Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Lun 1 Mar 2021 - 17:45

131 résultats trouvés pour amour

Amin Maalouf

Les échelles du Levant

Tag amour sur Des Choses à lire Les_zo11
Roman, paru en 1996, 250 pages environ.


Étymologie et explication du titre ici.

Roman assez alerte, prenant, lu avec une célérité inaccoutumée.

Un journaliste (il n'est pas malaisé de voir l'auteur en personne derrière celui-ci) reconnaît dans les traits d'un soixantenaire un jeune homme de ses livres d'Histoire au Liban, un Beyrouthin qui a servi dans la Résistance française lors de la seconde guerre mondiale. Le suivant et parvenant à attirer son attention il réussit, en quelques jours qui sont autant de parties ou chapitres, à lui faire raconter son histoire.

Je me suis assez volontiers laissé happer par cette histoire-ci, où l'on retrouve le décor qui semble cher à l'auteur, un certain Levant (puisque l'auteur préfère, de toute évidence, cette dénomination à "Proche-Orient") inspiré, fraternel, cosmopolite, ouvert et semblant porteur d'avenir.  

Toutefois, certaines ténuités des épisodes narrés, quelques raccourcis, et aussi des développements occultés, des voies qu'on aperçoit, mais qui demeurent inexplorées et ne sont même pas tacitement suggérées, des éléments composites jetés là et autres vraisemblances qu'on admet parce que c'est une fiction mais qui eussent gagné à avoir été quelques peu chiadées, voilà qui au final laisse sur sa faim.
Sans doute y-a-t-il là un souci de conserver un caractère enlevé, léger, à la narration, mais cent pages de plus et un approfondissement façon roman XIXème et j'en fus, c'est certain, ressorti sustenté.
Autrement dit, avec un tel matériau, c'est un peu gâcher; certes, l'on n'a pas prétendu être chez Tolstoï ici, je me le tiens pour dit.

Reste le procédé littéraire, lequel offre bien des libertés: Le "je" passe du journaliste-témoin non nommé au narrateur -  Ossyane Ketabdar.
Amin Maalouf a toute latitude pour faire bien monter l'intensité dramatique, de la position du journaliste-auditeur qui a le temps face au protagoniste qui lui, ne l'a pas trop, le temps, c'est habile.
Il peut user d'un style parlé sans se le voir reprocher, et peut à sa guise jouer des circonvolutions (il n'en abuse guère) si ça lui chante.
Comment dire ?
Cela est bien et bien bon, c'est le romancier qui tire les ficelles dans sa production, c'est une affaire entendue, mais je n'atteins pas au ravissement, du coup.


Promis, je ne dévoilerai en rien l'histoire, parce qu'il s'en passe des choses et là, pour le coup, ce serait gâcher.

Allez, un petit extrait:
Partie jeudi soir a écrit: Cela dit, il faut ramener mes prétendus exploits à leur juste mesure: pas une fois je n'ai pris part à une vraie bataille.Je ne portais d'ailleurs jamais d'arme sur moi, cela aurait rendu mes déplacements hasardeux. C'est pourquoi, lorsque vous me demandiez, hier, si j'avais "pris les armes", je ne pouvais honnêtement pas dire "oui"; ni même "pris le maquis", ce ne sont pas les mots qui conviennent. J'ai surtout beaucoup pris le train ! J'ai parfois l'impression d'avoir passé la guerre dans les trains, avec ma sacoche...J'étais un postier, en somme, un facteur, le courrier de l'ombre.
  Ma contribution était utile, je crois, tout en restant modeste. Elle me convenait. N'en déplaise à la mémoirede mon père, je n'ai jamais su jouer "les dirigeants", ni les héros. Je n'ai jamais été autre chose qu'un garçon appliqué, consciencieux. Un tâcheron de la Résistance. Il en faut, vous savez...  


\Mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #xxesiecle
par Aventin
le Mer 24 Fév 2021 - 17:01
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Amin Maalouf
Réponses: 23
Vues: 1494

Willy Vlautin

Plein Nord

Tag amour sur Des Choses à lire Cvt_pl10

Allison et Jimmy, ils sortent ensemble, ils travaillent,  s'aiment, écoute de la musique : Johnny Cash, Hank Williams, Chet Atkins, Faith Hill... Tous deux boivent comme tout le monde,  mais Jimmy prend du « speed » et elle boit encore plus au point de s’évanouir.

« Debout au pied du lit, Jimmy contemplait Allison. Il retourna près de la gazinière, retira la poêle du brûleur, et il la posa sur la table appuyée tout contre le mur. Il marcha jusqu’à l’armoire, en sortit une paire de menottes. Il revint vers elle, empoigna son bras gauche et referma sur le poignet une extrémité des menottes, fixant l’autre à l’armature du lit.
Voilà ce que c’est d’être avec toi. Hier soir, c’était comme être menotté à un putain de pieu. Imagine-toi un peu en train de traverser le Circus Circus, avec les vigiles et tous les clients qui te matent, puis jusqu’à la voiture devant un tas d’autres gens, et pendant tout ce temps-là tu te trimballes ce foutu lit. Être avec toi, ça ressemble à ça.
Sans ajouter un mot, il arracha la couverture. Allongée nue, la jeune femme éclata en sanglots. Jimmy prit une assiette dans le placard, il y versa les œufs et le bacon, mais il n’avait pas faim. Sans avoir touché à son assiette, il se versa une tasse de café, puis sortit. »


Lui, Jimmy fait partie d’une bande de jeunes « suprémacistes  blancs » mais un jour qu’avec Allison ils sont ensemble à une fête de « skinheads » et devant leur comportement il prend conscience que  leur idéal n’est pas le sien, bien qu’il soit raciste.

« Et Hitler, alors ? Je veux dire, combien de personnes il a tuées, des gens de son propre peuple, en déclarant la guerre ? Il aurait dû se contenter de verrouiller l’Allemagne, bien hermétiquement, et de montrer l’exemple. De foutre les Juifs dehors, s’il les détestait tant que ça, mais pas de les tuer. Ça foire toujours quand on fait ça. Les autres finissent toujours par vous tomber dessus. Et puis, si tu écoutes les suprémacistes blancs, ils prétendent que l’Holocauste n’a jamais existé, que c’est rien qu’un mensonge inventé par les Juifs. Ils affirment que c’est impossible, que six millions de personnes n’ont pas pu être tuées. Moi je vois pas comment les Juifs auraient pu convaincre le monde entier qu’il y a eu six millions de victimes, si c’était pas le cas. Je veux dire, ils s’y prendraient comment ? Leur pouvoir n’est pas si énorme, pas vrai ? Quelqu’un finirait forcément par découvrir la vérité, un historien prouverait que les morts n’étaient pas si nombreux. Quelqu’un trouverait, un historien, un journaliste, parce que c’est leur job de découvrir la vérité. Et puis d’ailleurs, pourquoi s’en prendre aux Juifs ? Pourquoi, au juste ? Je pige pas. Ils ne détruisent pas les quartiers, ils ne forment pas des gangs, pas vrai ? Hitler était un taré. Comment peut-on encore le prendre pour modèle ? On sait qu’il a envoyé des gamins à la guerre, qu’il a effectivement mené des expériences sur les prisonniers juifs. Des trucs horribles. Des injections de produits atroces, des opérations abominables. Changement de sexe, amputations, ils leur enlevaient même des organes. Et tout ça sans aucune raison. Rien que pour l’expérience. Ils violaient les femmes avant de les tuer. Je comprends pas comment on peut pardonner le viol. Comment ce type peut-il encore être considéré comme un héros ? Moi je veux pas des Nègres ni des Mexicains parce qu’ils foutent rien, à part tout détruire, mais je dis : foutons-les dehors, ces enculés. Ne vous y prenez pas en cassant la gueule d’un pauvre vieux bouffeur de haricots ou en plantant une croix sur la pelouse d’un Black. Ni en portant des cagoules blanches, bon Dieu. C’est la bande de débiles les plus paresseux que j’ai jamais vus. Et dire que je t’ai fait tatouer une croix gammée dans le dos… Je regrette. Vraiment. Je paierai pour qu’on te l’enlève. Je suis tellement con, des fois. »

Allison, sa mère et sa sœur aiment l’acteur Paul Newman, elle regarde tous ses films, encore et encore. Mais Allison elle l’adore au point qu’elle le « voit », elle discute avec lui de ses soucis de boisson, de ses rapports avec Jimmy qu’elle souhaite quitter, alors même qu’elle est enceinte. Paul Newman, c’est son confesseur, son ami, elle a besoin de lui. Il surgit dès qu’elle a besoin de son aide.

« Même si c’est bien triste à admettre, il est sans doute la meilleure chose qui me soit jamais arrivée.
— Qui, Paul Newman ?
— Dès que j’ai des soucis ou une crise d’angoisse, je pense à lui. Parfois c’est dur de le faire venir, mais la plupart du temps il se pointe. Depuis cet été-là, j’ai toujours fait comme ça »


Jimmy l’emmène à une fête, mais Allison se sauve et revient chez sa mère, elle refuse de le voir, de lui parler. Elle part sans dire où à personne. Elle part pour Reno où les femmes dans son état et qui veulent faire adopter leur enfant sont dirigées par le service d’assistance.

Après l’accouchement et l’adoption Allison reste à Reno, elle pense à son enfant et elle regrettera de plus en plus de l’avoir abandonné, fait des cauchemards. Paul Newman l’écoutera avec attention, il la confortera dans sa décision de ne plus revoir Jimmy.

Elle trouve une place de serveuse dans un bar/restaurant, elle boit encore trop, jusqu’à s’évanouir trois fois de suite dans la même journée.

« Allison parcourut quelques rayons encore, elle posa son panier devant la porte des toilettes. Planquée dans une cabine, elle ouvrit la bouteille et elle but au goulot »

Bien que Jimmy cherche à la retrouver, lui écrit des lettres par l’entremise de sa mère Allison ne cède pas, elle ne veut plus de quelqu’un qui lui en impose. Aussi lorsqu’elle rencontre un habitué du bar où elle travaille, un homme diminué (suite à une grave agression) que les gens effraient, qui s’intéresse à elle, qui ne sera pas un dominant pour elle, elle accepte son amitié ; elle l’apprécie.

« Dan Mahony était incapable de la dominer, pensa Allison, il avait déjà bien du mal à se dominer lui-même. Alors, comme elle marchait, elle se sentit bien avec lui. Leurs mains se frôlaient, elle prit celle de Dan dans la sienne et la serra fort. »

« Allison se tourna vers les gens, et alors, l’espace d’un instant, elle aperçut un homme qui, de dos, ressemblait à Jimmy Bodie. […] Elle fut prise de panique et elle resta figée, incapable du moindre geste. Puis l’homme fit volte-face, elle vit que ce n’était pas lui.
Elle ferma les yeux et se dit à elle-même : « je t’en prie, ne le laisse pas me retrouver. Je t’en prie, je t’en prie, t’en prie, t’en prie… » Elle le répéta encore et encore, jusqu’à ce que Dan lui parle, et alors elle ouvrit les yeux. Elle le prit par la main, lui donna un baiser. Un baiser désespéré. Un baiser rempli de peur, d’espoir et d’incertitude. Et, par faiblesse, elle s’en remit totalement à lui, en cet instant, à cet endroit, parmi les gens et les vieux immeubles effondrés. »


Peut-être une chance de s’en sortir ?



J’ai apprécié cette lecture.

L’auteur a bien démontré avec ce jeune couple, puis en suivant Allison l’instabilité à vivre pour la jeunesse, à trouver sa place, dans la société comme en couple ;  mais c’est je pense toujours ainsi. Jimmy et Allison sont tous deux cabossés par la vie mais Alison a le courage malgré ses crises de panique de vouloir s'en sortir.
Avoir intégré les "visions" de Paul Newman dans l'esprit d'Allison renforce le sentiment de l'aide dont la jeune fille a besoin.

La cohabitation difficile avec les Mexicains qui se sont implantés dans la ville de Las Vegas et la nombreuse présence des Noirs, le racisme,  sont bien visibles dans ce livre.

Le fait aussi que les gens boivent trop, que c’était une période (dans les années 80) où s’imposaient parmi la jeunesse, les suprémacistes blancs, que le speed circulait facilement.

Une écriture maîtrisée qui m’a beaucoup plus


Mots-clés : #addiction #amitié #amour #culpabilité #social
par Bédoulène
le Mer 24 Fév 2021 - 10:44
 
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Sujet: Willy Vlautin
Réponses: 4
Vues: 180

August Strindberg

Le Plaidoyer d'un fou

Tag amour sur Des Choses à lire Strind10

À la fin des années 1880, Strindberg entreprend d’écrire l’un de ses nombreux romans d’une veine autobiographique : Le Plaidoyer d’un fou, sur son premier mariage, expérience chaotique s’il en est. Il serait vain d’examiner qui a tort ou qui a raison (ni ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas), de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, puisqu’il n’est pas question ici d’un jugement de ce mariage (ce malgré l’emploi du terme « plaidoyer » du titre, qui sonne presque comme une ironie à mon avis). Il n’est pas plus question de raison face au déchaînement de partialité que ce livre libère. Au-delà de l’exaspération causée par l’un et autre, ce qui se joue entre eux, tout en restant dans les limites du probable, a quelque chose monstrueux et parfois d’affreusement drôle.

La lecture de ce livre est troublante aussi par le nombre de points communs avec Le destin de Mr. Crump de Ludwig Lewisohn. Points communs qui supposent aussi quelques différences, qui, faute d’être à l’honneur du personnage masculin du couple dans Le Plaidoyer d’un fou, peuvent permettre de mettre en évidence l’art de la composition chez Strindberg. Plus classique chez Lewisohn, chez Strindberg, cet art a quelque chose de paradoxal étant donné la constante impression que Strindberg se livre sous le coup de l'émotion, avec une sincérité brutale, ne reculant devant la révélation d'aucune mesquinerie de sa part ou de celle de l'autre. Je suis peut-être plus admiratif de Lewisohn pour ce qu'il m'a apporté, il y a chez Strindberg (et notamment avec ce livre) des hauts et des bas. Les hauts : la baronne de Strindberg est un personnage aussi admirable qu'Anne Bronson-Crump ; un sommet : la description du désespoir et de la colère par l'écrivain suédois.


Mots-clés : #amour #autobiographie
par Dreep
le Mar 16 Fév 2021 - 18:23
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: August Strindberg
Réponses: 11
Vues: 1160

Maryline Desbiolles

Anchise

Tag amour sur Des Choses à lire Anchis10

Originale : Français, 1999 (Prix Femina)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Qui peut dire si quelque chose tourmente encore le vieil Anchise, si quelque rêve l'habite toujours dans sa dure solitude, si les collines qui l'entourent, et qu'il a rendues depuis longtemps à la sauvagerie, lui renvoient encore quelque écho, quelque bruissement, quelque rire du bonheur étincelant qu'il vécut autrefois, il y a bien longtemps, avec sa jeune femme qui était si blonde que tout le monde l'appelait la Blanche ?

Dans ce livre, il est dit de la Blanche qu'elle était menue et saisissante comme une ablette, avec son ventre d'argent qui troue les eaux les plus noires. Qu'elle était merveilleuse et insignifiante comme l'ablette. Qu'elle était inattendue et commune comme l'ablette et que, comme l'ablette, elle ignorait que ses écailles scintillantes avaient le pouvoir de changer les eaux les plus noires en voie Lactée.

Mais de leur après-midi d'amour dans la forêt de mimosas en fleur au-dessus du village, un dimanche de février, s'en souvient-t-il, Anchise ? Et des abeilles et des ruches qu'il aimait tant, s'en souvient-il, aussi ?

Comment faire renaître, une dernière fois, l'incandescence première ? Comment se jeter une fois pour toutes dans la lumière du grand amour perdu ?

REMARQUES :
Et dans une lumière éblouissante, un jour d’été, le narrateur distancié décrit la scène d’une voiture grimpante la colline sur des chemins inconnus, d’un homme y sortant et versant quelque chose sur et dans la voiture, s’y remettant et… l’incendiant.

On se retrouve dans l’arrière-pays de Nice : on s’éloigne dans un mouvement de la ville, sent les passages imperceptibles entre habitat et campagne et sort, à peine à une vingtaine de km de la ville. C’est déjà la campagne, et ces trois maisons qui se trouvent dans un virage de le route du Sel (la D 2204) semblent déjà assez lointaines de tout, voir isolées, sinon presque délabrées. Ici la narration va s’arrêter et rester : Ouvre-t-on encore les volets ? A peine. Et les trois ménages de personnes âgées, la Thomas, les Sasso, l’Anchise, ils semblent ne plus communiquer, murés dans une vie d’intérieur, où la visite hebdomadaire au supermarché sera la seule sortie.

L’auteure va décliner des aspects des mots tels que « lumière », « eau », « campagne », dans leur sens et double sens. Il y aura des descriptions de tous ces quatre habitants, néanmoins c’est l’Anchise qui retiendra le plus notre attention : Né dans le temps de la première guerre, avec un père qui ne va pas en revenir, il quittera tôt l’école, mais tombera éperdumment amoureux d’une fille plus jeune : la « Blanche », la blonde. Il attendra, et il connaîtront des mois d’amour et le mariage. Mais il sera appelé sous le drapeau, partira. Quelle absurdité : deuil renversé ! Quand il reviendra, c’est elle qui est morte. Enceinte, peut-être, de quelques mois ? Qui le saura… Et notre Anchise vît désormais comme dans un répondant ce que tant de veuves de guerre en vecu : la solitude, la presque folie de souffrance, l’impossibilité de se lier encore une fois, même si plus tard même ses voisins ne peuvent plus l’associer avec une vie de couple. Il est entré dans une vie entre rêve de ce bonheur bref, souvenirs vifs. Si loin, si proche. Jusques à quand ?

Je dis dans ma grande ignorance que l’écriture de Maryline Desbiolles me rappelait une Marie-Hélène Lafon. Langage vif, parfois jouant avec la pluralité de sens d’un mot. On sent la poétesse… De ma part une recommandation !


Mots-clés : #amour #mort #solitude
par tom léo
le Dim 7 Fév 2021 - 16:15
 
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Sujet: Maryline Desbiolles
Réponses: 2
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Karl Gjellerup

MINNA

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Une histoire d’amour très romantique avec l’honneur et le drame inhérents.

Un jeune Danois qui fait des études à Dresde rencontre une très belle jeune fille alors qu’il passe son mois de vacance à Rathen dans la Saxe Suisse.
Ils tombent amoureux et envisagent de se marier, mais Minna lui confie qu’elle eu un amour platonique avec un des locataires de la maison de famille, un Danois comme lui, un peintre nommé Stephensen avec lequel elle entretien une relation épistolière. Elle écrit d’ailleurs à ce dernier pour lui faire part de son futur mariage.

Or Stephensen en est mécontent, il revient à Dresde, estime qu’il a un droit prioritaire sur Minna. Harald après un entretien avec lui consent à ce que Minna choisisse librement celui avec qui elle va s’unir ; librement car Stephensen affirme que lui étant absent la jeune fille n’a pas eu de choix.

Après un séjour de quelques jours chez un membre de sa famille Minna envoie une lettre à Harald lui disant que son choix s’est porté sur Stephensen, qu’elle a aimé avant lui.
Harald part en Angleterre travailler aux côtés de son oncle.

Quatre ans plus tard, Harald se rend à Copenhague où il s’informe sur le couple de Minna et du peintre Stephensen, il l’aperçoit dans un bar et voit sur son visage combien elle méprise son mari.

Alors qu’il voyage dans plusieurs pays européens pour le travail, il décide de passer par Dresde et poussant plus loin à Rathen pour retrouver les bons moments qu’il y a passés. Coïncidence Minna et Stephensen s’y trouvent aussi. A Dresde où Harald pense retrouver le couple, Stephensen débarque seul du train et apprend à Harald que Minna est à Sonnenstein où elle doit se soigner. Ce château est connu pour héberger des personnes souffrant de troubles mentaux. Harald accuse Stephensen d’être coupable de son état.

Harald part immédiatement là-bas, s’informe de l’état de Minna auprès du médecin, celui-ci dit qu’elle est malade cérébralement mais n’était pas en danger de devenir folle ; par contre sa maladie de cœur était inquiétante. Il est souhaitable que la jeune femme soit éloignée de la vie de couple qui était la sienne. Il restera donc à Dresde pour pouvoir la soutenir dans sa maladie mais quelques jours plus tard le médecin de Sonnenstein lui apprend que Minna a succombé à une crise cardiaque.



C’est une écriture des plus poétiques, les descriptions sont vraiment belles, précises, détaillées, notamment celles de la ville de Dresde.

De la culture aussi avec les évocations de Goethe, Schiller, l'opéra, des philosophes de  la littérature, la peinture...

Quant à l’histoire d’amour, son romantisme monte en tension au fil du temps jusqu’ au dénouement.

La couverture du livre est illustrée par Picasso et les autres  illustrations qui  figurent dans le livre sont de May Néama.



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\Mots-clés : #amour #xixesiecle
par Bédoulène
le Sam 16 Jan 2021 - 23:26
 
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Sujet: Karl Gjellerup
Réponses: 4
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Isaac Bashevis Singer

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Le charlatan

Hertz, brillant intellectuel mais raté notoire, a toujours été soutenu financièrement par son ami Moriss, que ses affaires immobilières mettent à la tête d’une belle fortune. Entre autres conquêtes, il entretient une liaison passionnée avec Minna, la femme de celui-ci et la révélation de l’affaire renvoie tous ces personnages à leur misérable condition d’êtres humains.

Le fait que cela se déroule dans les milieux juifs exilés à New-York pendant la seconde guerre mondiale, au moment où leurs familles polonaises laissées au pays sont décimées par Hitler, donne une profondeur, une amertume, un tragique à ce qui pourrait n’être qu’un vaudeville sombre.

On ne peut pas dire que Singer y va avec le dos de la cuiller en finesses psychologiques et retournements de situation chez ces personnages pris dans la tourmente de l’Histoire et de leurs péripéties personnelles… Les interrogations face au destin d’un monde aussi impitoyable qu’incompréhensible et à un Dieu impénétrable sauvent cependant - de justesse - ce roman d‘un monde et d’une époque.


\Mots-clés : #amour #historique
par topocl
le Sam 9 Jan 2021 - 15:52
 
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Sujet: Isaac Bashevis Singer
Réponses: 10
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Patricia Highsmith

Tag amour sur Des Choses à lire 41y2vq10

Caroll

Voilà donc le second livre édité, sous pseudonyme, de Highsmith.
Pas un roman policier, pas un roman à suspens.
Un roman d'amour.

Dont un film a fait parler, ces temps derniers. Film que je n'ai pas vu.

J'ai bien aimé, en fait il faut se représenter un roman qui prend le temps, pas très versé sur le pathos, et finalement ce n'est pas dutout étonnant, au regard de son style en général, à cet auteur.

Le livre est d'un ton élégant, assez sobre et classique. Il ne met pas tellement l'accent sur la passion, mais plutôt sur l'héroïne.
Sur son développement d'individu tout neuf.

Y compris, donc, à travers ses émotions amoureuses.
Mais à cet égard, tout du long, la femme qu'elle aime, ou les hommes qui l'aiment, semblent être "traversés" pour avancer. On sent que l'amour est émotion avant que d'être une dévotion qui diluerait l'être.

Comme on n'est pas dans le portrait pathologique du mal, rien d'extraordinaire, c'est un roman qui parlera à tous les aimants du monde,
mais déjà une acuité et propension à décrire sous un jour très personnel de la part de Highsmith..
J'ai eue tout du long une grille de réception bien précise : faire le pari qu'il y sera trouvé la clef émotive de l'auteur, sa manière de voir le monde sur le plancher des vaches.
Et ça loupe pas. Sacrée bonne femme.
Le fond socioculturel de la spécificité homosexuelle existe, d'ailleurs traité en une préface et postface de l'auteur elle -même.Mais ne me parait pas fondamentalement le coeur du livre.

Au final elle propose sur une trame qu'on connait tous, l'amouuuur, une version très intéressante de l'épiphénomène "devenir soi". Elle bazarde avec une grâce de magicien nos vieux poncifs des vilains et des gentils, elle retient l'auto-analyse, l'apport que la sensualité crèe à l'être social, et traite la perte comme un renouveau total.
Aucune sensiblerie, beaucoup d'émotion circoncise, plutôt. De l'instinct, donc, tout du long. Du sang froid.

C'était intéressant. Elle était bien jeune pour savoir déjà traiter l'amour comme ça. Chapeau bas.
J'arriverais assez mal à expliquer le truc, mais comment dire : oui, l'histoire finit bien (elles restent ensemble) mais c'est plutôt l'attitude de chacune face aux avanies qui est inspirante. Chacune reste reliée à ses chemins propres, même les personnages masculins positifs (nombreux) semblent de ce cénacle, initiés à la conscience de soi ,à l'expansion de soi comme recours-souhaitable bien identifié. Il y a une sorte de réception, passive mais lucide, très bien décrite, qui est évidemment totalement propre à la jeunesse, et éthiquement des résolutions dramatiques tout à fait réjouissantes, à illustrer des avancées solaires et affirmées.

J'ai en fait surtout aimé la fin.

La description de ce que devient Thérèse. Sur quelques semaines de crise. Ses filtres spécifiques.

Et été intéressée par la manière dont l'auteur partage les problématiques professionnelles : devenir, à NY quelqu'un qui travaillera dans son domaine de formation, les petits boulots. Le devenir social.
Voilà.

\Mots-clés : #amour #initiatique #mondedutravail
par Nadine
le Mar 15 Déc 2020 - 15:46
 
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Sujet: Patricia Highsmith
Réponses: 38
Vues: 2115

Yukio Mishima

Neige de printemps

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Roman, 1969, 360 pages environ, titre original 春の雪.



Difficile de passer après le magnifique commentaire d'Églantine !
Et combien mes craintes étaient similaires aux siennes, on tique à l'idée de lire une traduction depuis...la traduction anglaise (tout de même, pour un auteur de la portée de Mishima...), au final ça passe bien, et comme nous ne sommes pas armés pour évaluer la déperdition (Gnocchi, si tu passes par là ?), on s'en contentera !

Mais, passons.

Ce premier volume de la tétralogie La mer de la fertilité est, de bout en bout, une splendeur.
Beaucoup de souplesse stylistique et de raffinements, de légèreté sans vacuité, de justesse descriptive sans pesanteurs.

Une prosodie chatoyante transparaît de ces pages, quant à l'histoire, nous sommes embarqués dans un Japon du début des années 1910, époque antérieure à la naissance de l'auteur et de peu postérieure à la guerre russo-japonaise en Mandchourie, sans doute la première guerre "moderne" par les moyens employés, et "terrible" par le nombre des victimes, d'entre les conflits militaires du XXème siècle. C'est aussi l'extrême fin de l'Ère Meiji, à laquelle il est souvent fait allusion dans le roman, ainsi qu'en filigrane l'Ère Edo (voir par ex. le second extrait), l'histoire devant s'achever aux alentours des années 1920.

Un Japon que Mishima campe entre modernité et traditions, s'européanisant, pour une mise en scène des hautes classes nobles et riches, en orchestrant son roman autour de deux beaux jeunes gens, Satoko Ayakura et Kiyoaki Matsugae.  
Histoire d'amour, non seulement sentimentale mais passionnelle, non seulement forte mais dramatique.  

Fait remarquable, dans ce roman, que d'aucuns estimeront épais ou long (ou bien les deux), mais que je ressens surtout comme dense, les descriptions d'apparence externe ou de l'ordre du détail (nature, temple, jardins, animaux, portrait peint, photographie, mer, considérations d'ordre météorologique, incidents, intérieurs, etc.), de même que les personnages secondaires (particulièrement remarquables, ceux-ci) lorsque la narration s'attarde font toujours sens, tout un jeu de correspondances est mis en place, avec raffinement, doigté, et, je n'en doute pas une seconde, immense talent d'écrivain, ceci étant composé avec grâce, légèreté, d'une plume alerte.  

Chapitre 12 a écrit:Kiyoaki tournait et retournait ces pensées, assis dans le demi jour de l'étroit carré bringuebalant du pousse-pousse. Ne voulant pas regarder Satoko, il n'y avait rien d'autre à faire que de contempler la neige dont la clarté jaillissait par la minuscule fenêtre de celluloïd jauni. Pourtant, à la fin, il passa la main sous la couverture où celle de Satoko attendait, à l'étroit dans  la tiédeur du seul refuge disponilbe.
  Un flocon, en entrant, vint se loger dans un sourcil de Kiyoaki. Cela fit s'écrier Satoko et, sans y penser, Kiyoaki se tourna vers elle en sentant les gouttes froides sur sa paupière. Elle ferma les yeux brusquement. Kiyoaki considérait son visage aux paupières closes; on ne voyait luire dans la pénombre que ses lèvres légèrement empourprées, et à cause du balancement du pousse-pousse, ses traits se brouillaient un peu, telle une fleur qu'on tient entre des doigts qui tremblent.
  Le cœur de Kiyoaki battait sourdement. Il se sentait comme étouffé par le col haut et serré de sa tunique d'uniforme. Jamais il n'avait été en présence de rien d'aussi impénétrable que le visage blanc de Satoko, ses yeux clos, dans l'attente. Sous la couverture, il sentit que l'attirait une force douce mais irrésistible. Il pressa sur ses lèvres un baiser.
   L'instant d'après, une secousse du véhicule allait séparer leurs lèvres, mais Kiyoaki, d'instinct, résista au mouvement, si bien que tout son corps parut en équilibre sur ce baiser, et il eut la sensation qu'un vaste éventail invisble et parfumé se dépliait autour de leurs lèvres unies.
  En cet instant, si absorbé qu'il fût,  il n'en avait pas moins conscience d'être un très beau garçon. La beauté de Satoko et la sienne: il vit que c'était précisément leur étroite correspondance qui dissipait toute contrainte, les laissant s'écouler de concert et se confondre aussi aisément que mesures vif-argent. Tout ferment de désunion, tout désenchantement naissaient de choses étrangères à la beauté. Kiyoaki comprenait maintenant que vouloir à toute force rester complètement indépendant était maladie, non de la chair, mais de l'esprit.



Chapitre 39 a écrit:"Faire un enfant à la fiancée d'un prince impérial ! Voilà ce que j'appelle un exploit ! Combien de ces minets, à notre époque, se montreraient capables de rien de pareil ? Il n'y a pas de doute, Kiyoaki est bien le petit-fils de mon mari. Tu n'en auras nul regret, même si on te met en prison. En tous cas, il n'y a pas de danger qu'on t'exécute", dit-elle, prenant un plaisir visible. Les rides austères de sa bouche avaient disparu et une vive satisfaction semblait l'enflammer, comme si elle avait banni des décennies d'ombre étouffantes, dispersant d'un coup les vapeurs anémiantes qui enveloppaient la maison depuis que le présent marquis en était devenu le maître. D'ailleurs, elle ne rejetait pas le blâme sur son seul fils. À cette heure, elle parlait aussi en représailles contre tous ceux qui l'entouraient dans sa vieillesse et dont elle sentait la puissance perfide se refermer sur elle pour la broyer. Sa voix portait l'écho joyeux d'une autre ère, une ère de bouleversements, ère de violence que cette génération-ci avait oubliée, où la crainte de la prison et de la mort n'arrêtait personne, où cette double menace constituait la trame de la vie quotidienne. Elle appartenait à une génération de femmes qui tenaient pour rien de laver leurs assiettes dans un fleuve que l'on voyait charrier des cadavres. Ça, c'était vivre ! Et aujourd'hui, chose remarquable, voilà que ce petit-fils, à première vue tellement fin de race, ressuscitait sous ses yeux l'esprit d'un autre âge.
  Le regard de la vieille dame se perdit, quelque chose comme une ivresse se répandant sur ses traits. Le marquis et la marquise considéraient en silence, scandalisés, ce visage de vieille femme trop austère, trop pleine de rude beauté paysanne pour qu'on pût la présenter en public comme la maîtresse douairière de la maison du marquis.    





Mots-clés : #amitié #amour #culpabilité #education #traditions #xxesiecle
par Aventin
le Dim 13 Déc 2020 - 7:39
 
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Sujet: Yukio Mishima
Réponses: 27
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Irène Nemirovsky

Tag amour sur Des Choses à lire 71he7k10
CHALEUR DU SANG

Quatrième de couverture :

Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.

Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame.

L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation."

"Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition."

Une fois de plus, je suis bluffée par le talent, les capacités d'analyse de l'âme humaine de cette auteure, quelle finesse !

L'intrigue est bien menée et jusqu'à la fin, on ne soupçonne rien...j'aime beaucoup ce titre et sa réflexion... "Chaleur du sang"  en fait, l'impulsivité de la jeunesse, folie des hormones, le monde n'est pas trop grand pour nous lorsqu'on est jeune..on est capable de tout...et de nombreuses années plus tard, il est vrai qu'on se dit : c'est bien moi qui ai fait tout ça ? Comme cela a-t-il été possible ? La chaleur du sang, l'ardeur de la jeunesse, la folie qui nous prend...notamment amoureuse...quels moments merveilleux...si bien décrits. Je comprends d'autant mieux que je suis partie sac à dos courir le vaste monde et que ma mère s'étonnait de mes envies de voyage....."jamais contente là où tu es..tu crois que c'est mieux ailleurs ? ".... Wink

Silvio  :

Voici, je voudrais la décrire. Je ne peux pas. Sans doute, dès le début, je l’ai regardée de trop près comme tout ce que l’on convoite ; connaissez-vous la forme et la couleur du fruit que vous portez à vos dents ? Les femmes que l’on a aimées, comme je l’ai aimée, il semble que dès le premier jour on les ait vues à la distance d’un baiser.

La nuit vient… alors ? on ne peut appeler cela la nuit : l’azur du jour se trouble, et verdit, et toutes les couleurs graduellement se retirent du monde visible, ne laissant qu’une nuance intermédiaire entre le gris de perle et le gris de fer. Mais tous les contours sont d’une parfaite netteté ; le puits, les cerisiers, le petit mur bas, la forêt et la tête du chat qui joue à mes pieds et mord mon sabot. C’est l’heure où la bonne rentre chez elle ; elle allume la lampe dans la cuisine, et cette lumière fait entrer instantanément toutes choses dans une nuit profonde.

Je n'avais plus de père, et ma mère n'a pas pu me retenir. "C'est comme une maladie" disait-elle épouvantée, quand je la suppliais de me donner de l'argent et de me laisser partir, "attends un peu, ça passera".*

Elle disait encore :

" En somme, tu fais comme le fils Gonin, et le fils Charles qui veulent être ouvriers en ville, qui savent qu'ils seront moins heureux qu'ici, qui me répondent, quand je les raisonne : "Ca fera du changement".
Et, en effet, c'était bien ce que je voulais : le changement ! Mon sang s'allumait en pensant à tout ce vaste monde qui vivait tandis que je demeurais ici. Je suis parti, et maintenant je ne peux pas comprendre quel démon me poussait de ma maison, moi sauvage et sédentaire. Colette Dorin m'a dit une fois, je me souviens, que je ressemble à un faune : un vieux faune vraiment, qui ne court plus les nymphes, qui se cache au coin de son feu. Et comment décrire les plaisirs que j'y trouve ? Je jouis de choses simples et qui sont à ma portée : un bon repas, un bon vin, ce carnet où je me procure, en y griffonnant, une joie sarcastique et secrète ; par-dessus tout la divine solitude. Que me faut-il de plus ? Mais à vingt ans, comme je brûlais !.....Comment s'allume en nous ce feu ? il dévore tout, en quelques mois, quelques années, en quelques heures parfois, puis s'éteint. Après, vous pouvez dénombrer ses ravages. Vous vous trouvez lié à une femme que vous n'aimez plus, ou, comme moi, vous êtes ruiné, ou, né pour être épicier, vous avez voulu vous faire peintre et vous finissez vos jours à l'hôpital. Qui n'a pas eu sa vie étrangement déformée et courbée par ce feu dans un sens contraire à sa nature profonde? Si bien que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces branches qui brûlent dans ma cheminée et que les flammes tordent comme elles veulent ; j'ai sans doute tort de généraliser ; il y a des gens qui sont à vingt ans parfaitement sages, mais je préfère ma folie passée à leur sagesse."  .




Bon, encore un roman qui se lit d'une traite, 161 pages...heureusement récupéré par sa fille....quel bonheur !Smile

Mots-clés : #amour #relationdecouple #ruralité
par simla
le Dim 6 Déc 2020 - 7:50
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Camille Laurens

Tag amour sur Des Choses à lire 41bmut10

Cet Absent-là
Figures de Rémi Vinet

J’ai trouvé ce joli petit livre édité chez Léo Scheer en ressourcerie.

Je n’ai pas relié sur le coup avec ce fil, que j’ai lu souvent.
J’aurais peut-être hésité , sinon, de peur que cela ne soit trop sombre.
Mais en réalité j’ai apprécié cette lecture du hasard.

C’est un texte qui raconte une rencontre amoureuse, et qui tâche de la saisir au moment où tout est déjà perdu, où la séparation est déjà présente dans la communication latente du duo.

Le photographe cité en sous-titre intervient dans le corps du texte, régulièrement : il ya en pleine page un portrait noir et blanc (D’hommes, de femme, d’un bébé) qui ponctue le texte de temps en temps.

C’est relié à la vraie vie de l’auteure, je pense, puisqu’il est évoqué Philippe, le petit bébé mort né dont les compte-rendus précédents du fil évoquent la présence aigüe sur tout un livre dédié.

j’ai bien aimé parce que ça traduit bien le sentiment de noyade de certains coups de foudre. ça m’a rappelé l’un d’eux, que j’ai vécu, en fait, et c’était bien cela, une histoire de regard croisé qui ouvre un précipice. Je n’aurais pas choisi de m’immerger à nouveau dans ces sensations d’impasse, mais ai trouvé que ce texte rendait compte avec beaucoup de justesse de ce phénomène là. Cet espèce d'élan de fiction qui projette sur un autre tout un monde d'affects.

Seulement tout ce texte nous mène à sa dernière page qui semble vouloir tirer leçon de l'expérience, et j'aime beaucoup ce truc là.
Un exercice de style peut-être, mais sensible,tutoré de recul,
finalement , c'est comme un témoignage initiatique : "j'ai été dans une folie coup de foudre, j'en suis revenue, et depuis voilà comme je vis"
Je vais recopier deux extraits clef. La premiere et la dernière page.
Si vous souhaitez le lire, évitez peut-être de survoler ces extraits, afin de préserver l'essence  du rythme de l'ouvrage.
Incipit a écrit:C'est le premier soir, il y a beaucoup de monde, on danse, on parle, on boit. je suis là depuis une heure, je danse, je bois, je parle. Et soudain m'arrive une chose extraordinaire, imprévisible, imprévue : j'apparais. J'en ai conscience dans l'instant, on dirait un éclair de flash, dont la surprise me serre la gorge comme on cligne des paupières, je le sais aussitôt, c'est fulgurant : on me voit; quelqu'un est en train de me voir. Je baigne dans la foule à la manière d'un papier sensible ondoyant dans son révélateur, je me développe et j'impressionne à la vitesse de la lumière, le temps se pose infime, mon corps est un instantané : j'arrête un regard. "Qu'est-ce que tu as fait hier ? Tu es allée à cette soirée, finalement? - Oui, dis-je. J'ai fait une apparition."

Pour l'extrait ci-dessous, on comprend qu'il s'agit d'un autre amour, de l'"après" :

Final du livre a écrit:C'est le premier soir. il y a beaucoup de gens, je danse au milieu du monde, tu me suis des yeux mais tu as du mal, ton regard ne peut pas s'arrêter sur moi, me fixer, il est obligé de me courir après et c'est tant-mieux, je ne veux pas d'arrêt sur image, je ne suis pas sage comme une image. Tu comprends, tu te rapproches, tu accompagnes le mouvement, il n'y a pas de cadre au tableau, le sujet en est mobile et s'enfuit par les bords avant de revenir en effet de flou, indécis. Ton visage me plaît, tes yeux -j'ai envie de courir l'aventure. Viens, fais-moi danser, ce n'est pas une valse mais faisons comme si, j'aime ce vertige de funambule, impossible de tomber tant qu'on court sur le fil en défiant le vide. quelqu'un prend des photos de la fête, je détourne la tête comme les divas, non pas de photos. je te raconte l'histoire de cette mère qu'on complimente sur la beauté de son jeune enfant, au square, et qui répond : " Et encore, vous ne l'avez pas vu en photo !". Tu ris, j'aime ton rire. Viens, tourne avec moi, ne t'arrête pas. Promets-moi une chose, veux-tu, jure-le : moi vivante, ne me fais pas habiter ta mémoire, ne m'embaume pas dans des souvenirs, ne me pousse pas dans l'oubli, ne me mets pas dans l'album. Viens, prends -moi dans tes bras, donne-moi ton visage, porte-moi dans ton coeur. je te vois, tu es là, tu es le bel aujourd'hui, tu es le présent qui s'accumule, tu es de la chair dont on fait l'amour. Danse avec moi, beau masque, surtout ne t'arrête pas. Si tu t'arrêtais, la mort prendrait la photo. Viens, ne te souviens jamais.

"Qu'est-ce que tu as fait hier soir ? Tu es allée à cette soirée, finalement ? Je croyais que tu ne voulais plus voir personne, que tu faisais le vide ?
-Oui, dis-je. Mais j'ai fais une exception."


Le corps du texte, lui, chemine dans les sensations pénibles de deliquescence, dans le désamour. Ce type d'amour passion, qu'elle répudie, en fait, tout bonnement, à travers le livre, est comme une propension à l'image fixe, c'est tout l'enjeu de ce qu'elle semble vouloir transmettre. Tout du long est ausculté le rapport à l'image mentale, au réel. C'est bien, je ne pensais pas qu'elle serait d'accord, comme moi, pour jeter aux orties ces fatales fictions là. Etre aimé ou pas, c'est une entrée comme une autre dans l'expression vivante, mais dans ce petit livre là, c'est un sort à la manière de vivre l'idée de l'amour qui est fait.
Et avec une certaine beauté de langue.
Je ressors vite fait de ces champs un peu sinistrés, et m'en vais retourner, comme elle, dans le mouvement.

Pendant des semaines après le premier soir,j'ai pensé à tes yeux comme à ceux des houris promises par le Coran au jardin des délices, dont l'arabe dit littéralement qu'elles "ont le blanc et le noir des yeux très tranchés"- toutes ces belles promesses.


Mots-clés : #amour
par Nadine
le Jeu 12 Nov 2020 - 11:28
 
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Sujet: Camille Laurens
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Honoré de Balzac

Ursule Mirouët

Tag amour sur Des Choses à lire Nemour10
Vue de Nemours

Roman, écrit en 1841, paru en 1842, dans les Études de mœurs, section des Scènes de vie de province de La Comédie humaine.

Une première partie dense, très habituelle chez Balzac, dans laquelle le lecteur sait qu'il ne faut pas lâcher, toute pétrie d'un fourniment de personnages, de caractères, de lieux campés, de multiples débuts de fils noués qui pourraient faire pelote plus tard.
Balzac vous l'a déjà faite, vous avez tenu ?

Bon, alors allons-y.

Le sujet:
Le roman commence en 1829, à Nemours.
Ursule a quinze ans et son parrain, le Docteur Minoret, plus de quatre-vingts. Elle est la fille légitime du demi-frère bâtard de la femme du Docteur Minoret (vous suivez ?).
Ursule est elevée entre trois vieillards de statuaire, qui se chargent de son éducation, autant de muses, autant d'exemples: le Docteur Minoret (la Raison, la Science), un ami de celui-ci, militaire à la retraite (la Droiture, l'Engagement), et l'abbé de la ville (la Foi, la Spiritualité). Les trois hommes sont, en outre, partenaires de trictrac.
L'enseignement dispensé par un professeur de musique vient compléter cette belle éducation.

Mais Ursule, au regard des lois de l’époque, n’est pour le Docteur Minoret ni une parente ni une étrangère, et tout testament en sa faveur un peu trop exclusive pourrait déboucher sur une action en justice de la part des héritiers plus directs: or le Docteur Minoret, bien que vivant simplement, est supposé être à la tête d'une jolie petite fortune.
Déjà, tous ces ayants-droits se méfient de la foi retrouvée du Docteur Minoret, en ignorant la cause, et craignent qu'il ne lègue à l'Église une part importante de ses avoirs...
Il s'inquiètent aussi pour le voisinage, tout en pensant que la noblesse de la maison d'en face est la meilleure protection face à une union qui serait mésalliance, avec la roturière Ursule Mirouët.
Ce qu'ils ne savent c'est que, parade à tout, le Docteur Minoret cache des titres au porteur d’une valeur considérable dans un livre de sa bibliothèque, à l'insu de tous...

Les portraits des ayants-droits héritiers du Docteur Minoret sont particulièrement gratinés, dans ce roman-là, Balzac fait dans le féroce, la caricature à gros traits.

Puis, histoire d'emmêler un peu le lecteur et de donner une petite dimension supplémentaire à l'opus, Balzac nous emmène, sans grande conviction pour ma part, sur les voies du Magnétisme, la transmission de pensée, les rêves prémonitoires, les visions, y voyant là une alliance Foi et Raison, lesquelles campaient au temps de Balzac plutôt dans des camps opposés, nous donnant au passage la clef de la métamorphose du Docteur Minoret.

Le jeu du préjugé face à la vérité, les dessous inattendus, les dons d'Ursule, on pressent Balzac en pleine prise de risque alors qu'il pouvait se cantonner à une sombre histoire d'héritiers avides dans une petite ville de province, comme on disait alors, et faire ronronner son roman, juste une brique de plus dans La comédie humaine: cela aurait pu être "et pour quelques pages de plus...", en somme.

Mais ça ne l'est pas. Et le final, avec l'issue de la belle histoire d'amour -un peu à l'eau de rose, juste ce qu'il faut- entre Ursule et son prince charmant, peut désarçonner bien des lecteurs balzaciens: ce n'est pas à quoi ils sont rompus !
Pourtant, l'avant-propos de l'auteur aurait pu mettre la puce aux plus aiguisées d'entre leurs oreilles...   


Tag amour sur Des Choses à lire H-300010
Un exemplaire de l'édition originale

Mots-clés : #amour #famille #jalousie #trahison #vieillesse #xixesiecle
par Aventin
le Mar 3 Nov 2020 - 18:27
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Stefan Zweig

première lecture de l'auteur des Nouvelles :

Amok suivie de Lettre d'une inconnue, la ruelle au clair de lune


Tag amour sur Des Choses à lire Amok10

Le fil rouge de ces trois nouvelles est l'Amour !

L'amour offre beaucoup ou réclame beaucoup.

Amok :  Ici c'est d'honneur pour la première nouvelle : Un médecin installé en Malaisie dans une région isolé refuse son aide à une jeune femme qui est enceinte de son amant car celle-ci est fière, belle et riche et que contre beaucoup d'argent elle exige après l'intervenion qu'elle souhaite, le départ de la Malaisie du médecin. Pour se venger de la fière jeune femme il demande un paiement en nature, elle le rejette vivement écoeurée. Il regrettera son attitude et se précipite comme un fou à sa poursuite dans la ville, se conduisant tel un "amok" (folie qui touche les autochtones). C'est trop tard qu'il lui priera d'accepter son aide, il ne sera proche d'elle que pour l'assister dans sa mort et pour lui promettre de garder son "secret" ; personne ne devra savoir. Un voyageur sur le paquebot qui ramène le médecin dans son pays et à qui il se confie comprendra que celui-ci honnorera sa promesse en se  jetant à l'eau avec le cercueil lors de son débarquement prévu ; cercueil avec lequel il coulera.

Lettre d'une inconnue : Une jeune femme qui aimera sa vie durant un homme alors que celui-ci ignore complètement être l'objet de cet amour, lui l'infidèle, l'homme à femmes, le superficiel à qui en mourant elle lèguera son secret, un enfant né de 3 nuits d'amour et qui vient de mourir,  et son amour depuis le jour où alors enfant il a posé un regard sur elle et un de ses sourires enjoleur. Elle lui dit son amour dans cette lettre, lui dévoile qu'à deux reprises ils se sont revus et aimés sans qu'il la reconnaisse, à son regret, malgré les quelques "indices" qui aurait pu l'interpeller. Mais non, comment se rappellerai-t-il une enfant, puis une jeune fille, puis une femme lui qui a eu tant de maîtresses ? Cet amour c'est une véritable abnégation de la part de cette femme justement parce qu'elle n'idéalise aucunement cet homme et auquel tous les ans elle aura fait porter un bouquet de roses le jour de son anniversaire.
(Ouliposuccion avait du mal à croire possible une telle abnégation, je peux comprendre son interrogation,  mais  ce récit date et "l'amour a ses raisons que la raison ignore")

La ruelle au clair de lune : Un marin dans un port de France est en attente d'un train pour rentrer dans son pays, l'Allemagne. Pour prendre le frais il déambule dans la ville et  fuyant l'agitation se retrouve dans une ruelle où manifestement les marins et les gens de passage trouvent délassement, alcool et l'amour commandé. Un homme manifestement usé et insistant est rejeté grossièrement par l'une des femmes de bar. L'attitude de la femme déplait à notre marin qui quitte l'établissement, suivi par l'homme rejeté qui sentant en lui un compatriote lui raconte sa vie et celle de la femme qui se trouve être la sienne. Puis n'obtenant pas l'aide supplié retourne vers l'établissement, honteux et comme fou, un couteau à la main.

*****
Ceux sont donc trois histoire d'amour, de cet amour qui peut conduire à la folie, folie douce ou furieuse.

C'était une très agréable surprise que l'écriture de l'auteur, qui sait parfaitement créer l'ambiance, le suspens, l'attente, le paroxisme mais pas de délivrance car les mots poursuivent le lecteur, la page refermée. Il devait en connaître de l'homme et de sa vulnérabilité,  Zweig.

Je reviendrai vers lui.

Extraits

« Je… tremblai… je tremblai de colère et… aussi d’admiration. Elle avait tout calculé, la somme et le mode de paiement, qui devait m’obliger à partir ; elle m’avait évalué et acheté sans me connaître ; elle avait disposé de moi dans l’intuition de sa volonté. J’avais bien envie de la gifler… mais, comme je me levais en tremblant, – elle aussi s’était levée – et que précisément, je la regardais dans les yeux, je me sentis soudain, en voyant cette bouche close qui ne voulait pas supplier, et ce front hautain qui ne voulait pas se courber… envahi par une… une sorte de désir violent. Elle dut s’en apercevoir, car elle fronça les sourcils comme quand on veut écarter quelqu’un d’importun : entre nous, brusquement, la haine fut à nu. Je savais qu’elle me haïssait parce qu’elle avait besoin de moi, et je la haïssais parce que… parce qu’elle ne voulait pas supplier. »

« Alors son regard martyrisé me fixa longuement… Ses lèvres remuèrent légèrement… Ce ne fut plus qu’un dernier son qui s’éteint lorsqu’elle dit… :
« – Personne ne le saura ?… Personne ?
« – Personne, fis-je avec la plus grande force de conviction, je vous le promets.
« Mais son œil demeurait inquiet… Les lèvres fiévreuses, elle arriva encore à prononcer indistinctement :
« – Jurez-moi… personne ne saura… Jurez.
« Je levai la main comme on prête serment. Elle me considéra… avec un regard indicible… il était tendre, chaud, reconnaissant… oui vraiment, reconnaissant… Elle voulait encore ajouter quelque chose, mais ce lui fut trop difficile. Longtemps, elle demeura étendue, les yeux fermés, complètement épuisée par l’effort.
« Puis commença l’horrible, l’horrible chose… une heure entière, épouvantable, elle lutta encore : au matin seulement, ce fut la fin… «

« Jamais je n’ai connu chez un homme, dans ses caresses, un abandon aussi absolu au moment présent, une telle effusion et un tel rayonnement des profondeurs de l’être – pour s’éteindre ensuite à vrai dire dans un oubli infini et presque inhumain. Mais moi aussi je m’oubliais : qu’étais-je à présent dans l’obscurité, à-côté de toi ? Étais-je l’ardente gamine de jadis, la mère de ton enfant, étais-je l’étrangère ? Ah ! tout était si familier, déjà vécu pour moi, et cependant tout était si frémissant de vie nouvelle, en cette nuit passionnée ! Et je priais pour qu’elle ne prît jamais fin ! »

« Toute ma vie, depuis que je suis sortie de l’enfance, a-t-elle été autre chose qu’une attente, l’attente de ta volonté ? »

« Il faut qu’elles se cachent quelque part dans un bas-fond de la grande ville, ces petites ruelles, parce qu’elles disent avec tant d’effronterie et d’insistance ce que les maisons claires aux vitres étincelantes, où habitent les gens du monde, cachent sous mille masques. »
« Pendant une seconde je croisai son regard : on y lisait une honte indicible et une rage écumante. Ce regard asservi toucha en moi l’homme, le frère. Je sentis l’humiliation par la femme, et j’eus honte avec lui »


Mots-clés : #amour #nouvelle #psychologique
par Bédoulène
le Mar 27 Oct 2020 - 18:13
 
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Sujet: Stefan Zweig
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Prajwal PARAJULY

Tag amour sur Des Choses à lire 41jeay10

Fuir et revenir

Chitralekha avait vu trop de gens mourir _ son mari, son fils, sa belle-fille. Elle serait incapable de supporter un nouvel évènement tragique. Selon le marché que la vieille femme avait conclu avec Dieu ce quart de sa vie au moins devait être préservé de toute tristesse. Et elle veillerait assurément à ce qu’il tienne promesse.


Chitralekha a 84 ans. Pour la communauté hindoue du Sikkim, c’est une date importante, que l’on célèbre lors d’une fête assortie d’une cérémonie religieuse, le chaudrasi. Tout naturellement, Chitralekha a invité ses petits-enfants, d’ordinaire éparpillés aux quatre coins du monde, afin de fêter l’évènement. Vous pensez avoir affaire à une bonne petite grand-mère qui attend sa famille les bras grands ouverts ? Vous avez grandement tord. Chitralekha est une maîtresse femme, qui mène son entreprise de confection de main de maître, et n’a pas sa pareille pour corrompre politiques et entrepreneurs… Rien ne lui résiste, ou presque. Et ses petits enfants, eh bien, il n’est même pas  dit qu’elle ait tant que cela envie de les revoir… D’ailleurs, tous ont une raison de redouter ces retrouvailles : Bhagwati, qui a osé braver les interdits de caste et s’est mariée à un intouchable, reverra son intraitable grand-mère pour la première fois depuis 18 ans ; Manasa, qui a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son beau-père, n’est qu’aigreur et regrets… Agastaya, oncologue reconnu aux Etats-Unis, n’ose avouer son homosexualité à sa famille qui lui recherche activement la femme idéale. Et puis il y a Ruthwa, l’écrivain sulfureux, celui qui n’est même pas invité...

Et voilà que tous ces êtres qui n’ont, au fond, guère envie de se côtoyer, se retrouvent forcés de cohabiter une semaine durant. Ce qui, évidemment, ne va pas sans heurts, et ce d’autant plus que Prasanti, la servante haute en couleurs de la maison, n’a pas du tout l’intention de les laisser empiéter sur son territoire. Et donc, tout ce petit monde se jauge, se pique, se dispute, pleure, rit et s’évite. Rien de mièvre ou de sucré dans ces retrouvailles, c’est d’une plume caustique à souhait que l’auteur nous relate les lâchetés, les empoignades, l’amertume et la colère qui règnent dans la famille. Et aussi, les tendresses inavouées...

On ne va pas se mentir, le fait que l’auteur soit originaire du Sikkim, ce tout petit état himalayen majoritairement bouddhiste, est ce qui m’a attirée de prime abord. On apprend d’ailleurs quelques petites choses sur sa communauté hindoue, et notamment sur le sort inique réservé à certains de ses membres dans l’état voisin du Bhoutan (vous savez, le pays du bonheur ? Hum). Mais, derrière l’aspect « exotique » et les problématiques typiquement indiennes, c’est bien le thème universel de la quête d’identité qui est au coeur du livre. Une quête d’autant plus difficile dans une société aux mœurs cadenassées dont les clivages semblent à jamais indépassables. Ressortent en particulier les figures de deux beaux personnages féminins, la résiliente Bagwati et la hijra Prasanti, infiniment émouvante sous son masque gouailleur.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée. J’espère bien qu’on n’en restera pas là avec cet auteur en France.


Mots-clés : #amour #famille #minoriteethnique #vieillesse
par Armor
le Lun 12 Oct 2020 - 17:00
 
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Sujet: Prajwal PARAJULY
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Hélène Bessette

Lili pleure

Tag amour sur Des Choses à lire 41aq1y10

Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct 2020 - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
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Alexandre Dumas fils

La Dame aux Camélias

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Je reste plutôt sceptique. En quoi cette femme (Marguerite Gautier dans le roman) est-elle si exceptionnelle, ainsi que l’on s’acharne à le répéter au début (j’avoue que je n’aurais pas dû lire la préface lourdingue de Jules Janin, qui parle de Marie Duplessis ― la femme réelle dont Dumas fils s’est inspiré) ? He bien, je dois reconnaître que je prenais plus d’intérêt au livre lorsqu’elle prenait la parole, démontrant en tout simplicité que son histoire est plus compliquée que cela, tandis que les autres, Armand entre tous s’ébaubissent en phrases creuses. Le roman lui-même poursuit les hauts et les bas de cet Armand, jaloux à l’affût, poursuivant son amour ou feignant de ne point avoir de soupçon lorsque la situation est plus calme, ou plus idyllique selon son point de vue. On nous rebat les oreilles ou les yeux avec cette promesse d’un futur sans nuage (c’est cool, les nuages) d’une fidélité absolue et d’un amour parfait… !

…Sauf que, l’air de rien, on voit un homme en train d’assujettir complètement une femme à son amour. On voit toute la manipulation (des deux côté du reste, sauf qu’il n’y a qu’un vainqueur) qui entre en jeu, et puis tous les problèmes d’argent qu’entraîne cette union. « ah ! vous croyez qu’il suffit de s’aimer et d’aller vivre à la campagne d’une vie pastorale et vaporeuse ? Non, mon ami, non. A côté de la vie idéale, il y a la vie matérielle, et les résolutions les plus chastes sont retenues à terre par des fils ridicules, mais de fer, et que l’on ne brise pas facilement. » dit Prudence (elle porte un peu trop bien son nom celle-là). On voit que c’est la société qui rend leur relation impossible, mais Dumas fils ne l’attaque jamais réellement, il ne fait que « racheter » un type de femme (la femme entretenue, la femme chère) avec des tartines de bons sentiments.

Mots-clés : #amour #xixesiecle
par Dreep
le Lun 14 Sep 2020 - 17:23
 
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Sujet: Alexandre Dumas fils
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Michael Kumpfmuller

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A. Michel

En juillet 1923, Franz Kafka séjourne avec sa soeur à Muritz, petite station balnéaire de la
Baltique. C'est là qu'il rencontre Dora Diamant. Il vient d'avoir quarante ans et il est gravement malade. La tuberculose gagne très vite du terrain.
Dora vient d'avoir vingt cinq ans. Elle est la vie meme. Elle sera son dernier amour et sa compagne jusqu'au bout.

Pour Franz ce sera un bonheur inespéré et partagé, rendu poignant par l'avancée de la maladie. Un sursis d'un an pas plus. Dora se rend compte que leur amour est menacé et leurs espérances de vie commune. Mais tout au long elle fera preuve d'un courage, d'une ténacité, d'un dévouement et d'une affection sans faille.

Rien n’est plus beau, que d’être seule avec lui dans la chambre, chacun occupé à sa propre tâche, car cela lui rappelle Berlin, les soirs où il écrivait en sa présence. Il y avait une sorte d’intensité dans le silence, quelque chose de religieux et de léger à la fois tandis qu’il écrivait, penché sur la table, les premières semaines, quand elle avait encore presque peur de ce qu’il faisait, de son travail.


Pendant les derniers mois, Franz et elle vont séjourner à Berlin et ce sera le meilleur moment de leur vie, (en dehors de l'époque où ils se sont connus à Muritz). Meme si Berlin est dans un état de crise économique dramatique. On sent déjà monter l'antisémitisme et l'extrémisme politique.

Par la suite, Franz va séjourner de sanatorium en sanatorium en Autriche. Son état se dégrade de plus en plus. Il ne peut plus manger pratiquement ni meme parler.

Il a presque l’air d’un enfant maintenant, on ne peut pas dire précisément ce qui se passe, il est malade, mais c’est surtout l’expression de son visage qui est remarquable, on dirait qu’il a réussi, au mitan de sa vie, à ressembler finalement à un élève de première un peu retardé, et qu’ayant atteint ce stade, il se développe maintenant à rebours jusqu’à redevenir un enfant.


Un dernier changement d'établissement provoque chez Franz un regain d'espoir et de vitalité. Espoir vite déçu, le pronostic vital lui laissera trois mois d' existence en partie inconsciente.


Michael Kumpfmuller s'est plongé dans les journaux, la correspondance et les carnets de l'auteur. Il s'est tellement investi, imprégné qu'il a réussi à nous rendre un Kafka vivant et proche tel qu'on ne l'a jamais connu avant. Sauf peut etre dans le témoignage de Gustav Janouch.



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 Dora

Mots-clés : #amour #mort #pathologie
par bix_229
le Jeu 3 Sep 2020 - 19:04
 
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Sujet: Michael Kumpfmuller
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Yasunari KAWABATA

Tristesse et Beauté

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Dès le début, le lecteur apprend que Oki, le personnage principal, se rend à Kyôto avec l’intention de rencontrer Otoko qui y réside ; Oki a violé Otoko, qui avait seize ans, il y a vingt-quatre années de cela, alors que lui-même avait trente et un ans (et était marié avec un enfant) ; elle eut de lui un bébé mort-né avant de tenter de se suicider et d’être internée dans un hôpital psychiatrique ; Oki regrette « d’avoir arraché cette femme aux joies du mariage et de la maternité », qui était tombée amoureuse de lui… et l’est toujours.
Oki est écrivain, et a écrit un roman à succès, son chef-d’œuvre, sur son amour pour Otoko (ce qui a d’ailleurs ravagé sa femme, qui tapait le manuscrit et fit une fausse couche) ; on peut soupçonner une mise en abyme autobiographique, ou au moins fantasmatique…
« Oki avait intitulé son roman Une jeune fille de seize ans. C’était un titre ordinaire et sans grande originalité, mais il y avait vingt années de cela, les gens trouvaient assez surprenant qu’une écolière de seize ans prît un amant, mît au monde un bébé prématuré et perdît ensuite la raison pendant quelque temps. Oki, pour sa part, ne voyait rien là de surprenant. »

Jalouse, Keiko, jeune élève peintre et amante d’Otoko, séduit Oki, puis son fils, pour venger celle-ci.
Roman paru en 1964 au Japon, Kawabata, Nobel 1968, dans l’esprit du temps et du lieu, à partir des faits ci-dessus, crée un chef-d’œuvre de délicatesse, de sensualité, de spontanéité, de psychologie autour de la douce Otoko et de la fantasque, ardente, belle, terrible Keiko. Érotisme de l’oreille et tombes de « Ceux dont nul ne porte le deuil »…
« Mais un roman doit-il être forcément une jolie chose ? »

La réponse en l’occurrence est oui, en tout cas pour la forme. Des reprises avec variations répètent par moments des éléments de l’histoire, effet musical qu’on peut aussi rapprocher d’une conversation naturelle du narrateur. C’est notamment remarquable au début de la partie Paysages de pierres (jardins zen), qui m’a particulièrement plu.

Mots-clés : #amour #erotisme #portrait #psychologique
par Tristram
le Dim 23 Aoû 2020 - 21:25
 
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Sujet: Yasunari KAWABATA
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Joë Bousquet

Lettres à Poisson d'or

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« Vous vous souvenez des poissons d’or. Ce Rêve d’enfance était en moi l’aube de la vie amoureuse. Les « golden fishes » étaient l’attribut magique de ces fées blondes au buste nu que, toute ma vie, j’ai cherchées comme si je pressentais que l’amour devait satisfaire mes sentiments en leur ouvrant la profondeur vierge de mon cœur. Vous êtes venue, vous avez ouvert ma vie comme un fruit. »


L’histoire est belle. En 1967, une femme remet à Jean Paulhan une série de lettres d’amour que lui a adressé Joë Bousquet entre 1937 et 1949. Ce sont les lettres à Poisson d’or. Il ne s’agit pas d’une correspondance puisqu’on ignore ce que sont devenues les lettres que Germaine, Poisson d’or, a envoyées au poète. Faut-il le regretter ? Oui, si on se place sur le plan de l’histoire de cette étrange relation, non, pour ce qui concerne la littérature car ces lettres sont d’une beauté sidérante et se suffisent à elles-mêmes.
Voici le début de la première lettre datée du 1er août 1937 :

« Ma chère amie,
Depuis votre départ, je cherche une heure pour vous écrire. Il me semble que des visiteurs m’en ont empêché ; mais la vérité est tout autre. J’ai pu me persuader jusqu’à ce soir que vous ne m’aviez quitté que pour quelques heures ; et votre départ ne s’accomplira que du moment où je l’accepterai en vous écrivant. »


Joë Bousquet est un poète exigeant, envers lui-même et les autres. Il demande au lecteur d’entrer dans son univers très introspectif et chargé de spiritualité. Je me suis longtemps demandé à quel autre écrivain de son époque Bousquet pouvait être comparé. Il donne lui-même la clef dans ces lettres en prenant pour modèle R-M. Rilke.
Autrement dit, il place d’emblée la barre très haut pour sa correspondante.

« De même que dans un visage le rayon bleu des yeux nous retient il y a, dans les nuits d’amour, des lumières couleur de mer auxquelles l’on était insensibles, mais qui, par la hauteur qu’elles avaient au-dessus du présent, sont demeurées intouchées par le temps et paraissent s’approcher à mesure qu’il neige sur nous des années, prêtes à nous retrouver dans l’instant mortel où nous nous perdrons pour toujours… Elles veulent qu’à de certains instants de notre vie il n’y ait qu’un souvenir déterminé pour nous aider à vivre comme si nous étions le lieu de délices où la vie s’éprend de la vie… C’était, c’est toi, ce soir…
Un peu de ton être rode autour de moi. Il m’aide à vivre des heures mauvaises. Puisse ma pensée être un voile aussi doux, à ta chair que l’azur de tes yeux au rêve que sur eux j’aventure. »


On peut se poser la question, du moins, je me la suis posée, de l’emprise que pouvait avoir le poète, d’âge mûr, reconnu par ses pairs sur une jeune femme. La relation amoureuse proposée (imposée ?) par Joë Bousquet, bien qu’elle ne puisse s’accomplir matériellement, n’en est pas moins pourvue d’une violence érotique qui peut mettre mal à l’aise :

« Me suis-tu bien ? Jusqu’à présent ces deux formes d’amour se sont combattues. Mon amour s’agenouillait devant toi, m’invitait à aimer l’expression de ton visage, à y reconnaître mon rêve. Cependant, une morsure bizarre dans ma chair disait autre chose : quand je m’enfonce dans la nuit du désir, quand je m’efforce d’y connaître ma nature d’homme dans toute sa barbarie, il se trouve que l’idée de femme où je prends conscience de ce qu’il y a de plus sauvage en moi est celle dont tu es l’incarnation.
Me comprends-tu bien ? Si je me trouvais ramené à mes années de guerre, avec toute la frénésie de ma jeunesse et qu’un hasard m’amenât au sein d’une ville prise, si, avec la folie du sang aux yeux, je cherchais une fille à violer, à martyriser, à mettre en croix, un corps où unir lumineusement toute ma sauvagerie et toute ma douceur, ce serait une jeune fille comme toi que je chercherais. »


Ceci dit, ces lettres sont d’une fascinante beauté. Dans une conception tristramesque de la citation, il faudrait pratiquement tout noter ! Quelques exemples :

« Pas un homme qui puisse prendre conscience de ce qui est sans y savourer l’amertume et le goût de cendres de ce qui achève d’être ; vivre, voir, sentir, c’est se trouver, à travers tout ce que l’on perçoit, inférieur à soi-même. Nous vivons, mais ce que nous voyons est extérieur à ce que nous entendons, notre pensée est étrangère à notre parole, le regard est l’exil de la voix, notre cœur bat dans le vide comme s’il était le seul à concevoir pour nous l’étendue de notre solitude. »


« Un regard perdu entre la neige et les étoiles arrêté soudain par le poids d’un oiseau d’or qui vient de se poser sur lui dans le monde où ce qui est aimé est la prison de ce qui aime. Le jour se berce sur le jour et le regard est silence… »


« Vos gestes me diront d’où je viens, mes yeux remonteront sur vous aux sources féeriques de ma destinée. Ce sera une longue histoire à reconstituer avec des songes et qui puiseront dans votre jeunesse la lumière de mon enfance. »


« Il y a ensuite la vocation poétique qui est une tout autre chose. Et il s’agit, pour celle-ci, d’une terrible épreuve qui dure toute la vie. Il ne s’agit plus ici du public qui ne comprend jamais rien, mais d’une révélation à rendre claire ; parce que l’homme marqué par son destin a, de toutes les choses, une vision si singulière qu’il mourrait de son exil s’il n’en faisait un élément de communication. »


La dernière lettre date de 1949. En avril 1950, Germaine se marie. Joë Bousquet meurt quelques mois plus tard.
Jean Paulhan avait caché, par pudeur, l’identité de « Poisson d’or » dont on ne connaissait que le prénom de Germaine. Je me serais bien contenté de cet anonymat. Mais Germaine Mühlethaler-Tartaglia (1916 – 2013) a reçu le titre de « Juste parmi les nations ». Il me plait que ce nom soit désormais associé à celui de « Poisson d’or ». Very Happy


Mots-clés : #amour #correspondances
par ArenSor
le Sam 22 Aoû 2020 - 19:56
 
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Sujet: Joë Bousquet
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Akira Mizubayashi

janis a écrit:Je suis bien tentée, également, surtout avec le plaisir de ma lecture actuelle : j'ai bien envie de rester au Japon, un peu, par la suite ! Merci Wink


Certes, atmosphère marquée par un auteur japonais. Mais des grandes parties de son oeuvre sont écrites en français, se déroule en France. Si j'ai bien compris, l'auteur avait besoin de "respirer" un air plus libre, preant la langue française comme un trampolin pour accèder à une plus grande forme de légèreté. Le Japon lui semble trop figé dans des hierarchies, des formules...



Un amour de Mille-Ans

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Français, 2017

CONTENU :
description de produit a écrit:"La maladie de Mathilde les avait coupés du monde. Rester des heures entières auprès de sa femme ne lui pesait pas, bien au contraire. La musique devenait alors pour eux comme une prière sans paroles, l'occasion d'un silencieux échange de sourires et de soupirs d'émerveillement." Ancien professeur de littérature française à Tokyo, Sen-nen vit désormais à Paris avec sa femme Mathilde. Un jour, il reçoit un message de son amour de jeunesse, Clémence, une cantatrice qui interprétait Suzanne dans Les Noces de Figaro. Après trente ans de silence, elle l'invite à une nouvelle représentation de cet opéra, dont elle supervise la mise en scène. Mathilde laisse alors son mari aller à la rencontre du passé.


REMARQUES :
C’est dans un contexte d’une maladie grave de sa femme, qu’est raconté l’histoire d’amour entre elle et Sen-nen. Puis il est contacté par une cantatrice, Clémence S., qui trente années auparavant avait joué la Suzanne à l’Opéra Garnier. A l’époque encore étudiant à Paris, Sen-nen assista à toutes les représentations des « Noces de Figaro ». Son engouement pour la pièce de Mozart lui fait vivre ces spectacles comme quelque chose de très fort : l’action, l’interprétation, le sens même de l’opéra (un dépassement des hierarchies sociales?!) le font rêver à lui, venant d’une societé si hierarchisée. Et mettent en marche comme un amour de « Mille-Ans » (signification de Sen-nen en japonais) aussi bien pour l’interprète de Suzanne, Clémence S. Sen-nen va lui écrire pas tellement juste des lettres d’amour ou de fana, mais comme son dialogue avec la pièce, sa compréhension du sens profond. A la fin des spectacles il y aura juste une rencontre pleine d’harmonie, de partage, autour d’un verre de vin et d’une pizza. Et dans l’aujourd’hui ? Comment va se passer cette rencontre après une trentaine d’années ? Et comment se déroulera le temps commun avec sa femme Mathilde ?

Partage de la même passion pour la musique, amour pour la langue et vie entre différentes cultures (incluant l’amour pour la langue), une relation de couple tranquille, paisible et apaisée, aussi un peu à l’écart, même la présence d’un chien – on retrouvera beaucoup d’ ingrédients dont j’ai fait connaissance dans « Âme brisée ». Ici ce sont les « Noces de Figaro » qui sont au centre du roman. L’interprétation, les explication en font quelque chose qu’il faut presque connaître. Et qu’on va éventuellement mieux apprécier après ? Mizubayashi écrit en mélomane très éclairé, pouvant donné un sens à des choix de Mozart. C’est fort, mais pourrait éventuellement aussi rappeler p ex un exposé. Quitte-t-on le domaine du roman presque ?

Le partage d’une même passion pour la musique peut unir des êtres humains.

Une certaine proximité de style, de langue, d’atmosphère, avec « Âme brisée » m’a étonné. L’auteur semble avoir des sujets fétiches. Si on aime, on aimera ce roman aussi !

Mots-clés : #amour #lieu #musique #pathologie
par tom léo
le Mer 19 Aoû 2020 - 7:00
 
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Sujet: Akira Mizubayashi
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Guy de Maupassant

Fort comme la mort

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Publié en 1889, « Fort comme la mort » est le cinquième et avant-dernier roman de Guy de Maupassant.
Olivier Bertin, un peintre mondain renommé, entretient depuis plus d’une dizaine d’années une liaison avec la comtesse Anne de Guilleroy. Cette relation, qui se transmue au fil de temps en tendre et profonde amitié, est soudain troublée par l’apparition d’Annette, la fille d’Anne qui ressemble étrangement à sa mère.

« … La porte du grand salon s’ouvrit de nouveau, toute grande, et deux femmes en toilette de dentelle blanche, blondes, dans une crème de malines, se ressemblant comme deux sœurs d’âge très différent, l’une un peu trop mûre, l’autre un peu trop jeune, l’une un peu trop forte, l’autre un peu trop mince, s’avancèrent en se tenant par la taille et en souriant. »


Insidieusement, Olivier Bertin va tomber amoureux de la fille de sa maîtresse.
« Fort comme la mort » est un livre sur la vieillesse, celle du corps qui ne répond plus aux désirs et aux pensées qui eux ont gardé toute leur force d’origine. Le regard - le principal protagoniste est peintre - joue ici un rôle essentiel : apparition des rides, fraîcheur disparue du visage d’Anne, pratique sportive pour entretenir la musculature pour Olivier. Du reste, c’est une thématique importante chez l’auteur : le temps qui, de manière sournoise mais inéluctable,  détruit la beauté des êtres. Malgré la profondeur des sentiments qu’entretiennent Anne et Olivier, c’est le paraître qui gagne. Le visage d’Annette se superpose fatalement à celui de sa mère et vient occulter ce dernier.
« Fort comme la mort » est au final un roman d’amour, mais dans lequel l’apparence prime sur l’essence.
Un très vif plaisir de lecture vient de la clarté d’écriture de Maupassant et de sa capacité à traduire en quelques mots des scènes de la vie parisienne en ce début de la troisième république. C’est aussi un écrivain qui sait doser à merveille la quantité de vitriol à ajouter à son encre.

« L’air tiède et le soleil donnaient aux hommes des airs de fête, aux femmes des airs d’amour, faisaient cabrioler les gamins et les marmitons blancs qui avaient déposé leurs corbeilles sur les bancs pour courir et jouer avec leurs frères, les jeunes voyous ; les chiens semblaient pressés ; les serins des concierges s’égosillaient ; seules les vieilles rosses attelées aux fiacres allaient toujours de leur allure accablée, de leur trot de moribonds. »


« Les fiacres, les landaus lourds, les huit-ressorts solennels se déplaçaient tour à tour, distancés soudain par une victoria rapide, attelée d’un seul trotteur, emportant avec une vitesse folle, à travers toute cette foule roulante, bourgeoise ou aristocrate, à travers tous les mondes, toutes les classes, toutes les hiérarchies, une femme jeune, indolente, dont la toilette claire et hardie jetait aux voitures qu’elle frôlait un étrange parfum de fleur inconnue. »


« Apte à tout faire, semblait-il, il parlait de tout avec un semblant de compétence attachant et une clarté de vulgarisateur qui le faisait fort apprécier des femmes du monde, à qui il rendait les services d’un bazar roulant d’érudition. Il savait, en effet, beaucoup de choses, sans avoir jamais lu que les livres indispensables ; mais il était au mieux avec les cinq Académies, avec tous les savants, tous les écrivains, tous les érudits spécialistes, qu’il écoutait avec discernement. »


« C’était un de ces sérieux médecins mondains dont les décorations et les titres garantissent la capacité, dont le savoir-faire égale au moins le simple savoir, et qui ont surtout, pour toucher aux maux des femmes, des paroles habiles plus sûres que des remèdes. »



« Rocdiane, de bonne race, fréquentant tous les salons, mais suspect de tripotages d’argent de toute nature, ce qui n’était pas étonnant, disait Bertin, après avoir tant vécu dans les tripots, marié, séparé de sa femme qui lui payait une rente, administrateur de banques belges et portugaises, portait haut, sur sa figure énergique de don Quichotte, un honneur un peu terni de gentilhomme à tout faire que nettoyait, de temps en temps, le sang d’une piqûre de duel. »


« Il y avait le clan des élégants, des gommeux, des artistes du boulevard, le clan des académiques, corrects et décorés de rosettes rouges, énormes ou microscopiques, selon leur conception de l’élégance et du bon ton, le clan des peintres bourgeois assistés de la famille entourant le père comme un chœur triomphal. »



Mots-clés : #amour #vieillesse #xixesiecle
par ArenSor
le Lun 17 Aoû 2020 - 11:04
 
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Sujet: Guy de Maupassant
Réponses: 17
Vues: 738

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