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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 7 Oct - 7:37

155 résultats trouvés pour amour

Javier Marías

L'Homme sentimental

Tag amour sur Des Choses à lire L_homm15

Dans la préface de l'auteur :
« Il me faut aller à tâtons et rien ne m’ennuierait ou ne me découragerait davantage en commençant un roman que de savoir exactement ce qu’il va être, quels personnages vont l’habiter, quand et comment ils vont apparaître ou disparaître, à quoi ressemblera leur vie ou la partie de leur vie que je vais raconter. Tout cela arrive à mesure que le roman s’écrit et appartient au domaine de l’invention, en prenant le mot dans son sens étymologique de découverte, de trouvaille ; et même, il y a des moments où l’on s’arrête et où l’on sent deux voies ouvertes pour continuer le récit, à l’opposé l’une de l’autre. Une fois le livre fini – c’est-à-dire une fois terminée la découverte, une fois que le livre existe dans une forme déterminée que la publication rend définitive –, il semble impossible qu’il eût pu être différent de ce qu’il est. Et alors on croit qu’on peut parler du livre, et même qu’on peut l’expliquer, avec d’autres mots que les siens propres, comme si ceux-ci ne pouvaient en aucun cas suffire.
L’Homme sentimental est une histoire d’amour dans laquelle l’amour n’est ni montré ni vécu, mais annoncé ou remémoré.
Cela peut-il être ? Ce qui, comme l’amour, est toujours urgent et pressant, nécessite la présence, la consommation ou la destruction immédiates, peut-on l’annoncer quand il n’existe pas encore ou se le rappeler vraiment quand il n’existe plus ? Ou bien, est-ce que l’annonce elle-même ou le simple souvenir font partie, déjà et encore, de cet amour ? Je n’en sais rien, mais ce que je crois, c’est que l’amour est fondé pour une bonne part sur son projet et sur son souvenir. C’est le sentiment qui exige la plus forte dose d’imagination, pas seulement quand on le pressent, qu’on le voit venir et pas seulement lorsque celui qui l’a vécu et perdu éprouve le besoin de se l’expliquer, mais aussi quand l’amour même est en plein mouvement et en pleine vigueur. Disons que c’est un sentiment qui veut toujours du fictif en plus de ce que lui apporte la réalité. En d’autres termes, pour aussi tangible et réel que nous le croyons en un moment donné, l’amour a toujours une projection imaginaire. Il reste toujours à accomplir, il est le royaume du possible. Ou de ce qui eût pu être possible. »

Le narrateur raconte son rêve du matin, abordant des évènements survenus quatre ans plus tôt. Il avait alors remarqué dans son compartiment de train deux hommes et une femme. L’un lui parut être un « exploiteur », despote et sûr de lui, elle mélancolique. Lui-même est chanteur d’opéra, et voyage beaucoup, de ville en capitale, tel un voyageur de commerce. Il rencontra dans un hôtel de Madrid le second homme, Dato, « l’accompagnateur » du couple, Manur étant un banquier belge et Natalia sa femme. Le narrateur et celle-ci commencent à se fréquenter beaucoup, en présence de l’étrange chaperon.
La psychologie des personnages est rendue avec une grande finesse ; voici une phrase ou deux, qui permettent aussi d’apprécier son style :
« Mais ce sont ces actions ou ces détails, parfois beaucoup plus imperceptibles et insignifiants, parfois en contradiction avec ce qu’ils dévoilent, parfois délibérés et parfois involontaires, qui nous permettent toujours de connaître, sans preuves, la nature des relations entre deux personnes ; ainsi, le salut bref et tranchant, les mains qui ne savent comment se serrer (habituées à d’autres contacts qui ne sont pas civils, eux), l’échange de regards opaques (douloureusement censurés) entre deux amoureux clandestins qui se retrouvent dans une fête, accompagnés de leurs époux respectifs ; ainsi l’affabilité et la sollicitude craintive (une main qui n’ose pas presser affectueusement un bras et qui se pose légèrement sur lui en cédant le pas, un sourire à contretemps qui déplore et à la fois assume l’impossibilité de pallier l’offense ou de récupérer la confiance) avec lesquelles on traite celui à qui, sans animosité, on a fait du mal ; ainsi les mains qui soudain se referment, l’hésitation des pas et la détermination subite avec laquelle avancent, après s’être aperçus dans la rue, ceux qui se haïssent ou ceux qui ne se sont jamais oubliés ; ainsi l’index de Manur, levé et immobile pendant quelques secondes, avant de me serrer la main, le jour où nous nous sommes rencontrés par hasard et où Dato, toujours maître des situations, tint à nous présenter : ce fut un geste d’avertissement que Manur essaya de faire passer pour un moment d’hésitation peu vraisemblable à propos de mon nom qu’il connaissait, disait-il, pour l’avoir vu imprimé une ou deux fois (« je n’oublie jamais un nom qui m’est tombé sous les yeux », dit-il, « ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que je me rappelle à qui revient ce nom, mais simplement je me rappelle l’avoir vu »), il ne savait plus sur l’instant si c’était sur des affiches d’opéra, sur des disques ou même – et alors cela aurait voulu dire qu’il avait assisté à une de mes représentations (« mais, en revanche, les visages ne me rappellent presque jamais rien ; et par ailleurs, vous êtes tellement déguisés, tellement méconnaissables », dit-il) – sur un programme. C’était un doigt qui menaçait clairement et la menace n’était voilée que par la brièveté du geste, mais les gens menacés ne manquent jamais de comprendre ces signes, surtout s’ils découvrent en les percevant, ce qui fut mon cas, qu’ils sont en train, eux aussi, de menacer le menaçant. »

Natalia ne se confie guère. Le narrateur évoque également Berta, avec qui il vécut, quittée voici donc quatre ans de cela et morte depuis, et le souvenir de sa triste enfance madrilène, cette ville dont il juge « les rues sales, asphyxiées, vulgaires ». Puis vient une confrontation avec Manur, qui a « acheté » Natalia quinze ans plus tôt.
« Et ce fut à partir de la conversation de cette matinée que je compris mieux, de même qu’un homme qui écrit peut commencer à comprendre ce qu’il écrit à partir d’une phrase fortuite qui lui apprend – non pas d’un coup, mais insensiblement – le pourquoi de toutes les phrases précédentes, pourquoi elles furent écrites de cette façon (qui ne lui paraîtra pas encore délibérée, mais pas davantage fortuite) alors qu’il croyait n’être en train que de tâtonner, que de jouer avec l’encre et le papier pour tuer le temps, à cause d’une commande ou à cause du sens du devoir qu’éprouvent ceux qui n’ont aucun devoir. »

Natalia le rejoignit alors, Manur se tua, et elle vient de le quitter sans explication.
Avec sa narration assez étrange et non dénuée d’humour, étonnant roman d’une histoire d’amour où l’aimée demeure "en creux", absente même si nommée, remémorée de sa rencontre à son départ sans que soient guère évoqués leurs quatre ans de vie commune : juste un avant et un après − et aussi d’autres profondeurs à peine entrevues.

\Mots-clés : #amour
par Tristram
le Dim 25 Sep - 13:17
 
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Sujet: Javier Marías
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Olivier Rolin

Extérieur monde


Tag amour sur Des Choses à lire 41ltw910

Topocl a déjà beaucoup dit dans son commentaire, me reste à parsemer quelques extraits.
Digressions incessantes, presque systématiques − recherche du ton d’écriture, hésitations à trouver son chemin, ou peut-être réticences à le continuer…
« …] (puisque nous en étions là avant ces digressions qui seront je le pressens la matière même du livre, comme la liberté anarchique, rayonnante des branches, des rameaux, des feuilles, est l’être des arbres, et j’aime concevoir un livre comme un arbre, cette comparaison me venant peut-être de Flaubert qui voulait "que les phrases s’agitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables en leur ressemblance") [… »

« Tout d’un coup, je m’ennuie. Je m’ennuie moi-même, alors vous qui me lisez ? »

« Un écrivain ne voit vraiment que lorsqu’il a trouvé les mots pour dire ce qu’il voit. »

« Je digresse, c’est ainsi que j’avance. »

Éminemment digressif donc, parfaitement non-architecturé, dans le même ton en fait que Vider les lieux (publié ultérieurement mais annoncé dans ce livre), c’est un véritable work in progress, souvenirs et réflexions (ou « ruminations ») au fil de la plume (ou plutôt de la relecture de ses carnets) qui ne sait pas où elle va. Olivier Rolin brasse donc des ressouvenances, et parfois une évocation est suspendue par tant de parenthèses ou d’échappées sur d’autres ressouvenirs qu’elle revient comme dans un lent tourbillon en marge de l’écoulement général, telle la visite de l’ancienne demeure familiale de Nabokov à Saint-Pétersbourg, où d’ailleurs il ne nous emmènera pas, ou encore un vieux pont chinois.
« Juste après le vieux pont de Hangzhou, donc, il y a un café au bord de l’eau, sous les saules. »

Il y a aussi nombre de références à des livres qui ont compté, sa « petite bibliothèque portative » (Baudelaire, Proust, Lowry, Chateaubriand, etc.), et un beau passage sur des bibliothèques existant dans des endroits inattendus. Également sur le jardin du Luxembourg, des bonheurs de baignades et dans ses rapports à l’eau en général, l’écriture de Port-Soudan (ville qu’il n’a pas encore visitée et qu’il imagine infernale) dans la « Villa Médicine » où il est soigné pour une dépression consécutive à la fin d’une histoire d’amour.
« À Port-Soudan, je découvrais ce que j’avais imaginé, j’errais dans un paysage que j’avais inventé sans aucune prétention au réalisme, ni même au plausible, mais parfois, bizarrement, "ça marchait". »

Beaucoup de femmes, évidemment, souvent jeunes et minces, « cheveux noirs coupés au bol », de type asiatique – et souvent à peine entr’aperçues : « chronique d’occasions perdues ») …
« (les livres sont comme de grands cimetières, c’est encore Proust qui dit ça, mais sur les tombes, contrairement à lui, je peux lire les noms, que le temps n’a pas effacés. Une des – modestes – réussites de ma vie, c’est que les femmes qui l’ont traversée ne l’ont pas définitivement quittée). »

Un kaléidoscope de vues du monde qu’il a parcouru et qui l’a façonné, images poétiques à la Cendrars (plusieurs fois cité), énumérations hétéroclites comme dans L'Invention du monde, nostalgique « géographie personnelle » de lieux divers, avec quand même une forte récurrence du Soudan et de la Russie : toujours les voyages, qui rencontrent souvent l’Histoire.
« Bientôt on filera à onze mille mètres d’altitude, mobilis in mobile, on sera avalé par la cloche d’ombre de la nuit, on regardera dériver les grandes méduses pâles que font les villes en bas. »

(Mobilis in mobile, "Mobile dans l’élément mobile", est la devise du Nautilus, dans 20.000 lieues sous les mers de Jules Verne.)
La vieillesse venue, et le passé, le sien et celui de la jeunesse idéaliste.
« Vous trimballiez dans deux camions des choses pour Solidarnósć, ce mouvement qui fut le seul dans l’histoire du vingtième siècle à réaliser cette utopie communiste (qui fut celle de ta jeunesse), l’union des intellectuels et des ouvriers. »

« Cela fait des années que ça a commencé, ce lent effacement du monde, et la disparition des proches qui au début me semblait une effraction scandaleuse du néant dans la vie a pris désormais, tout en restant aussi choquante, la forme de l’inéluctable et presque de l’habituel. Il me semble que je dois en parler, même si je me suis promis d’exclure autant que possible l’intime de ce récit, ou de ne l’évoquer que lorsque c’est le monde extérieur qui le suscite, car cette attrition du territoire de l’amitié est une des raisons du mouvement qui m’emporte loin, sur les routes du plus vaste monde : je m’éloigne d’un lieu peu à peu, opiniâtrement déserté. »

Certes assez vain, et d’autant plus agaçant que je me reconnais nombre de traits communs, toutes proportions gardées, avec l’auteur…

\Mots-clés : #amour #ecriture #vieillesse
par Tristram
le Mer 21 Sep - 12:31
 
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Sujet: Olivier Rolin
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Cormac McCarthy

Des villes dans la plaine

Tag amour sur Des Choses à lire Des_vi10

Dans ce troisième tome de la Trilogie des confins nous retrouvons John Grady Cole (De si jolis chevaux) et Billy Parham (Le grand passage), qui travaillent ensemble comme cow-boys dans un ranch au Nouveau-Mexique, à la frontière du Texas et du Mexique (région économiquement défavorisée et que l’armée va réquisitionner). On retrouve aussi les dialogues laconiques de rudes taiseux dans un récit où l’action est lente, et qui détaille les gestes du savoir-faire passionné des chevaux.
John Grady tombe amoureux d’une très jeune prostituée dans un bordel de Juárez (Mexique) : c’est la belle Magdalena, par ailleurs épileptique, aux mains de son proxénète, Eduardo, et de l’alcahuete (entremetteur) de ce dernier, Tiburcio. John Grady va jusqu’à vendre son cheval pour la racheter par l’entremise de Billy, qui rencontre Eduardo ; il rafistole une petite maison d’adobe en ruine dans la montagne.
Les temps changent ; le vieux M. Johnson :
« Au bout d’un moment le vieil homme dit : Le lendemain de mes cinquante ans en mars 1917 je suis allé à cheval jusqu’au puits de Wilde, là où était la maison du ranch dans le temps, et il y avait six loups morts suspendus à la clôture. J’ai longé la clôture en passant la main dans leur fourrure. Je regardais leurs yeux. Un trappeur de l’administration les avait apportés là la veille au soir. On les avait tués avec des appâts empoisonnés. De la strychnine. Ou autre chose. Là-haut dans les Sacramentos. Une semaine plus tard il en a encore apporté quatre. Je n’ai pas entendu de loups dans le pays depuis. Sans doute que c’est une bonne chose. Ils peuvent être terribles pour le bétail. Mais je crois que j’ai toujours été comme qui dirait superstitieux. Je n’étais pas quelqu’un de religieux, certainement pas. Et j’ai toujours pensé qu’une créature peut vivre et mourir mais que la sorte de créature qu’elle était serait toujours là. Je ne savais pas qu’on pouvait tuer ça avec du poison. Voilà plus de trente ans que je n’ai pas entendu le hurlement d’un loup. Je me demande où il faudrait aller pour en entendre un. Il n’existe peut-être plus d’endroit comme ça. »

Impressionnante chasse au lasso des chiens sauvages qui tuent les veaux dans le chaparral.
Considérations sur le Mexique où les gens sont extrêmement accueillants, où on est vite tué.
Un vieux maestro mexicain aveugle (celui de Le grand passage ?) sympathise avec John Grady, lui apprend qu’Eduardo est amoureux de Magdalena, et lui raconte l’histoire d’un mourant qui demanda à son ennemi de devenir le padrino (parrain) de son enfant.
Le plan de John Grady pour l’évasion de Magdalena échoue : elle est égorgée par Tiburcio. John Grady tue Eduardo qu’il a provoqué dans un duel au couteau, et meurt de ses blessures. Billy rapporte son corps aux États-Unis, comme autrefois celui de son frère.
Billy, soixante-dix-huit ans, est devenu un vagabond. Il rencontre un autre vagabond (métaphysicien) qui lui raconte son rêve d’un vagabond se réveillant de son propre rêve dans une sorte de cérémonie sacrificielle antique (et peut-être mésoaméricaine).
« Le narrateur eut un sourire mélancolique comme un homme qui se souvient de son enfance. Ces songes-là nous révèlent aussi le monde, dit-il. Nous nous souvenons à notre réveil des événements dont ils se composent alors que le récit est souvent fugace et difficile à retenir. C’est pourtant le récit qui donne vie au rêve alors que les événements eux-mêmes sont souvent interchangeables. D’un autre côté les événements qui se produisent quand nous sommes éveillés nous sont imposés et le récit est l’axe insoupçonné autour duquel leur trame doit être tissée. Il nous appartient de peser et de trier et d’ordonner ces événements. C’est nous qui les assemblons pour en faire l’histoire que nous sommes nous. Tout homme est le poète de sa propre existence. C’est ainsi qu’il se rattache au monde. Car s’il s’évade du monde qu’il a rêvé cette évasion est à la fois sa punition et sa récompense. […]
Aux heures de veille le désir qui nous pousse à façonner le monde à notre convenance conduit à toutes sortes de paradoxes et de difficultés. Les choses en notre pouvoir sont agitées de profondes turbulences. Mais dans les rêves nous nous trouvons dans cette vaste démocratie du possible et c’est là que nous devenons d’authentiques pèlerins. Que nous allons au-devant de ce que nous devons rencontrer. »


\Mots-clés : #amitié #amour #aventure #mort #nature #violence
par Tristram
le Sam 17 Sep - 14:09
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Thomas Mann

Tag amour sur Des Choses à lire 51snmx10


Le Mirage

Un très court livre : une veuve de la cinquantaine, Rosalie von Tümmler tombe amoureuse du jeune homme américain à qui elle a demandé de donner des cours de langue à son fils, un adolescent. Rosalie aime la Nature et est bouleversée par la beauté du jeune homme et ce qu'il provoque en son coeur car chez elle c'est le coeur qui domine, pas la raison. Contrairement à sa fille Anna, affligée d'une boiterie et qui a été humiliée par l'homme qu'elle pensait avoir conquis. Aussi la jeune fille lorsque Rosalie se confie à elle tente de la détourner de l'attraction que le jeune homme - Ken - exerce sur elle. Anna et son frère aussi d'ailleurs se sont aperçus du lien qui se créé entre Rosalie et Ken et qu'ils réprouvent. Nous sommes dans les années 30 à Dusseldorff dans un milieu bourgeois.
Un retour de menstrues, inattendues à son âge,  provoque chez Rosalie le sentiment que le destin, la Nature lui offre à nouveau ce sentiment d'être une "femme complète". Aussi lors d'une sortie de la famille avec Ken, Rosalie avoue son amour au jeune homme, lequel l'attendait et tous deux se donne RV pour concrétiser leurs sentiments. Hélas ce retour de menstrues n'était que le signe physiologique de la grave maladie qui emportera Rosalie.

                                                                                                           ***

Au tout début de ma lecture j'étais réticente au discours de Rosalie qui encensait la maternité et la souffrance des femmes - notamment lorsque sa fille souffrait lors de ses menstrues - les femmes étaient faites pour souffrir. Mais j'ai poursuivi et j'ai beaucoup apprécié les échanges et les rapports entre Anna la fille et Rosalie.
La Nature est bien présente aussi.


\Mots-clés : #amour #relationenfantparent
par Bédoulène
le Dim 4 Sep - 12:14
 
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Sujet: Thomas Mann
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Maria Rybakova

Couteau tranchant pour un cœur tendre – Roman tango sur l’amour passion et la jalousie meurtrière

Tag amour sur Des Choses à lire Coutea10

Après une préface de la traductrice, Galia Ackerman, qui présente l’autrice et le contexte politico-littéraire russe, ladite auteure introduit son livre :
« Cette histoire parle d’un fleuve, d’une femme tombée amoureuse de ce fleuve, et de leur fils devenu voleur avant de connaître une triste fin.
Si on les juge, que diront-ils pour se justifier ? La femme balbutiera : j’ai aimé. Son fils dira : j’ai eu foi. Les eaux du fleuve garderont le silence, mais la loi n’a aucune prise sur elles.
À la fin, le voleur voudra écouter le tic-tac d’une montre. La femme demandera la clémence pour son mari, mais oubliera complètement son fils. Le fleuve continuera de couler et pleurera ceux qui sombrèrent dans ses eaux. Ayant pleuré tout son soûl, il se desséchera et s’enlisera dans le sable, et les hommes marcheront dans son lit aride.
Je crois aux mots, comme un voyageur fait confiance au fleuve quand il s’y engage en barque. Les mots me portent, et la forêt de la vie des autres se dresse des deux côtés. Où accosterai-je ? Où est celui qui me murmurait des mots d’amour la nuit ? Je ne me souviens ni de son nom ni de la ville où cela s’est passé. En se retournant, le voyageur remarque qu’il ne reconnaît plus le chemin qu’il a parcouru. »

(Au fait, certains fleuves ont récemment été dotés d’une personnalité juridique (le Gange, la Yamuna, et le Whanganui, Nouvelle-Zélande, en 2017, etc.)
En Russie soviétique, vraisemblablement au bord de la mer Noire, Marina, une jeune femme plutôt laissée pour compte, rencontre Ortiz, un étudiant venu (du Venezuela apparemment) étudier le russe ; ce dernier est un fleuve qui s’est incarné en homme, un peu par humanité, et qui a des rêves prémonitoires. Séduction réciproque, et il repart dans son lieu d’origine : elle sombre dans l’anorexie et a des visions cubistes, lui s’absorbe dans un quotidien de rituelles maniaqueries. Il revient, un peu par hasard, la retrouve et l’épouse, l’emmène dans son pays. Elle a un enfant, Tikhon, mais son mari la délaisse. La Mort accompagne dorénavant Marina, qui rencontre Patrick, un vieux gringo qui rêve d’aller vers les sources du fleuve. Jaloux, Ortiz la tue d’un coup de couteau.
« Il pensa que la jeunesse passait et que c’était bien, car c’est ainsi qu’elle devenait le passé. »

« Le passé était resté vrai tant qu’ils avaient continué à s’aimer. »

La mère de Marina élève Tikhon en Russie ; il retournera dans le pays de son père, à sa cherche sur le fleuve…
Sans aucun pathos, sur un ton assez plat, le cours du récit déroule le point de vue de Marina et celui d’Ortiz, puis celui de Tikhon. Dans cette histoire à la fois étrange et banale, à moins d’une expérience personnelle, on découvre une voix singulière.

\Mots-clés : #amour #exil
par Tristram
le Jeu 21 Juil - 12:21
 
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Sujet: Maria Rybakova
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Olivier Rolin

Veracruz

Tag amour sur Des Choses à lire Index124

Le narrateur évoque Dariana, son amour à Veracruz, et sa mystérieuse disparition. Lui parvinrent ensuite quatre textes où il aimerait trouver un message d’elle. Il s’agit des pensées de quatre personnages réunis par une histoire violente : Ignace le jésuite défroqué qui lit Quevedo à la Señora, Miller le malfrat qui les domine, El Griego le père incestueux, et la belle Suzana qui s’apprête à les tuer comme approche le cyclone qui porte son prénom.
« Chacun (il faut en tout cas l’espérer) a observé sur soi-même, une fois au moins dans sa vie, le pouvoir magnétique de l’amour, qui attire à soi absolument tout ce qui nous entoure, ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on lit. Comme un poids trop grand déforme le support qui le reçoit, l’occupation exclusive de notre esprit par une figure aimée finit par gauchir nos sens, et nous faire apercevoir des figures qui pour le reste du monde n’existent pas. Et cette déformation est plus forte encore lorsque l’être aimé n’est plus là. Tout devient signe, le monde soudain infiniment bavard ne cesse de nous murmurer des messages que nous nous épuisons à essayer d’interpréter. Ces vautours qui tournent dans l’air chaud au-dessus de Veracruz, pourtant, ils n’ont rien à voir avec elle. Mais si, justement. »

Le narrateur observe le cyclone, puis, commentant dorénavant Proust à Shanghai, s’interroge sur l’éventuel sens caché des quatre récits et de la littérature en général.
« Nous nous prenons tous plus ou moins pour des détectives, nous enquêtons, nous prétendons réduire le monde à des indices, des conséquences, des déductions, des preuves, et c’est cela précisément, cette reconstitution policière, que nous appelons le monde. Mais le monde n’est peut-être fait que de hasards, de rencontres et d’éloignements fortuits, de moments dont aucun n’appelle l’autre. Le monde se joue aux dés à chaque instant. »


\Mots-clés : #amour #voyage
par Tristram
le Dim 22 Mai - 12:09
 
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Sujet: Olivier Rolin
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Valery Larbaud

Fermina Márquez

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Deux jeunes Américaines (d’Amérique latine, tant ce continent ne se résume pas aux USA : elles sont Colombiennes), viennent passer leurs après-midis, chaperonnées par leur tante Mama Doloré, au collège Saint-Augustin, illustre établissement recevant beaucoup de riches descendants hispanophones, pour soutenir leur petit frère interne, Paco (Paquito, Francisco). L’aînée, Fermina, très réservée et pieuse, suscite malgré elle une compétition d’élèves séduits par sa beauté. Joanny Léniot, le fort en thème, calculateur, laborieux, ambitieux et antipathique, entre en concurrence avec Santos Iturria, « le héros du collège », hardi et émancipé, et obtient de lui tenir compagnie.
« Eh bien, lui-même, comme César, était destiné à être admiré des hommes et à être aimé des femmes. Il était indigne de lui d'admirer et d'aimer en retour. Ou bien, peut-être, aimerait-il ; mais il ne pourrait aimer qu'une captive, c'est-à-dire la femme humiliée et suppliante qui se traîne à vos pieds, et qui vous baise craintivement les mains. Oui, mais cette femme-là se trouve-t-elle ailleurs que dans les romans dont la scène est aux colonies ? »

« Joanny devait appliquer à cette tentative de séduction toute sa patience méthodique, tout son entêtement studieux de bon élève. Il lui fallait calculer froidement, surveiller les événements, guetter les occasions… »

Le monde de l’enfance est sensiblement rendu, sans doute observé avec des réminiscences personnelles de la scolarité de l’auteur (le narrateur est aussi un bon élève du collège) :
« Joanny pensa qu'il devait, à son tour, lui confier ses plus secrètes pensées. Depuis longtemps il souhaitait de les dire à quelqu'un. Il avait renoncé de bonne heure à découvrir son cœur à ses parents. Nos parents ne sont pas faits pour que nous leur découvrions nos cœurs. Nous ne sommes pour eux que des héritiers présomptifs. Ils n'exigent de nous que deux choses : d'abord, que nous profitions des sacrifices qu'ils font pour nous ; et ensuite, que nous nous laissions modeler à leur guise, c'est-à-dire que nous devenions bien vite des hommes, pour prendre la suite de leurs affaires ; des hommes raisonnables qui ne mangeront pas le bien si péniblement acquis. « Ah ! chers parents ! nous deviendrons peut-être des hommes ; mais nous ne serons jamais raisonnables. » – On dit cela, jusqu'à vingt ans, parce qu'on se croit né pour de grandes choses. »

Après avoir promu l’empire romain comme idéal et célébré son propre génie, Joanny rompt avec la chica, qui perd sa ferveur religieuse et ses exaltations d’humilité et de piété pour s’éprendre de Santos.
Camille Moûtier, un petit malheureux brimé par les « taquins » (le harcèlement scolaire n’est pas nouveau), s’est aussi amouraché de la belle, et pour s’en rapprocher sympathise avec son frère.
Devenu adulte, le narrateur visite les ruines du collège – et de leur jeunesse.
Le style est d’une grande simplicité ; le ton rappelle furieusement Le Grand Meaulnes (à peine postérieur), et devrait plaire aux afficionados de ce dernier.

\Mots-clés : #amour #education #enfance #jeunesse
par Tristram
le Mer 30 Mar - 13:27
 
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Sujet: Valery Larbaud
Réponses: 3
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Junichiro TANIZAKI

Deux amours cruelles

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L’histoire de Shunkin
À Osaka pendant l’ère Meiji, c'est-à-dire au XIXe siècle, Shunkin est déjà une musicienne prodige lorsqu’elle perd la vue à neuf ans. Nukui, son guide et serviteur, deviendra son disciple qu’elle traite durement.
« Autrefois, pour former les jeunes artistes, les professeurs se montraient d’une sévérité inimaginable, allant jusqu’aux châtiments corporels. »

Exigeante, voire capricieuse, à la fois éprise de luxe et avare, hautaine, cela lui vaut d’être défigurée dans une agression, et Nukui s’aveugle pour lui complaire en s’empêchant définitivement de voir son visage abîmé. Il lui donnera des enfants qu’ils abandonnent, avant de lui survivre vingt et un ans, toujours dans l’amour idéalisé de Shunkin.
« Les coups de la belle aveugle leur procuraient sans doute une étrange volupté ; il devait y avoir du Jean-Jacques Rousseau chez certains… »

Cette novella est typique du raffinement japonais tourné vers la beauté.
« Au Pont de Yodo, par les journées ensoleillées du printemps, les voisins de Shunkin voyaient souvent la musicienne aveugle lâcher son alouette dans le ciel. Sasuke se tenait toujours auprès d’elle, avec la femme de chambre chargée du soin de la cage. Shunkin donnait à sa servante l’ordre d’en ouvrir la porte. L’oiseau s’échappait joyeusement, volait de plus en plus haut, lançant ses trilles, jusqu’à disparaître dans la brume. La musicienne levait ses yeux aveugles comme pour suivre cet envol et tendait l’oreille pour percevoir la mélodie qui allait résonner dans les nuages.
Parfois d’autres amateurs se joignaient à elle avec leurs alouettes préférées et les voisins, alertés, apparaissaient sur leurs terrasses pour ne pas manquer ce spectacle. Parmi eux se trouvaient certes quelques curieux, plus désireux de voir la belle musicienne que les alouettes. Sa cécité leur semblait-elle un charme de plus ? Quand Sasuke la conduisait jusqu’à la demeure d’un élève, Shunkin, silencieuse, avait toujours un visage fermé. Mais quand elle lâchait ses alouettes, elle souriait, se mettait à parler avec vivacité et sa beauté prenait un éclat vivant et juvénile. C’est peut-être cette transformation que les curieux guettaient. »

C’est une histoire emblématique d’amour cruel, caractéristiquement japonaise jusque dans sa suave perversité.

Ashikari − Une coupe dans les roseaux (aussi publié sous le titre Le coupeur de roseaux)
Oyu, jeune veuve avec un enfant, doit traditionnellement rester fidèle à son mari décédé ; ne pouvant se remarier avec Serizawa qui l’aime et qu’elle aime, sa sœur cadette Oshizu épouse ce dernier, mariage blanc qui évite la séparation des deux amoureux, et en fait les rapproche.
L’histoire est racontée au narrateur par le (fantôme du) fils de Serizawa, revenu comme tous les ans épier Oyu qui célèbre en musique la pleine lune de septembre…
« "Le crêpe de soie n’est pas toujours de bonne qualité parce qu’il est souple, reprit mon père. Il faut l’apprécier d’après la finesse de ses plis. Quand on palpe un corps de femme à travers un tel crêpe, le grain de la peau est beaucoup plus sensible, et l’étoffe elle-même, quand elle recouvre un épiderme soyeux, se révèle très agréable au toucher. »

« Si mon père s’était entêté, il ne fût resté, pour Oyu-sama et pour lui, que la solution du double suicide. Plus d’une fois il y avait songé, m’avoua-t-il, mais il hésitait à la pensée d’abandonner Oshizu. Au fond de son cœur, il savait que ce serait une façon lamentable de lui témoigner sa gratitude et d’un autre côté, mon père répugnait à un triple suicide. »

Donc aussi une histoire d’amour étrange, de psychologie tordue, de dilemme cornélien, de tragédie grecque, vraiment… cruelle – et toujours d’une grande délicatesse, portée jusqu’au rituel nostalgique.

\Mots-clés : #amour #psychologique #traditions
par Tristram
le Sam 19 Mar - 11:49
 
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Sujet: Junichiro TANIZAKI
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Juan Carlos Onetti

La Vie brève

Tag amour sur Des Choses à lire La_vie15

Buenos Aires au printemps : le narrateur, Juan Maria Brausen, écoute leur nouvelle voisine, la Queca, qui reçoit beaucoup d’hommes ; il songe à son épouse, Gertrudis, que le chirurgien ampute d’un sein, et au scénario qu’il a promis à son ami Julio Stein (son supérieur dans l’agence de publicité où il travaille, qui vit avec Miriam, ou Mami, une chanteuse sur le retour).
« Mon idée tenait toute dans la personne du médecin, que je nommai Díaz Grey », dans Santa Maria, ville de province au bord d’un fleuve, où il est passé une fois. Triste et préoccupé, il essaie d’écrire pour lutter contre son désespoir.
« Dans le cabinet de Díaz Grey-Brausen entrerait en souriant Gertrudis-Elena Sala [… »

Tandis que Gertrudis tente de surmonter sa mutilation, puis s’absente pour séjourner chez sa mère, il essaie d’imaginer la suite de l’histoire de Díaz Grey, et le mari de la séduisante Elena à laquelle le médecin délivre de la morphine. Il se présente chez sa voisine, la Queca, sous le nom d’Arte et se fait casser la figure par une de ses accointances, Ernesto ; Lagos, le mari d’Elena, les lance sur la piste d’Oscar Owen, un gigolo anglais qui partagea leur vie. Bientôt, renvoyé de son emploi et subsistant de son indemnité de licenciement, Brausen fréquente assidûment la Queca, « chienne saoule » qui rit et répète « Le monde est fou ». Il la méprise et la bat, jusqu’à ce qu’Ernesto la tue ; Brausen organise la fuite du meurtrier et part avec lui, vers Santa Maria. Apparaît Raquel, la sœur cadette de Gertrudis, personnage vaguement annoncé de loin, venue de Montevideo où Brausen la séduisit lorsqu’il y vivait, de même que Gertrudis qui s’y est retirée, autre pôle géographique du roman où il alla avec la Queca. Parallèlement, Díaz Grey continue de vivre dans sa ville imaginaire (Elena s’est suicidée), Santa Maria (où il a sa statue équestre de général…) ; la fusion réel et fiction s’installe et s’accroît, si bien qu’on ne sait pas toujours ce qui appartient à la réalité objective, au passé ou à l’imagination qui se dédoublent. Le thème de « choisir une vie nouvelle » est récurrent. La vie est brève est une chanson, une discrète récurrence aussi. Il y a également un caméo de l’auteur, « l’homme à tête d’enterrement ». Le roman se termine dans l’ambigüité du Carnaval.
Le livre est surtout riche en méditations existentielles sur les souvenirs, les femmes, soi, une renaissance, un sens aux choses, la solitude et le désarroi, ancrés dans le quotidien par la prégnance des odeurs.
« C’est peut-être ce qu’on comprend avec l’âge, peu à peu, sans s’en rendre compte. Nos os le savent peut-être et quand nous sommes résolus et désespérés, au bord du grand mur qui nous emprisonne et qu’il serait aisé de sauter si c’était possible ; quand nous sommes presque prêts à admettre que, finalement, seul le moi a de l’importance car il est l’unique chose qui nous ait été indiscutablement confiée ; quand nous entrevoyons que seul notre propre salut peut être un impératif moral, qu’il est le seul élément moral ; quand nous réussissons à respirer par une lézarde imprévue l’air natal qui vibre et appelle de l’autre côté du mur, à imaginer l’allégresse, le mépris et l’aisance ; alors peut-être sentons-nous peser, comme un squelette de plomb, cette conviction que tout malentendu est supportable jusqu’à la mort, hormis celui que nous parvenons à découvrir en dehors de nos circonstances personnelles, en dehors des responsabilités que nous pouvons rejeter, attribuer ou détourner. »

J’ai pensé à Cortázar, à Sábato et à Camus.

\Mots-clés : #absurde #amour #ecriture
par Tristram
le Ven 18 Mar - 11:08
 
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Sujet: Juan Carlos Onetti
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Ian McEwan

Sur la plage de Chesil

Tag amour sur Des Choses à lire Bm_20_11

Edward Mayhew et Florence Ponting, deux jeunes mariés encore vierges le soir de leur mariage dans la suite nuptiale d’un hôtel donnant sur la plage de Chesil, Dorset, dans le début des années 60. Quoiqu’amoureuse, elle est révulsée à la perspective des rapports sexuels.
La soirée commence assez mal.
« Ce n’était pas une période faste dans l’histoire de la cuisine anglaise, mais personne ne s’en souciait vraiment, sauf les visiteurs étrangers. Le dîner de noces commença, comme tant d’autres à l’époque, par une tranche de melon décorée d’une unique cerise confite. Dans le couloir, des plats en argent sur leurs chauffe-plats contenaient des tranches de rôti de bœuf dont la cuisson remontait à plusieurs heures, figées dans une épaisse sauce brune, des légumes bouillis et des pommes de terre bleuâtres. Le vin était français, même si l’étiquette, ornée d’une hirondelle solitaire s’envolant à tire-d’aile, ne mentionnait aucune appellation précise. »

McEwan revient sur l’histoire personnelle des deux jouvenceaux, lui d’un milieu modeste avec une mère « mentalement dérangée », passionné d’histoire et de lecture, elle de musique classique et tout particulièrement de violon. Tous deux avaient hâte de s’émanciper, « dans une sorte d’antichambre, attendant avec impatience que [leur] vraie vie commence ». La psychologie adolescente est remarquablement décrite, et on peut constater qu’il existe des invariants jusqu’à nos jours.
« L’URSS se battait et s’était toujours battue pour la libération des peuples opprimés, contre le fascisme et les ravages d’un capitalisme insatiable. »

La séance nuptiale : elle s’efforce, culpabilisée, de complaire à son mari, mais c’est le drame. Outre l’analyse très pointue des caractères, ce bref roman explicite la tragédie de l’ignorance avant la révolution sexuelle, source de malentendu et de gâchis.
Voir, toujours dans monde anglo-saxon, mais aussi français : https://www.franceculture.fr/emissions/et-maintenant/et-maintenant-du-mardi-08-mars-2022

\Mots-clés : #amour #education #psychologique #sexualité #social #xxesiecle
par Tristram
le Dim 13 Mar - 12:57
 
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Sujet: Ian McEwan
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Pascal Quignard

Les solidarités mystérieuses

Tag amour sur Des Choses à lire Quigna11

Claire Methuen, la grande orpheline qui a passé la quarantaine et connaît des dizaines de langues, revient dans sa baie de la Rance natale et bien-aimée. Elle y retrouve Madame Ladon, son ancien professeur de piano, et loge un temps chez elle avant d’emménager dans sa vieille ferme nichée dans un petit bois de coudriers, sur la lande surplombant la mer et le petit port de La Clarté. Simon Quelen, son amour d’enfance, marié depuis, y habite.
Puis Paul, je jeune frère de Claire, raconte la suite des événements ; le texte devient plus dense, sans aller à la ligne, en paragraphes compacts.
« Lui aussi, il la voyait errer et l’observer. Lui aussi, il la suivait des yeux, heure par heure, durant tout le jour. Elle, elle le voyait de même, en contrebas, sur la mer, qui s’ennuyait d’elle, qui faisait semblant de pêcher, qui tournait en rond, qui la regardait qui pensait à elle, qui l’aimait et ne voulait pas d’elle. »

La femme de Simon incendie la ferme que son professeur a léguée à Claire, qu’elle adopte avant de mourir. Paul s’éprend, et réciproquement, de Jean, un curé du cru. Apparaît Juliette, une des filles de Claire. Simon se noie volontairement sous les yeux de Claire.
« Quand il fut mort, elle fut heureuse. »

« Il me semble que la mort ne les a même pas séparés. C’est peut-être même le contraire. Sa mort ne les a pas réunis non plus, mais il est là. Il est constamment là. Il est là avec elle tout le temps. Et réciproquement : elle est avec lui tout le temps. Elle s’occupe de lui. Il est devenu la baie. »

Quignard rend compte de la beauté de la Bretagne, de sa mer, de sa lumière et son granite, et donne même une liste :
« Tout le long de la cuisinière en fonte on pouvait voir les boules rouges des houx (il faut dire qu’en breton "quelen" c’est le houx) ;
les bogues piquantes, entrouvertes, racornies, des châtaigniers ;
les hélicoptères des sycomores ;
les housses rougeâtres du frêne :
la coque ligneuse des noix et les cerneaux huileux et ivoire ;
les toupies des néfliers ;
les noisettes des coudriers entourées de leur collerette vert pâle ;
les glands des chênes un peu cramoisis coiffés de leur cupule brune ;
les galbules noirs des deux cyprès qui avaient été plantés dans le nouveau cimetière du Décollé ;
les cônes bleus et duveteux et tout couverts de pruine des genévriers. »

Roman d'une lecture aisée, agréable, malgré les psychologies angoissées de personnages hors du commun.
« Je pense que la sœur aînée de Paul Methuen aimait ressentir ce temps très ancien qu’on lit sur les roches, ce temps qui s’anime dans le soleil, ce temps qui précède la vie, ce temps qui soulève les vagues de la mer, ce temps dont parle sans cesse Jésus, temps de l’Avent, temps qui arrive et qui n’est jamais là, temps qui se désoriente lui-même dans le vent des astres qui le pousse, temps qui se perd sans fin, perte qui s’épanche bien avant sa comptée, bien avant le calcul de sa vitesse, bien avant l’accumulation de ses vestiges, perspective dépourvue d’horizon qui s’enfonce dans l’infini, extase basculant sans fin son étrange poussière dans le ciel. »

« Elle appartenait au lieu. »


\Mots-clés : #amour #lieu
par Tristram
le Jeu 10 Mar - 11:21
 
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Sujet: Pascal Quignard
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Angela Huth

Tag amour sur Des Choses à lire CVT_Quand-rentrent-les-marins_4654

Et bien, voilà une belle découverte !

Si vous voulez lire un roman sympa, avec des analyses psychologiques assez bien vues, et le refermer en vous sentant heureux.....ce livre est fait pour vous.

Résumé de l'éditeur :

" Myrtle est aussi réservée, sage et modeste qu'Annie est pétulante, séductrice et vaniteuse. Élevées dans un petit port perdu au fin fond de l'Écosse, elles ont appris ensemble à devenir des femmes. Des femmes de marins pêcheurs, dont le lot quotidien est lié à chaque caprice de l'océan, au retour de leur homme, aux rumeurs qui enflamment tout le village dès qu'un étranger en frôle le pavé... Patiemment, Myrtle s'emploie à calmer les tocades passagères de son amie et à pallier sa négligence à l'égard de Janice, l'unique fille d'Annie. Jusqu'au jour où survient le pire, et où le drame emporte avec lui tous les remparts contre les déchaînements des passions. Contre ces non-dits qui éclatent avec d'autant plus de force qu'ils ont été si savamment et si longtemps protégés"


Bon, on pourrait penser à première vue que c'est un roman genre Arlequin....et bien pas du tout.

Les personnages sont très bien étudiés, c'est très agréable à lire, léger, certes, mais au fond très proche de la réalité....ah ces petits villages où tout le monde s'épie, médit.... leur seule distraction.....en attendant le retour des pêcheurs et du poisson.

L'histoire se déroule en Ecosse, un petit port perdu qui vit essentiellement de la pêche...deux amies à la personnalité diamétralement opposée : Myrtle, solide, grande, pragmatique, aucune confiance en son physique, trop grande, trop si, trop, trop...  et son amie d'enfance Annie, sure d'elle, très jolie, tous les hommes (ou presque)  à ses pieds...

" Durant toutes leurs années d'amitié, il y a eu beaucoup de disputes entre Myrtle et Annie, mais celles dont elles se souviennent sont rares. La première d'une telle violence que Dot avait dû les séparer, s'était produite quand elles avaient cinq ou six ans. Elles en rient aujourd'hui, mais ni l'une ni l'autre n'évoquent cette cristallisation des différences entre elles, apparue de manière si flagrante ce jour-là. Si elles étaient trop jeunes à l'époque pour déterminer l'origine du malaise qui les avait assaillies, elles avaient compris par la suite qu'il provenait de la jalousie, de la rancoeur et de la légère envie que leur inspirait le mode de vie de l'autre.

Et oui, très différentes et pourtant très amies....

Des scènes du quotidien, des tasses de thé, des parties de cartes, le retour des marins, et bien tout ceci fait un roman très agréable à lire.... Smile


\Mots-clés : #amitié #amour #xxesiecle
par simla
le Jeu 10 Mar - 6:21
 
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Sujet: Angela Huth
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Alain-Fournier

Tag amour sur Des Choses à lire 97822512

Le grand Meaulnes

Mémoires de la fin de l'adolescence ou esquisse en trois exemplaires. Le narrateur, fils d'instituteur, le grand Meaulnes apparition de camarade scolaire plus "physique" et enfin Frantz plus romanesque et d'un milieu plus aisé.

Amitié, fraternité et traumatismes de l'amour pour Meaulnes et Frantz et mélancolie plus sage pour François. Sur fond de cour d'école et décor de Sologne nous suivons leurs chamailleries et aventures.

Ce grand Meaulnes qui n'en fait qu'à sa tête polarise les attentions. Une escapade et une rencontre lui font perdre la tête et tous, François en tête rêvent par procuration.

Se mêle à ça le drame du frère fantasque de la dulcinée, abandonné à la dernière minute par sa promise ce qui... drame !

Puis rien ne se passe vraiment comme prévu, si rien n'est fichu la vie est autre. Roman d'apprentissage.

Il y a des trucs qui fonctionnent, dont la régulière écriture "classique", mais j'ai trouvé la trame forcée. Le romanesque des sentiments enflammés peut-être mais l'étude de caractère fait rudimentaire. Faiblesse compensée un peu par l'ambiance.

Bref ça se lit facilement mais si "Le Grand Meaulnes est classé à la 9e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle'" par Le Monde en 1999 je ne vois vraiment pas pourquoi.

Nostalgie polie ? Romantisme convenu et convenable ? Clichés douloureux et un rien morbides... et aussi femmes muses fragiles (ou utilitaires d'ailleurs, léger entre deux accorder à la mère), j'ai repensé à ma fraîche lecture de Mona Chollet.

Il faut reconnaître tout de même la jeunesse de l'auteur et qu'elle soit perceptible n'est pas forcément un défaut.


Mots-clés : #amour #aventure #initiatique
par animal
le Mer 26 Jan - 20:37
 
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Sujet: Alain-Fournier
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William Melvin Kelley

Tag amour sur Des Choses à lire Tambou10

[b]L’autre tambour[/b]

Un lieu l’ Etat, une ville Sutton deux familles : les Willson des blancs dont l’ancêtre le Général est né et mourut ; les Caliban une famille de Noirs dont l’ancêtre était l’Africain.

Un jour de juin 1957, voici que tous les Noirs partent, pour ne plus jamais revenir.

Tucker Caliban s’est libéré, tout seul, et il est parti avec femme et enfant, abandonnant sa ferme et sa terre achetée à Mr David Willson. Alors tous les Noirs se sont eux aussi libéré.

Les hommes qui se retrouvent tous les jours sous la véranda d’un marchand, n’en croient pas leurs yeux ; ils voient défiler à pieds ou en voiture les familles Noires.

Mais comment osent-ils, pensent ces Blancs ?

Monsieur Harper, militaire confédéré à la retraite discutait tous les jours avec quelques hommes de la ville, il les instruisait de ce qui se passait ici et par le monde. Aujourd’hui tous attendent qu’il donne une explication à ce qui se passe dans leur ville ; on ne peut pas les stopper dit-il !
Mr Harry ose même ajouter que les Noirs ont le Droit de partir !

La raison pense Mr Harper, c’est une question de sang, celui de l’Africain qui coule dans les veines de Tucker Caliban ; et de raconter encore une fois l’histoire de l’Africain.

L’Africain, un esclave arrivé par bateau à New Marsails à l’époque du Général Dewey Willson  lequel l’avait  acheté mais l’esclave s’est enfui portant sous son bras son bébé. L’Africain était très grand, une force qui avait terrifié tout l’équipage du bateau.

« Il était d’un noir d’ébène et luisait tout autant que la blessure huileuse du capitaine. Sa tête était aussi grosse et paraissait aussi lourde que ces chaudrons de cannibales qu’on voit au cinéma. Il était entouré de tellement  de  chaînes  qu’on  aurait  dit  un  arbre  de  Noël  richement décoré.  C’étaient  surtout  ses  yeux  qui  attiraient  tous  les  regards, enfoncés  si  profond  dans  leurs  orbites,  de  sorte  que  sa  tête ressemblait à un gigantesque crâne noir. Il  avait  quelque  chose  sous  le  bras.  À  première  vue,  les  gens pensèrent que c’était une grosseur ou une tumeur et n’y prêtèrent pas attention. Ce n’est que quand la chose se mit à remuer d’el e-même qu’ils  remarquèrent  qu’el e  avait  des  yeux  et  que  c’était  un  bébé. »

Le Gal était venu au port récupérer une commande, une énorme horloge. Il poursuivi l’esclave et du l’abattre alors que celui-ci s’apprêtait à tuer son enfant, certainement afin qu’il ne devienne pas esclave. Le général Dewey emporta le bébé.

« Dewitt trébucha sur le tas de pierres auquel l’Africain avait parlé. C’était une pile composée de pierres plates. Dewitt resta un  moment  à  la  regarder,  puis  il  se  baissa,  ramassa  une  pierre blanche, la plus petite de toutes, et la glissa dans sa poche. »

Au fil du temps, l’Africain et la pierre blanche devinrent presque légende.

Quand l’enfant eu 12 ans le général le prénomma Caliban. Tucker Caliban est son petit-fils. Tous les Caliban ont travaillé pour la famille Willson. Au rythme des générations, des amitiés se nouèrent entre les Caliban et les Willson.

Dans plusieurs chapitres la lectrice fait connaissance avec  chaque membre de la famille Willson. Cela concerne outre leur personnalité,  la politique et le racisme.

Tucker s’est marié et sa femme attend un enfant. Il décide de devenir fermier et donc d’acheter une terre. Celle qu’il désire c’est une parcelle de la plantation des Willson.

David Willson est étonné et veut savoir pourquoi celle-là précisément.

«  Je  veux  ce  terrain  sur  la plantation parce que c’est là que le premier des Caliban a travaillé, et il est temps, maintenant, que cette terre soit à nous.
Là maintenant,  tout  ce  que  je  peux  dire,  c’est  que  mon  bébé  travaillera pas  pour  vous.  Il  sera  son  propre  maître.  On  a  travaillé  pour  vous assez  longtemps,  monsieur  Willson.  Vous  avez  essayé  de  nous libérer autrefois, mais on est pas partis, et maintenant il faut qu’on se libère nous-mêmes. »


Retour à 1957, Tucker part.

David : « Le geste de renonciation qu’il a eu hier constitue le premier coup porté à mes vingt années gâchées, à ces vingt années que j’ai perdues à me lamenter  sur  mon  sort.  Qui  aurait  pu  penser  qu’une  action  aussi humble,  aussi  primitive,  pouvait  apprendre  quelque  chose  à  un homme prétendument cultivé comme moi ?
N’importe  qui,  oui,  n’importe  qui  peut  briser  ses  chaînes.  Ce courage,  aussi  profondément  enfoui  soit-il,  attend  toujours  d’être révélé.  Il  suffit  de  savoir  l’amadouer  et  d’employer  les  mots appropriés, et il surgira, rugissant comme un tigre. »


Tucker  à David Willson : « On a une seule chance dans la vie, c’est quand on peut faire quelque chose et qu’on a envie de la faire.
Mais quand  on les a et qu’on  en  profite  pas,  on  n’a  plus  qu’à  tirer  un  trait  sur  tout  ce  qu’on voulait faire ; on a laissé passer sa chance, pour toujours. »
J’ai acquiescé. Je sais tout ça »


Et à présent que la ville s’est vidée des Noirs ? Restent les hommes sous la véranda !

« Mais  aucun  d’eux  n’était  capable  d’aller au bout de sa pensée. C’était comme s’ils tentaient de se représenter le  Néant,  une  chose  à  laquelle  aucun  d’eux  n’avait  jamais  songé.
Aucun d’eux n’avait le moindre repère auquel il aurait pu rattacher la notion d’un monde dépourvu de Noirs. »


L’alcool aidant, ils se rabattirent sur le seul Noir qu’il virent, le Révérend qui repartait chez lui après avoir vu la ferme de Tucker.

«   Les  gars,  vous  savez  pas  que c’est  notre  dernier  nègre  ?  Réfléchissez  un  peu.  Notre  dernier, dernier  nègre.  Y  en  aura  plus  après  celui-là.  Finis  leurs  chansons, leurs  danses  et  leurs  rires.  À  moins  d’aller  dans  le  Mississippi  ou dans l’Alabama, les seuls nègres qu’on verra jamais ce sera ceux de la  télévision,  et  ceux-là  ils  chantent  plus  les  vieilles  chansons  et  ils dansent plus les danses d’autrefois. Ceux-là c’est des nègres de luxe, avec  des  femmes  blanches  et  des  grosses  bagnoles.  Alors  je  me suis  dit  que,  pendant  qu’on  en  avait  encore  un  sous  la  main,  on devrait lui faire chanter une de leurs vieil es chansons. »

Des bruits, des cris réveillèrent le jeune Leland ; y aurait-il une fête à la ferme de Tucker ? mais ce n’est pas possible, il n’y a plus de ferme et Tucker est parti !

                                                               
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Quel plaisir de lecture, quelle écriture !

Beaucoup de réflexions à tirer de cette histoire, de l’attitude des personnages, leurs actions ou leur silence. Comment vivre sa vie et les précieux rapports avec les autres.
Je pense que les extraits sont parlant et qu’ils vous inciteront à faire cette lecture (185 pages)






\Mots-clés : #amitié #amour #famille #racisme #xxesiecle
par Bédoulène
le Ven 26 Nov - 17:35
 
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Sujet: William Melvin Kelley
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Carl Jonas Love Almqvist

Tag amour sur Des Choses à lire Sara11




Sara et Albert vont en bateau

Il est toujours étonnnant de rencontrer un esprit libre. Libre au point d'être très en avance sur son époque et sur son pays.
Libre au point d'être un objet de scandale par ses écrits et ses prises de position.
Et notamment dans Sara, dont l'héroine est une féministe, une féministe douce mais ferme.
Qui ne réclame rien moins que l'autonomie financière pour la femme, le refus du mariage et de l'enfantement.
Bref des thèses encore non résolues aujourd'hui.
Et le roman date de 1839.

Ainsi Sara avance t-elle dans la vie, hardiment et joyeusement.
Lorsqu'elle rencontre Albert, lors d'un voyage en bateau à partir de Stokholm, puis en voiture à cheval vers le Nord de la Suède, c'est le coup de foudre réciproque.
Mais Albert, lui, est un homme de son temps, un sergent en congé.
Sara sait bien qu'elle avance sur un terrain miné, mais elle est intelligente, habile et jolie. C'est ainsi d'abord qu'elle séduit Albert.
Elle  avance, à pas comptés, mais résolument. C'est elle la maitresse du jeu.
Les dialogue entre Sara et Albert sont vraiment drôles et réjouissants.
Animés d'une fraicheur quasiment adolescente. Ces deux-là sont merveilleusement romantiques.
Peut être meme, Sara l'est elle d'avantage. Elle qui envisage de préserver l'amour en évitant les pièges que sont le temps, la promiscuité, la dépendance et la déperdition des sentiments.

Ce qui fait le prix de ce roman, c'est le style, clair et convainquant. Jamais didactique et tout à fait plaisant dans la description des paysages vus au cours  du voyage sentimental.

On peut penser que dans la pensée d'Almqvist, il y a un rêve de bonheur pour tous, accessible pourvu que les hommes se laissent aller à la générosité et à l'altruisme. Sachant que la vie est si brève.
Mais ce n'est pas gagné ! Rousseau avant Almqvist avait aussi rêvé.

Voilà donc un roman délicieux. Et qui, sous ses apparences sentimentales soulève des problèmes de société non encore résolus.


Mots-clés : #amour #conditionfeminine #xixesiecle
par bix_229
le Lun 25 Oct - 21:20
 
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Sujet: Carl Jonas Love Almqvist
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Cees Nooteboom

Mokusei ! Une histoire d'amour

Tag amour sur Des Choses à lire Mokuse10

Arnold Pessers est un photographe hollandais venu au Japon pour un travail conventionnel, avec une vision préconçue de cette culture ; il rencontre Satoko, modèle dont il tombe amoureux.
« Ce qu’ils cherchent, c’est une Hollande où tout le monde connaîtrait le Lancelot par cœur, ou des Flandres réduites à Memlinc, au vieux Bruges et à l’exégèse de Ruusbroec l’Admirable. Il y a belle lurette que ces pays-là n’existent plus dans l’espace, mais seulement dans le temps. »

« C’était loin et pourtant c’était hier. Il n’existe pas de forme verbale qui corresponde à ce genre d’indication dans le temps. Le souvenir est ballotté sans cesse entre le parfait et l’imparfait, de même que la mémoire, pour peu qu’on lui laisse libre cours, préfère le plus souvent le chaos au tableau chronologique. »

S’ensuit une liaison de cinq années qu’achève la fin malheureuse d’une histoire d’amour.
« Ainsi qu’il devait l’apprendre par la suite, le Mokusai est l’une des rares plantes odoriférantes du Japon ; et c’est ce nom que, désormais, il lui avait donné : Mokusai. Elle en avait donc trois, l’un secret, connu de lui seul, Masque de Neige, le sien, le vrai, Satoko, qu’il n’employait jamais, et Mokusai. C’est ainsi qu’il l’appelait dans ses lettres, ce nom n’existait que pour eux deux. »


\Mots-clés : #amour
par Tristram
le Mer 15 Sep - 20:05
 
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Sujet: Cees Nooteboom
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Chigozie Obioma

Tag amour sur Des Choses à lire Cvt_la14


La prière aux oiseaux

Chinonso jeune Igbo, est éleveur de volailles, il vit seul dans la ferme héritée de leur père dans une petite ville du Nigéria. Chinonso aime les volatiles depuis son enfance.

Il sauve une jeune fille en la dissuadant de se jeter du haut d'un pont. Il retrouve plus tard cette jeune fille dont la famille est aisée, les deux jeunes gens s'aiment, mais Nonso est rejeté par la famille de Ndali.
Il comprend qu'il doit s'élever au même niveau que la famille de la jeune fille afin d'être accepté.

Alors que Ndali s'absente pour études, Nonso retrouve un camarade de classe -Jamike - avec son ami d'enfance Elochuckwu. Jamike  lui dit qu'il faut qu'il s'inscrive en Chypre où il pourra acquérir facilement son diplôme. Il se propose de tout préparer la-bas, Nonso vend sa ferme, ses poulets et confie donc son argent à Jamike pour  l'inscription, et l'année de cours et l'hébergement.

Lorsque Chinonso arrive à Chypre, pas de Jamike pour l'accueillir, et après maintes démarches, aidé par un étudiant de son pays, il apprend par l'institution que Jamike est connu comme escroc ; il a perdu tout son avoir. Il n'ose téléphoner à Ndali pour l'en informer, il pense trouver du travail, mais c'est très difficile, il ne connait pas la langue, ni les us de ce pays.

Dans l'éthnie Igbo, chaque personne est protégée spirituellement par un "chi", lequel n'a que très peu de pouvoir d'ailleurs ; il ne peut "parler" "influer" sur les décisions ou le comportement de son "hôte" qu'en lui murmurant dans son esprit, il ne peut agir physiquement. Mais le Chi de Nonso se désole de ce qui arrive à son hôte, il tente de lui  donner des idées et du réconfort, espérant que ses conseils atteindront l'esprit de Nonso.

Témoin d'un accident Nonso donne son sang, une infirmière présente - Fiona - , le félicite et l'invite à prendre un Thé. Chinonso lui raconte sa situation, elle l'aidera à trouver un travail.

Mais un jour alors qu'il se trouve chez elle, son mari entre ivre et agresse l'infirmière, Nonso tape sur le crâne du mari avec une chaise et le blesse sérieusement. Nonso est arrêté et emprisonné car la femme et son mari disent que Nonso est entré chez eux pour violer Fiona. Ce n'est que 4 ans plus tard qu'il sera relâché car Fiona a retiré son accusation. Elle donne en compensation une somme d'argent à Chinonso, ce qui lui permet de rentrer dans son pays.

Après avoir été, arnaqué par Jamike, accusé injustement et fait 4 ans de prison, Nonso pense trouver dans sa ville l'apaisement et retrouver celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer et qui n'a jamais reçu de nouvelle de lui.

Jamike est retourné lui aussi dans la ville, Nonso le rencontre prêt à se venger,  mais Jamike a changé, il porte la bonne parole à présent, pour lui c'est la rédemption, il avoue l'escroquerie, reconnait l'injustice faite à Nonso il l'aide du mieux possible. Il retrouve Ndali, et  le soutien quand Nonso se trouve face à Ndali, il se comporte en ami serviable.

Ndali est mariée et a un enfant de 4 ans, Nonso essaie de lui parler, ce qu'elle refuse, mais il comprend que cet enfant c'est le sien, malgré toutes ses tentatives et après un dernier et dur refus de Ndali, il part rejoindre son oncle dans une autre ville, mais met le feu à la pharmacie de Ndali, sans savoir qu'elle s'y trouve.

Tout, l'amour de Nonso et Ndali, sa mésaventure à Chypre, son retour malheureux est conté par le Chi au Dieu Igbo, aux anciens qui siègent dans le ciel de la spiritualité traditionnelle de l'ethnie Igbo. C'est par des incantations que le Chi expose ce qu'il sait, ce qu'il a vu, plaide en faveur de son "hôte".

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Une écriture poétique, de belles et nombreuses métaphores.

Les incantations du Chi s'inscrivent dans la tradition et la religion Igbo. Les digressions du "Chi" qui se souvient de ses précédents "hôtes" permettent de connaître un peu des traditions, proverbes, légendes et de l'histoire de l'ethnie Igbo

Lors du séjour en prison de Chinonso, il y a une réflexion sur l'état de prisonnier, des effets de toutes les privations subies.

La colonisation est évoquée ainsi que la situation de l'Etat, celle difficile des habitants.

La société vue par le jeune couple, société qui pose des barrières entre les "classes" et ne permet pas à un fermier d''aimer au-dessus de sa classe.

Une très belle lecture, je vous engage à la faire. (nonobstant la faiblesse de mon commentaire, je suis certaine que vous trouverez à apprécier).

extraits

"À dater de cet instant, je n’ai cessé de veiller sur lui de mes yeux écarquillés comme ceux d’une vache, infatigables comme ceux d’un poisson. D’ailleurs, sans mon intervention, ou si j’étais un mauvais chi, il ne serait même pas venu au monde.

    À ces mots, un froid murmure se répandit dans les rangs de cette assemblée immortelle.

[...] L’attaque eut un effet immédiat. À voir son regard hébété, je compris que la morsure était terrible. Une perle de sang sombre apparut aussitôt. Elle hurla si fort que tout le monde accourut à son aide. J’étais conscient que le poison se diffusait et pouvait tuer mon hôte dans sa demeure utérine. Alors j’intervins. Je voyais le venin progresser vers ce pauvre fœtus endormi. Ce poison était dense, chaud et puissant, destructeur et fulgurant, et rongeait le sang de la mère. Je demandai à son chi de la faire crier assez fort pour alerter les voisins. Un homme s’empressa de lui attacher un garrot de tissu autour du bras, juste au-dessus du coude, pour empêcher le venin de remonter et le bras d’enfler. Les autres voisins s’attaquèrent au serpent et le réduisirent en bouillie à coups de pierres, sourds à ses supplications."

" Esprit protecteur, tu as parlé comme parlerait l’un d’entre nous. Tu as parlé d’une langue mûre et sage, et tes mots tiennent debout, et se tiennent parmi nous. Mais n’oublions pas que si l’on commence sa toilette par les genoux, on risque de manquer d’eau pour se laver la tête.

    Tous s’écrièrent :
    — Tu parles bien "

"Il comprenait aussi qu’il n’était pas le seul à nourrir de la haine, à porter une pleine jarre de ressentiment d’où s’écoulaient une ou deux gouttes à chaque pas de sa marche pénible sur le sentier usé de la vie. Bien des gens étaient dans ce cas, peut-être même tout le monde, tous les habitants de l’Alaigbo, voire tout son peuple, dans ce pays où il vivait bâillonné, aveuglé, terrorisé. Chacun peut-être nourrissait une rancœur. Certainement. Il y avait forcément un vieux grief, tel un fauve immortel, enfermé dans une cage inviolable du cœur. Certains étaient révoltés par la pénurie d’électricité, d’équipements publics, par la corruption. Ou encore les militants du MASSOB, les manifestants abattus à Owerri, blessés à Ariaria, en réclamant la renaissance d’une nation morte : eux aussi devaient être furieux que ce qui était mort ne puisse reprendre vie. Et tous ceux qui avaient perdu un être cher ou un ami ? Forcément, au plus profond de son cœur, chaque homme, chaque femme devait nourrir du ressentiment. Nul ne goûte une paix absolue. Personne au monde."

Les poules :
"Ensemble, ils les firent lentement sortir du poulailler et les déposèrent dans une des cages de raphia tressé. Dans le poulailler, l’angoisse était palpable. À chaque bête déposée dans la cage, les cris étaient si forts qu’il devait s’interrompre. Même Ndali sentit qu’il y avait quelque chose d’anormal.
    — Mais qu’est-ce qui leur arrive ? demanda-t-elle.
    — Elles comprennent, mama. Elles comprennent ce qui se passe.
    — Oh mon Dieu ! C’est vrai, Nonso ?
    Il hocha la tête.
    — Tu sais, elles en ont déjà vu beaucoup entrer dans cette cage. Donc elles comprennent.
    — Oh mon Dieu ! – elle rentra la tête dans ses épaules. Alors ça doit être comme ça qu’elles pleurent – elle ferma les yeux, et il vit des larmes enfler au bord des paupières. C’est déchirant, Nonso. Ça me fend le cœur"

— On les emprisonne et on les tue comme on veut parce qu’on a plus de pouvoir qu’elles – la colère dans sa voix était pour lui comme une brûlure. "

"Ô Egbunu, l’une des différences les plus criantes entre les usages des grands anciens et ceux de leurs enfants, c’est que ces derniers ont emprunté au Blanc sa conception du temps. De longue date le Blanc a estimé que le temps était une entité divine, et que l’homme devait se soumettre à sa volonté. Selon une heure fixée à l’avance, on arrive à tel endroit avec la certitude que les choses vont commencer à l’heure dite. Les Blancs semblent dire : « Frères, le bras de la divinité est parmi nous et a fixé son dessein à midi quarante ; nous devons donc nous soumettre à son injonction. » Si un événement se produit, le Blanc se sent tenu de l’imputer au temps : « En ce jour, le 20 juillet 1985, il s’est passé ci et ça. » Alors que pour les vénérables anciens le temps était chose à la fois spirituelle et humaine. Il échappait pour une part à leur contrôle et était ordonné par la même force qui avait créé le monde. Lorsqu’ils voulaient discerner le début d’une saison, évaluer l’âge d’un jour ou mesurer la longueur des années, ils se tournaient vers la nature"


\Mots-clés : #amitié #amour #traditions
par Bédoulène
le Sam 14 Aoû - 10:28
 
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Sujet: Chigozie Obioma
Réponses: 21
Vues: 1801

Rachilde

Monsieur Vénus

Tag amour sur Des Choses à lire 319mck10

Roman osé, provocateur, où, avec un demi-siècle d'avance sur Bataille, Rachilde explore toutes les modulations amoureuses d'un couple, et naturellement tout se complique lorsqu'une ou deux personnes s'en mêlent. La sexualité est bien sûr omniprésente dans Monsieur Vénus, mais rarement de façon concrète (explicite, si vous voulez, on se contentera ― ou pas ― d'une ou deux scènes étranges, plutôt comiques que lascives, d'ailleurs). La sexualité et toutes ces combinaisons se manifestent sous forme d'allusions, dans un fantasme diffus fait tantôt de rêve, tantôt d'une sentimentalité sur des charbons ardents. Dans tout cela, la plume vive et primesautière de Rachilde ― notamment dans les dialogues ― ce qui, à défaut de m'avoir transporté, a fait pourtant que mon attention ne s'est jamais relâchée... un avantage par rapport à George Bataille. Comme chez ce dernier, l'idée première du bouquin a l'air de plus intéresser l'auteur que la consistance de ses personnages ; il s'agit ici surtout de s'amuser dans ces mille variations d'un même doigt d'honneur à la bourgeoisie bien-pensante.



\Mots-clés : #amour #sexualité
par Dreep
le Ven 6 Aoû - 0:37
 
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Sujet: Rachilde
Réponses: 4
Vues: 310

Honoré de Balzac

Histoire des 13 : « La Fille aux yeux d’or »,1835

Tag amour sur Des Choses à lire Cvt_la13


Troisième et dernier volet de l’Histoire des treize.
Henry de Marçay est un jeune dandy, beau, friqué, sûr de lui et prétentieux. Bref, un personnage imbuvable !
Lors d’une promenade, il tombe amoureux d’une jeune femme, la fille aux yeux d’or, surveillée de prés par une duègne. Toutefois, les deux jeunes gens vont réussir à se rencontrer. C’est alors que Henry de Marçais a l’impression d’être manipulé et de jouer un rôle pour une troisième personne cachée…
Ce court roman relève beaucoup de l’orientalisme. Est-ce en rapport avec la dédicace adressée à Eugène Delacroix? La profusion de tissus précieux, la volupté des corps dénudés, les parfums capiteux, l’évocation de l’homosexualité féminine donnent à « La Fille aux yeux d’or » un parfum pré-baudelairien.



Mots-clés : #amour #identitesexuelle
par ArenSor
le Lun 28 Juin - 23:09
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Vues: 7163

Chloé Delaume

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Le cœur synthétique

Adélaïde a 46 ans et elle a largué son conjoint. Elle  ne met pas longtemps à réaliser que la solitude c’est nul, qu’à son âge les mecs ne se retournent plus sur elle et que la vie de femme presque cinquantenaire est bien triste. Elle déprime, mais heureusement, elle a un chat, et 4 super copines avec lesquelles elle peut parler états d’âmes, hommes à prendre et à trouver, grands choix existentiels.

Plusieurs fois elle croit avoir trouvé la perle rare, mais en fait elle finit toujours par comprendre que les perles rares sont rares….

Pour finir, Chloe Delaume lui offre alors un double destin :
Spoiler:

Aussi, Adélaïde est attachée de presse dans l’édition et cela nous permet de voir un peu comment fonctionne ce petit monde fermé - et pas du tout intéressant sous la plume de Chloé Delaume, et de réaliser la dure vie de cette héroïne condamnée à vivre dans 35m2 dans le 20ème.

Le message est assez clair : mesdames, vivez par et pour vous même. Le résultat est bâclé, plat autant dans le récit que dans le style, il n’y a jamais de vraie surprise, je n’ai vraiment pas compris l’intérêt d’un tel livre


\Mots-clés : #amitié #amour #solitude
par topocl
le Sam 26 Juin - 9:21
 
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Sujet: Chloé Delaume
Réponses: 15
Vues: 1183

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