il parle de la dégradation des paysages par l’agriculture, comme ce beau tableau en hommage négatif à Giono :
« Le monde devient mauve. Un plateau de lavande, Valensole ? Non, une place d’armes ! Les rangs étaient alignés, militaires. Les plantations intensives d’hévéas en pleine Malaisie procuraient le même sentiment de mise en ordre. Ici, le pinceau paysan avait produit une toile parfaitement lissée, brossée de longs à-plats acryliques où naissait la perspective de la rentabilité. La terre était cimentée, lavée de produits chimiques, domestiquée par les besoins de la parfumerie et de la production de miel. La lutte contre les insectes avait été remportée. On y avait gagné un silence de parking. Il n’y avait pas de vrombissement dans l’air ».

Ou le tourisme :
« J’avais traversé quelques villages destinés à perpétuer le souvenir muséal de la campagne. Moustiers, Castellane, villages de brochure, semblaient dirigés par des offices du tourisme. Le marchand d’huile d’olive y jouxtait le restaurant « Chez Marius » et des cohortes de motards garaient leurs Harley sous les platanes pour siroter une fausse absinthe devant l’église restaurée mais vide. C’était la ruralité « lavande et cigale ». En Bretagne elle se serait appelée : « Galettes et biniou ».

Il se moque de la folie des ronds-points et de l’arrivée du Haut débit dans les communes reculées
« Et se dire que le haut débit était une solution fort acceptable à condition qu’il se résumât à celui des tonneaux percés d’un coup de hache dans les caves de Bourgogne »

Ses réflexions socio-philosophiques font parfois faites à l’emporte-pièce et manquent de nuances. Il est très bon lorsqu’il parle de géographie, de la nature géologique des sols, du relief, des cultures. Rien d’étonnant  il a une formation de géographe. En revanche il a dû roupiller pendant les cours d’Histoire ….

Il s’interroge sur la notion de progrès :
« Chaque innovation se devait d’être heureuse. J’avais d’ailleurs un argument imparable : on trouvait dans Horace, Rousseau, Nerval, et Levi-Strauss la même déploration de la course du temps, preuve que la nostalgie n’était qu’un bégaiement sénile, le regret d’avoir perdu ses vingt ans. »

Mais c’est pour assumer sa nostalgie du passé :
« Je n’aurais plus honte désormais de m’avouer nostalgique de ce que je n’avais pas connu. Je me savais un goût pour l’odeur du tanin, les faces rouges et les longues tables de bois sous les charpentes des granges. »

Un débat Tesson – Finkelkraut serait intéressant, mais probablement a-t-il eu lieu ?

Il a parfois de belles images poétiques :
« Le moment était romanesque : un chemin se perdait et nous nous y sentions bien car il n’offrait aucun espoir. Seulement le jaillissement des songes. »

Mais parfois elles tombent à l’eau (sans jeu de mot)
« Le Cotentin était le bras que tendait la France sous le ciel pour s’apercevoir qu’il pleuvait. »

Tu m'as bien fait rire Eglantine lorsque tu traites Sylvain Tesson de sale gosse !  Very Happy  Il a effectivement cette personnalité Sylvain Tesson : très doué, bobo parisien en diable, un ego surdimensionné… Il est attachant, même si parfois on aimerait lui mettre une paire de baffes (métaphore ! merci de ne pas me dénoncer pour maltraitance  Very Happy  ). Surtout, ce qui sauve le personnage est sa capacité d’autodérision. Il se la joue mais il n’est pas dupe et tient à le montrer !

J’ai donc pris un grand plaisir à lire ce livre. A vrai dire, je l’ai même dévoré ! Enfin, je trouve comme Tristram que l’écriture de Tesson n’est pas dénuée de qualités littéraires. Un bon moment qui fait du bien que cette recherche des chemins noirs Very Happy
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Message par topocl Mer 13 Déc - 19:27

@ArenSor a écrit: Enfin, je trouve comme Tristram que l’écriture de Tesson n’est pas dénuée de qualités littéraires.

Je trouve aussi, et je lirai ces chemins noirs un de ces quatres.

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Message par ArenSor Mer 13 Déc - 21:11

@topocl a écrit:
@ArenSor a écrit: Enfin, je trouve comme Tristram que l’écriture de Tesson n’est pas dénuée de qualités littéraires.  

Je trouve aussi, et je lirai  ces chemins noirs un de ces quatres.

Oups ! excuse-moi, je pensais que tu l'avais lu, mais c'était d'autres livres de Tesson. cf. cerclage
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Message par topocl Lun 16 Avr - 20:27

Sur les chemins noirs

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Chemin10

Par une soiré de stégophilie (comme nous l'apprend Arensor) bien arrosée, Sylvain Tesson a dégringolé sans contrôle, s'est retrouvé cassé en mille morceaux, et après quelques mois d’hôpital, tout surpris qu'on s'occupe si bien de lui, grand gosse maladroit "soûlographe", a compris que la Sibérie, la vodka et la taïga c'était fini.
Alors, dans un désir de  "régler ses comptes avec la chance", c'est parti pour la France, le viandox et le bocage, et l'heureuse surpaie d'y trouver autant ses aises, cartes IGN au 25 000ème en main. Ma foi cela n'est guère surprenant puisqu'il s'agit bien de grands espaces solitaires, et de temps non compté.

C'étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l'échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n'y croisait personne et  parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l'Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.


Et il nous invite pour  2 mois et demi de marche, du Mercantour au Cotentin, tout au long des chemins noirs, dan une France rurale que la folie du monde n'a encore qu'effleurée, bien  qu’elle ne renonce pas à l’arracher à elle-même.

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Carte_10

C'est beaucoup mieux qu'une soirée diapos-retour-de voyage car d'observations en rencontres pacifiques (des gens « pour qui la santé des prunes est un enjeu plus important que le haut débit »), de citations littéraires (Tristram!) en élucubrations sociologiques, de réflexions nostalgiques en dérives imaginaires, il nous abreuve, nous nourrit, nous  transbahute. Il disserte sur l’évolution du monde, débusque une musaraigne, s'installe un bivouac récupérateur.

Au fil des paysages éphémères et changeants, la vie de vagabond est une bonne façon, de se rééduquer, et de se retrouve soi-même quand on est passé à quelques millimètres du fauteuil roulant. Chaque instant de cette déambulation bucolique est une jouissance, dans  un retrait du monde salvateur, "antidote de la servitude volontaire".

Voila. C'est toujours cette même impression, pleine de contradictions : il est toujours aussi agaçant, mais attachant encore plus, comme beaucoup de nos amis, qu'on prend plaisir à retrouver, égaux à eux-mêmes. Malgré (ou à cause de, qui sait?) . Il a toujours son humour, son panache, son autodérision. Il livre avec une  lucidité vaillante sa vision éplorée d'un monde d'écrans, de vitesse, de consommation, qui dévaste tout sur son passage, et qui achèvera sans doute ces zones résistantes, une vision nostalgique d'un temps qui n'est plus, auquel il savoure de voler des éclats encore flamboyants, dans une consolante jouissance de l'instant. Et puis, c’est quand même ahurissant, une fois de plus, ce défi qu'il se donne. C'est d'un homme extraordinairement vivant.

Et que ne pourrai-je pardonner à quelqu'un qui écrit :

Pendant que la vitesse chassait le paysage, je pensais aux gens que j'aimais, et j'y pensais bien mieux que je ne savais leur exprimer mon affection. En réalité je préférais penser à eux que les côtoyer. Ces proches voulaient toujours que «l'on se voie », comme s'il s'agissait d'un impératif, alors que la pensée offrait une si belle proximité.


mots-clés : #lieu #voyage

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Message par Bédoulène Lun 16 Avr - 23:09

je crois que je vais me laisser tenter par ces chemins noirs et ce type agaçant que je ne connais pas !

merci topocl


Dernière édition par Bédoulène le Mar 17 Avr - 20:46, édité 1 fois

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Message par Tristram Lun 16 Avr - 23:42

Puisqu'ici on cite, il rejoint le sommet de ma PAL.

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Message par colimasson Mar 17 Avr - 10:27

La citation que tu nous livres est très belle.

Et j'aimerais bien parcourir ces chemins noirs moi aussi ! j'en avais déjà vaguement entendu parler... ça donne envie de découvrir Tesson malgré les défauts que vous avez pu évoquer.
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Message par Tristram Jeu 19 Avr - 0:22

Sur les chemins noirs

mondialisation - Sylvain Tesson - Page 3 Tesson10

Rescapé d’une chute peu glorieuse pour un tel stégophile, Tesson décide de traverser la France profonde à pied en guise de rééducation et d’échappée belle.
Livre dense, condensé de ses méditations (assez noires) en cheminant. On y trouve une troisième option de la bipolarité manichéenne de notre condition : l’auteur attribue à Napoléon, lors du passage de la Bérézina : « "Il y a deux sortes d’hommes, ceux qui commandent et ceux qui obéissent. », et propose « …] l’Empereur avait oublié une troisième colonne : les hommes qui fuient. "Sire !" lui aurais-je dit si je l’avais connu, "Fuir, c’est commander ! C’est au moins commander au destin de n’avoir aucune prise sur vous." »
« Un rêve m’obsédait. J’imaginais la naissance d’un mouvement baptisé confrérie des chemins noirs. Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l’époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l’esquive. Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l’actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d’armes, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d’amis, se souvenir des morts chéris, s’entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l’existence statistique. En somme, se détourner. Mieux encore ! disparaître. « Dissimule ta vie », disait Épicure dans l’une de ses maximes (en l’occurrence c’était peu réussi car on se souvenait de lui deux millénaires après sa mort). Il avait donné là une devise pour les chemins noirs. »
Il relaie notamment les travaux du philosophe Giorgio Agamben sur le "dispositif anthropogénique" (généré par l'être humain) dans la sphère biopolitique (concept foucaldien du pouvoir exercé sur la vie des gens) :
« Les nouvelles technologies envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut. Elles n’offraient pas un aimable éventail d’innovations, elles modifiaient notre présence sur cette Terre. Il était "ingénu de penser qu’on pouvait les utiliser avec justesse", écrivait le philosophe italien Giorgio Agamben dans un petit manifeste de dégoût [Qu’est-ce qu’un dispositif ?]. Elles remodelaient la psyché humaine. Elles s’en prenaient aux comportements. Déjà, elles régentaient la langue, injectaient leurs bêtabloquants dans la pensée. Ces machines avaient leur vie propre. Elles représentaient pour l’humanité une révolution aussi importante que la naissance de notre néocortex il y a quatre millions d’années. Amélioraient-elles l’espèce ? Nous rendaient-elles plus libres et plus aimables ? La vie avait-elle plus de grâce depuis qu’elle transitait par les écrans ? Cela n’était pas sûr. Il était même possible que nous soyons en train de perdre notre pouvoir sur nos existences. »

« Le dispositif était la somme des héritages comportementaux, des sollicitations sociales, des influences politiques, des contraintes économiques qui déterminaient nos destins, sans se faire remarquer. Le dispositif disposait de nous. Il nous imposait une conduite à tenir insidieusement, sournoisement, sans même que l’on s’aperçût de l’augmentation de son pouvoir. Il existait un petit ver, la douve, qui infectait les fourmis et contrôlait leurs mouvements, pour les contraindre à l’immobilité sur un brin d’herbe afin qu’elles s’offrent en pâture aux herbivores, qui devenaient alors les nouveaux hôtes du parasite. La douve était le dispositif de la fourmi. Les puces au silicium étaient nos propres douves. Chacun de nous portait son parasite, de son plein gré, sous la forme d’un de ces processeurs technologiques qui régulaient nos vies. Les Papous se transmettaient une vision du monde où le domaine des esprits se mêlait à la réalité. C’était leur dispositif. Le nôtre pourvoyait à notre confort, notre santé et notre opulence alimentaire, mais nous inoculait son discours et nous tenait à l’œil. Nous recevions ses informations, sa publicité, nous répondions à ses injonctions, il nous accablait de ses sommations, diluées dans le brouhaha. Le discours du dispositif était un dispositif. Sur les chemins noirs, nous nous enfoncions dans le silence, nous quittions le dispositif. La première forêt venue proposait une cache. Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d’un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d’un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif. »
Mais c’est aussi, outre les échos de ses lectures, le journal d’un trimard dans la ruralité, la campagne encore préservée dans les interstices du territoire, avec de belles images polies au fil de sa déambulation et des bivouacs, des notations de bocages et terroirs dans un vocabulaire géographique précis et, entre dépit du passé et souci de l’avenir, le mouvement humain, libre de la marche au présent.
Belle page d’autobiographie, ce nouveau voyage renvoie beaucoup d’images et de réflexions...

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Message par Bédoulène Jeu 19 Avr - 8:00

merci Tristram ton commentaire habile fait avancer ce livre sur la pal !

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