Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Lun 1 Mar - 18:57

97 résultats trouvés pour aventure

Jean Giono

Le Hussard sur le toit

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_hus10

Angelo, Piémontais jeune, généreux, beau, épris de panache, de liberté et d’héroïsme, d’ailleurs militaire et « révolutionnaire », chevauche en Provence dans la canicule et une grande joie de vivre.
« Il avait le goût de la supériorité et la terreur de l'affectation. Il était heureux. »

Tout le livre constitue une sorte de parcours initiatique, quête du comportement digne d’un homme de qualité, rêves de gloire d’un orgueilleux à la recherche de l’estime de soi, impatient de se conformer à l’image qu’il se fait de la bravoure désinvolte et ne craignant que paraître lâche ou peureux.  
« Au fond, tout revient à : “Vive moi !” »

Le choléra surgit, ajoutant l’horreur à ce récit d’aventures jouissif, étonnant d’un lyrisme à la limite de l’outrance dans ses descriptions de paysages comme de cadavres ou d’agonies (en passant par les oiseaux carnivores) – assez éloignées de toute réalité, mais qui "passent" toujours.
Angelo aide gratuitement un médecin, « le petit Français », à soigner (vainement) les moribonds, puis une nonne à laver (tout aussi vainement) les morts. C’est l’occasion de quelques péripéties cocasses, comme le réveil de celui qu’on croyait mort (la suite est hallucinante) :  
« – Il nous a trompés, dit la nonne.
– Ce n'est pas de sa faute, parlez à voix basse. On l'a cru mort, on s'est débarrassé de lui. Mais il est vivant et même je le crois sauvé.
– C'est un salaud, dit-elle. Il est vivant et je lui ai lavé le cul. »

Autre humour, plus fin, lorsqu’Angelo se trompe en imaginant des manœuvres nocturnes (il tient sans doute sa grande imagination de son auteur).
Giuseppe, son frère de lait, remet à Angelo une lettre de sa mère, une duchesse dont il est fils naturel, et dont il tient aussi beaucoup :
« La lettre était datée de juin et disait : "Mon bel enfant, as-tu trouvé des chimères ? Le marin que tu m'as envoyé m'a dit que tu étais imprudent. Cela m'a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures. […]
" Et maintenant, parlons de choses sérieuses. J'ai peur que tu ne fasses pas de folies. Cela n'empêche ni la gravité, ni la mélancolie, ni la solitude : ces trois gourmandises de ton caractère. Tu peux être grave et fou, qui empêche ? Tu peux être tout ce que tu veux et fou en surplus, mais il faut être fou, mon enfant. Regarde autour de toi le monde sans cesse grandissant de gens qui se prennent au sérieux. Outre qu'ils se donnent un ridicule irrémédiable devant les esprits semblables au mien, ils se font une vie dangereusement constipée. »

Et bien sûr il y a le superbe personnage de Pauline au visage « en fer de lance », pendant féminin d’Angelo le chevaleresque, orpheline de mère :
« – Les mères me conviendraient toutes. La mienne était, paraît-il, très jolie, très douce, très malade, et elle me désirait. J'ai eu amplement le temps d'aimer une ombre. Rire à mon père ne m'a jamais complètement satisfaite, même au berceau, si j'en juge par ce qui m'est resté de désirs que rien ne contente. »

Des théories paradoxales glosent sur le choléra et ses causes (tel l’orgueil !) :
« On meurt littéralement d'égoïsme. Notez ceci, je vous prie, qui est le résultat de nombreuses observations cliniques, si nous étendons le terme à la rue et aux champs et à la soi-disant bonne santé qui y circule : rues et champs que j'ai beaucoup plus fréquentés que les lits. Quand il s'agit de peste ou choléra, les bons ne meurent pas, jeune homme ! Je vous entends. Vous allez me dire comme beaucoup que vous avez vu mourir des bons. Je vous répondrai : “C'est qu'ils n'étaient pas très bons.” »

Ces discours ne m’ont pas semblé contenir beaucoup de sens, symbolique, allégorique, ou autre. Ils paraissent valoir pour leur ton, leur fantaisie baroque ; à ce propos, je n’ai malheureusement pas lu l'Arioste, fréquemment cité, et peut-être cette lecture serait-elle éclairante. Si ce livre devait contenir un "message", ce serait sans doute celui de la force de la joie de vivre, mais...
« Le choléra fini, il restera les miroirs à affronter. »

C'étaient quelques remarques au cours de ma relecture de ce chef-d’œuvre ; celle-ci m’a permis de retrouver comme des ressouvenirs d’aventures vécues – ce qui est finalement le cas.
« À pied on passe partout. Dans les collines sèches les morts ne sentent pas mauvais ; ne sentent même rien ; sentent parfois le thym et la sarriette dans laquelle ils sont couchés, toujours dans des poses très nobles, parce qu'ils sont morts devant de grands paysages. L'image des horizons libres généralement bleu pervenche donne aux muscles la fluidité qui les fait se dénouer après la mort. Il avait remarqué que, dans les pinèdes, où l'odeur de la résine s'ajoute au soleil pour composer une atmosphère de four, les cadavres qu'il rencontra (dont l'un était celui d'un garde-chasse) avaient surtout le mal du siècle : une certaine nonchalance d'allure et mélancolie d'attitude, l'air d'en avoir assez, une sorte de mépris de bonne compagnie. »


\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #jeunesse
par Tristram
le Dim 21 Fév - 12:28
 
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Sujet: Jean Giono
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Daniel Defoe

Tag aventure sur Des Choses à lire 41avfp10

Robinson Crusoé

Je viens de finir cette relecture, ultra classique.

Au-delà des péripéties, l'oeuvre est imbibée de philosophie, tant sur l'infortune (vers laquelle on se précipite bien souvent inconsciemment, à l'instar du héros), sur la civilisation, ses bienfaits et ses limites, Dieu (omniprésent car Crusoé survit dans son île désertique grâce à la lecture assidue de la Bible, dans une adoration permanente du Créateur).

Je trouve finalement ce livre très cérébral. La mer et le naufrage ne sont que des prétextes à une retraite spirituelle forcée, obligeant l'homme à repenser le monde, voire à en modifier ses représentations.

Le récit s'étale, ce qui nous fait ressentir le temps de cette solitude muette, qui semble ne jamais finir.

Il y a évidemment la rencontre fondamentale avec Vendredi, qui sonne comme le retour au monde et à sa diversité.

De nombreuses questions sur les peuples, leurs différentes moeurs sont abordées. De quoi en faire un ouvrage qui abat quelques préjugés, mais pas tous.

Le livre reste un bon reflet des questionnements du 18ème.


\Mots-clés : #ancienregime #aventure #phychologique #solitude
par Tatie
le Jeu 18 Fév - 21:11
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Antoine Choplin

Tag aventure sur Des Choses à lire 51fcty10

Nord-Est

Depuis le temps qu’ils sont dans ces camps, que le temps d’avant s’est éloigné de plus en plus, ils sont un groupe de quatre qui décident de partir, tenter l’espoir et l’aventure, retourner dans les plaines du Nord-Est où jadis, la vie était si douce.

Gari, le meneur raisonnable, Emmet le naïf qui remonte le moral à chacun, Saul, le poète devenu mutique et Jamarr le rebelle. Des noms de héros mythologiques pour ces humbles hommes malmenés par le destin.

Des épreuves et d’heureux partages les attendent sur les plateaux et les montagnes, qui soudent la petit équipe, et chacun trouve sa place dans le quatuor, encourage, rabroue, regrette, rassure, espère…

C’est un roman d’aventure qui vaut pour le temps commun partagé - et la solitude au sein de ce partage - , le dialogue pudique et amical entre les hommes (et aussi une femme qui les rejoint), qui savent qu’ils doivent se ménager les uns les autres, pour leurs silences et leurs humeurs. Cette présence attentive à l’autre, même plus faible, m’a parfois fait penser à Des souris et des hommes.

Le texte est très dialogué, fait de phrases humbles et fraternelles. Car encore plus que le cheminement, la nature hostile ou accueillante, c’est par ces personnages subtils et attachants que le livre a tenu la lectrice dans une béatitude émerveillée.


Mots-clés : #aventure #contemporain
par topocl
le Ven 22 Jan - 17:15
 
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Sujet: Antoine Choplin
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Le One-shot des paresseux

Tag aventure sur Des Choses à lire 61qifo10

Endurance, L'incroyable voyage de Shackleton de Alfred Lansing

Pas le livre qui brille par ses qualités littéraires, ce n'est pas non plus le but. Pas non plus le livre qui brille par la qualité de l'édition (Points) : trop bien le lexique orienté bateau mais un lexique banquise aurait été plus approprié (et LA note en base de page pour l'épaulard, ça en deviendrait drôle). Mais dans ce récit composé à partir de journaux et de notes d'interview des principaux intéressés il y a suffisamment de quoi vous faire tourner les pages.

"Le 18 janvier 1915, l'Endurance ayant a son bord une expédition se proposant de traverser a pied le continent antarctique est prise par la banquise sans avoir pu toucher terre."

La fin de l'histoire plus d'un an et demi après. 28 hommes qui auront vécu coupés du monde pendant ce temps-là. Sans s’entre-tuer, sans perdre complètement espoir, dans des conditions physiques extrêmes de froid, d'humidité et de fin ou d'inconfort. Leur bateau aura été écrasé par la glace, ils auront fait un bout de chemin en traîneau, un bout sur la mer avant d'arriver sur l'île de l’Éléphant  et que quelques-un traversent en chaloupe (si on est généreux on arrondit à 8x2m) des coins qui aujourd'hui encore ne doivent pas être toujours recommandables.

Tag aventure sur Des Choses à lire Ima-ex10
Direction le Passage de Drake

De l'autre côté traversée de paysage "local" ça grimpe et redescend beaucoup...

C'est ahurissant la résilience de ces hommes. Entre les tempêtes il y a l'attente, âmes sensibles s'abstenir.

One-shot parce que l'auteur beeen... mais lire autre chose sur le sujet dont le récit des événements par Shackleton ça oui !


Mots-clés : #aventure #documentaire #journal #lieu #nature #voyage
par animal
le Sam 2 Jan - 20:07
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Littérature et alpinisme

Louis Lachenal


Tag aventure sur Des Choses à lire Lachen12
Né le 17 juillet 1921 à Annecy, décédé le 25 novembre 1955 dans la vallée Blanche à Chamonix.

Biographie:

Le petit garçon, fils d'un épicier d'Annecy que la guerre dite Grande rendra sédentaire à la vie civile avec un pied-bot, déniche vite dans les falaises entourant Annecy et via les camps de scouts l'attrait de la confrontation avec soi-même et la pleine nature, et le partage et la camaraderie qui vont avec, l'escalade et l'escapade, c'est tout un chacun. Très adroit de ses mains, il construit d'après plan un canoë pour des virées libres et adolescentes sur le lac d'Annecy.
Spoiler:
Puis, c'est la voie royale de l'époque, Jeunesse et Montagne, il y effectue ses premières courses, puis ses premiers encadrements de cordées. Reçu "Porteur" diplômé à Chamonix (aspirant-guide, aujourd'hui), il multiplie les courses et les voies, difficiles pour son compte comme plus aisées, afin d'offrir un répertoire de possibles à sa future clientèle. Très vite sa grande classe en escalade, la sûreté de son encadrement, la qualité de ses topos-guides sont remarqués. Mais il doit s'exiler pour échapper au STO, ce sera en Suisse, à deux pas, d'où est originaire Adèle, épousée en 1942. L'hospitalité lui pesant, il partage les travaux d'un camp de réfugiés. À la fin de la guerre, il obtient son diplôme de Guide de Haute-Montagne, et c'est le début d'une cordée, avec Lionel Terray, dont les réalisations constituent le nec plus ultra de l'alpinisme français de l'époque, dont la première répétition de la face nord de l'Eiger en 1947.
Il conçoit, dessine et bâtit tout seul le chalet familial au Praz de Chamonix, lequel est toujours debout et bien portant.

Avec Gaston Rébuffat et Lionel Terray, il fut l'un des trois guides sélectionnés pour l'expédition française en Himalaya népalais de 1950 (en comapgnie de Maurice Herzog, Jean Couzy, Marcel Schatz, alpinistes, du Dr Jacques Oudot, et du cinéaste Marcel Ichac), conduite sous la houlette du diplomate Francis de Noyelle et du Club Alpin français présidé par Lucien Devies, le Résistant chasseur-alpin Maurice Herzog étant adoubé chef de terrain.

Expé qui avait pour objectif l'Annapurna ou bien le Dhaulagiri, il atteint le sommet de l'Annapurna (8091 m., à l'époque on le croyait à 8076 m.) en compagnie de Maurice Herzog le 5 juin 1950, juste avant la mousson. Les deux hommes restent, à jamais, les premiers à avoir foulé un sommet de plus de 8000 mètres.
Le retour sera un calvaire (pieds gelés, amputations progressives de fortune).

Retour à Chamonix, où il comprend vite s'être fait voler la vedette par Maurice Herzog, il donne ensuite une série de conférences (Connaissance du Monde), dès 1951 sur le territoire français et jusqu'au Congo belge en 1952, où il signera la première française en compagnie d'Adèle et d'un guide local dans les neiges du Rwenzori, à 5109 mètres d'altitude, au pic Marguerite.
Il reprend peu à peu les entraînements et les ascensions.
On lui confie la direction de l'équipe de France de ski en descente et slalom, un travail d'inspecteur (on dirait aujourd'hui un pilotage d'une démarche qualité-méthodes) pour le compte de l'Ensa (École Nationale de  Ski et d'Alpinisme) de Chamonix, passage obligé pour tout futur guide.

Il meurt en ski en tombant dans une crevasse, par météo mitigée, dans un parcours de la vallée blanche à Chamonix qu'il avait efffectué la veille, en laissant quelques jours auparavant un dessin type Samivel à ses enfants montrant une trace de ski s'achevant dans une crevasse et comme légende: "c'était écrit". Sa dernière phrase, devant ces conditions météo et la pente aurait été: "Y'a du pet, j'aime ça !"


Source: çà et là, variées, confrontées, croisées

Bibliographie:
Rappels (paru en 2020), version in extenso des Carnets du Vertige (paru en 1996) après une première version très expurgée et fallacieuse de Gérard Herzog (frère de Maurice) qui mentionne Louis Lachenal en co-auteur, parue en 1963.  
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Rappels

Tag aventure sur Des Choses à lire Rappel11
Novembre 2020, éditions Paulsen/Guérin "couverture rouge" format "beau livre", iconographie très riche, 270 pages environ.



Il faut parler de Lachenal; mais c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle. La fourmillante iconographie comprend beaucoup de photos (noir et blanc) de l'auteur, quelques-uns de ses croquis ou crobards, et surtout sa langue - il écrit comme il parle (enfin, je pense, du moins dirait-on !) et il n'écrit pas, au jour le jour, ces carnets (et c'est le seul de l'expé à le faire) pour des souvenirs de famille, mais pour les montagnards et amateurs, qu'ils soient de canapé ou comme chez eux sur les cimes.

Le journaliste américain d'investigation spécialisé dans l'alpinisme David Roberts avait dès les années 1990, dans son livre Annapurna, une affaire de cordée (titre emprunté au Carnets de Lachenal) enfoncé une cornière de belle taille dans les lauriers auto-attribués d'Annapurna premier 8000, un demi-siècle de succès de librairie, la version officielle de l'expédition, signée Maurice Herzog (Officier Résistant, Président du Club Alpin Français, Membre du Comité International Olympique -CIO-, Haut Commissaire, Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, Maire de Chamonix, Député, a ses jetons de présence dans moult société et consortium, etc., etc...).

Dira-t-on que la prestance, le côté homme-du-monde, la moustache à la Clark Gable du grand, statuesque et beau parleur Maurice étaient autrement plus vendeurs que la tronche de moine mystique castillan Renaissance du blond, dégarni, de taille moyenne, savoyard peu sorti de ses massifs et s'exprimant avec l'accent ?
Peut-être.
Mais ce n'est pas tout, ça ne "fait" pas tout, et le primordial n'est pas là:
Au reste, la version espagnole du livre de Roberts s'intitule Annapurna, la otra verdad: ¿Qué ocurrió realmente durante la primera expedición legendaria al Annapurna?, ce qui est autrement plus percutant, et ne donne pas du tout dans l'euphémisme.

Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Mais il faut aussi parler de l'expé de 1950: et c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle.

C'est seulement à la lecture de ce livre-là (j'ai dû à peu près tout bouquiner sur cette expédition, pourtant) qu'on réalise combien c'était aventureux, le Népal du nord était terriblement mal cartographié pour ce qui est de la haute altitude et de ses accès, il a fallu rétablir -plutôt établir- la carte, aller errer sur le terrain pendant de longues semaines à la recherche d'accès, endurer les turistas, anthrax, furoncles et toutes les embûches du terrain; la reconnaissance par survol en avion, pratique qui va se développer dès les mêmes années 1950 pourtant, n'avait pas cours.
Le matériel était un peu léger, ou prototypique parfois, pour de telles conditions météos, de telles altitudes.

L'Annapurna s'avère être le second sommet himalayen le plus mortifère après le K2 aujourd'hui, (et dire que, jusqu'à quelques jours du dénouement, les membres de l'expédition ont hésité entre Annapurna et le Dhaulagiri !), l'exposition des camps intermédiaires, soumis aux aléas des séracs géants et des crevasses béantes, le va-et-vient quotidien, permanent, entre les camps, l'épuisement, tout ce décor est puissamment rendu.

Lachenal, méticuleux -guide toujours !- laisse d'ailleurs un topo précis et des conseils fructueux pour les futurs ascensionnistes, y partage tout l'utile apport de l'expérience de cette première: pas là pour se faire mousser et raconter une belle histoire à édifier le quidam et exalter les foules.  

La descente-calvaire, de plusieurs semaines, est enfin portée à notre connaissance (la photo que j'ai maladroitement choisie, pas vraiment à son avantage, est prise lors de cette pathétique descente).
Je songeais à Rimbaud traversant l'Abyssinie avec sa tumeur au genou, son brancard auto-conçu, le bateau, l'hôpital de Marseille...
   
Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Comme il était lié par contrat de ne pas écrire ou divulguer quoi que ce soit sans l'aval des autorités présidant à l'expédition pendant cinq ans -traduisez Maurice Herzog et Lucien Devies- et qu'il est mort avant la fin de ce délai, c'est encore mieux quand on donne à Lachenal la parole, celle qu'on lui a confisquée.  

Beau livre, mais pas livre-objet, empreint de vacuité; certes onéreux - peut-être les médiathèques penseront-elles à l'entrer en référence ? -  utilement montagnard je trouve, jusque dans les addendas - la période Jeunesse et Montagne, la première répétition de la face nord de L'Eiger avec Lionel Terray, par exemples.
À recommander !  


Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #journal #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Mer 30 Déc - 21:10
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
Réponses: 51
Vues: 2197

Gunnar Gunnarsson

Merci Bix ! Tu as si joliment présenté cet ouvrage, qu'ajouter ?

À noter une singularité, qui est qu'avec Gunnarsson on arrive à...plusieurs "titres originaux".
En effet, il a composé toute son œuvre en Danois, étant parti à dix-huit ans, petit paysan de l'Est de l'Islande, étudier "à la capitale", Copenhague (l'Islande faisait alors partie du Royaume du Danemark), avec, déjà, la volonté de devenir écrivain, mais devant se coltiner avec une langue qu'il maîtrisait mal: il sait lire le Danois, très peu le parler, encore moins l'écrire.
Ça changea ensuite, puisque dès les années 1920 il devint un des écrivains-phares de la littérature en langue danoise.

Puis, sur ses vieux jours, Gunnarsson a entrepris de traduire lui-même en Islandais son œuvre (laquelle avait déjà été presque en totalité traduite déjà, y compris par des "pointures", tel le futur Nobel de littérature Halldór Laxness).

Cas particulier, Le Berger de l'Avent résultait d'une commande venue d'Allemagne (pays de première publication, en langue allemande donc) après une première nouvelle, inspirée de faits réels qui se sont déroulés en 1925: un berger, Benedikt Sigurjónsson, a la tête d'un groupe d'hommes, a affronté l'hiver islandais pour aller chercher des bêtes égarées, et en est revenu vivant...  

Ces précisions, parmi tant d'autres, dans la riche postface de Jón Kalman Stefánsson.
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Le Berger de l'Avent

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_ber10
Nouvelle, 1936 en allemand. Titre original danois (1937): Advent. Titre original islandais (1939): Aðventa.


Beaucoup de profondeur dans une limpide sobriété !
C'est magnifique, pour tous âges et vite lu, lumineux de simplicité bien qu'aux antipodes de la mièvrerie.

Donc un trio, à la tête l'homme, Benedikt, et deux animaux, qui ne sont pas seulement des aides. Il s'agit d'un couplage de forces en trident, en quelque sorte. Par facétie, Gunnarsson le nomme "la sainte Trinité".
Un bien beau bref passage, à l'économie de mots:
Depuis des années, tous les trois étaient inséparables. Et cette connaissance profonde qui ne s'établit qu'entre espèces éloignées, ils l'avaient acquise les uns des autres. Jamais ils ne se portaient ombrage. Aucune envie, aucun désir ne venait s'immiscer entre eux.


Benedikt, "homme simple, homme de peine", 54 ans, 27ème voyage, comme un anniversaire...qui ne se fâche pas quand d'autres (la fermière de Botn, Sigridur) lui exposent qu'en fait d'autres guettent sa venue, pour qu'il se mette, lui, à prendre tous les risques pour retrouver leur bétail égaré dans la montagne hivernale en furie.
Oui, mais il y a ces bêtes en perdition, alors... ce berger, c'est la bonté auto-missionnée, qui trace droit au-dessus des petitesses et de la mesquinerie des intérêts.

Benedikt parle peu et juste, ne boit pas d'alcool, ne joue pas aux cartes.

Quant aux descriptions d'ordre météorologique et montagnard, elles sont remarquables, sonnent singulièrement réalistes et fouillées: souvenirs d'enfance du petit Gunnar, histoires de veillées dans l'Est islandais ?

Comme il y a union quasi fusionnelle entre l'homme, le bélier et le chien, il y a, dans le rapport au terrain enneigé et montagneux et les éléments (déchaînés, parfois), quand même pas une osmose, mais pas une lutte, en tous cas.
Du savoir et de la volonté, ceux d'un berger et de deux animaux, naît une compréhension/appréhension de la réalité, laquelle est inhumaine ou surhumaine, et une adaption à ce contexte-ci avec ces moyens-là, dérisoires à ce qu'il nous paraît, alors que quasi tout le monde périrait.
Benedikt et ses compagnons à quatre pattes, eux, avancent.
Vont de trous en refuges.
Ont le flair, ou l'expérience, pour savoir où le bétail a pu se remiser.
Benedikt est le berger de l'Aventure, au sens étymologique "ce qui doit arriver, se produire" autrement dit ad-venir.

Parmi les rares personnages secondaires, il y a un Benedikt, un jeune. On imagine un flambeau qui se transmet...

\Mots-clés : #aventure #intimiste #ruralité #solidarite #solitude #voyage
par Aventin
le Jeu 17 Déc - 17:57
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
Réponses: 15
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Robert Louis Stevenson

Saint-Yves ‒ Aventures d’un prisonnier français en Angleterre

Tag aventure sur Des Choses à lire Saint-10

Ce sont les aventures du vicomte Anne de Keroual de Saint-Yves, soldat napoléonien engagé sous le nom de Champdivers et prisonnier des Britanniques : il s’évade, tombe amoureux, hérite d’une fortune malgré l’opposition d’un cousin haineux, va et vient entre l’Angleterre et l’Écosse, puis les Etats-Unis, enfin la France, et affronte toutes sortes de mésaventures avec son jeune valet, Rowley.
Ce roman ayant été laissé inachevé par Stevenson, il a été terminé par Arthur Quiller-Couch (d’après les notes laissées par l’auteur originel, et à partir de la troisième partie, chapitre VII). Quoique ce ne soit pas le meilleur livre d’un écrivain par ailleurs fort inégal, ce fut une lecture plaisante, ne serait-ce que par de telles observations :
« Une petite neige humide tombait avec somnolence, s’arrêtant, et tombant de nouveau ; elle semblait perpétuellement commencer à tomber et perpétuellement s’arrêter ; et l’obscurité était profonde. » II, VII

« La jeune fille en rose était une grande et majestueuse personne, avec une abondance de dents, un déploiement considérable d’yeux et d’épaules, et un branle-bas ininterrompu de conversation. » III, IV

De façon un peu inattendue de prime abord, ce roman est pour Stevenson non pas l’occasion de critiquer les Français, mais les Anglais ; par contre, le héros m’a déplu par un petit côté calculateur…

\Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Dim 13 Déc - 23:34
 
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Sujet: Robert Louis Stevenson
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Robert Louis Stevenson

Le Reflux

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_ref10

Trois gratte-plage (sobriquet désignant normalement les ramasseurs de coquillages et autres herpes marines, mais que je trouve heureux en l’occurrence de la part du traducteur, Théo Varlet) errent sur la grève de Tahiti : Robert Herrick, alias Hay, un jeune incapable, malchanceux et scrupuleux, John Davis, alias Brown, capitaine qui perdit navire et passagers par ivrognerie, et le commis Huish, alias Hay également (ou Tomkins), « cockney vulgaire et perverti ». D’aventure, ils succèdent aux officiers, morts de la petite vérole et que personne d’autre n’accepte de remplacer par crainte de la contagion, du Farallone, « frété de San Francisco pour Sydney, avec du champagne de Californie ». Espérant vendre à leur compte la cargaison qui s’avère être factice pour l’essentiel, ils faillissent chavirer par impéritie du capitaine soûl à son habitude, et manquent des vivres gaspillés lorsqu’ils découvrent à propos une île mystérieuse, inconnue des cartes. C’est le domaine de l’aristocrate Attwater, qui récolte les perles…
Ce dernier, ferme commandeur d’hommes, a une curieuse façon de s’attribuer une majuscule quasi divine :
« Eh bien, On a fait la loi à sa façon, dit Attwater. »

Le thème principal est les déchirements moraux d’Herrick, avec en parallèle ceux de Davis qui balance entre son influence et celle de Huish, aidé par l’alcool.
« Il s’était abandonné au reflux dans les affaires d’autrui, et le reflux l’avait emporté vers le large [… »

Ce texte constitue un témoignage marquant sur l’attitude des Occidentaux face aux « naturels » (Canaques de l’équipage, habitants des îles), tantôt ainsi que transparents, tantôt comparses effarouchés, toujours inférieurs aux Blancs, qui peuvent se montrer bénévolents. C’est en fait part d’un système hiérarchique, bien perceptible dans l’écart souligné entre le cockney et l’aristocrate. Plus qu’une question de couleur, c’est celle de l’origine qui range les hommes dans la catégorisation verticale. (Je me souviens que lorsque j’étais en Arabie, un Syrien valait moins qu’un Libanais mais plus qu’un Palestinien, un Français était nettement moins qu’un Américain, mais plus qu’un Italien…)
Demeurent de beaux accents (notamment sur la navigation à voile), mais la narration pèche par incohérences et autres faiblesses : dans ce dernier roman, écrit en collaboration avec Lloyd Osbourne, le lecteur ne retrouve pas le Stevenson génial des œuvres précédentes, plus abouties.

\Mots-clés : #aventure #culpabilité
par Tristram
le Sam 7 Nov - 20:09
 
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Sujet: Robert Louis Stevenson
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Eliott Schonfeld

Amazonie ‒ Sur les traces d'un aventurier disparu

Tag aventure sur Des Choses à lire Amazon10

Le sous-titre fait référence à Raymond Maufrais, dont les carnets retrouvés après sa disparition ont été publiés sous le titre Aventures en Guyane (1949-1950) ; son père, Edgar Maufrais, l’a vainement recherché pendant douze ans et en rend compte dans À la recherche de mon fils.
Et on pense sans cesse à Raymond Maufrais, pas seulement parce que souvent Schonfeld le cite et emploie son vocabulaire (« fourka », « grand bois »), mais surtout parce qu’il y a beaucoup de points communs entr’eux, de l’inexpérience et de l’impréparation à la vigueur et ténacité de la jeunesse… Schonfeld attribue à l’immersion dans la nature « cette volonté, cette force, cette incroyable envie de vivre », où il faut voir peut-être aussi les effets de l’exercice physique et de l’effort mental… une fois encore détermination et persévérance.
Les deux aventuriers auront fait les mêmes erreurs, avec des chances différentes… car il s’agit là de survie, de prise de risque démesurée.
De même, tous deux sont handicapés par l’attachement à leurs proches laissés derrière eux (alors qu’ils sont épris de solitude) ; l’angoisse, l’obsession de la mort et la peur en général sont sans doute fréquentes chez qui vit seul en Amazonie.
L’identification fraternelle à son devancier a quelque chose de funeste, et cet exemple n’était certainement pas le meilleur à suivre.
Avec une écriture qui pourrait être plus travaillée, Schonfeld rend (au moins pour qui connaît) le séjour en forêt amazonienne : l’impression d’enfermement dans l’étouffante forêt, les moustiques qui empêchent toute pause, etc.
« À 15 heures, je regarde mes cartes. Horreur : j’ai glorieusement parcouru 900 mètres en cinq heures. Comment est-ce possible d’avancer si lentement malgré tant d’efforts ? »

« La jungle nous rend humbles, elle nous remet de gré ou de force à notre place. »

« Ici, dans la jungle, j’apprends à ne plus faire de l’homme la mesure de toute chose ; ici, dans la jungle, il est ramené à ses justes proportions. »

Il faut quand même signaler des méprises et confusions surprenantes concernant le milieu amazonien (raie dont la queue « produit des décharges électriques si douloureuses qu’elles peuvent assommer un homme », gymnote dont la « morsure envoie de sacrées décharges électriques » : seule l’anguille tremblante électrise, et avec sa queue, pas ses dents)…
La lecture de son malheureux prédécesseur n’est effectivement pas la meilleure formation à la vie en forêt. D’ailleurs Schonfeld projette d’apprendre à chasser et pêcher avec les Indiens : vivre sur le milieu, en apprenant à le connaître.



Je me suis permis de poser deux questions à l’auteur, qui ne m’a pas (encore) répondu ‒ peut-être est-il en expédition !
Je lui demandais notamment si
« Dans la forêt j’envisageais la possibilité d’une île [… »

fait référence au livre de Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île

Mots-clés : #amérindiens #aventure #temoignage #voyage
par Tristram
le Mer 28 Oct - 23:18
 
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Sujet: Eliott Schonfeld
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Joseph Conrad

L'Aventure

Tag aventure sur Des Choses à lire L_aven11


Ford Madox Ford compose en 1902 un court récit, Séraphina, et le confie à Joseph Conrad, qui vit chez lui, pour le réécrire et le développer sous le nom de Romance. De fait, dès qu’on aborde ce roman, c’est l’aspect romanesque qui est prégnant, étant antienne de John Kemp, un jeune Anglais qui ne rêve que d’aventure en ce début du XIXe. Un imbroglio le précipite sur un navire à destination des Indes Occidentales, en compagnie du romantique Carlos Riego et du sinistre Tomas Castro. Il passe deux ans à la Jamaïque, alors colonie anglaise, dont le commerce pâtit des corsaires mexicains de Rio Medio à Cuba. Suite à diverses péripéties liées aux pirates, il s’y retrouve, hôte de Don Balthazar Riego, vieil hidalgo père de la belle Séraphina, dont il tombe amoureux ‒ dans l’ombre d’O’Brien, intrigant irlandais qui hait les Anglais.
Des incohérences, un nationalisme gênant, une forte influence de Stevenson.
« Partir à la recherche du Roman, – après tout qu’avons-nous d’autre à faire en ce monde ? – c’est un peu comme essayer d’attraper l’horizon. Il est là, à faible distance devant nous, à faible distance derrière, à peu près aussi loin que peuvent porter nos yeux. Et l’on découvre un jour que l’on a passé à travers le Roman, de même que l’on a franchi ce qui fut aujourd’hui l’horizon. On regarde en arrière et l’on se dit : "Comment, il est là !" On regarde en avant et l’on dit la même chose. Il est au fond des jours anciens que nous vécûmes et dans les jours nouveaux où nous allons passer. Je me tourne vers ces jours anciens qui furent les miens, et le peu qui en demeure et qui revient à moi se revêt d’une atmosphère, prend une intime signification, et procède à la mystérieuse élaboration du Temps jadis. Sans doute, quand je me tournerai vers ce qui est la grise, l’aride désolation d’aujourd’hui, il en sera encore de même. »


Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Mer 23 Sep - 22:42
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Joseph Conrad

La Ligne d'ombre ‒ Une confession

Tag aventure sur Des Choses à lire La_lig10

Dans un port d’Extrême-Orient, un jeune capitaine se voit offrir de façon inattendue son premier commandement, sur un voilier dont le précédent capitaine est récemment mort en mer. Narrateur, c’est lui qui relate comme il est confronté à un second malade et hanté par son prédécesseur, tandis que le navire se trouve pris au piège d'un calme plat, avec l’équipage accablé par une fièvre tropicale.
C’est un roman assez bref, et c’est sans doute pourquoi l’éditeur y a adjoint une longue préface qui, sans être sans intérêt, aurait mieux eu sa place en postface (lisant l’ouvrage en version numérisée, la longueur de ce texte m’a échappé de prime abord ‒ quant à la table des matières, elle n’est plus !) J’ai donc lu in extenso l’œuvre critique de Jean-Pierre Naugrette, qui me semble parfois s’envoler bien loin ; en tout cas, je ne suis pas d’accord avec son point de vue sur le personnage de Burns, le second, qui serait une sorte d’envieux au bord de la démence. J’ai plutôt vu dans ce personnage un marin capable (il gouvernait à bord tandis que le précédent capitaine jouait du violon dans sa cabine), qui s’est efforcé de contrecarrer le dessein suicidaire du "seul maître à bord" (cardiaque qui se savait condamné à mourir à brève échéance) dans la limite de la légalité, et légitimement dubitatif quant aux capacités du nouveau capitaine (dont c’est le premier commandement) ; rien de surprenant à ce que, affaibli, à l’agonie, il devienne superstitieux dans sa peur. Je ne dis pas que cette analyse est la bonne, mais Conrad s’étend assez sur la position régalienne, voire divine, du capitaine sur un navire, pour étayer cette possibilité : Conrad précise longuement que le capitaine est seul responsable, nul ne peut enfreindre ses ordres, et on peut s’interroger : quid s’il délire ?
« Dans cette communauté je me détachais, tel un roi dans son pays, tout seul dans ma catégorie. J'entends un roi héréditaire, pas un simple chef d'État sorti des urnes. J'avais été appelé sur le trône par un truchement aussi distant du peuple et pour lui presque aussi mystérieux que la grâce de Dieu. Et tel un héritier dynastique se sentant uni d'un lien quasi mystique avec les morts, j'étais terriblement impressionné par mon immédiat prédécesseur. [...]
« …] ce navire – qui était mien, matériel et marins compris [… »

Il y a un petit côté ronflant (démarques shakespeariennes par exemple) dans le discours du narrateur, en opposition avec cette appréciation intime dans son journal :
« Mon premier commandement. Maintenant je comprends cet étrange sentiment d'insécurité dans mon passé. Je me suis toujours suspecté d'être un fieffé incapable. Or en voici la preuve indiscutable : je me dérobe, j'en suis un. »

Ce roman est court, mais assez complexe, et le dead calm a été savamment enrichi de personnages pittoresques ou marquants, comme les capitaines (le défunt, Giles, Ellis), et surtout Ransome, le cuisinier cardiaque. C’est peut-être la simplicité de l’intrigue, au substrat autobiographique, qui a motivé les amplifications le foisonnant : longue entrée en matière, présence du surnaturel, voire du fantastique, thème esquissé du double (Le Compagnon secret n’est souvent revenu à l’esprit).

Mots-clés : #aventure #huisclos #voyage
par Tristram
le Lun 14 Sep - 14:21
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Blaise Cendrars

L'or

Tag aventure sur Des Choses à lire L_or13
Sous-titré: La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter.
Roman, 1925, 160 pages environ.

[relecture]

Accueil mitigé à sa sortie pour cet opus, longuement cogité et porté par l'auteur, mais écrit et publié avec célérité. On lui reproche de ne pas avoir fait œuvre de biographe fidèle, d'historien, mais justement c'est ce que Cendrars revendique - comme indiqué en préface il eût pu appeler Alexandre Dumas à la rescousse, selon celui-ci l'Histoire serait "un clou où l'on peut accrocher un beau tableau".

Usant d'effets stylistiques afin d'évoquer, surtout, une trajectoire, le roman prête à une lecture rapide, la course d'un projectile propulsé. Gâcher, çà et là, un peu de peinture afin de soigner davantage les décors et les seconds caractères ne m'eût pas déplu, à titre personnel: de la saveur, certes, dans les ingrédients, petit manque d'épices toutefois.

J-A Suter (Sutter dans la vraie vie), un Suisse de bonne famille, en rupture, passe en fraude en France puis s'embarque pour le Nouveau Monde, et, après moult expédients dont des actes répréhensibles, détours, temporisations, approches, gagne la Californie encore hispanisante et mexicaine, très peu peuplée, y fonde un empire, lequel viendra se fondre dans une Californie annexée pacifiquement à l'Union, avant d'être ruiné par la découverte d'or sur ses terres et la ruée qui s'ensuivit, drainant des flots continus de migrants s'accaparant ses terres, son personnel le quittant pour prospecter, puis, ruine consommée, devient quasi-aliéné (pour ne pas dire complètement fou), avec une phase de récupération par des illuminés mystiques et businessmen, et décéde en tentant de faire valoir ses droits à Washington: un beau sujet.
entame du chapitre 6 a écrit:- Vois-tu, mon vieux, disait Paul Haberposch à Johann August Suter, moi, je t'offre une sinécure et tu seras nourri, logé, blanchi. Même que je t'habillerai. J'ai là un vieux garrick à sept collets qui éblouira les émigrants irlandais. Nulle part tu ne trouveras une situation aussi bonne que chez moi; surtout, entre nous, que tu ne sais pas la langue; et c'est là que le garrick fera merveille, car avec les irlandais qui sont tous de sacrés bons bougres, tous fils du diable tombés tout nus du paradis, tu n'auras qu'à laisser ouvertes tes oreilles pour qu'ils y entrent tous avec leur bon dieu de langue de fils à putain qui ne savent jamais se taire. Je te jure qu'avant huit jours tu en entendras tant que tu me demanderas à entrer dans les ordres.
Un Irlandais ne peut pas se taire, mais pendant qu'il raconte ce qu'il a dans le ventre, mois, je te demande d'aller palper un peu son balluchon, histoire de voir s'il n'a pas un double estomac comme les singes rouges ou s'il n'est pas constipé comme une vieille femme.
Je te donne donc mon garrick, un gallon de Bay-Rhum (car il faut toujours trinquer avec un Irlandais qui débarque, c'est une façon de se souhaiter la bienvenue entre compatriotes), et un petit couteau de mon invention, long comme le coude, à lame flexible comme le membre d'un eunuque. Tu vois ce ressort, presse dessus, na, tu vois, il y a trois petites griffes qui sortent du bout de la lame. C'est bien comme ça, oui. Pendant que tu lui parles d'O'Connor ou de l'acte de l'Union voté par le Parlement, mon petit outil te dira si ton client a le fondement bouché à l'émeri. Tu n'auras qu'à mordre dessus pour savoir si elle est en or ou en plomb, sa rondelle.



Mots-clés : #aventure #colonisation #exil #historique #immigration #independance #justice #mondialisation #voyage #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 10 Sep - 7:12
 
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Sujet: Blaise Cendrars
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Mathias Enard

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone

Tag aventure sur Des Choses à lire Last10
2016, poésie, 110 pages environ dont une préface d'olivier Rolin.


Alors il y a le titre, tape-à-l'œil.
Puis la carte sur la table: nous irons donc du Liban en Syrie, puis aux steppes russes en passant par l'ex-Yougoslavie, la Pologne et en achevant à Barcelone, avec un tout bref intermède lisboète.
Mathias Énard en ses trajectoires cosmopolites.
La préface, assez copain-copain, sonne son faussement déglingo, le ton dilettante-foutraque mais initié.
Bon, passons.

Tout de même l'assez long poème "Beyrouth", qui ouvre la partie I intitulée "Faire concurrence à la mort" balance à merveille, ça y est on est embarqué.
Illustré d'écrits dans les marges, dont un petit passage en arabe que je n'irai pas décrypter, le poème a du corps, de la consistance et reste concis sous des apparences de fleuve.  

Extrait tiré des pages 6 et 7 du poème, qui en compte 13:
Je suis arrivé en bateau avec les derniers nuages de la guerre
Beyrouth au goût de thym et de pneus brûlés
Il allait se passer quelque chose
En nous peut-être
Le soleil furieux séchait le sang
Les serviettes de plage
Les poubelles
Et les abricots
Le soleil séchait tout sauf l'huile des sardines et la graisse des armes
Il s'est passé quelque chose
Entre nos doigts repliés qui n'avaient aucune détente à presser
Aucune gâchette
Les tiens servaient à faire des pansements
Des injections
J'ai failli tourner de l'œil
Quand je t'ai vue panser la blessure
De ce filc qui avait pris une balle à un barrage:
Passionné par tes mains et ta dextérité j'ai tenu à t'observer
Mal m'en a pris
J'ai vu des étoiles
Soudain toutes les étoiles de Beyrouth m'aveuglaient
Des filaments de mercure
Des poissons volants dans le regard
Le monde tournait
Et tournait et tournait un train envolé
J'ai dû partir
Fuir
Grimper la montagne.

Avec, dans la marge, commençant au vers "Aucune gâchette" et finissant au vers "Des filaments de mercure":
Je n'étais pas ce
poète kurde de
Syrie
Qui maniait la
12.7 aussi bien
que le calame
Le plus grand
styliste de la
langue arabe
Salim "Mutan-
nabi" Barakat
L'abaday à la
mitrailleuse  


De la façon dont on [enfin, je !] l'imagine, frêles semblants, reliques fabriquées en poussière, entre-notes, entr'hachurées de pages de carnet déchiré, coq-à-l'âne et bribes, fragiles fragments venus de loin, ce poème-là surprend le lecteur avant de le prendre.
Bruits, odeurs, visuels s'entrechoquent, mon imagination y ajoute comme un fond sonore de guitare électrique saturée, à faible volume, quelque chose de très insistant.

La suite ?
Un peu moins séduisante, ai-je trouvé. La fin de la première partie "faire concurrence à la mort" ainsi que les poèmes de la partie "Matière de la steppe" (en particulier Balkans - Le Consul de France ivre devant son Consulat, et Park Princeva) m'ont rappelé "La chanson de Passavant", de François Sureau, écrit considéré comme poétique, au travers duquel je suis complètement passé...

Neretva retient toutefois l'attention:
Neretva a écrit: [...]
La rivière coule si verte, si émeraude
Dans le cri des montagnes-
Peut-on obtenir du vert
Avec du rouge et du jaune, du sang et de la pierre ?
De Jablanica à Mostar
Et de Mostar à Pocitelj
Des agneaux rôtissent sur le bas-côté de la route.
Leurs yeux sans regard
Plongent dans la Neretva avant de monter vers le ciel
Puis dévalent les ravins
Jusqu'à la rivière et remontent
Encore et encore.
Des agneaux au gré de la broche.


Pour le reste du corpus, je ne suis guère éloigné de l'opinion de Shanidar:
@shanidar a écrit:il faut se rendre à l'évidence , en dehors de quelques pages l'ensemble manque de relief... Bien sûr, n'étant pas très adepte de poésie, je suis sans doute passée à côté de la plupart des références (en particulier aux poètes arabes) mais si j'ai pu goûter certains passages, teintés par cette noire nostalgie qui semble toujours hanter l'auteur, je reste sur ma faim (et mon enthousiasme total envers Énard quoique non écorné reste sur la réserve).


La dernière partie, éponyme à l'ouvrage (Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, donc) alterne au début, de façon prosodique, l'espagnol et le français.
C'est un peu un jeu, comme on peut retrouver un passage d'une langue à l'autre dans certaines chansons.

Un détour curieux sans doute, valant la peine ?
Moins, à mon avis, que ce qui suit, urbain, blues, malsain, comme  Les Stances de Barcelone (Depuis l'asile psychiatrique du Paradis) - La Ballade de la Barceloneta aussi, et voici quelques vers de Stances de la rue des voleurs, type chansonnette facile bien que crue, mais plutôt bien cadencée et pas désagréable:

La rue étroite moins de trois mètres
Séparent mon visage de son cul
Le client qui vient de la mettre
Se lève aussi il est repu
Il a une moustache de soudard
Un air de Turc ou de Malouin
Un pirate bien doté du dard
Un dur à cuire de loin en loin
Le tapin remet sa nuisette
L'artilleur range son attirail
Vire le plastique de sa quéquette
Jette la capote s'enfile un rail
Elle s'en va se faire un café
Elle m'aperçoit me lève un doigt
La baguette de cette fée
Je disparais le jour blondoie.


Mots-clés : #aventure #guerre #poésie #voyage
par Aventin
le Lun 10 Aoû - 17:36
 
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Sujet: Mathias Enard
Réponses: 82
Vues: 4266

Joseph Conrad

Il y a deux mois, je disais...
Spoiler:

@Aventin a écrit:
Normalement, il faudrait enchaîner par Lord Jim, déjà lu relu pas mal de fois (et adoré bien sûr, vraiment on cherche les superlatifs pour ce roman, mais je ne vais pas ajouter une énième lecture, la dernière n'est pas si lointaine), et par Rescousse - Rescue - qu'en revanche je n'ai jamais lu, il faut juste que je le dégotte, ce n'est pas un titre de Conrad très en vue.

...et le voici entre mes mains, un exemplaire de l'édition originale française de 1936 en assez bon état, pour la modique somme d'1 €...
La vie de chineur, des fois, vous réserve de ces petites surprises !


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La Rescousse

Tag aventure sur Des Choses à lire La_res10
Titre original: The Rescue: A Romance of the Shallows (1920), 385 pages environ.


Peut se lire ici en langue originale.

Un lieu commun notoire à propos de Conrad consiste à souligner que ce qu'il fit de meilleur fut écrit avant 1910, on y souscrit ou pas, mais il y a le cas à part de La Rescousse.
Ouvrage entamé en 1896, achevé en 1920: une de ses toutes dernières parutions de son vivant: On le classe où ?

En préface comme dans la note liminaire de l'auteur c'est tout un décor d'affres d'écrivain devant une page blanche, de renoncements, de tortures inouïes, de doutes, d'efforts paraissant vains qui défile:
Au final une gestation anormalement lente et douloureuse (même si Conrad ne passe pas pour avoir jamais écrit dans la facilité), avec un gros arrêt vers la page manuscrite 102 ou 103 (ce qui pourrait donner, dans l'édition définitive, vers la fin de la seconde des six parties du livre).
 
Autre particularité de La Rescousse, nous y trouvons un personnage féminin de premier plan, Edith Travers, là où la critique acerbe se gaussait de son incapacité rédhibitoire à dépeindre un caractère féminin, au point de souligner qu'il n'essayait même pas...
Gageure définitive, bizarrerie isolée frisant l'incongruité dans sa biblio, Conrad écrit, à peine en filigrane, un roman d'amour (sans jamais que le mot amour n'apparaisse, sauf à deux reprises, sur deux lignes se suivant, dans les toutes dernières pages) !

Conrad, comme on l'a dit dans les commentaires précédents, était fort en avance sur son temps, et aussi très démarqué, en matière qu'acceptation de l'altérité, de colonialisme, sans illusion sur le monde globalisé et financier qu'on appelait encore, à son époque, le progrès et la civilisation: ce roman donne tout à fait dans cette direction-là, un de plus; il me semble percevoir aussi qu'il a une autre vision de la femme et de son rôle, très en avance sur son temps également: à nous faire regretter, avec la critique, que Joseph Conrad n'ait pas placé davantage de personnages féminins de prime importance dans ses romans...

Enfin, cet ouvrage entre bien évidemment dans la suite Malaise et même plus précisément dans un sous-ensemble de celle-ci, la trilogie Tom Lingard (aux côtés de La Folie Almayer et d'Un paria des Îles). Il est, chronologiquement, le premier des trois (soit l'ordre inverse de l'ordre de parution), puisque l'action se situe cinq ans après la Guerre de Crimée (1861, donc), et le capitaine Tom Lingard n'est alors que trentenaire, mais déjà Rajah Laut (le Seigneur des Mers), ou encore King Tom, et, pour les Blancs, l'Homme du Destin.

Il y a toujours ce sens descriptif, aussi ces petites longueurs (langueurs, plutôt ?) communes aux romans de Conrad se déroulant sous ces latitudes-là. Et aussi un je-ne-sais quoi de poétique, permanent dans les descriptions, de nuit, de couchant, de flots, de berges, de navires, de foules (voir extrait pour un minuscule échantillon) ...
Bref, un harmonieux mélange de raretés réellement surprenantes et d'éléments plus habituels, qu'on s'attend, en tant que lecteur conradien, à trouver, qu'on serait déçu de ne pas trouver...
En tout cas, ce drame est fort charpenté, beau comme l'Antique.
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Encalminé près d'une côte de l'archipel Malais, avec un équipage local sauf le désagréable Second nommé Shaw, Lingard et son fameux brick, L'Éclair, sont abordés par une petite embarcation leur demandant de porter secours à un yacht d'européens, britanniques pour la plupart, échoué sur des hauts-fonds (Swallows, voir sous-titre anglais) de vase.

Lingard s'y rend, selon le code d'honneur de la Marine, sans décolérer: le motif de sa venue dans ces parages, hautement diplomatique et risqué, étant de rétablir sur leur trône son jeune ami Hassim et sa sœur, Inmada, la situation du yacht l'encombre au plus haut point.
Le yacht a un capitaine insignifiant, et un trio de personnalités, Martin Travers, puant représentant de la haute société, riche à millions, son épouse Edith, et un subtil, distingué et nuancé caractère, l'espagnol d'Alcacer.
La première rencontre de Lingard et de Martin Travers se déroule extrêmement mal, et c'est fort courroucé que Lingard regagne son bord.    

Dans les parages, Lingard a aussi volontairement échoué un autre navire, l'Emma, sorte de base arrière qui lui sert de magasin d'armes, de munitions, de provisions et diverses richesses (étoffes...).
Celui-ci est gardé par un curieux ami de Lingard, le capitaine Jörgenson, espèce de fantôme errant, fin connaisseur des mœurs, modes de vie, langues, personnalités, imbroglios et de plus ou moins tout ce qui trame dans l'archipel.

Martin Travers et d'Alcacer sont fait prisonniers lors d'une peu prudente ballade nocturne sur un banc de sable, compliquant encore la situation et réduisant la marge de manœuvre de Lingard. Par sécurité, ce dernier prend à son bord l'équipage du yacht et Mme Edith Travers, qui, tout à l'opposé de son mari, s'avère un caractère aussi fort, patient, courageux, endurant que compréhensif...

Mrs Travers l'avait suivi dans l'embarcation, où les Malais regardaient fixement en silence, tandis que Jörgenson, raide et anguleux, ne donnait aucun signe de vie, pas même par un simple mouvement des yeux.
Lingard l'avait installée à l'arrière et s'était assis près d'elle. L'ardeur du soleil absorbait les couleurs. L'embarcation avait fait route sur cette éblouissante lumière vers la berge de corail qui étincelait comme un croissant de métal chauffé à blanc.
Ils avaient débarqué. Gravement, Jörgenson avait ouvert un grand parasol de coton blanc, et elle s'était avancée éblouie, entre les deux hommes, comme dans un rêve et comme si elle n'eût d'autre contact avec la terre que celui de la plante de ses pieds.
Tout était silencieux, désert, incandescent, fantastique. Puis une fois ouverte la porte du fortin, elle avait vu une multitude immobile de silhouettes de bronze, drapées d'étoffes de couleur. Elles remplissaient les taches d'ombre que formaient dans cette enceinte trois grands arbres, vestiges de la forêt, entre des espaces découverts dont la terre battue était brûlée de soleil.
Les larges fers des lances ornées de crinières rouges lançaient de de froids reflets sous l'avancée des branches.
À gauche, un groupe d'habitations sur pilotis, à longues vérandas et à toits immenses, se dressait dans l'air au-dessus de cette foule et semblait flotter dans cet étincellement moins substantiel en apparence que ses lourdes ombres.
Lingard, en lui désignant l'une des plus petites, lui avait dit: "J'y ai habité pendant quelques jours, lors de ma première visite à Belarab".
Et Mrs Travers avait eu plus que jamais l'impression de marcher dans un rêve, lorsqu'elle avait aperçu, au-delà de la balustrade de la véranda, et visibles de la tête aux pieds, deux silhouettes à cottes de maille et casques d'acier en pointe, surmontés de plumes blanches et noires, et qui montaient la garde près de la porte d'entrée fermée.
Un banc élevé drapé d'andrinople se voyait à l'endroit où se tenaient les audiences.


Mots-clés : #aventure #colonisation #insularite #traditions #xixesiecle
par Aventin
le Lun 27 Juil - 19:41
 
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Joseph Conrad

Le Compagnon secret

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Nouvelle du recueil Entre terre et mer, primitivement publiée en 1910.
Nommé pour son premier commandement capitaine d’un navire qu’il ne connaît pas plus que l’équipage, le narrateur recueille incognito le second d’un autre bateau, dont ce dernier s’est enfui à la nage après avoir tué un marin ; il s’identifie à cet hôte secret, et cette variante du thème du double nous vaut un chef-d'oeuvre.
Cette mince thématique n’aurait pas suffi à un roman, et met en valeur tout l’art du novelliste chez Conrad.
« Dans l’ensemble une situation éprouvante pour les nerfs. Mais en général je me sentais moins déchiré en deux quand j’étais avec lui. »


Mots-clés : #aventure #nouvelle
par Tristram
le Jeu 9 Juil - 22:42
 
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Julien Gracq

Les Terres du couchant

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Dans un Moyen Âge tardif assez mythique, le narrateur et quatre amis ont décidé de quitter la capitale du Royaume engourdi dans son administration fiscale, menacé par une mystérieuse armée encore éloignée. Les cinq s’enfuient en franchissant un rempart dont la garnison semble bizarrement chargée de contenir les gens à l’intérieur du Royaume, puis suivent le Perré, sorte d’antique voie romaine, dans les campagnes, le long du bord de mer, à travers la forêt, les marches limbiques, marginales : « la Route ensauvagée »…
« À présent, quand me revient l’image de la ville, il me semble discerner qu’une espèce de torpeur faisait refluer de là la vie vers les points bas. La ville s’endormait, pesante, amarrée par les siècles aux pitons de ses roches de vigie, son poids aveugle tassé au plus creux de ce hamac avachi, dans un bruit faible de viscères satisfaits et dans la respiration assoupie des grandes chaleurs. »

« La nuit soudain était là, assise au bord des mares, la joue immobile contre le reflet louche où les bêtes vont boire. »

« Parfois nous longions pendant des lieues des fleuves plats et gris qui coulaient au ras de l’herbe, tout crevés de vastes hernies d’eau calme qui s’étranglaient et s’élargissaient au travers des prairies mouillées. »

Dans une seconde partie, ils sont parvenus en altitude à la forteresse assiégée, aux avant-postes devant l’armée angarienne des barbares « djoungares » des steppes, et se succèdent les scènes comme la « table ouverte » dans le Bois de Ville, la chute du château d’Armagh, et s’exerce toute la prédilection gracquienne pour les vues panoramiques et les jeux de lumière.
« …] on croit entendre le temps mordre interminablement sur les pierres, dans un très fin égrisé de soleil. »

« Vers le soir, on voit s’épanouir sous ses pieds de charmantes fumées, qui charbonnent au long des courtines les tabliers de planches mal jointes, qui courent en encorbellement, et c’est là que tousse le soir, à neuf heures juste, tapi dans son fourré de troènes comme un crapaud de bronze, le petit mortier servi par un invalide qui annonce le couvre-feu. »

« On dirait que les bruits, que les ombres, dans ce noir peuplé d’yeux qui ne cillent pas, dans cette pureté écarquillée, tombent comme de son embrasse une draperie lourde, avec une plus comblante justesse, avec je ne sais quelle éternité dans l’aplomb. »

« …] – et comme on ne s’aperçoit pas que le temps change, mais seulement qu’il a changé, je comprends qu’il s’est fait ici comme un mûrissement grave, et qu’une nouvelle saison du siège a commencé ! »

« La plaine au pied du rempart couve encore la chaleur cuisante d’un lit de pierres étalé sous la cendre : sa sécheresse pince les narines avec l’odeur torréfiée, salubre, de paille et de poussière des aires où l’on vient de longtemps battre le blé. Je regarde l’ombre de la muraille qui maintenant s’y allonge et s’y établit, non comme la lave chaotique qui bave et dévale à travers les chasmes de la terre fracturée, mais comme le lé de toile qui retombe d’une tente, ou l’appentis qui s’accote au revers de la maison – un morceau de terre étroit couché dans la mouvance de l’homme, mesuré à son empan et marqué par sa griffe, et tout cerné par la grande sauvagerie merveilleuse. »

Curieuse récurrence des levers tôt. De même, on retrouve trois fois la lutte avec l’ange, thème qui tient une place importante dans Dimanche m’attend, de Jacques Audiberti.
Dans cette civilisation déclinante règne une apaisante atmosphère de fin de monde, de « somnambule au bord du néant. »
Il s’agit en fait d’Heroic fantasy, avatar du conte merveilleux, avec un style superbe.
Dans la première partie, on pense inévitablement aux paysages du pays de Loire et des forêts de l’Est, à Le Rivage des Syrtes et Un balcon en forêt, entre lesquels ce roman inabouti se situe (et cet inachèvement est sans doute pour beaucoup dans l’incohérence diffuse des enchaînements). Mais Julien Gracq est au mieux de son art, l’onirisme précis où il se complaît, caractéristique de son imaginaire descriptif d’une acuité, d’un rendu exceptionnels.

Mots-clés : #aventure #voyage
par Tristram
le Ven 3 Juil - 14:29
 
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Carlos Ruiz Zafón

L'Ombre du vent

Tag aventure sur Des Choses à lire L_ombr10

Dans la Barcelone du juste après-guerre, le jeune Daniel Sempere est initié par son père, libraire d’ancien, au Cimetière des Livres Oubliés, une immense bibliothèque secrète protégeant des œuvres anciennes. Il y découvre L'Ombre du Vent de Julián Carax, un auteur méconnu dont il essayera de retrouver la trace.
Ça se lit comme Harry Potter (j’imagine), dans le courant du roman-feuilleton à la Eugène Sue, du cape et d’épée de Pérez-Reverte, du polar de Grangé ; l’intérêt historique est limité, mais cette lecture sera peut-être agréable à qui connaît Barcelone.
On n’est pas loin du mélodrame et de la romance ; c’est une collection de poncifs qui ne satisfera pas le lecteur hauturier, mais constituera peut-être un pied à l’étrier pour plus novice, pas encore trop exigeant.
« Il disait souvent que nous existons tant que quelqu'un se souvient de nous. »

Exemple de ce qui me gêne, les images clinquantes et "gratuites", sans raison d’être dans le roman, ici l’incipit d’un chapitre :
« L'après-midi touchait à sa fin et s'éclipsait presque en traître, avec une haleine glacée et un manteau de pourpre qui s'insinuait dans les recoins les plus infimes des rues. »


Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Dim 7 Juin - 20:49
 
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Joseph Conrad

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

Tag aventure sur Des Choses à lire -190110
Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
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Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

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Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

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Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
par Aventin
le Dim 24 Mai - 18:33
 
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Sujet: Joseph Conrad
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A.B. Guthrie

Tag aventure sur Des Choses à lire Cyc_10

La captive aux yeux clairs

Le titre est davantage connu pour l'adaptation cinématographique d'Howard Hawks, mais ce roman d'A.B. Guthrie (le premier d'une série) mérite largement la découverte.
Le récit, se déroulant au milieux du XIXème siècle est centré autour de la rencontre entre Boone Caudill, qui recherche l'aventure après avoir fui un père violent, et Jim Deakins. Leur amitié les conduit à s'engager dans une expédition de trappeurs à travers le Haut-Missouri, et à rencontrer une jeune Indienne Blackfeet, Teal Eye, qui fait partie du groupe. Mais si le film de Hawks marque par sa sérénité et son évocation de la nature, le scénario ne reprend qu'un morceau du roman qui dans son ensemble révèle une tonalité à la fois élégiaque et tragique.

La captive aux yeux clairs révèle le courage et la complexité de la personnalité de pionniers, et leur admiration pour l'immensité et la beauté des paysages rencontrés. Il y a une recherche d'apaisement, de compréhension dans les relations entre trappeurs et Indiens et une inquiétude face aux conséquences de la ruée vers l'Ouest, susceptible de provoquer la destruction d'une tentative d'harmonie et d'un équilibre. Un regard à la fois plein de reconnaissance et de tristesse.


Mots-clés : #amérindiens #aventure #nature
par Avadoro
le Sam 23 Mai - 0:09
 
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Sujet: A.B. Guthrie
Réponses: 12
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Peter Matthiessen

Urubamba

Tag aventure sur Des Choses à lire Urubam10


Journal de voyage au départ de New York, qui commence par une croisière en cargo dans la mer des Sargasses puis celle des Antilles (escale dans presque toutes les îles au vent) vers l’Amazone et sa remontée jusqu’au Pérou.
Fin 1959, Haïti était déjà désastreuse :
« Mais dans les environs de la ville, au sein de cette luxuriante végétation tropicale où se mêlent palmiers et caféiers, hibiscus, poinsettias et flamboyants, les seuls oiseaux que nous ayons vus au cours d’une journée entière de tourisme furent ceux qui étaient suspendus au canon d’une carabine de petit calibre que portait sur son épaule un jeune garçon dépenaillé, et notamment des pièces de gibier telles que des piverts et des faucons. La pauvreté de Port-au-Prince est terrifiante et peut fort bien expliquer l’étonnante rareté de la vie animale. »

Cette relation vaut particulièrement pour l’œil du naturaliste, surtout ornithologue ; c’est aussi une leçon de géographie, car suit un aperçu des allers et retours de Matthiessen en Amérique du Sud (principalement en « avionnette »), de Terre de Feu au Brésil, mais surtout dans la cordillère des Andes, l’altiplano et la puna.
C’est l’occasion de parler des Amérindiens, Quichua ou autres.
« …] selon Black and Gold, publication des missionnaires protestants, la commission bolivienne de colonisation, chargée du développement des territoires intérieurs, tenterait actuellement d’éliminer la tribu. »

« Quant à son travail, Austel reconnaît avec tristesse que la rencontre d’une tribu primitive avec des missionnaires, même lorsqu’elle se passe bien – grâce à la vigilance, à la générosité et au dévouement des religieux, dont la tribu tire profit au début – se solde le plus souvent par son extinction à cause de l’exploitation qui s’ensuit, à laquelle s’ajoutent le métissage, l’alcoolisme et les maladies, phénomènes liés non pas à la venue de la Parole de Dieu, mais à la civilisation. »

« En Amérique du Sud, à quelques exceptions près, la tribu qui permet à l’homme blanc d’entrer en contact permanent avec elle, selon les modalités de celui-ci, n’a plus guère qu’un demi-siècle d’existence devant elle. »

La seconde partie du récit, et à vrai dire la principale, relate plus précisément la descente de l’Urubamba, une rivière péruvienne, de Cuzco en passant par Machu Picchu, puis en contrebas dans la forêt. Cet épisode justifie le titre en français ; pour le coup, le titre original, The Cloud Forest, A Chronicle of the South American Wilderness, est curieusement peu justifiable : la "forêt de nuage", ou forêt de montagne tropicale humide, qui baigne dans une brume permanente, n’est pas l’objet de ce livre.
Le point d’orgue de la descente de l’Urubamba est constitué par le franchissement d’un pongo sur un radeau de balsa avec des Indiens :
« Le mot pongo désigne une gorge ou un ravin de montagne creusé par un cours d’eau. »

Plus précisément, Philippe Descola, dans Les lances du crépuscule, Relations Jivaros, Haute-Amazonie, explique qu’un pongo (corruption de punku, porte en Aymara) est un type de canyon, défilé ou gorge étroite le long des rivières péruviennes, et/ou une fosse profonde animée de tourbillons située dans un rétrécissement du lit d’une rivière traversant un défilé.
La péripétie constitue un beau morceau de bravoure qu’apprécieront les amateurs de rafting…
Plus anecdotique, Matthiessen trouve ensuite une « mandíbula géante » fossile et teste « l’ayahuasca, ce qui en quichua veut dire "vigne de l’homme mort", ou soga de muerte, en espagnol "vigne de mort". » :
« …] la drogue que l’écrivain américain William Burroughs et les autres usagers appellent "yage". (À Lima j’ai longuement expliqué les effets de l’ayahuasca à Allen Ginsberg, le poète de la Beat Generation qui, par la suite, se rendit à Pucallpa et y vit l’"excellent fossile monstrueux". De l’ayahuasca il m’écrivit avec ferveur : "Ce n’est pas étonnant qu’on l’appelle soga de muerte.") »


Mots-clés : #amérindiens #aventure #nature
par Tristram
le Lun 27 Avr - 14:25
 
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Sujet: Peter Matthiessen
Réponses: 28
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