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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 29 Nov - 21:14

7 résultats trouvés pour complotisme

Umberto Eco

Construire l’ennemi et autres textes occasionnels

Tag complotisme sur Des Choses à lire Constr10

Dans Construire l’ennemi, Eco documente la stigmatisation de l’étranger, du laid, du juif, de l’hérétique, de la femme (notamment sorcière), du lépreux à travers les temps, en produisant nombre d’extraits édifiants (sans omettre les auteurs religieux).
« Il semble qu’il soit impossible de se passer de l’ennemi. La figure de l’ennemi ne peut être abolie par les procès de civilisation. Le besoin est inné même chez l’homme doux et ami de la paix. Simplement, dans ces cas, on déplace l’image de l’ennemi, d’un objet humain à une force naturelle ou sociale qui, peu ou prou, nous menace et doit être combattue, que ce soit l’exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale. Mais, même si ce sont là des cas « vertueux », Brecht nous rappelle que la haine de l’injustice déforme elle aussi le visage. »

« Essayer de comprendre l’autre, signifie détruire son cliché, sans nier ou effacer son altérité. »

Mention particulière à La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, effarante justification états-unienne (et orwellienne) de la nécessité de l’ennemi, notamment pour des raisons économiques (anonyme, préfacé par J. K. Galbraith).

Absolu et relatif nous entraîne dans un débat philosophique qui revient rapidement au problème de notre conception de la vérité (atteignable ou pas).

La flamme est belle est une réflexion sur le feu, qui n’oublie pas Bachelard, entr’autres.
« Les amis pleins de sollicitude brûlent, pour des raisons de moralité et de santé mentale, la bibliothèque romanesque de Don Quichotte. On brûle la bibliothèque d’Auto da fé d’Elias Canetti, en un bûcher qui rappelle le sacrifice d’Empédocle (« quand les flammes l’atteignent enfin, il rit à pleine voix comme il n’avait jamais ri de sa vie »). »

Délices fermentées est consacré à Piero Camporesi, auteur de L’Officine des sens et « gourmet de listes ».

« Hugo, hélas ! » La poétique de l’excès :
« Le goût de l’excès le conduit à décrire en procédant par énumérations interminables [… »

« La beauté n’a qu’un type, la laideur en a mille. »

Cela m’a ramentu cette phrase (souvenir scolaire – on a beau dire du mal de l’école…) :
« Si le poète doit choisir dans les choses (et il le doit), ce n’est pas le beau, mais le caractéristique. »

Astronomies imaginaires (mais pas astrologie, croyance ou tromperie).

Je suis Edmond Dantès ! sur le roman-feuilleton, et « l’agnition ou reconnaissance » (d’un lien de parenté entre personnages) ; le texte commence ainsi :
« Certains infortunés se sont initiés à la lecture en lisant, par exemple, du Robbe-Grillet. Illisible si l’on n’a pas compris les structures ancestrales de la narration, qu’il détourne. Pour savourer les inventions et déformations lexicales de Gadda, il faut connaître les règles de la langue italienne et s’être familiarisé au bon toscan avec Pinocchio. »

Il ne manquait plus qu’Ulysse. Époustouflant patchwork de critiques du livre de Joyce, où la bêtise le dispute à l’antisémitisme.

Pourquoi l’île n’est jamais trouvée. Incipit :
« Les pays de l’Utopie se trouvent (à de rares exceptions près, comme le royaume du Prêtre Jean) sur une île. »

Texte passionnant sur l’histoire de la (non-)découverte d’îles plus ou moins fabuleuses.
« C’est parce que, jusqu’au XVIIIe siècle, date à laquelle on a pu déterminer les longitudes, on pouvait découvrir une île par hasard et, à l’instar d’Ulysse, on pouvait même s’en échapper mais il était impossible de la retrouver. »

C’est l’argument de L’Île du jour d’avant, mais on découvre aussi l’« Ile Perdue, Insula Perdita », île des Bienheureux de saint Brendan, et même un décryptage de La Ballade de la mer salée d’Hugo Pratt.

Réflexions sur WikiLeaks
« Sur le plan des contenus, WikiLeaks s’est révélé être un scandale apparent, alors que sur le plan de la forme, il a été et sera quelque chose de plus, il a inauguré une nouvelle époque historique.
Un scandale est apparent quand il rend publique une chose que tout le monde savait en privé, et dont on parlait à mi-voix par pure hypocrisie (cf. les ragots sur un adultère). »

« Et cela ne fait que confirmer une autre chose que l’on sait pertinemment : chaque dossier élaboré pour un service secret (de quelque nation que ce soit) est constitué exclusivement de matériel qui est déjà dans le domaine public. Par exemple : dans une librairie consacrée à l’ésotérisme, on s’aperçoit que chaque nouvel ouvrage redit (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui figurait dans les livres précédents. Et ce n’est pas que l’auteur de textes occultistes s’interdise de faire des recherches inédites (ou ignore comment chercher des informations sur l’inexistant), mais parce que les occultistes ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est d’ailleurs là le mécanisme du succès de Dan Brown.
Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux tout comme est paresseux, ou d’esprit limité, le chef des services secrets, qui ne croit que ce qu’il reconnaît.
Par conséquent, puisque, dans tous les pays, les services secrets ne servent pas à prévoir des cas comme l’attaque des Twins Towers et qu’ils n’archivent que ce qui est déjà connu de tous, il vaudrait mieux les éliminer. Mais, par les temps qui courent, supprimer encore des emplois serait vraiment insensé.
Si les États continuent à confier leurs communications et leurs archives confidentielles à Internet ou d’autres formes de mémoire électronique, aucun gouvernement au monde ne pourra plus nourrir des zones de secret, et pas seulement les États-Unis, mais même pas la République de Saint-Marin ou la principauté de Monaco (peut-être que seule Andorre sera épargnée). »

« Et même si la grande masse des citoyens n’est pas en mesure d’examiner et d’évaluer la quantité de matériel que le hacker capture et diffuse, la presse joue désormais un nouveau rôle (elle a déjà commencé à l’interpréter) : au lieu de relayer les nouvelles vraiment importantes – jadis, c’étaient les gouvernements qui décidaient des nouvelles vraiment importantes, en déclarant une guerre, en dévaluant une monnaie, en signant une alliance –, aujourd’hui c’est elle qui décide en toute autonomie des nouvelles qui doivent devenir importantes et de celles qui peuvent être passées sous silence, allant jusqu’à pactiser (cela est arrivé) avec le pouvoir politique pour savoir quels « secrets » dévoilés il convenait de révéler et ceux qu’il fallait taire.
Puisque tous les rapports secrets qui alimentent haines et amitiés d’un gouvernement proviennent d’articles publiés ou de confidences de journalistes à un attaché d’ambassade, la presse prend une autre fonction : jadis, elle épiait le monde des ambassades étrangères pour en connaître les trames occultes, désormais ce sont les ambassades qui épient la presse pour y apprendre des manifestations connues de tous. »

Tout le bref texte devrait être cité !
Et c’est toujours aussi délectable de se régaler de l’esprit d’Umberto Eco…

\Mots-clés : #complotisme #contemporain #discrimination #ecriture #espionnage #essai #guerre #humour #medias #philosophique #politique #social #universdulivre #xxesiecle
par Tristram
le Lun 24 Oct - 13:57
 
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Sujet: Umberto Eco
Réponses: 55
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Jean-Marie Blas de Roblès

La Montagne de minuit

Tag complotisme sur Des Choses à lire La_mon10

Bastien Lhermine, gardien dans un établissement jésuite lyonnais, est mis d’office à la retraite (c'est-à-dire envoyé à l’hospice). Passionné de lamaïsme et de tantrisme, il fait la connaissance de sa voisine, Rose Sévère, et de son jeune fils, Paul. C’est ce dernier qui raconte l’histoire, soumettant son manuscrit à sa mère, historienne, qui le commente et le complète, enquêtant de son côté.
« Si vous vous intéressez un peu au Tibet, vous savez que les coïncidences n’existent pas, il n’y a que des rencontres nécessaires. »

« …] je suis parti tout seul au musée Guimet. C’est là, au détour d’un couloir, que j’ai rencontré mon premier mandala. Aujourd’hui, je dirais que c’est lui, en quelque sorte, qui m’a trouvé… mais je m’y suis perdu corps et âme jusqu’à l’heure de la fermeture, et il m’a fallu toute une vie pour comprendre que le centre d’un labyrinthe avait moins de valeur que nos errements pour y parvenir. »

Rose emmène Bastien à Lhassa, sur les traces d’Alexandre David-Néel et de bien d’autres, dans un pays où il n’est encore jamais allé.
Exotisme garanti, dépaysement complet, étrangetés diverses, comme les « pigeons à sifflet »…
« Les étals regorgent d’outres de beurre, de barates effilées comme des carquois, de quartiers de viande posés à terre sur des cartons gorgés de sang ; peaux de mouton, cuirs de yack, briques de thé séché débordent des sacs en jute. Dans les odeurs de tourbe et de beurre rance, un arracheur de dents chinois exerce son métier sur un apache, torsade amarante dans les cheveux, qui repousse la fraise pour mieux tirer sur son mégot. La tête enfouie dans une toque de fourrure géante, à croire qu’il a trois renards vivants entortillés sur le crâne, un Tibétain parcheminé vend sa camelote de faux jade. Ici, des petites pommes enrobées de caramel rouge, là des colliers de fromage en rondelles, dures comme de la pierre. Les sourds mugissements d’un groupe de moines avec cloches et tambourins à boules fouettantes dominent cette cohue. »

Au Potala, Bastien (qui a rêvé qu’il chevauchait un tigre en montagne, signe de mort) connaît une expérience mystique et tombe dans le coma en regardant la « Montagne de fer », le Chakpori, où se dressait un vénérable sanctuaire que les Chinois ont détruit et remplacé par une antenne de télévision (Blas de Roblès souligne l’occupation par l’armée chinoise, la « sinisation inéluctable du Tibet. ») Bastien meurt en prononçant « Le Mont Analogue » (titre d’un livre de René Daumal que je veux lire depuis des décennies, et qui sera ma prochaine lecture).
Or Bastien aurait appartenu aux « Brigades tibétaines de la SS », chargées de rien de moins que « de reconstituer la mémoire perdue de la race aryenne » !
Cette aventure prenante s’achève sur la dénonciation de l’amalgame conspirationniste entre occultisme, quête mystique et histoire trafiquée.
« − Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, dit-il en soupirant, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, c’est qu’ils sont prêts à croire en tout… Une remarque de Chesterton, si j’ai bonne mémoire, mais qui résume assez bien ce que je viens de vous dire. »

« Un enfant attend tout d’un conte, sauf la réalité. Des histoires d’ogres, de sorcières, de petites filles dévorées par les loups, peu importe pourvu qu’on le détourne de ses propres angoisses. »

Ce bref roman aussi bien construit qu’écrit m’a un peu déçu dans son long épilogue – et m’a donné l’envie de retourner au musée Guimet, que je retrouverais sans doute fort changé, comme il en fut de celui de Cluny lors de mon récent passage à Paris.

\Mots-clés : #complotisme #initiatique #lieu #spiritualité #voyage
par Tristram
le Mer 17 Aoû - 13:32
 
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Sujet: Jean-Marie Blas de Roblès
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Graham Greene

Un Américain bien tranquille

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Le narrateur, Fowler, est un correspondant de presse britannique faisant le reportage de la guerre des Français à Saigon (ce que Greene fit également) ; il est présent depuis des années, se drogue à l’opium et n’envisage pas de jamais quitter le Viet-nam.
« Mes confrères journalistes se faisaient appeler correspondants, je préférais le titre de reporter. J’écrivais ce que je voyais, je n’agissais pas, et avoir une opinion est encore une façon d’agir. »

Son ami Pyle, « un Américain bien tranquille », jeune attaché à la Mission d’aide économique, aussi « chargé de missions spéciales » est retrouvé mort. Phuong, qui fut sa compagne avant de le quitter pour Pyle, revient vivre avec lui.
C’est un aperçu de la guerre contre le Viet-Minh au milieu des « armées privées », comme celle du général Thé (phénomène qu’on reverra souvent, et pas qu’en Lybie) :
« Ce pays était en proie aux barons rebelles : on aurait dit l’Europe du Moyen Âge. »

Il y a aussi un regard intéressant sur les Vietnamiens (et Vietnamiennes) et les Occidentaux à l’époque, la religion syncrétique caodaïste, le travail de journaliste forcément limité par le pouvoir militaire qui contrôle l’information et censure. Même un personnage secondaire comme Vigot, officier de la Sûreté française expert du 421 et de Pascal, devient attachant et caractéristique. Il y a aussi de l’action violente (la nuit dans la tour de guet), du témoignage de guerre…
Mais le thème principal est l’étude psychologique de l’étrange duo Fowler-Pyle ; si le premier est plutôt désabusé et cynique, Pyle est plus naïf et « innocent » (image étonnante a priori, que j’ai également gardée de nombre d’États-Uniens rencontrés lors de mes séjours outre-mer).
« Un homme devient digne de confiance, dit solennellement Pyle, quand on a confiance en lui. »

Cela n’empêche pas cet idéaliste d’œuvrer à la surrection d’une « Troisième Force » afin que la démocratie affronte victorieusement le communisme, et qu’importent les explosifs placés dans la foule. (Greene semble considérer que la guerre d’Indochine n’était pas essentiellement « coloniale ».)
Ce bref roman qui commence par la fin devrait ne pas présenter beaucoup d’intérêt dû au suspense, mais le lecteur comprend que c’est le contraire d’une maladresse lorsqu’il parvient au renversement final : Fowler, qui se targuait d’être et de vouloir rester non « engagé », y viendra à son tour...

\Mots-clés : #colonisation #complotisme #espionnage #guerreduvietnam #politique #psychologique #terrorisme
par Tristram
le Mer 30 Juin - 15:46
 
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Sujet: Graham Greene
Réponses: 27
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Leo Perutz

Tag complotisme sur Des Choses à lire Turlup10


Tancrède Turlupin respectait les jeûnes et tous les commandements de l'Eglise, il pratiquait la charité et jamais il ne passait devant un mendiant sans lui faire l'aumône. Il agissait ainsi par prudence et par sagesse, car en réalité, il haïssait les mendiants et leur souhaitait tous les malheurs qui se fussent jamais abattus sur une créature ; s'il avait osé, il les aurait tous étranglés de ses propres mains. C'étaient des espions de Dieu, des prétentieux, de misérables traîtres. Ils recouvraient l'aumône comme on lève un tribut. Et quand quelqu'un passait sans faire attention à eux, ils le maudissaient aussitôt, et leurs paroles s'élevaient vers le ciel jusqu'à l'oreille de Dieu. Ils étaient conscients de leur pouvoir et toujours prêts à dépouiller les gens honnêtes et travailleurs. Tancrède Turlupin leur donnait sa menue monnaie plein d'une rage contenue et en grinçant des dents.

Gravement malade, sur le point de mourir, le cardinal de Richelieu poursuit encore sa vieille obsession, se débarrasser de la noblesse. Radicalement et une fois pour toutes. Une sorte de Saint Barthélémy des aristos. Mais son but n'est pas de de protéger Louis XIII et la royauté, mais d'établir une république à l'image de celle de Cromwell. L'occasion, il va la trouver lors des obsèques d'un pair de France qui réunissent une grande partie d'entre eux. Le moment venu, il s'agira d'inciter le peuple de mécontents à se soulever et de massacrer les nobles présents. Pour commencer. A cet effet, il a soudoyé un agent provocateur qui donnera le signal.

Un projet grandiose  !

Tout est prêt, mais voilà ! Un grain de sable inattendu va gripper la machine en marche. Turlupin est son nom. Un jeune homme abandonné à a naissance, puis recueilli, il est devenu barbier et telle pourrait être sa vie. Banale mais sure. Et ce serait mieux pour lui, vu qu'il est un peu béta. Pas méchant, non, mais pas futé non plus. La preuve en est qu'il s'est mis en tête qu'il est de noble ascendance. Présent aux obsèques du noble pair, il s'imagine que sa veuve le fixe du regard pendant la cérémonie. Et il se persuade qu'elle est sa mère. En fait elle est aveugle, mais moins que lui. Décidé à se faire connaitre, il parvient, déguisé en noble, à s'introduire dans le château et à se glisser parmi les invités. C'est le passage le plus drôle du livre. Il se rend très vite compte qu'ils ont tous en commun d'être incroyablement vains, futiles, imbus de leurs privilèges, belliqueux et en plus tous pochards. Comme il ne connait pas les moeurs de ces oligarques, il multiplie les impairs et se met en danger.

Ce qui se passe ensuite, vous le saurez en lisant le livre. Et sachez que Perutz, comme dans tous ses romans, multiplie les plaisirs et divertissements, les intrigues riches en rebondissements, les fausses citations. Les personnages principaux et secondaires sont nombreux et savoureux.

Alexandre Dumas et Leo Perutz ont des points communs. Mais Dumas s'intéresse plutôt à l'héroïsme et aux intrigues politiques et amoureuses. L'Histoire pour Perutz est une suite de hasards et de malentendus, d' absurdités.
Les personnages sont dérisoires et se cherchent en vain. Tel ce Turlupin, propulsé au coeur de l'action pour inverser le cours de l'histoire sans se rendre compte qu'il est manipulé.

Au fond, la vision de la société et de l'Histoire est pessimiste chez Perutz. La mort rode et n'est jamais bien loin. Et cette oeuvre est sans doute le reflet d'un lieu et d'une époque, même si dans ce cas précis, c'est Paris et non Prague en toile de fond.


mots-clés : #complotisme #historique #humour
par bix_229
le Sam 15 Déc - 18:28
 
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Sujet: Leo Perutz
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Juan Gabriel Vásquez

Le corps des ruines

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Il va être difficile de rendre compte de ce roman tant il est tentaculaire, intelligent, maîtrisé, tant le roman et le non-roman y sont étroitement intriqués au bénéfice de l'esprit et d'une certaine générosité.

Juan Gabriel Vasquez s'y montre  écrivain à l’œuvre, s’appropriant peu à peu un sujet qui l'a initialement rebuté, à l'écoute des signes qu'au fil des années celui-ci peut lui envoyer, l'amenant à accepter de douter, de se remettre en question pour finalement se l'approprier au prix d'un itinéraire affectivo-intellectuel traversant le temps et les continents.

Ce sujet lui est apporté/imposé par une espèce de complotiste exalté, monomaniaque et  agaçant, Carlos Carballo, fasciné par deux assassinats politiques qui ont été  des tournants majeurs dans l'histoire de la Colombie:  celui de Rafael Uribe Uribe en 1914, et celui de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, deux figures de l'opposition libérale. Pour ces deux assassinats,  les exécutants ont été châtiés, et Carballo soutient que la justice s'est refusée à remonter le fil des vrais commanditaires. La juxtaposition de ces deux affaires est l'occasion  d'interroger la société colombienne, pervertie d'avoir toujours frayé avec la violence,  de réfléchir au lien que celle-ci entretient avec le mensonge et la dissimulation, et de montrer comment la quête de la vérité, si elle est vouée à l'échec, permet cependant d'interroger sa propre intimité, mais aussi tout le corps social  notamment dans sa  dimension  politico-judiciaire.

On est  dans une démarche assez curieuse (et plusieurs fois revendiquée) qui mêle sciemment l'autofiction et  l'histoire d'un pays, mais aussi l'Histoire et la fiction  pour produire une œuvre protéiforme, mi-polar politique, mi-réflexion et quête de sens. Dans cette démarche qui n'est pas sans rappeler Cercas, mais portée ici par une écriture fluide et pleine de vivacité, parfois à la limite de la faconde, Juan Gabriel Vasquez communique, par un montage époustouflant,  sa passion, ses émotions  et son érudition. il tire un fil qui en révèle un autre, suggère sans imposer, les longueurs sont très rares (et sans doute indispensables), c'est de la belle ouvrage.




mots-clés : #autofiction #complotisme #creationartistique #historique #justice #politique #violence
par topocl
le Mar 20 Fév - 16:20
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
Réponses: 16
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Jean-Christophe Rufin

Le parfum d’Adam

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Thriller dont l’intrigue est plutôt du genre espionnage, mais vite lassant par trop de convention assez mal traitée (malgré l’évocation des contrées visitées par l’auteur). Il a pourtant le mérite de mettre en lumière l’antispécisme et l’antihumanisme, et plus généralement la place de l’être humain dans la nature, notions qui me turlupinent depuis que j’ai été confronté à l’impact de l’homme sur la forêt équatoriale. En gros, le spécisme est aux espèces animales ce que le racisme est à l’intérieur de l’espèce humaine : pourquoi un être humain aurait-il moralement plus de valeur qu’un éléphant, un moustique ou un vibrion cholérique ? On ne trouve bien sûr pas de réponse dans le livre, mais ce questionnement est troublant, surtout si on le prolonge en interrogeant l’opposition individu et continuum biologique, ou les degrés de différence entre être humain et (autre) animal. A ce propos, Rufin explicite dans une postface ce qu’il considère comme le passage de la guerre à la pauvreté à la guerre contre les pauvres via l’écologisme radical états-unien mis en scène dans son roman, en prolongement d'activistes comme Edward Abbey  (fil ici) par exemple.
Complot d’une "élite" pour débarrasser la planète des pauvres en surnombre, voilà l’intrigue de ce livre dont le vrai sujet est d’exposer l’écologie extrême et le malthusianisme jusqu’au-boutiste (en parfait contraste avec l’engagement humanitaire de Rufin). Apparemment l’auteur a voulu rendre la pilule plus avalable, mais j’aurais préféré un ouvrage plus resserré (dépasse les 500 pages), et qui aurait évité les vieux ressorts du genre (péripéties, humour et amours).
A cause de coïncidences secondaires, ce livre m’a rappelé American Darling, de Russell Banks.

« Dans la nature, l’individu ne compte pas. Entre les êtres vivants et leur environnement, entre animaux et végétaux, l’essentiel, ce sont les équilibres. Dans le monde vivant, le système des prédateurs est le garant de ces équilibres. »

« Ils sont seulement pauvres, pauvres à un point que nul ne peut imaginer car leur misère n'est pas le fruit d'un cataclysme, d'une chute, mais leur condition profonde et probablement éternelle. Ils sont nés pauvres comme d'autres êtres naissent renard ou cheval. La misère n'est pas leur état mais leur espèce. A leur manière, ils s'y adaptent. […]
Dans les campagnes, il existe un équilibre entre le nombre d’êtres humains et les ressources de la terre. Quand la limite des ressources est atteinte, le nombre d’hommes stagne ou diminue. C’est la loi de Malthus. Mais, ici, [dans la favela] il n’y a plus de loi. Le gouvernement ne peut pas se permettre d’affamer ses villes. Alors, il les nourrit. Plus rien n’arrête la prolifération des pauvres. Leur taux de fécondité reste énorme. »

« Bioterrorisme, santé des chefs d’États, protection des brevets pharmaceutiques, manipulations des agences humanitaires, le renseignement et la médecine ont partie liée aujourd’hui. »

« Au Brésil, on comprend que les pauvres ne sont pas une espèce à part, une monstruosité venue d’on ne sait où : ils sont le produit de notre société. Elle les a fabriqués, rejetés hors de ses clôtures. L’étape suivant consiste à les accuser de leur propre dénuement et, au nom de la Terre, cet espace commun dont nous avons fait notre propriété, de les détruire. »


mots-clés : #complotisme #ecologie #polar
par Tristram
le Jeu 18 Jan - 21:42
 
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Sujet: Jean-Christophe Rufin
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Umberto Eco

Le Cimetière de Prague

Tag complotisme sur Des Choses à lire Eco10

Roman, 540 pages environ, publié en italien en octobre 2010, en mars 2011 pour la traduction française.
Titre original: Il cimitero di Praga.

L'éminent sémiologue nous sert là d'un drôle de pudding, cependant exhaussé sans cesse d'une part foutraque, un loufoque de situation propice au rire jaune; est-ce de peur de perdre le lecteur lambda ? Attention toutefois: cette drôlatique est d'un goût quelque peu noir.
Petits appétits, régimes, souci de la ligne écrite s'abstenir.  
(NB: au reste, au premier degré, c'est un livre où dîners et recettes sont mises en exergue !).


Le sujet de ce demi-kilogramme de pages imprimées, c'est rien moins le XIXème historique, en Italie, en France (l'action se déroule très majoritairement à Paris), voire via l'Allemagne et la Russie.
Mais le XIXème balayé sous l'angle du complotisme, de l'espionnage, du faux et usage de faux, de l'antisémitisme, du racisme et de quelques autres préjugés poisseux du même tonneau, aussi néfastes et nauséabonds, genre anti-jésuites, anti-maçonniques, anti-garibaldistes, anticlérical, anti-républicain, misogynie, manipulation, chantage, messes sataniques, confréries occultes, meurtres, trahisons et je vous en passe des guère plus reluisants:
Sujet pas de première facilité, plutôt incongru pour une parution guettée.

Une foultitude de personnages, de faits (et aussi de livres), lieux et...restaurants absolument réels habitent ces pages.
Encore une lecture qui gagne à s'effectuer non loin de son moteur de recherches (mais comment faisions-nous avant ?).

Seuls le (détestable) personnage principal Simonini - même si Eco s'applique à le rendre moins antipathique (disons pas pire que les autres), histoire de troubler encore l'épaisse sauce de ce bouquin- et son alter ego Dalla Piccola, ainsi qu'une poignée de personnages secondaires sont fictifs.

Le cadre historique habille l'ensemble, c'est incontestable, les recherches sont fouillées, et on ne s'en étonne pas; la puissance de feu d'Eco en matière de documentation au service de l'écriture de ses romans est une de ses marques de fabrique.

Même bien accroché à la dimension historique, même abreuvé à chaque page par un petit cul-sec de cynisme arrachant un vague sourire tenant de la cicatrice, il est difficile de ne pas trouver cette lecture quelque peu roborative, et on perdra bien du lecteur dans les méandres d'Eco (pour ne pas simplifier, c'est écrit sous forme de journal à deux mains, avec des retours en arrière, etc...):
Comme c'est longuet, bien qu'il se passe toujours quelque chose, et que pissent les traits d'esprit ou les répliques de qualité, on éprouve parfois une petite panne d'appétit pour ces procédés littéraires tentaculaires, disons manières d'écrire dignes d'une pieuvre épileptique.
Mais enfin c'est là son style, n'est-ce pas, rien de nouveau.

Adoncques, qu'entend démontrer il Professore Eco ?
Qu'on a besoin d'ostraciser, de haïr, et donc de l'autre, de l'Ennemi majuscule, plus il est rampant, diffus, présumé puissant et tendu vers la quête du pouvoir et de l'argent, mieux c'est.  
D'où le succès de l'entreprise (d'ultime égout) de Simonini, reposant sur le fait que le complotisme a besoin de sa substance ordinaire pour le sustenter, le vrai et le faux c'est secondaire.

Pierre-André Taguieff, interview au Figaro du 17 mars 2011 a écrit:Ce roman aurait pu s'intituler: voyage d'un antisémite à travers l'Europe du XIXe siècle. Le personnage principal, Simon Simonini, est hanté par l'idée d'un complot juif dont la finalité est d'anéantir la chrétienté. Comme tous les obsédés, il projette son fantasme sur tout ce qu'il voit et entend. Il pérégrine entre la France et la Sicile où il rencontre les partisans de Garibaldi, se retrouve à Paris durant la Commune, et c'est à Prague qu'il imagine la rencontre de rabbins venus fomenter un pacte de domination du monde.

Eco nous emmène à la rencontre de personnages qui ont existé et ont cru en l'existence de complots de tous ordres, notamment maçonniques ou jésuites. On y croise notamment l'abbé Barruel, qui voyait dans la Révolution et l'Empire la marque de l'influence maçonnique, le socialiste Toussenel, véritable inventeur de l'antisémitisme de gauche, qui était persuadé que le capitalisme servait les intérêts des Juifs, sans oublier Édouard Drumont, l'auteur de La France juive dont les articles défrayèrent la chronique durant l'affaire Dreyfus. «La haine est la vraie passion primordiale. C'est l'amour qui est une situation anormale. C'est pour ça que le Christ a été tué, il parlait contre nature» , écrit Eco en conclusion de ce roman plus erratique que convaincant.


Et le même critique de lâcher une lourde flatulence dans l'ascenseur avant de sortir à l'étage:
Pierre-André Taguieff a écrit:  Quant au produit, de mauvais esprits diraient que c'est du Dan Brown sophistiqué et bien documenté, du Dan Brown pour bac + 3

J'adôôôre le procédé "de mauvais esprits diraient que", mais pas moi, hein, mais c'est moi qui le dit quand même, hein...

Aujourd'hui les haines ont peut-être changé d'objet, et, aux temps du nombrilisme-individualisme, se sont multipliées (pas loin du chacun la sienne), mais demeurent; au reste, la Toile est un instrument rendant caduques les méthodes de faussaire de Simonini, mais en met une à disposition de tout un chacun, sans même nécessiter talent, entregent, savoir-faire et dangers affrontés.    

En cela, Eco a effectué un travail salubre, utilisé sa notoriété utilement pour appuyer là où ça fait mal, profité du statut de best-seller annoncé d'un livre pour faire passer un propos dérangeant.  

Alors oui, son repasse-plats permanent pourra paraître indigeste (combien de pages ai-je murmuré: "allez, c'est bon, on a compris, déjà dit, déjà illustré plus tôt" ?), oui, l'auteur surjoue l'histrion érudit, oui, son rentre-dedans littéraire frise par instants le matraquage de lecteur (mais enfin c'est son style qui est comme ça, comme dit plus haut, style qui peut-être est une des raisons de son succès, et n'a pas à me convenir à moi en particulier), etc.

De là à moquer ou disqualifier l'ouvrage, pour ma part, c'est non certainement pas: livre à recommander, pourquoi pas avec une certaine chaleur, mais pas à tout le monde, sans nul doute !


Spoiler:


mots-clés : #complotisme #historique
par Aventin
le Lun 8 Jan - 17:23
 
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Sujet: Umberto Eco
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