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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 18 Juin - 8:34

100 résultats trouvés pour Conditionfeminine

John Irving

L'œuvre de Dieu, la Part du Diable

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire L_nuvr10


Dans un orphelinat reculé, fruit (ou reliquat) des rapports des bûcherons et prostituées d’un campement forestier du Maine :
« À Saint Cloud’s, printemps voulait dire : problèmes. C’était la saison des suicides. C’était au printemps que l’on plantait – et en abondance – la graine d’orphelinat. »

« Quand la vallée entourant Saint Cloud’s fut dénudée et que la repousse (conifères arbustifs et bois blancs nés du hasard et laissés à l’abandon) se répandit partout comme l’herbe folle des marais, quand il n’y eut plus de grumes à envoyer de Three Mile Falls, en amont de Saint Cloud’s – parce qu’il n’y avait plus d’arbres –, la Ramses Paper Company fit entrer le Maine dans le vingtième siècle en fermant la scierie et l’entreprise de débardage des bords de la rivière pour les transférer plus loin, en aval. »

Le fondateur, directeur de la section Garçons (et historiographe) en est le docteur Wilbur Larch (accoucheur ou avorteur selon le cas – l’œuvre de Dieu, et celle du Diable) ; il aide ses patientes, quel que soit leur choix.
« Ici à Saint Cloud’s, a écrit le Dr Larch, on m’a donné le choix entre jouer au bon Dieu ou bien abandonner à peu près tout au hasard. J’ai constaté que, la plupart du temps, à peu près tout est abandonné au hasard ; les hommes qui croient au bien et au mal, et qui estiment que le bien devrait triompher, feraient bien d’épier les moments où l’on peut jouer au bon Dieu – il faut les saisir au vol. Ils ne seront pas nombreux. »

Du fait d’expériences d’adoption pour le moins rebutantes, Homer Wells ne veut plus quitter son orphelinat ; il y grandit donc, s’y sentant chez lui, et n’existant « qu’en se rendant utile » (aussi la seule profession de foi du Dr Larch). Comme les autres personnages principaux, celui-ci est fort attachant. La touchante situation d’orphelin est consciencieusement étudiée et exposée.
« Un orphelin est davantage enfant que les autres enfants par son goût des choses qui surviennent chaque jour à heure fixe. De tout ce qui promet de durer, de demeurer, l’orphelin se montre avide. »

« Les adultes ne cherchent pas des présages dans les événements ordinaires, remarqua le Dr Wilbur Larch dans sa Brève Histoire de Saint Cloud’s, mais les orphelins sont toujours à l’affût de signes. »

« D’autres cherchent parfois à rompre la routine, mais un orphelin n’aspire qu’au quotidien. »

« Un orphelin apprend à garder les choses secrètes ; un orphelin renferme ses pensées. Ce qui sort d’un orphelin en sort toujours lentement. »

Le thème de ce roman, outre les orphelins, est la question de l’avortement.
« Dans l’intérêt de qui certains esprits tenaient-ils absolument à ce que des enfants – y compris ceux qui n’étaient désirés par personne – fussent mis au monde dans les cris et les larmes ? »

« Et quand d’autres esprits croyaient désirer des enfants mais ne pouvaient pas (ou ne voulaient pas) prendre soin d’eux ensuite ?… À quoi donc songeaient ces esprits ! »

Après la découverte de (et surtout par) la littérature – Les Grandes Espérances et David Copperfield de Dickens, Jane Eyre de Charlotte Brontë −, Homer subit adolescent une initiation sexuelle bancale avec Mélony (que son sort révolte jusqu’à la délinquance), jusqu’à ce que Wilbur Larch décide de lui enseigner les « œuvres » (chirurgie, obstétrique, y compris avortement). Puis, suite à l’autopsie d’un bébé, il décide de ne jamais avorter :
« On peut l’appeler fœtus, embryon ou produits de la conception, pensait Homer Wells, mais quel que soit le nom attribué à ce qu’on lui fait – on le tue. »

« Je crois que c’est mal, mais je crois aussi que chacun devrait avoir le droit de choisir, personnellement. Qu’y a-t-il de plus personnel que décider si l’on veut un enfant ou non ? »

Homer a l’opportunité de séjourner dans un verger de pommiers au bord de l’océan, et c’est dans un milieu accueillant qu’il poursuit son initiation au monde.
« Ce fut en regardant les mouettes qu’Homer Wells perçut pour la première fois qu’il était libre. »

Il découvre l’amitié, l’amour, la paternité, mais son destin le liera toujours à l’orphelinat.

Homer a l’habitude de préciser « D’accord », et de « répéter les fins de phrase ou les mots clés » ; quant à lui, le docteur Larch commence toutes les notes de ses annales, « son journal fourre-tout, son rapport quotidien sur les affaires de l’orphelinat » par « Ici à Saint Cloud’s… », ou exceptionnellement par « Dans d’autres parties du monde… » Il a aussi coutume de saluer les orphelins, le soir, en les appelant « princes du Maine, rois de Nouvelle-Angleterre ! » Des tics routiniers de même nature campent les autres personnages de façon plaisante.
Récurrent aussi, le terrible défilé des femmes enceintes qui montent à Saint Cloud’s le matin, les avortées redescendant le soir-même…
Le ton de John Irving est subtilement humoristique, rendant la lecture fort agréable, ce qui explique peut-être l’impact des images de détresse qui ne sont que suggérées ; son inspiration autobiographique transparaît sans doute aussi. À aucun moment il ne verse dans la sensiblerie ou le pathos, mais son style reste conventionnel. Le déploiement de son argumentation est peut-être un peu trop construit : on perçoit le regroupement dialectique des vues (sordides) d’avortements clandestins, etc. À ce propos, dans cet ouvrage fort documenté, les descriptions médicales sont parfois pesantes.
Si l’avortement fait encore débat, il est plus rarement fait mention des orphelins (de père et mère, ils constitueraient entre 5 et 10% des enfants de la planète) ; ils ont pourtant subi un traumatisme majeur.
« Un orphelinat n’est-il pas un endroit fait pour être quitté ? »


\Mots-clés : #adoption #conditionfeminine #enfance #medecine
par Tristram
le Sam 5 Juin - 21:43
 
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Sujet: John Irving
Réponses: 10
Vues: 793

William Faulkner

Requiem pour une nonne

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Titre original: Requiem for a Nun, a paru en 1951, genre: théâtre enchâssé dans un roman (??).

Où l'on retrouve, huit années après Sanctuaire, les caractères de Temple Drake, Gavin Stevens l'avocat, Gowan Stevens son neveu, ex-lâche de bonne famille devenu, depuis, le mari de Temple.
Alors bien sûr, Sanctuaire est un tel chef d'œuvre qu'on ne peut que se réjouir a priori de retrouver ces personnages, mais, il y a un mais.

Si la distance dans le temps entre les deux fictions est de huit ans en ce qui concerne les protagonistes et l'action, elle est de vingt ans entre les dates d'écriture.
Ce qui nous amène après le Nobel de littérature de 1949, et concomitamment à la réception du second National Book Award jamais décerné: entretemps Faulkner est devenu une étoile [en provenance du Dixie Flag], un incontournable de la littérature mondiale.

L'ensemble laisse un drôle de goût.
Brouillon, décousu, bavard tendant vers la logorrhée, laissant le lecteur sonné de ces infinissables ensembles massifs.
Je crois (et j'aimerai échanger sur le sujet !), par hypothèse, que Faulkner s'est permis.
À présent installé, l'âge légèrement mûrissant, ayant prouvé, détenant la notoriété, n'a-t-il pas eu envie de se permettre ?
De lâcher du narratif épais comme une lave et brodant sur un thème, avec le côté brouillon, distendu du premier jet -celui, d'ordinaire, de la garniture de corbeille à papiers- intact, restitué dans toute sa force. 
Et de donner une profondeur bien dans l'air du temps de ces années 1950: une dimension existentialiste (au reste, c'est Albert Camus qui montera la pièce pour le théâtre, ça ne doit pas être un hasard, si ?).

La longue préparation (dite Acte premier, intitulé: Le Tribunal, sous-titré: Un nom pour la ville) nous donne son lot de causerie narrative interminable, à la sudiste US, tenant en haleine en dépit d'un style plutôt décousu, composite: exposé à tiroirs, paragraphes non aérés, bribes de retours et de redites, bouts dialogués, phrases d'une demi-page voire d'une page, etc...  

Mais l'ensemble reste imprégnant, et l'on finit par mordre à l'hameçon.
Merci.
La scène 2 nous fait entrer de plain-pied dans la partie théâtre proprement dite, bien plus vive et concise.
Le même procédé de nappage préalable avec de denses descriptions inénarrables avant la partie théâtre est repris à l'acte Deux, puis à l'acte Trois.

L'idée directrice (pour aller vite) est que Temple Drake, devenue depuis Mrs Stevens, qui fut mise au bordel par Popeye l'impuissant gangster psychopathe de Sanctuaire (enfin, je ne vais pas vous raconter Sanctuaire !) est devenue la haute-bourgeoise comme-il-sied à son mari, Gowan Stevens, lequel est responsable de l'infamie perpétrée sur Temple et donne l'impression de racheter en quelque sorte sa faute en épousant Temple.
Le couple a deux enfants en bas âge.

Le frère de l'homme de main que Popeye choisissait pour honorer Temple à sa place et en sa présence (celui-là est décédé) a retrouvé un paquet de lettres et menace de chantage Temple, notamment en ce qui concerne la paternité de l'aîné du couple, dont le père aurait toutes les chances de ne pas être Gowan.

Temple, de son côté, a recruté en nounou et personnel de maison une jeune noire, Nancy, sortie du bordel et du ruisseau, qui est aussi sa confidente et, quelque part, sa consœur dans la confrérie de l'infamie, des maisons closes et de la fréquentation des truands.

Nancy, alors que Temple est quasi-prête à suivre le maître-chanteur et à tout plaquer, fortune et situation, afin de retourner à une vie marginale, aventureuse, violente, illégale et risquée, assassine l'un des deux enfants du couple, afin de sauver la situation, se sacrifiant du coup.
L'Acte premier scène 2 s'ouvre, justement, sur son jugement au tribunal, elle est défendue (bien sûr !) par Gavin Stevens, oncle de Gowan et protagoniste de Sanctuaire...

Extrait, comprenant une des plus fameuses citations de Faulkner:
The past is never dead. It's not even past.


Stevens

L'immunité est une chose qui n'existe pa.

Gowan

Contre le passé...ma folie...mon alcoolisme. Ma lâcheté, si vous préférez.

Stevens

Le passé n'existe pas non plus.

Gowan

Là encore il y a matière à rire. Mais pas si fort, n'est-ce pas ? Ça pourrait troubler les dames - déranger Miss Drake - Miss Temple Drake - Bien sûr, pourquoi pas la lâcheté ? L'excès d'entraînement plutôt, ça sonne mieux: Gowan Stevens, entraîné à l'Université de Virginie, à boire comme un gentleman, emmène une étudiante d'un petit collège, une jeune fille vierge, peut-être - sait-on jamais ? - en automobile à un match de base-ball dans un autre petit collège à la campagne. Il se saoule comme dix gentlemen, se trompe de route, continue à boire comme quarante gentlemen, fout sa voiture dans le fossé, dépasse à présent les quatre-vingts gentlemen, tombe ivre-mort, et la jeune fille, la jeune fille vierge, est enlevée et emmenée dans un bordel de Memphis...
(il murmure des mots incompréhensibles)
 

Stevens

Quoi ?

Gowan

Mais parfaitement, de la lâcheté. Appelez ça de la lâcheté. Qu'importe l'euphonie entre de vieux époux ?

Stevens

En tous cas, tu ne pourras pas dire ça du mariage qui a suivi. Qu'est-ce que...

Gowan

Mais si. Ce mariage était dans la plus pure des vieilles traditions virginiennes. Les cent soixante gentlemen, sans l'ombre d'un doute.

Stevens

L'intention était pure, et d'après tous les codes. Prisonnière dans un bordel; je n'ai pas très bien entendu...

Gowan (rapidement: en avançant la main)

Où est votre verre ? Jetez-moi cette cochonnerie - ici.

Stevens (son verre à la main)

Celui-ci me suffit. Qu'est-ce que tu as voulu dire quand tu as parlé de prisonnière dans un bordel ?

Gowan (rudement)

Tout simplement cela. Vous avez entendu.

Stevens

Tu as dit: "et y a trouvé le plus grand plaisir" (Ils se dévisagent) C'est donc cela que tu n'as jamais pu lui pardonner ? - non qu'elle ait été l'instrument créateur de ce moment de ta vie que tu ne peux jamais évoquer, ni oublier, ni expliquer, ni condamner, auquel tu ne peux même pas t'empêcher de penser, mais le fait que non seulement elle n'en a pas souffert mais qu'elle y a trouvé du plaisir - ce mois, ces quelques semaines qui rappellent l'épisode du vieux film où la femme blanche est gardée prisonnière dans la caverne du prince arabe - le fait que tuas été contraint de perdre non seulement ton indépendance de célibataire, mais ton amour-propre d'homme attaché à la chasteté de sa femme, et ton enfant par surcroît, comme prix de quelque chose que ta femme n'avait même pas perdu, ne regrettait même pas, dont elle ignorait même l'absence. C'est donc pour cela que cette pauvre négresse perdue, condamnée, folle, doit mourir ?






\Mots-clés : #addiction #conditionfeminine #criminalite #culpabilité #justice #relationdecouple #théâtre #xxesiecle
par Aventin
le Mer 19 Mai - 22:05
 
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Sujet: William Faulkner
Réponses: 79
Vues: 5695

Vénus Khoury-Ghata

La fiancée était à dos d'âne

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Roman, paru au Mercure de France en 2013, 150 pages environ.


Le chemin de vie de Yudah, petite fille de la tribu juive des nomades Qurayzas, du sud algérien.
Un vieux rabbin ne payant pas de mine, après deux jours de traversée dans le désert avec son âne, rejoint cette tribu qui l'attend depuis un mois, afin qu'il désigne une jeune fille pour que celle-ci soit donnée en quatrième épouse à Abdelkader, l'émir unificateur, dans le but de garantir ainsi la sauvegarde, la protection de la peuplade.

Le choix se porte sur Yudah, treize ou quatorze ans. Elle part en croupe sur le vieil âne du rabbin, avec sa très maigre dot, et rejoint le camp de tentes d'Abdelkader, lequel n'est pas là, mais à la guerre, en "opérations extérieures" dirait-on aujourd'hui.  
Personne ne se soucie trop d'elle.
Le rabbin savait-il que la défaite suivie de l'exil d'Abdelkader étaient sur le point d'être consommés ?

Voilà Yudah partie en déportation, avec les gens, la "Smala" d'Abdelkader en France, sur l'une des deux îles de Lérins, tandis qu'Abdelkader et sa garde sont engeôlés ailleurs (à Toulon), ce qui nous permet de dater l'épisode (mai 1843), notre chère Vénus Khoury-Ghata ayant soigneusement omis de nous donner le moindre repère de date, ou de lieu précis.
Ce fut l'occasion aussi pour moi de relire tout un pan d'histoire, dont il ne subsistait que de vagues brumes scolaires extrêmement lointaines: Abdelkader et Bugeaud.
Mais Yudah, absolument toute seule et différente, n'a toujours pas rencontré Abdelkader, et les déportés la rejettent en son altérité judaïque, personne ne croit trop à son histoire...

La pinède se vide de jour en jour. Une épidémie de typhoïde tue sans discernement grands et petits. Maigres et vêtus de guenilles, les enfants non contaminés jouent en silence. Uun garçonnet de trois ans traîne un coq avec une ficelle comme si c'était un chien. À califourchon sur la branche d'un marronnier, un autre croque les bogues, un troisième mange les feuilles. Les bouches noires et les griffures sur les visages ne sont pas dues à une maladie mais aux mûres cueillies à travers les barbelès. Les fumées âcres qui s'échappent des marmites ne cachent pas leur contenu: les os des moutons mangés par les nantis du fort. Même vues de loin, les femmes portent la détresse sur leur visage. Les veuves balaient le sol devant leur tente avec des gestes lents et lourds alors que les autres font danser la poussière.


La suite, presque à accents baroques parfois, pâtit un peu d'un rentre-dedans un peu trop systématisé. Le final en particulier aurait gagné au dépouillement, à la sourdine, au lieu d'un amoncellement un peu extravagant, convoquer l'Histoire au service de la petite histoire, certes, mais la parcimonie, la sobriété, loin de rendre le roman aride, l'auraient élevé - ce n'est que mon humble avis.

Sinon, sans dévoiler; vous vous en doutez, il y a toujours cette histoire d'une jeune fille -une enfant, une adolescente- qui va vers son destin de l'autre côté de la Méditerranée, un thème transversal à l'œuvre romanesque de Mme Khoury-Ghata - un peu aussi à son œuvre poétique.      

\Mots-clés : #conditionfeminine #historique #minoriteethnique #xixesiecle
par Aventin
le Mar 6 Avr - 17:49
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
Réponses: 23
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Claire Keegan

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 41jjaa10

Ce genre de petites choses


Première parution en français (sic!): 2020
Originale: Small Things like these (Anglais/Irlande, courant 2021)

CONTENU :
En cette fin d'année 1985 à New Ross, William « Bill » Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd'hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d'autres enfants nés sans père. Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les soeurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu'elles gagnent beaucoup d'argent en plaçant à l'étranger leurs enfants illégitimes. Même s'il n'est pas homme à accorder de l'importance à la rumeur, Furlong se souvient d'une rencontre fortuite lors d'un précédent passage … Cela le concerne ou pas ?
(Source: 4ème de couv, raccourci)

REMARQUES :
Ce New Ross et ville fluviale irlandaise, rappelle dans sa pauvreté et l’atmosphère de charbon pas juste à un lieu de l’Irlande encore pauvre des années 80, mzid presque à une ambiance à la Dickens. Bill Furlong est bien occupé avec son entreprise de combustibles ! Il pense consciemment et avec reconnaissance comment une dame, Miss Wilson, avait généreusement accueilli sa mère enceinte comme jeune fille, et leur a donné un chez soi. Sans père connu, il avait quand même pu gravir les échelons, se former ! Et marier son Eileen, avoir ensemble cinq filles...connaissent un bonheur modeste, et pourtant : Tout cela pourrait s’en aller dans un instant, pourrait être éphémère. Il en est conscient.

Et n’y-a-t-il pas chez les sœurs du couvent voisin, avec lesquelles il a des relations commerciales, des jeunes filles ‘tombées », exploitées dans la blanchisseries ? Dont on « donne » les enfants illégitimes contre de l’argent ? Et si c’étaient ses filles à lui ? Est-ce que je me laisse interroger, interpeller ? Ou est-ce qu’il est mieux de détourner le regard car « tout cela ne me concerne pas » ? Et puis, bien sûr, ou très probablement, une immisciation pourrait avoir des conséquences ! En cette fin d’année, ces jours de Noël, qu’est-ce qui va gagner en lui ? Une mélancolie montante, l’impuissance traverse Bill.

Oui, comme l’auteure explique à la fin du livre (et nous le savons?!), ces circonstances de l’exploitation par des réligieuses ont bien existé et ont mené vers un scandale. Mais ici Claire Keegan aborde le sujet (aussi) d’une façon empathique d’une autre perspective : Comment se laisser toucher, émouvoir ? Ou est-ce qu’on va juste comme de dehors, et bien sûr après coup, faire comme si on avait rien su et bien nous laver les mains ?

Elle a une belle écriture, cette Claire Keegan, et je note son nom...


\Mots-clés : #conditionfeminine
par tom léo
le Mer 13 Jan - 17:57
 
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Sujet: Claire Keegan
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Emile Zola

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Nana

Le culot de Zola pour nous sortir un tel roman en 1880. Parce que même pour moi, ça devenait vraiment sale ! On imagine le choc à l’époque.

La « blonde grasse » Nana croque les hommes, les suce jusqu’à la moëlle de leurs économies puis les jette. Mais la plume de Zola nous la rend attendrissante au début. C’est presque une enfant gentille et douce qui n'a pas tellement grandi, dont on ne refuse pas les caprices ; caprices qui deviendront monstruosités sur la fin… J’ai une pensée douce amère pour le pauvre comte Muffat (« mufe » pour les intimes) assez sympathique dans sa servilité affective et sexuelle…


« Hein ? mon petit mufe, encore un rival de moins. Tu jubiles aujourd’hui… Mais c’est qu’il devenait sérieux ! Il voulait m’épouser. » Comme il pâlissait, elle se pendit à son cou, en riant, en lui enfonçant d’une caresse chacune de ses cruautés […] Muffat avait accepté les autres. Maintenant, il mettait sa dernière dignité à rester « Monsieur » pour les domestiques et les familiers de la maison, l’homme qui, donnant le plus, était l’amant officiel. Et sa passion s’acharnait. Il se maintenait en payant, achetant très cher jusqu’aux sourires, volé même et n’en ayant jamais pour son argent ; mais c’était comme une maladie qui le rongeait, il ne pouvait s’empêcher d’en souffrir. Lorsqu’il entrait dans la chambre de Nana, il se contentait d’ouvrir un instant les fenêtres afin de chasser l’odeur des autres, des effluves de blonds et de bruns, des fumées de cigares dont l’âcreté le suffoquait. […] Puis, là, dans cette chambre, un vertige le grisait. Il oubliait tout, la cohue des mâles qui la traversaient, le deuil qui en fermait la porte. Dehors, parfois, au grand air de la rue, il pleurait de honte et de révolte, en jurant de ne jamais y rentrer. Et, dès que la portière retombait, il était repris, il se sentait fondre à la tiédeur de la pièce, la chair pénétrée d’un parfum, envahie d’un désir voluptueux d’anéantissement. »


Je pense aussi au pauvre petit Georges, triste victime collatérale de ses derniers caprices, dindon de toutes les farces, qui la poursuit dans une scène de demandes en mariage alors même que Nana lui dit aller se donner à un autre homme pour se payer sa pommade… L’écriture est assez jouissive (peut-être un peu trop ?). On évoque même l'homosexualité féminine. Le Zola semble avoir vraiment étudié (vécu ?) la situation, les personnages sont plus vrais que nature, jamais vraiment manichéens.

Nana est une « mouche dorée », presque une charogne baudelairienne. Victime et actrice, presque tout le monde se gausse d’elle (je pense à la scène mémorable du banquet improvisé & évidemment de la scène finale). Le dégoût supplante le plaisir, sur la fin...


\Mots-clés : #conditionfeminine #sexualité #social #xixesiecle
par Secrètement
le Lun 11 Jan - 0:15
 
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Sujet: Emile Zola
Réponses: 23
Vues: 1513

Joyce Carol Oates

Un livre de martyrs américains

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Quatrième de couverture :

2 novembre 1999, Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d'une petite ville de l'Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l'un des "médecins avorteurs" de l'hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d'une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les foetus avortés, les médecins assassinés ou les "soldats de Dieu" condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?



Douloureux sujet que celui de l'avortement...qui se conjugue avec celui de la contraception chez ces chrétiens intégristes....(évidemment).

Un roman de plus de 800 pages, lu en deux jours...je dois dire que moi qui suis une inconditionnelle de J.C. Oates, je suis, une fois de plus, époustouflée par son talent !

Beau tour de force que de nous plonger dans la tête de ce chrétien pratiquant, Luther Dunphy, qui voulant lui-même être pasteur (recalé) avait ses failles ....remarquablement bien dressé ce portrait....tout comme celui du médecin gynécologue obstétricien....Gus Voorhees, idéaliste, et prêt à risquer sa vie pour accomplir ce qu'il estime être "son devoir".

Guy Voorhees

" Il avait sauvé des vies. La vie de jeunes filles et de femmes.

Des filles qui avaient essayé d'avorter elles-mêmes par honte. Des filles qui étaient arrivées à terme en semblant ne pas savoir qu'elles étaient enceintes et qui même en plein accouchement hurlaient leur déni. Des femmes enceintes qui n'étaient pas allées voir un médecin, bien que sachant, ou devinant, que le foetus était mort et qu'elles ne portaient pas la vie, mais la mort. Des filles qui cachaient leur grossesse sous des corsets, qui aplatissaient leurs seins gros de lait contre leur poitrine. On se serait cru en 1955 ou en 1935. On n'imaginerait pas que des situations aussi terribles existent encore. Par ignorance ? Par intolérance religieuse ? Par désir d'être bonnes. Et de paraître bonnes.

Certaines d'entre elles étaient pentecôtistes. Il y a eu deux ou trois Amish dans l'ouest rural du Michigan. Une poignée de catholiques dans la région de Détroit.

Certaines des très jeunes filles avaient été engrossées par....des beaux-pères ou des pères ? Des oncles ? Des frères ou des cousins plus âgés ? Elles étaient trop terrifiées pour le dire. Elles "ne savaient pas". Elles " ne se souvenaient pas ".

Dans leur religion (pour autant qu'il la comprenne) il importait peu qu'une grossesse résulte d'un viol ou d 'un inceste, l'avortement était contre la loi divine. L'avortement était un péché, un crime et une honte parce que c'était "le massacre d'innocents". En implorant l'aide du Dr Voorhees dans un murmure précipité, la mère ne l'avait pas prononcé une seule fois.


Luther Dunphy

"j'éprouvais une terrible angoisse ! J'avais souhaité être pasteur de l'église missionnaire de Jésus de Saint-Paul et transmettre la parole à tous ceux qui voulaient entendre. Mais l'église n'avait pas voulu de moi, et Dieu non plus n'avait pas voulu de moi pour répandre sa parole."

Une loi avait été votée dans l'Ohio quelques années auparavant, interdisant aux manifestants de s'approcher à moins de deux mètres des avorteurs et du personnel, de se rassembler dans l'allée ou de bloquer l'entrée du Centre ; mais cette loi n'était pas toujours observée. "

Cessez de vous mentir,
Aucun bébé ne choisit de mourir.


A cette heure-ci aucune mère n'arrivait, mais Voorhees arriverait bientôt. Cela, je le savais avec certitude.

Magistral ce roman....mais peut-on vraiment le qualifier de roman, il est presque construit sous la forme d'un reportage.

Les familles des deux principaux protagonistes, le malheureux médecin et son assassin, sont décortiquées, analysées....deux familles diamétralement opposées, les Voorhees, pur intellos de gauche d'un côté et les Dunphy de l'autre,  représentant l'Amérique rurale, profondément croyants.

Malgré tout, des familles brisées, dont les enfants n'en sortiront pas indemnes....ni les épouses d'ailleurs....

On suit leur évolution au fil du temps....

Le travail de documentation de cette auteure que je considère comme l'une des plus talentueuses de sa génération est impressionnant....tant sur les milieux (divers) chrétiens comme il en existe de nombreux  aux Etats-Unis, que sur celui du système judiciaire (si complexe) et même celui de la boxe ....

Deux choses m'ont néanmoins interpellée....les injections létales dans les Etats où la peine de mort sévit,  seraient administrées par le personnel carcéral et non par des médecins qui refusent de tuer un être humain....avec toutes les complications que cela peut créer évidemment....(j'ai vérifié sur le net, il y a eu des cas où le condamné a mis plus de deux heures à décéder et avec des souffrances évidentes)  et le sort des foetus jetés à la poubelle au lieu d'être incinérés (ça j'ai du mal à le croire)....

Un livre magnifique  Very Happy


\Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #medecine #religion #social
par simla
le Sam 9 Jan - 5:41
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
Réponses: 113
Vues: 6656

Francesca Melandri

Eva dort

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Tout au long des 1397km qui l’amènent au chevet de l’homme mourant qui aurait pu être son père si la vie était plus aimable,  et qu’elle n’a pas vu depuis 30 ans, Eva se remémore les évènements qui l’ont construite, imbriquant l’histoire familiale (d’une mère célibataire) et collective (le Tyrol du Sud, population allemande que Mussolini a voulu italianiser, qui a revendiqué son indépendance au fil des décennies, y compris par des actes terroristes).

On voyage donc très habilement entre temps et espace, récit personnel et destin d’un peuple. Le sort de ces Allemands du Nord de l’Italie est resté longtemps méconnu, y compris là-bas , et Francesca Melandri nous apprend  beaucoup de choses, sous une forme romanesque élaborée parfaitement maîtrisée, à travers des personnages complexes et attachants.


Mots-clés : #conditionfeminine #famille #historique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 14 Oct - 11:16
 
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Sujet: Francesca Melandri
Réponses: 14
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Shantabai Kamble - Baby Kamble

Le livre qui suit regroupe les deux récits de Baby Kamble et Shantabai Kamble, qui furent parmi les toutes premières femmes intouchables à rédiger leur autobiographie. Je précise que, malgré leur homonymie, elles ne sont a priori pas de la même famille.

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Parole de femme intouchable

Des siècles durant, les intouchables, en Inde, ne furent que des ombres destinées aux tâches impures, dont on disait que le seul contact vous souillait… Des êtres à la fierté sans cesse piétinée, vivant dans la misère, se nourrissant de restes rassis et vêtus d’une seule et même guenille sans cesse rapiécée et grouillante de poux. Les femmes souffraient doublement : parce que femmes, parce qu’intouchables. Des vies de labeur, de sévices, de faim dévorante. Des vies niées.
Puis, un jour, un homme est arrivé : B. R. Ambedkar. Lui aussi intouchable, lui aussi de la caste des Mahâr dont sont issues les deux auteures. Le maharaja de Baroda lui paya des études : Ambedkar devint avocat. Plus tard, il fut le principal rédacteur de la constitution indienne et l’instigateur de quotas permettant aux personnes des basses castes d’accéder aux études. Dans les années 30, on n’en était pas encore là. Mais, par son aura et sa force de conviction, il insuffla à toute une communauté le courage de refuser la fatalité et l’asservissement. Surtout, il parvint à convaincre les parents que leur salut viendrait de la scolarisation des enfants.

Baby Kamble et Shantabai Kamble furent des pionnières, parmi les toutes premières fillettes intouchables scolarisées. Et elles tinrent bon malgré les épreuves. Baby devint commerçante, Shantabai institutrice. Bien des années plus tard, chacune prit la plume pour raconter son histoire.
Grâce à elles, la réalité de  l’existence des Mahâr dans la campagne indienne devient tangible. Et c’est atterrant… Leurs deux témoignages font part d’une même réalité : l’indigence, la stigmatisation permanente, puis l’électrochoc Ambedkar et l’amélioration de leur vie d’adulte grâce à l’éducation. Néanmoins, si le fond est proche, la forme diffère considérablement d’un récit à l’autre. A la pondération de Shantabai Kamble succède la fougue et le franc parler de Baby Kamble, qui n’édulcore rien et n’hésite pas à apostropher les oppresseurs comme les piètres successeurs d’Ambedkar, empêtrés dans leurs egos et leurs contradictions.

J’ai beaucoup appris durant cette lecture. Bien sûr, je connaissais Ambedkar. Mais, jusque là, je n’avais pas réalisé à quel point il fut pour les intouchables cet homme providentiel si souvent espéré par les peuples, et pourtant si rarement rencontré. Je ne dirais pas, par contre, que ces récits de vie soient faciles à suivre. Le lecteur est parfois un peu perdu par les nombreux allers et retours temporels de ces écrits au fil de la plume, et par la foultitude de rites et coutumes dont certains aspects lui échappent malgré les notes de Guy Poitevin. Mais ces textes, par leur rareté, le témoignage historique unique qu’ils constituent, et par leur indéniable valeur ethnologique, valent largement la peine qu’on fasse un petit effort.
Je suis ressortie de cette lecture admirative, et quelque peu estourbie. Il faudra encore beaucoup d’Ambedkar, de Baby et de Shantabai avant que l’intouchabilité ne soit plus qu’un mauvais souvenir en Inde. Mais grâce à ces pionniers, l’espoir d’un autre avenir est désormais permis...


Mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #education #enfance
par Armor
le Mar 1 Sep - 1:10
 
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Sujet: Shantabai Kamble - Baby Kamble
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MA Jian

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LA ROUTE SOMBRE


Effectivement, on peut dire ça...sombre, très sombre, même carrément noire....âmes sensibles et femmes enceintes ou projetant de le devenir, s'abstenir !

Quatrième de couverture : "Jeune paysanne née au coeur de la Chine rurale, Meili est mariée à Kongzi, l’instituteur du village, lointain descendant de Confucius. Ensemble, ils ont une fille, mais Kongzi, qui veut à tout prix un fils pour poursuivre la lignée de sa célèbre famille, met à nouveau Meili enceinte, sans attendre la permission légale. Lorsque les agents de contrôle des naissances envahissent le village pour arrêter ceux qui ont transgressé les règles, père, mère et fille fuient vers le fleuve Yangtze. Ils commencent alors une longue cavale vers le Sud, à travers les paysages dévastés de la Chine, trouvant de menus travaux au passage, parfois réduits à mendier et obligés de se cacher des forces de l’ordre. Alors que le corps de Meili continue d’être pris d’assaut par son mari et que l’État cherche à le contrôler, elle se bat pour reprendre en main sa vie et celle de l’enfant à naître.
Avec La route sombre, Ma Jian, célèbre dissident chinois, signe un roman bouleversant où la violence du contrôle social vous saisit de plein fouet."


Je dois dire que j'ai lu ce roman, excellent, très bien écrit et construit, ne sombrant jamais dans le pathos..un peu comme des faits cliniques analysés....absolument abasourdie par les malheureuses aventures qui arrivent à ce jeune couple et par le tableau de cette Chine... que je n'imaginais même pas...pas à ce point en tout cas.....on est bien loin de Pearl Buck !.

La politique de l'enfant unique mise en place par le gouvernement chinois en 1979 a eu des conséquences dramatiques....stérilisation forcée, avortement jusqu'à 8 mois, commerce des foetus qui finissent dans des restaurants et qui sont censés apporter santé, vigueur et force....tout ce petit monde, hormis les principales intéressées, évidemment, qui se gave....une corruption générale et organisée :

"Les autorités du village ne se contentent plus d'arrêter ceux qui ont enfreint les lois du planning familial [...] Ils confisquent l'argent qu'ils ont sur eux, vident leurs comptes en banque - et tout cela va remplir les poches des dirigeants du district."


Le mari de Meili, notre héroïne, Kongzi, descendant lointain de la lignée de Confucius...

"ces salauds de communistes ont réussi à détruire l'héritage de Confucius : la bienveillance, la droiture, la propriété, la sagesse - toutes les valeurs qu'il mettait en avant ont disparu. Quand la femelle d'un panda attend un petit, la nation entière se réjouit. Mais quand une femme tombe enceinte, on la traite comme une criminelle. Dans quel pays sommes nous donc ?"

Meili, admirable de courage, de détermination, ne cesse de lutter pour assurer sa survie, celle de sa famille... cache sa nouvelle grossesse ( interdite) tant qu'elle le peut....se bat et se débat comme un beau diable pour progresser socialement...ce qui est son but ultime...

"Elle a découvert que les femmes ne sont pas maîtresses de leur propre corps, dont leurs maris et l'état se disputent la possession: les maris pour satisfaire leurs besoins sexuels et engendrer des héritiers mâles - et l'Etat pour affermir son pouvoir et faire régner la terreur, en les contrôlant sans arrêt. Ces intrusions constantes dans les régions les plus intimes de son corps l'ont coupée de son identité profonde......"Mieux vaudrait encore être morte, pense t- elle..."

A ceci s'ajoutent les dégâts écologiques causés par les usines, le recyclage des matériels électroniques récupérés de toute l'Europe....etc....

Un roman glaçant.... faut s'accrocher ! Hallucinant !

Je comprends que l'auteur vive désormais à Londres et soit indésirable en Chine No


\nMots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par simla
le Lun 3 Aoû - 2:46
 
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Deb Spera

Le chant de nos filles

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Destins tragiques entrecroisés de trois femmes, libres à leur façon dans la poisse des maris de Caroline du Sud des années 20 : la riche propriétaire et son secret de famille, la servante noire et la pauvre blanche qui lutte pour  nourrir ses trois filles. Des temps forts comme autant d’acmés pour marquer le temps et les esprits : une messe commune, une tempête et une réunion campagnarde.

Dans le genre on n’échappe pas à son destin, il s’agit plutôt de beaux portraits de femmes, échappant au stéréotypes du genre, mais le fond est un peu faiblichon alors que la fin en fait un peu trop.
Bref des pages tournées avec aisance, mais une impression de «tout ça pour ça».

\nMots-clés : #conditionfeminine #romanchoral
par topocl
le Lun 22 Juin - 17:09
 
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Joseph Conrad

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

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Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
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Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

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Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

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Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
par Aventin
le Dim 24 Mai - 18:33
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Carl Jonas Love Almqvist

Sara

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Une œuvrette toute simple, très courte, dans la frénésie créatrice de Carl Jonas Love Almqvist, écrivain peu traduit, et encore moins connu en France. L’écrivain suédois est présenté comme un penseur éclectique : d’abord rousseauiste, sensible à la mystique swedenborgienne et aux romantiques allemands, influencé par Hugo et par Balzac. Sara devait faire partie d’une vaste entreprise littéraire, Le Livre de l’Églantine, égalant sans doute en ambition La Comédie Humaine. On est en 1839 (la publication de Sara), dans un pays protestant et conservateur, il n’en reste pas moins étonnant que ce petit récit, dans toute sa simplicité et sa douceur, a déchaîné la presse et provoqué l’indignation à cause de la figure féminine qu’Almqvist a créé. Sara n’est pas vicieuse, ni même virulente, elle est juste libre. Je n’ose imaginer le scandale si c’était La Maison de Poupée qui avait paru à l’époque. Mais oui, certes, la pièce d’Ibsen a été publiée en Norvège quarante ans après Sara.

Le récit d’Almqvist séduit d’abord par son mouvement : on dirait qu’il s’agit tout le long d’un seul voyage, avec des ellipses ; d’une seule conversation entre Sara et le sergent qui l’a rencontrée, faite de courtes pauses où les personnages sont sur leur quant-à-soi. Almqvist profite aussi de ces quelques pauses pour piqueter ce voyage de couleurs et d’éléments réalistes. Le temps est à peine perceptible dans Sara ou l’émancipation, c’est magique mais, à la fois, tout se passe très vite et je dirai même que tout s’arrange trop vite. L’amour (celui du ciel de surcroît), reste un bastion inattaquable pour Almqvist ; et son livre n’est jamais aussi touchant ni si amusant pour moi lorsque ses protagonistes ne sont pas d’accord.


Mots-clés : #amour #conditionfeminine #identite
par Dreep
le Jeu 14 Mai - 20:29
 
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Angélique Villeneuve

Grand Paradis

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Dominique Lenoir travaille chez une fleuriste dans une petite station balnéaire, elle a toujours été passionnée par les plantes et la nature.
Un jour, sa soeur, Marie, la somme de reprendre les affaires qu'elle a laissées chez elle depuis le décès de leur mère. Au milieu des cahiers et de quelques livres, Dominique trouve une enveloppe portant l'inscription " Leontine L" et contenant trois photos d'une femme à trois âges différents de sa vie et la photo de l'adulte est "signée" Albert Londe, le photographe qui officiait aux cotés du Docteur Charcot à la Salpêtrière.
C'est le début d'une quête pour redonner vie à la femme photographiée, pour retracer l'enfance de Dominique et de sa soeur au milieu d'une famille brisée.
De l'évocation des consultations du Docteur Charcot  à celle des journées passée en pleine nature parce que la solitude est son refuge, Dominique essaye de recoller les souvenirs de son enfance et d'imaginer la vie des femmes soignées dans cet hôpital parisien.


C'est un roman sur la folie, l'"hystérie" étudiée par Charcot et ses confrères, un roman sur les choses tues, enfouies, cachées, sur la solitude, l'indifférence au sein d'une famille.
C'est une lecture parfois éprouvante mais qui dégage une grande émotion qui persiste une fois le livre refermé.
Un beau, mais triste, récit de la vie de plusieurs femmes.


Mots-clés : {#}conditionfeminine{/#} {#}enfance{/#} {#}famille{/#} {#}medecine{/#}
par Invité
le Dim 26 Avr - 22:39
 
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Honoré de Balzac

Les chouans
ou: La Bretagne en 1799.

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Roman, 1829, 310 pages environ


Peut être lu ici

Ah la la, le premier chapitre, intitulé L'embuscade  Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire 3123379589  !
Balzac revisite sans doute la bataille de La Pellerine en 1796, sans se croire tenu à la moindre fidélité à l'histoire factuelle, laquelle est un décor et non un but à atteindre.

C'est vraiment ça que j'étais venu chercher dans cette relecture !
(Idem, d'ailleurs, pour les autres tableaux, comme La Vivetière ou l'attaque de Fougères, elle aussi empruntant à un épisode historique)

Extrait:

L'embuscade a écrit: Du sommet de La Pèlerine apparaît aux yeux du voyageur la grande vallée du Couësnon, dont l’un des points culminants est occupé à l’horizon par la ville de Fougères. Son château domine, en haut du rocher où il est bâti, trois ou quatre routes importantes, position qui la rendait jadis une des clés de la Bretagne.
De là les officiers découvrirent, dans toute son étendue, ce bassin aussi remarquable par la prodigieuse fertilité de son sol que par la variété de ses aspects. De toutes parts, des montagnes de schiste s’élèvent en amphithéâtre, elles déguisent leurs flancs rougeâtres sous des forêts de chênes, et recèlent dans leurs versants des vallons pleins de fraîcheur.
Ces rochers décrivent une vaste enceinte, circulaire en apparence, au fond de laquelle s’étend avec mollesse une immense prairie dessinée comme un jardin anglais. La multitude de haies vives qui entourent d’irréguliers et de nombreux héritages, tous plantés d’arbres, donnent à ce tapis de verdure une physionomie rare parmi les paysages de la France, et il enferme de féconds secrets de beauté dans ses contrastes multipliés dont les effets sont assez larges pour saisir les âmes les plus froides.
En ce moment, la vue de ce pays était animée de cet éclat fugitif par lequel la nature se plaît à rehausser parfois ses impérissables créations. Pendant que le détachement traversait la vallée, le soleil levant avait lentement dissipé ces vapeurs blanches et légères qui dans les matinées de septembre, voltigent sur les prairies.
À l’instant où les soldats se retournèrent, une invisible main semblait enlever à ce paysage le dernier des voiles dont elle l’aurait enveloppé, nuées fines, semblables à ce linceul de gaze diaphane qui couvre les bijoux précieux et à travers lequel ils excitent la curiosité.
Dans le vaste horizon que les officiers embrassèrent, le ciel n’offrait pas le plus léger nuage qui pût faire croire, par sa clarté d’argent, que cette immense voûte bleue fût le firmament.



La technique balzacienne d'écriture, entrelaçant description-digression-action-dialogue, avec à chaque fois un ingrédient -juste un infime détail parfois-, porteur d'information sur les pages à venir, manière de mettre la puce à l'oreille, est déjà bien rodée.
De même, sa façon de s'adresser à un tiers fictif lorsqu'il introduit une digression, d'ordre descriptif ou linguistique par exemple.

On est, dans ce drame, de plain-pied dans ce qui fera la marque de fabrique de la Comédie humaine, et Balzac fait montre dès ces Chouans d'un tournemain d'orfèvre.
Ainsi il peut sembler que ce cher Honoré en fait des tonnes inextricables sur la façon dont s'amène et se noue la relation Marie de Verneuil-Le Gars, et le lecteur de se dire que l'équivalent d'une petite dizaine de pages eusse pu être lipposucée, alors qu'il s'agit en fait de tresser fil à fil une trame qui ne se dévoilera qu'au final.

Vous ne serez pas étonnés non plus que Balzac s'en donne à cœur-joie dans sa future grande spécialité, la peinture de mœurs, étant donné que, dans ce livre, les rapports sont tous teintés de méfiance, de paraître, de jeux de masques, de double-jeu, d'attitudes, de choix valant implications, de volte-face, rupture de confiance, bras-de-fer, trahisons et chausse-trappes...  

Le personnage principal n'est pas Le Gars (le marquis Alphonse de Montauran, le dernier Chouan en somme), il me semble, mais bel et bien Marie de Verneuil, caractère très fouillé, élaboré tout au long du roman, avec éclairage final.

Parmi les autres traits très Comédie humaine, la justesse du langage des dialogues, il serait sans doute nettement plus ardu de reconstituer ainsi celui-ci de nos jours, tandis qu'alors c'était assez frais pour limiter la déperdition.
Il en vaut de même pour les paysages, bourgades, moyens de transport, auberges, armement, etc...
Ce n'est pas un roman d'historien ni écrit pour les historiens, fussent-ils du langage, mais s'y dissimulent sans doute deux ou trois pépites valant témoignage.

Très Comédie Humaine aussi l'habile choix de la date de narration, servant la démonstration voulue par l'auteur; en 1799 c'étaient les ultimes soubresauts de ce qu'on a appelé les Guerres de l'Ouest (un titre éphémère de ce roman a d'ailleurs été Le dernier Chouan, avec référence évidente au Dernier des Mohicans, de Fenimore Cooper, paru trois ans plus tôt et traduit en français dès sa parution en langue originale):
La condamnation aux poubelles de l'Histoire du mouvement Chouan n'en est que facilitée, tacitement mise en démonstrative évidence.  
 
Toujours s'agissant d'un ouvrage d'histoire récente au moment de son écriture (Balzac est né -coïncidence- en 1799), on apprécie le petit régal de la description d'un muscadin, plus exactement d'un incroyable d'ailleurs, peinture savoureuse d'un caractère (Corentin) qui s'avère être l'œil et l'oreille du pouvoir policier [de Fouché donc], d'une grande habileté à la manigance en sous-main et à la sale besogne discrète d'État.

Comme Corentin, bien des seconds rôles sont campés entre justesse, force et stéréotype, avec, c'est à souligner, un fréquent recours à des comparatifs de l'ordre du bestiaire, ainsi, outre Francine, au fidèle service de Marie, prenons par exemple:

- Hulot, le colonel vétéran de toutes les guerres de la révolution, au langage troupier d'époque et aux attitudes militaires toutes en rectitude, déjà inconditionnel de Bonaparte (lequel, pas encore Napoléon, est alors en Égypte).

- d'Orgemont, qui traverse le roman sans jouer un rôle prépondérant, symbolise, comme Corentin, une des facettes de cette nouvelle race d'hommes "modernes" issue de la révolution, roué, prenant des risques, entre l'avare classique des temps anciens et l'homme d'affaire qui s'adapte à tout et tire profit de tous les chaos sans être habité par la moindre doctrine, éthique ou soupçon d'état d'âme, rapace malfaisant plaçant confiance et ardeur dans l'ère nouvelle.

En fait, le véritable ennemi à combattre d'urgence pour les paysans bretons qui chouannent, ce serait lui, mais il est nettement plus invisible, comme dissous dans l'époque, qu'un soldat bleu menant tambour, cocarde et tricorne...

Ceux-ci, ces paysans, voire la Bretagne elle-même en tant que contrée sauvage et pauvre sont aussi inadaptés aux temps nouveaux que ne le sont, tels qu'ils sont dépeints, les principaux caractères dirigeants masculins de la chouannerie, comme féminin du reste (la Jument de Charette).

Nettement plus subtile est l'inadaptation de Marie de Verneuil à son temps.

Extrait:

Mademoiselle de Verneuil était occupée à contourner les branches de houx qu’elle avait cueillies, et disait :
— Je ne sais pas si ce houx sera bien joli dans les cheveux. Un visage aussi éclatant que le mien peut seul supporter une si sombre coiffure, qu’en dis-tu, Francine ?

Plusieurs propos semblables annoncèrent la plus grande liberté d’esprit chez cette singulière fille pendant qu’elle fit sa toilette. Qui l’eût écoutée, aurait difficilement cru à la gravité de ce moment où elle jouait sa vie. Une robe de mousseline des Indes, assez courte et semblable à un linge mouillé, révéla les contours délicats de ses formes ; puis elle mit un pardessus rouge dont les plis nombreux et graduellement plus allongés à mesure qu’ils tombaient sur le côté, dessinèrent le cintre gracieux des tuniques grecques. Ce voluptueux vêtement des prêtresses païennes rendit moins indécent ce costume que la mode de cette époque permettait aux femmes de porter. Pour atténuer l’impudeur de la mode, Marie couvrit d’une gaze ses blanches épaules que la tunique laissait à nu beaucoup trop bas. Elle tourna les longues nattes de ses cheveux de manière à leur faire former derrière la tête ce cône imparfait et aplati qui donne tant de grâce à la figure de quelques statues antiques par une prolongation factice de la tête, et quelques boucles réservées au-dessus du front retombèrent de chaque côté de son visage en longs rouleaux brillants. Ainsi vêtue, ainsi coiffée, elle offrit une ressemblance parfaite avec les plus illustres chefs-d’œuvre du ciseau grec. Quand elle eut, par un sourire, donné son approbation à cette coiffure dont les moindres dispositions faisaient ressortir les beautés de son visage, elle y posa la couronne de houx qu’elle avait préparée et dont les nombreuses baies rouges répétèrent heureusement dans ses cheveux la couleur de la tunique. Tout en tortillant quelques feuilles pour produire des oppositions capricieuses entre leur sens et le revers, mademoiselle de Verneuil regarda dans une glace l’ensemble de sa toilette pour juger de son effet.

— Je suis horrible ce soir ! dit-elle comme si elle eût été entourée de flatteurs. J’ai l’air d’une statue de la Liberté.

Elle plaça soigneusement son poignard au milieu de son corset en laissant passer les rubis qui en ornaient le bout et dont les reflets rougeâtres devaient attirer les yeux sur les trésors que sa rivale avait si indignement prostitués.


Il faut se souvenir sans doute que Balzac, lui, naît d'un père très homme nouveau, du progressisme que donne le couple argent-appartenance à la capitale, ayant fait fortune en se faufilant dans une carrière administrative centrale, sous la République puis l'Empire, et d'une mère d'une lignée de commerçants parisiens aisés. Ses parents le rêvaient notaire, c'est-à-dire un de ses points de rencontre et de confusion entre avoir et être, aisance, position sociale et titre de maître...

En opposition avec tout ceci donc, les personnages chouans, en premier lieu les nobles, sont un peu stéréotypés, avides de titres et de reconnaissance tarifée, se leurrant sur ce monde Directoire, qu'ils croient une péripétie fugace avant le retour du Trône Bourbon, Directoire d'où pourtant lève confusément le futur Empire.  

Pis encore, les paysans chouans, toujours croqués en traits péjoratifs.
Comme Galope-Chopine, Pille-miche, Mène-à-bien ou Marche-à-terre, ils sont campés comme inhumains, pratiquant -comme dans toute guérilla- le pillage, les représailles envers la population neutre au conflit, la torture, les bassesses diverses.

Inhumains car abrutis, cupides, avides, crédules, violents, manipulés par leur clergé - ce dernier est, vous vous en doutiez, bien entendu illustré tout empli de fausseté, attisant les ardeurs à grands coups de mensonges idéologisés.

Mais inhumains aussi car campés, à trait forci, tels des humains-animaux mais aussi végétaux et minéraux, hommes-pays, au langage déprécié, à l'obscurantisme -par avance et sans recours blâmé- en étendard.
Le thème des manières, des façons, de l'éducation, de la bonne naissance -de la distinction- traverse, en opposition, l'ouvrage.

Au cas où nous serions durs de la comprenante sans doute, le soldat bleu "de base" est tout de suite peint en termes mélioratifs, "plus" - plus amène, plus drôle, plus franc, courtois et plus noble de façons.

Difficile, toutefois, Balzac l'admet, de voir en ces paysans-brigands les stipendiés de l'Angleterre de la propagande du Directoire.

Bref, ces Chouans de terrain sont les néandertaliens de l'histoire, condamnés à mourir ou se fondre, alternative qui est aussi celle du couple principal.

Mais se fondre dans quoi ?
Les menées politiques, sous-entendues impures et truquées (mais Balzac écrit aussi à la clarté des trente premières années du XIXème), ne proposent en guise de Lumières et de renversement de cet obscurantisme, que l'abandon de la langue, des mœurs, de la terre, d'une certaine façon rurale confinant au tribal - bref l'abandon des siens, de ses racines, d'un mode de vie prodigieusement simple et des mânes des ancêtres pour se précipiter dans le libéral règne de l'argent, d'une bourgeoisie naissante qui s'apprête à tirer tous les marrons du feu révolutionnaire - comme, plus tard, à traire les perfusions du sang populaire versé aux hégémoniques visées impériales.

Ce qui permet de faussement interroger, Balzac en illustrant la réponse dans ce livre:
À travers la peinture des personnages féminins principaux -et l'un est central- que sont Melle de Verneuil et Mme du Gua Saint-Cyr, la femme avait-elle plus sa place dans cette conception du monde nouveau, se targuant d'être révolutionnaire et abolissant le précédent, que ne l'avait le paysan de Bretagne ?  

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #guerre #historique #insurrection #politique #revolution #trahison
par Aventin
le Sam 21 Mar - 16:14
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Sony Labou Tansi

Les sept solitudes de Lorsa Lopez

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Estina Benta, l’épouse de Lorsa Lopez a été massacrée. Le meurtre provoque un soulèvement des femmes de Valancia, avec Estina Bronzario en chef de file. À part décrire le climat d’extrême violence qui règne dans le roman de Sony Labou Tansi, je ne peux guère en dire beaucoup plus sur ce qu’il raconte puisque souvent je ne comprenais rien. J’ai pourtant accroché, parce qu’ici l’énergie poétique contrebalance tout. Une énergie carnassière, pleine de bruit et de… couleur. Sony Labou Tansi parle beaucoup du corps humain : ignoble lorsqu’il est déchiqueté ; merveilleux, sensuel, lorsqu’il est en vie, non-vulnérable.

Sony Labou Tansi a écrit:Moi aussi je m’étais mise à l’aimer avec la même force du nombril noué sur le monde, très fort. Aussi fort qu’il m’est impossible de l’affirmer. Je l’avais dans mon ventre en guise de viscères, odeur d’amour, eau et jus de rêve, petit lac de paix couleur de pleine lune : le grand poème infini du sang fête le sang, le sang qui cogne son feu sur la paroi de l’être tout entier…


En dehors de quelques fulgurances, le lyrisme de Sony Labou Tansi est plutôt contenu : il y a plus d’urgence à décrire un climat où la déréliction et la terreur sont de mise, où l’assassinat devient quotidien, inévitable. Mais Les sept solitudes de Lorsa Lopez est aussi fait de petites phrases magiques, de belles images qui inoculent un peu d’espoir et un peu de paix dans cette fournaise du crime.


Mots-clés : #conditionfeminine #violence
par Dreep
le Lun 10 Fév - 22:01
 
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Sujet: Sony Labou Tansi
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Alaa al-Aswany

Automobile Club d'Égypte

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Étalage de bons sentiments, surtout ceux de l’épouse, en Égypte traditionnelle (notamment de Haute-Égypte, d’où proviennent la famille Hamam et Alaa al-Aswany d’après son nom), respect de Dieu, bigoterie et sens des convenances, obséquiosité ‒ mais il est vrai que cette société fait des Égyptiens des êtres foncièrement "sociaux" et gentils.
La misère sexuelle et le rapport problématique au sexe sont aussi typiques de cette société en porte-à-faux entre Orient et Occident.
La phrase citée par Dreep m’a choqué à la lecture :
« ‒ Chers condisciples, généralement nous rattachons le sens du mot “viol” au viol d’un corps. Mais cela est faux. Le viol, fondamentalement, est le viol d’une volonté. L’occupation vise à assujettir l’Égypte. Les Anglais veulent briser notre volonté. L’occupation est un viol. L’Égypte est violée. L’Égypte est violée. Est-ce que vous acceptez que votre pays soit violé ? […]
‒ Égyptiens, étudiants de l’université. Les négociations ne servent à rien. Ce ne sont pas des mots qui feront sortir les Britanniques d’Égypte. Les Britanniques ne comprennent que le langage de la force. Ils ont occupé notre pays par la force et ils ne l’évacueront que grâce à la force. Fils de l’Égypte, vous qui êtes son espérance, l’Égypte vous regarde. Cette journée est votre journée. Les soldats anglais violent vos mères et vos sœurs. Et vous, que faites-vous ? »

C’est l’argumentaire d’Hassan Mo’men, « le responsable du parti Wafd à l’université », pour soulever les étudiants : le moins qu’on puisse dire est qu’il utilise une rhétorique basée sur l’émotivité machiste…
Alaa al-Aswany excelle à croquer ses personnages aux traits caractéristiques ; ils dénotent son sens de l’observation (cf. Bahr le barman, ou Aïcha et sa fille Faïqa). La peinture des atermoiements de la main-d’œuvre servile du Club en difficile voie de passage de la résignation à l’indignation, leur "prise de conscience politique" parallèle à celle de l’Égypte dominée/ occupée/ colonisée par l’Angleterre, est particulièrement fouillée.
« La justice pervertit les serviteurs. »

L’invention de l’automobile par Carl Benz en Allemagne, épaulé par sa femme Bertha, qui débute le roman, de même que le découpage des séquences des fils de différentes vies, m’ont paru plutôt inappropriés ou artificiels, ainsi que la fin.

Mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #fratrie #social
par Tristram
le Mar 10 Déc - 23:08
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
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Rutebeuf

Le premier béguinage du royaume fut institué à Paris par et sous la protection de Saint-Louis en 1264,  là nous avons une indication historique, le poème ci-dessous est à plutôt dater de la fin de la vie de Rutebeuf.

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Le Dit des Béguines

Spoiler:
Le béguinage naît à la fin du XIIème à Liège dans l'actuelle Belgique, existe encore aujourd'hui et paraît même connaître un regain non seulement d'intérêt, mais de vitalité, après une histoire toute en éclipses et discontinuités.

Pourtant, c'est un peu un pis-aller, une moins mauvaise solution à l'origine:

Les couvents ne pouvaient absorber toutes les vocations (un numerus clausus fut même promulgué, en 1215 au Concile de Latran, tellement les candidatures à la vie monacale étaient nombreuses !), surtout féminines, lesquelles ne pouvaient, en somme, pas être reversées dans le clergé séculier et donc difficilement dans le clergé régulier, à peine dans les nouveaux ordres mendiants, en particulier la branche franciscaine - les Clarisses -:
Ce sont ces ordres mendiants qui ont, sinon peut-être "inventé", du moins protégé et cherché à propager le béguinage.
S'ajoutent aux candidates de vocation un gros afflux venu du veuvage et du célibat féminin non choisi de manière générale, conséquence des guerres, épidémies, rapines et de l'insécurité (le royaume de France étant un peu plus épargné que ses voisins, ce qui peut expliquer une diffusion plus tardive du mouvement du béguinage).

Les béguines optent pour une vie communautaire (repas, prières, soins, travaux...), logent chacune dans un petit habitat individuel le plus souvent, lesquels habitats sont contigus et groupés autour d'une chapelle, ou d'une église, le béguinage étant sous la direction d'une Maîtresse entourée de son Conseil, cette hiérarchie étant le plus souvent élue, mais pouvant être nommée.
Elles ne prononcent pas de vœux et se confortent à un règlement souple qui n'est pas une Règle, à l'instar de celles de Saint-Benoît ou de Saint-François, mais tend à s'en approcher.
C'est une manière d'entraide, quelques garanties de sécurité, la protection royale et des ordres mendiants, une bonne façon de vivre sa foi tout en conservant son autonomie, en restant économiquement actif et en vivant dans le Siècle et non cloîtré: bref, ce n'est pas rien au XIIIème, on comprend l'engouement et la rapide propagation (une ville comme Strasbourg en comptera vite plusieurs dizaines !).

La réaction ne se fait pas attendre: Le Concile de Vienne de 1312 interdit les béguinages, qui subsistent toutefois en Flandre, protégés par quatre évêques n'ayant pas froid aux yeux...

Avant ceci, les béguinages provoquent l'ire de Rutebeuf, qui n'a ni argent, ni logement confortable ou adapté, ni vêtement, ni protection, ni revenu, ni perspectives, et leur reproche ouvertement de n'être pas tout à fait des religieuses mais de bénéficier du respect dû à celles-ci, idem, sinon de pouvoir faire tout ce qu'elles veulent, du moins de jouir d'une certaine liberté alliée à une grande considération, et de changer de vie si elles le désirent, bref, tout ce qui lui manque...




Allez, assez bavassé, en avant pour un joli morceau satirique et drôle !

Li Diz des Béguines a écrit:

Des Béguines,


ou ci encoumence


LI DIZ DES BÉGUINES





En riens que Béguine die
N’entendeiz tuit se bien non ;
Tot est de religion
Quanque hon trueve en sa vie :

Sa parole est prophécie ;
S’ele rit, c’est compaignie ;
S’el’ pleure, dévocion ;
S’ele dort, ele est ravie ;
S’el’ songe, c’est vision ;
S’ele ment, non créeiz mie.

Se Béguine se marie,
S’est sa conversacions :
Ces veulz, sa prophécions
N’est pas à toute sa vie.
Cest an pleure et cest an prie,
Et cest an panrra baron.
Or est Marthe, or est Marie ;
Or se garde, or se marie,
Mais n’en dites se bien non :
Li Rois no sofferroit mie.


Explicit des Béguines.


Proposition de transcription:

Le dit des Béguines

En chaque chose qu'une Béguine dit
N'entendez rien sauf du bien:
Tout est conforme à la religion
Quoi qu'on puisse trouver dans sa vie.

Sa parole est prophétie;
Si elle rit, c'est convivial;
Si elle pleure, dévotion;
Si elle dort, elle est en extase;
Si elle songe, c'est vision;
Si elle ment, n'en croyez rien.

Si elle se marie,
C'est sa nouvelle conversion:
Ses vœux, sa profession de Foi
N'est pas édictée pour la vie.
Cette année elle pleure et cette année elle prie,
Et cette année elle prendra baron pour mari:
Elle est Marthe, elle est Marie,
Elle est chaste, elle se marie,
Mais n'en dites que du bien sinon:
Le Roi ne le souffrirait point.


En somme Rutebeuf reproche que les Béguines aient l'avantage d'une vie ecclésiale, et l'approbation des puissants, sans en connaître les inconvénients: j'ai failli cocher #Jalousie parmi les mots-clefs suggérés.
Il préfigure la décision d'interdiction qui les frappera au siècle suivant.

Lui qui ne connaît que la paille, la misère, les expédients doit trouver que le béguinage, c'est le comble du bien-être, du nantissement en sus d'une vie orans et laborans, qui est le nec plus ultra rêvé du temps...
D'où ce ton persiffleur, cette charge, ce coup de griffe destiné à écorcher.

On est loin du raffinement, de l'aboutissement formel extraordinaire de La griesche d'yver.
Cette prosodie est rendue acérée via le balancement très incisif des S..., quasiment sur les douze vers qui précèdent les deux Or...  proches des vers finaux.
Ces deux vers "Or..." marquent un ralentissement préparatif à la touche terminale du dernier vers, osée, et qui constituerait peut-être une indication de datation à mettre au conditionnel:
Ce serait sous le règne de Philippe III Le hardi et non de Saint-Louis que ce Dit des Béguines fut composé.

Mots-clés : #conditionfeminine #humour #moyenage #poésie
par Aventin
le Lun 11 Nov - 10:10
 
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Sujet: Rutebeuf
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Miriam Toews

Ce qu’elles disent

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Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct - 18:03
 
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Sujet: Miriam Toews
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Daniel de Roulet

10 petites anarchistes

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Au XIXème siècle, elles partent du Jura suisse  où les hommes et la vie les ont déçues, ces 10 jeunes femmes qui vont, avec une belle bande d’enfants,  tenter de vivre une utopie anarchiste en Amérique du Sud. L’exil, le climat, la rudesse des mâles, la difficulté de la tâche, l’amour, la mort, vont les éliminer une à une en dix  chapitres ouvertement placés sous la  férule d’Agatha Christie. Mais elles auront vécu – et partagé par ce roman - une belle aventure tout à la fois politique et humaine : d’amitié, de coopération .


Mots-clés : #amitié #conditionfeminine #immigration #politique #social #solidarite #xixesiecle
par topocl
le Jeu 3 Oct - 11:15
 
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Luca Di Fulvio

Le gang des rêves

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Titre original: La gang dei sogni. Paru en italien en 2008, roman, 920 pages environ.

Le roman débute à Aspromonte, Calabre, au début du XXème siècle.
Une petite fille (Cetta) grandit sous le regard de sa mère mais aussi celui, concupiscent, du patron de celle-ci, qui visiblement possède êtres, terres et choses et en dispose à son gré.
Cetta, devenue adolescente, se fait estropier par surprise par sa mère, afin de lui éviter les griffes du patron ou de l'entourage de celui-ci.
Ce sera sans succès et elle accouchera, "à presque quatorze ans", d'un garçon prénommé Natale, c'est-à-dire Noël.
Peu désireuse d'appartenir au patron comme l'une de ses terres, elle s'embarque à Naples pour l'Amérique avec son bébé. La traversée se passe en viols continus par le capitaine, contre un quignon de pain et un peu d'eau. Une fois débarqués à Ellis Island et sur recommandation du capitaine, la petite fille, flanquée de son bébé, va connaître des années durant la prostitution en maison close.
Son maquereau, Sal Tropea, sous des allures brutales est doté d'un cœur ainsi qu'on s'en aperçoit petit à petit au fil des pages, pour un premier élément un peu positif dans ce livre, ce qu'on n'osait plus espérer. Ce personnage de souteneur-gangster impuissant fait un petit peu songer à Sanctuaire, de Faulkner, est-ce là une référence que Di Fulvio est allé glaner ?
Une référence certaine est l'emprunt de Diamond Dogs, de David Bowie, revendiqué en-tête du reste, comme nom de gang (tiré de l'album et de l'excellent tube éponymes).

Natale Luminata devient Christmas Luminata, grandit dans le New-York du Lower East Side dans la pauvreté, la violence et hors système scolaire: il ne veut plus retourner à l'école depuis que des gamins lui ont tracé un P à la pointe du couteau sur la poitrine, qui lui laissera une cicatrice à vie, P signifiant Putain en rapport au métier exercé par sa mère.
Son bagout, une ou deux rencontres (Santo le copain docile et effacé, Pep le boucher à la chienne galeuse), et l'observation active de la rue, ses mœurs, ses codes et son spectacle lui tiennent lieu d'apprentissage de la vie.
Son destin commence à basculer le jour où il recueille, dans les immondices d'un terrain en chantier, une adolescente de son âge, presque moribonde, frappée, violée et amputée d'un doigt. Elle se trouve être Ruth Isaacson, petite-fille d'un millionnaire en vue...
mais je ne vais pas vous résumer les 700 pages restantes !

Comme je le disais sur le fil Nos lectures en Août 2019, Di Fulvio pratique un matraquage à la violence, au sordide et à l'abjection durant les premiers chapitres, sans doute pour aguicher le voyeur-lecteur, ça doit marcher sans doute (est-ce assez "grand public" ?), mais, franchement, à mon goût là il en fait trop: a-t-on besoin de ce pilonnage systématique alors qu'on vient à peine de quitter l'embarcadère pour une traversée de plus de 900 pages ?
Retors, il ajoute alors des retours chronologiques permanents afin de bien laisser la tête lourde  à l'heure de reposer le livre sur votre chevet, comme si le contenu ne suffisait pas (le lecteur n'auto-intitulera pas ce bouquin "Le gang des bonnes nuits et des beaux rêves").

Heureusement Di Fulvio rentre à temps dans une espèce de linéarité chronologique, et l'ouvrage se suit, au fil des pages comme si c'était au gré d'un courant non tumultueux. Homme de théâtre, Di Fulvio fait de chaque chapitre une entrée en scène: on suit le ou les personnages avant de passer à une autre scène, un autre lieu souvent, au chapitre suivant.

Reste à décerner beaucoup de points positifs, comme le style, alerte, vif, Luca Di Fulvio s'avère être une plume rompue au tournemain du savoir-camper, tout en restant percutante, sans encombrer.
De plus l'ensemble du roman est bien découpé/calibré, et c'est remarquable sur la très longue distance de cet ouvrage (exercice très casse-figure, tout le monde n'est pas Tolstoï !), et le final, parti de loin, amené sur 150 pages environ, assez travaillé et pas nécessairement prévisible, m'a ravi, m'arrache quelques applaudissements spontanés (encore la patte de l'homme de théâtre, peut-être ?).






Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #enfance #esclavage #immigration #prostitution #segregation #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 10 Aoû - 6:05
 
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Sujet: Luca Di Fulvio
Réponses: 5
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