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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 25 Oct - 23:46

50 résultats trouvés pour communautejuive

Bernard Malamud

Le Commis

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Morris Bober est un petit épicier juif assez misérable ‒ un raté. Frank Alpine est un jeune goy ‒ un rital ‒, également assez misérable, qui participa au braquage lamentable de Morris, et se fait bizarrement embaucher par celui-ci comme commis. Grâce à lui les affaires semblent s’’améliorer, tandis qu’il s’éprend de la fille de la maison, Helen.
Les pensées des personnages tournent toutes autour du rêve américain, de la réussite sociale et personnelle : « devenir quelqu’un ». Il semble que les destinées soient inéluctablement bornées (parce qu'ils appellent la malchance), que ce soient les membres de la famille juive ou Frank, qui, dans une imprédictible alternance de dévouement et d’autodestruction, paraît voué à saboter ses propres espoirs par son comportement, et à entretenir sourdement une culpabilité qui le condamne à échouer.
« Il comprit qu’il aurait toujours des péchés inavouables, et il en fut profondément atteint. »

« Une autre chose qui l’encourageait à continuer ses filouteries, c’était le sentiment qu’il avait porté chance aux Bober en même temps qu’il leur rendait service. Quoi de plus normal que de prélever un petit quelque chose ? »

« Les années avaient passé, inexorables, sans rien lui laisser. À qui la faute ? Les coups que le sort lui avait épargnés, il se les était infligés lui-même. Il avait toujours choisi la mauvaise voie ; il s’était toujours infailliblement trompé et, faute d’instruction, il n’avait jamais pu comprendre pourquoi. La chance est un don qui ne s’acquiert pas. »

« Il [Morris] était plein de frustration : chacun de ses mouvements semblait se finir en tragédie. »

Ces existences précaires, étriquées dans un milieu de petits marchands, tournent avec les occurrences répétées de sordides comptes de menue monnaie.
« Un commerçant sentait tout de suite quand les affaires reprenaient. Les gens semblaient moins inquiets et moins irritables, moins en compétition permanente pour obtenir leur part de soleil sur cette terre. »

La situation évolue cependant vers un imbroglio inextricable des rapports humains de la maisonnée.
Être juif, c’est suivre les rites et préceptes de la religion mosaïque, ce que les Bober ne font pas à la lettre. La qualité distinctive des Juifs, outre un reste de culture commune et la méfiance envers les goys, semble consister en une certaine résignation consentante à l’adversité.
« Dieu bénisse Julius Karp, pensa l’épicier. Sans lui, mon existence serait trop facile. Si Dieu a créé Karp, c’est pour me rappeler que la vie d’un petit épicier est dure, mais ce n’est pas une raison pour l’envier. »

« En somme, se disait Frank, ces gens-là ne vivent que pour souffrir. Et le plus honoré d’entre eux, le pur des purs, le Juif modèle est celui qui supporte le plus longtemps la douleur qui lui ronge les tripes avant de se précipiter aux toilettes. Pas étonnant s’ils lui tapaient sur les nerfs. »

« C’est drôle, se dit-il, pour les Juifs la souffrance est une pièce de tissu ; ils s’en drapent comme dans un vêtement. »

« …] il est resté fidèle à l’esprit de notre loi en souhaitant pour les autres ce qu’il désirait pour lui-même, selon la loi que Dieu dicta à Moïse sur le mont Sinaï. »

À ce propos, voici une étonnante expression d’Helen :
« Elle aurait voulu être à nouveau vierge et en même temps mère. »

Les Juifs ne sont pas présentés sous un jour plus favorable que les goys (on se demande d’ailleurs où serait la différence entre les uns et les autres) :
« Quand on a du gelt [argent] plein les poches, toutes les femmes ont le genre qu’on veut, dit Karp. »

Frank, si épris de la notion de rachat, constitue une sorte de figure christique (références à saint  François d'Assise, etc.)  

Mots-clés : #communautejuive #religion
par Tristram
le Mer 15 Avr - 22:51
 
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Sujet: Bernard Malamud
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Philip Roth

Némésis

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C’est donc l’histoire d’une épidémie de polio, mais surtout prétexte à s’interroger sur l’« injustice », l’iniquité perçue entre destins humains plus ou moins "heureux", (et) l’absence de sens de ces destinées.
« Quel sens peut bien avoir la vie ?
‒ On a l’impression qu’elle n’en a pas, répondit Mr Cantor.
‒ Où est la balance de la justice ? demanda le pauvre homme.
‒ Je n’en sais rien, Mr Michaels.
‒ Pourquoi est-ce que la tragédie frappe toujours les gens qui le méritent le moins ?
‒ Je ne connais pas la réponse, répondit Mr Cantor. »

« Parfois on a de la chance, et parfois on n’en a pas. Toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence. Le hasard, je crois que c’est ce que Mr Cantor voulait dire quand il accusait ce qu’il appelait Dieu. »

La « fureur contre Dieu pour avoir poursuivi d’une haine meurtrière les enfants innocents de Weequahic » entre en résonance avec ma lecture de Le Livre contre la mort, d’Elias Canetti.
« Mais maintenant qu’il n’était plus un enfant, il était capable de comprendre que si les choses ne pouvaient pas être autres que ce qu’elles étaient, c’était à cause de Dieu. Si ce n’était pas à cause de Dieu, de la nature de Dieu, elles seraient autres. »

« Il était frappé de voir à quel point les vies divergent, et à quel point chacun d’entre nous est impuissant face à la force des choses. Et Dieu dans tout ça ? Pourquoi est-ce qu’Il installe une personne, le fusil à la main, dans la France occupée par les nazis, et une autre dans le réfectoire d’Indian Hill devant une assiette de gratin de macaronis ? Pourquoi est-ce qu’Il place un enfant de Weequahic dans un Newark ravagé par la polio, et une autre enfant dans le splendide sanctuaire des Poconos ? Pour quelqu’un qui avait jusqu’alors trouvé dans le sérieux et l’application au travail la solution à tous ses problèmes, il était maintenant bien difficile de s’expliquer pourquoi ce qui arrive arrive comme ça et pas autrement. »

« Espérons que leur Dieu miséricordieux leur accordera tout cela avant de leur planter Son poignard dans le dos. »

Concernant l’épidémie et ses méfaits collatéraux, le mécanisme du bouc émissaire joue bien sûr (tout autant qu’à notre époque "éclairée", si acharnée à trouver "un responsable") :
« C’est pourquoi tout le monde essaie de trouver qui ou ce qui pourrait être responsable. On essaie de trouver un coupable pour pouvoir l’éliminer. »

Le point de vue juif souligne la mécanique du tandem peur-haine :
« Je m’oppose à ce qu’on fasse peur aux enfants juifs. Je m’oppose à ce qu’on fasse peur aux Juifs, point. Ça c’était l’Europe, c’est pour cela que les Juifs ont fui. Nous sommes en Amérique. Moins il y aura de peur, mieux cela vaudra. La peur fait de nous des lâches. La peur nous avilit. Atténuer la peur, c’est votre job, et le mien. »

« Certains semblent penser que la meilleure solution pour se débarrasser de la polio serait d’incendier Weequahic, avec tous les Juifs dedans. Il y a beaucoup d’agressivité à cause de toutes les choses délirantes que les gens disent par peur. Par peur et par haine. »

Qu’on soit croyant ou pas, l’existence est incertaine, et ceci établi il reste à s’interroger sur les réactions humaines vis-à-vis de cet état de fait. Bucky Cantor est déterminé par son passé à une culpabilité ravageuse : son sens des responsabilités est paradoxalement mené à l’absurde.
« Il faut qu’il convertisse la tragédie en culpabilité. Il lui faut trouver une nécessité à ce qui se passe. Il y a une épidémie, il a besoin de lui trouver une raison. Il faut qu’il se demande pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Que cela soit gratuit, contingent, absurde et tragique ne saurait le satisfaire. Que ce soit un virus qui se propage ne saurait le satisfaire. Il cherche désespérément une cause plus profonde, ce martyr, ce maniaque du pourquoi, et il trouve le pourquoi soit en Dieu soit en lui-même, ou encore, de façon mystique, mystérieuse, dans leur coalition redoutable pour former un destructeur unique. »

« "Je voulais aider les gosses à devenir forts, finit-il par dire, et au lieu de ça, je leur ai fait un mal irrévocable." C’était cette pensée qui avait tenaillé pendant tant d’années de souffrance silencieuse un homme qui méritait moins que tout autre qu’il lui soit fait du mal. »

Le passage central sur les activités "scoutes" du camp d’été m’a paru long, et assez hors de propos, alors que la thématique du roman est ailleurs exposée sans détour.
Le style m’a semblé impropre par moments, mais est-ce dû à la traduction ?

Mots-clés : #communautejuive #culpabilité #Pathologie
par Tristram
le Jeu 26 Mar - 20:44
 
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Jean-Pierre Luminet

Le bâton d'Euclide ‒ Le roman de la Bibliothèque d’Alexandrie

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Divulgation (terme préféré à vulgarisation par Jean-Pierre Luminet), roman historique des aventures de pensée des scientifiques dans le musaeum (maison des Muses) aux sept cent mille livres d’Alexandrie la cosmopolite, sur mille ans.
En 642, le général Amrou investit Alexandrie, Bédouin envoyé par le calife Omar de Médine pour brûler les livres de sa fameuse bibliothèque : le Coran les rend inutiles, voire pernicieux.
« Quant aux livres dont tu me parles dans ta dernière lettre, voici mes ordres : si leur contenu est en accord avec le livre d’Allah, nous pouvons nous en passer puisque, dans ce cas, le Coran est plus que suffisant. S’ils contiennent au contraire quelque chose de différent par rapport à ce que le Miséricordieux a dit au Prophète, il n’est aucun besoin de les garder. Agis, et détruis-les tous. »

Le bibliothécaire, Philopon, un vieux philosophe chrétien, Rhazès, un médecin juif, et la belle Hypatie, mathématicienne et musicienne, vont plaider (sur le mode des Mille et une Nuits) pour donner au général les arguments qui pourraient infléchir la décision du commandeur des croyants : c’est l’occasion de narrer l’histoire de la ville depuis le projet des Ptolémées, ainsi que l’apport des savants, écrivains et philosophes qui la marquèrent : Euclide, Archimède, Callimaque, Apollonios, Aristarque, Ératosthène, Hipparque, Philon, Claude Ptolémée, Galien…
La ficelle est grosse, la psychologie indigente, le style convenu (quelque part entre Amin Maalouf et d’Ormesson), mais cela peut constituer une belle découverte des premiers pas de l’esprit scientifique, basés sur l’observation et le calcul.
Évidemment, on parle beaucoup d’astronomie… et, bizarrement, d’astrologie !
En compléments d’une postface ou l’auteur précise sa part d’invention, on trouve d’utiles annexes, Personnages, tableaux chronologiques et notes savantes.

« Et les rois ont plus besoin des poètes que les poètes des rois. »

« ‒ Nous, les Bédouins, nous n’avons souvent pour toit que la voûte étoilée. Et nulle part le ciel ne paraît plus proche de la terre qu’au milieu du désert. Le désert nous invite au ciel. Dans la solitude et le silence des dunes, l’esprit qui pense subit par degrés la dilatation de l’infini. Plusieurs fois, jadis, aux côtés de mon grand-père, j’ai ressenti cette expérience intérieure, presque mystique… Je voyais, j’entendais, j’adorais la musique du ciel dans le silence universel… »

« …] brûler les livres, c’est brûler ses ancêtres, brûler son père et sa mère, brûler son âme, brûler l’humanité tout entière avec elle. »

« Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé !
Lis !

Ce sont les premiers mots que dit au Prophète l’archange Gabriel, le messager d’Allah, dans la caverne du mont Hira où Mahomet connut la Révélation.
[…]
Lire, sans doute, songea Hypatie. Mais lire quoi et comment ? Lire le seul Coran ou avoir la curiosité de se pencher sur d’autres ouvrages ? Lire sans comprendre n’est pas grave. Lire sans douter est redoutable. Lire sans plaisir, ce n’est pas lire. »

« ‒ Je n’ai appris qu’une seule chose durant tous mes voyages : il faut écouter l’autre, l’étranger, il faut lire l’autre, l’étranger. Il faut le comprendre. Cela doit être notre règle ordinaire, Nikolaus, notre règle absolue. Comme dit le vieux proverbe grec : "Fais bon accueil aux étrangers"…
‒ "Fais bon accueil aux étrangers, car toi aussi un jour tu seras étranger", complète Nikolaus. »


Mots-clés : #antiquite #communautejuive #historique #science #spiritualité #universdulivre
par Tristram
le Lun 16 Déc - 20:51
 
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Sujet: Jean-Pierre Luminet
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Stefano Massini

Les frères Lehman

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Entre 1844 où les trois frères Lehman, fils d’un Juif marchand de bestiaux allemends, débarquent aux Etat-Unis pour  faire fortune, et le krach boursier de 2008, il y a trois générations menées par la soif de l’argent. Un petit commerce de vêtements  mène au commerce du coton à l’échelle du pays, puis du café, puis du charbon, puis les médias, puis les automobiles, puis  les avions puis le cinéma (et j’en passe), avec un détour par la banque, et les voilà à la conquête du monde ! Le tout mené avec une arrogance jamais démentie, mais des caractères bien différents.

Somptueuse galerie de portraits, portrait d’un pays et d’une époque, l’histoire de la famille Lehman, c’est l’histoire du capitalisme à l’œuvre, c’est l’histoire de notre désir permanent de croître, qui va nous mener à la chute.

Voilà un récit audacieux tant par l’ampleur du sujet que par la forme magistrale : roman-poème biblique de 800 pages, avec ses litanies, ses leitmotivs, ses refrains, prose fragmentée aux raccourcis saisissants qui mêle la sagesse et l’humour. Il s’agit d’un sacré moment de littérature.
Grandiose.

Il existe aussi une pièce de théâtre, du même auteur : Chapitres de la chute. Saga des Lehman Brothers

Mots-clés : #communautejuive #famille #historique #immigration #mondialisation
par topocl
le Dim 27 Oct - 17:56
 
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Daniel Mendelsohn

Les Disparus

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Très tôt dans l’ouvrage, les commentaires du commencement de la Torah, l’origine du monde et le début de l’histoire de l’humanité, le présentent comme une sorte de travelling du général au particulier, procédé choisi par souci de raconter une histoire particulière pour représenter l’universelle. Une intéressante glose de la Bible se déroule en parallèle de l’enquête de l’auteur, insérée en italiques comme tout ce qui est externe à son cours, et concernant notamment les annihilations divines (le déluge, Sodome et Gomorrhe) ; on apprend aussi qu’Abraham, le premier Juif, s’est enrichi comme proxénète de sa propre femme auprès de Pharaon (IV, 1)…
Daniel Mendelsohn revient sur les mêmes points, répète les mêmes choses, cite plusieurs fois le même document ou le même extrait dans une sorte de délayage qui ne m’a pas toujours paru approprié ou plaisamment effectué ; de plus, l’ouvrage fait 750 pages, et c’est long. Peut-être est-ce calqué sur la forme litanique de lamentations du type kaddish, comme le livre éponyme d’Imre Kertész ; il est vrai que par contraste les témoignages précis (et horribles) marquent d’autant plus. En tout cas, on peut s’attendre à des moments d’ennui ou d’agacement avec d’être totalement pris par les attachantes personnes rencontrées dans cette quête étendue dans le temps et l’espace.
Les Disparus, c’est ceux (personnes et culture) dont il ne reste apparemment rien et dont Mendelsohn tente de retrouver trace, mais c’est aussi beaucoup l’histoire de sa parentèle ; le goût prononcé pour la famille et la généalogie, un peu désuet voire étonnant pour certains.
Ce livre, c’est encore comment conter, le compte-rendu de l’élaboration de sa narration, la transmission des faits de la Shoah par les petits-enfants des témoins ; focus et importance des détails.
« Un grand nombre de ces fêtes [juives], je m'en étais alors rendu compte, étaient des commémorations du fait d'avoir, chaque fois, échappé de justesse aux oppressions de différents peuples païens, des peuples que je trouvais, même à ce moment-là, plus intéressants, plus engageants et plus forts, et plus sexy, je suppose, que mes antiques ancêtres hébreux. Quand j'étais enfant, à l'école du dimanche, j'étais secrètement déçu et vaguement gêné par le fait que les Juifs de l'Antiquité étaient toujours opprimés, perdaient toujours les batailles contre les autres nations, plus puissantes et plus grandes ; et lorsque la situation internationale était relativement ordinaire, ils étaient transformés en victimes et châtiés par leur dieu sombre et impossible à apaiser. » I, 2

« …] écrire ‒ imposer un ordre au chaos des faits en les assemblant dans une histoire qui a un commencement, un milieu et une fin. » I, 2

« Nous ne voyons, au bout du compte, que ce que nous voulons voir, et le reste s'efface. » I, 2

« Mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent ? » II, 1

« La première Aktion allemande, a commencé Bob, qui voulait que je comprenne la différence entre les tueries organisées des nazis et les vendettas privées de certains Ukrainiens, ceux qui avaient vécu avec leurs voisins juifs comme dans une grande famille, comme m'avait dit la gentille vieille Ukrainienne à Bolechow, a eu lieu le 28 octobre 1941. » III, 2

Curieuse reconnaissance de la judéité chez quelqu’un, ici par un autre juif :
« Quelqu'un en uniforme français, et je me suis approché de lui, et il avait l'air d'être juif. » III, 2

Francophobie, ou french bashing ?
« (Le rabbin Friedman, au contraire, ne peut se résoudre à envisager seulement ce que les gens de Sodome ont l'intention de faire aux deux anges mâles, lorsqu’ils se rassemblent devant la maison de Lot au début du récit, à savoir les violer, interprétation que Rachi accepte placidement en soulignant assez allègrement que si les Sodomites n'avaient pas eu l'intention d'obtenir un plaisir sexuel des anges, Lot n'aurait pas suggéré, comme il le fait de manière sidérante, aux Sodomites de prendre ses deux filles à titre de substitution. Mais, bon, Rachi était français.) » V

« Parfois, les histoires que nous racontons sont les récits de ce qui s'est passé ; parfois, elles sont l'image de ce que nous aurions souhaité voir se passer, les justifications inconscientes des vies que nous avons fini par vivre. » IV, 1

« …] plus nous vieillissions et nous éloignions du passé, plus ce passé, paradoxalement, devenait important. » IV, 2

« …] les petites choses, les détails minuscules qui, me disais-je, pouvaient ramener les morts à la vie. » IV, 2

« Les gens pensent qu'il n'est pas important de savoir si un homme était heureux ou s'il était malheureux. Mais c'est très important. Parce que, après l'Holocauste, ces choses ont disparu. » IV, 2

« …] la véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables. » V

« Il n'y a pas de miracles, il n'y a pas de coïncidences magiques. Il n'y a que la recherche et, finalement, la découverte de ce qui a toujours été là. » V



Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #entretiens #famille #genocide #historique
par Tristram
le Sam 23 Mar - 20:29
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Olga Tokarczuk

Les livres de Jakob  

Tag communautejuive sur Des Choses à lire 51t02m10
sur la couverture duquel on peut lire:
Les livres de Jakob ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d'autres moindres : rapporté par les défunts, leur récit se voit complété par l'auteure selon la méthode des conjectures, puisées en divers livres, mais aussi secourues par l'imagination qui est le plus grand don naturel reçu par l'homme. Mémorial pour les Sages, Réflexion pour mes Compatriotes, Instruction pour les Laïcs, Distraction pour les Mélancoliques


Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, période où les esprits recherchent à chambouler des conceptions du monde prétendument acquise. Chez les juifs polonais, c’est la saturation face a la misère, aux pogroms, à l’exclusion et, si des messies s’autoproclament à tous les coins de rue, Jakob Frank va déclencher un mouvement hérétique qui mènera des dizaines de milliers de Juifs à la conversion au catholicisme. Mais quel est donc cet homme si peu ordinaire, si charismatique, mais aussi pervers, jouisseur, tyran à l’ego démesuré, jusqu’à en être malsain, dont la secte est un grand bordel, au sens propre du terme. Les catholiques initialement réjouis de voir toutes ces brebis égarées rejoindre le droit Chemin, démantèlent peu à peu la supercherie, et les revoilà repartis pour  l’exclusion et la persécution.


C’est l’occasion pour Olga Tokarscuz non seulement de raconter par le détail les jours heureux et malheureux de cette secte si particulière, mais aussi de dresser un portrait d’une société polonaise multiple et  multiculturelle. Dans un récit d’une puissance à la hauteur de la tâche assignée, cela  foisonne, cela fourmille, les gens comme les idées voyagent, les odeurs palpitent, les climats marquent les faits de leur empreinte, les marchés grouillent, les commerces fructifient ou s’étiolent, les salles d’études regorgent de livres…Olga Tokarscuz multiplie les descriptions, les personnages d’horizons divers, humbles et puissants,  donne aussi  la parole aux uns ou aux autres via des écrits divers, journaux, lettres, publications diverses.

En grande conteuse, elle n’oublie pas de lier tout cela avec une pointe de fantastique,  grâce au regard omniscient d’une  vieille femme qui séjourne entre les vivants et les morts pour l’éternité, qui voit tout, connaît chacun.

Mais ce côté conteur n’oublie pas de  s’inscrire dans  notre monde d’aujourd’hui  et ses préoccupations, puisqu’on y croise un homme qui souhaite que le savoir soit gratuit et accessible à tous, des femmes qui s’insurgent contre le droit de cuissage, un homme qui apprend la langue du pays aux migrants...

C’est un bouquin époustouflant, énorme par son nombre de pages mais aussi par son érudition, par sa qualité romanesque, par son envergure géographique et temporelle, par son intelligence, par sa sensibilité. C’est bien dommage tous ces lecteurs potentiels qui vont y renoncer au vu de sa longueur.

mots-clés : #communautejuive #historique #religion
par topocl
le Mar 26 Fév - 10:55
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Philippe Apeloig

Enfants de Paris 1939-1945

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy109

Souvenez-vous d’eux, votre mémoire est leur seule sépulture.


Philippe  Apeloig s’est donné pour tâche  de répertorier, photographier et transmettre dans un cadrage rigoureux plus de 1000 plaques commémoratives de la période 1939-1945 à Paris, classées par arrondissement, dans un souci d’exhaustivité dont il savait d’avance qu’elle ne serait jamais parfaite.

Des enfants, des hommes, des femmes, arrêtés, déportés, fusillés, décapités, torturés par ceux qui sont nommés selon les plaques les boches, les Allemands, les nazis, l’ennemi, les hitlériens. Des juifs, des résistants, des soldats, des anonymes ou des hommes célèbres réduits à rien par le destin, humblement et fermement commémorés par des plaques éparpillées sur les murs de la capitale, dans les rues, sur les façades, dans des lieux publics ou privés.

Dans un texte très émouvant, il raconte comment son grand-père, émigré de Pologne à Paris, a caché sa famille en zone libre à Châteaumeillant où elle fut sauvée grâce à la constante complicité de la population. Le grand-père, lui, a rejoint le maquis. La mère de Philippe Apeloig n’a eu de cesse de commémorer, à travers cet événement, les habitants salvateurs. Cette démarche s’est confrontée à l’expérience de Philippe Apeloig, son expérience de graphiste et de typographe, sa visite au mur des vétérans de Washington érigé par Maya Lin, son vécu du 11 septembre à travers les milliers de petits mots laissés par les habitants autour du désastre. Tout cela l’a amené à la construction progressive de ce livre, longuement mûri, de cette collection de fourmi obsessionnelle.

Nous avions repéré, Monsieur topocl il y  a quelques mois, l’annonce de ce livre dans divers journaux. Nous  en avions discuté, admiratifs d’une démarche que certains pourraient qualifier de vaine, mais qui nous avait semblé cruciale. De là à acheter le livre… nous ne nous étions pas lancés. Topocl Junior nous avait gentiment moqué, rappelant que, si nous avions toujours fréquenté les cimetières militaires, y traînant notre marmaille, si nous continuons à e faire encore aujourd’hui, nous ne nous étions jamais « amusés » à en lire successivement chaque pierre tombale.

Mais un  ange silencieux et bienveillant a bien vu, lui, que ce livre était pour moi.

C’est d’abord un splendide objet, dont la forme, très rectangulaire,  la couleur et la typographie de couverture évoquent évidemment les plaques qu’il enserre. Présentation très soignée, les feuilles de garde, bleu pour la première, rouge pour la dernière enserrant la tranche blanche dans un bel hommage patriotique, que complète des signets tissés également bleus et rouges.

Contemplant tout d’abord songeusement l’ouvrage, témoin de quelque chose qui peut-être considéré comme une performance artistique, je me demandais comment me l’approprier. Une plaque par jour ? J’en avais de plus de trois ans. Je m’étais finalement décidée pour un arrondissement par jour.

Et puis, il faut bien le dire, entrée là-dedans, il m’a semblé impossible d’en sortir, captivée, aimantée, très soigneusement préparée par l’introduction de l’auteur qui parle de mis en page, de typographie, de police, de choix des mots… J’ai avancé, j’ai continué, je n’ai rien pu lâcher jusqu’à la dernière page. C’était une belle promenade, pleine d’émotions et de sérieux, l’impression de quelque chose de bien, quand bien même je ne faisais finalement que quelque chose de très égoïste.
Qui étaient-ils ? Que seraient ils devenus ? Qu’on-t’ils pensé dans leurs derniers moment ? Qui les a pleurés ? Qui pense encore à eux ?



mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #deuxiemeguerre #devoirdememoire #temoignage
par topocl
le Jeu 24 Jan - 17:58
 
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Sujet: Philippe Apeloig
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Gila Lustiger

Nous sommes

Tag communautejuive sur Des Choses à lire G10

Mon père a toujours voulu nous protéger de lui-même ; pas des Allemands, de lui-même. Pas de l’homme, bien sûr, qu’il était venu après tant d’années vouées à la rigueur et à la discipline de son travail de refoulement; mais de son pire ennemi, qu’il a combattu pendant cinquante nous ans et qu’il croit à présent avoir vaincu, lui, l’homme d’affaires et l’essayiste en vue : le garçon exténué du camp de concentration. Mon père a toujours voulu nous protéger de ce jeune homme et ne nous a jamais laissé voir son visage d’enfant parce qu’il n’était ni innocent, ni tendre, ni joufflu, ni pur. Mais c’est justement ce visage que ma sœur et moi avons cherché toute notre vie. En vain.


Dans ce texte tardivement autobiographique, Gila Lustiger raconte sa famille Ses parents, ses grands-parents. Son grand-père maternel, le jeune sioniste, communiste convaincu, qui embarque de Pologne sa bourgeoise de fiancée, pour de ses mains  participer à la création de l’État d’Israël. Son père réchappé d’Auschwitz, enfermé dans son silence, ses journaux, ses livres et qui a nommé ses filles l’une Bonheur, l’autre Joie.

Au-delà des portrait émouvants, et souvent savoureux, elle raconte aussi ce livre en train de se faire, ce que cela coutes d’être écrivain et romancière dans une famille  vouée au silence, et qui  peut considérer la fiction comme une insulte à ce qu’elle a vécu.

Gila Lustiger est prise entre une fougueuse admiration, une compassion bouleversée, mais aussi une détestation déterminée : le poids du silence, le devoir d’assumer ce fardeau, censé déterminer la conduite de tous les descendants, un devoir de courage et de bonheur par respect pour ceux qui sont revenus.

Pas facile de grandir, puis d’être une adulte libre là au milieu

C’est assez disparate,  La traduction joue peut-être son rôle. Mais Gila Lustiger gagne son lecteur par son humour décapant, son ironie, qui peut parfois aller jusqu’à la hargne, sa capacité à briser les tabous et à s’autoriser la subversion.

Eh oui, c’est la vérité, même si elle est inavouable : ce n’est pas aux assassins que j’en voulais, ni aux collaborateurs, aux lâches, aux voleurs, aux tortionnaires et aux traîtres, mais à ma famille qui avait été anéantie pendant la guerre à cause des Allemands. Je pensais : Il fallait que ça tombe sur toi. Être justement ce qui te déprime, le rejeton d’une famille anéantie.



En tout cas, merci à bix pour cette lecture qui, derrière l’émotion, marque son originalité par un côté pas toujours politiquement correcte, pas du tout.


mots-clés : #autofiction #campsconcentration #communautejuive #conflitisraelopalestinien #devoirdememoire #famille
par topocl
le Jeu 17 Jan - 20:35
 
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Sujet: Gila Lustiger
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Nicole Krauss

Forêt profonde

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Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan - 18:29
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Christophe Boltanski

La cache

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Christophe Boltanski, neveu du plasticien Christian et du sociologue Luc, raconte l'histoire de sa famille et de ses origines. Mais ce n'est pas tant ceux-là qui tiennent la place centrale que ses grands- parents. Elle, abandonnée enfant par sa famille à une riche « marraine », très handicapée par une polio, communiste et nantie, qui vampirise sa famille dans un mode de vie bohème et fusionnel. Lui, fils d'immigrés juifs ukrainiens, qui a passé 20 mois caché dans leur appartement, l'oreille aux aguets, survivant terrorisé par ses semblables. Autour d'eux, enfants et petits enfants, comme scotchés les uns aux autres : le point d'ancrage est une grande maison, rue de Grenelle où on mange ensemble, on dort ensemble, d'où on se déplace ensemble, un creuset d'ébullition culturelle et intellectuelle plein de fantaisie.

Quel matériau ! Qu'est ce qui fait pourtant que je n'ai pas trop vibré ? Christophe Boltanski survole un peu, et à part la grand-mère qui est le personnage premier, tous sont un peu inconsistants, il y a une réelle superficialité qui tient à distance.
Quant au mode d'écriture, centrer le livre sur la maison, petits plans à l'appui, c'était plutôt une bonne idée, mais au final cela met un côté fouillis. D'autant que Boltanski adore dire « elle » ou « lui » plutôt que de nommer son personnage, ce qui achève de nous perdre. Et le recours répété aux énumérations est une solution de facilité qui ne suffit pas à faire un style.

Ce n'est certes pas un livre à condamner, mais je n'y ai pas pris le plaisir que j'en espérais.

Recup 2015

Mots-clés : #communautejuive #famille #lieu
par topocl
le Ven 21 Déc - 17:41
 
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Sujet: Christophe Boltanski
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Charles Lewinsky

Charles Lewinsky
Né en 1946

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Avt_ch12

Charles Lewinsky, né le 14 avril 1946 (72 ans) à Zurich, est un écrivain, dramaturge et metteur en scène. Il vit en Franche-Comté (France).

Il a étudié la littérature allemande et le théâtre. Dramaturge, scénariste et romancier, il a obtenu, pour son précédent roman Johannistag (2000), le prix de la Fondation Schiller. Melnitz, salué par la critique comme une prouesse littéraire, a été qualifié de Cent ans de solitude suisse.

Melnitz, c'est la saga des Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 - de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale.


Publications

Melnitz, Grasset, 2008 (L'histoire d'une famille juive en Suisse de 1871 à 1939)
Un village sans histoire, Grasset, 2010
Un Juif tout à fait ordinaire. Monologue d'un règlement de comptes. Éditions du Tricorne, Genève, 2011.
Retour indésirable, Grasset, 2013



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Melnitz

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Melnit10

"Plus c’est absurde, plus ils s’en souviennent. Ils se souviennent qu’avant Pessah nous égorgeons des petits enfants et faisons cuire leur sang dans la pâte des "Matze". Cela n’est jamais arrivé, mais 500 ans plus tard, ils sont capables de raconter la scène comme s’ils l’avaient vue de leurs propres yeux. Comment nous avons attiré le petit garçon loin de ses parents en lui promettant des cadeaux ou bien du chocolat, bien longtemps avant l’existence du chocolat. Ils le savent dans les moindres détails."




Melnitz c'est une chronique de famille, une famille juive vivant en Suisse sur quatre générations de 1871 à 1945.

Ces dates ne sont jamais arbitraires. Elles correspondent à des faits historiques qui modifièrent la vie de chacun de ses membres.
Une famille qui, somme toute, ressemblerait à celle des autres citoyens du pays. Ambitions sociales, quête d'ascension logique pour les descendants.
Evidemment il y a les rites et coutumes juifs. Un héritage, des repères, des fêtes et des repas.
Pas de communautarisme. Au contraire. Aucun de ses membres n'est un fanatique religieux. Certains même vont jusqu'à renier cette tradition, cette religion, et embrasser le christianisme.
Et le succès d'abord semble donner raison aux plus ambitieux. Mais c' est sans  compter sans l'Histoire, les guerres, les bouleversements sociaux. A la fin, ils connaîtront tous le sort commun aux exclus. Et les juifs sont le symbole quasiment éternel de l' exclusion, des pogroms. Bref de l'antisémitisme dont ils sont les boucs émissaires.
Cette famille est ce qu'est tout famille. A cette exception près peut être, qu'on y trouve des personnalités extraordinaires et inoubliables. Et c'est un point fort de cette chronique.

Et Melnitz ?

C'est un inquiétant personnage, ce Melnitz, qui traîne derrière lui l'odeur et le froid du caveau. Mort depuis deux siècles au moins, il réapparaît dans la famille Meijer, à l'occasion d'un deuil, d'une bar-mitsva, d'une noce. Il entre sans s'annoncer, s'assied, écoute, et de temps à autre prend la parole pour un commentaire sarcastique. Ce qui le met en verve, c'est la confiance que les Meijer témoignent à leur pays - la si paisible Confédération helvétique -, à leurs voisins - tellement bien disposés à leur égard -, à leur propre réussite.

" Tu crois, dit-il à l'un de ces ingénus, qu' il ne peut plus rien t'arriver. Mais tu te trompes. Parfois, ils gardent le silence et nous pensons qu'ils nous ont oubliés. Crois-moi, ils ne nous oublient pas". Et de dérouler la pelote des persécutions depuis le jour lointain où lui- même, Melnitz, est né en Ukraine, d'une jeune juive violée par un cosaque."

Ainsi le définit Mona Ozouf. Melnitz raconte. Lui qui sait tout, rappelle à chacun qu' il est juif et qu' il subira éternellement la malédiction de son peuple. Comme le Juif errant.
Malheur à celui qui l'oublie !

A propos de son oeuvre, Lewinsky dit :

"Toutes les sagas juives pourraient avoir comme sous-titre "Le Chemin vers la tragédie". De ce point de vue, Melnitz n'est pas une saga juive, ne serait-ce que parce que la Suisse a été touchée mais pas dévastée par la Shoah. J'ai surtout écrit ce roman à l'intention des Suisses qui ne connaissent pas leurs voisins."




mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #famille #guerre
par bix_229
le Jeu 29 Nov - 15:49
 
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Sujet: Charles Lewinsky
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy_67

J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Sujet: Louis-Philippe Dalembert
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Eduardo Halfon


Tag communautejuive sur Des Choses à lire Monast10
Monastère

"Une cage allait à la recherche d'un oiseau." Kafka

"3/4 arabe, 1/4 polonais et juif parfois."

Ainsi se définit Eduardo Halfon, la narrateur. Le narrateur qui n' est pas l' auteur.
Enfin pas tout à fait...
Et il ajoute :

"Trois grands parents arabes juifs, venus d' Egypte, du Liban, de Syrie, envoyés en Amérique Latine et un grand père paternel, juif et polonais arrêté à Lodz par les nazis à 16 ans, et envoyé en camps de concentration."


Il est le fruit et le mélange de cette hérédité, exilée au Guatemala.
Un mélange identitaire plutôt mal assumé, turbulent et instable.
D' où son malaise quand il est invité en compagnie de son frère au mariage de sa sœur à Jérusalem.

Sa soeur, il nous la présente jeune, belle, intelligente, ouverte.
Or, ne voilà t-il pas qu' elle va épouser un juif de Brooklyn, ultra orthodoxe.
Eduardo n' a pas envie d' assister à ce mariage.
Moins encore, lorsque mis en présence de ce futur beau frère, il le découvre vain, arrogant, dogmatique et agressif comme tous les néo convertis.
De ce mariage, nous n' en saurons pas d' avantage.

Ce qu' il voit d' Israel, dès le tarmac de l' aérodrome, accentue son malaise.
Un chauffeur de taxi lui demande s' il est arabe et lui déclare tout de go que les arabes sont méchants et qu' il faudrait les tuer tous.
Et puis, il y a ce fameux mur que les Israéliens ont édifié pour être séparés des palestiniens.
Les jours je font que l' enfoncer dans une torpeur étouffante accentuée par la chaleur de l'été.

Jusqu' au jour où il rencontre Tamara,  une femme qu' il a connue et aimée.
Une israélienne forte et rien moins que conformiste.
Elle le conduit au bord de la Mer Morte et cette excursion est l' occasion pour lui  de se confronter à son passé et à son histoire familiale.
Pour elle, de le faire parler, se raconter.
Avouer ses doutes, le fait de ne pas se reconnaitre juif.
Elle lui dit que son histoire familiale fait partie de ses racines, c' est aussi son histoire à lui.
"Notre histoire, conclue-t-elle, est notre seul patrimoine."
J' ai aimé cette histoire brillamment racontée et qui sait nous montrer sans insister, à quel point les êtres humains sont multiples, contradictoires, surtout quand ils sont prisonniers des soubresauts de l' Histoire.


mots-clés : #autobiographie #communautejuive #famille #identite
par bix_229
le Lun 27 Aoû - 20:05
 
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Sujet: Eduardo Halfon
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Philip Roth

Patrimoine Une histoire vraie

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy_59

Il appartient à la horde primitive de ces fils qui, comme Freud se plaisait à le présumer, sont enclins à tuer le père - qui le haïssent et le craignent et, après avoir triomphé de lui, l'honorent en le dévorant. Et moi, j'appartiens à la horde incapable de décocher le moindre coup. Nous ne sommes pas ainsi, et nous ne pourrions l'être ni avec nos pères, ni avec personne. Nous sommes les fils que la violence épouvante, qui ne sauraient infliger la moindre souffrance physique, incapables de battre et d'assommer, inaptes à pulvériser fût-ce l'ennemi qui le mériterait le plus, et pourtant, pas nécessairement dénués de pétulance, de caractère, voire de férocité. Nous avons des dents tout comme les cannibales, mais elles sont là, plantées dans nos mâchoires, pour nous aider à mieux articuler. Quand nous ravageons, ou que nous exterminons, ce n'est pas avec des points déchaînés ou des machinations cruelles ou une violence démente et tentaculaire, mais avec nos mots, avec notre cerveau, notre mentalité, tout ce qui a suscité un abîme atroce entre nos  pères et nous, et qu'eux-mêmes se sont échinés à nous procurer. Et nous incitant à être aussi astucieux et bons petits yeshivas buchers, ils ne soupçonnaient guère qu'ils nous donnaient des armes pour les laisser isolés et frappés de stupeur face à notre incessant bavardage.


Dix ans se sont écoulés depuis ma dernière lecture, j'ai changé de génération en quelque sorte, et mon père est mort. j'ai donc lu Patrimoine avec un autre œil , plus touché, certainement.

Touchée par ce portrait d'un père qui quitte la scène, plutôt rustre, un père qui ne maîtrise pas les mots et encore moins la littérature, mais qui maîtrise sacrément bien la vie, contre les vacheries de laquelle il s'est toujours battu avec vigueur,  et il continue à se battre tout aussi hardiment contre les vacheries de la mort, à ce moment crucial où la relation parent-enfant s'inverse, avec une bonne dose de tendresse, de loyauté et d'humour. Et à travers ce portrait, celui d'un fils aimant et résolu, désemparé mais toujours là.

mots-clés : #communautejuive #mort #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Lun 4 Juin - 10:38
 
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Sujet: Philip Roth
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Paul Auster

4 3 2 1

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Image102

Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
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Angel Wagenstein

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Abraha10

Angel Wagenstein :  Abraham le Poivrot. -10/18



Lorsque Berto Cohen revient dans sa ville natale de Plovdiv, en Bulgarie, trente ans et plus se sont passés.
Trente ans d' exil ou presque en Israel.
Mais le passé lui saute aussitot au visage. Les souvenirs bien entendu, mais aussi quelques témoins encore vivants.
Ainsi le photographe Costaki, archiviste et témoin passionné, et Araxi, une amie d' enfance et fille de la tant aimée de Marie Vartanian, prof de français de la 5e A.
Araxi avec qui il s' est "marié" à douze ans, et dont il retombe amoureux progressivement sans trop savoir si c' est Araxi qu' il aime ou sa mère à travers elle.
Invité à un congrès ennuyeux, il l' oublie très vite et, accompagné d' Araxi, il parcourt la ville et les lieux de leur enfance.
Plovdiv, une très belle et ancienne ville des Balkans, au bord de la Maritsa.
Mais elle a bien changé la ville !

Pourtant,il sent partout la présence son grand père maternel, Abraham.
Athée revendiqué mais de mèche avec le pope, le rabbin et le mollah.
Ferblantier de son métier, grande gueule et grand coeur, pilier de bars, coureur de jupons et conteur hors pair.
Ne se rappelle t-il pas des temps et des évènements qu' il n' a jamais vécus ?
Il est vrai que la tradition est forte dans ce milieu de juifs séfarades, expulsés d' Espagne en 1419 par l' Inquisition et qui, en Bulgarie, échapperont par miracle au génocide des années 40.
Ce qui fait vivre les juifs et les autres communautés ethniques, c' est une exceptionnelle solidarité. Bulgares, albanais, turcs, jufs et tziganes, coexistent en paix.
Naturellement ça ne durera pas.

Abraham ne se sent jamais aussi bien, autant lui-meme, qu' au milieu de cette commuauté populaire et plurielle.
Lorsqu' elle disparaitra, il en mourra de désespoir.
Comment ne pas aimer cette mosaique humaine !
Où les femmes des trois religions vont aux bains turcs à tour de role sous les yeux attentifs des hommes et des religieux dans une complicité sensuelle mais bon enfant.

Berto aime et admire son grand père plus que tout et dans la famille, il sert d' "agent double" pour ses deux aieuls.
Et puis les autres, Stoichov, le prof principal de la 5e A, idéaliste et révolutionnaire intègre.
Et les Tziganes, remuants et pauvres, avec  leur chef d' orchestre génial, Manouche Aliev.

Celui qui n' a jamais assisté à une fete tzigane ignore ce que c' est que de jouir de la vie, que de s' abreuver de tout son soul sans accabler son ame des angoisses du lendemain.


Mais le communisme, après la guerre, montre sa vraie nature et brise la belle unité de la communauté.

Voilà une fresque enluminée, miraculeusement vivante où le présent se nourrit du passé sous les yeux de Costas Papadopoulos, le photographe.
C' est chez lui que le narrateur et Araxi se retrouvent pour revivre un moment presque oublié  de l' histoire.
Suspendu dans le temps et la nostalgie.

mots-clés : #autobiographie #communautejuive #enfance
par bix_229
le Jeu 1 Mar - 19:53
 
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Sujet: Angel Wagenstein
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Philippe Sands

Retour à Lemberg

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Images78

Lemberg, ville aujourd'hui ukrainienne, qui fut aussi Lwow, Lviv selon  la souveraineté  autrichienne ou polonaise,  l'occupation allemande ou soviétique, au fil du XXème siècle.

Lemberg, villle d'origine de Leon , grand-père de l'auteur, qui a fui d'abord à Vienne, puis à Paris l'oppression nazi, survivant muet sur son passé, comme tant d'autres, et dont Philippe Sands va, tel une fourmi obstinée et besogneuse, décrypter le passé à partir de quelques lettres, photos, recueillant des témoignages auprès de survivants éparpillés dans la diaspora.

Mais à Lemberg sont aussi nés Lauterpacht et Lemkin, deux éminents juristes de renommée internationale, qui eux aussi ont fui les discriminations , eux aussi laissé derrière eux des familles destinées à l'assassinat de groupe. Chacun à sa façon, a travaillé à analyser ces actes d'infamie, à leur donner une tournure, un nom afin de permettre au Droit International, dont la première étape fut le procès de Nuremberg, de se positionner et de porter sereinement son verdict. Le droit international est en train de naître, Philippe Sands, là encore gorgé de lectures et d'archives, interlocuteur de descendants,  nous en livre les balbutiements et les subtilités. Il décortique pour le lecteur profane l'opposition des deux écoles : Lauterpacht décrit la notion de crimes contre l'humanité, perpétrés sur des individus, fussent-ils multiples. Lemkin introduit celle de  génocide (et crée le mot) , qui s'adresse à des groupes, raciaux, religieux ou nationaux

Et c'est sur Lemberg encore qu'a régné Franck,  Gouverneur Général de la Pologne occupée, opprimant, humiliant, exilant, spoliant, assassinant les juifs par milliers. Franck condamné à la pendaison par le Tribunal de Nuremberg, fustigé par son fils Niklas, contrairement à l’attitude de la plupart des enfants de responsables nazis.

Ce récit historique, parcouru tout au fil des  pages d'un puissant souffle romanesque, s’attache à ces quatre figures pour raconter, une fois de plus, le destin tragique des Juifs sous le nazisme. Une fois de plus, oui, c'est cette histoire si connue, sa montée en puissance, son écrasante dévastation. Et une fois de plus les destins individuels au milieu de cette destinée universelle émergent avec toute leur  singularité. Les histoires racontées sont un miroir tendu à la réflexion des deux juristes: destins individuels, destin du groupe, indissociables et complémentaires.

Philippe Sands est impressionnant d'érudition, il fournit un travail de titan,  traque l'information, aiguille dans le tas de foin des archives et souvenirs, ne lâche pas une piste si infime soit-elle, : le résultat est époustouflant. On pense aux Disparus de Daniel Mendelsohn, où la littérature et la mythologie, mise en abîme de l'Histoire,  sont remplacées par le droit. C'est sans doute un peu plus sec, un peu moins habité. Mais c'est une contribution indispensable, une invitation à la réflexion, à l'heure où nationalismes et antisémitisme sont, encore et toujours, à nos portes.

Ah, j’oubliais il y a a plein de photos, de gens et de documents. c'est passionnant, terriblement émouvant évidemment, instructif et plein de pistes, on en croirait que le droit international, c'est simple.

Chaude recommandation.



mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #genocide #historique #justice #lieu #minoriteethnique
par topocl
le Sam 13 Jan - 20:32
 
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Sujet: Philippe Sands
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Jonathan Safran Foer

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Foer10

Me Voici


Isaac a choisi d’immigrer aux USA quand les nazis ont investi la Galicie où il est né.

Des horticulteurs allemands avaient élagué toutes les branches de l’arbre généalogique d’Isaac jusqu’au sol de Galicie. Mais avec de la chance et de l’intuition, et sans aide de l’au-delà, il en avait repiqué les racines dans les trottoirs de Washington et avait vécu assez longtemps pour en voir les repousses. Et à moins que l’Amérique ne se retourne contre les Juifs –jusqu’à ce qu’elle se retourne, le corrigeait son fils Irv -, l’arbre continuerait à produire des rameaux et des bourgeons. »

Jacob, le petit-fils,  est l’un des  rameaux ; il s’est marié avec Julia, de religion juive également, ils ont eu 3 enfants, des garçons, Sam, Max et Benjy.  De l’amour, du bonheur il y en a eu ;

« Chaque matin,  au réveil,  Jacob embrassait Julia entre les jambes – pas un geste sexuel (le rituel exigeait que le baiser ne donne pas matière à développement), mais religieux. Ils se mirent à collectionner, au cours de leurs voyages, des objets dont l’intérieur donnait l’impression d’être plus grand que l’extérieur : l’océan contenu dans un coquillage, le ruban usé d’une machine à écrire le monde dans un miroir au mercure. Tout semblait tendre vers le rituel – Jacob passait prendre Julia au travail le jeudi, le café du matin partagé en silence, Julia qui remplaçait les marque-pages de Jacob par de petits-mots, jusqu’ à ce que, tel un univers en expansion qui atteint ses limites avant de se contracter vers son commencement, tout se défasse. »

Mais 16 ans plus tard sous les dehors d’une famille heureuse, le couple bat de l’aile. Les mots tus comme  les mots dits ont eu pareillement raison de leur entente.  

Le quotidien continue,  les gestes habituels,  Jacob travaillent à la série tv de ses employeurs, Julia, architecte se construit sur papier une maison, mais une maison où inconsciemment ?  elle ne pourrait vivre que seule.

Un  évènement va  contribuer à l’instabilité du couple : Julia et Jacob sont convoqués par le Rabbin du Lycée car Sam a écrit des  insultes, et notamment un terrible mot en « n » que le lecteur ne peut qu’imaginer. Il lui est demandé de faire des excuses, qu’il refuse et nie être l’auteur de l’écrit. Julia croit en la culpabilité de Sam alors que Jacob la rejette. Leur position reflète bien le caractère opposé des deux parents. L’une est forte, l’autre « mou », il fuit, se cache la réalité alors qu’elle affronte.

Mais c’est une découverte  par Julia, qui va précipiter la séparation du couple ; celle d’un téléphone. Jacob envoie des messages salaces et très évocateurs à une femme, lui qui n’a plus de relation sexuelle avec la sienne et qui, comme lui jette Julia à la face,  a des projections au-dessus de ses moyens .   (ce dialogue est crument évocateur).

« L’intérieur de la vie devint beaucoup plus petit que son extérieur, ouvrant une cavité, un néant. Voilà pourquoi la bar-mitsva (celle de Sam) était si importante : c’était le dernier fil d’une corde effilochée. »

L’arrivée des cousins Israëliens va concorder avec un tremblement de terre en Israël ;  les sentiments de Jacob et Tamir, le cousin,  sont explicitement ceux des Juifs américains et des Juifs Israëliens avec leur antinomie, leur culture différente. Les juifs américains s’ils se sentent juifs, ne se sentent pas devoir quoi que ce soit à Israël (même s’ils donnent financièrement,  ce qui pour beaucoup se ressent comme une obligation)  alors que les juifs d’Israël se sentent avant tout  Israëliens.

Julia et Jacob divorceront,  mais il restera néanmoins un lien entre eux, au-delà de leurs enfants.

"Alors,  elle comprit Jacob. Elle l’avait cru quand il lui avait dit que les mots qu’il avait écrits n’étaient que des mots, mais elle ne l’avait pas compris. Désormais, elle comprenait : il avait besoin de mettre la main dans la porte. Mais il ne voulait pas la refermer lui-même."

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J’ ai beaucoup apprécié les dialogues, la dégradation graduelle du couple bien visible, le comportement  des enfants, des grands-parents. Les personnages sont bien croqués dans leur physique et leur psychologie.

Mais j’ai trouvé des longueurs, notamment :
dans les rites religieux, car même si intéressants ils sont digressifs  dans le processus de dégradation du couple,
le passage sur les trouvailles masturbatoires de Sam,
le tremblement de terre et les implications géopolitiques du proche-orient. (d’autant que j’ai eu beau chercher je n’ai pas trouvé trace de ce tremblement de terre qui devrait se situer en 1969 – année de l’incendie du Dôme du rocher évoqué -)

Cela reste néanmoins une bonne lecture grâce à l’écriture, à l’intelligence des rapports humains.



autres extraits :

« Ils continuèrent à coucher ensemble, même si ce qui s’était toujours produit spontanément réclamais désormais un stimulus… Ils se disaient parfois des choses dont, juste après l’orgasme, ils avaient tellement honte qu’ils se sentaient obligés de s’éclipser, au prétexte d’aller chercher un verre d’eau, alors qu’ils n’avaient pas soif. »

« Julia pouvait couper des ongles de nouveau-né d’un coup de dents, allaiter tout en préparant des lasagnes, faire en sorte que les enfants la supplient de leur passer le peigne à poux dans les cheveux, et les forcer à s’endormir grâce à un massage du troisième œil – mais elle avait oublié comment caresser son mari. Jacob apprenait aux garçons la différence entre éloigné et lointain, mais il ne savait plus comment parler à sa femme.

« Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts. »

« Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide. »

Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts.

Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide.

Les rituels domestiques étaient assez enracinés pour que leur façon de s’éviter soit naturelle et passe inaperçue.

Et quelqu’un  doute t-il vraiment qu’un jour, quand les conditions seront réunies, l’Amérique ne décide qu’on est trop bruyants, qu’on pue, qu’on est casse-pieds et bien trop intelligents pour ne pas nuire à tout le monde ?

En un instant, frappé d’une fulgurance, Jacob fut submergé par la terreur d’avoir démoli les trois plus beaux êtres humains sur terre.




mots-clés : #communautejuive #famille #psychologique
par Bédoulène
le Sam 25 Nov - 17:27
 
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Sujet: Jonathan Safran Foer
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Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina Séfarade

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Il s’agit en fait d’une sorte de recueil de "nouvelles" avec un fil directeur très homogène : le souvenir d’un passé plus ou moins lourd, vécu dans différents endroits de la planète par des personnages extraordinaires ou non, historiques ou pas, des étrangers, des immigrés, des émigrés, des exilés, des disparus ‒ autant de romans, empreints des dictatures du XXe siècle.

« Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui. »
Antonio Muñoz Molina, « Cerbère », in « Séfarade »

« Comment s’aventurer à la vaine frivolité d’inventer alors qu’il y a tant de vies qui mériteraient d’être racontées, chacune d’elles comme un roman, un réseau de ramifications qui mènent à d’autres romans, à d’autres vies. »
Antonio Muñoz Molina, « Séfarade », in « Séfarade »


Parmi les leitmotive qui se recoupent, les camps de concentration et d’extermination allemands et russes, les Séfarades et autres Juifs, d’Espagne ou d’ailleurs, Milena Jesenska et Franz Kafka (d’un certain point de vue un annonciateur du totalitarisme), les morts vivants dans la rue (drogués et autres égarés) ‒ en quelque sorte l’héritage du siècle ‒, et les obsessions et angoisses de l’auteur et/ ou narrateur (alternance de je/ il qui entrelace le texte, comme aussi des épisodes ou des personnages, tel le cordonnier) : départ/ voyage/ fuite, culpabilité, persécution, amours perdues.

« ...] Franz Kafka a inventé par anticipation le coupable parfait, l’accusé d’Hitler et de Staline, Joseph K., l’homme qui n’est pas condamné parce qu’il a fait quelque chose ou parce que se serait fait remarquer d’une quelconque manière, mais parce qu’il a été désigné comme coupable, qui ne peut pas se défendre parce qu’il ne sait pas ce dont on l’accuse et qui, au moment d’être exécuté, au lieu de se révolter, se soumet avec respect à la volonté des bourreaux, ayant en plus honte de lui-même. »
Antonio Muñoz Molina, « Tu es », in « Séfarade »


Désinformation, "agit-prop" de l’Internationale communiste :
« Willi Münzenberg a inventé l’art politique de flatter les intellectuels établis, la manipulation convenable de leur égolâtrie, de leur peu d’intérêt pour le monde réel. Il parlait d’eux avec un certain mépris et les appelait le "Club des Innocents". Il était à la recherche de gens pondérés, avec des tendances humanistes, une certaine solidité bourgeoise, si possible l’éclat de l’argent et du cosmopolitisme : André Gide, H. G. Welles, Romain Rolland, Hemingway, Albert Einstein. Lénine aurait fusillé sans délai cette espèce d’intellectuels, ou bien il les aurait expédiés dans un sous-sol de la Loubianka ou en Sibérie. Münzenberg a découvert l’immense utilité qu’ils pouvaient avoir pour rendre attrayant un système que lui, dans le fond incorruptible de son intelligence, devait trouver atterrant d’incompétence et de cruauté, même pendant les années où il le considérait comme légitime. »

« Il y a aussi dans cette histoire un traître possible, une ombre à côté de Münzenberg, le subordonné rancunier et docile, cultivé et polyglotte ‒ Münzenberg ne parlait que l’allemand, et avec un fort accent de classe populaire ‒, physiquement son contraire, Otto Katz, appelé aussi André Simon, mince, fuyant, vieil ami de Franz Kafka, organisateur du Congrès des intellectuels antifascistes de Valencia, émissaire de Münzenberg et du Komintern parmi les intellectuels de New York et les acteurs et les scénaristes d’Hollywood, étoiles de la gauche caviar, et du radical chic, toujours espionnant, adulateur assidu d’Hemingway, Dashiell Hammett, Lillian Hellman, staliniens fervents et cyniques. »
Antonio Muñoz Molina, « Münzenberg », in « Séfarade »


Personnellement, j’ai ressenti ces ressassements comme pesants, peut-être entrés en résonnance avec trop de trop récentes lectures apparentées. Idem, le fil Littérature des camps semble déserté (saturation ?)

mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #exil #genocide #regimeautoritaire
par Tristram
le Mer 1 Nov - 0:37
 
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Sujet: Antonio Muñoz Molina
Réponses: 12
Vues: 1208

Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

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Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 42
Vues: 2167

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