Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 18 Juin - 7:41

3 résultats trouvés pour Adoption

John Irving

L'œuvre de Dieu, la Part du Diable

Tag adoption sur Des Choses à lire L_nuvr10


Dans un orphelinat reculé, fruit (ou reliquat) des rapports des bûcherons et prostituées d’un campement forestier du Maine :
« À Saint Cloud’s, printemps voulait dire : problèmes. C’était la saison des suicides. C’était au printemps que l’on plantait – et en abondance – la graine d’orphelinat. »

« Quand la vallée entourant Saint Cloud’s fut dénudée et que la repousse (conifères arbustifs et bois blancs nés du hasard et laissés à l’abandon) se répandit partout comme l’herbe folle des marais, quand il n’y eut plus de grumes à envoyer de Three Mile Falls, en amont de Saint Cloud’s – parce qu’il n’y avait plus d’arbres –, la Ramses Paper Company fit entrer le Maine dans le vingtième siècle en fermant la scierie et l’entreprise de débardage des bords de la rivière pour les transférer plus loin, en aval. »

Le fondateur, directeur de la section Garçons (et historiographe) en est le docteur Wilbur Larch (accoucheur ou avorteur selon le cas – l’œuvre de Dieu, et celle du Diable) ; il aide ses patientes, quel que soit leur choix.
« Ici à Saint Cloud’s, a écrit le Dr Larch, on m’a donné le choix entre jouer au bon Dieu ou bien abandonner à peu près tout au hasard. J’ai constaté que, la plupart du temps, à peu près tout est abandonné au hasard ; les hommes qui croient au bien et au mal, et qui estiment que le bien devrait triompher, feraient bien d’épier les moments où l’on peut jouer au bon Dieu – il faut les saisir au vol. Ils ne seront pas nombreux. »

Du fait d’expériences d’adoption pour le moins rebutantes, Homer Wells ne veut plus quitter son orphelinat ; il y grandit donc, s’y sentant chez lui, et n’existant « qu’en se rendant utile » (aussi la seule profession de foi du Dr Larch). Comme les autres personnages principaux, celui-ci est fort attachant. La touchante situation d’orphelin est consciencieusement étudiée et exposée.
« Un orphelin est davantage enfant que les autres enfants par son goût des choses qui surviennent chaque jour à heure fixe. De tout ce qui promet de durer, de demeurer, l’orphelin se montre avide. »

« Les adultes ne cherchent pas des présages dans les événements ordinaires, remarqua le Dr Wilbur Larch dans sa Brève Histoire de Saint Cloud’s, mais les orphelins sont toujours à l’affût de signes. »

« D’autres cherchent parfois à rompre la routine, mais un orphelin n’aspire qu’au quotidien. »

« Un orphelin apprend à garder les choses secrètes ; un orphelin renferme ses pensées. Ce qui sort d’un orphelin en sort toujours lentement. »

Le thème de ce roman, outre les orphelins, est la question de l’avortement.
« Dans l’intérêt de qui certains esprits tenaient-ils absolument à ce que des enfants – y compris ceux qui n’étaient désirés par personne – fussent mis au monde dans les cris et les larmes ? »

« Et quand d’autres esprits croyaient désirer des enfants mais ne pouvaient pas (ou ne voulaient pas) prendre soin d’eux ensuite ?… À quoi donc songeaient ces esprits ! »

Après la découverte de (et surtout par) la littérature – Les Grandes Espérances et David Copperfield de Dickens, Jane Eyre de Charlotte Brontë −, Homer subit adolescent une initiation sexuelle bancale avec Mélony (que son sort révolte jusqu’à la délinquance), jusqu’à ce que Wilbur Larch décide de lui enseigner les « œuvres » (chirurgie, obstétrique, y compris avortement). Puis, suite à l’autopsie d’un bébé, il décide de ne jamais avorter :
« On peut l’appeler fœtus, embryon ou produits de la conception, pensait Homer Wells, mais quel que soit le nom attribué à ce qu’on lui fait – on le tue. »

« Je crois que c’est mal, mais je crois aussi que chacun devrait avoir le droit de choisir, personnellement. Qu’y a-t-il de plus personnel que décider si l’on veut un enfant ou non ? »

Homer a l’opportunité de séjourner dans un verger de pommiers au bord de l’océan, et c’est dans un milieu accueillant qu’il poursuit son initiation au monde.
« Ce fut en regardant les mouettes qu’Homer Wells perçut pour la première fois qu’il était libre. »

Il découvre l’amitié, l’amour, la paternité, mais son destin le liera toujours à l’orphelinat.

Homer a l’habitude de préciser « D’accord », et de « répéter les fins de phrase ou les mots clés » ; quant à lui, le docteur Larch commence toutes les notes de ses annales, « son journal fourre-tout, son rapport quotidien sur les affaires de l’orphelinat » par « Ici à Saint Cloud’s… », ou exceptionnellement par « Dans d’autres parties du monde… » Il a aussi coutume de saluer les orphelins, le soir, en les appelant « princes du Maine, rois de Nouvelle-Angleterre ! » Des tics routiniers de même nature campent les autres personnages de façon plaisante.
Récurrent aussi, le terrible défilé des femmes enceintes qui montent à Saint Cloud’s le matin, les avortées redescendant le soir-même…
Le ton de John Irving est subtilement humoristique, rendant la lecture fort agréable, ce qui explique peut-être l’impact des images de détresse qui ne sont que suggérées ; son inspiration autobiographique transparaît sans doute aussi. À aucun moment il ne verse dans la sensiblerie ou le pathos, mais son style reste conventionnel. Le déploiement de son argumentation est peut-être un peu trop construit : on perçoit le regroupement dialectique des vues (sordides) d’avortements clandestins, etc. À ce propos, dans cet ouvrage fort documenté, les descriptions médicales sont parfois pesantes.
Si l’avortement fait encore débat, il est plus rarement fait mention des orphelins (de père et mère, ils constitueraient entre 5 et 10% des enfants de la planète) ; ils ont pourtant subi un traumatisme majeur.
« Un orphelinat n’est-il pas un endroit fait pour être quitté ? »


\Mots-clés : #adoption #conditionfeminine #enfance #medecine
par Tristram
le Sam 5 Juin - 21:43
 
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Sujet: John Irving
Réponses: 10
Vues: 793

Toni Morrison

Tag adoption sur Des Choses à lire 41eo-510

Beloved

Je continue ma découverte de l'auteure avec ce livre que j'ai eue le plaisir de trouver dans une boîte à livres.
Je me rends compte au passage que je ne me souvenais pas avoir lu le roman Délivrances sus commenté, ce qui est préoccupant tout de même. De ce dernier , finalement, me revient la fin, très colorée et sensuelle. Bon .
Passons à celui-ci que je croyais être la première fiction lue de Morrison. Il m'a beaucoup plu.
C'est pourtant une lecture exigeante  dans le sens où la construction narrative impose une grande patience. Par strates on dénoue le passé, des strates s'ajoutent aux strates et peu à peu les refoulés s'exposent au lecteur dans leur terreur nue.
Je lis sur Wikipedia qu'un film a été tiré de ce livre, (par J. Demme) mais surtout qu'il est un hommage, je l'entends en tous cas ainsi, à la tragique histoire de Margaret Garner. Alors ne divulgâchons pas à tous crins , me suivent ceux qui veulent :

Spoiler:
Cette femme "une esclave afro-américaine dans les États-Unis d'avant la guerre de Sécession qui est notoire pour avoir tué sa propre fille plutôt que de la laisser redevenir esclave.

Garner et sa famille s'étaient échappées en janvier 1856 à Cincinnati, en profitant de l'Ohio gelé, mais furent appréhendées par des Marshals américains agissant en vertu du Fugitive Slave Act de 1850. L'avocat de Margaret Garner demanda à ce qu'elle soit jugée pour meurtre en Ohio, afin de pouvoir avoir un procès dans un état libre et pour contester la loi sur les esclaves fugitifs. (Wikipedia)


De tragique, le roman en est en effet tissé, mais avec une pudeur que l'engagement théorique de Morrison sert très bien : elle nous emmène au coeur d'un pays de ségrégation, où chaque liberté a été payée au prix fort.
Je ne veux pas déflorer les sens que le récit distille, aussi je ne citerai que les prémices de l'histoire, pour donner une idée des enjeux : 1855 : Sethe, esclave dans la plantation du Bon-Abri, s'est enfuie pour rejoindre la mère de son mari, Baby Suggs, la seule dont la liberté a pu être rachetée par son fils. Avant sa propre fuite, Sethe a envoyé chez sa belle-mère ses trois enfants : deux garçons et une petite fille . Au cours de sa fuite, Sethe est enceinte. Le récit commence quelques années après la fuite, croise la parole de nombreux personnages, en une prosodie chaque fois spécifique.
L'évocation historique et sociologique sont aigues, poétiques et respectent je crois avec une grande puissance la véracité universelle.
C'est un roman dur, qui a une part de fantastique, pour moitié due à l'univers animiste des protagonistes, et pour une autre moitié due à la folie,folie qui est exposée dans toute sa force.
La poesie qui traduit la folie m'a moins touchée, m'a barbée, même, je pense que je n'aime pas le trip "je me mets dans la peau d'un cerveau qui vrille" puisque Kaschiche m'a déjà bien saoulée avec ce type de procédés, mais ici force est de constater que c'est un ressort pourtant essentiel pour le choral, et le sens même de l'histoire.
Qui a je crois pour ambition de déployer en toute sa complexité et la force et la douleur de toute résilience.
Je vous le conseille vivement. C'est aussi un roman d'Amour.

Depuis ma lecture, adolescente, des Passagers du vent de Bourgeon, une BD très documentée sur le commerce triangulaire et son époque funeste, je n'avais pas été immergée dans ce savoir sombre, je l'ai retrouvé intact et toujours aussi révoltant.

#Adoption; #Amour; #Conditionfeminine; #Culpabilité; #Devoirdemémoire; #Esclavage; #Justice
par Nadine
le Jeu 16 Mai - 18:17
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Toni Morrison
Réponses: 20
Vues: 1637

Nina Gorlanova

Le Roman d'une éducation

Tag adoption sur Des Choses à lire Cvt_le10

Un roman qui me fait énormément penser à la Cité Dolente de Daniela Hodrovà en termes d'atmosphère et de mélange entre l'onirique et le réalisme.
Une oeuvre étrangement moderne alors qu'elle a désormais plus de 20 ans et qu'elle situe son récit dans les années 70. On assiste d'une certaine manière à toutes les strates nous permettant de comprendre l'URSS de l'époque, que ce soit selon un prisme de classes sociales ou selon un prisme culturel.
Un bémol cependant, j'ai eu de la chance de m'y connaître sur l'histoire et la culture de ce pays car sans cela il est des références ou des moments qu'on ne comprend pas facilement.
Il n'empêche que l'histoire est intéressante, cette petite fille revêche, d'un autre monde que la famille qui l'entoure avec un don qui n'a rien d'utilitariste dans un pays pourtant fort pragmatique, avec une personnalité qui n'a aucune envie d'être douée et qui n'a qu'une envie, être et être par soi-même.
La famille se révèle attachante malgré un côtoyé qu'on pourrait qualifier de "bobo sans le sou" .
L'écriture est structurée, assez poétique par moments, elle est à l'image du récit, oscillant entre ce souhait d'onirisme et cette envie descriptive et réaliste.

Une Belle histoire pour un très bon moment.


mots-clés : #adoption #famille #relationenfantparent #romanchoral
par Hanta
le Sam 17 Nov - 9:23
 
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Sujet: Nina Gorlanova
Réponses: 2
Vues: 669

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