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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 11:54

106 résultats trouvés pour aventure

Jules Verne

Hector Servadac

Tag aventure sur Des Choses à lire Hector10

Le capitaine Hector Servadac et son « brosseur » (ordonnance), Ben-Zouf de la butte Montmartre (comme son surnom ne l’indique pas), servent en Algérie, près de l'embouchure du Chéliff. Suite à un cataclysme catastrophique, un nouveau système cosmographique remplace celui que nous connaissons : le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est, « la durée du jour n'est plus que de six heures », « l'intensité de la pesanteur a diminué » ; leur région se résume dorénavant à une île, qu’ils baptisent Gourbi. Embarqués sur la goélette du comte Timascheff, commandée par le lieutenant Procope, ils partent à la recherche de l’Afrique disparue. Lors d’une circumnavigation sur que ce qui reste de la Méditerranée, ils découvrent Gibraltar à la place de Corfou, et réalisent que le sphéroïde terrestre qui les porte est beaucoup plus réduit que la terre, s’étendant sur 29 degrés de longitude au lieu de 360 : ils sont sur un astéroïde :
« − C'est, reprit Procope, d'admettre qu'un fragment s'est détaché de la terre, emportant une portion de l'atmosphère avec lui, et qu'il parcourt le monde solaire en suivant une orbite qui n'est plus l'orbite terrestre. »

« Il est incontestable que nous venons de faire le tour de ce qui reste du monde ! »

Cette mer est limitée par une étrange falaise d’aspect métallique.
« De l'ancienne terre, il ne restait que l'île Gourbi, plus quatre îlots : Gibraltar, occupé par les Anglais, Ceuta, abandonné par les Espagnols, Madalena, où la petite Italienne avait été recueillie, et le tombeau de saint Louis, sur la rive tunisienne. Autour de ces points respectés, s'étendait la mer Gallienne, comprenant environ la moitié de l'ancienne Méditerranée, et à laquelle des falaises rocheuses, de substance et d'origine inconnues, faisaient un cadre infranchissable. »

L'île Gourbi étant la seule terre d’envergure, et partant le seul territoire de subsistance pour les oiseaux, ceux-ci le ravagent, ce qui occasionne une de ces listes dont Verne use avec bonheur :
« Chemin faisant, le capitaine Servadac et ses compagnons dirigèrent une mousquetade nourrie contre le nuage d'oiseaux qui se développait au-dessus de leur tête. Il y avait là plusieurs milliers de canards sauvages, de pilets, de bécassines, d'alouettes, de corbeaux, d'hirondelles, etc., auxquels se mêlaient des oiseaux de mer, macreuses, mauves et goélands, et du gibier de plume, cailles, perdrix, bécasses, etc. Chaque coup de fusil portait, et les volatiles tombaient par douzaines. Ce n'était pas une chasse, mais une extermination de bandes pillardes. »

Leur astre s’éloignant du soleil, la température chute rapidement, et les rescapés s’installent dans le réseau caverneux d’un volcan où, canalisée, la lave pourvoit à leurs besoins en chauffage.
La grande question demeure : l’orbite du corps céleste qui les porte est-elle hyperbolique, parabolique ou elliptique (dans ce dernier cas, ils retourneront vers la terre). Palmyrin Rosette, astronome ayant également survécu, leur révèle qu’ils sont emportés par une comète, qu’il a nommée Gallia, et qui devrait rejoindre la terre au bout de deux ans (terrestres) : cours de cométographie qui m’a paru encore valable, et on mesure comme Verne s’adresse à un jeune lectorat (d’élèves ayant déjà un bon niveau scientifique).
Après maintes péripéties, la comète revient à son périhélie, et nos héros vont « se glisser avec l'atmosphère gallienne dans l'atmosphère terrestre »… en montgolfière !

Malgré un côté cocardier très daté (guerres et colonies), j’ai retrouvé cet esprit qui peut-être m’a plus formé que je ne l’aurais cru lors de mes lectures enfantines.
« Le caractère aventureux du capitaine Servadac étant donné, on accordera sans peine qu'il ne se montrât point définitivement abasourdi de tant d'événements extraordinaires. Seulement, moins indifférent que Ben-Zouf, il aimait assez à savoir le pourquoi des choses. L'effet lui importait peu, mais à cette condition que la cause lui fût connue. À l'entendre, être tué par un boulet de canon n'était rien, du moment que l'on savait en vertu de quelles lois de balistique et par quelle trajectoire il vous arrivait en pleine poitrine. Telle était sa manière d'envisager les faits de ce monde. Aussi, après s'être préoccupé, autant que le comportait son tempérament, des conséquences du phénomène qui s'était produit, il ne songeait plus guère qu'à en découvrir la cause. »

Cet aspect patriotique et martial est curieusement mis en abyme et moqué dans le personnage de Ben-Zouf – et l’humour aussi a vieilli…
Les stéréotypes, notamment racistes, sont systématiques quant aux nationalités et « races » :
« Petit, malingre, les yeux vifs mais faux, le nez busqué, la barbiche jaunâtre, la chevelure inculte, les pieds grands, les mains longues et crochues, il offrait ce type si connu du juif allemand, reconnaissable entre tous. C'était l'usurier souple d'échine, plat de cœur, rogneur d'écus et tondeur d'œufs. L'argent devait attirer un pareil être comme l'aimant attire le fer, et, si ce Schylock fût parvenu à se faire payer de son débiteur, il en eût certainement revendu la chair au détail. D'ailleurs, quoiqu'il fût juif d'origine, il se faisait mahométan dans les provinces mahométanes, lorsque son profit l'exigeait, chrétien au besoin en face d'un catholique, et il se fût fait païen pour gagner davantage. »

De même que sa phraséologie, le roman de Verne constitue d’ailleurs un document sur le XIXe ; livre paru en 1877, il commence par une provocation en duel (Servadak et Timascheff à propos d’une veuve convoitée), coutume fréquente à l'époque.
Évidemment, une certaine culture scientifique, surtout astronomique et physique, est recommandée chez le lecteur. C’est un trésor de géographie, d’histoire, de géologie, de botanique, etc., de techniques comme la marine, la géométrie, météorologie, etc. − et de vocabulaire ; il y a un côté didactique, mais attrayant pour certains : c’est extraordinaire, mais pas incompréhensible ; exemples :
« En un mot, dans la "bobine Rosette", la "nervosité", – que l'on accepte pour un instant ce mot barbare, – était emmagasinée à une très haute tension, comme l'électricité l'est dans la bobine Rhumkorff. »

(Belle métaphore du tempérament du professeur Palmyrin Rosette, comparé à un générateur de haute fréquence par induction, à une époque où « nervosité » est un néologisme récent…)
« À peine d'étroites criques s'ouvraient-elles çà et là. Pas une aiguade ne se voyait, à laquelle un navire pût faire sa provision d'eau. Partout se développaient ces larges rades foraines qui sont découvertes sur trois points du compas. »

(Une rade foraine est ouverte aux vents et aux vagues du large, d’après Le Grand Robert.)
Je ne connaissais pas la « mer saharienne », un projet que Verne développera dans son roman L'Invasion de la mer, voir aussi https://sciencepost.fr/au-xixe-siecle-il-y-eut-un-projet-de-creation-dune-mer-dans-le-desert-du-sahara/.
Verne use même du latin ; ainsi, « Orbe fracto, spes illoesa » se traduirait par « Même si tout est perdu, je garde espoir ».
Moins célèbre que d’autres, ce roman présente une grande fantaisie tout en étant exemplaire du regard scientifique qui caractérise Verne : parti de l’hypothèse possible d’un arrachement d’écorce terrestre suite à la collision avec une comète, il élabore un scénario mêlant effets plausibles et peu vraisemblables.
J’ai repensé à Cyrano de Bergerac, à son L'autre monde qui aurait pu inspirer Verne s’il l’a lu.

\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #sciencefiction #science #xixesiecle
par Tristram
Hier à 22:47
 
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Sujet: Jules Verne
Réponses: 3
Vues: 31

Cormac McCarthy

De si jolis chevaux

Tag aventure sur Des Choses à lire De_si_10


Au début des années cinquante, deux jeunes Texans passionnés de chevaux et de bétail, John Grady Cole et Lacey Rawlins, partent à l’aventure au Mexique. John Grady, dont le personnage prévaudra progressivement sur celui de son ami, a eu un père sévère, en mésentente avec sa mère.
« Elle est partie d’ici. Quand elle est partie tu venais d’avoir six mois et t’avais à peu près trois ans quand elle est revenue. Je sais que tu es plus ou moins au courant et on a eu tort de ne rien te dire. On s’est séparés. […]
C’est pour toi qu’elle est revenue, pas pour moi. Je crois que c’est ça que je voulais te dire.
Oui père. »

Ils chevauchent dans le Nord désertique, sont rejoints par un gamin, Blevins, qui accumule les déboires, jusqu’à la perte de son beau cheval, qu’il récupère de force dans le petit village La Encantada (sic). Les deux principaux protagonistes deviennent vachers dans une grande hacienda où ils dressent remarquablement des chevaux, et où John Grady, tombé amoureux d'Alejandra, la fille du riche propriétaire, la séduit. Poursuivis par la police à cause de l’affaire de Blevins, la violence se déchaîne, avec notamment un séjour brutal en pénitencier.
(Le résumé donné sur Wikipédia comporte de curieuses erreurs – peut-être pour piéger les copieurs ?!)
L’histoire est prenante, non dénuée d’action mais pas sur un rythme trop précipité ; elle procure une lecture aisée et agréable. Ce roman, premier de la Trilogie des confins (et en quelque sorte prolongement de Méridien de sang, a une certaine valeur documentaire sur les vachers d’Amérique du Nord, apporte un témoignage historique sur le Mexique, et donne de belles descriptions naturelles de la sierra, du chaparral et du désert.
« Il avait quarante-sept ans et il était le premier héritier mâle dans toute cette lignée du Nouveau Monde à atteindre un âge aussi avancé. »

Si l’histoire est captivante, cela tient aussi au style, qui reprend la particularité des enchaînements de séquences liées par la conjonction de coordination "et", sans autre ponctuation :
« Le feu n’était plus qu’un tas de braises et il était allongé et contemplait les étoiles à la place qui leur était assignée et l’ardente ceinture de matière fusant là-haut sur l’arc de l’obscure voûte et il posa les mains sur le sol de chaque côté de lui et les pressa contre la terre et dans ce baldaquin de noir brûlant sans chaleur il tournait lentement au plein centre du monde qui était là tout entier tendu et frémissant et qui bougeait, énorme chose vivante sous ses mains. »

« Le soir venu toutes les terres au nord étaient noires et le vent était froid et il allait avec méfiance sur les surplombs à travers les maigres touffes d’herbe et les pierres volcaniques éclatées et il resta un moment assis au-dessus d’une combe sur un plateau dans le froid crépuscule bleu le fusil posé en travers sur ses genoux pendant que les chevaux au piquet broutaient derrière lui et à la dernière heure où il y avait encore assez de lumière pour distinguer les hausses métalliques du fusil cinq cerfs entrèrent dans la combe et pointèrent leurs oreilles et s’arrêtèrent puis se penchèrent pour brouter. »

Des réflexions intéressantes sur le statut féminin, la mentalité mexicaine, sur le hasard et le destin…
« Il n’y a pas de pardon. Pour les femmes. Un homme peut perdre son honneur et le regagner. Mais une femme ne le peut pas. Elle ne le peut pas. »

« Dans le cœur de l’Espagnol il y a une grande soif de liberté, mais seulement de la sienne. Un grand amour de la vérité et de l’honneur sous toutes ses formes, mais pas dans sa substance. Et une profonde conviction qu’on ne peut pas prouver quelque chose tant qu’on ne l’a pas fait saigner. Les vierges, les taureaux, les hommes. Dieu lui-même pour finir. »

« Je crois que si c’était le destin qui régissait nos existences on arriverait peut-être à le flatter ou à le raisonner. Mais on ne peut ni flatter ni raisonner l’ouvrier qui frappe les monnaies [servant à tirer au sort]. »

Beaucoup de texte en espagnol, parfois traduit, sinon parfois compréhensible, parfois moins (bolsón, carrizal, etc.).
Un western qui échappe aux poncifs et au manichéisme typique en conservant ses caractéristiques ; il se pourrait fort bien que je ne tarde pas à lire la suite…

\Mots-clés : #aventure #ruralité #violence
par Tristram
le Mer 23 Juin - 13:36
 
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Sujet: Cormac McCarthy
Réponses: 40
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Daniel Defoe

The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoe

Tag aventure sur Des Choses à lire Robins10
Publié en 1719, 230 pages envion. Succès mondial depuis trois siècles.

Il m'a semblé une bonne idée (en était-ce une ?) de revenir au texte anglais initial. On y découvre des éléments questionnants, que bien des versions édulcorées ou "Jeunesse" ont passé à profits et pertes.

En 1719 Defoe était un homme politique, plusieurs fois jeté en prison pour dettes et pour positions politiques, il avait été aventurier, commerçant, agent secret, infiltrait les jacobites, trempait dans mainte opération et basses œuvres au nom de sa foi presbytérienne.

Toute cette dimension-là transparaît dans Robinson; ainsi, lorsqu'il prie (et il prie souvent, dans l'édition originale) avec ce côté très accentué des presbytériens s'accusant de celles d'entre leurs propres fautes qui leur paraissent les pires, aux fins d'espérer le pardon, la rémission, la rédemption, sommes-nous surpris de constater qu'au nombre de celles-ci ne figure pas la traite négrière, alors que désobéir à ses parents est une erreur de jeunesse sur laquelle il revient sans cesse.
La dimension Providence (très XVIIIème il est vrai) est particulièrement à l'honneur, c'est je crois -enfin du moins est-ce mon analyse, le sentiment vécu, éprouvé de celle-ci qui maintient Robinson à flot, la tête à peu près claire:
Le personnage de Tom Ayrton, dans L'Île Mystérieuse de Jules Verne, donne certainement une meilleure idée de l'état psychologique ravagé de ceux qui ont été marronés, largués solitaire sur une île déserte.

L'île de Robinson est déserte, humainement parlant, mais se révèle très prodigue.
C'est la solitude extrême qui lui pèse, mais avec vue sur une autre terre ou île: or il ne s'y aventure pas, c'est singulier.
De même il met des années avant de reconnaître complètement l'autre côté de l'île ou le naufrage l'a jeté seul survivant, ce qui est à tout le moins étrange, "on ne peut attendre d'un prisonnier qu'il ne fasse pas le tour de sa propre geôle" comme dit Marguerite Yourcenar (dans l'Œuvre au noir).

L'argent, la position sociale ne sont pas le mal mais le juste fruit de l'ingéniosité et du travail, notion à peu près impossible à comprendre pour la quasi-totalité des autres courants chrétiens (le terrain est très déblayé pour L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, le fameux ouvrage de Max Weber, presque deux siècles plus tard).  

Également la façon de se comporter en roi ou roitelet, avec ses assujettis, avec une prise de possession de l'île très "seul maître à bord après Dieu" que ce soit avec Vendredi puis son père ou avec les naufragés, est certainement époque, mais à rapprocher des convictions, des engagements politiques de Defoe.

Le seul livre que J-J Rousseau conseillait à Émile d'avoir en bibliothèque, au strict détriment de tous les autres, étonne aussi par la maladresse chronique de Robinson, maladresse que les versions expurgées ont transformé en ingéniosité.
Et la juste compensation de la maladresse est le travail, énorme, celui-ci à mi-chemin entre le rachat et le signe de la Providence.

Enfin, car j'arrête là - je m'en voudrais de trop lire et surtout de commenter sans recul cet énorme succès avec des yeux occidentaux du XXIème siècle - travers plus difficile à éviter encore que les fameux écueils de l'île de Robinson...  

Livre vivant, alerte, tenant bien son lecteur en haleine, même dans sa prime version: celà ça fait trois siècles que des millions de lecteurs en sont convaincus...
J'ai bien apprécié le souci de Defoe de brouiller les cartes, avec utilisation démiurgique de la notion de tempête destructrice: sommes-nous bien dans les Caraïbes, avec des traits d'îles qui font davantage penser aux côtes brésiliennes ou chiliennes ?
Là est une d'entre les petites touches d'un romancier talentueux...

He was a comely handsome Fellow, perfectly well made; with straight strong Limbs, not too large; tall and well shap’d, and as I reckon, about twenty six Years of Age. He had a very good Countenance, not a fierce and surly Aspect; but
seem’d to have something very manly in his Face, and yet he had all the Sweetness and Softness of an European in his Countenance too, especially when he smil’d.
His Hair was long and black, not curl’d like Wool; his Forehead very high, and large, and a great Vivacity and sparkling Sharpness in his Eyes. The Colour of his Skin was not quite black, but very tawny; and yet not of an ugly yellow nauseous
tawny, as the Brasilians, and Virginians, and other Natives of America are; but of a bright kind of a dun olive Colour, that had in it something very agreeable; tho’ not very easy to describe. His Face was round, and plump; his Nose small, not flat
like the Negroes, a very good Mouth, thin Lips, and his fine Teeth well set, and white as Ivory. After he had slumber’d, rather than slept, about half an Hour, he wak’d again, and comes out of the Cave to me; for I had been milking my Goats, which I had in the Enclosure just by: When he espy’d me, he came running to me, laying himself down again upon the Ground, with all the possible Signs of an humble thankful Disposition, making a many antick Gestures to show it: At last he lays his Head flat upon the Ground, close to my Foot, and sets my other Foot upon his Head, as he had done before; and after this, made all the Signs to me of Subjection, Servitude, and Submission imaginable, to let me know, how he would serve me as long as he liv’d; I understood him in many Things, and let him know, I was very well pleas’d with him; in a little Time I began to speak to him, and teach him to speak to me; and first, I made him know his Name should be Friday, which was the Day I sav’d his Life; I call’d him so for the Memory of the Time;
I likewise taught him to say Master, and then let him know, that was to be my Name; I likewise taught him to say, YES, and NO, and to know the Meaning of them; I gave him some Milk, in an earthen Pot, and let him see me Drink it before him, and sop my Bread in it; and I gave him a Cake of Bread, to do the like, which he quickly comply’d with, and made Signs that it was very good for him.


\Mots-clés : #aventure #colonisation #esclavage #insularite #lieu #nature #solitude
par Aventin
le Dim 6 Juin - 18:00
 
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Sujet: Daniel Defoe
Réponses: 24
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Tobias Smollett

L'Expédition de Humphry Clinker


Tag aventure sur Des Choses à lire L_expz10

Roman épistolaire qui retrace les pérégrinations du sieur Matthew Bramble, hobereau rendu aux eaux de Bath avec une partie de sa maisonnée ; évidemment son point de vue contraste avec ceux de sa sœur Tabitha (accompagnée de son chien Chowder et de sa suivante, Winifred), de sa nièce Lydia et de son neveu Jery.
Ce personnage d’« humeur bilieuse » semble rappeler l’auteur ; misanthrope, hypocondriaque, ses ennuis de santé le rendent acerbe, mais il est foncièrement généreux.
« Voilà, je dois l’admettre, un sujet à propos duquel je ne peux rien écrire sans perdre tout à fait patience, car la foule est un monstre dont je ne saurais souffrir ni la gueule, ni la queue, ni l’estomac, ni les membres : je l’abhorre dans son entier, comme un amas d’ignorance, de présomption, de méchanceté et de brutalité : et l’expression de ma réprobation s’adresse de même aux personnes des deux sexes qui en affectent les manières et en goûtent la société, sans distinction de rang, de condition ni de qualité. »

Malgré ce dégoût marqué de la populace, le petit peuple n’est pas oublié, par exemple avec le personnage de Win :
« Ah ! ma bonne femme ! Si tu pouvé seulmant te douter du plaisir que nous avons nous autre laitrès, de pouvoir lire les maux les plus entortillonnés sur le boue des dois, et de savoir écrire les maux étrangers sans devoir chercher dans la baissédère. »

(À son anglais, qu’elle partage d’ailleurs avec sa maîtresse, on mesure aussi le manque d’instruction des femmes au XVIIIe).
C’est satirique, et drôle, non sans finesse :
« Quant à Higgins, c’est assurément un braconnier notoire, et je trouve ce mauvais sujet bien impudent de vouloir ainsi venir poser ses collets jusque dans mon propre enclos. Il me semble bien qu’en mon absence, il s’est cru quelque droit à prendre sa part de ce que la nature semble avoir promis à l’usage général ! »

Les politiques, les écrivains, les gens de justice, roturiers comme aristocrates, toute la société est dénigrée.
C’est écrit dans le style feuilleton à épisodes et rebondissements, et d’ailleurs réapparaît Ferdinand, comte de Fathom, d’un précédent roman. Smollett s’inscrit dans la veine picaresque de Sterne, auquel il fait un clin d’œil : à propos de « correspondances de voyageurs », il cite « le voyage sentimental de Shandy ». D’ailleurs Tristram s’y retrouve :
« Il a beaucoup lu, mais sans jugement ni méthode, de sorte qu’il n’en a rien digéré. Il croit tout ce qu’il lit, surtout lorsqu’il y a décelé une part de merveilleux, et sa conversation est un étonnant fatras d’érudition et d’extravagance. »

Au quart du livre, Bramble et les siens partent pour Londres, et à cette occasion est engagé comme valet de pied Humphry Clinker, un jeune infortuné assez ingénu. Il devient prêcheur méthodiste, puis prisonnier accusé de brigandage ; ensuite la compagnie fait route vers le pays de Galles, et l'Écosse.
Savoureux passage où Matt discute l’inspiration sarrasine des cathédrales, mal conçues, inesthétiques et insalubres. Parmi les personnages de rencontre, un Écossais haut en couleur ayant combattu les Indiens en Amérique et ardent défenseur de sa langue rappelle Don Quichotte, et peut-être aussi l’auteur :
« L’esprit de contradiction est naturellement si ancré chez Lismahago que je suis convaincu qu’il a fouillé, lu, étudié avec une infatigable attention à seule fin de pouvoir réfuter les idées établies et s’octroyer des trophées en récompense de son orgueil de polémiste. Son amour-propre est si aiguisé qu’il ne tolérera pas le plus léger compliment, qu’il soit adressé à son pays ou à lui-même. […]
Cependant, s’il s’en prenait librement à ses compatriotes, il ne pouvait souffrir d’entendre qui que ce fût lancer impunément le moindre sarcasme à leur endroit. »

Le séjour calédonien est occasion de curiosités tant touristiques qu’historiques et folkloriques, notamment chez les Highlanders, ainsi que de rendre visite au « Dr Smollett »…
L’expression d’une langue soutenue n’est pas le moindre plaisir procuré par cette lecture. Autant qu’il est possible sans accéder à l’original, ce livre m’est apparu comme excellemment traduit par Sylvie Kleiman-Lafon (un premier traducteur fut Giono) ; il convient de signaler les traductions bien faites, presque autant que les mauvaises.
Happy end de rigueur.
« Le plus grand avantage qu’il y a à voyager et à observer l’espèce humaine en chair et en os est sans aucun doute de pouvoir ensuite dissiper le honteux brouillard qui obscurcit les facultés de l’esprit et nous empêche de juger avec franchise et précision. »


\Mots-clés : #aventure #correspondances #famille #voyage
par Tristram
le Ven 28 Mai - 13:55
 
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Sujet: Tobias Smollett
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Honoré de Balzac

Une passion dans le désert

Tag aventure sur Des Choses à lire Tylych11

Il s’agit d’une nouvelle assez brève, mais qui m’a beaucoup intéressé. L’histoire, c’est celle d’un soldat napoléonien en Égypte, capturé par les « Maugrabins » et emmené par ses ravisseurs dans le sud du pays. Il parvient à s’évader, et est confronté dans une oasis à une panthère qui accepte ses caresses. C’est un thème fantasmatique qu’on retrouve ici ou là dans la littérature, celui d’un homme ayant des rapports sensuels avec un animal.
« C'était joli comme une femme. La blonde fourrure de la robe se mariait par des teintes fines aux tons du blanc mat qui distinguait les cuisses. La lumière profusément jetée par le soleil faisait briller cet or vivant, ces taches brunes, de manière à leur donner d'indéfinissables attraits. »

Je ne pense pas qu’Honoré de Balzac ait connu le désert, mais à la fin du texte sa synthèse en est aussi pertinente que concise :
« Eh bien, monsieur, reprit-il après un moment de silence, j'ai fait depuis la guerre en Allemagne, en Espagne, en Russie, en France ; j'ai bien promené mon cadavre, je n'ai rien vu de semblable au désert… Ah ! c'est que cela est bien beau ! […]
Dans le désert, voyez-vous, il y a tout, et il n'y a rien…
− Mais encore, expliquez-moi…
− Eh bien, reprit-il en laissant échapper un geste d'impatience, c'est Dieu sans les hommes. »

Près de deux cent ans plus tard, on n’évoquerait peut-être pas Dieu (alors, le monde ? le grand tout ?), mais cet énoncé rend excellemment l’effet produit par le désert.

\Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Dim 23 Mai - 15:38
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Ahmadou Kourouma

Allah n’est pas obligé

Tag aventure sur Des Choses à lire Allah_10

« Je décide le titre définitif et complet de mon blablabla est Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Voilà. Je commence à conter mes salades. »

Après cet incipit, Birahima, un jeune garçon de Togobala (Guinée ; mais la précision géographique a peu d’importance, c’est l’ensemble de l’Afrique occidentale qui peut convenir comme théâtre de ces tribulations) commence à raconter sa vie dans un français laborieux (et savoureux), s’aidant de dictionnaires et d’un lexique de français d'Afrique ; Kourouma donne entre parenthèses la définition des mots peu courants, et c’est peut-être parce que ce texte fut écrit à la demande d’anciens enfants-soldats d’Afrique de l’Est.
« Ces dictionnaires me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer. Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte de gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colons, des noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre). Le Larousse et le Petit Robert me permettent de chercher, de vérifier et d’expliquer les gros mots du français de France aux noirs nègres indigènes d’Afrique. L’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique explique les gros mots africains aux toubabs français de France. Le dictionnaire Harrap’s explique les gros mots pidgin à tout francophone qui ne comprend rien de rien au pidgin. »

« (Au village, quand quelque chose n’a pas d’importance, on dit qu’il ne vaut pas le pet d’une vieille grand-mère. Je l’ai expliqué une fois déjà, je l’explique encore.) »

Birahima est élevé par sa mère infirme puis, devenu orphelin, surtout par la rue : « j’étais un enfant sans peur ni reproche ».
Le principal leitmotiv dans l'aire musulmane, c’est bien sûr que tout dépend d’Allah, qu’il faut célébrer avec fatalisme – mais l’antienne varierait peu sous d’autres cieux monothéistes.
« Les sacrifices, c’est pas forcé que toujours Allah et les mânes des ancêtres les acceptent. Allah fait ce qu’il veut ; il n’est pas obligé d’accéder (accéder signifie donner son accord) à toutes les prières des pauvres humains. Les mânes font ce qu’ils veulent ; ils ne sont pas obligés d’accéder à toutes les chiaderies des prieurs. »

Parti rejoindre sa tante au Liberia avec Yacouba, féticheur et « multiplicateur de billets de banque », il devient enfant-soldat, small-soldier, dans le camp du colonel Papa le bon, une sorte de prêtre inféodé à Taylor, « avec la soutane, les galons, les grigris en dessous, le kalach et la canne pontificale » (nombreux sont les personnages religieux, d'obédience « œcuménique », souvent féminins, qui encadrent les factions).
« La sœur Hadja Gabrielle Aminata était tiers musulmane, tiers catholique et tiers fétichiste. »

Tableau bien documenté de l’horreur délirante de « la guerre tribale » (civile), d’abord au Liberia puis en Sierra Leone, sans concession pour les dirigeants de la sous-région et « leurs troupes d’interposition qui ne s’interposent pas », la diaspora libanaise, les associations de chasseurs traditionnels, et la communauté internationale.
« Comparé à Taylor, Compaoré le dictateur du Burkina, Houphouët-Boigny le dictateur de Côte-d’Ivoire et Kadhafi le dictateur de Libye sont des gens bien, des gens apparemment bien. Pourquoi apportent-ils des aides importantes à un fieffé menteur, à un fieffé voleur, à un bandit de grand chemin comme Taylor pour que Taylor devienne le chef d’un État ? Pourquoi ? Pourquoi ? De deux choses l’une : ou ils sont malhonnêtes comme Taylor, ou c’est ce qu’on appelle la grande politique dans l’Afrique des dictatures barbares et liberticides des pères des nations. (Liberticide, qui tue la liberté d’après mon Larousse.) »

« (la Conférence nationale, c’est la grande foire politique qu’on a organisée dans tous les pays africains vers 1994, au cours de laquelle chacun a raconté ce qui lui passait par la tête). »

Témoignage précis sur le système :
« La première fois que j’ai pris du hasch, j’ai dégueulé comme un chien malade. Puis c’est venu petit à petit et, rapidement, ça m’a donné la force d’un grand. Faforo (bangala du père) ! »

« Le camp était limité par des crânes humains hissés sur des pieux comme tous les casernements de la guerre tribale. »

Épisodes terribles, comme celui de la méthode « Pas de bras, pas d’élections » :
« On procéda aux "manches courtes" et aux "manches longues". Les "manches courtes", c’est quand on ampute les avant-bras du patient au coude ; les « manches longues", c’est lorsqu’on ampute les deux bras au poignet. Les amputations furent générales, sans exception et sans pitié. Quand une femme se présentait avec son enfant au dos, la femme était amputée et son bébé aussi, quel que soit l’âge du nourrisson. Autant amputer les citoyens bébés car ce sont de futurs électeurs. »

Dans ce récit teinté d’oralité et d’autres caractéristiques de la narration africaine, Birahima fait souvent l’oraison funèbre d’enfants-soldats tués, occasion de raconter leur histoire et la façon dont ils furent recrutés.
Partout recommencés, les grigris, les kalach, la corruption, l’anarchie, des « rebelles » aux coupeurs de route et « autres fretins de petits bandits », comme les « sobels » : « C’est-à-dire des soldats dans la journée et des rebelles (bandits pillards) dans la nuit », jusqu’à la sauvagerie extrême.
« Dans les guerres tribales, un peu de chair humaine est nécessaire. Ça rend le cœur dur et dur et ça protège contre les balles. »

« J’ai voulu devenir un petit lycaon de la révolution. C’étaient les enfants-soldats chargés des tâches inhumaines. Des tâches aussi dures que de mettre une abeille dans les yeux d’un patient, dit un proverbe des nègres noirs indigènes et sauvages. […]
"Eh bè, les lycaons, c’est les chiens sauvages qui chassent en bandes. Ça bouffe tout ; père, mère, tout et tout. Quand ça a fini de se partager une victime, chaque lycaon se retire pour se nettoyer. Celui qui revient avec du sang sur le pelage, seulement une goutte de sang, est considéré comme blessé et est aussitôt bouffé sur place par les autres. Voilà ce que c’est. C’est pigé ? Ça n’a pas pitié." »

Yacouba et Birahima, le grigriman et l’enfant-soldat, sont ballotés d'une péripétie à l'autre ; mais chaque flambée de violence est une aubaine pour eux, un regain de prospérité dans un monde en ruine.
« En ce temps-là, les Africains noirs indigènes sauvages étaient encore cons. Ils ne comprenaient rien à rien : ils donnaient à manger et à loger à tous les étrangers qui arrivaient au village. »

Finalement j’ai trouvé peu de romanciers africains qui m’aient convaincu ; mais Ahmadou Kourouma sait transmettre une bonne partie de l’esprit caractéristique de l’Afrique occidentale, notamment celui de la Côte d’Ivoire.
J’ai beau avoir vécu dans les parages et connaître les évènements, j’ai été frappé par le rendu des faits : c’est un livre d’une grande puissance. Heureusement qu’il a été écrit par un Noir, un Africain, parce que d’une autre couleur, d’une autre origine, il aurait été vilipendé, surtout à notre époque de chasse gardée de la parole.
Me reste à lire la suite et fin de ce récit, Quand on refuse on dit non, chronique du retour de Birahima en Côte d’Ivoire.

\Mots-clés : #aventure #enfance #guerre #historique #independance #politique #racisme #Religion #temoignage #traditions #violence #xixesiecle
par Tristram
le Ven 14 Mai - 20:35
 
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Sujet: Ahmadou Kourouma
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Pete Fromm

Le Nom des étoiles

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_nom10


Récit très largement autobiographique, sorte de remake d’Indian Creek : Pete Fromm va de nouveau surveiller des œufs de poisson, cette fois-ci pas de saumons mais d’ombres, non plus dans l’Idaho mais dans la Bob Marshall Wilderness, Montana, et pas pour 7 mois mais pour un seul, 25 ans plus tard. Sauf qu’il n’a pas pu emmener ses deux fils, et il a beaucoup de mal à s’y faire. Sans compter la présence de grizzlis, qui l’oblige à chanter en se déplaçant pour annoncer la sienne.
Des allers-retours dans son existence passée (maître-nageur dans le Nevada, garde forestier des rivières au Grand Teton National Park, Wyoming, etc.) alternent avec les épisodes de cette histoire principale, sans grande opportunité, sinon occasion de considérations métaphysiques sur la vie et la mort, sur le hasard et la filiation aussi. Le récit vaut surtout pour certaines péripéties vécues en pleine nature, des images de la faune sauvage qui (me) font rêver.
Pendant son séjour, Fromm lit les nouvelles d’Hemingway, qui l’inspire – je vais faire de même, à titre de comparaison.

\Mots-clés : #autobiographie #aventure #nature #solitude
par Tristram
le Dim 2 Mai - 12:25
 
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Joseph Kessel

Le Lion

Tag aventure sur Des Choses à lire Index14

Bien belle histoire, qui emmène le lecteur dans la brousse au pied du Kilimandjaro − au sens aussi de fable, fiction merveilleuse, qui fait rêver −, que celle de cette petite fille, impérieuse avec les humains, qui le don de se faire accepter des animaux sauvages qu’elle comprend… Aussi intéressante lorsqu’elle évoque les Masaï, ces hautains nomades qui ne possèdent que leur lance et leur cheptel.
« Mais c’étaient les cous longs, noirs, robustes et flexibles à l’extrême qui, dans cette dislocation des corps, semblaient le ressort essentiel. Tantôt rentrés et comme effacés, tantôt jaillissants et dressés en minces colonnes ou rejetés, retournés, agités de mouvements reptiliens, désarticulés, invertébrés, ils menaient leur propre jeu, leur propre danse. Et à leur surface, les cris faisaient saillir veines et tendons ainsi que des nœuds de lianes. »

Le morane (jeune guerrier masaï) Oriounga est au cœur de l’attente d’un dénouement dramatique qui tend le suspense du roman.
« Était-ce la bravoure d’un orgueil insensé ? Ou l’orgueil d’une bravoure sans défaut ? Ou bien encore et, en vérité, était-ce, par-delà le raisonnement, la bravoure et l’orgueil, une fidélité obscure et toute-puissante aux mythes de la tribu, aux ombres innombrables et sans âge de tous les moranes du peuple masaï, tour à tour victimes et tueurs de lions ? »

« Kihoro tirer sur Oriounga ? Ou le morane percer de son javelot le vieux pisteur borgne ? Ou un rhinocéros éventrer Bullit ? Ou King, oubliant tout à coup les règles du jeu, déchirer Patricia ? Ou Sybil devenir folle ? »

On a tendance à voir l’auteur dans le narrateur, en une sorte de premier degré, mais peut-être le personnage de John Bullit, dit Bull, administrateur de la Réserve, l’incarne-t-il davantage.
Je ne l’avais pas lu je pense, mais comme d’autres "classiques", tel Cantique de Noël de Dickens, qui sont devenus archétypiques, on a souvent l’impression de "déjà-lu" tant ils font partie de notre univers mental partagé (et ont été repris par l’audiovisuel – Daktari & Co).

\Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Mer 3 Mar - 20:10
 
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Sujet: Joseph Kessel
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Mark Twain

Tag aventure sur Des Choses à lire Buck10

Les Aventures de Huckleberry Finn


Un adolescent qui ne veut pas être "civilisé" entendez par là, qui veut faire à sa guise, malgré l'affection que lui prodigue l'aimable et Vve madame Douglas qui l'a adopté car sa mère n'est plus et son père est une brute, buveur que Huck ne souhaite plus revoir.

Huck et son ami Tom, orphelin aussi, ont découvert un trésor, ils sont riches de 6000 dollars, dont le père de Huck veut le "soulager" et il l'oblige à le suivre, le séquestre dans sa cabane dont Huck parvient à s'échapper. Il se cache  dans une petite île du fleuve Missouri et se propose de descendre le fleuve  avec son canot dès que les habitants de la ville, la police et son père arrêteront de rechercher le "noyé" ;  car c'est évident  il a été jeté dans le fleuve après qu'il fut assassiné puisque des traces, savamment abandonnées par Huck convainquent du drame.

Mais l'île cache un autre personnage ; Jim l'esclave de la soeur de la Vve. Huck est bien content de partager la solitude avec Jim.

"– Jim... je ne me serais pas attendu à ça de ta part.
– Oui ; mais vous avez promis de ne pas me dénoncer.
Si l’on apprend que je t’ai gardé le secret, on me traitera de canaille d’abolitionniste et on me montrera au doigt. N’importe, j’ai promis, je tiendrai...
– Vous vous êtes sauvé aussi, massa Huck.  
– Oh ! ce n’est pas la même chose ; je n’appartiens à personne ; on ne m’a pas acheté"


Jim aime bien conter des histoires, réelles ou à peu près et comme Huck est superstitieux il est intéressé.

"Il me parla ensuite d’une foule d’autres choses qu’on doit éviter de faire, sous peine de s’attirer une mésaventure plus ou moins sérieuse. Il ne faut jamais secouer une nappe après le coucher du soleil. Quand on prépare un plat, il ne faut jamais compter ce qu’on met dedans – les œufs d’une omelette, par exemple. Si le propriétaire d’une ruche vient à trépasser, il faut avertir les abeilles dès l’aube, sans quoi elles cesseraient de travailler et crèveraient.
Les nègres sont très forts pour reconnaître les mauvais présages. Une fois lancé sur ce terrainlà, Jim eut l’air de ne plus pouvoir s’arrêter et la plupart de ses histoires n’avaient rien de neuf pour moi."


Huck lui raconte l'histoire de Salomon et du bébé qu'il menace de couper en deux, Jim ne comprend pas l'action proposée par le roi

"Je vis que ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un nègre à raisonner."

Jim et Huck récupère un radeau qui les conduira dans les Etats libres, ce qu'évidemment souhaite vivement Jim, il pense pouvoir ensuite racheter femme et enfant. Huck profite de l'endormissement de Jim pour lui faire une blague.

"Lorsque je vous ai revu là, sans une égratignure, les larmes me sont montées aux yeux. J’étais si content que j’avais envie de me jeter à vos pieds et de les embrasser. Vous, vous n’avez pensé qu’à vous moquer du vieux Jim et à lui faire honte de sa bêtise avec vos menteries. Oui, il y a un tas de saletés sur le radeau, et ces saletés, ce sont les gens qui font des avanies à leurs amis. Là-dessus Jim me tourna le dos et se glissa dans le wigwam sans dire un mot de plus. Il en avait dit assez. Je me sentais si honteux que j’aurais presque pu me jeter à ses pieds pour lui demander pardon.Ce ne fut qu’au bout d’un quart d’heure que je me décidai à m’humilier devant le nègre ; mais je le fis. Je ne le regrette pas et je n’en ai jamais rougi depuis. Je ne lui aurais certes pas joué ce tour-là si je m’étais douté qu’il prendrait la chose à cœur."

Bien des aventures vont retarder Huck et Jim, notamment deux escrocs dont ils auront du mal à se séparer.

"Il va sans dire que, pour ma part, je ne les plaignais ni l’un ni l’autre ; sans la frayeur qu’ils m’inspiraient, je les aurais dénoncés"


Tom fait preuve aussi d'amitié et n'hésite pas à mentir pour éviter à Jim d'être découvert sur leur radeau. Jim recherché comme esclave évadé se retrouvera enfermé dans une cabane en bois. Huck ayant été pris par erreur par la tante de Tom est traité comme neveu, mais Tom arrive lui aussi au domicile de sa tante. Imbroglio sur les prénoms des deux jeunes gens. Qui est qui ?

Mis au courant de la situation de Jim Tom décide qu'il participera à l'évasion de Jim avec Huck, mais il faut que se soit spectaculaire ! Donc se référant à ses lectures d'aventures, de prisonniers célèbres, il prend le déroulememnt de l'évasion en mains. Ce déroulement étonnera beaucoup Jim qui trouve bien compliqué de suivre les directives de Tom, en tant que prisonnier.

Il faut dire que Huck de son côté fait remarquer à son ami Tom qu'il complique les tâches, mais Tom est intransigeant, Jim est prisonnier il doit être dans les mêmes conditions que tous les prisonniers de ses lectures, voire rester 37 ans emprisonné (sic) et son évasion doit l'être également.

" À la bonne heure, Tom ! Nous voilà d’accord. Nous supposerons tout ce que tu voudras. Pour peu que tu y tiennes, je supposerai qu’il y est resté cent ans. Maintenant, tu peux compter sur moi pour escamoter les deux couteaux"


Les deux amis feront bien évader Jim mais ce dernier ayant alerter, pour plus de vraisemblance, la famille et les poursuivants, Tom sera blessé.
Son état nécessitant des soins Jim n'hésite pas à ramener Tom au domicile de sa famille, quitte à se faire reprendre. Qu'importe Huck est son ami et Tom l'est devenu.

"– Quelle chance, hein ? dit-il, tandis que nous détachions le mouchoir qu’il avait roulé autour de sa jambe. Une évasion sans coups de fusil ne vaudrait pas deux cents. Je n’avais plus envie de chanter victoire et Jim n’était plus disposé à danser. Il courut chercher de l’eau pour laver la blessure et déchira une des chemises du duc pour faire un bandage."

Huck : "Je savais bien que mon vieux Jim était blanc en dedans"




Une histoire mais qui illustre bien la situation des esclaves noirs, les relations avec certains de leurs "maîtres". D'ailleurs Huck sait qu'il ne devrait pas, en tant que blanc, partager une amitié avec un noir et de plus un esclave évadé. Mais malgré l'héritage de haine, d'idées fausses, de supériorité inique,  Huck appréciera l'amitié de Jim, même si, oui si il emploie le terme de  "nègre" . Suffit de vouloir connaître "l'autre". De plus Huck lui-même n'aspire qu'à la liberté.

Du côté de Tom, il s'agit aussi de montrer ce qu'il est capable de faire ; son imagination n'est jamais prise en défaut et puisque Huck est son ami et que celui-ci désire aider Jim, il s'y associera aussi, dans une évasion qu'il veut rocambolesque.

Donc un rappel nécessaire de l'esclavage aux USA puisqu'il n'a été aboli qu'en 1863 par proclamation de Lincol, mais nous savons qu'aujourd'hui encore les  exactions ont continué et les relents sont présents. (James Meredith, né le 25 juin 1933 à Kosciusko dans l'État du Mississippi (États-Unis), a été le premier étudiant noir-américain de l'université du Mississippi, jusqu'alors réservée aux étudiants blancs.)

merci à toi Animal de ta proposition


Mots-clés : #amitié #aventure #esclavage #racisme
par Bédoulène
le Mer 3 Mar - 17:43
 
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Jean Giono

Le Hussard sur le toit

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_hus10

Angelo, Piémontais jeune, généreux, beau, épris de panache, de liberté et d’héroïsme, d’ailleurs militaire et « révolutionnaire », chevauche en Provence dans la canicule et une grande joie de vivre.
« Il avait le goût de la supériorité et la terreur de l'affectation. Il était heureux. »

Tout le livre constitue une sorte de parcours initiatique, quête du comportement digne d’un homme de qualité, rêves de gloire d’un orgueilleux à la recherche de l’estime de soi, impatient de se conformer à l’image qu’il se fait de la bravoure désinvolte et ne craignant que paraître lâche ou peureux.  
« Au fond, tout revient à : “Vive moi !” »

Le choléra surgit, ajoutant l’horreur à ce récit d’aventures jouissif, étonnant d’un lyrisme à la limite de l’outrance dans ses descriptions de paysages comme de cadavres ou d’agonies (en passant par les oiseaux carnivores) – assez éloignées de toute réalité, mais qui "passent" toujours.
Angelo aide gratuitement un médecin, « le petit Français », à soigner (vainement) les moribonds, puis une nonne à laver (tout aussi vainement) les morts. C’est l’occasion de quelques péripéties cocasses, comme le réveil de celui qu’on croyait mort (la suite est hallucinante) :  
« – Il nous a trompés, dit la nonne.
– Ce n'est pas de sa faute, parlez à voix basse. On l'a cru mort, on s'est débarrassé de lui. Mais il est vivant et même je le crois sauvé.
– C'est un salaud, dit-elle. Il est vivant et je lui ai lavé le cul. »

Autre humour, plus fin, lorsqu’Angelo se trompe en imaginant des manœuvres nocturnes (il tient sans doute sa grande imagination de son auteur).
Giuseppe, son frère de lait, remet à Angelo une lettre de sa mère, une duchesse dont il est fils naturel, et dont il tient aussi beaucoup :
« La lettre était datée de juin et disait : "Mon bel enfant, as-tu trouvé des chimères ? Le marin que tu m'as envoyé m'a dit que tu étais imprudent. Cela m'a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures. […]
" Et maintenant, parlons de choses sérieuses. J'ai peur que tu ne fasses pas de folies. Cela n'empêche ni la gravité, ni la mélancolie, ni la solitude : ces trois gourmandises de ton caractère. Tu peux être grave et fou, qui empêche ? Tu peux être tout ce que tu veux et fou en surplus, mais il faut être fou, mon enfant. Regarde autour de toi le monde sans cesse grandissant de gens qui se prennent au sérieux. Outre qu'ils se donnent un ridicule irrémédiable devant les esprits semblables au mien, ils se font une vie dangereusement constipée. »

Et bien sûr il y a le superbe personnage de Pauline au visage « en fer de lance », pendant féminin d’Angelo le chevaleresque, orpheline de mère :
« – Les mères me conviendraient toutes. La mienne était, paraît-il, très jolie, très douce, très malade, et elle me désirait. J'ai eu amplement le temps d'aimer une ombre. Rire à mon père ne m'a jamais complètement satisfaite, même au berceau, si j'en juge par ce qui m'est resté de désirs que rien ne contente. »

Des théories paradoxales glosent sur le choléra et ses causes (tel l’orgueil !) :
« On meurt littéralement d'égoïsme. Notez ceci, je vous prie, qui est le résultat de nombreuses observations cliniques, si nous étendons le terme à la rue et aux champs et à la soi-disant bonne santé qui y circule : rues et champs que j'ai beaucoup plus fréquentés que les lits. Quand il s'agit de peste ou choléra, les bons ne meurent pas, jeune homme ! Je vous entends. Vous allez me dire comme beaucoup que vous avez vu mourir des bons. Je vous répondrai : “C'est qu'ils n'étaient pas très bons.” »

Ces discours ne m’ont pas semblé contenir beaucoup de sens, symbolique, allégorique, ou autre. Ils paraissent valoir pour leur ton, leur fantaisie baroque ; à ce propos, je n’ai malheureusement pas lu l'Arioste, fréquemment cité, et peut-être cette lecture serait-elle éclairante. Si ce livre devait contenir un "message", ce serait sans doute celui de la force de la joie de vivre, mais...
« Le choléra fini, il restera les miroirs à affronter. »

C'étaient quelques remarques au cours de ma relecture de ce chef-d’œuvre ; celle-ci m’a permis de retrouver comme des ressouvenirs d’aventures vécues – ce qui est finalement le cas.
« À pied on passe partout. Dans les collines sèches les morts ne sentent pas mauvais ; ne sentent même rien ; sentent parfois le thym et la sarriette dans laquelle ils sont couchés, toujours dans des poses très nobles, parce qu'ils sont morts devant de grands paysages. L'image des horizons libres généralement bleu pervenche donne aux muscles la fluidité qui les fait se dénouer après la mort. Il avait remarqué que, dans les pinèdes, où l'odeur de la résine s'ajoute au soleil pour composer une atmosphère de four, les cadavres qu'il rencontra (dont l'un était celui d'un garde-chasse) avaient surtout le mal du siècle : une certaine nonchalance d'allure et mélancolie d'attitude, l'air d'en avoir assez, une sorte de mépris de bonne compagnie. »


\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #jeunesse
par Tristram
le Dim 21 Fév - 12:28
 
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Sujet: Jean Giono
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Daniel Defoe

Tag aventure sur Des Choses à lire 41avfp10

Robinson Crusoé

Je viens de finir cette relecture, ultra classique.

Au-delà des péripéties, l'oeuvre est imbibée de philosophie, tant sur l'infortune (vers laquelle on se précipite bien souvent inconsciemment, à l'instar du héros), sur la civilisation, ses bienfaits et ses limites, Dieu (omniprésent car Crusoé survit dans son île désertique grâce à la lecture assidue de la Bible, dans une adoration permanente du Créateur).

Je trouve finalement ce livre très cérébral. La mer et le naufrage ne sont que des prétextes à une retraite spirituelle forcée, obligeant l'homme à repenser le monde, voire à en modifier ses représentations.

Le récit s'étale, ce qui nous fait ressentir le temps de cette solitude muette, qui semble ne jamais finir.

Il y a évidemment la rencontre fondamentale avec Vendredi, qui sonne comme le retour au monde et à sa diversité.

De nombreuses questions sur les peuples, leurs différentes moeurs sont abordées. De quoi en faire un ouvrage qui abat quelques préjugés, mais pas tous.

Le livre reste un bon reflet des questionnements du 18ème.


\Mots-clés : #ancienregime #aventure #phychologique #solitude
par Tatie
le Jeu 18 Fév - 21:11
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Antoine Choplin

Tag aventure sur Des Choses à lire 51fcty10

Nord-Est

Depuis le temps qu’ils sont dans ces camps, que le temps d’avant s’est éloigné de plus en plus, ils sont un groupe de quatre qui décident de partir, tenter l’espoir et l’aventure, retourner dans les plaines du Nord-Est où jadis, la vie était si douce.

Gari, le meneur raisonnable, Emmet le naïf qui remonte le moral à chacun, Saul, le poète devenu mutique et Jamarr le rebelle. Des noms de héros mythologiques pour ces humbles hommes malmenés par le destin.

Des épreuves et d’heureux partages les attendent sur les plateaux et les montagnes, qui soudent la petit équipe, et chacun trouve sa place dans le quatuor, encourage, rabroue, regrette, rassure, espère…

C’est un roman d’aventure qui vaut pour le temps commun partagé - et la solitude au sein de ce partage - , le dialogue pudique et amical entre les hommes (et aussi une femme qui les rejoint), qui savent qu’ils doivent se ménager les uns les autres, pour leurs silences et leurs humeurs. Cette présence attentive à l’autre, même plus faible, m’a parfois fait penser à Des souris et des hommes.

Le texte est très dialogué, fait de phrases humbles et fraternelles. Car encore plus que le cheminement, la nature hostile ou accueillante, c’est par ces personnages subtils et attachants que le livre a tenu la lectrice dans une béatitude émerveillée.


Mots-clés : #aventure #contemporain
par topocl
le Ven 22 Jan - 17:15
 
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Sujet: Antoine Choplin
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Le One-shot des paresseux

Tag aventure sur Des Choses à lire 61qifo10

Endurance, L'incroyable voyage de Shackleton de Alfred Lansing

Pas le livre qui brille par ses qualités littéraires, ce n'est pas non plus le but. Pas non plus le livre qui brille par la qualité de l'édition (Points) : trop bien le lexique orienté bateau mais un lexique banquise aurait été plus approprié (et LA note en base de page pour l'épaulard, ça en deviendrait drôle). Mais dans ce récit composé à partir de journaux et de notes d'interview des principaux intéressés il y a suffisamment de quoi vous faire tourner les pages.

"Le 18 janvier 1915, l'Endurance ayant a son bord une expédition se proposant de traverser a pied le continent antarctique est prise par la banquise sans avoir pu toucher terre."

La fin de l'histoire plus d'un an et demi après. 28 hommes qui auront vécu coupés du monde pendant ce temps-là. Sans s’entre-tuer, sans perdre complètement espoir, dans des conditions physiques extrêmes de froid, d'humidité et de fin ou d'inconfort. Leur bateau aura été écrasé par la glace, ils auront fait un bout de chemin en traîneau, un bout sur la mer avant d'arriver sur l'île de l’Éléphant  et que quelques-un traversent en chaloupe (si on est généreux on arrondit à 8x2m) des coins qui aujourd'hui encore ne doivent pas être toujours recommandables.

Tag aventure sur Des Choses à lire Ima-ex10
Direction le Passage de Drake

De l'autre côté traversée de paysage "local" ça grimpe et redescend beaucoup...

C'est ahurissant la résilience de ces hommes. Entre les tempêtes il y a l'attente, âmes sensibles s'abstenir.

One-shot parce que l'auteur beeen... mais lire autre chose sur le sujet dont le récit des événements par Shackleton ça oui !


Mots-clés : #aventure #documentaire #journal #lieu #nature #voyage
par animal
le Sam 2 Jan - 20:07
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Littérature et alpinisme

Louis Lachenal


Tag aventure sur Des Choses à lire Lachen12
Né le 17 juillet 1921 à Annecy, décédé le 25 novembre 1955 dans la vallée Blanche à Chamonix.

Biographie:

Le petit garçon, fils d'un épicier d'Annecy que la guerre dite Grande rendra sédentaire à la vie civile avec un pied-bot, déniche vite dans les falaises entourant Annecy et via les camps de scouts l'attrait de la confrontation avec soi-même et la pleine nature, et le partage et la camaraderie qui vont avec, l'escalade et l'escapade, c'est tout un chacun. Très adroit de ses mains, il construit d'après plan un canoë pour des virées libres et adolescentes sur le lac d'Annecy.
Spoiler:
Puis, c'est la voie royale de l'époque, Jeunesse et Montagne, il y effectue ses premières courses, puis ses premiers encadrements de cordées. Reçu "Porteur" diplômé à Chamonix (aspirant-guide, aujourd'hui), il multiplie les courses et les voies, difficiles pour son compte comme plus aisées, afin d'offrir un répertoire de possibles à sa future clientèle. Très vite sa grande classe en escalade, la sûreté de son encadrement, la qualité de ses topos-guides sont remarqués. Mais il doit s'exiler pour échapper au STO, ce sera en Suisse, à deux pas, d'où est originaire Adèle, épousée en 1942. L'hospitalité lui pesant, il partage les travaux d'un camp de réfugiés. À la fin de la guerre, il obtient son diplôme de Guide de Haute-Montagne, et c'est le début d'une cordée, avec Lionel Terray, dont les réalisations constituent le nec plus ultra de l'alpinisme français de l'époque, dont la première répétition de la face nord de l'Eiger en 1947.
Il conçoit, dessine et bâtit tout seul le chalet familial au Praz de Chamonix, lequel est toujours debout et bien portant.

Avec Gaston Rébuffat et Lionel Terray, il fut l'un des trois guides sélectionnés pour l'expédition française en Himalaya népalais de 1950 (en comapgnie de Maurice Herzog, Jean Couzy, Marcel Schatz, alpinistes, du Dr Jacques Oudot, et du cinéaste Marcel Ichac), conduite sous la houlette du diplomate Francis de Noyelle et du Club Alpin français présidé par Lucien Devies, le Résistant chasseur-alpin Maurice Herzog étant adoubé chef de terrain.

Expé qui avait pour objectif l'Annapurna ou bien le Dhaulagiri, il atteint le sommet de l'Annapurna (8091 m., à l'époque on le croyait à 8076 m.) en compagnie de Maurice Herzog le 5 juin 1950, juste avant la mousson. Les deux hommes restent, à jamais, les premiers à avoir foulé un sommet de plus de 8000 mètres.
Le retour sera un calvaire (pieds gelés, amputations progressives de fortune).

Retour à Chamonix, où il comprend vite s'être fait voler la vedette par Maurice Herzog, il donne ensuite une série de conférences (Connaissance du Monde), dès 1951 sur le territoire français et jusqu'au Congo belge en 1952, où il signera la première française en compagnie d'Adèle et d'un guide local dans les neiges du Rwenzori, à 5109 mètres d'altitude, au pic Marguerite.
Il reprend peu à peu les entraînements et les ascensions.
On lui confie la direction de l'équipe de France de ski en descente et slalom, un travail d'inspecteur (on dirait aujourd'hui un pilotage d'une démarche qualité-méthodes) pour le compte de l'Ensa (École Nationale de  Ski et d'Alpinisme) de Chamonix, passage obligé pour tout futur guide.

Il meurt en ski en tombant dans une crevasse, par météo mitigée, dans un parcours de la vallée blanche à Chamonix qu'il avait efffectué la veille, en laissant quelques jours auparavant un dessin type Samivel à ses enfants montrant une trace de ski s'achevant dans une crevasse et comme légende: "c'était écrit". Sa dernière phrase, devant ces conditions météo et la pente aurait été: "Y'a du pet, j'aime ça !"


Source: çà et là, variées, confrontées, croisées

Bibliographie:
Rappels (paru en 2020), version in extenso des Carnets du Vertige (paru en 1996) après une première version très expurgée et fallacieuse de Gérard Herzog (frère de Maurice) qui mentionne Louis Lachenal en co-auteur, parue en 1963.  
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Rappels

Tag aventure sur Des Choses à lire Rappel11
Novembre 2020, éditions Paulsen/Guérin "couverture rouge" format "beau livre", iconographie très riche, 270 pages environ.



Il faut parler de Lachenal; mais c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle. La fourmillante iconographie comprend beaucoup de photos (noir et blanc) de l'auteur, quelques-uns de ses croquis ou crobards, et surtout sa langue - il écrit comme il parle (enfin, je pense, du moins dirait-on !) et il n'écrit pas, au jour le jour, ces carnets (et c'est le seul de l'expé à le faire) pour des souvenirs de famille, mais pour les montagnards et amateurs, qu'ils soient de canapé ou comme chez eux sur les cimes.

Le journaliste américain d'investigation spécialisé dans l'alpinisme David Roberts avait dès les années 1990, dans son livre Annapurna, une affaire de cordée (titre emprunté au Carnets de Lachenal) enfoncé une cornière de belle taille dans les lauriers auto-attribués d'Annapurna premier 8000, un demi-siècle de succès de librairie, la version officielle de l'expédition, signée Maurice Herzog (Officier Résistant, Président du Club Alpin Français, Membre du Comité International Olympique -CIO-, Haut Commissaire, Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, Maire de Chamonix, Député, a ses jetons de présence dans moult société et consortium, etc., etc...).

Dira-t-on que la prestance, le côté homme-du-monde, la moustache à la Clark Gable du grand, statuesque et beau parleur Maurice étaient autrement plus vendeurs que la tronche de moine mystique castillan Renaissance du blond, dégarni, de taille moyenne, savoyard peu sorti de ses massifs et s'exprimant avec l'accent ?
Peut-être.
Mais ce n'est pas tout, ça ne "fait" pas tout, et le primordial n'est pas là:
Au reste, la version espagnole du livre de Roberts s'intitule Annapurna, la otra verdad: ¿Qué ocurrió realmente durante la primera expedición legendaria al Annapurna?, ce qui est autrement plus percutant, et ne donne pas du tout dans l'euphémisme.

Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Mais il faut aussi parler de l'expé de 1950: et c'est encore mieux quand c'est Lachenal qui en parle.

C'est seulement à la lecture de ce livre-là (j'ai dû à peu près tout bouquiner sur cette expédition, pourtant) qu'on réalise combien c'était aventureux, le Népal du nord était terriblement mal cartographié pour ce qui est de la haute altitude et de ses accès, il a fallu rétablir -plutôt établir- la carte, aller errer sur le terrain pendant de longues semaines à la recherche d'accès, endurer les turistas, anthrax, furoncles et toutes les embûches du terrain; la reconnaissance par survol en avion, pratique qui va se développer dès les mêmes années 1950 pourtant, n'avait pas cours.
Le matériel était un peu léger, ou prototypique parfois, pour de telles conditions météos, de telles altitudes.

L'Annapurna s'avère être le second sommet himalayen le plus mortifère après le K2 aujourd'hui, (et dire que, jusqu'à quelques jours du dénouement, les membres de l'expédition ont hésité entre Annapurna et le Dhaulagiri !), l'exposition des camps intermédiaires, soumis aux aléas des séracs géants et des crevasses béantes, le va-et-vient quotidien, permanent, entre les camps, l'épuisement, tout ce décor est puissamment rendu.

Lachenal, méticuleux -guide toujours !- laisse d'ailleurs un topo précis et des conseils fructueux pour les futurs ascensionnistes, y partage tout l'utile apport de l'expérience de cette première: pas là pour se faire mousser et raconter une belle histoire à édifier le quidam et exalter les foules.  

La descente-calvaire, de plusieurs semaines, est enfin portée à notre connaissance (la photo que j'ai maladroitement choisie, pas vraiment à son avantage, est prise lors de cette pathétique descente).
Je songeais à Rimbaud traversant l'Abyssinie avec sa tumeur au genou, son brancard auto-conçu, le bateau, l'hôpital de Marseille...
   
Il faut parler de Lachenal, disais-je.
Comme il était lié par contrat de ne pas écrire ou divulguer quoi que ce soit sans l'aval des autorités présidant à l'expédition pendant cinq ans -traduisez Maurice Herzog et Lucien Devies- et qu'il est mort avant la fin de ce délai, c'est encore mieux quand on donne à Lachenal la parole, celle qu'on lui a confisquée.  

Beau livre, mais pas livre-objet, empreint de vacuité; certes onéreux - peut-être les médiathèques penseront-elles à l'entrer en référence ? -  utilement montagnard je trouve, jusque dans les addendas - la période Jeunesse et Montagne, la première répétition de la face nord de L'Eiger avec Lionel Terray, par exemples.
À recommander !  


Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #journal #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Mer 30 Déc - 21:10
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
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Gunnar Gunnarsson

Merci Bix ! Tu as si joliment présenté cet ouvrage, qu'ajouter ?

À noter une singularité, qui est qu'avec Gunnarsson on arrive à...plusieurs "titres originaux".
En effet, il a composé toute son œuvre en Danois, étant parti à dix-huit ans, petit paysan de l'Est de l'Islande, étudier "à la capitale", Copenhague (l'Islande faisait alors partie du Royaume du Danemark), avec, déjà, la volonté de devenir écrivain, mais devant se coltiner avec une langue qu'il maîtrisait mal: il sait lire le Danois, très peu le parler, encore moins l'écrire.
Ça changea ensuite, puisque dès les années 1920 il devint un des écrivains-phares de la littérature en langue danoise.

Puis, sur ses vieux jours, Gunnarsson a entrepris de traduire lui-même en Islandais son œuvre (laquelle avait déjà été presque en totalité traduite déjà, y compris par des "pointures", tel le futur Nobel de littérature Halldór Laxness).

Cas particulier, Le Berger de l'Avent résultait d'une commande venue d'Allemagne (pays de première publication, en langue allemande donc) après une première nouvelle, inspirée de faits réels qui se sont déroulés en 1925: un berger, Benedikt Sigurjónsson, a la tête d'un groupe d'hommes, a affronté l'hiver islandais pour aller chercher des bêtes égarées, et en est revenu vivant...  

Ces précisions, parmi tant d'autres, dans la riche postface de Jón Kalman Stefánsson.
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Le Berger de l'Avent

Tag aventure sur Des Choses à lire Le_ber10
Nouvelle, 1936 en allemand. Titre original danois (1937): Advent. Titre original islandais (1939): Aðventa.


Beaucoup de profondeur dans une limpide sobriété !
C'est magnifique, pour tous âges et vite lu, lumineux de simplicité bien qu'aux antipodes de la mièvrerie.

Donc un trio, à la tête l'homme, Benedikt, et deux animaux, qui ne sont pas seulement des aides. Il s'agit d'un couplage de forces en trident, en quelque sorte. Par facétie, Gunnarsson le nomme "la sainte Trinité".
Un bien beau bref passage, à l'économie de mots:
Depuis des années, tous les trois étaient inséparables. Et cette connaissance profonde qui ne s'établit qu'entre espèces éloignées, ils l'avaient acquise les uns des autres. Jamais ils ne se portaient ombrage. Aucune envie, aucun désir ne venait s'immiscer entre eux.


Benedikt, "homme simple, homme de peine", 54 ans, 27ème voyage, comme un anniversaire...qui ne se fâche pas quand d'autres (la fermière de Botn, Sigridur) lui exposent qu'en fait d'autres guettent sa venue, pour qu'il se mette, lui, à prendre tous les risques pour retrouver leur bétail égaré dans la montagne hivernale en furie.
Oui, mais il y a ces bêtes en perdition, alors... ce berger, c'est la bonté auto-missionnée, qui trace droit au-dessus des petitesses et de la mesquinerie des intérêts.

Benedikt parle peu et juste, ne boit pas d'alcool, ne joue pas aux cartes.

Quant aux descriptions d'ordre météorologique et montagnard, elles sont remarquables, sonnent singulièrement réalistes et fouillées: souvenirs d'enfance du petit Gunnar, histoires de veillées dans l'Est islandais ?

Comme il y a union quasi fusionnelle entre l'homme, le bélier et le chien, il y a, dans le rapport au terrain enneigé et montagneux et les éléments (déchaînés, parfois), quand même pas une osmose, mais pas une lutte, en tous cas.
Du savoir et de la volonté, ceux d'un berger et de deux animaux, naît une compréhension/appréhension de la réalité, laquelle est inhumaine ou surhumaine, et une adaption à ce contexte-ci avec ces moyens-là, dérisoires à ce qu'il nous paraît, alors que quasi tout le monde périrait.
Benedikt et ses compagnons à quatre pattes, eux, avancent.
Vont de trous en refuges.
Ont le flair, ou l'expérience, pour savoir où le bétail a pu se remiser.
Benedikt est le berger de l'Aventure, au sens étymologique "ce qui doit arriver, se produire" autrement dit ad-venir.

Parmi les rares personnages secondaires, il y a un Benedikt, un jeune. On imagine un flambeau qui se transmet...

\Mots-clés : #aventure #intimiste #ruralité #solidarite #solitude #voyage
par Aventin
le Jeu 17 Déc - 17:57
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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Robert Louis Stevenson

Saint-Yves ‒ Aventures d’un prisonnier français en Angleterre

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Ce sont les aventures du vicomte Anne de Keroual de Saint-Yves, soldat napoléonien engagé sous le nom de Champdivers et prisonnier des Britanniques : il s’évade, tombe amoureux, hérite d’une fortune malgré l’opposition d’un cousin haineux, va et vient entre l’Angleterre et l’Écosse, puis les Etats-Unis, enfin la France, et affronte toutes sortes de mésaventures avec son jeune valet, Rowley.
Ce roman ayant été laissé inachevé par Stevenson, il a été terminé par Arthur Quiller-Couch (d’après les notes laissées par l’auteur originel, et à partir de la troisième partie, chapitre VII). Quoique ce ne soit pas le meilleur livre d’un écrivain par ailleurs fort inégal, ce fut une lecture plaisante, ne serait-ce que par de telles observations :
« Une petite neige humide tombait avec somnolence, s’arrêtant, et tombant de nouveau ; elle semblait perpétuellement commencer à tomber et perpétuellement s’arrêter ; et l’obscurité était profonde. » II, VII

« La jeune fille en rose était une grande et majestueuse personne, avec une abondance de dents, un déploiement considérable d’yeux et d’épaules, et un branle-bas ininterrompu de conversation. » III, IV

De façon un peu inattendue de prime abord, ce roman est pour Stevenson non pas l’occasion de critiquer les Français, mais les Anglais ; par contre, le héros m’a déplu par un petit côté calculateur…

\Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Dim 13 Déc - 23:34
 
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Robert Louis Stevenson

Le Reflux

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Trois gratte-plage (sobriquet désignant normalement les ramasseurs de coquillages et autres herpes marines, mais que je trouve heureux en l’occurrence de la part du traducteur, Théo Varlet) errent sur la grève de Tahiti : Robert Herrick, alias Hay, un jeune incapable, malchanceux et scrupuleux, John Davis, alias Brown, capitaine qui perdit navire et passagers par ivrognerie, et le commis Huish, alias Hay également (ou Tomkins), « cockney vulgaire et perverti ». D’aventure, ils succèdent aux officiers, morts de la petite vérole et que personne d’autre n’accepte de remplacer par crainte de la contagion, du Farallone, « frété de San Francisco pour Sydney, avec du champagne de Californie ». Espérant vendre à leur compte la cargaison qui s’avère être factice pour l’essentiel, ils faillissent chavirer par impéritie du capitaine soûl à son habitude, et manquent des vivres gaspillés lorsqu’ils découvrent à propos une île mystérieuse, inconnue des cartes. C’est le domaine de l’aristocrate Attwater, qui récolte les perles…
Ce dernier, ferme commandeur d’hommes, a une curieuse façon de s’attribuer une majuscule quasi divine :
« Eh bien, On a fait la loi à sa façon, dit Attwater. »

Le thème principal est les déchirements moraux d’Herrick, avec en parallèle ceux de Davis qui balance entre son influence et celle de Huish, aidé par l’alcool.
« Il s’était abandonné au reflux dans les affaires d’autrui, et le reflux l’avait emporté vers le large [… »

Ce texte constitue un témoignage marquant sur l’attitude des Occidentaux face aux « naturels » (Canaques de l’équipage, habitants des îles), tantôt ainsi que transparents, tantôt comparses effarouchés, toujours inférieurs aux Blancs, qui peuvent se montrer bénévolents. C’est en fait part d’un système hiérarchique, bien perceptible dans l’écart souligné entre le cockney et l’aristocrate. Plus qu’une question de couleur, c’est celle de l’origine qui range les hommes dans la catégorisation verticale. (Je me souviens que lorsque j’étais en Arabie, un Syrien valait moins qu’un Libanais mais plus qu’un Palestinien, un Français était nettement moins qu’un Américain, mais plus qu’un Italien…)
Demeurent de beaux accents (notamment sur la navigation à voile), mais la narration pèche par incohérences et autres faiblesses : dans ce dernier roman, écrit en collaboration avec Lloyd Osbourne, le lecteur ne retrouve pas le Stevenson génial des œuvres précédentes, plus abouties.

\Mots-clés : #aventure #culpabilité
par Tristram
le Sam 7 Nov - 20:09
 
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Eliott Schonfeld

Amazonie ‒ Sur les traces d'un aventurier disparu

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Le sous-titre fait référence à Raymond Maufrais, dont les carnets retrouvés après sa disparition ont été publiés sous le titre Aventures en Guyane (1949-1950) ; son père, Edgar Maufrais, l’a vainement recherché pendant douze ans et en rend compte dans À la recherche de mon fils.
Et on pense sans cesse à Raymond Maufrais, pas seulement parce que souvent Schonfeld le cite et emploie son vocabulaire (« fourka », « grand bois »), mais surtout parce qu’il y a beaucoup de points communs entr’eux, de l’inexpérience et de l’impréparation à la vigueur et ténacité de la jeunesse… Schonfeld attribue à l’immersion dans la nature « cette volonté, cette force, cette incroyable envie de vivre », où il faut voir peut-être aussi les effets de l’exercice physique et de l’effort mental… une fois encore détermination et persévérance.
Les deux aventuriers auront fait les mêmes erreurs, avec des chances différentes… car il s’agit là de survie, de prise de risque démesurée.
De même, tous deux sont handicapés par l’attachement à leurs proches laissés derrière eux (alors qu’ils sont épris de solitude) ; l’angoisse, l’obsession de la mort et la peur en général sont sans doute fréquentes chez qui vit seul en Amazonie.
L’identification fraternelle à son devancier a quelque chose de funeste, et cet exemple n’était certainement pas le meilleur à suivre.
Avec une écriture qui pourrait être plus travaillée, Schonfeld rend (au moins pour qui connaît) le séjour en forêt amazonienne : l’impression d’enfermement dans l’étouffante forêt, les moustiques qui empêchent toute pause, etc.
« À 15 heures, je regarde mes cartes. Horreur : j’ai glorieusement parcouru 900 mètres en cinq heures. Comment est-ce possible d’avancer si lentement malgré tant d’efforts ? »

« La jungle nous rend humbles, elle nous remet de gré ou de force à notre place. »

« Ici, dans la jungle, j’apprends à ne plus faire de l’homme la mesure de toute chose ; ici, dans la jungle, il est ramené à ses justes proportions. »

Il faut quand même signaler des méprises et confusions surprenantes concernant le milieu amazonien (raie dont la queue « produit des décharges électriques si douloureuses qu’elles peuvent assommer un homme », gymnote dont la « morsure envoie de sacrées décharges électriques » : seule l’anguille tremblante électrise, et avec sa queue, pas ses dents)…
La lecture de son malheureux prédécesseur n’est effectivement pas la meilleure formation à la vie en forêt. D’ailleurs Schonfeld projette d’apprendre à chasser et pêcher avec les Indiens : vivre sur le milieu, en apprenant à le connaître.



Je me suis permis de poser deux questions à l’auteur, qui ne m’a pas (encore) répondu ‒ peut-être est-il en expédition !
Je lui demandais notamment si
« Dans la forêt j’envisageais la possibilité d’une île [… »

fait référence au livre de Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île

Mots-clés : #amérindiens #aventure #temoignage #voyage
par Tristram
le Mer 28 Oct - 23:18
 
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Sujet: Eliott Schonfeld
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Joseph Conrad

L'Aventure

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Ford Madox Ford compose en 1902 un court récit, Séraphina, et le confie à Joseph Conrad, qui vit chez lui, pour le réécrire et le développer sous le nom de Romance. De fait, dès qu’on aborde ce roman, c’est l’aspect romanesque qui est prégnant, étant antienne de John Kemp, un jeune Anglais qui ne rêve que d’aventure en ce début du XIXe. Un imbroglio le précipite sur un navire à destination des Indes Occidentales, en compagnie du romantique Carlos Riego et du sinistre Tomas Castro. Il passe deux ans à la Jamaïque, alors colonie anglaise, dont le commerce pâtit des corsaires mexicains de Rio Medio à Cuba. Suite à diverses péripéties liées aux pirates, il s’y retrouve, hôte de Don Balthazar Riego, vieil hidalgo père de la belle Séraphina, dont il tombe amoureux ‒ dans l’ombre d’O’Brien, intrigant irlandais qui hait les Anglais.
Des incohérences, un nationalisme gênant, une forte influence de Stevenson.
« Partir à la recherche du Roman, – après tout qu’avons-nous d’autre à faire en ce monde ? – c’est un peu comme essayer d’attraper l’horizon. Il est là, à faible distance devant nous, à faible distance derrière, à peu près aussi loin que peuvent porter nos yeux. Et l’on découvre un jour que l’on a passé à travers le Roman, de même que l’on a franchi ce qui fut aujourd’hui l’horizon. On regarde en arrière et l’on se dit : "Comment, il est là !" On regarde en avant et l’on dit la même chose. Il est au fond des jours anciens que nous vécûmes et dans les jours nouveaux où nous allons passer. Je me tourne vers ces jours anciens qui furent les miens, et le peu qui en demeure et qui revient à moi se revêt d’une atmosphère, prend une intime signification, et procède à la mystérieuse élaboration du Temps jadis. Sans doute, quand je me tournerai vers ce qui est la grise, l’aride désolation d’aujourd’hui, il en sera encore de même. »


Mots-clés : #aventure
par Tristram
le Mer 23 Sep - 22:42
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Joseph Conrad

La Ligne d'ombre ‒ Une confession

Tag aventure sur Des Choses à lire La_lig10

Dans un port d’Extrême-Orient, un jeune capitaine se voit offrir de façon inattendue son premier commandement, sur un voilier dont le précédent capitaine est récemment mort en mer. Narrateur, c’est lui qui relate comme il est confronté à un second malade et hanté par son prédécesseur, tandis que le navire se trouve pris au piège d'un calme plat, avec l’équipage accablé par une fièvre tropicale.
C’est un roman assez bref, et c’est sans doute pourquoi l’éditeur y a adjoint une longue préface qui, sans être sans intérêt, aurait mieux eu sa place en postface (lisant l’ouvrage en version numérisée, la longueur de ce texte m’a échappé de prime abord ‒ quant à la table des matières, elle n’est plus !) J’ai donc lu in extenso l’œuvre critique de Jean-Pierre Naugrette, qui me semble parfois s’envoler bien loin ; en tout cas, je ne suis pas d’accord avec son point de vue sur le personnage de Burns, le second, qui serait une sorte d’envieux au bord de la démence. J’ai plutôt vu dans ce personnage un marin capable (il gouvernait à bord tandis que le précédent capitaine jouait du violon dans sa cabine), qui s’est efforcé de contrecarrer le dessein suicidaire du "seul maître à bord" (cardiaque qui se savait condamné à mourir à brève échéance) dans la limite de la légalité, et légitimement dubitatif quant aux capacités du nouveau capitaine (dont c’est le premier commandement) ; rien de surprenant à ce que, affaibli, à l’agonie, il devienne superstitieux dans sa peur. Je ne dis pas que cette analyse est la bonne, mais Conrad s’étend assez sur la position régalienne, voire divine, du capitaine sur un navire, pour étayer cette possibilité : Conrad précise longuement que le capitaine est seul responsable, nul ne peut enfreindre ses ordres, et on peut s’interroger : quid s’il délire ?
« Dans cette communauté je me détachais, tel un roi dans son pays, tout seul dans ma catégorie. J'entends un roi héréditaire, pas un simple chef d'État sorti des urnes. J'avais été appelé sur le trône par un truchement aussi distant du peuple et pour lui presque aussi mystérieux que la grâce de Dieu. Et tel un héritier dynastique se sentant uni d'un lien quasi mystique avec les morts, j'étais terriblement impressionné par mon immédiat prédécesseur. [...]
« …] ce navire – qui était mien, matériel et marins compris [… »

Il y a un petit côté ronflant (démarques shakespeariennes par exemple) dans le discours du narrateur, en opposition avec cette appréciation intime dans son journal :
« Mon premier commandement. Maintenant je comprends cet étrange sentiment d'insécurité dans mon passé. Je me suis toujours suspecté d'être un fieffé incapable. Or en voici la preuve indiscutable : je me dérobe, j'en suis un. »

Ce roman est court, mais assez complexe, et le dead calm a été savamment enrichi de personnages pittoresques ou marquants, comme les capitaines (le défunt, Giles, Ellis), et surtout Ransome, le cuisinier cardiaque. C’est peut-être la simplicité de l’intrigue, au substrat autobiographique, qui a motivé les amplifications le foisonnant : longue entrée en matière, présence du surnaturel, voire du fantastique, thème esquissé du double (Le Compagnon secret n’est souvent revenu à l’esprit).

Mots-clés : #aventure #huisclos #voyage
par Tristram
le Lun 14 Sep - 14:21
 
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Sujet: Joseph Conrad
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