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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 25 Mai - 4:21

8 résultats trouvés pour alpinisme

Le One-shot des paresseux

Stéphanie Bodet

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Biographie: L'ouvrage À la verticale de soi étant assez autobiographique, et puis ceci n'est pas une ouverture de fil, on va juste préciser qu'elle est une grimpeuse de top niveau vivant de sa passion (enfin, ça, elle vous l'expliquera), laquelle s'allie comme un gant (ou plutôt comme un coincement dans un offwidth) au voyage et à un goût certain et affiné pour la littérature ainsi que pour l'autre, autrui en général, et enfin qu'elle forme un beau couple longévif avec Arnaud Petit.


Bibliographie:
 Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende : les plus belles escalades d'Europe, Grenoble, Glénat, coll. « Montagne randonnée », 2006, 143 p.
 -  Salto Angel, Chamonix, Guérin, La Petite collection, 2008.
 -  Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende, Grenoble, Glénat, Collection Montagne-évasion.
 -  À la verticale de soi, Chamonix, Éditions Paulsen, Collection Guérin, 2016,
 -  Habiter le monde, Stéphanie Bodet, Editions L'Arpenteur, 2019, 288 p.


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À la verticale de soi
Autobiographie, 300 pages environ y compris portfolios (certaines photos sont à couper le souffle).


Tag alpinisme sur Des Choses à lire A_la_v10
Paru en 2016 dans la fameuse collection Guérin "couverture rouge", éditions Paulsen, déception: format semi-poche en revanche, dit Terra Nova, je préférais les grands formats de chez Guérin-Paulsen, ça faisait beau livre en plus...

Petit froncement d'arcade à l'ouverture de l'ouvrage, la préface est de l'immanquable Sylvain Tesson. Qu'on se rassure, il donne dans le sobre.
Fidèle aux codes de l'autobio en matière d'alpinisme (on n'avait aucun doute sur le fait qu'elle les connaissait et les maîtrisait ceci dit), la belle Stéphanie commence par un chapitre-choc. Audacieuse, la suite de ce chapitre est située à la fin de l'ouvrage.

Puis c'est l'enfance, l'adolescence, la jeunesse qui se déroulent comme on délove une corde, avec le grand choc de la mort subite de sa sœur toute jeunette encore.

La rencontre avec Arnaud, les années-compètes, les années-voyages.
La maison, l'installation.
Stéphanie Bodet est tout à tour espiègle, enjouée, drôle, grave, inquiète rarement, de cette intranquillité maladive, comme elle dit si bien, qui au fond la fait avancer.

Aussi, le grand point d'interrogation existentiel.
Le choix de pas d'enfants, les années noires, les pépins physiques - de qui donc est cette sentence que je profère moi-même parfois quand les circonstances autorisent de la placer:  "on n'arrive pas indemne à quarante ans ?".
 
Le besoin de faire sens, venant de quelqu'un qui ne vit pas dans sa bulle grimpante (comme on peut en croiser, eh oui).

Stéphanie Bodet a une belle sensibilité, une écriture assez fine et non dénuée de joliesse; normal elle a un CAPES de Lettres me direz-vous, mais justement non, son écriture n'est pas livrée avec les copeaux d'emballage de la fac et le ton n'est jamais universitaire. Beaucoup de clins d'œil littéraires, références et citations parsèment l'ouvrage, avec à-propos, ce n'est jamais pompeux, et puis ce sont souvent des auteurs appréciés et commentés ici-chez-nous, sur deschosesàlire...

Bien sûr ça me ravit, il manquait une plume d'une telle envergure au genre littéraire alpinisme, catégorie francophone, depuis au moins... pfftt... Pierre Mazeaud, Gaston Rébuffat même qui sait ?
Les talents littéraires de Rébuffat et Mazeaud étaient trés différents entre eux, ceux de Stéphanie Bodet procèdent d'une autre singularité encore. 

Petit extrait, peut-être pas plus illustratif du style que ça j'en conviens mais qui percute bien, de surcroît j'ai bassement élu un passage de pure escalade:
À plus de 500 mètres du sol, tous les ingrédients sont réunis pour parfaire l'aventure: mauvais temps et neige sur les prises. C'est ma petite Patagonie à moi la Fleur de Lotus [NB: le nom de la voie], c'est mon Himalaya. L'initiation tant attendue !
 Le grésil me fouette le visage. Les joues en feu et la goutte au nez, , je jubile. Beth doit penser que je suis folle à lier...Encapuchonnée, les doigts gelés, je pose un câblé dans la fissure et parviens à franchir au prix d'un jeté aléatoire le petit toit de la longueur difficile. J'aime bien cette sensation de recul sur le rocher, on s'apprête à tomber quand soudain, ça tient, on ne sait pas comment mais enfin, ça a tenu ! Un bien ancré sur un cristal, trois doigts refermés sur une petite pincette de granit et un biceps sans doute congelé qui refuse de s'ouvrir, le tour est joué, me voilà au relais.
 Au sommet, tandis que Tommy réchauffe les pieds de sa douce dans sa doudoune, le vent tombe soudain. Une éclaircie déchire le voile de brume, la neige fond en scintillantes traînées sur les parois alentour. Le lac apparaît au fond de la vallée comme une profonde échancrure dans la fourrure sans fin des forêts. L'atmosphère redevient accueillante, étrangement plate même et sans relief...
 



Cet ouvrage est susceptible de plaire à beaucoup d'entre les habitués de ce forum -une majorité, peut-être, d'entre ceux-là- en tous cas bien au-delà de ceux auxquels on l'associerait spontanément en premier, à savoir Églantine et Avadoro, lesquels, du reste, l'ont possiblement déjà lu !




Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #contemporain #sports
par Aventin
le Sam 8 Fév - 0:02
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Le One-shot des paresseux

Trois curés en montagne

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Récit, ré-édité en 2012 par Hoëbeke, qui l'avait déjà ré-édité en 2004, première publication: 1950, éd. B. Arthaud.
165 pages environ.

Jean Sarenne est le pseudonyme du curé d'Huez en Oisans, Jean Zellweger (1915-1974).
Son pseudo est tiré du glacier de Sarenne, devenu aujourd'hui le théâtre lifté d'une...piste noire de la station de ski de l'Alpe d'Huez...O tempora...


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Avant-propos a écrit:D'ordinaire l'alpiniste "pond" son livre sur la montagne quand il a pu le bourrer d'exploits qui le remplissent comme un œuf.
  Nous n'avons pas voulu faire de même, non par souci d'originalité, mais parce qu'en fait nos plus fortes émotions, nos plus beaux souvenirs, nos plus prestigieuses aventures restent attachés à notre premier contact avec la haute montagne.

  Que les gens d'expérience, qui seraient tentés de crier à la mystification, veulent bien se rappeler leurs débuts.
Ils deviendront indulgents.  


La découverte de l'alpinisme par de jeunes séminaristes autodidactes, à la fin des années 1930.
Il y règne un humour tendre, un humour de joie, antithétique au ricanement, le sourire fondant en rire qui ne fait pas mal, n'égratigne pas (le seul qui vaille ?), fondé sur beaucoup d'autodérision, ne se laissant jamais tout à fait aller au narquois; on pense (mais c'est facile, ils sont cités) à Tartarin sur les Alpes, d'Alphonse Daudet, et (beaucoup !) aux aquarelles de Samivel:

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Ce Jean Sarenne a une très agréable plume, on sent, et c'est régal, qu'il ne se prend absolument pas au sérieux dans son rôle d'écrivain, qu'il est là pour faire passer un bon moment, dénué de la moindre prétention, à son lecteur.
On sourit d'attendrissement, un peu en pouffant "oh la la !" aux tribulations de nos séminaristes, qui ne sont d'ailleurs que deux sur un bon deux tiers de l'ouvrage.

Le dernier chapitre (dix ans après, en face nord des Drus) sonne un peu comme un addenda, chapitre de littérature alpine pas loin de l'excellence (on sent que l'auteur en connaît les codes, tiens, tiens !), qui ne déparerait pas publié dans l'une de ces revues aussi prestigieuses que confidentielles (suivez mon regard).
Mais, si ça se déguste volontiers ce type de trouvaille inespérée, c'est moins dans le ton, un peu déconnecté du reste du livre, une manière d'à-part.

On troublerait probablement la modestie de l'auteur en son repos en regrettant que ce livre-là soit sa seule parution, en ajoutant qu'il a l'œil et qu'il sait crayonner: je fus totalement embarqué par son regard doux, qu'il sait faire passer via sa plume agile, gracile même par instants, allant jusqu'à des accointances avec un burlesque un peu perdu aujourd'hui et qui faisait florès il y a un siècle, façon Pieds Nickelés ou Buster Keaton.



Chapitre 1, L'idée a écrit:Un piolet peut être très pratique. Dans les rues d'une ville, avec une soutane et le grand chapeau ecclésiastique, il peut aussi être très encombrant.


Chapitre 10, La piste a écrit:En face de nous jaillissaient en plein ciel les Bans, telle une incisive noire sur une incisive blanche. Ils étaient ce que nous avions imaginé. Par contre, le glacier était plus blanc et lumineux que prévu. Son aspect de crème fouettée nous faisait songer aux montagnes suisses; je ne sais pourquoi, car nous ne les avions pas encore vues. Il s'étirait à la base en une coulée grise semblable à une monstrueuse patte. Elle rappelait le mystère que le Corrège a peint sur les flancs de son Io.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit: Un alpiniste a dit quelque part que dans un cas pareil le mieux est de s'occuper l'esprit avec une idée absorbante, celle de la femme aimée par exemple. La recette m'avait paru un remède de commère, injurieux et pour la dignité de l'élue assimilée aux narcotiques et pour la vigueur intellectuelle de celui qui voulait en user ainsi. Ne sachant plus comment soulager ma peine, je fus sur le point d'envier ceux qui pouvaient ainsi se droguer mentalement. Heureusement pour moi je me mis à avoir peur, ce qui me guérit de la monotonie et de ses tentations.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit:Une large crevasse la longeait à la base.
"Ce doit être une rimaye", me dit Jo. Et il sourit comme pour s'excuser de l'emploi d'un terme aussi technique. Nous étions un peu confus et troublés, Il faut dire que les lèvres de la crevasse étaient un peu trop ouvertes pour notre ardeur de débutants. Elles semblaient avides, et découvraient de longues stalactites de glace semblables à des dents de requin...
 En vérité j'aurais préféré une moins belle rimaye, mais j'ignorais encore les délicates intentions de la Providence.
 Je regardais le col, quand il sembla descendre à notre rencontre. D'un seul coup, et partout à la fois, la neige qui le remplissait se mit à glisser vers nous. Cette fois je voyais l'avalanche...
  Exactement dans son axe, les pieds dans une masse gluante et profonde, il nous eût été difficile de fuir. La terreur nous paralysa. Bouche ouverte, et ahuris, nous ne pûmes que nous faire tout petits en regardant l'énorme bourrelet qui dévalait de la montagne. Ils ont dû connaître notre peur les malheureux qui, le pied pris dans un rail, voient arriver sur eux soufflant et crachant un lourd train de marchandises,car ce qu'il y avait d'effrayant dans la masse qui avançait, ce n'était pas sa vitesse - elle n'allait pas vite - c'était plutôt quelque chose de comparable à un bouillonnement interne. De puissantes bielles semblaient faire tournoyer la neige sur elle-même en une multitude de rouleaux s'écrasant les uns sur les autres, et le tout avait des allures d'une vague écumeuse courant sur la grève.    


Chapitre 12, Les bœufs rouges a écrit:- À la messe ?
 La pauvre fille en perdit la voix. Comment, nous avions fait les fous, nous avions ri, chanté, plaisanté, nous étions trois gaillards qui semblaient être de joyeux lurons, et nous parlions de bigoteries moyenâgeuses ! Elle ne comprenait plus.
Cette histoire de messe mettait en déroute toute sa psychologie pratique. Elle se mit à nous épier.
Finalement, n'y tenant plus, elle s'écria:
"Mais qui êtes-vous donc ?
- Des séminaristes, on vous l'a dit ce matin.
- Ah !" fit-elle.
  Puis, après un silence: "Et qu'est-ce au juste que des séminaristes ?"
 Le ton était dégagé, comme celui qu'on prend pour dire:
Mais quel est donc ce personnage bien connu, vous savez, celui qui...
"Des séminaristes, dis-je, ce sont des gens qui portent la soutane. Nous sommes trois curés, si vous aimez mieux, trois curés en montagne."
 L'incognito est toujours amusant. Mais on a quelquefois plaisir à le dévoiler. Un jour je fus pris par un clochard pour un de ses respectables confrères. Je revenais d'Oisans. La méprise était donc excusable. Notre conversation roula sur les curés, "ces salauds qui se nourrissent sur la sueur du peuple". Je sus parler du Grand Soir avec enthousiasme. Ce qui me valut plusieurs tapes dans le dos: "Toi t'es un pote, disait l'ami, viens boire un verre".
 Par hasard j'avais une carte de visite. Au moment des adieux je la donnais au bonhomme en guise de souvenir. Il parut surpris.
 Je crois que Simone le fut davantage. Elle devait être de celles qui touchent du bois au passage des robes noires.
   




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Mots-clés : #alpinisme #amitié #humour #sports #xxesiecle
par Aventin
le Ven 29 Nov - 19:34
 
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Le One-shot des paresseux

Les nouveaux alpinistes

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2018, éd. Glénat. 240 pages environ, plus un glossaire et une note bibliographique.

Par Claude Gardien:
Alpiniste, guide de haute-montagne, a été rédacteur en chef de la revue spécialisée Vertical, est membre permanent du jury des Piolets d'Or.

On est en 1953. Lucien Devies, après la première ascension de l'Everest (qu'on se met -et c'est joie- à appeler de plus en plus de nos jours de son nom népalais, Sagarmāthā, ou de son nom tibétain Jomo lang ma - souvent transcrit Chomolungma), lâche un retentissant:

Pour les alpinistes, le temps du monde fini commence.


Tout l'art, toute l'érudition et tout le recul d'un observateur aussi bien placé que Claude Gardien tend vers la démonstration, assez fine et pertinente dois-je dire, que cette finitude n'en est guère une, et que le ressort créatif et performant se porte toujours aussi bien, enneigeant d'un coup les respectables notions d'âge d'or, d'alpinisme d'exploration (si ce n'est de prétexte scientifique, comme ce fut le cas au temps des grands ancêtres), et les sous-entendus: tout a été fait, et c'était mieux avant.

Il en vient à conclure:

chapitre L'état de l'art a écrit:Au milieu des années 1970, grimpeurs et alpinistes, en se tournant vers l'escalade libre et le style alpin, ont remis l'impossible au goût du jour. On sait que certaines ascensions ne sont pas encore envisageables. Paradoxalement, c'est le retour de cet impossible qui a fait faire d'incroyables progrès à l'escalade et à l'alpinisme. En quarante ans, on est passé du 6b au 9c, on a réintroduit le respect du rocher, et donc de la nature, on a réinventé l'escalade mixte, on s'est engagé dans les plus hautes parois du monde avec l'aide d'un seul compagnon de cordée, en emportant seulement ce qu'un sac à dos pouvait contenir. Les expressions "vaincre" ou "conquérir" une montagne ont disparu des discours. On tente, on réussit parfois, les seules victoires, les seules conquêtes sont intérieures. On est passé d'un alpinisme de conquête à un alpinisme du respect. La seule lutte qui reste à mener est celle de la protection des montagnes.

 Ce n'est pas l'absence de projets encore irréalistes et de perspectives nouvelles qui guette l'alpinisme. L'activité n'est pas pour autant à l'abri d'une érosion de son intérêt...
Les sociétés dites évoluées acceptent de plus en plus difficilement la prise de risques gratuite.


Et cette dernière menace pèse énormément, à mon humble avis, elle est à prendre très au sérieux.

Sur les choix de voies, de faces, de sommets, d'alpinistes mis en lumière par Claude Gardien, il m'est arrivé de tiquer un peu.
Quelques grands oublis, du moins tel que je les perçois vaché au relais à l'appui de mon balcon orienté sud-ouest, mais l'auteur se fend d'un mot d'excuse liminaire:
mot d'excuse... a écrit: ...à tous les alpinistes qui ne sont pas cités dans ce livre, qui ont pourtant donné tout ce dont ils étaient capables dans des ascensions extraordinaires.
  Le but était de tenter d'expliquer l'évolution de l'alpinisme à partir d'exemples concrets. Choisis bien sûr en toute subjectivité...et en nombre limité, afin de faire tenir cette histoire tronquée en un seul volume.


Puis-je introduire une remarque d'ordre tracé, itinéraire et choix, cher M. Gardien ?

Le pyrénéiste que je fus et suis encore un tout petit peu trouve fâcheux que la seule voie pyrénéenne ayant l'honneur de votre encre et de vos pages soit l'exploit Overdose, voie sur la Grande Cascade du cirque de Gavarnie, ouverte en mars 1978 par Dominique Julien, Rainier "Bunny" Munsch, Serge Casteran et Michel Boulang: encore à ce jour jamais répétée.
(NB: On ajoutera, mais c'est géographiquement très capillotracté, la mention sèche en mode "no other comment" -de quoi réveiller les TOCS de ceux qui en sont affligés- du Naranjo de Bulnes, sur lequel se nourrissent encore les exploits en ces 2010 finissantes et vous êtes placé pour le savoir, mais le Naranjo de Bulnes se trouve dans les Picos de Europa, ceci dit les alpinistes qui ont fait le renom de cette incroyable face géante sont tous pyrénéistes).

Le lecteur pyrénéen trouve aussi que des cordées comme celle des jumeaux Ravier, ou celle des aragonais légendaires Rabada-Navarro n'eussent nullement déparé ces pages.
Il estime que si le Vignemale avait été enchâssé quelque part entre Drus et Jorasses, Claude Gardien n'eût pas manqué de parler d'une voie comme celle de Patrice de Bellefon & compères, directissime en face nord dans les années 1970, non encore répétée à ce jour, ou encore en pages historique la conquête du couloir de Gaube et son fameux bloc coincé, voie étrennée par le grand guide Célestin Passet & clients (Brulle, Bazillac, de Monts) & guide associé (François Bernat-Salles) en août 1889, la première répétition s'osant seulement un demi-siècle plus tard.
Dans la même face, la voie Les Délinquants de l'Inutile  (mars 1994) valut, rappel (sur 2 brins de huit mm) M. Gardien, le Piolet d'Or à Christian Ravier, Rémi Thivel et Benoît Dandonneau.

Il estime enfin que le Pamir, le Caucase, la Sibérie orientale, les rocheuses nord-américaines, le Québec, les Andes d'altitude (mais quel oubli !), le Groenland, etc... pour ne citer qu'un faible échantillon, ont déroulé des pages alpinistiques de tout premier plan.

Tout mon étonnement aussi de constater que les Alpes finissent, au sud, au gapençais, à l'est aux dolomites, au nord à l'Eiger.
Et pas un mot sur les Carpathes, les Tartas, le Triglav à peine cité...Et que dire des voies glaciaires de Lionel Daudet aux Îles Kerguelen, archétype de réalisation à même de vous séduire...

Pour en rester à vos montagnes de prédilection, par exemple la première des Drus par les russes Babanov et Kochelenko en 1998 juste après que des pans entiers de la montagne se fussent écroulés, rendant caducs à jamais les itinéraires, les tracés précédents, et sans que nul sache ce que valait ce granit tout neuf, comme nouveau-né, issu des entrailles des Alpes, eût amplement mérité mention...  

Mais, je vois bien que je chipote: qu'un jour advienne à partager un bivouac abominaffreux autour d'un réchaud en fin de gaz et je suis sûr, cher Claude Gardien, que si l'on vous laisse parler de ces laissés-pour-compte, ce sera magnifique.    
Juste l'impression que vous êtes victime du mal français qui veut une capitale, votre Paris est Chamonix, et qui tende vers l'universel, pour l'imposer le plus souvent malencontreusement: sur ça aussi je ne doute pas une seconde que vous ayez beaucoup à dire.

Merci, un grand merci d'avoir fait un ouvrage grand-public, le moins technique possible et ce n'était pas facile, c'est à lire à proximité d'un moteur de recherches, visualiser ces faces rocheuses &/ou glaciaires (et ces visages humains) est essentiel.  
Si je recommande cet ouvrage ?
Oui, ça va de soi !

Mots-clés : #alpinisme #aventure #historique #sports
par Aventin
le Mer 20 Nov - 17:05
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Paolo Cognetti

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Sans jamais atteindre le sommet – Voyage dans l’Himalaya


Originale : Senza mai arrivare in cima (Italien, 2018)

Présentation a écrit:« J’ai fini par y aller vraiment, dans l’Himalaya. Non pour escalader les sommets, comme j’en rêvais enfant, mais pour explorer les vallées. Je voulais voir si, quelque part sur terre, il existait encore une montagne intègre, la voir de mes yeux
avant qu’elle ne disparaisse. J’ai quitté les Alpes abandonnées et urbanisées et j’ai atterri dans le coin le plus reculé du Népal, un petit Tibet qui survit à l’ombre du grand, aujourd’hui perdu. J’ai parcouru 300 kilomètres à pied et franchi huit cols à plus de 5 000 mètres, sans atteindre aucun sommet. J’avais, pour me tenir compagnie, un livre culte, un chien rencontré sur la route, des amis : au retour, il me restait les amis. »

 
REMARQUES :
Il s’agit donc bien d’un récit d’un voyage que l’auteur entrepris en Octobre 2017 avec quelques amis dans la région du Dolpo, dans le Nord-Ouest du Népal, une zone frontalière du Tibet (chinoise) et vivant encore plus authentiquemment dans les traditions tibétaines. Pour Cognetti, même dans un certain sens allergique des vrais hauteurs (il est pris par des lourdeurs, des vomissements etc), c’est la première fois qu’il va dépasser les 5000 mètres, mais toujours en passant par des côls, pas en atteignant des sommets. Il s’agit d’autre chose : y-a-t-il encore des régions vraiment intouchées (plus ou moins) face aux Alpes urbanisées et ultramaîtrisées ?

Après une introduction on va accompagner l’auteur à travers quatre chapitres, bien accompagnés par quelques desseins de crayons simples et sympas. Un guide, un livre de chevet emporté est bien « Le léopard de neiges » de Peter Matthiessen, qui lui a traversé une partie de ces chemins en Septembre 1973.

Avec toute une recherche d’authenticité reste bien sûr la sécurité d’un groupe constitué finalement de plus que deux douzaine de gens, porteurs, guides etc inclus, qui font que Cognetti peut profiter des temps « vides », n’a pas besoin de s’occuper trop des aléas pratiques…

Il y a du charme dans les descriptions de ces contrées encore réculées (juques à quand?). Cognetti se met en dialogue avec la nature, les personnes et l’environnement qu’il rencontre ou avec lesquels il fait cette expédition, partage ses expériences face à la hauteurs et le mal des hauteurs qui peut mener jusqu’au vertige et un état mi-hallucinatoire.

Peut-être on peut s’étonner de la minceur du livre (en Italien seulement une bonne centaine de pages!)? D’une certaine forme de contradiction : justifier sa propre présence tout en ayant parfois une mauvaise conscience ou un mauvais pressentiment ?

Néanmoins Cognetti reste sympa et attachant!


Mots-clés : #alpinisme #voyage
par tom léo
le Jeu 18 Juil - 15:57
 
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Sujet: Paolo Cognetti
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Martin Hirsch

La lettre perdue

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Après l'avoir portée sur lui pendant 23 ans, l'avoir lue et relue, apprise par cœur, Martin Hirsch a perdu  la dernière lettre écrite par son père, celle qui le félicitait pour sa réussite au concours de l'ENA, et le mettait en garde contre la suffisance.

C'est l'occasion pour lui de revenir sur son parcours, et surtout sur la notion d'engagement qui a mené sa destinée, conduit lui ses décisions, mis son empreinte sur son parcours.

Martin Hirsch revient sur des personnes, des personnalités, des événements, des situations anecdotiques ou non, certaines savoureuses, des épisodes, des liens, qui ont tous contribué à construire ce grand puzzle d'une vie dédiée à l'engagement. Il rend un hommage vibrant à son père et son grand-père.
Ça a l'air plutôt anecdotique comme ça, mais c'est une belle lecture avec un texte  bien écrit, par un esprit intelligent tout à la fois noble et humble, qui sait manier l'humour et reconnaître ses erreurs, Il y a de très belles pages sur la musique et l'alpinisme lequel est, pour lui, une autre représentation de l'engagement puisque :
Dans l'engagement, il y a la prise de risque, la mise en déséquilibre, le dépassement de soi, la participation à un projet collectif, la solidarisation avec une communauté, l'aspiration par le haut, la poursuite d'un idéal., l'envie de transformation.



Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #identite #politique
par topocl
le Mar 2 Avr - 17:11
 
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Sujet: Martin Hirsch
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René Daumal

Le Mont analogue
Roman d’aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques

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Le sous-titre dit beaucoup. Il s’agit donc d’alpinisme, d’aventures, de théories pataphysico-scientifiques, de recherche spirituelle, voire mystique. Mélanger le tout et vous obtenez Le Mont Analogue.

Plantons le décor :
Le narrateur, analysant d’anciennes mythologies, pose l’hypothèse de l’existence dans le monde d’une montagne gigantesque, encore inconnue, unissant la Terre et le Ciel, c’est le fameux mont Analogue .
Il est pris au mot par un certain Sogol (anagramme révélateur), alpiniste, ancien moine, mathématicien, inventeurs d’inventions absurdes et inutiles.

J’inventais aussitôt des appareils  ahurissants : un stylo qui bavait ou éclaboussait tous les cinq ou dix minutes, à l’usage des écrivains qui ont la plume trop facile…


Pas facile de rendre visite à l’appartement de Sobol, il faut y monter et y descendre en rappel.
Les deux compères décident de réunir une équipe de choc, tous fondus d’alpinisme mais possédant d’autres talents,  pour aller à la découverte du mont Analogue. Le passage ci-dessous se ressent d’un sentiment antiallemand (nous sommes pendant la guerre !) :

Bien qu’italien d’origine, il appartenait à une école d’alpinisme que l’on pourrait –grosso modo- appeler « l’école allemande ». On pourrait ainsi résumer la méthode de cette école : on attaque la face la plus abrupte de la montagne, par le couloir le plus pourri et le plus mitraillé par les chutes de pierre, et l’on monte vers le sommet tout droit, sans se permettre de chercher des détours plus commodes à gauche ou à droite ; en général on se fait tuer, mais, un jour ou l’autre, une cordée nationale arrive vivante à la cime.


Après de multiples calculs mathématiques, Sobol arrive à la conclusion que le mont Analogue n’a pas encore été découvert car caché dans une courbure de l’espace-temps (les théories d’Einstein sont assez récentes !). Il le situe assez précisément grâce au calcul de la répartition des masses et possède une théorie toute particulière pour y accéder.

Après une longue navigation, l’expédition aborde aux rivages du mont Analogue et découvrent un pays bien étrange… Un premier camp de base et établie mais en pénétrant plus loin… le roman s’arrête là en raison de la maladie et de la mort de l’auteur

La nuit se tassait encore autour de nous, au bas des sapins dont les cimes traçaient leur haute écriture sur le ciel déjà de perle ; puis, bas entre les troncs, des rougeurs s’allumèrent, et plusieurs d’entre nous virent s’ouvrir au ciel le bleu délavé des yeux de leurs grand-mères.


« Le Mont Analogue » est un ouvrage hétéroclite, à la fois potache, récit d’aventures, fable pré-écologique et apprentissage spirituel.

Encore faut-il que cette brave Physique mette en œuvre toute sa vieille astuce bretonne pour réunir sur ma table les éléments d’un repas ou n’entrent ni sulfate de baryte, ni gélatine, ni acide borique, ni acide sulfureux, ni aldéhyde formique, ni autres drogues de l’industrie alimentaire contemporaine. Un bon pot au feu vaut tout de même mieux qu’une philosophie menteuse.


Bien sûr, gravir le mont est se débarrasser de la technologie (les protagonistes abandonnent rapidement tout l’appareillage scientifique et technologique apporté), revenir vers la nature, retrouver des modes de pensées et des relations plus authentiques.

Le mont Analogue, c’est un peu un retour vers le Paradis perdu.
Pas étonnant que le livre ait connu un franc succès dans les années 60-70 avec le phénomène hippie et autres mouvements de nature semblable. A. Jororowsky s’est inspiré du livre pour le film « La Montagne sacrée » (pas vu).

Il faut tout de même souligner que le roman de Daumal souffre beaucoup de son inachèvement.  Je suis persuadé que l’auteur serait revenu sur certaines incohérences et maladresses. « Le Mont Analogue » aurait  été peut-être un grand livre. Nous nous consolerons en lisant aujourd’hui un « work in progress »…

Je termine par une citation plaisante :

L’expression satisfaite du docteur Beaver, chaque fois qu’il mangeait du hareng, me rendait hargneux. »


C’est un livre pour nos montagnards, églantine et Aventin  Very Happy


mots-clés : #alpinisme #aventure #nature
par ArenSor
le Mar 27 Mar - 10:43
 
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Sujet: René Daumal
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Russell Banks

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Voyager

Premier écrit lu de Banks, pour moi.
C'est une suite de récits dont le premier, nommé "voyager" est le plus construit et scénarisé. Les suivants sont des récits de voyage ou d'alpinisme. Pour ceux qui s'intéressent à ces domaines, allez-y, car cette lecture est tres agréable, l'auteur maitrise bien la distanciation nécessaire à ce genre, il sait entre intime et général porter par son style et sa personnalité une transmission qualitative de l'expérience.
Le premier récit est très intéressant car il y introduit avec beaucoup d'adresse une trame introspective , il résoud ce fameux bémol de la subjectivité dans le récit, l'inclue, la pare et la tient à distance tout à la fois.
C'est un beau portrait de l'artiste lui même.
Mais exécuté, sinon avec humilité dumoins avec une indulgence assez spirituelle et riante.

J'ai le sentiment d'avoir rencontré sa personnalité, elle est assez attachante, en tous cas solidement plantée, j'en ferais pas mon mentor, mais sa maîtrise dans l'écriture m'intéresse. Je le relirai.C'était bien.
Je pense que les lecteurs qui l'ont commenté ci dessus aimeront aussi.
Mots clefs, quant au contenu "voyage" : Caraïbes, Himalaya, Andes.

ps : Une réflexion intéressante sur le couple lui sert aussi de fil rouge, ici et là. De ce point de vue il a fait un très beau texte , avec le 1er, "Voyager". Beau menteur sincère.

mots-clés : #alpinisme #autobiographie #voyage
par Nadine
le Sam 21 Oct - 10:52
 
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Sujet: Russell Banks
Réponses: 29
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James Salter

L'Homme des hautes solitudes

Tag alpinisme sur Des Choses à lire 51g0jw10

L'histoire d'un alpiniste parmi tant d'autres !
Un superbe roman , froid , étincellant comme la glace vive dans laquelle Rand enfonce son piolet inlassablement pour ouvrir des voies sur ces immenses parois assassines .
Rand , qui erre dans la vie , sans toit ni loi ,juste le ciel étoilé pour se protéger et la montagne pour unique combat et union .....Une passion dévorante , dévastatrice , qui le vide de son moi intérieur ....Chaque nouvel exploit l'éloignant un peu plus de lui-même , de l'humanité ...Réussir là où d'autres y ont laissé leurs vies , consacrer sa vie à l'ascension sans autre but , les yeux constamment levés vers le ciel : Tel est l'unique "sens insensé"qui lui permet d'avancer !
Citation :
"-C'est une voie formidable .Tu sais qu'elle pourrait nous mener droit au sommet" ".
-Et même encore plus loin."


Oui... à part que ce "plus loin" , c'est l'inaccessible étoile .....
Oui ...à part qu'entre ces deux compagnons de cordées , les yeux rivés vers le même objectif , la rivalité les enchaine plus dangereusement qu'elle ne les assure ....

Oui ... à part que ce chemin , qui pourrait être celui de la sagesse, de l'amour et de la fraternité , de l'humilité , les conduit à nourrir un ego de plus en plus vide de sens ....
Et au bout du compte , la solitude comme seule réalité possible pour ces soi disant "héros", incapables de se frotter à une autre réalité que la paroi hostile de la montagne , et retournant à la vie "sur le plancher des vaches" presque désincarnés et déshumanisés....Voilà peut-être le dernier danger de la montagne , une fois le sommet atteint ....
une lecture foudroyante , qui ne pouvait que m'interpeller , connaissant un peu ce monde-là : Salter est brillant , aurait-il flirté lui même avec la roche dans sa jeunesse pour écrire sur le sujet avec autant de justesse ? !





mots-clés :  #alpinisme
par églantine
le Ven 11 Aoû - 23:18
 
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Sujet: James Salter
Réponses: 6
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