Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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127 résultats trouvés pour aventure

Gabriel de La Landelle

Aventures et embuscades, Histoire d'une colonisation au Brésil

Tag aventure sur Des Choses à lire Aventu11

Première partie, En Portugal : Lisbonne, mi-XVIIIe : le roi Jean V meurt, son fils lui succède sous le nom de Joseph Ier, et l’ambitieux Sébastien Carvalho, comte d’Oeyras, et plus tard marquis de Pombal, opposé aux fidalgues (fidalgos, la noblesse portugaise), devient son premier ministre. Il est sur le point de faire arrêter le comte Pedro da Carvoa, conseiller de Jean V et disgracié, lorsque survient le grand tremblement de terre de Lisbonne ; le comte émigre au Brésil avec ses serviteurs, dont le fidèle José Péreira, forgeron, et son jeune fils, Joam.

Deuxième partie, Au Brésil : dans l’aldée de Crên-Bakuam, chef des Botocudos, sa femme Fleur-de-Liane vient d’être tuée par les Machaculis, qui ont aussi enlevé sa fille Zima. L’image donnée des Indiens est fort datée, malgré certaines observations apparemment correctes.
« Botoque ou batoque, signifie littéralement bonde de tonneau. De là le nom donné par les Portugais aux Aymorés, Tapuyas ou Botocudos, qui s’incrustent dans la lèvre inférieure et dans les lobes des oreilles, un disque de bois de barrigudo. »

« Les philosophes d’une certaine école, poétisant à plaisir le sauvage, oubliant ses instincts féroces, ses goûts dépravés, ses mœurs sanguinaires, ses préjugés stupides, ont essayé de placer l’homme de la nature au-dessus de l’homme civilisé, au-dessus du chrétien. »

« Parmi les Indiens du Brésil, le droit du chef est de marcher le premier sur le chemin de la guerre, − coutume barbare mais héroïque. »

(Certains regrettent parfois que nos propres généraux ne soient pas placés en première ligne, comme ce fut d'ailleurs le cas en des temps reculés de notre histoire.)
La petite expédition de dom Pedro s’enfonce dans l’intérieur des terres, loin de la colonie : organisation paramilitaire, ardeur à l’ouvrage et conscience religieuse, paternalisme (notamment avec les esclaves africains) …
« Il s’avançait non en conquérant, mais en fondateur ; il voulait créer au milieu du désert, dans des contrées inhospitalières, où il ne pouvait rencontrer que des peuplades hostiles aguerries, belliqueuses, féroces. »

Ils rencontrent les Machaculis, et l’ambitieux (lui aussi) Apocahi, leur maraca, une sorte de (faux) oracle qui s’intéresse à leurs armes à feu tandis qu’ils s’établissent dans la région, fondant la Fazenda d’Enchofre, c’est-à-dire habitation du soufre (qui entre dans la fabrication de la poudre).
Achim a lié amitié avec Préto, un jeune esclave − toutes proportions gardées :
« La soumission du jeune esclave et la douceur de Joam avaient fait naître entre eux une amitié qui ne détruisait pas cependant la distance rendue nécessaire par leurs positions respectives. C’était une de ces liaisons devenues si communes dans nos colonies, où chaque jeune fille créole est élevée avec une petite mulâtresse ou capresse, sa compagne, dont elle fait d’ordinaire son intime confidente, parfois sa victime.
Préto avait été constamment attaché au service de Joam depuis le départ de San-Salvador, il ne le quittait guère qu’aux heures d’étude. »

Préto ravit Zima aux Machaculis qui la retenaient captive. Amoureux d’elle, Achim sera capturé par les mêmes sauvages.
« Au milieu des territoires sans bornes qu’arrosent les Tucantins et l’Araguay, Joam subit le joug d’une peuplade barbare, naguère fraternellement accueillie par ses compatriotes, et qui se complaît maintenant à exercer sur lui une farouche vengeance. »

Puis « l’enfant de lait » deviendra « Jaguar bondissant » chez les Botocudos. Tout finira bien.
« Les monts Piauhis et les savanes sont défrichés et peuplés par une race d’un sang mêlé, il est vrai, mais qui sera un jour, n’en doutez pas, la véritable nation brésilienne, − fille de l’Afrique et du Nouveau Monde régénérée par le sang européen et par la foi catholique. »


\Mots-clés : #amérindiens #aventure #historique
par Tristram
le Sam 24 Sep - 13:11
 
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Sujet: Gabriel de La Landelle
Réponses: 2
Vues: 45

Cormac McCarthy

Des villes dans la plaine

Tag aventure sur Des Choses à lire Des_vi10

Dans ce troisième tome de la Trilogie des confins nous retrouvons John Grady Cole (De si jolis chevaux) et Billy Parham (Le grand passage), qui travaillent ensemble comme cow-boys dans un ranch au Nouveau-Mexique, à la frontière du Texas et du Mexique (région économiquement défavorisée et que l’armée va réquisitionner). On retrouve aussi les dialogues laconiques de rudes taiseux dans un récit où l’action est lente, et qui détaille les gestes du savoir-faire passionné des chevaux.
John Grady tombe amoureux d’une très jeune prostituée dans un bordel de Juárez (Mexique) : c’est la belle Magdalena, par ailleurs épileptique, aux mains de son proxénète, Eduardo, et de l’alcahuete (entremetteur) de ce dernier, Tiburcio. John Grady va jusqu’à vendre son cheval pour la racheter par l’entremise de Billy, qui rencontre Eduardo ; il rafistole une petite maison d’adobe en ruine dans la montagne.
Les temps changent ; le vieux M. Johnson :
« Au bout d’un moment le vieil homme dit : Le lendemain de mes cinquante ans en mars 1917 je suis allé à cheval jusqu’au puits de Wilde, là où était la maison du ranch dans le temps, et il y avait six loups morts suspendus à la clôture. J’ai longé la clôture en passant la main dans leur fourrure. Je regardais leurs yeux. Un trappeur de l’administration les avait apportés là la veille au soir. On les avait tués avec des appâts empoisonnés. De la strychnine. Ou autre chose. Là-haut dans les Sacramentos. Une semaine plus tard il en a encore apporté quatre. Je n’ai pas entendu de loups dans le pays depuis. Sans doute que c’est une bonne chose. Ils peuvent être terribles pour le bétail. Mais je crois que j’ai toujours été comme qui dirait superstitieux. Je n’étais pas quelqu’un de religieux, certainement pas. Et j’ai toujours pensé qu’une créature peut vivre et mourir mais que la sorte de créature qu’elle était serait toujours là. Je ne savais pas qu’on pouvait tuer ça avec du poison. Voilà plus de trente ans que je n’ai pas entendu le hurlement d’un loup. Je me demande où il faudrait aller pour en entendre un. Il n’existe peut-être plus d’endroit comme ça. »

Impressionnante chasse au lasso des chiens sauvages qui tuent les veaux dans le chaparral.
Considérations sur le Mexique où les gens sont extrêmement accueillants, où on est vite tué.
Un vieux maestro mexicain aveugle (celui de Le grand passage ?) sympathise avec John Grady, lui apprend qu’Eduardo est amoureux de Magdalena, et lui raconte l’histoire d’un mourant qui demanda à son ennemi de devenir le padrino (parrain) de son enfant.
Le plan de John Grady pour l’évasion de Magdalena échoue : elle est égorgée par Tiburcio. John Grady tue Eduardo qu’il a provoqué dans un duel au couteau, et meurt de ses blessures. Billy rapporte son corps aux États-Unis, comme autrefois celui de son frère.
Billy, soixante-dix-huit ans, est devenu un vagabond. Il rencontre un autre vagabond (métaphysicien) qui lui raconte son rêve d’un vagabond se réveillant de son propre rêve dans une sorte de cérémonie sacrificielle antique (et peut-être mésoaméricaine).
« Le narrateur eut un sourire mélancolique comme un homme qui se souvient de son enfance. Ces songes-là nous révèlent aussi le monde, dit-il. Nous nous souvenons à notre réveil des événements dont ils se composent alors que le récit est souvent fugace et difficile à retenir. C’est pourtant le récit qui donne vie au rêve alors que les événements eux-mêmes sont souvent interchangeables. D’un autre côté les événements qui se produisent quand nous sommes éveillés nous sont imposés et le récit est l’axe insoupçonné autour duquel leur trame doit être tissée. Il nous appartient de peser et de trier et d’ordonner ces événements. C’est nous qui les assemblons pour en faire l’histoire que nous sommes nous. Tout homme est le poète de sa propre existence. C’est ainsi qu’il se rattache au monde. Car s’il s’évade du monde qu’il a rêvé cette évasion est à la fois sa punition et sa récompense. […]
Aux heures de veille le désir qui nous pousse à façonner le monde à notre convenance conduit à toutes sortes de paradoxes et de difficultés. Les choses en notre pouvoir sont agitées de profondes turbulences. Mais dans les rêves nous nous trouvons dans cette vaste démocratie du possible et c’est là que nous devenons d’authentiques pèlerins. Que nous allons au-devant de ce que nous devons rencontrer. »


\Mots-clés : #amitié #amour #aventure #mort #nature #violence
par Tristram
le Sam 17 Sep - 14:09
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Douglas Kennedy

Piège nuptial (Cul de sac)

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Nick Hawthorne, dans la quarantaine et du Maine, vaguement journaliste (et mécano) se lance dans l’aventure : la traversée (quatre mille kilomètres) de l’aride outback australien en minibus Volkswagen. Il prend en stop Angie, 21 ans, originaire de Wollanup, 53 habitants, dans le « Cœur sans vie », le « vide rouge » (red heart, d’où le titre original du roman, The Dead Heart). Elle le drogue et le kidnappe ; il se retrouve marié avec elle, enceinte de lui, prisonnier de la petite collectivité autarcique où la principale activité se résume à boire de la bière.
Douglas Kennedy en explique l’origine, un mixte de communauté alternative et de descendants des quatre familles du village abandonné après la fermeture de sa mine d’amiante ; son existence clandestine est despotiquement régie par les chefs de famille, et la seule ressource économique est un abattage de kangourous pour l'alimentation animale ; à leur majorité, les jeunes partent pour trouver un conjoint – et le ramener.
Pendant près de neuf mois d’avanies chez les péquenots, Nick cherchera à s’échapper, jusqu’à tenter avec Krystal, la sœur d’Angie.
« J’ai été réveillé par des hoquets et des râles. Angie était affalée devant la cuvette des toilettes, punie par la justice divine pour toute la bière qu’elle avait éclusée la veille. Mais, quand elle a retrouvé l’usage de la parole, ses premiers mots ont été : "Putain de nausées matinales, ça commence…" »

« Le vrai danger de l’outback, je commençais à l’entrevoir : sa vacuité ne faisait qu’aiguiser le manque d’assurance qui pesait sur chacune de mes décisions, chacune de mes initiatives. Autant oublier toutes ces foutaises à propos des hésitations et des contradictions dissipées par le seul spectacle de la majesté de la nature ! Au contraire, celle-ci amplifie toutes nos insécurités, toutes nos tendances à l’autodénigrement, parce qu’elle nous dit carrément et nous répète que nous ne sommes rien. Mieux vaut rester en ville, où les petites certitudes abondent et où, surtout, on n’est jamais forcé de rester seul avec soi-même. »

« Nous passons notre vie à prétendre que nos petites occupations poursuivent une plus haute ambition que la nécessité d’avoir un toit sur notre tête, de quoi nous vêtir et nous sustenter, mais au final nous nous échinons pour remplir le vide des heures et éviter de considérer ce que notre passage sur terre a d’éphémère, de dérisoire. S’affairer, se stresser, permet d’oublier la futilité lamentable de nos existences, ou le cul-de-sac dans lequel nous nous débattons. Un cul-de-sac que nous nous sommes invariablement choisi. »

Sur le ton dur-à-cuire et humoristique alterné avec un style plus conventionnel, avec un suspense bien maintenu, cette histoire vaut surtout pour l’évocation de l’étrange communauté au milieu de nulle-part, partiellement inspirée des « clowns de la contre-culture » du début des années 1970.
J’ai feuilleté les deux traductions, et apparemment elles sont identiques !?

\Mots-clés : #aventure #regimeautoritaire #ruralité
par Tristram
le Mar 13 Sep - 13:20
 
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Sujet: Douglas Kennedy
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Théophile Gautier

Le Capitaine Fracasse

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Il est parfois risqué de s’aventurer des décennies plus tard dans un ouvrage découvert dans l’enfance – certainement dans une version « adaptée » - et qu’on avait adoré.
Pas de suspens : la relecture du « Capitaine Fracasse » m’a à nouveau ensorcelé ! Pour d’autres raisons, mais aussi de semblables (Ah, le personnage du Matamore, navré, perdu dans la neige !)
Le capitaine Fracasse, c’est le Matamore, la Capitan, le Scaramouche de la Commedia dell’arte, croqué par Jacques Calot et Abraham Bosse, héros du « Roman comique » de Scarron et de « L’Illusion comique » de Corneille, mais singulièrement transformé, non plus vantard mais modeste, non plus peureux mais courageux. C’est le baron de Sigognac.

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Inspiré de ses illustres devanciers, Corneille et Scarron, mais également très influencé par Rabelais, « Le Capitaine Fracasse » est un roman de cape et d’épée qui se passe sous le règne de Louis XIII et qui met en scène une troupe de comédiens. Théophile Gautier y fait preuve d’une qualité d’écriture exceptionnelle, alliant à la perfection le fantastique et le merveilleux. En particulier, les descriptions, souvent très développées, utilisent un vocabulaire précis, d’une grande richesse, avec parfois une touche de préciosité (on sent venir le courant symboliste !)  

Les premiers chapitres décrivant le château de la misère sont de petits bijoux :
« Les ronces, aux ergots épineux, se croisaient d’un bord à l’autre des sentiers et vous accrochaient au passage pour vous empêcher d’aller plus loin et vous dérober ce mystère de tristesse et de désolation. La solitude n’aime pas être surprise en déshabillé et sème autour d’elle toutes sortes d’obstacles. »


« Cinq ou six chaises recouvertes de velours qui avait pu jadis être incarnadin, mais que les années et l’usage rendaient d’un roux pisseux, laissaient échapper leur bourre par les déchirures de l’étoffe et boitaient sur des pieds impairs comme des vers scazons ou des soudards éclopés s’en retournant chez eux après la bataille. A moins d’être un esprit, il n’eût point été prudent de s’y asseoir, et, sans doute, ces sièges ne servaient que lorsque le conciliabule des ancêtres sortis de leurs cadres venaient prendre place à la table inoccupée, et devant un souper imaginaire causaient entre eux de la décadence de la famille pendant les longues nuits d’hiver si favorables aux agapes des spectres. »

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Les habitants du château : le baron de Sigognac, son serviteur Pierre, le cheval Bayard, le chien Miraud et le chat Belzebuth, sont tout aussi pittoresques :
« Un vieux chat noir, maigre, pelé comme un manchon hors d’usage et dont le poil tombé laissait voir par places la peau bleuâtre, était assis sur son derrière aussi près du feu que cela était possible sans se griller les moustaches, et fixait sur la marmite ses prunelles vertes traversées d’une pupille en forme d’I avec un air de surveillance intéressée. Ses oreilles avaient été coupées au ras de la tête et sa queue au ras de l’échine, ce qui lui donnait la mine de ces chimères japonaises qu’on place dans les cabinets, parmi les autres curiosités, ou bien encore de ces animaux fantastiques à qui les sorcières, allant au sabbat, confient le soin d’écumer le chaudron ou bouillent leurs philtres. »


Il en est de même des comédiens
« Eclairée par ce rayon, une assez grotesque figure se dessina sur le fond d’ombre ; un crâne couleur de beurre rance luisait sous la lumière et la pluie. Des cheveux gris plaqués aux tempes, un nez cardinalisé de purée septembrale, tout fleuri de bubelettes s’épanouissant en bulbes entre deux petits yeux vairons recouverts de sourcils très épais et bizarrement noirs, des joues flasques, martelées de tons vineux et traversées de fibrilles rouges, une bouche lippue d’ivrogne et de satyre, un menton à verrue où s’implantaient quelques poils revêches et durs comme des crins de vergette, composaient un ensemble de physionomie digne d’être sculptée en mascaron sous la corniche du Pont-Neuf. […] Cette tête de fantoche, servie sur une fraise de blancheur équivoque, surmontait un corps perdu dans une souquenille noire qui saluait en arc de cercle avec une affectation de politesse exagérée. »


Belles descriptions de tavernes, ainsi le Radis couronné » :
Quand Jacquemin Lampourde entra au « Radis couronné », le plus triomphant vacarme régnait dans l’établissement. Des gaillards à mine truculente, tendant leurs pots vides, frappaient sur les tables des coups de poing à tuer des bœufs et qui faisaient trembler les suifs emmanchés dans des martinets de fer. D’autres criaient « tope et masse » en répondant à des rasades. Ceux-ci accompagnaient une chanson bachique, hurlée en cœur avec des voix aussi lamentablement fausses que celles des chiens hurlant à la lune, d’un cliquetis de couteau sur les côtes de leurs verres et d’un remuement d’assiettes tournées en meule. Ceux-là inquiétaient la pudeur des Maritornes, qui, les bras élevés au-dessus de la foule, portaient des plats de victuailles fumantes et ne pouvaient se défendre contre leurs galantes entreprises, tenant plus à conserver leur plat que leur vertu. Quelques-uns pétunaient dans de longues pipes de Hollande et s’amusaient à souffler de la fumée par les naseaux. »


Ou d’auberges :
« Passez-moi la muscade ! disait l’un ! un peu de cannelle, s’écriait l’autre ! Par ici les quatre épices ! remettez du sel dans la boîte ! les clous de girofle ! du laurier ! une barde de lard, s’il vous plaît, bien mince ! soufflez ce fourneau ; il ne va pas ! éteignez cet autre, il va trop et tout brûlera comme châtaignes oubliées en la poêle ! versez du jus dans ce coulis ! allongez-moi ce roux, car il épaissit ! battez-moi ces blancs d’œufs en père fouetteur, ils ne moussent pas ! saupoudrez-moi ce jambonneau de chapelure ! tirez de la broche cet oison, il est à point ! encore cinq ou six tours pour cette poularde ! vite, vite, enlevez le bœuf ! il faut qu’il soit saignant. Laissez le veau et les poulets :
Les veaux mal cuits, les poulets crus
Font les cimetières bossus
Retenez cela, galopin. N’est pas rôtisseur qui veut. C’est un don du ciel. Portez ce potage à la reine au numéro 6. Qui a demandé des cailles au gratin ? Dressez vivement ce râble de lièvre piqué ! »


Dernier extrait : Isabelle découvre des armures dans le château de Vallombreuse
« … elle aperçut deux figures armées de pied en cap, qui se tenaient immobiles en sentinelle de chaque côté du chambranle, les gantelets croisés sur la garde de grandes épées ayant la pointe fichée en terre ; les cribles de leurs casques représentant des faces d’oiseaux hideux, dont les trous simulaient les prunelles, et le nasal le bec ; sur les cimiers se hérissaient comme des ailes irritées et palpitantes des lamelles de fer ciselées en pennes ; le ventre du plastron frappé d’une paillette lumineuse se bombait d’une façon étrange, comme soulevé par une respiration profonde ; des genouillères et des cubitières jaillissait une pointe d’acier recourbée en façon de serre d’aigle, et le bout des pédieux s’allongeait en griffe. »



Mots-clés : #aventure #humour #xixesiecle
par ArenSor
le Lun 30 Mai - 16:19
 
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Sujet: Théophile Gautier
Réponses: 9
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Jacques Abeille

Les Mers perdues, illustrations de François Schuiten

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Le narrateur est recruté pour tenir le journal de voyage d’une expédition vers l’est, au-delà des contrées reconquises, avec un dessinateur, une belle géologue et leur guide, un chasseur de grand gibier (et un groupe de natifs du désert, les Hulains, pisteurs et domestiques).
Aux confins des terres connues, ils parviennent à un rivage, puis à des installations industrielles gigantesques et des mines abandonnées (où le chasseur disparaît).
« Le délire technicien fonctionnait en circuit fermé. Les richesses arrachées au sous-sol, pour leur plus grande part, étaient réinvesties dans leur transformation en moyens supplémentaires d’exploitation de la nature jusqu’à épuisement de toutes les ressources. »

Puis c’est ensuite une mystérieuse tour sculptée dans une aiguille rocheuse, le désert, enfin une légendaire cité en ruine où des géants de pierre sont incomplètement sortis de terre (croissance qui renvoie aux Jardins statuaires du premier volume du cycle des contrées) jusqu’à s'être figés et s’ébouler partiellement.
« Disons donc que tout minéral comporte une structure intime qui peut livrer, pour ainsi dire, l’histoire ou le sens de sa gestation. »

Suit l’exploration d’un immense promontoire taillé en forme d’ours dressé et creusé de passages débouchant sur l’extérieur, premier de nombreux colosses vandalisés, enlaidis, « le spectacle figé dans la pierre d’un combat sans merci entre les œuvres humaines et le surgissement des statues ».
« Nous nous avancions sur de vastes avenues que bordaient d’immenses édifices dressés à de telles hauteurs que leurs sommets se perdaient dans les nuées. Comme le premier monument que nous avions visité, ces immeubles ne comportaient nul aménagement habitable. Ils constituaient seulement un cauchemardesque décor plein, taraudé de galeries obscures et de rampes servant à dégager le matériau rejeté par le façonnage de vaines et fausses modénatures. »

« Je me garderai bien de rapporter dans le journal de l’expédition le sentiment profond qui me porte à croire que ces éruptions minérales furent, d’une manière que je ne puis concevoir et en des temps très lointains, vivantes comme une indécision de la terre entre des règnes encore mal différenciés. Comme si la terre dans ses intentions obscures n’avait pas toujours accepté les lois de la nature, alors que nous, les hommes, sommes restés aveugles aux signes qu’elle nous adressait. »

« …] la coutume de crever la peau des statues en y découpant des baies aveugles afin que leur élan vital fût dispersé et leur intériorité privée de tout ressort. De plus, en imposant en creux la marque de leurs méfaits sur le paysage qui les entoure, les hommes, depuis des temps fort reculés, se sont assurés que perdurerait la honte qui est le vrai chemin de la barbarie. »

Viennent ensuite des statues monumentales d’hommes-léopards surmontés de pylônes électriques qui les blessèrent, encore des rivages, des forteresses, et la révélation par les Hulains du mythe originel des éleveurs de statues à partir de semences des géants de roche.
C’est une quête aux visions fortement graphiques, idoine pour un rêve de pierre, et propre à inspirer l’illustrateur (qui rappelle les gravures de Vivant Denon dans son Voyage dans la basse et la haute Égypte, ou les aquarelles ultérieures de David Roberts).
« …] ce lieu de la pensée où les cristallisations du songe épousent la pure rigueur des mathématiques. »


\Mots-clés : #aventure #contemythe #fantastique #voyage
par Tristram
le Dim 17 Avr - 13:24
 
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Sujet: Jacques Abeille
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Cormac McCarthy

Le grand passage

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Dans le sud des États-Unis, à proximité de la frontière mexicaine, Billy Parham, seize ans, son frère Boyd, quatorze ans, et leur père Will tentent de piéger une louve solitaire. Remarquables observations sur la faune sauvage :
« Les éleveurs disaient que les loups traitaient le bétail avec une brutalité dont ils n’usaient pas envers les bêtes fauves. Comme si les vaches avaient éveillé en eux on ne savait quelle fureur. Comme s’ils s’étaient offensés d’on ne savait quelle violation d’un ordre ancien. D’anciens rites. D’anciens protocoles. »

« À la nuit elle descendait dans les plaines des Animas et traquait les antilopes sauvages, les regardant s’enfuir et volter dans la poussière de leur propre passage qui s’élevait du fond du bassin comme une fumée, regardant l’articulation si exactement dessinée de leurs membres et le balancement de leurs têtes et la lente contraction et la lente extension de leur foulée, guettant parmi les bêtes de la harde un signe quelconque lui désignant sa proie. »

« Elle passa près d’une heure à tourner autour du piège triant et répertoriant les diverses odeurs pour les classer dans un ordre chronologique et tenter de reconstituer les événements qui avaient eu lieu ici. »

Elle est finalement capturée par Billy, qui a recueilli les paroles d’un vieux trappeur renommé ; il décide de la ramener au Mexique d’où elle est venue. Péripéties western avec cowboy typiquement impavide, insondable. Il est généralement bien reçu quand il rencontre quelqu’un ; on lui offre un repas et il remercie ponctuellement. Aussi confirmation que l’imaginaire autour du loup est le même partout, y compris au Mexique, dont une esquisse est donnée.
« Ceux qui étaient trop soûls pour continuer à pied bénéficiaient de tous les égards et on leur trouvait une place parmi les bagages dans les charrettes. Comme si un malheur les eût frappés qui pouvait atteindre n’importe qui parmi ceux qui se trouvaient là. »

Billy préfère tuer lui-même la louve recrue dans un combat de chiens.
Puis il erre dans la sierra ; il y rencontre un vieux prêtre « hérétique » qui vit dans les ruines d’un tremblement de terre (le « terremoto » de 1887 ; il y a beaucoup de termes en espagnol/mexicain, et il vaut mieux avoir quelques notions et/ou un dictionnaire).
« Tout ce dont l’œil s’écarte menace de disparaître. »

« Si le monde n’est qu’un récit qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? »

« Alors que penser de cet homme qui prétend que si Dieu l’a sauvé non pas une mais deux fois des décombres de la terre c’est seulement pour produire un témoin qui dépose contre Lui ? »

Billy rentre chez lui, et découvre que ses parents ont été massacrés par deux voleurs de chevaux.
Il repart au Mexique avec Boyd. Les deux sont de très jeunes blonds (güero, güerito), et à ce titre sont généralement considérés avec sympathie ; ils deviendront vite renommés suite à leurs contacts avec alternativement de braves gens et des brigands.
« Une créature venue des plateaux sauvages, une créature surgie du passé. Déguenillée, sale, l’œil et le ventre affamé. Tout à fait inexplicable. En ce personnage incongru ils contemplaient ce qu’ils enviaient le plus au monde et ce qu’ils méprisaient le plus. Si leurs cœurs battaient pour lui, il n’en était pas moins vrai que pour le moindre motif ils auraient aussi bien pu le tuer. »

Ils récupèrent un de leurs chevaux, sauvent une jeune Mexicaine d’une tentative de viol, et l'emmènent avec eux. Ils rejoignent une troupe de saltimbanques, puis reprennent quelques autres chevaux. Boyd est gravement blessé par balle dans une escarmouche avec les voleurs.
Billy fait une autre rencontre d’importance, un aveugle, révolutionnaire victime d'affrontements avec l’armée.
« Il dit que les hommes qui avaient des yeux pouvaient choisir ce qu’ils voulaient voir mais qu’aux aveugles le monde ne se révélait que lorsqu’il avait choisi d’apparaître. Il dit que pour l’aveugle tout était brusquement à portée de main, rien n’annonçait jamais son approche. Origines et destinations devenaient des rumeurs. Se déplacer c’était buter contre le monde. Reste tranquillement assis à ta place et le monde disparaît. »

Boyd disparaît avec la jeune fille, Billy retourne un temps aux États-Unis, où il est refusé dans l’enrôlement de la Seconde Guerre mondiale à cause d’un souffle au cœur. Revenu au Mexique, il apprend que Boyd est mort (ainsi que sa fiancée).
« Le but de toute cérémonie est d’éviter que coule le sang. »

Considérations sur la mort, « la calavera ».
Un gitan, nouvelle rencontre marquante (il s’agit d’un véritable roman d’apprentissage), développe une théorie métaphysique sur la vérité et le mensonge à propos d’un avion de la Première Guerre mondiale qu’il rapporte au père d’un pilote américain.
« Chaque jour est fait de ce qu’il y a eu avant. Le monde lui-même est sans doute surpris de la forme de ce qui survient. Même Dieu peut-être. »

« Les noms des collines et des sierras et des déserts n’existent que sur les cartes. On leur donne des noms de peur de s’égarer en chemin. Mais c’est parce qu’on s’est déjà égaré qu’on leur a donné ces noms. Le monde ne peut pas se perdre. Mais nous, nous le pouvons. Et c’est parce que c’est nous qui leur avons donné ces noms et ces coordonnées qu’ils ne peuvent pas nous sauver. Et qu’ils ne peuvent pas nous aider à retrouver notre chemin. »

« Il dit que pour les gens de la route la réalité des choses avait toujours de l’importance. Il dit que le stratège ne confondait pas ses stratagèmes avec la réalité du monde car alors que deviendrait-il ? Il dit que le menteur devait d’abord savoir la vérité. »

« Il dit : ce que les hommes ne comprennent pas c’est que ce que les morts ont quitté n’est pas le monde lui-même mais seulement l’image du monde dans le cœur des hommes. Il dit qu’on ne peut pas quitter le monde car le monde sous toutes ses formes est éternel de même que toutes les choses qui y sont contenues. »

Intéressantes précisions sur le corrido, ballade épique ou romancée, poésie populaire évoquant l’amour, la politique, l’histoire (voir Wikipédia) :
« Le corrido est l’histoire du pauvre. Il ne reconnaît pas les vérités de l’histoire mais les vérités des hommes. Il raconte l’histoire de cet homme solitaire qui est tous les hommes. Il croit que lorsque deux hommes se rencontrent il peut arriver l’une ou l’autre de deux choses et aucune autre. L’une est un mensonge et l’autre la mort. Ça peut vouloir dire que la mort est la vérité. Oui. Ça veut dire que la mort est la vérité. »

Ce long roman bien documenté, qui m’a beaucoup plu, est avant tout un hymne assez traditionnel et pathétique du mythe fondateur des États-Unis, le poor lonesome cowboy et son existence rude et libre dans l’immense marge des confins.
Style factuel, congru à des personnages taiseux, pas de psychologie abordée mais des descriptions détaillées (équipement du cheval, confection des tortillas, médecin soignant Boyd, etc.) : en adéquation complète avec le contenu du discours.

\Mots-clés : #aventure #fratrie #independance #initiatique #jeunesse #mort #nature #solitude #violence #voyage
par Tristram
le Mer 13 Avr - 12:35
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Robert Erskine Childers

L'Énigme des sables − Un rapport des services secrets

Tag aventure sur Des Choses à lire Zonigm10

Carruthers, le narrateur, a une vision fort snob du yachting, et il est fort surpris en rejoignant son ancien condisciple Davies pour une croisière dans la Baltique sur un petit voilier.
« La Dulcibella me parut très petite (de fait 7 tonneaux [environ 1 tonne ou deux m3] ; sa longueur était de trente pieds [environ 30 cm] environ, et sa largeur de neuf. »

C’est un bateau à fond plat, avec un très faible tirant d’eau, une dérive mobile et de petites quilles de roulis, permettant ainsi les échouages.
Davies lui paraît fort simple, puis fort expérimenté et courageux comme ils naviguent assez précairement de fjord en fjord, jusqu’à ce qu’il lui raconte sa rencontre avec Dollmann, capitaine de la Médusa qui essaya de le perdre dans un raccourci au travers des bancs de sables près de l’embouchure de l’Elbe. Davies croit que c’est un Anglais travaillant pour les Allemands, jaloux de préserver le secret stratégique de ces chenaux que parcourent seules des galiotes locales, et convainc son compagnon de retourner le surveiller en explorant cette côte masquée par les îles de la Frise orientale, zone inconnue des marins anglais, dans le but d’assurer la suprématie maritime de la Grande-Bretagne.
« C’étaient des barques à voiles, assez semblables à celles qu’on voit sur la Tamise, renflées à l’avant, élevées à l’arrière, d’un tonnage de cinquante tonneaux à peu près, gréées en galiotes avec des ailes de dérive, de très légers espars et un long beaupré retroussé. À l’avenir, je les appellerai galiotes. »

Ils explorent, observent, relèvent donc cette étrange hydrographie, dans l’optique tactique de petits torpilleurs amarinés à ces parages.
La description des bancs de sable et des chenaux en fonction des marées derrière le cordon côtier de ce qui est dorénavant appelé la mer de Wadden (Watten en allemand, les battures) restitue un paysage exotique, marqué par les « booms », pieux ou perches plantés dans le sable pour indiquer les passages parfois disparus dans l’évolution de l’ensablement.
Trois cartes sont jointes à l’ouvrage, ce qui ne m’a pas empêché de devoir recourir à plusieurs autres pour tenter de suivre leur périple.
La Dulcibella semble être surveillée par la galiote le Kormoran, avec Grimm (« sinistre »), supposément à la recherche d’un trésor englouti, et ils rencontrent également le capitaine von Brüning, commandant la canonnière Blitz de la marine allemande. Dollmann a une fille, Clara, qui ne laissa pas indifférent Davies lors de leur première rencontre…
C’est un roman d’aventures maritimes (cf. l’allusion à Stevenson au début), et un roman d’espionnage (surtout dans la seconde moitié).
La lecture est cependant moins celle d’un roman que de faits réels romancés, avec des incidents inutiles à l’intrigue (comme le personnage de Bartels, capitaine de la Johannes, qui a rescapé la Dulce), des composantes incohérentes dans un imbroglio caractéristique de l’existence authentique.
Bref, une belle surprise !

\Mots-clés : #aventure #merlacriviere #nature
par Tristram
le Ven 11 Mar - 13:08
 
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Sujet: Robert Erskine Childers
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Le One-shot des paresseux

animal a écrit:Tag aventure sur Des Choses à lire 61qifo10

Endurance, L'incroyable voyage de Shackleton de Alfred Lansing

Pas le livre qui brille par ses qualités littéraires, ce n'est pas non plus le but. Pas non plus le livre qui brille par la qualité de l'édition (Points) : trop bien le lexique orienté bateau mais un lexique banquise aurait été plus approprié (et LA note en base de page pour l'épaulard, ça en deviendrait drôle). Mais dans ce récit composé à partir de journaux et de notes d'interview des principaux intéressés il y a suffisamment de quoi vous faire tourner les pages.

"Le 18 janvier 1915, l'Endurance ayant a son bord une expédition se proposant de traverser a pied le continent antarctique est prise par la banquise sans avoir pu toucher terre."

La fin de l'histoire plus d'un an et demi après. 28 hommes qui auront vécu coupés du monde pendant ce temps-là. Sans s’entre-tuer, sans perdre complètement espoir, dans des conditions physiques extrêmes de froid, d'humidité et de fin ou d'inconfort. Leur bateau aura été écrasé par la glace, ils auront fait un bout de chemin en traîneau, un bout sur la mer avant d'arriver sur l'île de l’Éléphant  et que quelques-un traversent en chaloupe (si on est généreux on arrondit à 8x2m) des coins qui aujourd'hui encore ne doivent pas être toujours recommandables.

Tag aventure sur Des Choses à lire Ima-ex10
Direction le Passage de Drake

De l'autre côté traversée de paysage "local" ça grimpe et redescend beaucoup...

C'est ahurissant la résilience de ces hommes. Entre les tempêtes il y a l'attente, âmes sensibles s'abstenir.

One-shot parce que l'auteur beeen... mais lire autre chose sur le sujet dont le récit des événements par Shackleton ça oui !


Mots-clés : #aventure #documentaire #journal #lieu #nature #voyage


Auto-citation sous prétexte d'actualité : https://www.huffingtonpost.fr/entry/lendurance-retrouve-en-antarctique-100-ans-apres-avoir-sombre_fr_6228657de4b07e948aecab97

Surtout une occasion de rappeler cette lecture qui mériterait mieux qu'un one-shot ?
par animal
le Mer 9 Mar - 21:33
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Umberto Eco

L’île du jour d’avant

Tag aventure sur Des Choses à lire L_zule11

1643, Roberto de la Grive, naufragé lucifuge et noctivague, aborde la Daphne, vaisseau désert mouillé entre une île et un continent tropical.
Le « chroniqueur » qui narre ses aventures dans un pastiche de vieux français-italien d’ailleurs cosmopolite, tout en évoquant les lettres de Roberto à sa dame, feint à la première personne du singulier d’organiser sa restitution digressive, qui rend en miroir la démarche de l’écrivain.
« Il écrivait alors pour lui, ce n’était pas de la littérature, il était vraiment là à écrire comme un adolescent qui poursuit un rêve impossible, sillonnant la page de pleurs, non point pour l’absence de l’autre, déjà pure image même quand elle était présente, mais par tendresse de soi, énamouré de l’amour… »

« Ou mieux, il n’y va pas tout de suite. Je demande grâce, mais c’est Roberto qui, dans son récit à sa Dame, se contredit, signe qu’il ne raconte pas de point en point ce qui lui est arrivé mais cherche à construire la lettre comme un récit, mieux, comme salmigondis de ce qui pourrait devenir lettre et récit, et il écrit sans décider de ce qu’il choisira, dessine pour ainsi dire les pions de son échiquier sans aussitôt arrêter lesquels déplacer et comment les disposer. »

Il raconte du point de vue de Roberto le siège de la forteresse de Casal avec son vaillant père le vieux Pozzo (c’est aussi un roman historique), et en parallèle son exploration de la Daphne avec sa cargaison-cathédrale, jardin-verger et sonore oisellerie, aussi horloges. De plus, Roberto a un frère imaginaire, Ferrare – l’Autre, et un « Intrus » semble être présent sur le navire… Eco rapproche sa situation dans la Daphne (comparée à l’arche du Déluge) à celle qui fut la sienne dans Casal assiégée. Roberto se remémore ses amis, le pyrrhonien Saint-Savin (qui rappelle Cyrano de Bergerac et son L’Autre Monde ou les États & Empires de la Lune) et le savant père jésuite Emanuele, avec « sa Machine Aristotélienne » (c’est également un roman de formation).
L’amour chevaleresque et platonique de Roberto, la Novarese, virtuelle comme un portulan :
« Si c’est une erreur des amants que d’écrire le nom aimé sur l’arène de la plage, que les ondes ensuite ont tôt fait de raviner, quel amant prudent il se sentait, lui qui avait confié le corps aimé aux arrondis des échancrures et des anses, les cheveux au flux des courants par les méandres des archipels, la moiteur estivale du visage au reflet des eaux, le mystère des yeux à l’azur d’une étendue déserte, si bien que la carte répétait plusieurs fois les traits du corps aimé, en différents abandons de baies et promontoires. Plein de désir, il faisait naufrage la bouche sur la carte, suçait cet océan de volupté, titillait un cap, n’osait pénétrer une passe, la joue écrasée sur la feuille il respirait le souffle des vents, aurait voulu boire à petits coups les veines d’eau et les sources, s’abandonner assoiffé à assécher les estuaires, se faire soleil pour baiser les rivages, marée pour adoucir le secret des embouchures… »

Puis son amour se portera, dans le salon d’Arthénice-Catherine de Rambouillet, sur « la Dame », Lilia (c’est aussi un roman d’amour, et même épistolaire – quoiqu’à sens unique).
D’avoir péroré sur la poudre d’attraction, « la sympathie universelle qui gouverne les actions à distance », lui valut d’être envoyé par le Cardinal Mazarin (Richelieu étant mourant) vers la Terra Incognita Australe du Pacifique pour résoudre le mystère des longitudes, en espionnant le savant anglais Byrd sur l’Amaryllis, également une flûte (navire hollandais), en quête du Punto Fijo (point fixe du monde terrestre). Sur celle-ci est expérimentée la comparaison de l’heure locale à celle de Londres, convenue d’avance, en notant les réactions d’un chien emmené à bord tandis qu’on agit sur l’arme qui le blessa en Angleterre…
l’Amaryllis naufragea, et c’est sur la Daphne que Roberto découvre le père jésuite Caspar Wanderdrossel (« la grive errante » ?), rescapé de l’équipage dévoré par les cannibales, et savant qui lui explique qu’ils sont aux Îles de Salomon, sur le « méridien cent et quatre-vingts qui est exactement celui qui la Terre en deux sépare, et de l’autre part est le premier méridien » : il y a toujours un jour de différence entre un côté et l’autre. L’histoire se poursuit, entre machineries abracadabrantes et autres technasmes (artifices) de Casper, apprentissage de la natation pour Roberto, et conversations philosophico-scientifiques entre les deux. Ce n’est pas tant l’étalage plaisant de la superstition du XVIIe que les balbutiements de la connaissance basée sur la réflexion, et plus récemment sur l’expérience. Ensuite la Cloche Aquatique doit permettre d’atteindre l'Île en marchant sur le fond de la mer :
« Pendant quelques minutes Roberto assista au spectacle d’un énorme escargot, mais non, d’une vesse-de-loup, un agaric migratoire, qui évoluait à pas lents et patauds, souvent s’arrêtant et accomplissant un demi-tour sur lui-même quand le père voulait regarder à droite ou à gauche. »

Grand moment du livre :
« Et puis, tout à coup, il eut une intuition radieuse. Mais qu’allait-il bougonnant dans sa tête ? Bien sûr, le père Caspar le lui avait parfaitement dit, l’Île qu’il voyait devant lui n’était pas l’Île d’aujourd’hui, mais celle d’hier. Au-delà du méridien, il y avait encore le jour d’avant ! Pouvait-il s’attendre à voir à présent sur cette plage, qui était encore hier, une personne qui était descendue dans l’eau aujourd’hui ? Certainement pas. Le vieux s’était immergé de grand matin ce lundi, mais si sur le navire c’était lundi sur cette Île c’était encore dimanche, et donc il aurait pu voir le vieux n’y aborder que vers le matin de son demain, quand sur l’Île il serait, tout juste alors, lundi… »

Avec la Colombe Couleur Orange, Emblème et/ou Devise, le narrateur-auteur évoque le goût du temps pour les symboles et signes :
« Rappelons que c’était là un temps où l’on inventait ou réinventait des images de tout type pour y découvrir des sens cachés et révélateurs. »

Roberto souffre toujours du mal d’amour, jaloux de Ferrante (c’est aussi un roman moral, psychologique).
« Roberto savait que la jalousie se forme sans nul respect pour ce qui est, ou qui n’est pas, ou qui peut-être ne sera jamais ; que c’est un transport qui d’un mal imaginé tire une douleur réelle ; que le jaloux est comme un hypocondriaque qui devient malade par peur de l’être. Donc gare, se disait-il, à se laisser prendre par ces sornettes chagrines qui vous obligent à vous représenter l’Autre avec un Autre, et rien comme la solitude ne sollicite le doute, rien comme l’imagination errante ne change le doute en certitude. Pourtant, ajouta-t-il, ne pouvant éviter d’aimer je ne peux éviter de devenir jaloux et ne pouvant éviter la jalousie je ne peux éviter d’imaginer. »

Il disserte sur le Pays des Romans (de nouveau le roman dans le roman), puis élabore le personnage maléfique de Ferrante, perfide « sycophante double » (et c’est encore un roman de cape et d’épée). S’ensuivent de (très) longues considérations philosophico-métaphysiques.
Il y a beaucoup d’autres choses dans ce roman, comme de magnifiques descriptions (notamment de nuages, de coraux à la Arcimboldo), une immersion dans la mentalité du Moyen Âge tardif (sciences navale, cartographique, obsidionale, astronomique, imaginaire des monstres exotiques, etc.), et bien d’autres.
Le livre est bourré d’allusions dont la plupart m’a échappé, mais j’ai quand même relevé, par exemple, Tusitala, surnom donné en fait à Stevenson en Polynésie. C’est un peu un prolongement de Le Nom de la rose (confer le renvoi avec « l’histoire de personnes qui étaient mortes en se mouillant le doigt de salive pour feuilleter des ouvrages dont les pages avaient été précisément enduites de poison ») et presque un aussi grand plaisir de lecture (avec recours fréquent aux dictionnaires et encyclopédies idoines).

\Mots-clés : #aventure #historique #insularite #lieu #merlacriviere #renaissance #science #solitude #voyage
par Tristram
le Lun 28 Fév - 10:43
 
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Sujet: Umberto Eco
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Alain-Fournier

Tag aventure sur Des Choses à lire 97822512

Le grand Meaulnes

Mémoires de la fin de l'adolescence ou esquisse en trois exemplaires. Le narrateur, fils d'instituteur, le grand Meaulnes apparition de camarade scolaire plus "physique" et enfin Frantz plus romanesque et d'un milieu plus aisé.

Amitié, fraternité et traumatismes de l'amour pour Meaulnes et Frantz et mélancolie plus sage pour François. Sur fond de cour d'école et décor de Sologne nous suivons leurs chamailleries et aventures.

Ce grand Meaulnes qui n'en fait qu'à sa tête polarise les attentions. Une escapade et une rencontre lui font perdre la tête et tous, François en tête rêvent par procuration.

Se mêle à ça le drame du frère fantasque de la dulcinée, abandonné à la dernière minute par sa promise ce qui... drame !

Puis rien ne se passe vraiment comme prévu, si rien n'est fichu la vie est autre. Roman d'apprentissage.

Il y a des trucs qui fonctionnent, dont la régulière écriture "classique", mais j'ai trouvé la trame forcée. Le romanesque des sentiments enflammés peut-être mais l'étude de caractère fait rudimentaire. Faiblesse compensée un peu par l'ambiance.

Bref ça se lit facilement mais si "Le Grand Meaulnes est classé à la 9e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle'" par Le Monde en 1999 je ne vois vraiment pas pourquoi.

Nostalgie polie ? Romantisme convenu et convenable ? Clichés douloureux et un rien morbides... et aussi femmes muses fragiles (ou utilitaires d'ailleurs, léger entre deux accorder à la mère), j'ai repensé à ma fraîche lecture de Mona Chollet.

Il faut reconnaître tout de même la jeunesse de l'auteur et qu'elle soit perceptible n'est pas forcément un défaut.


Mots-clés : #amour #aventure #initiatique
par animal
le Mer 26 Jan - 20:37
 
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Andy Weir

Tag aventure sur Des Choses à lire M0235210

La SF ça ne fait pas forcément du mal et laisser sa curiosité se fait appâter par l'enthousiasme d'un collègue non plus, j'ai donc tenter l'aventure de se journal de bord essentiellement martien. La forme d'un journal écrit assez simplement par un astronaute qui, suite à un accident fâcheux, se retrouve abandonné "seul sur Mars" par ses collègues.

Précision qui a son importance ou non, je n'en sais rien, je n'avais et n'ai toujours pas vu le film... Mais revenons en à notre cosmonaute tout seul avec une antenne déglinguée et le matériel d'une mission avortée pour survivre. En effet notre "ingénieur et botaniste" ne compte pas se laisser abattre tout de suite et un problème, une victoire, une catastrophe à la fois il va se démener pour tenir un peu plus longtemps que prévu.

Je ne veux pas trop en dire mais il y a des patates et pas d'extraterrestres, le casse tête scientifique de cette survie est riche en suspense (et en petites blagues) et p*** ça fait du bien un bouquin où personne ne veut tuer personne, personne n'est en compétition avec personne, personne n'en veut à personne, rien n'est diabolique pas même la démesure humaine et tout ça même pas parce qu'il est tout seul au beau milieu d'un désert extra-terrestre.

Indépendamment de son suspense efficace je crois que c'est ça qui le place en classique de la SF, une SF au sens noble qui regarde notre monde un peu en biais, l'interroge et nous dépayse dans le même mouvement.

Ce n'est vraiment pas un pied pour l'écriture mais pour le reste j'ai passé un excellent moment à n'avoir pour seule envie que de tourner les pages...


Mots-clés : #aventure #sciencefiction
par animal
le Dim 16 Jan - 21:12
 
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Robert Erskine Childers

L'énigme des sables

Tag aventure sur Des Choses à lire Zonigm10

Un jeune anglais reçoit un courrier d’un ami d’université qui lui demande de le rejoindre pour l’aider à naviguer au nord de l’Allemagne. Il se retrouve « enrôlé » sur un petit voilier d’un confort très limité pour explorer les îles et canaux de la mer du Nord et de la Baltique que les Allemands pourraient utiliser dans une guerre navale.
Le récit vaut à la fois par les relations d’amitié entre les deux jeunes hommes qui vivent à la dure sur cette petite embarcation rafistolée et par les descriptions des côtes marécageuses et sableuses. L’histoire d’espionnage qui sous-tend le récit n’est pas  peut-être pas l’essentiel mais elle ajoute une note d’étrangeté  à l’atmosphère nocturne et brumeuse de l’ensemble.

Extraits
« Avec la meilleure volonté du monde, il était impossible de trouver la Dulcibella élégante. La coque paraissait trop basse, et le grand mât trop haut ; la voûte de la cabine avait l’air épaisse et les claires-voies attristaient l’effet général avec leur fer rouillé et leur bois blanc mal peint. Le peu de cuivre qui se trouvait à la barre ou autre part était recouvert de vert-de-gris. Le pont rugueux et gris était taché à l’avant, des exhalaisons de goudron s'échappaient de ses coutures. »


Il est temps que j’ajoute que jadis le yacht avait été un canot de sauvetage, et qu’il avait été maladroitement converti en un yacht par addition d’une voûte, d’un pont et des espars nécessaires. Il était construit comme tout canot de sauvetage, diagonalement avec deux coques de bois de teck, et ainsi possédait une force énorme, mais il avait l’air d’un rafistolage mal fait. »


« Je suis convaincu, me dit-il,  que c’est un Anglais au service de l’Allemagne. Il est sûrement au service de l’Allemagne, et il y a longtemps qu’il est dans ces parages. Il en connait les moindres recoins. C’est un endroit du monde très solitaire, et il a une maison dans l’île de Norderney. »


« Je rappellerai simplement au lecteur que la terre ferme dans ce district de la Prusse, s’appelle la Frise-Orientale. C’est une sorte de péninsule bordée à l’ouest par l’estuaire de l’Ems et en delà par la Hollande ; à l’est par la Jade. C’est une basse terre marécageuse sans aucune grande ville. Sept îles se trouvent à peu de distance de la côté nord. Toutes, excepté Borkum, qui est ronde, sont longues et plates, légèrement creusées en forme de croissant, ayant rarement plus d’un mille de large et s’amincissant aux deux bouts. »




\Mots-clés : #amitié #aventure #espionnage
par Pinky
le Dim 19 Déc - 15:00
 
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Ernest Hemingway

Les vertes collines d’Afrique

Tag aventure sur Des Choses à lire Les_ve10

En brève préface, Hemingway précise :
« À l'encontre de beaucoup de romans, aucun des caractères ou incidents de ce livre n'est imaginaire. Quiconque trouvera qu'il n'y est pas assez question d'amour a toute latitude, en le lisant, d'y introduire les préoccupations amoureuses qu'il ou elle peut avoir à ce moment. L'auteur a essayé d'écrire un livre absolument sincère pour voir si l'aspect d'un pays et un exemple de l'activité d'un mois pouvaient, s'ils sont présentés sincèrement, rivaliser avec une œuvre d'imagination. »

Puis il présente les personnages, comme pour une pièce de théâtre :
POP. M. Jackson Phillips, appelé Mr. J. ou Mr. J.P. – un chasseur blanc ou guide professionnel. On ne doit pas l'appeler Pop devant lui.
KANDISKY. Un Autrichien.
DAN. Second chasseur blanc.
KARL. Un chasseur chanceux.
M. HEMINGWAY. Un vantard.
MME HEMINGWAY. Femme du précédent, connue comme P.V.M. ou Pauvre Vieille Maman. Connue des indigènes comme Mama.
M'COLA. Un porteur de fusil.
CHARO. Un porteur de fusil.
KAMAU. Un chauffeur kikuyu.
DROOPY. Un bon guide indigène.
ABDULLAH et TALMA GARRICK. Mauvais guides indigènes.
LE VIEIL HOMME et LE WANDEROBO MASAÏ. Mystérieux guides indigènes.
LE ROMAIN, SON FRÈRE, SA FAMILLE. De très braves gens.
DIFFÉRENTS MASAÏS.
Il y a aussi des victimes de la famine, différents Hindous, porteurs, skinners, boys personnels, et un très bon cuisinier. Il y a beaucoup d'animaux.

C’est le récit, au moins sur une base autobiographique, d'un mois de safari d’Hemingway et son épouse fin 1933 en Afrique de l'Est. Il comprend quatre parties :
Poursuite et conversation
Poursuite remémorée
Poursuite et échec
Poursuite, ce bonheur.

C’est essentiellement la traque d’un koudou, alternée avec d’autres chasses, les discussions au camp, les descriptions de paysages, les contacts avec des Africains, surtout de bons ou mauvais guides (on ne fait que croiser les « victimes de la famine »). C’est le safari des Blancs, avec tout ce qu’il porte, à près d’un siècle de distance, comme relents colonialistes et détestable chasse au trophée. Il n’en reste pas moins une célébration de la vie active, de la découverte de lieux superbes et quoiqu’on en pense, une excitante aventure.
Mais une impression assez indéfinissable de texte écrit vite, voire sans relecture, en fait autre chose qu’une ode, même provocante. Il semble qu’Hemingway ne sait pas ce qu’il veut affirmer. Il se présente comme « vantard », en tout cas imbu de ses qualités de chasseur, assez coléreux, maîtrisant mal sa rivalité avec Karl qui accumule de plus beaux trophées que lui tout en étant « mélancolique », en tout cas sombre et à cran. Célèbre quoiqu’encore jeune, en creux Hemingway se montre tenace, vigoureux, viril. Ce livre bizarre tient du témoignage, de la confidence, peut-être de la conscience d’une aventure condamnée à brève échéance.
« J'avais aimé la nature toute ma vie ; la nature valait toujours mieux que les gens. Je ne pouvais aimer que très peu de gens à la fois. »

On trouve une certaine conscience amère de la perte irrémédiable de contrées intactes avant l’arrivée des Occidentaux, de vivre un destin qui ne sera plus possible à court terme.
« Un continent vieillit vite quand nous y arrivons. Les indigènes vivent en harmonie avec lui. Mais l'étranger détruit, coupe les arbres, draine les eaux, de sorte que l'approvisionnement en eau est changé et au bout de peu de temps le sol, une fois la terre retournée, s'épuise et, ensuite, il commence à s'envoler comme il s'est envolé dans tous les vieux pays et comme je l'ai vu commencer à s'envoler au Canada. La terre se fatigue d'être exploitée. Un pays s'épuise vite à moins qu'on ne remette dedans tous ses déchets et tous ceux de ses animaux. Quand l'homme cesse de se servir d'animaux et emploie des machines, la terre triomphe rapidement de lui. La machine ne peut pas reproduire, ni fertiliser le sol, et elle mange ce qu'il ne peut pas produire. Un pays a été fait pour être tel que nous l'avons trouvé. Nous sommes les envahisseurs et, après notre mort, nous pourrons l'avoir ruiné, mais il sera toujours là et nous ne savons pas quels seront les changements qui se produiront par la suite. »


\Mots-clés : #aventure #nature #voyage
par Tristram
le Dim 19 Déc - 10:48
 
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John Muir

Forêts dans la tempête et autres colères de la nature

Tag aventure sur Des Choses à lire Forzot11

Sept morceaux choisis de John Muir, qui témoignent de son sens de l’observation (et de la description), à la fois précise, érudite et enthousiaste.
Grimpé sur un sapin de Douglas dans la Sierra Nevada pour y admirer la danse des arbres dans une tempête :
« Les cimes élancées battaient et tournoyaient dans le courant passionné, ployant et tourbillonnant, en avant, en arrière et en rond, traçant d’indescriptibles combinaisons de courbes verticales et horizontales, tandis que je m’agrippais, les muscles bandés, tel un goglu des prés sur un roseau. »

« Nous tous, arbres comme êtres humains, parcourons la Voie lactée ; pour autant, jamais jusqu’à ce jour de tempête, il ne m’était venu à l’esprit que les arbres, ballottés par le vent, sont des voyageurs, dans le sens ordinaire du terme. Ils entreprennent de nombreux voyages, pas très longs, il est vrai ; cependant, les nôtres, nos petits allers-retours, ne sont guère plus que des balancements d’arbres − et nombre d’entre eux bien moins. »

Il retrace les effets d’un « ange des puits du désert », « nuage-fontaine » d’un « orage rempli d’éclairs et de pluie » sur le désert, puis raconte la tempête de neige endurée avec placidité en avril sur le mont Shasta :
« Les sensations ordinaires du froid ne sont que peu représentatives de ce qui est éprouvé après une dépense physique soutenue, associée à un manque de nourriture et de sommeil, ainsi qu’au fait de se retrouver soumis à un vent glacial mouillé avec des vêtements détrempés. La vie est alors perçue comme un feu susceptible de se consumer tantôt vite tantôt lentement, et extrêmement facile à éteindre. »

Comment redescendre rapidement d’une montagne sur une avalanche, qu’est-ce que les « avalanches d’arbres », le compte rendu d’un tremblement de terre, et enfin, formidable, une étude in situ d’un incendie de forêt :
« Autre spectacle grandiose et intéressant, les feux au sommet des plus grands arbres vivants, s’embrasant au-dessus des branches vertes à une hauteur de soixante mètres peut-être, entièrement coupés des feux au sol, pareils à des balises de signalisation sur des tours de guet. Depuis un certain point de vue, il m’était arrivé d’en apercevoir parfois une douzaine ou plus, ceux au loin ressemblant à de grandes étoiles brillant au-dessus du toit de la forêt. Au départ, je ne parvenais pas à imaginer comment s’allumaient ces faisceaux de séquoias, mais la toute première nuit, tandis que je me promenais, entre attente et observation, j’eus à maintes reprises l’occasion de voir la chose se faire. L’écorce épaisse et fibreuse des vieux arbres est marquée par de profonds sillons presque continus, dont les côtés sont agrémentés d’extrémités broussailleuses provenant des fibres brisées par le gonflement du tronc. Quand il vient lécher le pied des arbres, le feu remonte ces sillons fibreux en traînées de flammes frémissantes d’une teinte bleu pâle qui se chamaillent pour se frayer un chemin dans un chuchotement grave jusqu’au haut du tronc ; ce dernier qui, dans la sécheresse de l’été indien, abrite peut-être feuilles, brindilles, écorces de pommes de pin rongées par les écureuils, graines, s’embrase alors rapidement. Ces traînées de lumière, les plus beaux jets de flammes qu’il m’ait jamais été donné de voir, ne durent qu’une minute ou deux, mais ces grands faisceaux brûlent avec une intensité variable pendant des jours et des semaines, projetant des étincelles comme une fontaine de gouttelettes, tandis que, de temps à autre, une pluie de charbons rougeoyants s’abat sur les branches, suivie parfois, dans un effet saisissant, d’un gros morceau calciné d’un poids pouvant atteindre une demi-tonne. »

Non seulement un des pionniers, cette fois de l’exploration de la wilderness et du nature writing mais, si j’en crois ces textes, un des meilleurs écrivains !

\Mots-clés : #aventure #nature
par Tristram
le Mer 24 Nov - 12:58
 
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Jules Verne

Voyages et Aventures du capitaine Hatteras

Tag aventure sur Des Choses à lire Voyage16

1860 : le Forward, mystérieux brick à voile et à vapeur, prend la mer de Liverpool vers une destination inconnue, mais certainement polaire : est-il parti « à la recherche de ce passage du nord-ouest, dont la découverte eût singulièrement abrégé les voies de communication entre les deux mondes » ? Qui serait son invisible capitaine ? Il s’agit du capitaine Hatteras, audacieux navigateur britannique déterminé à atteindre le pôle Nord ; c'est une incarnation de la volonté.
« – Infranchissables ! s’écria Hatteras avec véhémence, il n’y a pas d’obstacles infranchissables, il y a des volontés plus ou moins énergiques, voilà tout ! »

Et les difficultés vont se multiplier, tant humaines (insoumission de l’équipage, disparition du stock de charbon escompté) que naturelles (glaces, tempêtes, scorbut, etc.). Le bâtiment sera contraint d’hiverner au « pôle du froid », l’endroit le plus glacial du globe.
« La trahison a brisé vos plans ; vous avez pu lutter contre les obstacles de la nature et les renverser, non contre la perfidie et la faiblesse des hommes [… »

À la figure de l’opiniâtre, de l’intransigeant capitaine Hatteras est adossée celle du docteur Clawbonny, savant toujours optimiste et gai. Ce dernier est d’ailleurs peut-être le personnage principal du roman, tant son ingéniosité, basée sur un grand savoir, lui permet de sortir ses compagnons des mésaventures ; ainsi de sa connaissance de la castramétation, si utile pour protéger une « snow-house » de l’attaque des ours blancs…
« – Mes amis, je ne sais que ce que m’ont appris les autres, et, quand j’aurai parlé, vous serez aussi instruits que moi. »

Toujours didactique, Verne retrace minutieusement l’histoire de l’exploration arctique comme les caractéristiques physiques de la géographie boréale. Il emploie le vocabulaire anglais s’y rapportant de près ou de loin, comme teetotaler, abstinent complet de boissons alcooliques, blink (ou plus précisément ice-blink), blancheur de l’horizon par réverbération de la glace dans l’atmosphère, et frost-rime, curieuse redondance pléonastique du givre, sans oublier les hummocks qui soulèvent les ice-fields et le pack − en fait Verne parle franglais !
« …] l’eau menaçait à chaque instant de manquer devant la proue du Forward, et s’il venait à être nipped, il lui serait difficile de s’en tirer. »

Il a aussi recours au lexique de la marine, qui m’emmène toujours nez au vent, mais déroute souvent car les termes ont pris des significations différentes :
• Ranger la terre, la côte, ranger un bâtiment, en parlant d’un navire, naviguer au plus près du rivage, d’un autre navire. (Académie)
• Conserve : bâtiment qui fait route avec un autre, pour le secourir ou pour être secouru par lui à l’occasion. Dans la tempête, notre frégate avait perdu sa conserve. Loc. adv. De conserve, se dit de deux ou plusieurs bâtiments qui font route ensemble. Ces deux avisos naviguent de conserve, vont de conserve, sont de conserve. Fig. Agir de conserve, d’accord avec quelqu’un. (Académie)
• Dépasser un câble, une manœuvre, les mâts : les amener sur le pont (TLFi)
Typiquement, Verne semble vouloir mettre dans son livre tout ce qui concerne le sujet, ici la navigation et l’exploration polaire (thèmes qu’il aborde cependant dans de nombreux ouvrages ; dans le genre, j’ai tout particulièrement apprécié Un capitaine de quinze ans, Le pays des fourrures, La Jangada et Le superbe Orénoque).
Un autre grand leitmotiv du livre, c’est le chauvinisme anglais, jusqu’au nationalisme inflexible lorsque le capitaine Altamont, rescapé d’un bateau américain, sera secouru par l’équipage du Forward.
L’aspect discours scientifique des livres de Verne ne doit pas faire oublier que, parfois, ses convictions ont été démenties depuis.
« C’est la loi générale de la nature qui rend insalubres et stériles les contrées où nous ne vivons pas comme celles où nous ne vivons plus. Sachez-le bien, c’est l’homme qui fait lui-même son pays, par sa présence, par ses habitudes, par son industrie, je dirai plus, par son haleine ; il modifie peu à peu les exhalaisons du sol et les conditions atmosphériques, et il assainit par cela même qu’il respire ! »

Les phénomènes naturels sont décrits comme si l’auteur (ou le lecteur) y était allé, tel ici celui de la neige rouge (que Verne attribue à des champignons, alors qu’il s’agit d’algues) :
« Le phénomène, quoique expliqué, n’en était pas moins étrange ; la couleur rouge est peu répandue par larges étendues dans la nature ; la réverbération des rayons du soleil sur ce tapis de pourpre produisait des effets bizarres ; elle donnait aux objets environnants, aux rochers, aux hommes, aux animaux, une teinte enflammée, comme s’ils eussent été éclairés par un brasier intérieur, et lorsque cette neige se fondait, il semblait que des ruisseaux de sang vinssent à couler jusque sous les pieds des voyageurs. »

La fin du roman est manifestement imprégnée de la lecture de Les Aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket, d’Edgar Allan Poe ; c’est un envol de l’imaginaire (et de l'inconscient), qui abandonne l’esprit rationnel maintenu jusque-là.

\Mots-clés : #aventure #voyage #xixesiecle
par Tristram
le Dim 17 Oct - 13:24
 
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Sujet: Jules Verne
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Littérature et alpinisme

Al Alvarez

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Alfred dit Al Alvarez est né le 5 août 1929 à Londres, décédé le 23 septembre 2019.
Homme de lettres britannique complet:
Poète, romancier, professeur d'université, éditorialiste, critique littéraire, issu de vieilles famille d'origine juive, ashkénaze par sa mère, sépharade par son père, implantées en grande-Bretagne depuis plusieurs siècles.
Avait pour violons d'Ingres le poker et l'escalade.

Bio et biblio sur wikipedia (U-K).


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Nourrir la bête
Portrait d’un grimpeur

Tag aventure sur Des Choses à lire Editio10


Titre original: Feeding the Rat. A Climber’s Life on the Edge.  Paru en langue originale en juin 1988, remanié pour une seconde édition en 2001, traduction et parution en français 2021, éditions Métailié, 130 pages environ.


Je crois que c'est au décès d'Al Alvarez en 2019 que nous devons d'avoir cet ouvrage enfin traduit en français en cette année 2021.
J'avoue ma flemme, j'en avais entendu parler il y a déjà belle lurette, et n'avais jamais chercher à me le procurer en langue originale...  Tag aventure sur Des Choses à lire 1038959943 .

Al Alvarez a, incontestablement, une belle plume et des talents de conteur.  
Il nous laisse là une sorte de récit-témoignage, pudique, biographique ma non troppo, paru du vivant de Mo Anthoine.

Il est vrai qu'il y a là personnage.
Mo Anthoine a fui toute sa vie les honneurs, la reconnaissance publique, s'est volontairement effacé au profit des alpinistes entendant vivre de leur notoriété, "professionnels" en somme, tout en étant non seulement leur pair, mais leur compagnon de cordée et parfois même leur ange gardien (on pense à Chris Bonington, à Joe Brown...).
Sa bonne logique terrienne fait qu'il accepte les narrations arrangées des exploits, afin de mieux mettre sous les feux de la rampe ceux d'entre ses compagnons qui ont le plus besoin de notoriété, d'aura médiatique:
Comme la célèbre expé du Baintha Brakk, 7 285 m, alias l'Ogre (au Karakorum) en 1977, une borne de la longue et garnie Histoire de l'alpinisme britannique, narrée par Doug Scott, Chris Bonington et consorts, à propos de laquelle Al Alvarez remet l'église au centre du village (ou les points sur les "i", comme vous préférez).  

Mais, dans le fond, et Al Alvarez le sait, de tout ça Mo s'en fiche comme de son premier bivouac:
Pour Mo Anthoine l'alpinisme ce sont certes des moments difficiles, engagés au point d'être cruciaux d'un point de vue létal ou vital (comme on voudra) -ce qu'il appelle feeding the rat (nourrir la bête), mais c'est surtout les copains, la bière au retour, une vie simple, pas de quoi en faire une histoire.
Pas de quoi ?
Si.

Et nous voilà dans les pas du Gallois d'adoption, fondateur et chef d'entreprise tant que ça l'amuse, partant grimper y compris au bout du monde océanien, aussi en Amérique du Sud, dans les Alpes, en Himalaya et sur tout espace minéral vertical de Grande-Bretagne dès qu'il a deux sous, a minima un compagnon, et un peu de temps.

De fait, deux ans plus tard, en 1961, il décida qu'il s'ennuyait et repartit en stop vers la Nouvelle-Zélande, cette fois avec trente-cinq livres en poche et une corde d'escalade dans son sac à dos. Il était accompagné de son ami Ian Cartledge, alias Fox, "le renard", en raison de ses cheveux roux, et l'aller-retour leur prit deux ans. Ils parcoururent en stop l'Europe, la Turquie et l'Iran, puis le Balouchistan, le Pakistan et l'Inde, avant de remonter au Népal, de descendre en Birmanie, en Malaisie et en Thaïlande, puis d'embarquer pour l'Australie et de gagner enfin l'île du sud en Nouvelle-Zélande pour de l'escalade sur glace.  


Ce compagnon, c'est bien souvent sa compagne Jackie:

Quand Jackie et Mo se sont rencontrés, elle n'avait jamais grimpé et il n'était pas sûr de vouloir qu'elle s'y mette: "J'ai vu trop de femmes qui gravitent dans le milieu de l'escalade et qui détestent ça, qui s'ennuient et jouent les intéressées. Je ne voulais pas en ajouter une à la liste".
Il a fait de son mieux pour décourager Jackie en l'emmenant, pour sa première voie, dans "Münich" - une VS exposée et relativement difficile sur le mont Tryfan. À son grand désarroi, elle est montée haut la main et en redemandait. Il a laissé passer une semaine, puis il l'a emmenée à Clogwyn du'r Arddu, la falaise la plus hostile du Pays de Galles, où tous les itinéraires sont cotés au-dessus de VS et deux à trois fois plus longs que la plupart des voies galloises. "On a fait Longland, Chimney et Curving Crack. C'est la seule fois où j'ai fait trois voies à Clog en une journée. On a fini Curving [...] et elle était bien rincée. Moi aussi. Alors je me suis dit que ça allait la calmer. Penses-tu. Elle a trouvé ça super. Depuis, on a beaucoup grimpé ensemble. Elle est très douée en altitude et incroyablement résiliente. Elle porte toujours plus que moi en montagne.  




La seule fois où Al Alvarez dévie, à mon humble avis, et tourne mal-à-propos, c'est lorsqu'il narre avec force détail la dernière ascension qu'il fit en compagnie de Mo Antoine, au Old Man of Hoy.
Certes, c'est loin de débecter le lecteur, l'auteur est vraiment agréable à lire.
Mais cela parle bien davantage d'Al Alvarez que de Mo Anthoine et c'est bien dommage...

Plus croustillant le moment où Al Alvarez vient présenter ce livre, Nourrir la bête, qui vient juste de paraître, à Mo Anthoine, alité durablement pour une tumeur au cerveau qui l'emportera quelques semaines plus tard, Alvarez craint un peu la réaction de son ami, qui le désarçonne en osant sortir de son lit pour dévaler l'escalier et brandir l'ouvrage de Joe Simpson, "La mort suspendue" (Touching the Void) -je recommande !-, appelé à devenir un grand classique du genre littérature alpine, et qui venait aussi de sortir: ça le passionnait bien plus que ce que son pote pouvait bien raconter sur lui...

Puisse l'esprit de Mo Anthoine longtemps planer sur les parois et inspirer les grimpeurs, son anticonformisme, son absence totale de goût pour la notoriété, la classe de ses réalisations, son humilité, son côté "les copains d'abord" et sa petite philosophie globale de l'existence...  

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À droite Mo Anthoine, au centre Al Alvarez, derrière le panneau d'"accueil" des grimpeurs sur l'Île de Hoy (Orkney, Shetlands, Écosse).
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(L'incroyable monolithe marin connu sous le nom de The Old Man of Hoy -ici, huile sur toile de Stanley Cursiter (1887-1976)- donnerait immédiatement des envies impérieuses d'escalade au plus grabataire d'entre les centenaires cacochymes...
N'est pas ardu à l'excès par sa voie normale, mais nécessite de savoir composer avec les caprices de la météo locale et bien sûr de maîtriser l'art de la pose des protections, lesquelles doivent être totalement amovibles, pour une ascension en bon style, by fair means.)

\Mots-clés : #alpinisme #aventure #voyage
par Aventin
le Jeu 14 Oct - 21:42
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Valéry Adelphe

Valéry Adelphe

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éditions Le Ver à Soie a écrit:Valéry Adelphe a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle outre-mer, au Moyen-Orient, en Afrique et en Guyane, où il a vécu près de vingt ans. Passionné de littérature, il tente de rendre son vécu multiculturel dans plusieurs ouvrages. D'une Guyane, qui nous offre une plongée dans la forêt amazonienne, est son premier récit publié.


[nb: peut-être certain modérateur aura à coeur d'amender, de compléter, d'enrichir, d'en dire davantage  Tag aventure sur Des Choses à lire 3933839410  ?]

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D'une Guyane - Le Singe rouge & la Biche blanc

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Roman, paru en 2021, écrit entre novembre 1995 et novembre 2020, 200 pages environ.

J'ai beaucoup aimé.

Ouvrage dont la qualité littéraire principale est, à mon sens, d'avoir su mettre au diapason de la contrée dépeinte une langue ad hoc, donc à la fois foisonnante, abondante, luxuriante, en recherche du mot ou de l'expression rare, ce qui donne une profusion complète où l'exotisme, finalement, est bel et bien second: rareté n'est pas préciosité ni emphase, et, au savant jeu de la restitution de la perception, comment rendre un monde tellement démultiplié ?   
On trouve çà et là d'intéressantes assonances et allitérations, ornements délicats à fort à-propos, suggestives croches en l'air émanant du grand orchestre de la forêt.  

L'opus est truffé de citations, péché mignon de l'auteur (j'en ai dénombré 60), placées en exergue du livre ou en-tête des chapitres.

Caractère principal, Luc, gars dans la force de l'âge, rompu à l'exil volontaire en ces lieux choisis, passant pour hostiles. Ses "raisons", ou motivations profondes, aparaissent au fil des pages. Luc est guide, et un beau jour se présente une charmante cliente, Véronique.
Là commencent les temps heureux d'une relation sans doute pas loin de se nouer, jusqu'au drame.

Drame donc Luc ne se remettra pas, le final faisant penser à une dérive (à la façon des dernières images d'Aguirre ou la colère de Dieu, de Werner Herzog) fortement mise en scène.

Il se pourra que l'on adresse à Valéry Adelphe la remarque dont Joseph Conrad fut fort marri, au début du siècle précédent: son caractère féminin paraît faiblard à l'aune du caractère masculin.

Véronique est, en somme, iconique, comme cette femme sur le briquet que Luc conserve, tel un talisman qui n'avoue pas son nom.
Elle incarne, à mon sens, une femme idéale, celle dont Graeme Allwright suggère dans son adaptation de Hard travelin' de Woodie Guthrie: 

Lourd de coeur je m'en allais
Cherchant la femme qu'on n'trouve jamais


Restent les lieux.
Les éléments (eau, terre), le grand Vert végétal de La Selve.
L'immersion est immédiate et le lecteur (enfin, moi du moins !) glisse dans l'atmosphère si particulière sans effort.

Allez, embarquement:
Chapitre 27 a écrit:Traverse un huron, horizontalement parti noir et gris.
Sifflement affolé d'un macaque alerté.
Un petit grimpar roux, tel un mini-parakoi qui aurait le col grivelé, traque les insectes sous les écorces des troncs desséchés.
Pétillement subit de l'anolis s'enfuyant emmi les feuilles mortes.
Par le travers des arbres, un rayon de soleil suit le fil d'araignée qui le guide.
Émanations d'aromates, de tilleul ou autres tisanes, de polen, de menthol, de miel, de mélisse, d'humus, d'agrumes, d'anis, de tabac, de fraîchin, de fauve, de sauvagin, de cuir, de punaise, de buanderie, de pourriture, de champignon, de vineux, de vanille, de cire, de résines, de coumarine, de guimauve, de cadavre.

Les sons, les odeurs, surtout les innombrables sensations visuelles de cet univers complexe l'obligent d'assimiler sans répit une multitude de perceptions où il se fraie un chemin, surveille où poser le pied, guette un éventuel gibier. Il décrypte peu à peu le code des couleurs, leurs messages apotropaïques et aposématiques. Comme l'on ne voit que ce qu'on s'attend à voir, il cherche la mesure entre le monotone mur vert de l'inattention et la découverte de pelages à chaque feuille rousse, fait le tri des informations captées en évitant de scotomiser une significative marque rougeâtre.
Il a soudain l'impression très nette que l'endroit est hanté, qu'une vie plus animée, individuée, s'est entée ici à l'existence végétale. Il s'est figé, attentif, se demandant quelle perception subliminale l'aurait mis en garde. Seul mouvement du sous-bois, au revers d'un limbe, le clair miroitement onduleux de l'eau dessous, autrement insoupçonnée. Dans une échappée, des notes argentines ou dorées distinguent d'autres limbes, selon qu'ils reflètent le ciel ou sont touchés par le soleil.
Un agouti, tout hérissé rourange, de colère ou de peur, le surprend, détalant brusquement, poussant un grondant éternuement d'intimidation ou d'alerte, tonitruant clairon de coq outré.
Tout animal ici est un ressort fortement comprimé que la moindre alarme déclenche dans la prompte détente d'un bond démesuré.

Ici une biche rouge abrouta quelques tendres bourgeons de la cépée d'un recrû, et laissa l'empreinte de son fin sabot fendu entre les feuilles pourries. Là, luit dans le demi-jour glaucescent la rare complémentaire d'une lumineuse inflorescence tressée, canne-Congo renflée en apparition de torse roucouyenne. Les deux tons semblent s'opposer, s'affronter dans une mise en valeur réciproque.



Félicitations donc, cher Tristram cheers !

\Mots-clés : #aventure #voyage
par Aventin
le Dim 3 Oct - 20:26
 
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Sujet: Valéry Adelphe
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Le One-shot des paresseux

Francis Mazière, Expédition Tumuc-Humac

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En 1952, deux ans après la disparition de Raymond Maufrais et partiellement sur ses traces, une exploration/ reconnaissance de cette zone contestée de monts au tripoint avec le Brésil et le Surinam, essentiellement pour rencontrer les derniers indiens vivant librement (Mazière est ethnologue ; Dominique Darbois est la photographe, et le troisième membre de l’équipe est Vladimir Ivanof, cameraman). C’est un voyage sur les fleuves frontaliers de Guyane, l’Oyapock et le Maroni, au sein de « la Haute Forêt ».
« Décrire la grâce et la noblesse de leurs attitudes [les Oyanas], je ne le saurais, mais ce fut chaque jour pour nous un émerveillement de voir avec quelle élégance ils s’aventuraient au-devant des dangers permanents de la forêt. Ils les connaissent, ils les évitent, ils les surpassent, ils créent une véritable osmose entre l’homme et le végétal : et c’est peut-être là le grand secret de leur calme. »

Malgré ses partis pris, quelques erreurs et un style parfois défaillant, le livre de Francis Mazière rend compte de la réalité du fleuve et de la forêt par petites touches restituant un peu l’expérience de ceux qui y sont allés.
« Ils [les Indiens] sont inquiets, car ils n’ont rien chassé depuis deux jours ; cependant la moindre trace de gibier ne leur échappe jamais.
La forêt semble inhabitée ; nous n’entendons plus que très rarement les appels des singes. C’est toujours le drame de l’Amazonie : une forêt vide ; oppressante par son silence, que rompt parfois l’agaçant signal de l’oiseau-mouchard, qui nous escorte durant des heures. »


\Mots-clés : #amérindiens #aventure
par Tristram
le Dim 19 Sep - 0:01
 
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Walter Raleigh

El Dorado


The Discovery of the Large, Rich, and Beautiful Empire of Guiana, with a Relation of the Great and Golden City of Manoa (which the Spaniards call El Dorado), performed in the Year 1595 (édition 1848 annotée par Sir Robert Hermann Schomburgk, lui-même explorateur dans cette région d’Amérique du Sud).

À titre de comparaison, voici la carte de Guyane dans l’édition Hulsius, 1599, et une vue actuelle Google de la côte de l'Orénoque à l'Amazone. Raleigh semble ne pas avoir eu le temps d’établir la carte qu’il promet maintes fois dans son compte-rendu.
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Il reprend les chimères considérées comme certaines à son époque, que ce soit venues de la mythologie gréco-romaine ou des affabulations de ses prédécesseurs, comme la cité légendaire de Manoa et le lac Parimé, mais entretient peut-être surtout la fièvre de l’or, motivation des hommes pour aller explorer ces mirifiques contrées (et influencer les mécènes). D’ailleurs les élucubrations qu’on rencontre actuellement chez certains contemporains ne le cèdent pas aux croyances aux Indiens sans tête et autres Amazones ; elles sont juste moins excusables. Par exemple, ce qu’il dit des Indiens du delta de l’Orénoque vivant dans les arbres a beaucoup été moqué, et s’est depuis avéré exact.
« Ces Tivitivas sont un peuple de très belle apparence et de très grand courage. Ils ont un parler le plus viril et le plus réfléchi que j’aie jamais entendu où que ce soit. En été ils logent dans des maisons bâties sur le sol, mais en hiver ils demeurent sur les arbres dans des villages très habilement construits, comme il est écrit, dans l’histoire espagnole des Indes occidentales, des peuples qui vivent dans les basses terres proches du golfe d’Urabá. Car, entre mai et septembre, le niveau de l’Orénoque monte de trente pieds et le sol de ces îles se retrouve noyé sous vingt pieds d’eau, à l’exception, en leur milieu, de quelques terres surélevées. Et c’est ce qui les force à vivre de cette manière. »

Voici une illustration dans l’édition Hulsius Levinas, malheureusement une médiocre reproduction de la belle gravure les représentant.
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Reste un récit mêlé d’expérience vécue et de fable, où il est intéressant de tenter de débrouiller le vraisemblable (la légende d’une importante population amérindienne a été encore récemment rejetée parce que le territoire n’aurait pas pu subvenir à ses besoins ; de nos jours, les scientifiques pensent plutôt qu’il n’y a plus de forêt vierge depuis longtemps parce que l’agriculture était partout répandue).
« Si Dieu ne nous était pas venu en aide, nous aurions pu errer une année entière dans ce labyrinthe de rivière avant de trouver une issue, en particulier quand, au bout de quatre jours, nous atteignîmes la zone où le mouvement des marées n’est plus perceptible. Car je sais que nulle part ailleurs la terre n’offre un tel enchevêtrement de cours d’eau, tous si beaux, si larges et si semblables les uns aux autres que personne ne peut dire lequel prendre. Lorsque nous nous dirigions avec le soleil ou la boussole, nous ne faisions que tourner en rond au milieu d’une multitude d’îles et au bord de chacune d’elles poussaient des arbres si hauts qu’on ne pouvait voir plus loin que la largeur de la rivière ou la longueur de la trouée. »


\Mots-clés : #amérindiens #aventure #contemythe #historique
par Tristram
le Sam 18 Sep - 23:51
 
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Littérature et alpinisme

Stéphanie Bodet

(voir page 1)

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Salto Angel

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Récit, écrit en 2007 et publié en 2008, éditions Guérin, ré-édition 2017 collection Guérin "rouge - la petite collection", éditions Paulsen, 170 pages environ.


Venezuela, du côté est du pays, la selva.
Plus précisément au parc national Canaima (au patrimoine mondial de l'Unesco), le plateau de l’Ayuàn Tepuy.  
Là se trouve le Salto Ángel, la plus haute chute d'eau du monde, d'ordinaire mesurée à 979 mètres.  

Dans l'échancrure se nichent deux voies d'escalade en partie superposées, dans un dévers constant, et considérable tout le long, sur donc à peu près un kilomètre.
Une roche orangée à coulures bleutées (gréseuse, par séquences enchâssée de quartzite si j'ai bien vu et compris), très humidifiée surtout dans le bas, avec un rocher de surcroît délité, et la moindre prise d'escalade potable y devient, sous ces latitudes, un pot de fleurs ou un habitat à insectes en un temps record, biotope que les fréquentes crues de la chute nettoient en partie.  

Donc impossible de partir, pour un voyage encordé en paroi à prévoir, en l'état des connaissances et des vécus d'alors, aux alentours de trois semaines si ce n'est davantage, autrement qu'équipé pour une expédition de type andine ou himalayenne, la haute altitude, la neige, la glace en moins: autonomie totale, pas de secours possible, issue vers les haut dès les premières longueurs (demi-tour interdit), humdité, chaleurs, crues possibles, ajoutons pas de médecin d'expé, etc.

La paroi trottait dans le crâne d'Arnaud Petit depuis longtemps, avec son unique et déflagrante réalisation, coup de maître des pyrénéistes Adolfo Madinabeita et Jesus Galvez (leader), en 1990.
Mais la difficulté, la sévère partie d'escalade artificielle à prévoir et les risques le retenaient (NB: A5 est la plus haute cotation possible en escalade artificielle, elle signifie qu'en cas de chute rien n'est fiable de tout ce qui a été posé, peut donc ne pas tenir du tout, et que le relais lui-même, ainsi que l'assureur bien entendu, peuvent être emportés dans la chute: imaginez le stress du grimpeur de tête...mais aussi de l'assureur !).

Or il eut vent de l'ascension effectuée en 2005 par une très forte équipe cosmopolite, à dominante britannique, emmenée par John Arran, comprenant son épouse Anne Arran (UK), Miles Gibson (UK), Ben Heason (UK), Alex Klenov (Rus), Ivan Calderon (Ven), Alfredo Rangel (Ven): tout en libre, plus d'artif, que des protections amovibles, un style irréprochable et une cotation "qui crève le plafond de l'inouï". Pour John et Anne c'était la troisième tentative, troisième expé sur trois ans (budget !), la bonne après deux échecs.

La voie, nommée Rainbow Jambaia, n'a donc pas encore connu le moindre répétiteur.

Inspiré par la perspective d'une première répétition de cette classe, Arnaud se lance dans la logistique et s'adjoint - outre bien sûr Stéphanie Bodet, sa compagne et complice - un pyrénéiste, le toulousain Nicolas Kalisz, un indispensable vénézuelien, Igor Martinez, que Stéphanie avait côtoyé lors d'une prépa au Brevet d'État d'escalade à Aix en Provence. C'est tout et beaucoup plus léger, ça manque de grimpeurs de tête (seuls Arnaud et Nicolas...), Stéphanie ayant décroché de l'entraînement depuis des mois pour exercer son métier de prof de français en collège et se remettant de douleurs anciennes au coude.

C'est en Catalogne qu'ils vont, un peu par hasard, au refuge tenu par lui-même et ses parents, rencontrer una figura, Toni Arbones, âgé d'une dizaine d'années de plus qu'eux, pyrénéiste Catalan, globe-trotter, ancien acteur, ouvreur de voies notoires, et versant dans une nouvelle marotte au détriment de l'entraînement en escalade: le marathon.

Déception toutefois (pour lui d'abord, pour le groupe ensuite), dans la vérité de la paroi, quant au partage des longueurs-clefs en tête, comme Igor et Stéphanie, il devra se contenter de miettes, de longueurs mineures pour ce qui est de l'escalade en tête, et tenir un rôle harassant, le labeur de l'équipier.   

Un caméraman baroudeur est embarqué, Evrard Wendenbaum, que l'on ne saurait trop remercier pour la vidéo ci-dessous.

Cette équipe un peu composite, plus réduite que celle d'Arran, se lance en 2007 dans ce projet, très engagé et incertain...

Stéphanie Bodet, au style toujours aussi coulé, nous entraîne en pirogue, puis en marches d'approches dans un décor sans aucun doute mieux évoqué par M. Valéry Adelphe dans D'une Guyane - Le Singe rouge & La Biche Blanc, mais enfin qui sustente son lecteur sans peine, puis, surtout, dans la voie proprement dite, où sa plume, prenante, fait merveille, nous laissant en guise de bonus la préparation, ainsi qu'un après-grimpe, pimenté de quelques surprises.

26 mars. Chute interdite. a écrit:Et oui, même quand on est très fort, arrive un moment où l'on a trop donné psychologiquement. Sans un moral d'acier, impossible de progresser sur ce rocher fragile à l'excès et sur des protections plus qu'aléatoires. Dans la longueur précédente, Arnaud avait accepté le risque mortel de chute au sol.  Ici, l'idée d'une chute en travers potentielle de quinze ou vingt mètres l'immobilise.
  Savoir renoncer dans une paroi telle que celle-ci est cependant une preuve de bon sens et un gage de sécurité pour le reste de l'équipe. Mieux vaut ne pas envisager un éventuel accident. À cette heure-ci, seul Nicolas, un peu reposé, est capable de trouver la solution. Dans un état second, arquant les petits sucres fragiles de rocher ocre et compensant l'absence de prises de pied par une motivation sans faille, surtout quand on pense à la pression qui pèse sur lui, il s'en sort.

 Où est le plaisir me direz-vous ? Sans doute ne tient-il qu'à la capacité d'abstraction et d'acceptation. Abstraction à la douleur, à la faim, à la fatigue aussi, et concentration sur les élements extérieurs: beauté d'un lever de soleil, salut matinal d'un colibri, rencontre fortuite avec une petite fleur qui s'abrite dans une fissure. Ajoutons à cela une bonne dose de masochisme et voici à peu près campé le portrait du grimpeur alpiniste, un peu mystique, un peu poète, et sans doute un peu inconscient aussi !    



Vous pouvez retrouver, sinon tout et pas ce joli style d'écriture, du moins l'expé dans:
Vidéo Amazonian Vertigo (conseillée, si vous avez une heure de temps disponible !).

Tag aventure sur Des Choses à lire Adolfo10
La voie de 1990, signée des pyrénéistes Adolfo Madinabeita et Jesus Galvez, 6b+ / A5, en 28 jours de paroi.

Le tracé en libre de la cordée de John Arran, répétée par nos protagonistes, reprend à peu près l'itinéraire, avec des variantes dans la partie médiane et une sortie totalement différente, environ 1150 mètres de voie, en 31 longueurs en libre et 12 bivouacs en paroi.


\Mots-clés : #alpinisme #aventure #nature #voyage
par Aventin
le Jeu 2 Sep - 23:26
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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